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 L’abbé Bruneau - 1894

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MessageSujet: L’abbé Bruneau - 1894   Lun 6 Avr 2009 - 19:55

 VOIR PIOTR, DU 15 FÉVRIER, QUI AVAIT POSTÉ LE LIEN CAIRN RELATIF À CETTE AFFAIRE, MAIS QUE JE N'AI VU QU'APRÈS AVOIR POSTÉ CE POST.
EXCUSE-ME, PIOTR. Wink  
 





L'abbé Bruneau.

Par Archange - 2011-12-05

L'Avenir de la Mayenne, du 9 juillet 1894).
Source: CAIRN.                                                                                                                                                          

                                                                            Albert-Joseph-Pierre Bruneau, 33ans, prêtre. Il fut condamné à mort, le 12 juillet 1894, pour l'assassinat de l'abbé Fricot et sa demande de grâce rejetée par le président Jean Casimir Périer. Son exécution se déroula à Laval (Mayenne), le jeudi 30 août 1894, au lieu du mardi 28 prescrit par l'administration, l'on verra pourquoi par la suite au paragraphe : A noter.

Quelques commentaire de la presse de l'époque :

                                                                                    « La foule est épaisse (1) dans toutes les rues; on entend comme un bruit de mer lointaine, des cultivateurs venus de plusieurs lieues à la ronde ont fait le trajet chaque nuit depuis plus de huit jours pour assister à l'exécution de Bruneau, beaucoup de femmes aussi, et plusieurs familles ont apporté des paniers pleins de provisions ( (La Chronique de Fougères, du 1er septembre 1894). »

                                                                                 « La foule a applaudi frénétiquement quand la tête de Bruneau a roulé dans le panier à 4h55 et a crié « bravo ». Ce scandale a produit une douloureuse impression ( L'avenir hebdomadaire de Rennes, du 2 septembre 1894).»


Un doute, non négligeable, subsiste encore aujourd'hui sur la culpabilité de Bruneau et des analystes font remarquer que  l'enquête et le procès prêtent à de nombreuses critiques.
Le Palmarès de Sywan mentionne d'ailleurs cette information : La bonne de la victime aurait avoué en 1901 que le vrai coupable était son neveu. [/b]
A noter : Le président Périer avait succédé le 27 juin 1894 à Sadi Carnot, assassiné le 25 juin. Contrairement aux usages établis, l'avocat de Bruneaune fut pas reçu par le président. L'exécuteur, Louis Deibler, se rendit à Laval le 27 août, mais l'exécution ne se fit pas le jour prescrit, l'avocat de Bruneau, M. dominique, ayant élevé une protestation contre le fait de ne pas avoir été reçu par le président. Ce dernier le reçut alors, avec le résultat que l'on sait.
                                                                           Au XIXème siècle, les crimes, même les plus abominables, commis par des prêtres, étaient très rarement sanctionnés par la peine de mort, et cela même au XXème siècle, où l'on vit l'affaire du curé d'Uruffe, en 1956.


(1)Le New-York times cite le chiffre de 8000 spectateurs.
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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Mar 7 Avr 2009 - 0:05

Il y a eu, au XIXe siècle, un autre prêtre exécuté en France; c'est l'abbé Verger, prêtre frappé d'interdiction qui, le 3 janvier 1857, jour de la fête de sainte Geneviève, assassina l'archevêque de Paris dans l'église Saint-Etienne-du-Mont. Lorsque les exécuteurs vinrent le chercher, Verger déclara « S'il faut mourir, je veux mourir sans prêtres ni reliques.»
Un autre prêtre, l'abbé Mingrat, fut condamné à mort par contumace, en 1822, par la Cour d'assises de l'Isère. Il avait assassiné, à Saint-Quentin, une jeune femme de vingt-six ans, Marie Gérin, mariée à un tourneur du hameau de Git, Etienne Charnalet. L'abbé Mingrat avait pu s'enfuir en Savoie. Saisi par l'autorité Sarde et enfermé au fort de Finestrelle, il ne fut pas extradé. L'affaire du curé Mingrat fut adaptée pour la scène par Ferdinand Laloue et Henri Villemot sous le titre Le Curé Mingrat. La pièce fut représentée trois fois seulement au Cirque Olympien, en 1830, et violemment sifflée.
Un autre prêtre encore, Jean-Baptiste Delacollonge, curé de Sainte-Marie-la-Blanche, près de Beaune, fut condamné, le 1er mars 1836, par la Cour d'assises de la Côte-d'Or, aux travaux forcés à perpétuité et à l'exposition publique, pour avoir assassiné Fanny Besson, qui était sa maîtresse.
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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Mar 7 Avr 2009 - 10:15

Oui, j'ai un petit bouquin du XIXème siècle qui traite des homicides commis par des prêtres. En sus des prêtres que vous citez, je crois qu'il y a le curé Rimbauer et d'autres dont je ne me souviens plus du nom. Il faut que je recherche ce bouquin qui est parmi des centaines d'autres dans des cartons, car malheureusement je ne suis pas trop un homme d'ordre questions livres. Pour Mingrat, il était cité dans ce livre mais son sort non indiqué. Voilà donc une Info très intéressante.
Pour Verger, il doit figurer sur le site, mais où ?
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MessageSujet: L’abbé Bruneau   Ven 29 Jan 2010 - 13:37

Exécution de l'abbé Albert Joseph Pierre BRUNEAU, à Laval, le 30-08-1894. Exécuteur : Louis Deibler.

« L'exécution de Bruneau était pour le mardi 28 août 1894. J'arrivais à Laval à deux heures de l'après-midi. J'étais bien tranquille : tout était tranquille ; le programme d'une exécution est invariable. J'avais compté sans le miracle.

Le miracle s'est produit : l'exécution a été remise. Je dinais sur le bord de la Mayenne, et à une table, en face de moi, dînèrent le fils de M. Deibler et ses aides. Ils étaient venus en promenade. Ils savaient ce que moi j' ignorais : que l'exécution était décommandée. Leur présence intriguait un peu ; on chuchotait; on parlait de l'exécution, mais leur incognito ne fut pas trahi. On finit par les prendre pour des réservistes.

En rentrant à Laval, je me rendis rapidement sur le lieu de l'exécution. La foule était considérable. Je courus au parquet où j'appris que l'ordre avait été transmis télégraphiquement de surseoir à l'exécution de Bruneau. En regagnant mon hôtel, j'allais sous les fenêtres de la prison. La cellule de Bruneau, très haute dans la tour du Vieux Château, était éclairée.
Des bandes passaient en hurlant :
— Bruneau ! C'est pour cette nuit ! Tu vas la danser !

Depuis une semaine, chaque nuit, on venait crier sous la fenêtre : « Bruneau ! tu peux dormir tranquille ! Ce n'est pas pour cette nuit. Mais tu y passeras tout de même ! »
Que s'était- il produit ? Pourquoi ce sursis inaccoutumé ?

M. Casimir Perier, Président de la République depuis peu de jours, mal habitué encore à ses fonctions, sans doute, avait oublié d'accorder au défenseur de Bruneau l'audience qu' il lui avait demandée. Celui-ci, un avocat distingué, bâtonnier du barreau de Laval, Maître Dominique, voyant arriver M. Deibler, avait téléphoné au Président de la République pour protester contre ce manquement aux usages, affirmer qu'il avait de puissants arguments à faire valoir en faveur de son client, demander à nouveau une audience et la remise de l'exécution. Puis il était reparti pour Paris. Le lendemain, l'abbé Bruneau apprit ces graves incidents. Il ne s'en montra pas ému. ll ne croyait pas à son exécution : il comptait qu'un miracle se produirait; le miracle se produisait voila tout.
Du coup, il n'y avait rien à faire pour moi le 28 août à Laval et je pris le premier train pour Paris.

Les crimes de Bruneau ! Ils son nombreux. Il avait 29 ans et avait été ordonné prêtre en 1886 et nommé vicaire à Astillé (mayenne).
Il avait de grands besoins d'argent, pour faire la fête disaient les uns, pour d'autres causes qu'il a voulu laisser mystérieuses, disent les autres.— Afin de s'en procurer il vola; il incendia. Il vola son curé, escroqua ses ouailles et par trois fois mit le feu au presbytère, pour toucher des primes d'assurances. Le curé d'Astillé le dénonça. Mais l'évêché, paraît-il, lui donna l'ordre de se taire afin d'éviter le scandale. Bruneau fut envoyé à Entrammes. Il y continua ses escroqueries. Le curé d'entrammes, l'abbé Fricot, résolut de dénoncer son vicaire. Bruneau ne lui en laissa pas le temps. Pour l'empêcher de parler, il l'assassina.

Dans la soirée du 2 janvier 1894, M. Fricot disparut subitement, au moment où il devait se mettre à table. On le chercha. Le lendemain matin, on le trouvait au fond de son puits. Bruneau l'y avait précipité et pour l'empêcher de remonter, l'avait assommé à l'aide d'énormes bûches de bois qu'il avait jetées dans le puits. Malgré toutes les charges accumulées contre lui, Bruneau nia toujours.

Après quatre audiences, au cours desquelles sa conduite dépravée , ses vols, ses incendies, l'assassinat furent établis, le jury le condamna à mort le 12 juillet. Les débats démontrèrent encore que Bruneau avait assassinée une fleuriste de Laval; Mme veuve Bourdais. Mais le jury ne retint que l'assassinat de M. Fricot. Bruneau se pourvut en cassation, son pourvoi fut rejeté.

La nuit qui précéda l'exécution fut beaucoup plus calme. Bruneau y gagna une nuit de repos. On n'alla pas crier sous sa fenêtre. Le mercredi soir, l'exécution fut fixée pour la nuit. Je me rendis à la préfecture pour demander un laissez-passer qui me permit d'approcher l'échafaud. A ma grande surprise, (1)) et je dois ajouter à ma grande satisfaction aussi, le Secrétaire de la Mayenne me remit le permis suivant :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

______________

PRÉFECTURE DE LA MAYENNE

_______________

2ème Division

Personnel — Administration communale et hospitalière
Travaux publics

Laval, le 29 août 1894.

Le Préfet de la Mayenne, Officier de la Légion d'honneur,
autorise M. Masseaunau à pénétrer dans la prison de Laval
pendant la nuit de l'exécution de Bruneau.

Pour le Préfet :


Le SECRÉTAIRE GÉNÉRAL,

(illisible)

Ainsi, j'allais pouvoir pénétrer dans la prison !
J'allais passer de longues minutes à coté du supplicié; j'allais pouvoir observer; connaître ses derniers instants que tout le monde s'accorde à trouver de terribles.

Dès 9 heures du soir, une extrême agitation régnais en ville, j'entre dans les cabarets, voisins de la place d'exécution, partout j'entend les mêmes conversations. La colère contre Bruneau paraît s'être modérée un peu. C'est à son avocat que l'on s'en prend. On lui reproche d'avoir défendu Bruneau puis d'avoir tenté d'arracher sa grâce au Président de la République. Déjà le matin, un instituteur avait trouvé dans un urinoir un placard ainsi conçu :
« La tête de Bruneau ou celle de Dominique. »
J'entends un vieil ouvrier dire :
— Dominique, Dominique ! Il nous la paiera celle-là ! Ça ne le regardait pas.

La rage ne s'arrête pas là. Voilà maintenant que l'on injurie son père. Oui, il s'est trouvé des hommes pour reprocher publiquement à un avocat d'avoir fait son devoir, pour l'injurier lui et sa famille. Cela montre à quel point les passions étaient surexcitées, combien on avait soif de vengeance.

Dès qu'il eut reçu l'ordre d'exécution, le 29, à cinq heures du soir, le Procureur de la République informa l'exécuteur des hautes oeuvres, la gendarmerie, la troupe et la police. L'aumônier, l'abbé Foulbert, manifesta une grande émotion en apprenant la nouvelle.


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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Ven 29 Jan 2010 - 14:08

A 2 heures 1/2 du matin, le fourgon portant le guillotine arrive, escorté pas six gendarmes, place du Palais de Justice. Cette place est plantée de grands arbres et entourée de bornes en pierre reliées par des chaînes. Pour permettre au fourgon de pénétrer sur la place, on a dû scier les chaînons placés aux angles extrêmes. La place a été évacuée, mais les fenêtres des maisons voisines sont garnies de curieux, et la place de la Cathédrale qui donne directement sur la place du Palais de Justice, lui faisant suite, est noire de monde.
On va assister au spectacle. Mais ce ne seront pas des gladiateurs luttant contre des fauves, ni des courses de taureaux, ni des athlètes se mesurant : ce sera la loi qui tuera un homme désarmé. Il y a des hommes, des femmes, des enfants, des bourgeois, des cultivateurs, des ouvriers, beaucoup de prêtres. Dans les arbres les gamins sont grimpés. On ne peut les déloger. Il y a bien six mille personnes aux abords de la guillotine. C'est un grand succès. Le temps est superbe, la nuit est même chaude.

De loin, la foule suit le montage de la guillotine. Quand la sinistre machine se dresse, debout dans la nuit, la joie éclate. On est enfin tranquille : Bruneau sera exécuté. L'heure passe. Mes confrères et moi nous entrons dans la prison, mais nous sommes nombreux et le Procureur de la Répulique nous informe que nous ne pourrons pénétrer dans la cellule du condamné. Nous devrons l'attendre dans la chapelle où il viendra entendre sa dernière messe. A partir de ce moment, nous ne le quitterons plus.

Les magistrats ont pénétré dans sa cellule à 4 heures. Bruneau ne dormait pas. Le Procureur de la République lui dit :
— Bruneau, du courage. L'heure est arrivée.
Bruneau regarda autour de lui, hagard. Puis il dit :
— Puis-je me lever ?
— Oui, habillez-vous.
Il passa son pantalon. Le procureur lui demanda s'il avait des aveux à faire.
— Non, répondit-il, je suis innocent, non seulement des crimes pour lesquels j'ai été acquitté, mais aussi de celui pour lequel j'ai été condamné. Je n'ai commis que des attentats à la pudeur. Je suis innocent. Il remit une lettre au Procureur
—Vous la lirez, dit-il, en même temps que mon défenseur, et vous la livrerez à la publicité.

Dans cette lettre, Bruneau proteste encore de son innocence et dit qu'il pardonne à ceux qui lui ont fait du mal. La lettre ne fut pas publiée. Malgré le pardon annoncé, Bruneau se répondait en accusations calomnieuses contre certains témoins du procès.

Je descends dans la chapelle. Elle est située dans un sous-sol. Dans les lustres, douze bougies vacillent une faible lumière. Bientôt la chapelle est pleine de monde. Parmi les assistants se trouve Maître Dominique. Il parle de ses démarches. Il se montre désolé de son insuccès. Il se plaint de la presse à laquelle il attribue cet insuccès. Il dit que le M; Casimir Perier n'a pas osé affronté la colère des journaux avancés. Ses plaintes sont mêmes amères. Il me semble que mes correspondances sont plus particulièrement visées. Je me retourne pour lui demander des explications. Mais Bruneau entre à ce moment. Un silence lugubre se fait. Tous les regards sont tournés vers le condamné.
Je n'ai jamais vu de scène plus émouvante que l'apparition de Bruneau dans la chapelle. Il a descendu d'un pas alerte les vingt marches qui y conduisent. Il porte toute sa barbe, très noire, ce qui lui donne un aspect énergique remarquable. Son pied a quitté à peine la dernière marche, le condamné se raidit, et d'un mouvement brusque se tourne vers le bénitier. Ses bras sont entravés et il doit faire un effort inouï pour prendre de l'eau bénite. On dirait un automate. Il se signe, non sans difficulté, puis d'un pas sûr se dirige vers le maître-autel. Là, il se laisse tomber à genoux. Un bruit sourd retentit. Bruneau semble abimé dans la prière.
L'aumônier s'approche de lui et lui parle tout bas, Bruneau reprend sa prière ; l'aumônier vient demander au procureur une autorisation, celle de s'isoler un instant avec le condamné pour le confesser. Le procureur hésite, mais consent à la fin. L'aumônier revient près de Bruneau, l'aide à se relever et tous deux se dirigent vers un coin de la chapelle caché par un rideau. Ils disparaissent derrière celui-ci. Deux gardiens viennent se poster près du rideau.

La confession dure dix interminables minutes. Enfin, Bruneau vient reprendre sa place, à genoux, devant le maître-hôtel. Et la messe commence. Encore vingt minutes se passent. Visiblement, les assistants souffrent pour le condamné de ces longueurs; Bruneau communie. Enfin la cérémonie est terminée. Bruneau, avant de sortir prend encore de l'eau bénite, et il éprouve les mêmes difficultés que tout à l'heure. Il est très calme. Il monte l'escalier sans faiblesse. Il me fait l'effet d'un homme marchant dans un rêve. De la chapelle, on passe dans la cour pour aller au greffe où doit se faire la dernière toilette. C'est une petite salle au rez-de-chaussée. Par la porte, restée ouverte, j'assiste à ces funèbres préparatifs. Tranquillement, sans affectation, il dit qu'il a faim. C'est un nouveau retard. Les prêtres ont l'habitude de manger aussitôt après avoir communié. C'est par habitude qu'il a faim.

Il sort du greffe. Je cours en avant et j'arrive près de l'échafaud. Le commissaire de police qui s'y trouve me dit : « Ce n'est pas déjà lui ? »
— Si, si, le voilà.
— Mais c'est impossible ! Il n'est pas l'heure légale. Je ne puis laisser faire l'exécution.
— Eh, bien ! Faites apporter une chaise , là, près de la guillotine, et vous le ferez asseoir en attendant qu'il soit l'heure légale. Je suis sûr qu'il ne protestera pas…
— Non, non, ce n'est pas possible dit-il. Il faut attendre l'heure. Et il fait mine de se diriger vers la prison. Mais le cortège sort à ce moment.
Je l'arrête :
—Ne vous inquiétez pas pour si peu. A Paris, on guillotine toujours avant l'heure.
— Vous croyez ?
— J'en suis sûr.
— Ah ! alors…

Bruneau est près de l'échafaud. Il est exactement 4h. 47.
Légalement, en effet, c'est à 5h.15 que l'exécution aurait dû avoir lieu. On est en avance d'une demi-heure. Bruneau a franchi sans défaillance les deux cent mètres qui séparent la greffe de la prison de l'échafaud. Contrairement à tous les suppliciés, il ne veut pas voir la guillotine. A deux mètres de la bascule il tourne la tête avec affectation pour ne pas l'apercevoir. L'aumônier lui tend un crucifix. Bruneau l'embrasse à deux reprises puis il se laisse tomber dans les bras de l'aumônier et l'embrasse longuement.
Les aides s'en emparent mais il se dégage d'un mouvement brusque et se retourne vers l'aumônier lui demandant encore à baiser la croix. Il ne peut détacher ses lèvres du crucifix. L'aumônier lui parle, l'exhorte au courage, et d'un mouvement d'une douceur exquise le pousse vers les aides qui le saisissent et le précipitent sur la bascule.

Lorsque Bruneau a pénétré sur la place du Palais, un immense « Ah ! » est sorti de la foule. Mais depuis qu'il est là, on entend rien ; pause mot ; personne ne bouge. La lutte de Bruneau contre la mort, au pied de l'échafaud, a bien duré deux minutes, deux siècles.
Le couteau tombe. La société est vengée. Ses représentants, sur la place de la Cathédrale, enregistrent cette victoire par de frénétiques applaudissements. Ils sont interminables, déjà, la tête est jetée dans la panier avec le corps, le panier dans le fourgon , et le fourgon roule vers le cimetière. La foule applaudit toujours. Par la place du Pilier-Vert, la place des Arts, la rue Neuve, le Pont-Neuf, la rue de la paix, en dix minutes le convoi arrive au cimetière, entre deux haies de curieux. Depuis trois jours la fosse était creusée et la bière attendait.

Bruneau est enterrée à l'extrémité d'une allée à droite, dans la section des fosses communes. L'année suivante, passant à Laval, je suis allé au cimetière. J'ai trouvé devant la tombe deux religieuses agenouillées qui priaient. Beaucoup de personnes, en effet, dans le monde religieux, n'ont pas cru la culpabilité de Bruneau. Mais il est inexact, comme on l'a dit, comme je l'ai rapporté moi-même alors, que l'évêque de Laval ait fait de nombreuses démarches pour obtenir la grâce du condamné. L'évêque de Laval a été saisi d'une immense douleur lorsque les crimes de Bruneau ont été découverts. Il a pleuré, s'est tu, et est mort de chagrin.

J'ai été et je suis resté convaincu de la culpabilité de Bruneau. Je pense que si la peine mort doit être appliquée, il est des criminels qu'on ne doit pas y soustraire.

Conception originale de ce journaliste sur l'application de la peine de mort.

« Ce sont ceux qui appartiennent aux classes bourgeoises, ceux qui ont reçu une éducation et une instruction les armant suffisamment pour la lutte. »

Bruneau était du nombre. Cependant, s'il ne se fut pas agi d'un prêtre, si on avait pas mené contre lui une campagne farouche, il n'aurait pas été exécuté. Je crois que M. Casimir Perier a eu tort de se laisser influencer par des considérations extérieures et de ne tenir aucun compte des révélations de Maître Dominique, qui atténuaient dans une large mesure la responsabilité de Bruneau. Il n'est devenu criminel que par suggestion, par ordre. Il s'est soumis à une volonté plus forte que la sienne, une volonté qu'il croyait toujours sainte, et à laquelle il n'a pas su se soustraire. Il pouvait dégager sa responsabilité en partie, pour obtenir du jury des circonstances atténuantes, en disant la vérité. Il ne l'a pas voulu. Il ne le pouvait pas.

Mais son défenseur a pu le dire au Président de la République, la prouver à l'aide de lettres. Et les arguments puissants, appuyés de preuves irréfutables, qu'il a portés au Président démontrent que Bruneau n'a été qu'un complice, un malade qu'il fallait épargner. Quand le principal coupable échappe à la justice, on peut se montrer pitoyable au complice, même si c'est par sa volonté que la justice n'a pas été entière.

1) Depuis le 15-02-1877 (circulaire du Ministère de l'intérieur), ordre avait été donné aux préfets de ne plus délivrer d'autorisations permettant aux journalistes d'entrer dans la prison le jour de l'exécution.

Extrait de : A.-Henri Massonneau «Devant l'échafaud», Paris, Ernest Flammarion éditeur, sans date.
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benjamin
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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Ven 29 Jan 2010 - 16:46

Citation :
Conception originale de ce journaliste sur l'application de la peine de mort.

« Ce sont ceux qui appartiennent aux classes bourgeoises, ceux qui ont reçu une éducation et une instruction les armant suffisamment pour la lutte. »

Tout à fait juste.

Et pourtant, combien de pauvres hères à moitié abrutis par la vie, mal défendus par des avocats médiocres, y sont passés?

Cela vaut pour les condamnations au bagne. Les crimes passionnels (vengeance après adultère), et c'était l'acquittement quand un membre de la bonne société les commettait. C'était 20 ans de bagne quand c'était un ouvrier ou un paysan...
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MessageSujet: Emotion de l'exécuteur   Sam 30 Jan 2010 - 9:16

Bonjour à tous !
D'après F. Foucart, Louis Deibler, qui était très pieux, bouleversé à l'idée d'avoir à exécuter un ex-prêtre, se serait réconforté en avalant le verre de calva prévu pour son "client" !!! drunken
Légende ou réalité ? L'histoire ne le dit pas !!!
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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Sam 30 Jan 2010 - 13:34

benjamin a écrit:
Citation :
Conception originale de ce journaliste sur l'application de la peine de mort.

« Ce sont ceux qui appartiennent aux classes bourgeoises, ceux qui ont reçu une éducation et une instruction les armant suffisamment pour la lutte. »

Tout à fait juste.

Et pourtant, combien de pauvres hères à moitié abrutis par la vie, mal défendus par des avocats médiocres, y sont passés?

Je ne pense pas le contraire pour le bagne. Quant à sa réflexion sur la peine de mort il y a à débattre.


Dernière édition par mercattore le Sam 30 Jan 2010 - 13:38, édité 1 fois
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benjamin
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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Sam 30 Jan 2010 - 13:36

Certes... il suffit de reprendre les délires du "petit journal"... Shocked
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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Sam 30 Jan 2010 - 23:26

ABOLITION DE LA PEINE DE MORT
Le débat de 1908 à la Chambre des députés
 Séance du 4 novembre 1908 
_________________
M. le rapporteur. Vous défendez les assassins, donnez-nous la liberté de défendre les honnêtes gens. (Très bien ! très bien ! au centre et à droite. Humeurs à gauche.)

M. Jaurès. La manière dont M. le rapporteur pose la question la juge à elle seule. La commission prend-elle à son compte cette assertion de son rapporteur que tous ceux qui, depuis Hugo et Michelet, combattent la peine de mort, se font les protecteurs des assassins ? Je demande si c'est ainsi que la commission pose le problème. (Applaudissements à l'extrême gauche.)

M. Louis Puech, président de la commission de réforme judiciaire. J'aurai l'honneur, en ce qui me concerne, d'expliquer le sens et la portée des décisions de la commission ; je demanderai la parole quand le moment sera venu. (Très bien ! très bien)

M. Albert Wïllm (...) Pourquoi n'aurions-nous pas le droit de défendre ici, librement, comme député, une opinion représentée au banc du Gouvernement autour duquel se groupent dans des scrutins fidèles les plus farouches partisans de la peine de mort.

Voici en quels termes, dans le Grand Pan, M. Clemenceau parlait de l’échafaud :

« ... Le sang est une vieille pâture des ancêtres dont le goût nous monte aux lèvres dès qu'on le présente à notre vue. Vous faites revivre la barbarie et vous vous plaignez que ce soit la barbarie qui vous réponde. La barbarie populaire est l'explosion provoquée par vous de l’antique sauvagerie dormante. La barbarie du raffiné qui, de son siège de législateur ou d'exécutif, décide, entre deux bâillements » - M. Clemenceau n'était pas aimable pour nous à ce moment - « que le sang sera versé, est plus odieuse que l'autre parce qu'elle est raisonnée. Il se peut que nous soyons en république ; il se peut que les pouvoirs publics soient aux mains d'hommes que nous avons choisis, et qui nous gouvernent ou sont censés nous gouverner d'après certains principes immortels dont nous assommons l'univers. Mais le dernier roi supprimant l'échafaud dans cette Belgique qui, française, s'en repaîtrait, fait plus pour la civilisation que tous les bourgeois républicains ou non, qui ne voient pas le sang sur eux parce qu'ils payent quelqu'un pour le verser en leur nom. » (Applaudissements à l'extrême gauche.)

A propos de l'exécution de l'abbé Bruneau, voici dans le même ouvrage, ce qu'écrivait le président du conseil :
« ...Jurés, magistrats, président, bourreau veulent tuer. La foule veut tuer. Tuez donc, mais ne vous donnez pas l'apparence d'être la justice quand vous n'êtes que la vengeance et la férocité, le prolongement héréditaire d'un atavisme de sang ».


M. Charles Benoist. C'est de la littérature et de la mauvaise. (Exclamations à l'extrême gauche.)

M. Albert Willm. Je souhaite que vous en commettiez souvent d'aussi mauvaise.

Voir la suite : http://www.debats-parlementaires.fr/histoire/peinedemort/04_11_1908.asp
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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Ven 6 Jan 2012 - 20:03

Le lien du document mis en ligne par PIOTR et devenu, depuis, inaccessible :

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MessageSujet: Abbé Bruneau - acte de naissance   Ven 19 Oct 2012 - 15:24


L'acte de naissance de l'abbé Bruneau




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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Lun 21 Avr 2014 - 9:43



http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=SR_018_0147
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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Ven 16 Mai 2014 - 9:00

Reportage du 14 octobre 2013.

http://pays-de-la-loire.france3.fr/2013/06/06/laval-labbe-bruneau-le-libertin-guillotine-262137.html
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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Ven 16 Mai 2014 - 19:25

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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Lun 6 Juin 2016 - 17:24



Gil Blas, 15 avril 1895

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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Mar 7 Juin 2016 - 14:47







Le Progrès Illustré, 9 septembre 1894

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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Mer 13 Juil 2016 - 16:01












Un tueur au visage d'ange à qui on aurait donné le Bon Dieu sans confession.
affraid

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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   Mer 13 Juil 2016 - 17:58


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MessageSujet: Re: L’abbé Bruneau - 1894   

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