La Veuve

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 Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés

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Titus_Pibrac
Monsieur de Paris


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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   Lun 12 Oct 2009 - 8:30

C'est l'histoire du docteur de La Pommerais dans les Contes cruels de Villiers de l'Isle Adam repris d'ailleurs par Michel Folco dans son dernier livre.

Mais c'est de la haute fantaisie, Laughing Laughing Laughing ...

L'expérience sur Languille fut-elle vraie ?

Quant aux guillotinés innocents, il y a en a bien eu plus d'une dizaine de milliers sous la Révolution française (j'ai lu un chiffre de 14.000 victimes pour toute la France dont la très très grande majorité n'avait pour seul tort que d'e^tre suspect à des terroristes hyper-dangereux fous à lier). Plus près de nous les exécutés du IIIème Reich dont l'erreur principale pour beaucoup fut de la penser diversement du Fuhrer.

Il parait qu'on a pas mal exécuté à la pioche sous la révolution culturelle du Grand Timonier. Le petit père du peuple préférait lui la balle dans la nuque.
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britte
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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   Lun 26 Avr 2010 - 22:22

[quote="mercattore"] Ces médecins voulaient constater si la survie du cerveau d'un condamné était possible, lassés que ce genre de propos soit encore tenu.
je ne vois pas pourquoi il serait lassant de poser cette question , elle me parait tout à fait naturelle!
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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   Lun 26 Avr 2010 - 22:53

mercattore a écrit:
Ces médecins voulaient constater si la survie du cerveau d'un condamné était possible, lassés que ce genre de propos soit encore tenu.

je ne vois pas pourquoi il serait lassant de poser cette question , elle me parait tout à fait naturelle!

Vous n'étiez pas à leur place. Je ne fais que de rapporter leurs propos.
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MessageSujet: Lettre d'Emile Henry à sa mère   Mar 15 Juin 2010 - 20:04

Transcription d'une lettre d'Emile HENRY à sa mère.
Prison de la Roquette, 1er mai 1894.
Nom et prénom : Henry (Emile).
N° d"écrou. Atelier

Ma bonne mère,

Ta douleur a dû être bien grande, ma pauvre mère, en apprenant, samedi soir, le verdict prononcé contre moi.
Ce résultat, auquel il fallait s'attendre, ne doit pas t'abattre. Il faut que ta volonté, qui a traversé tant de périodes douloureuses, triomphe encore de celle-ci. Si un de tes fils t'est enlevé, il en reste deux autres que le malheur fera se serrer contre toi et qui ne te quitteront plus.
Pauvre mère ! Est-ce loin cet avenir dont tu rêvais pour ton enfant, sur qui tu fondais de si brillantes espérances ! Mais l'expérience de tant de malheurs traversés dans ta vie t'auras instruite, tu comprendras que le beau rêve que tu avais caressé pour ton enfant ne s'est pas plus réalisé que d'autres espoirs, parce que la vie aujourd'hui n'a pour vous que des souffrances !
Prends courage, sois forte pour mes deux frères qui t'aiment tant et que je n'aurai sans doute pas la consolation de voir avant de mourir.

Et surtout, ma mère, ne me juge pas mal; on a dit et répété que j'étais un assassin, mais tu connais assez mon cœur pour comprendre que, si j'ai tué, c'est pour une grande « Idée ».
Ce sera plus tard, quand le temps aura adouci tes douleurs, ce sera une grande consolation pour toi de te sentir entourée de l'estime et de la sympathie de tous ceux qui ont du cœur, les seuls dont le jugement doive te toucher.
Ils salueront en toi une grande victime de la société.
Toute ta vie d'amour et de dévouement, de privations et de souffrances, forcera tout le monde à s'incliner respectueusement devant toi, pauvre mère, à qui les événements viennent enlever ton enfant au moment où le bonheur semblait te sourire enfin !
Ma bonne mère, je ne veux pas te parler plus longtemps, car il faut que mon courage ne soit pas amolli pour subir l'épreuve dernière. Ce que je ne puis t'exprimer, ton cœur de mère le comprendras, tu sentiras sans doute en lisant ces lignes ton cœur se serrer comme le mien se serre en ce moment et tu comprendras que ton fils t'aime aujourd'hui comme il t'a toujours aimé.

Je finis, ma petite mère, sois forte; les amis qui nous ont toujours tant aimés te soutiendront encore; rappelle à tous mon souvenir, et toi, que je ne puis serrer contre mon cœur, reçois les baisers que je t'envoie.
Ne pleure pas, prends courage. Viens me voir bientôt, cette dernière visite est nécessaire, je veux moi-même t'empêcher de sombrer dans l'abattement.
Mille baisers de ton
ÉMILE.


Dernière édition par mercattore le Lun 28 Fév 2011 - 16:03, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   Mer 16 Fév 2011 - 16:21

Transcription.

Relevé dans : La santé pour tous ou la médecine naturelle et normale , publié sous la direction du docteur Madeuf et de la doctoresse Pierre, Peyronnet fils, éditeur, Marseille, 1896 :

A PROPOS DES CONDAMNÉS À MORT ET DES EXPÉRIENCES SUR LE CORPS DES SUPPLICIÉS.

On s'est beaucoup occupé — et la question est toujours d'actualité — de la destination des corps des suppliciés, en vue des expériences et des études auxquelles il peuvent ou pourraient servir, s'ils étaient livrés assez tôt avant le supplice, c'est à dire en temps opportun, aux hommes de science.

Or on sait que, sur ce point, les intérêts de la science ne sont pas encore parvenus à avoir gain de cause et à triompher, même en plein dix-neuvième siècle , et en plein Paris, la ville lumière, des légendaires et stupides préjugés, entretenus par le mysticisme religieux et par ses pratiques, auxquelles se soumettent et obéissent les pouvoirs publics, plutôt que d'écouter la voix du progrès et de la raison, qui est en même temporelle de l'intérêt public.

Il est curieux et en même temps honteux de constater combien nos gouvernants actuels sont, sous ce rapport, en retard avec leurs prédécesseurs, même les rois très chrétiens qui n'hésitaient pas, en l'an 1475 — il y a environ quatre siècles — à consentir aux médecins et chirurgiens la permission de pratiquer sur le condamné à mort, avant le supplice de la pendaison, par conséquent de son vivant, une véritable vivisection, pour s'assurer, dans un intérêt public, de la véritable nature d'une maladie meurtrière. C'est ce dont fait foi l'extrait suivant de la Chronique de Jean de Troyes, dont nous devons l'intéressante communication à notre ami Edgar Monteil
:




Frères humains, qui après nous vivez,

N'ayez les cuers contre nous endurciz,

Car, se pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tost de vous merciz.

 Vous nous voyez cy attachez, cinq, six

Quant de la chair, que trop avons nourrie,

Elle est pieca devoree et pourrie,

Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.

De nostre mal personne ne s'en rie :

Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre !

« Audit mois de janvier 1474, advint que un franc-archer de Meudon, près Paris… fut condamné à estre pendu et estranglé au gibet de Paris nommé Montfaucon… en ce mesme jour fut remonté au roy, par les médecins et chirurgiens de la dite ville, que plusieurs et diverses personnes festoient fort travaillés et molestés de la pierre, colique, passion et maladie du cossé, dont pareillement avait été fort molesté le dit archer… et qu'il serait fort requis de voir les lieux où les dites maladies sont concrées dedans les corps humains, laquelle chose ne povoit mieux être sceue (sic) que par inciser le corps d'un homme vivant : ce que povoit bien être fait en la personne d'icelui franc-archer, qui aussi estoit près de souffrir la mort. Laquelle incision et ouverture fut faite au corps du dit franc-archer, et dedans celui qui et regardé le lieu des dites maladies; et après qu'il eut été vue, fut recousu, et ses entrailles remises dedans. Et fut par ordonnance du roy fait très bien penser, et tellement que dedans quinze jours après, il fut guery; et eut rémission de ses cas, sans despens; et si lui fut donnè avec ce argent. »

Chronique de Jean de Troyes an 1475.
Voilà un remarquable exemple qui, nous en sommes convaincu, ne sera pas de longtemps encore suivi. Le voyage sentimental et ridicule au Champ-des-Navets n'est pas près de finir, sans compter le respect incompréhensible des dernières volontés du criminel et condamné qui seul peut jouir du droit de ne pas être autopsié, alors que ses victimes doivent l'être légalement, même et par surcroît avec le transport à la morgue!
C'est à ne pas y croire !


Tribune médicale.
Fin de la transcription.
__________________________________________________________________________________________

Dans la lignée des Lacassagne, Poirier, Laborde, et cie, l'auteur de ce texte s'insurge sur les condamnés à mort qui demandent le respect de leur corps et sur les pouvoirs publics qui accèdent à leur volonté. Donc, selon ces messieurs de la Faculté de médecine, toute la place devrait être du à leurs expériences médicales - transfusion de sang de chien au décapité, stimulation électrique des organes etc. - expériences qui n'ont pourtant jamais fait avancer d'un iota la connaissance médicale. Il y avait assez de cadavres de particuliers à autopsier pour leurs travaux d'anatomie classique, mais non, ces obstinés professeurs et médecins exigeaient, se basant même sur une pseudo loi, de recevoir tous les corps des guillotinés. Jamais ils n'avaient accepté que leur soit refusé, par les autorités de police, la délivrance des corps de Prado et de Géomay qui, les premiers après Campi, avaient demandé à ne pas être autopsiés,
Il est effarant de voir que l'auteur de cet article se réfère à l'époque du moyen-âge, 400 ans en arrière, pour défendre la position intransigeante de ces messieurs de la Faculté de médecine au sujet des exécutés de la Veuve.


Poème du haut : * François Villon (1431-1463 ? disparu). Première strophe du poème dit : La ballade des pendus (texte original). 








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CARNIFEX
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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   Jeu 17 Fév 2011 - 13:01

J'ai bien lu? On a ouvert le corps d'un homme vivant, sorti ses entrailles, dans le but de chercher l'origine médicale d'un crime? affraid

Cela me parait énorme; D'un autre côté le vieux français n'est pas très facile à comprendre.

Si cela est vrai c'est abominable... No

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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   Jeu 17 Fév 2011 - 13:25

Le condamné souffrait de la maladie de la pierre (calculs rénaux) et a été ouvert pour voir sous quelle forme elle se présentait. Cet examen aurait permit en outre de le guérir ! Humm...
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Adelayde
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MessageSujet: Prado marchant à l'échafaud   Lun 26 Déc 2011 - 17:17


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Benny
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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   Lun 26 Déc 2011 - 18:31

CARNIFEX a écrit:
J'ai bien lu? On a ouvert le corps d'un homme vivant, sorti ses entrailles, dans le but de chercher l'origine médicale d'un crime? affraid
Ce n'est pas ce que dit le texte. J'ai compris : puisque de toutes façons il va mourir, autant en profiter pour le bien de tous les autres malades. Dans le cas présent, la maladie de la pierre (colique néphrétique sans doute n'est pas à l'origine du crime).
Apparemment, on l'aurait gracié et payé pour "s'être posté volontaire" puisqu'on évoque sa guérison 15 jours plus tard et que les pendus ont quelques difficultés à guérir de leur maladies.
Notons qu'à l'époque, à part le marteau, il n'existait pas d'anesthésiant.

On aurait pu imaginer remplacer les lapins de laboratoire qui servent à des tests de médicaments par l'un ou l'autre des condamnés à mort. "Je t'injecte la maladie, on teste sur toi le nouveau traitement. Si tu y reste, de toutes façons tu es condamné à mort donc ça ne change rien, si tu survies, on te fais une coupe franche (ou la grâce et le bagne les bons jours."
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   Sam 7 Juil 2012 - 23:14


Jean Lebrun reçoit Anne Carol, Professeur des universités en histoire à l’université de Provence Aix-Marseille 1 dans l'émission "La marche de l'Histoire" du 10 mai dernier.

Bonne écoute !
queen

http://www.franceinter.fr/emission-la-marche-de-l-histoire-la-guillotine

Marie-Antoinette aurait-elle encore de la force une fois passée de l'autre coté de la guillotine ? On disait aussi que les têtes décapitées saccageaient de leurs dents le fond du panier ? Qu’il fallait en conséquence changer régulièrement.

Naguère, on avait bien cru que Saint Denis avait marché le long de la Plaine qui porte son nom jusqu'à Paris, sa tête à la main. Les dernières semaines de la Terreur, le rythme des exécutions avait été tel que des légendes du même ordre pouvaient bien pousser au pied de l'échafaud.

Mais le milieu médical lui-même, où avait mûri pourtant l'idée d'une exécution prompte et douce, était lui-même saisi par le doute. Et ce dès les premières années de pratique de la guillotine : le débat l'agita ensuite à de nombreuses reprises, pendant cent cinquante ans. La mort intervient-elle instantanément ? La conscience perdure-t-elle un moment ?

Du coup, dès 1798, la guillotine, de châtiment, devint un champ d’expérience. Pour vider les querelles, les corps et surtout les têtes sectionnés sont soumis à toutes sortes de sollicitations. Jusqu'à l'électrisation voire la transfusion.

Lorsqu'on croit, disait Camus, qu'on peut faire mourir sans faire souffrir, c'est qu'on manque d'imagination. Les médecins, en la matière, n'en ont pas manqué.

_________________
"L’art est le cordon ombilical qui nous rattache au divin" - Nikolaus Harnoncourt
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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   Sam 11 Aoû 2012 - 12:41

Quotidien La Presse , du 23 mai 1894

A L'ECOLE PRATIQUE

Le corps d'Emile Henry. — Réclamation tardive. — Les droits de !a Faculté. — Au laboratoire d'anthropologie. — Dans la salle des examens. — Dépouille mortelle rendue à la famille.
____________________
Nous avons été reçu, aujourd'hui, par M. FIandinette, aide du laboratoire d'anthropologie, 15, rue de l'Ecole-de-Médecine, qui a procédé au moulage de la tête d'Emile Henry et au premier examen du cerveau de l'anarchiste exécuté hier.

La tête d'Emile Henry

Sur une planche, devant la fenêtre du petit musée où a lieu notre visite, nous voyons justement ce moulage, divisé en deux parties bien distinctes l'une reproduit le masque, l'autre la région occipitale.

Notre interlocuteur nous fait remarquer que la tête est asymétrique, c'est-à-dire qu'un des côtés est plus bombé que l'autre. Cette particularité ne correspond, du reste, à aucun vice congénital; elle prouve simplement qu'il y a eu, au moment de la délivrance de la mère, pression exercée par le forceps du chirurgien ou par la main de la sage-femme.

Le moulage est d'une scrupuleuse fidélité. Aussi reproduit-il une fente verticale de la lèvre inférieure, et une balafre sur un côté du menton. Est-ce maladresse du bourreau ! Nous n'en serions pas surpris, puisque les têtes d'autres suppliciés portent des blessures au moins bizarres. C'est ainsi qu'Alorto a eu la lèvre fendue, et que Mathelin a eu l'arcade sourcilière gauche fortement atteinte.

Etat et poids du cerveau

On a beaucoup disserté ces jours derniers sur l'état mental du dynamiteur du Terminus.
M. FIandinette a procédé a l'extraction du cerveau de la boîte crânienne. Il a constaté que cet organe était parfaitement sain du côté des méninges, pas l'ombre d'une adhérence. Le cerveau, dont le poids est un peu inférieur à la moyenne, a été envoyé à M. Laborde, qui doit le soumettre à un examen histologique très minutieux, a l'aide d'un procédé dû au docteur Brissaud.

Une lettre de M. Lépine

Tout à l'heure, reprit notre interlocuteur, M. Brouardel m'a fait prier de descendre la tête dans la salle des examens, où elle n'a pas tardé à être rejointe par les autres parties du corps et par les organes principaux, qui étaient déjà renfermés dans des bocaux, après leur répartition entre les trois laboratoires.
La mesure du doyen est motivée par une lettre qu'il a reçue seulement hier soir à neuf heures du préfet de police, lettre le priant de surseoir aux expériences. En conséquence, les restes sont consignés à la salle des examens à la disposition de la famille.

Mme Henry à l'Ecole pratique

Il est très probable que la dépouille du jeune anarchiste sera réclamée aujourd'hui même, soit par le docteur Goupil, mandataire de la famille, soit par Mme Henry en personne.
Les débris du corps seront rendus intégralement.
Il est possible que le cerveau soit conservé dans le laboratoire de M. le professeur Laborde.

Les suppliciés et la Faculté

Il est inexplicable (1) que la réclamation de la famille se soit produite aussi tardivement. En effet, si la préfecture avait été prévenue en temps utile, elle eût averti la Faculté immédiatement, c'est-à-dire dès dimanche soir, et le fourgon chargé d'aller prendre le funèbre colis au Champ-des-Navets fût resté au remisage. Mais, nous le répétons, ce n'est que dans la soirée d'hier, lundi, à neuf heures, que M. Brouardel, doyen de la Faculté, a reçu l'avis suspensif de la préfecture. Dès lors, il a été procédé comme d'habitude.

Après la mise en bière au Champ-des-Navets, M. Michaut, commissaire de police de Gentilly, chargé des constatations légales, a prononcé la phrase traditionnelle :
— Puisque personne ne s'y oppose le corps va être livré à la Faculté de médecine.
Le fourgon, attelé d'un cheval blanc, attendait à quelques pas. Le cercueil y a été aussitôt porté, et la voiture s'est de suite dirigée vers la rue de l'EcoIe-de-Médecine.

L'intervention de la famille

— Jamais, nous a très nettement affirmé M. FIandinette, jamais la Faculté ne s'empare, contre le gré de la famille, du cadavre d'un supplicié.
On a invoqué un précédent pour Menesclou. C'est inexact. Le père de Menesclou ne s'est présenté qu'au lendemain de l'exécution de son fils, réclamant les restes du cadavre pour les faire inhumer. Il a été déféré à son désir.
Ne trouvez-vous pas écœurant cette inégalité sociale, grâce à laquelle le corps de pauvres diables, très honnêtes gens pour la plupart, qui meurent à l'hôpital, appartiennent de droit à l'amphithéâtre, tandis que les cadavres des suppliciés nous sont disputés.

Expériences inutiles

Au surplus les expériences sur le corps des suppliciés ne seraient véritablement intéressantes que si nous pouvions les pratiquer séance tenante, quelques secondes après la décapitation. C'est alors seulement qu'il nous serait loisible de nous prononcer sur la fameuse question de la survie. Mais grâce à ce ridicule simulacre d'inhumation, le cadavre nous arrive deux heures après la mort. Dès lors, nos expériences, en ce moment-là, sont rien moins que concluantes.

Musée funèbre

Avant de prendre congé de M. Flandinette, nous parcourons la salle du musée Broca où se trouvent les masques de Campi, de Gamahut, de Frey, de Rivière, de Gagny, de Ribot, d'AIIorto, de Mathelin, de Pranzini, de Sellier, de Kaps, etc.

Devant la tête de Crampon, à l'ossature moyenne, notre interlocuteur nous dit qu'il a été surpris, lorsqu'il scia la tête d'Emile Henry pour séparer la calotte crânienne, de la facilité avec laquelle entrait la scie.
— Certainement, ajoute-t-il chez Crampon, l'épaisseur des parois de la tête était deux fois plus forte que chez Henry.
En revanche, les fontanelles chez ce dernier, étaient déjà, malgré son jeune âge complètement ossifiées.
La lugubre collection de têtes que nous venons de contempler figurera à l'Exposition de 1900.


Source : gallica.bnf.fr
________________________
La fin de l'article est surprenante !
Ces têtes ont-elles vraiment été exposées en 1900 ? Et l'annonce en est faite six ans avant !!!


(1) La raison pour laquelle Mme Henry n'avait pas demandé la restitution du corps de son fils après l'exécution demeure imprécise. L'hypothèse d'un examen du cerveau montrant une anomalie , ce qui, dans l'esprit du (de la) demandeur, aurait pu expliquer les actes meurtriers de Henry, a été avancée. Cela peut sembler plausible dans la mesure où cette mère ne comprenait pas le comportement meurtrier de son fils, mais elle le justifiait notamment par un hypnotisme qu'il aurait subi, loin donc d'un trouble organique. Ne serait-ce pas plutôt le docteur Goupil, le médecin de famille — il avança au procès l'irresponsabilité de Henry — qui aurait incité Mme Henry à laisser le corps pour un examen du cerveau ? A moins que Mme Henry et ce médecin ne savaient pas qu'il fallait demander la restitution du corps en cas d'exécution capitale ?




21 mai 1894 - Venant du bd Arago, le corps d'Émile Henry
est apporté au cimetière d'Ivry parisien pour un simulacre d'inhumation.


Pour Émile Henry voir également la page 1 de ce topic

Et : http://guillotine.cultureforum.net/t864-emile-henry-1894?highlight=henry

Ainsi que : http://guillotine.cultureforum.net/t354p30-mais-quelle-force-ont-ils Page 3
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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   Dim 2 Sep 2012 - 23:07

Encore la souffrance des condamnés à mort après la décapitation.
L'écrit date de 1870, ce qui explique les arguments, aujourd'hui obsolètes — sauf pour quelques uns, de l'auteur.
___________________
Journal le Gaulois, du 24 janvier 1870.
Source : gallica.bnf.fr

CAUSERIE

Certains reporters ont manqué cette semaine à leur sacerdoce, qui consiste, chaque fois qu'une exécution capitale se fait, à s'attendrir sur l'infortuné bourreau… un pauvre homme qui souffre fort de ses fonctions… qui s'éteint d'une maladie nerveuse que lui donne son travail... qui prend le lit trois jours avant et six jours après… qui ne boit que du lait… et ci, et ça… bref un malheureux qui paraît être la seule victime intéressante de la circonstance. A entendre ces reporters, il semble que le condamné n'est qu'un taquin qui se donne « le malin plaisir » de procurer une émotion pénible à ce martyr de son devoir.

Celle façon d'égarer sa pitié n'est pas neuve. On peut la faire remonter à Abraham, cet adroit patriarche qui, depuis des siècles accapare une sympathie bien due à Isaac. Car, dans ce qu'on appelle le sacrifice d'Abraham, je crois que si quelqu'un était intéressant, c'était Ìsaac, auquel personne ne fait attention.

Pour l'exécution de Troppmann, les reporters ont renoncé à faire jouer au bourreau son rôle de lys penché sur sa tige. On en a fait un aimable châtelain, fêtant ses hôtes, les menant, après boire, visiter en détail sa... propriété et, à défaut de cascades et de jets d'eau, leur faisant jouer le couteau.
Brr ! cela fait froid ! Il me semble que si M. de Paris m'offrait ainsi la politesse de son couteau, j'aurais la superstition de lui donner un sou... pour que ça ne coupât pas l'amitié.
Plusieurs voix se sont élevées à la Chambre contre l'accueil fait à trois ou quatre touristes de la guillotine dont le bourreau s'est constitué le cicérone. » Ces voix ont eu raison !

La seule excuse possible qu'on puisse donner à celle horrible inhumanité de la peine de mort, c'est qu'on en veut faire un exemple. Je cherche donc quel exemple peut tirer le peuple d'une exécution, quand il a vu d'abord de joyeux compagnons faire joujou avec le fatal instrument.

Puisque nous ne savons plus conserver à la guillotine son unique raison d'être en place publique, c'est-à-dire ce côté sinistre qui terrifie, puisqu'elle n'est plus qu'une machine à rigoler… au moins, cachons-la dans l'ombre et ayons cette pudeur des chats qui cherchent un coin retiré pour commettre leurs ordures.
Non plus d'exécution publique plus de guillotine ! Ou mieux, plus de guillotine ! donnons enfin raison à ceux qui, depuis si longtemps, ont révélé les longues souffrances qui suivent la décollation.
Je retrouve le remarquable rapport qui,à ce sujet, fut jadis présenté à l'Académie des sciences par M. Julia de Fontenelle, et j'en emprunte l'analyse.

° ° ° ° ° ° °
Guillotin qui, dans son rapport sur la guillotine, qu'on venait d'inventer, a soutenu qu'elle donnait la mort subite, précédée seulement d'une légère sensation de fraîcheur sur le cou, et après Guillolin, Cabanis, Petit et quelques physiologistes ont nié l'existence de la douleur après la décollation ; un grand nombre d'autres, et notamment Ledru, Suë, Sommering, Gaslel, ont soutenu le contraire. Le professeur Suë (le père du célèbre romancier), a fait des expériences sur divers animaux. Dans tous les cas, le corps et la tête séparés donnèrent d'incontestables signes de souffrance.
Le corps d'un dindon, après être resté une minute sans mouvement, se releva, se tint sur ses pattes une minute et demie, marcha en agitant ses ailes, rapprocha sa patte du cou comme pour se gratter. Le corps d'un mouton, décollé, fut pendant douze minutes agité par des mouvements d'une telle violence qu'il fallait trois hommes pour le tenir.

Aldini, par des expériences galvaniques, faites en Italie sur des décapités, et à Londres sur un pendu de robuste constitution, s'est convaincu que les contractions des muscles de la tête du décapité durent trois quarts d'heure et celles de la tête du pendu deux heures.
Dans ses expériences sur des guillotinés, le Génois Mojon a constaté les résultats suivants : durant un quart d'heure après la décollation, deux têtes ayant été exposées à une vive lumière, les paupières qu'on souleva se fermèrent avec vivacité : la langue sortie de la bouche et piquée avec une aiguille, se retira et les traits de la face se contractèrent. La tête de Dutillier, guillotiné pour trois assassinats, tournait les yeux du coté où on l'appelait.
Siveling a assuré qu'en irritant la partie de la moelle épinière qui reste à la tête décollée, il a fait naître chez plusieurs suppliciés d'effroyables convulsions.
Tous ceux qui ont constaté ces souffrances, n'ont pu préciser uniformément leur durée.

Castel reconnaît que la tête, après la décollation, est susceptible de sensation ; mais il croit que la vie s'éteint plus vite dans la tête que dans le tronc. Cette opinion est combattue par Julia de Fontenelle, qui s'appuie de l'autorité du docteur Sue. « Nous avons eu l'occasion, dit-il, de nous convaincre qu'après la décapitation, la tête conserve le sang artériel que lui ont envoyé les carotides et les artères vertébrales aussitôt que la section des artères a lieu, elles se contractent et se resserrent; tant que dure cet état de spasme, la tête ne laisse échapper que très peu de sang. Le contraire a lieu relativement au tronc, qui perd son sang et se refroidit rapidement. » Selon Suë, la sensibiité peut durer fort longtemps dans les différentes parties de la tête.
Nous avons lu dans le Gaulois l'opinion du docteur Pinel, qui, à peu près sur tous les points, se rencontre avec Süe.

Plusieurs animaux auxquels on fait subir la décollation conservent la faculté de se mouvoir pendant un temps considérable.
Dans une tortue décapitée la circulation sanguine dure encore douze jours. Charras, démonstrateur de chimie au Jardin des plantes, ayant tranché la tête à une vipère dans son laboratoire, cette tête fit plusieurs jours après des blessures dangereuses à deux élèves.
Le cœur des grenouilles bat encore pendant plus de deux heures après qu'on leur a coupé la tête.
On voit donc combien est funeste cette opinion générale qui considère le supplice de la décollation comme instantané et peu douloureux.
« La guillotine, a dit J. de Fontenelle, est un des genres de mort les plus terribles, les plus atroces qui aient pu être inventés les douleurs de la décollation sont effroyables et elle durent jusqu'à la presque extinction de la chaleur vitale. »

A propos de l'anniversaire de l'exécution de Louis XVI, dont il a été beaucoup parlé à sa date, on aurait pu citer bien des votes motivés des députés qui prirent part au jugement.
Réparons cet oubli.

— La peine contre la conspiration est la mort, mais cette peine est contre mes principes, je ne la voterai jamais. (Condorcet.)

— La peine de mort est absurde, barbare et propre à rendre les mœurs féroces. (Bancal.)

— Je crois qu'il suffit d'enlever au coupable les moyens de nuire.(Cappin.)

— ll me paraît malheureux que les hommes qui font les lois puissent ordonner la mort d'un autre homme. (Creuzé-Latouche.)

— Je ne pense pas qu'un homme ait le droit d'ôter la vie à son semblable. (De……)

— J'ai depuis longtemps manifesté mon vœu le plus positif pour la suppression de la peine de mort. (Dulfriche-Valazé.)

— Ne peut-on être juste sans tuer son ennemi par terre. (Dusaulx.)

— La mort du coupable ne peut réparer le crime commis. (Fourny).

— La Société n'a pas le droit d'égorger son ennemi vaincu.(Lanjuinais).

— Le droit de mort n'appartient qu'à la nature. Le despotisme le lui avait pris, la liberté le lui rendra. (Manuel.)

Donc, puisque la décapitation est suivie de si terribles souffrances, ne cachons même pas la guillotine dans la cour d'une prison, supprimons-la. Et pour ne pas avoir à chercher le supplice qui la remplacera, abolissons la peine de mort.


EUGÈNE CHAVETTE.
° ° ° ° ° ° ° ° ° °
Romancier, nouvelliste (1827-1902).
Son nom de plume est l'anagramme de son patronyme, Vachette.
Son père, Joseph Vachette, avait tenu deux cafés courus à Paris, le Café Vachette et le Brabant-Vachette.
Romancier humoriste, versant quelquefois dans le genre policier, il donna également des articles à divers journaux le Gaulois, le Figaro, le Tintamare etc. et parfois sur des sujets beaucoup moins légers - comme celui sur la peine de de mort ci-dessus.

L'humour de Chavette. Titres d'ouvrages :
- Mayonnaise d'éphémérides et dictionnaire, assaisonnée par Joseph Citrouillard et retournée par les deux hommes d'état du Tintamare .
- La conquête d'une cuisinière : Seul contre trois belles mères. Le Tombeur des crânes .
- Le saucisson à pattes
.

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pier
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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   Mer 28 Mai 2014 - 20:53

France culture, émission du 14 février 2013 Médecine et guillotine : un siècle de débats et de doute

http://www.franceculture.fr/emission-la-marche-des-sciences-medecine-et-guillotine-un-siecle-de-debats-et-de-doute-2013-02-14

 Very Happy 

Si l'histoire de la guillotine a été largement relatée et scrutée, celle des débats qui ont émergés à la suite de cette invention et de son utilisation et qui ont divisés le monde médical le fut beaucoup moins. Mais grâce au travail de recherches minutieux mené par l'historienne Anne Carol, professeur d’histoire contemporaine à l’Université d’Aix-Marseille 1 et membre de l’Institut Universitaire de France, cette histoire sensible et moderne est désormais relatée dans son livre Psychologie de la veuve. Une histoire médicale de la guillotine paru chez Champ Vallon.

On y découvre les interrogations de médecins sur la douleur, sur la sensation et la conscience qui perdurent ou pas dans les têtes coupées, sur le devenir des dépouilles des guillotinés…., et par ricochet sur le statut et les droits du criminel. Et au-delà des débats vifs qui ont pris forme de la fin du XVIIIe siècle jusqu'au XXe siècle, ce sont des expérimentations hallucinantes qui ont été menées par ce corps médical afin de mieux percer le secret de l'échafaud et de la vie !
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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   Mer 28 Mai 2014 - 21:44

Anne Carol était venue nous présenter son livre sur le forum, livre très intéressant d'ailleurs (surtout sur un sujet aussi difficile).

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MessageSujet: Re: Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés   

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Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés
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