La Veuve

Forum consacré à l'étude historique et culturelle de la guillotine et des sujets connexes
 
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 Procès d'animaux

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Javier
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MessageSujet: Procès d'animaux   Mar 27 Nov 2007 - 1:02

Bonsoir à tous.

Toujours le même . . .

Exécutions de pourceaux au Moyen Âge :
http://www.france-pittoresque.com/faune/

Exécutions de pourceaux en 2007 :
http://www.diario55.com/actual/detalle.php?Idnoticia=2207&idCategoria=1&nCategoria=

Traduction du texte espagnol avec un traducteur "on-line" :

La Secrétairie d'Environnement et Santé environnementale a ordonné l'exécution d'un porc que, à l'aube du lundi, a assassiné à son propriétaire et extirpé une partie de son organe viril.

Le porc a été conclu de plusieurs tirs par un membre de l'Armée Nationale dans une Communauté rurale de Dajabón.

Des témoins du fait, ont raconté à Diario55.com, que Romito Rivas utilisait à l'animal comme semental pour reproduire dans une propriété de sa propriété. En accord avec la source au moment que Rivas a été attaqué par le porc, il essayait d'empêcher à ce dernier s'accoupler avec une truie.

Entretemps les autorités de Santé Publique et de Santé Environnementale soumettront à d'autres porcs de cette dernière exploitation agricole à plusieurs études pour déterminer s'ils souffrent de la rage.

[ 14/02/2007 ]
Par REDACTION.
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MessageSujet: Du Moyen Âge à aujourd'hui - exécutions de pourceaux   Mer 28 Nov 2007 - 17:42

Bonsoir, Javier !
Très sympathique votre nouvel avatar Laughing Cool Laughing
Je croyais que le dernier modèle de "Garotte vil" comportait un collier métallique ? Avec une vis qui passait au travers du poteau...Est-ce que
je me trompe ?
Bonne soirée.
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Javier
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MessageSujet: Du Moyen Âge à aujourd'hui - exécutions de pourceaux   Jeu 29 Nov 2007 - 2:06

Bonsoir pierrepoint. Vous ne vous trompez pas. Voici la chose réel.

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CARNIFEX
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MessageSujet: Du Moyen Âge à aujourd'hui - exécutions de pourceaux   Mer 5 Déc 2007 - 13:38

A quand remonte la dernière exécution au garrot en Espagne?

La peine de mort a été abolie en quelle année?

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Javier
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MessageSujet: Du Moyen Âge à aujourd'hui - exécutions de pourceaux   Mer 5 Déc 2007 - 15:58

Bonjour Carnifex,

La dernière exécution par garrot fut celle de l'Anarchiste Salvador Puig Antich à 9:40 du matin dans la prison Modelo de Barcelona le 2 Mars 1974.

Le même jour à 9:00 fut executé Georg Michael Welzel (alias Heinz Ches) dans la prison de Tarragona (un cas obscur du régime antérieur).

Le 27 Set 1975 furent fusillés 3 membres du FRAP (Frente Revolucionario Antifascista y Patriota) et 2 de la ETA (Euskadi Ta Askatasuna).

L'abolition de la peine de mort (except dans le Code de Justice Militaire pour des temps de guerre) eu lieu en 1978 et l'abolition totale pour tous les délits en 1983.

On a eu aucune exécution aprés le 27 Set 1975.
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Brother
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MessageSujet: Re: Procès d'animaux   Dim 15 Fév 2009 - 21:05

N'oublions pas les éléphants condamnés à mort.
En particulier Topsy, éléphante de 27 ans condamnée à mort et exécutée par Edison en personne, par électrocution le 4 janvier 1903 : Film de l'exécution
Ou encore cet autre éléphant, pendu au XIXe (en Angleterre si mes souvenirs sont bons), qui s'est décroché et a dû être rependu.
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tOma de l'Est
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MessageSujet: Re: Procès d'animaux   Ven 20 Fév 2009 - 23:45

Ca me fait penser, j'ai une gravure bien insolite quelque part, qu'il faudrait que je retrouve, de l'exécution à Paris d'une truie par pendaison pour sorcellerie lol! si je me souviens bien. C'était quand même pas place de Gréve, mais rue de Rivoli je crois, à voir...
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Adelayde
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MessageSujet: Le procès de l’âne Féron   Jeu 21 Fév 2013 - 17:14


Le procès de l’âne Féron
-----=-----
Mémoire connu sous le nom de "Mémoire de l’âne" (1)


Drôle d’aventure que celle de l’âne de Féron ! En 1750, moment des faits, Louis XV règne personnellement sur le royaume depuis la mort du cardinal de Fleury, en 1743. L’excellente gestion du contrôleur général Orry favorise l’expansion économique. A l’étranger, le traité d’Aix-la-Chapelle, mettant fin à la guerre d’Autriche, a été signé il y a maintenant deux ans. Le peuple en paix a alors tout le loisir de s’enflammer pour telle ou telle affaire intéressante, amusante ou sortant tout simplement des sentiers battus...

« Nous soussignés, curé et habitants de Vanvres (2), n’avoir point entendu que le présent âne ait fait de malice dans le pays... Le délit que l’âne de Jacques Féron a commis, à son corps défendant, est bien naturel ! Un peu d’intempérance, la rencontre imprévue d’une ânesse en chaleur et l’imprudence de la femme Leclerc en sont la source et les motifs. Cependant Pierre Leclerc veut aujourd’hui rendre Jacques Féron responsable de ce cas fortuit. Il lui demande 1200 livres de dommages-intérêts, résultants d’une morsure que sa femme s’est attirée, en excédant de coups l’âne de Féron. »

Voilà les premiers mots de la plaidoirie que prononça maître Lalaure, avocat du barreau de Paris, devant les juges ayant en charge le dossier Féron. Ce magistrat était un habile et redoutable orateur. Il fallait sans doute que cette affaire eut une quelconque importance !

Le magistrat expliqua que Jacques Féron était obligé d’avoir une bête de somme pour porter le linge de ceux qu’il blanchissait. Hélas, survint ce funeste premier juillet 1750... :

« (...) La femme Féron vint à Paris montée sur cet âne et descendit chez le sieur Nepveux, marchand épicier, porte Saint-Jacques. Elle lia le baudet par son licou aux barreaux de la boutique et fit emplette de savon et de soude : elle se souvint qu’elle avait besoin de sel. Voulant en acheter, elle pria le sieur Nepveux d’avoir l’œil sur son âne et fut au regrat (3) qui est quatre portes plus bas.

« A peine la femme Féron était-elle partie que la femme Leclerc passa, montée sur une ânesse en chaleur. L’attitude de l’âne, attaché après les barreaux de la boutique du sieur Nepveux, fixa l’attention de la bourrique. Un mouvement naturel la fit arrêter. Allongeant les oreilles et ronflant des narines, elle se prit à braire. L’âne, ne voulant pas rester en reste de politesse avec la bourrique, lui répondit sur le même ton et la solution de la conversation asine, fut que l’âne de Féron, à la faveur de cinq ou six coups de tête, parvint à rompre son licou et suivit la femme Leclerc et son ânesse.

« Tout autre que la femme Leclerc aurait arrêté, ou tout du moins fait arrêter le baudet. L’inquiétude dans laquelle la perte de cet animal devait jeter son maître, était un motif plus que suffisant pour l’engager à prier quelque passant de s’en saisir. Mais, soit que le jeu lui plût, soit qu’elle fut charmée de s’approprier un âne qu’elle trouvait à sa convenance, elle ne s’opposa point à sa poursuite.

« Quoi qu’il en soit, la femme Leclerc, son ânesse et l’âne de Féron firent chemin de compagnie et arrivèrent paisiblement tous trois à la porte du demandeur - il demeure contre les Gobelins -. La femme Leclerc étant descendue de dessus son ânesse, l’âne de Féron jugea à propos de la remplacer. Alors, la femme Leclerc, on sait trop par quel motif, le frappa à grands coups de bâton.

« Les animaux les plus doux et les plus pacifiques étant irrités dans des moments aussi critiques entrent en fureur et deviennent très dangereux. C’est précisément ce qui arriva dans cette occasion. Le baudet se sentant harcelé aussi vivement par la femme Leclerc, fit trêve à ses plaisirs pour songer à sa conservation. La bourrique se mit aussi de la partie et chacun tâcha de se défendre de son mieux. Une querelle de cette nature causa, comme on peut se l’imaginer, une grande rumeur dans le quartier. Les voisins accoururent et séparèrent les combattants, mais l’âne de Féron eut le malheur d’être fait prisonnier. [Il est resté deux mois chez Leclerc et n’en est sorti qu’à la caution juratoire de son maître, à qui on demande aujourd’hui 1200 livres de rançon et 60 livres pour deux mois de nourriture !]

« La chaleur de l’action passé, la femme Leclerc s’aperçut qu’elle avait été mordue au bras. Alors elle abandonna le dessein qu’elle avait sans doute formé de s’approprier l’âne. Elle s’imagina qu’il lui serait plus avantageux de former une demande en dommages-intérêts contre le maître que de garder le baudet. Il ne s’agissait que de savoir à qui il appartenait, mais la chose ne lui était pas difficile. Elle envoya le lendemain 2 juillet 1750, sur les 7 heures du matin, une femme chez le sieur Nepveux, à la porte duquel elle l’avait vu attaché la veille, lui dire que si quelqu’un avait perdu un âne, il le pouvait venir chercher chez un jardinier fleuriste du faubourg Saint-Marceau, proche les Gobelins.

« Jacques Féron était encore occupé à la quête de son âne, lorsque le sieur Nepveux le fit avertir qu’il était chez Leclerc. Féron, charmé d’avoir retrouvé un animal qui lui était si utile pour son commerce, envoya promptement sa femme à l’endroit qu’on lui avait indiqué. Mais quelle fut la surprise de la femme Féron lorsqu’au lieu de lui rendre son âne, on la menaça de la ruiner. Elle retourna fort triste chez elle et le baudet resta chez Leclerc !

Malgré toute attente, l’éloquence et le talent de maître Lalaure n’y firent rien. Les juges estimèrent Féron responsable des agissements désordonnés et contraire aux bonnes mœurs du pauvre âne et le condamnèrent à soixante livres de dommages-intérêts envers Leclerc et à payer les frais du procès.
Mais l’affaire avait fait grand bruit et tout Paris riait des frasques de l’âne Féron. La plupart avaient pris fait et cause pour le blanchisseur et contestaient la décision des juges. Maître Lalaure qui, ne le cachons pas, fut fort blessé que sa plaidoirie qu’il estimait sans faille ne fut point couronnée du succès que légitimement il attendait, assura Féron de son soutien. D’autant plus que celui-ci lui fit part de ses sentiments et surtout de l’injustice dont il jurait être la victime. C’est qu’il n’était guère riche et que cette décision le ruinait, lui et sa famille. Le magistrat décida de continuer à le défendre et s’il ne pouvait plus casser cette sentence, qui était hélas définitive et sans appel, il en appellerait au public qui se prononcerait sur l’affaire (4). Il lui promit un plaidoyer convaincant qui ferait éclater au grand jour l’irresponsabilité de ses juges.

« Dès l’âge le plus tendre, cette ânesse allait souvent seule au bois et dans la prairie où, libre du joug de la décence et de la pudeur si nécessaires à son sexe, elle faisait retentir les échos de ses hin-hans amoureux, appelait les amants et les sentait à la piste... »

L’homme de loi commença en insistant longuement sur la noblesse de cœur et d’âme des parents et grands-parents de notre âne qu’il surnomma Belle-Oreille :

« L’âne de Jacques Féron est d’une des plus anciennes familles de Vanvres. Sa noblesse se perd dans la nuit des temps. (...) Malgré cette origine antique et superbe, le bisaïeul de l’âne de Féron perdit tous ces avantages par des événements qui sont absolument étrangers à la cause. Il suffit de dire qu’il fut réduit à porter tantôt du blé au moulin et tantôt des choux au marché. La chronique scandaleuse du pays dit que ce fut par sa faute et que le libertinage lui fit perdre en peu de temps et son état et sa fortune. Exemple frappant pour tant d’ânes dissipateurs des biens que leurs pères ont amassés à grand-peine ! Quoi qu’il en soit, ce bisaïeul laissa une nombreuse famille (...) Martin, leur second fils, surnommé Belle-Oreille (c’était le nom du bisaïeul) profita de ses malheurs. Sa vieillesse fut laborieuse (...) et quoiqu’humilié sous le bât, il inspira à ses enfants le plus vif amour de la vertu et le désir de se tirer un jour de la triste servitude où ils étaient réduits. Le chagrin et les fatigues abrégèrent de beaucoup ses jours. Sentant approcher sa dernière heure, il fit assembler sa famille : une tristesse profonde était peinte dans tous les yeux, les larmes coulaient, les oreilles étaient baissées, un morne silence régnait et rendait la scène plus sombre et plus lugubre. Le moribond couché dans le coin d’une étable sur quelques brins de paille épars, attendri par un spectacle si touchant, jeta un profond soupir (...) "Vous voyez, mes enfants, à quoi m’a réduit ma conduite passée. J’ai dissipé les grands et fertiles pâturages que mes ancêtres m’avaient laissés : soyez plus sage que moi (...) Vous serez toujours assez riches si vous êtes chastes, patients, dociles et vigilants. Fuyez les ânesses, car toute femelle est trompeuse et vous jette insensiblement dans l’abîme. Le bonheur ne consiste que dans la vertu : c’est elle seule qui m’a soutenu dans les adversités que j’ai essuyées. Je meurs content si vous ne suivez que le dernier exemple que je vous donne" (...) A peine eut-il achevé ce discours, qui n’est pas tout à fait d’un âne, qu’il expira (...).

« Après sa mort, chacun d’eux suivit le sort qui lui était réservé (...). Le plus jeune de la famille des Martin fut le père de l’âne de Féron. L’éducation qu’il lui donna fut conforme aux principes qu’il avait reçus de son père mourant. Belle-Oreille (car l’âne de Féron avait hérité du surnom de son bisaïeul parce qu’il portait les plus belles et les plus longues oreilles du monde) Belle-Oreille donc profita des instructions, crût en sagesse et en beauté et fut regardé par tous les habitants de Vanvres et surtout par les habitantes de Vanvres comme l’âne le plus parfait qu’on eut encore vu. "En effet, il avait les jambes hautes, le corps étoffé, la tête élevée et légère, l’encolure un peu longue, le poitrail large, la croupe plate, la queue courte, le poil luisant, doux au toucher et d’un gris foncé" - c’est ainsi que l’âne étalon doit être choisi. Voyez tome 4 de l’Histoire Naturelle de M. de Buffon, édition in-4, page 396) - (...) Dès que Belle-Oreille y parut, il fut acheté par Matthieu Garo, meunier à Vanvres (...) A peine nourrissait-il le pauvre Belle-Oreille ! Tous les jours levé à 3 heures du matin, il lui faisait faire plus de cent voyages dans la journée et lorsque le triste animal était excédé de fatigue, il le réveillait par mille coups de bâton. Cependant, c’était Belle-Oreille qui faisait venir l’abondance au moulin (...). L’esclavage de Belle-Oreille chez Garo dura six ans. On ose le dire, le terme était assez long pour éprouver sa patience ! Néanmoins, il ne s’échappa jamais. La mauvaise humeur ne prit point sur son caractère doux et pacifique et tout le monde se louait d’une conduite dont on n’avait pas encore eu d’exemple.

« Enfin Belle-Oreille changea de maître et il eut le bonheur de tomber entre les mains de Jacques Féron dont le métier est de blanchir le linge de plusieurs particuliers de cette ville. Quelle différence de condition ! (...) Quatre ans s’écoulèrent sans qu’il s’aperçut de son esclavagisme ! (...) »

L’avocat en vint alors au premier juillet 1750. Il rappela les faits qui précédèrent l’incident puis poursuivit :

« (...) Nous avons laissé la femme Féron au regrat. Hélas ! elle ne pensait guère à la triste catastrophe qui allait la désoler. La femme d’un nommé pierre Leclerc, jardinier fleuriste, vient à passer. Elle était montée sur une ânesse dont l’éducation était bien différente de celle de Belle-Oreille. Sa mère n’ayant de temps à donner qu’à ses plaisirs, comme bien des mères, loin de prendre soin de l’enfance de sa fille, l’avait abandonnée à des soins étrangers et mercenaires. Dès l’âge le plus tendre, elle allait souvent seule au bois et dans la prairie où, libre du joug de la décence et de la pudeur si nécessaires à son sexe, elle faisait retentir les échos de ses hin-hans amoureux, appelait les amants et les sentait à la piste. Aussi du plus loin qu’elle aperçut l’âne de Féron, se mit-elle à braire trois fois. Soudain, elle double le pas. A mesure qu’elle s’approche, l’objet lui paraît plus beau : enfin elle s’arrête près de Belle-Oreille. Ses regards avides et curieux le mesurent de la tête aux pieds. Un feu séditieux s’allume aussitôt dans ses veines. Alors ne pouvant autrement exprimer son amour, elle se met à braire d’une façon si tendre et si expressive que Belle-Oreille en est ému. Il lui répond dans le même langage, il veut s’approcher d’elle, mais son licol le retient. Rien n’est impossible à la passion : Belle-Oreille agitant sa tête, rompt à la fin tout obstacle et oubliant en un instant les beaux jours de sa première innocence, il suit l’ânesse.

« Il faut l’avouer, Belle-Oreille était dans sa douzième année. (...) Il n’avait point connu d’ânesse. Ce n’est pas qu’il n’eut eu différentes occasions de perdre sa première innocence. Sa chasteté avait eu souvent à essuyer de fréquentes attaques, non seulement de la part de plusieurs ânesses jeunes et fringantes, mais encore de quelques vieilles bourriques d’autant plus dangereuses qu’elles ont plus d’expérience et qu’elles savent l’art de faire trébucher la jeunesse dont elles cueillent presque toujours la fleur. Cependant soit philosophie, soit chagrins domestiques, soit peut-être que le moment de sa chute ne fut pas arrivé, il se garantit toujours de la passion de l’amour qui est ordinairement la plus forte chez la gent asine parce qu’elle possède par excellence l’heureux don de la satisfaire.

« Quoi qu’il en soit, voilà donc la femme Leclerc, l’âne et l’ânesse qui marchent de compagnie. C’était le moment, si la femme Leclerc n’eut pas eu de mauvais desseins, de chasser l’âne ou de le rattacher elle-même aux barreaux de la boutique du sieur Nepveu. Le premier passant même, si elle l’en eut prié, lui aurait rendu ce service. Elle devait bien s’attendre à toute l’inquiétude dans laquelle la perte de l’âne jetterait celui auquel il appartenait. Mais soit malice noire, soit envie d’avoir de la race de Belle-Oreille, elle ne s’opposa point à sa poursuite.

« Tant que ces animaux marchèrent ensemble, Belle-Oreille ne commit aucune indiscrétion, malgré les œillades agaçantes que lui lançait de temps en temps l’ânesse de la femme Leclerc. Ils arrivèrent tous trois à la porte du demandeur. La femme Leclerc saute à bas de son ânesse. Que ne puis-je pas peindre la promptitude avec laquelle Belle-Oreille la remplaça ! L’éclair est moins prompt ! Plein du feu qui le dévore, il s’agite. Déjà, l’ânesse est convaincue que son ardeur n’est point feinte ! Elle partage ses transports, lorsque la jardinière saisissant un lourd bâton, fond à grands coups sur le couple amoureux. Il n’est point de plaisir qui cède à la douleur. L’âne, se sentant frapper si cruellement, devient furieux. Ce n’est plus l’objet de ses plaisirs qui l’occupe, c’est le soin de sa vie : il la défend de la dent et du pied, la rage le fait écumer, il se jette à son tour sur la femme Leclerc. Il n’est pas jusqu'à l’ânesse qui ne se venge sur sa maîtresse de l’interruption de ses plaisirs. Les cris de la femme Leclerc, les rugissements de l’âne et de l’ânesse font retentir les airs : tout le quartier en est ému. On accourt au bruit : le désordre de la jardinière, l’attitude de l’ânesse, les yeux étincelants de l’âne, ses flancs qui battent, d’autres marques plus sensibles encore, tout fait juger de la scène qui vient de se passer. On s’empresse de rétablir le calme. On y parvient, mais l’âne perd sa liberté.

« Tout était rentré dans l’ordre et la chaleur de l’action passée, la femme Leclerc s’aperçoit qu’elle a été mordue au bras. Sans doute son dessein avait été de s’approprier l’âne, mais elle change bientôt d’avis. Elle contemple sa plaie et y voit avec une secrète joie les moyens de satisfaire à la fois son avarice et sa vengeance. Il ne s’agissait plus que de savoir à qui appartenait l’âne. Aussitôt elle envoie (le 2 juillet 1750) chez le sieur Nepveu, à la porte duquel elle avait trouvé la veille l’âne attaché aux barreaux de la boutique et lui fait dire que si quelqu’un avait perdu un âne, il pourrait venir le chercher chez un jardinier fleuriste, faubourg Saint-Marceau, proche les Gobelins.

« Quelle est la demande de Leclerc ? En quoi consiste-t-elle ? Premièrement, il prétend 1500 livres de dommages et intérêts pour la morsure que l’âne de Féron a faite à sa femme ! Deuxièmement, il exige 20 sols pour la nourriture de l’animal qu’il tenait prisonnier, mais dont il se servait en même temps pour aller au marché. La plaie fait donc l’objet de 1500 livres de dommages prétendus par la femme Leclerc. Cette plaie est large et profonde s’écrie son mari ! Mais fut-elle cent fois pis encore, Leclerc pourrait-il seul en être cru ? (...) Où est le rapport des chirurgiens pour constater cette largeur et cette profondeur énorme dont se plaint Leclerc ? D’ailleurs est-ce l’âne ou l’ânesse qui a mordu la femme Leclerc ? Car l’un et l’autre ont agi contre elle. Si c’est l’âne, la jardinière n’a que ce qu’elle mérite ! De quoi s’avisait-elle de frapper inconsidérément cet animal dans le moment où il marquait sa joie de l’avoir suivie ? L’ânesse ne répondait-elle pas à la politesse ? Autre chose est s’il eut voulu la prendre de force. Mais comme on l’a déjà dit, c’est la femme Leclerc qui a été chercher l’âne de Féron. C’est elle qui l’a enlevé à son maître par le rapt le plus marqué et le plus punissable. La preuve en est claire. Il lui était facile de s’opposer à la poursuite de l’âne : elle ne l’a pas fait. Donc elle est coupable de rapt et si quelqu’un est en droit de demander des dommages et intérêts, c’est assurément Féron !

« En vain Leclerc dira-t-il que sa femme a fait tout son possible pour chasser cet âne : personne ne le croira lorsqu’on réfléchira sur la distance qu’il y a de la porte Saint-Jacques aux Gobelins. En effet, est-il vraisemblable que la femme Leclerc n’ait pas rencontré dans tout le chemin une âme charitable pour la délivrer des importunités du baudet ? Disons donc que la femme Leclerc avait dessein de le garder pour s’en servir.

« Si c’est l’ânesse de la femme Leclerc qui l’a mordue, nuls dommages et intérêts à demander. Il est même plus que probable que l’ânesse seule a commis le délit. Il ne faut que réfléchir sur la position des parties. Il est vrai que les coups ont tombé d’abord sur l’âne qui a été désarçonné du premier coup. Il lui a fallu nécessairement un temps pour aller jusqu'à la jardinière, tandis que l’ânesse n’a pas eu besoin de se déranger pour l’atteindre. Elle avait autant de raisons que l’âne pour mordre celle qui venait jeter le trouble où il ne fallait que la paix. Qui est l’agresseur ? La femme Leclerc. Ce n’est donc qu’à son corps défendant que l’âne s’est vengé.

« On va plus loin. La loi parle en faveur de l’âne. Qui l’a engagé à casser son licol ? L’ânesse. Qui des deux s’est mis à braire le premier ? L’ânesse. Qui l’a porté à suivre la jardinière jusqu’aux Gobelins ? L’ânesse. Qui pouvait enfin empêcher ce désordre ? La femme Leclerc. Elle et sa bourrique sont donc les seules coupables. D’ailleurs ignorait-elle l’intempérance de son ânesse ? Elle pouvait, elle devait donc prendre des précautions. Or, la loi dit : (...) Si une bête en a séduit une autre, c’est au maître de la bête séductrice qu’il faut s’en prendre. L’âne a été séduit par l’ânesse. C’est donc la femme Leclerc qui doit les dommages et intérêts.

« Mais qu’est-il besoin de citer la loi lorsque nous avons dans notre sac une pièce victorieuse pour confondre l’imposture. C’est le certificat du curé et des notables de la paroisse de Vanvres en faveur de l’âne de Féron.

« Nous soussignés, Prieur-Curé et habitants de la paroisse de Vanvres, avons connaissance que Marie-Françoise Sommier, femme de Jacques Féron, avaient UN ÂNE depuis quatre ans pour le service de leur commerce et que pendant tout le temps qu’ils l’ont eu, PERSONNE NE L’A CONNU MECHANT, ET N’A JAMAIS BLESSE PERSONNE, même pendant six ans qu’il a appartenu à un autre habitant, qu’aucun ne s’en est jamais plaint, NI ENTENDU QU’IL AIT FAIT DE MALICE DANS LE PAYS : en foi de quoi, NOUS, soussignés, lui avons délivré le présent témoignage. A Vanvres, ce 19 septembre 1750. Signés PINTEREI, prieur et curé de Vanvres, JERÔME PATIN, CLAUDE JANNET, LOUIS RETORE, LOUIS SENLIS, CLAUDE CORBONNET.

« On est tenté de croire, à la simple lecture de ce certificat, qu’il est donné à un bon paroissien : il est pourtant certain que c’est à l’âne lui-même. Il est le premier dont de graves et notables personnes aient attesté les mœurs et la bonne conduite. La probité des attestants est ici d’un grand poids et ne peut être suspecte. (...) Enfin, la femme Leclerc n’est pas recevable dans sa plainte et on doit plutôt croire de sages habitants qui attestent aussi authentiquement qu’ils le font que l’âne de Féron est un animal incapable de blesser personne et de faire de malice !

« Quoi ! parce que les mœurs sont aujourd’hui si corrompues que la plupart des femmes sont sans pudeur et les hommes sont sans retenue ; que le vice marche effrontément tête levée, tandis que la vertu n’ose se produire, qu’elle ne soit calomniée ou tournée en ridicule (...), enfin parce qu’une philosophie nouvelle s’efforce d’éteindre dans nos cœurs et dans nos esprits le flambeau de l’antique et véritable sagesse, et que le débordement funeste des villes gagne déjà depuis longtemps les campagnes, la femme Leclerc s’imaginera que tout est changé en mal dans la nature ? Elle portera le même jugement de l’âne de Féron que celui qu’elle porte de son siècle ? Qu’elle sache du moins que si la raison s’obscurcit de jour en jour chez les hommes, l’INSTINCT des bêtes est toujours le même ! C’est donc à tort que la femme Leclerc attaque l’âne de Féron dans sa réputation qui serait encore entière, sans le délit involontaire qu’il a commis et qui ne peut-être regardé que comme l’ouvrage de la fatalité !

« Quant à la demande de vingt sols par jour qu’exige Leclerc pour la nourriture de l’âne, elle tombe d’elle-même. Pourquoi le gardait-il ? »Le talentueux magistrat finit par ses quelques mots :

« On se flatte d’avoir établi les faits avec l’exactitude la plus scrupuleuse et les moyens avec toute l’étendue que la cause mérite. C’est au public à prononcer : quel que soit son jugement, il sera toujours équitable ! »

(1) Affaire extraite de R. Etienne, Causes amusantes et connues, Berlin, 1769-1770.
Tome I : pp. 104-120.
Tome II : pp. 383- 424.
(2) Lire "Vanves"
(3) Lieu où l’on vendait au détail et de seconde main de menues denrées.
(4) On ne peut hélas retranscrire le plaidoyer en entier, il serait trop long. Nous ne pouvons qu’en livrer quelques extraits.

Source :
http://www.genealogie.com/?gclid=CKOYxYLBxLUCFUnMtAodLmUA0w

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Adelayde
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MessageSujet: Chantal Knecht - Animalement vôtre   Jeu 4 Avr 2013 - 19:00


Chantal Knecht - Animalement vôtre




De tout temps, des hommes ont jugé d’autres hommes. Mais un fait très curieux s’est produit pendant la période du Moyen Age et jusqu’au XVIIIème siècle environ, dans l’Europe chrétienne et rurale : des hommes ont jugé des animaux pour délits, en leur intentant des procès en bonne et due forme.

Ce livre nous dévoile un fait historique trop longtemps ignoré, celui des procès d’animaux dans l’Ancien Régime. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ces procès ont réellement existé, véritables mises en scène judiciaires, calquées sur celles du monde des humains, avec président de cour, avocat de la défense, gardiens de prison, bourreaux, plaignants…

Sous forme de contes et nouvelles, voici dix histoires de procès d’animaux : une truie tueuse d’enfant, un perroquet contre-révolutionnaire trop bavard, un chien royaliste, une faible brebis, une jument boiteuse, des chats maudits, des dauphins trop envahisseurs, des fourmis trop gourmandes, un âne bien têtu et de gloutons charançons ! Tous au tribunal !

Aujourd’hui, ces procès d’animaux mettent en évidence la tendance irrésistible de l’homme à « humaniser » l’animal, et à lui faire subir les pires souffrances, avec bonne conscience.

Animalement vôtre Procès d'animaux Histoires d'hommes - Chantal Knecht - Editions Pourquoi viens-tu si tard ?

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MessageSujet: Re: Procès d'animaux   Ven 5 Avr 2013 - 10:20

Et l'homme se dit: "je suis plus intelligent que l'animal"...............
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MessageSujet: Re: Procès d'animaux   Ven 5 Avr 2013 - 13:06

Il me semble avoir lu que lorsqu'un individu était reconnu coupable du crime de bougrerie (zoophilie) on exécutait également l'animal qui avait subi ses assauts, vraisemblablement parce qu'on craignait que naisse quelque monstre de leur coupable union.

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MessageSujet: Re: Procès d'animaux   Ven 5 Avr 2013 - 14:09

La bougrerie ne désignait pas la zoophilie (bien que parfois... Embarassed ) mais la sodomie, l'homosexualité masculine.

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MessageSujet: Re: Procès d'animaux   Sam 6 Avr 2013 - 12:01

Tiens, oui. Je me suis mépris sur le sens de ce mot. Mea culpa. Embarassed

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MessageSujet: Le perroquet royaliste   Dim 7 Avr 2013 - 16:26


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MessageSujet: Re: Procès d'animaux   Dim 7 Avr 2013 - 18:47

Il ne s'agit pas à proprement parlé du procès d'un animal mais de l'excécution publique d'une éléphante aux Etats-Unis il y a que 110 ans !

La sottise humaine n'a que peu de limite !

Bonne lecture


4 janvier 1903. Topsy, l'éléphante tueuse d'hommes, est électrocutée par Thomas Edison
Ses propriétaires voulaient la pendre comme une vulgaire criminelle. Trop cruel ! L'inventeur se propose pour l'électrocuter.

FRÉDÉRIC LEWINO ET GWENDOLINE DOS SANTOS (Le Point.fr 04/01/2013)

Le 4 janvier 1903, mille cinq cents curieux sont venus à Luna Park, le parc d'attractions de New York, pour assister à l'exécution de Topsy, l'éléphante tueuse d'hommes. Le savant et industriel Thomas Edison, qui organise l'électrocution, fait signe à son employé d'abaisser l'interrupteur. La géante bascule vers l'avant sans même avoir eu le temps de grogner et encore moins de barrir. Elle n'a pas résisté à la décharge de 6 600 volts. Les cameramen embauchés par Edison se régalent. Bernard de La Villardière met un doigt dans l'anus de la pauvre Topsy pour contrôler sa température rectale. C'est ça, le journalisme de terrain... Ainsi meurt une malheureuse éléphante de 28 ans, condamnée à mort pour avoir tué un soigneur qui lui avait fait la sale blague de lui donner à manger une cigarette allumée.

Topsy est une éléphante d'Asie pour qui le rêve américain s'est borné à épater les spectateurs du Forepaugh Circus. Durant des années, elle a tourné dans le pays. C'est une brave bête, mais il ne faut pas lui marcher sur les pieds, un peu comme Mélenchon. À deux reprises, elle tue des soigneurs qui lui manquent de respect. Si bien qu'en 1901 elle est virée du cirque itinérant pour être incarcérée au Luna Park de Coney Island, à New York. Elle y retrouve Babar, Céleste et d'autres pachydermes coulant des jours heureux. Topsy file un coup de main en transportant des matériaux de construction et en se faisant admirer par les visiteurs. Pas d'embrouille avec elle jusqu'à ce jour où un imbécile de soigneur, pour faire le malin, lui donne une cigarette allumée à manger. L'éléphante, qui a une sainte peur de mourir d'un cancer de la gorge, saisit le plaisantin avec sa trompe et le balance mortellement à terre. C'est le crime de trop.

Les autorités demandent la mort de Topsy pour récidive. Elle est devenue bien trop dangereuse. Mais comment abattre ce monstre de trois tonnes ? Thomson et Dundy, les deux propriétaires de Luna Park, tentent de l'empoisonner en lui refilant des carottes arrosées d'une livre de cyanure. Topsy avale le tout, émet un léger rototo avant de retourner à ses occupations habituelles. Il faut trouver un moyen plus radical. Thomson et Dundy envisagent alors une pendaison devant un public payant, histoire de gagner du fric. L'association américaine contre la cruauté animale a vite fait de dénoncer la pendaison. Il faut y renoncer.

C'est alors que le célèbre inventeur Thomas Edison suggère de faire appel aux services de la fée électricité. Depuis 1890, les criminels ne sont-ils pas électrocutés ? C'est une méthode jugée plus humaine que la pendaison... Le célèbre industriel-inventeur ne fait pas cette proposition par altruisme. Il y voit le moyen de faire une mauvaise publicité au courant alternatif promu par son concurrent Westinghouse en l'utilisant pour griller Topsy. Alors que sa compagnie mise tout sur le courant continu ! Ce n'est pas sa première tentative pour discréditer l'alternatif, il l'a déjà utilisé pour tuer des chiens, des chats, et même Kemmler, le premier condamné à mort électrocuté (voir la date du 6 août 1890). Le petit vicieux fait aussi venir une équipe de cinéastes pour filmer l'exécution et il fera projeter le reportage dans tout le pays. En vain, puisque c'est le courant alternatif qui s'impose commercialement.

Le jour dit, la foule se presse sur les lieux de l'exécution. Parmi eux, Patrick Sébastien à la recherche de numéros spéciaux pour son Plus grand cabaret du monde... Les exécuteurs passent un câble autour du cou de la vedette du spectacle, lequel est relié au poste électrique alimentant le parc. Puis les soigneurs lui demandent poliment d'enfiler des sandales en bois équipées d'électrodes en cuivre. Ne soupçonnant pas ce qui l'attend - ce qui en dit long sur la prétendue intelligence des éléphants -, Topsy s'exécute. Ce qui est le plus révoltant dans l'affaire, c'est que personne ne pense à lui offrir la dernière cigarette du condamné. Le courant alternatif de 6 600 volts se rue dans son énorme masse. Une fumée à l'odeur de chair brûlée s'élève de ses quatre pieds. Après avoir hésité une seconde, l'énorme masse bascule vers l'avant. Encore quelques tremblements et voilà Topsy morte. La foule est satisfaite.

En 1944, quand Luna Park disparaît dans un incendie, certains affirment qu'il s'agit de la vengeance posthume de Topsy. On veut bien le croire...


Vidéo de l'électrocution de Topsy filmée par Thomas Edison 1:18 : http://www.youtube.com/watch?v=Gr6xBz-h99
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MessageSujet: Re: Procès d'animaux   Dim 7 Avr 2013 - 19:22

Joseph Ignace a écrit:
Vidéo de l'électrocution de Topsy filmée par Thomas Edison 1:18 :

http://www.youtube.com/watch?v=Gr6xBz-h99
La vidéo n'existe plus par ce lien, Joseph Ignace. Voici un autre lien mais qui sera actif pendant combien de temps ?

http://www.youtube.com/watch?v=ZCx89BRbVeU

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MessageSujet: Re: Procès d'animaux   Dim 7 Avr 2013 - 19:58

Merci Adelayde Wink
Oui, pour le lien comme disait Leaticia (non, pas Hallyday....) "Pourvou que ça doure !"
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MessageSujet: Re: Procès d'animaux   Dim 7 Avr 2013 - 20:37

Avis partagé, Joseph Ignace : entre Laetitia Ramolino et Laeticia Hallyday, ya pas photo ! queen

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MessageSujet: Quand les animaux étaient jugés pour leurs crimes   Sam 20 Aoû 2016 - 22:31

"Les Aventuriers de l'inconnu" avec Jacques Pradel, Henri Gougaud et leur invité Michel Pastoureau

Quand les animaux étaient jugés pour leurs crimes

Au Moyen-Âge, on considérait que les animaux étaient aptes à être jugés... comme des hommes. Un animal voleur, ayant tué ou blessé quelqu'un était jugé par un tribunal d'homme et condamné pour ses crimes et délits. A l'enfermement, la peine capitale, à être traîné dans les rues aux yeux de tous, ou à diverses autres sanctions...

http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/les-proces-d-animaux-7784020847

Bonne écoute !

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MessageSujet: Condamnation des souris à Contrisson en 1733   Lun 9 Jan 2017 - 16:36

CONDAMNATION DES SOURIS À CONTRISSON EN 1733

Charles Sadoul. « Les procès contre les animaux. Les Souris de Contrisson. » Article paru dans « Le Pays Lorrain », (Nancy), 17e année, n° 13, décembre, 1925, pp. 529-538.

Docteur en droit, historien, journaliste, Charles Sadoul (1872-1930), fut directeur du pays lorrain et de la Lorraine illustrée. Membre de l’Académie de Stanislas, Nancy et de la Société d’archéologie lorraine.


De nos jours, on le sait, pour que, juridiquement, il y ait crime ou délit, il faut qu’il y ait eu intention de nuire chez l’auteur de l’acte. L’article 64 de notre Code pénal édicte qu’il n’y a ni crime ni délit lorsque le prévenu était en état de démence au moment de l’action, ou lorsqu’il a subi une contrainte à laquelle il n’a pu résister. Pour le mineur de moins de seize ans on exige le discernement. Sauf chez les Romains (1) qui ont formulé les principes qui régissent toujours notre droit, les lois et les coutumes antiques ne tenaient pas compte de l’élément intentionnel. Il suffisait pour donner lieu à une sanction pénale que le fait délictueux fut constaté et son auteur connu. La responsabilité de cet auteur et son intention de nuire n’était pas nécessaires, on était donc amené logiquement à frapper de peines non seulement les insensés, les enfants, mais aussi les animaux et même les objets inanimés.

En ce qui concerne ces derniers l’histoire grecque et celle de l’Espagne contemporaine en rapportent des exemples (2). Chaque année à Athènes au Prytanée étaient jugés les meurtres commis par des auteurs inconnus. Comme ceux-ci ne pouvaient être châtiés on s’en prenait à l’instrument du crime qui était jeté hors du territoire de l’Attique. Dion Chrysostome rapporte que les [p. 530] juges de Thasos ordonnaient que tout objet inanimé qui avait causé la mort d’un homme devait être précipité dans la mer. Il en fut ainsi d’une statue qui par sa chute avait écrasé un passant. En Espagne, jusqu’à une époque voisine de la nôtre, les armes des assassins étaient détruites par la scie et le marteau. Depuis un attentat contre Isabelle II, au milieu du XIXe siècle, on se servit pour cette destruction de l’acide sulfurique. C’était, en somme, une habitude plus sensée que celle de la justice française qui fait mettre en vente les pièces à conviction, fournissant ainsi des armes pour de nouveaux crimes.

M. Huffel, l’érudit historien des forêts d’Alsace, nous a signalé une condamnation plus singulière encore, dont il a trouvé mention dans l’étude de Hanauer, sur les campagnes alsaciennes au moyen âge. Aux environs de Hofen et Büren était située une forêt appelée Hetzelholtz, mise au ban (c’est-à-dire hors la loi), comme un meurtrier, par jugement de la Pfalz (tribunal du Palais) de Strasbourg, à cause d’un meurtre qui y avait été commis. On en avait abattu les futaies, et il n’y poussait plus que du menu bois et des broussailles.

Ces condamnations d’objets inanimés sont assez rares. Au contraire celles d’animaux auteurs de délits ou de crimes furent fréquentes dans les siècles passés (3).

Dans les lois de Moïse (Exode 28) il est dit : « Si un bœuf frappe de sa corne un homme ou une femme et qu’ils en meurent, le bœuf sera lapidé et on ne mangera pas de sa chair mais le maître sera jugé innocent ». C’était l’application stricte de la loi du talion (Exode 24-25) « œil pour œil, dent pour dent, pied pour pied, etc… ».

Inspirées, semble-t-il, par le texte sacré, nos anciennes juridictions, toutefois sans le citer, poursuivirent et condamnèrent souvent des animaux auteurs de crimes, commis naturellement sans intention.

Il y a lieu de faire ici une distinction. Parfois ces animaux étaient entièrement assimilés à des criminels humains et jugés par les tribunaux. Parfois on les regardait comme les instruments tantôt de la colère divine, tantôt de la malice du démon. Pour le premier cas on avait recours à des prières, pour le second à des excommunications et des exorcismes.

Dans sa notice publiée en 1829 dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France, Berriat-Saint-Prix a donné la liste de 90 condamnations d’animaux [p. 531] prononcées de 1120 au XVIIIe siècle, sans faire la distinction entre les animaux criminels et les animaux instruments de Dieu ou du démon. Il y en eut certainement beaucoup plus. On en a retrouvé depuis et le savant auteur n’a relevé pour la Lorraine, que la seule exécution d’un porc de Moyenmoutier mis à mort à Saint-Dié en 1572. La procédure en a été publiée par Lionnois dans son Histoire de Nancy [A] et par Gravier dans son Histoire de Saint-Dié.

Il y eut d’autres exécutions. J’ai retrouvé la mention de 25 de celles-ci tant dans l’excellent ouvrage de Dumont sur la justice criminelle en Lorraine, qu’aux archives départementales de Meurthe-et-Moselle, où j’ai pu vérifier l’exactitude de la plupart des renseignements donnés par Dumont (4).

Dans ces procès les inculpés sont presque toujours des porcs. Le taureau biblique était-il devenu moins cruel, le surveillait-on mieux, ou le considérait-on comme une sorte de bête sauvage obéissant aveuglément à son instinct ? Je ne sais. En tout cas je n’ai trouvé qu’une seule condamnation concernant un taureau. Il fut pendu à Metz le 9 septembre 1512 sur le chemin de Sainte-Barbe (5). Une seule fois il s’agit d’un chat qui fut pendu à Longeville prés de Bar, en 1467.

Dans les 23 autres cas ce sont des porcs qui toujours ont causé la mort de jeunes enfants et, presque toujours, les ont dévorés. On pourrait croire que cet animal, si utile et si apprécié des Lorrains, avait conservé la férocité de ses ancêtres errants à demi sauvages dans les forêts gauloises, férocité qu’a constatée Strabon.

La plus ancienne condamnation contre un porc fut prononcée à Châtillon (aujourd’hui Meuse) en 1349 et la plus récente en 1662 à Mirecourt. On en relève entre ces dates dans toutes les parties de la Lorraine à Broussey-en-Blois (1354), à Domcevrin (1408), Sivry-sur-Meuse (1485), Briey (1504), Virton, alors lorrain (1513), Moyeuvre-la-Petite 1519), Ville-en-Woëvre (1519), Boucq (1548), Joudreville (1550), Mehoncourt (1554), Lantéfontaine (1569), Salonne (1569), Raon-l’Etape (1571), Châtel-sur-Moselle (1577), Heillecourt (1584), Sancy (1586), Nancy (1600), Epinal (1612).

Une fois même, à Boucq en 1538, c’est tout un troupeau de cochons qui est livré au bourreau, parce que dans ce troupeau on n’a pas pu distinguer le coupable. A Arches-sur-Moselle, en 1593, une mère coupable d’infanticide est condamnée à être enterrée vive (étranglée cependant peu de temps après) et les porcs qui avaient dévoré le petit cadavre sont brûlés sur le bûcher. [p. 532]

Mais il semble que dans ce dernier cas, on n’ait pas eu pour but de punir des complices. Ainsi que l’indique le procureur général Maimbourg dans ses réquisitions, on veut « que la veue d’iceux ne vienne refreschir la mémoire et représenter un acte si inhumain et si cruel ». C’est peut-être un sentiment semblable qui inspirait les jugements frappant des objets inanimés que nous avons cité plus haut.

Mais, sans aller jusqu’à l’homicide, les animaux pouvaient commettre certains crimes ou certains délits dommageables à l’homme. Si l’on pensait qu’ils avaient été de simples instruments de Dieu, ainsi qu’il fut pour les plaies d’Égypte, on recourait à des prières et à des processions comme on le faisait pour toutes les calamités. Si l’on croyait que c’était par influence diabolique qu’ils s’étaient livrés à des actes répréhensibles, on s’adressait à l’évêque pour obtenir de lui des excommunications ou l’autorisation de procéder à des exorcismes. C’était l’évêque semble-t-il, ou le tribunal ecclésiastique désigné par lui, qui appréciait si on avait affaire à Dieu ou au diable et décidait quelles mesures devaient être employées.

Berriat-Saint-Prix donne de nombreux exemples de ces excommunications solennelles contre les animaux les plus divers, parmi lesquels on trouve même, à la fin du XVIIIe siècle, au Canada, les innocentes tourterelles. La plupart du temps les excommuniés sont des rats, des souris, des insectes, chenilles, charançons, mouches variées, sauterelles, voire des limaces et des sangsues. Malgré saint Thomas et d’autres théologiens qui réprouvaient ces pratiques, elles étaient courantes.

En juin 1719, à Nancy, une excommunication de ce genre fut prononcée contre les sauterelles qui « gâtaient les foins ». Elle le fut avec pompe au cours d’une procession de toutes les paroisses, suivie par les autorités et les corps de métier, qui se rendit à la Grande Prairie, la prairie de Tomblaine actuelle (6).

Il ne semble pas que cette sanction ait été obtenue au moyen d’une décision d un tribunal ecclésiastique. Nos ancêtres lorrains n’avaient guère recours, en effet, à ceux-ci. Nos ducs avaient toujours su se défendre contre leurs empiètements, et garder presque toutes les matières aux juridictions ordinaires. Ailleurs, au contraire, c’étaient presque toujours les officialités qui connaissaient des procès contre les animaux. Mais soit que ceux-ci aient été assignés devant un tribunal ecclésiastique, soit qu’ils l’aient été devant une juridiction ordinaire, [p. 533] on n’obtenait un jugement qu’au moyen d’une procédure souvent plus formaliste même que dans une action contre des humains.

Barthélémy de Chasseneuz ou Chassanée [C], qui vécut de 1480 à 1540, qui fut conseiller au Parlement de Paris et un jurisconsulte fort estimé de son temps, n’a pas dédaigné de consacrer un savant traité à cette question des poursuites contre les animaux. Il la connaissait pratiquement puisque, avocat au bailliage d’Autun, il avait été le défenseur de rats inculpés de ravages aux récoltes. On ne manquait pas, en effet — sans cela la condamnation aurait été irrégulière — de désigner un avocat aux accusés. Son principal devoir consistait, d’après Chasseneuz, d’excuser ses clients pour leur non-comparution, de soulever les exceptions d’incompétence ou déclinatoires, d’invoquer les irrégularités de la citation et d’exposer naturellement tous les arguments utiles pour prouver leur innocence.

Ainsi, à Mayence, au XIVe siècle, d’après Malleolus, cité par Berriat, les paysans de l’Electorat ayant assigné les mouches cantharides qui ravageaient le pays, à comparaître devant le juge, celui-ci leur nomma un « curateur et orateur… attendu leur petitesse et leur éloignement de l’âge de majorité ». De même eurent des avocats les chenilles de Valence-sur-Rhône citées devant l’official, celles d’un canton d’Auvergne, en 1690, et les « hurebers » condamnés en 1516 par l’official de Troyes.

* * *

Dans nos archives lorraines qui conservent, comme nous l’avons dit, d’assez nombreux dossiers de procédures contre des animaux meurtriers, on n’en avait pas trouvé jusqu’ici contre les animaux ravageurs. M. Pierre Lœvenbruck a bien voulu me communiquer un très curieux document découvert par lui, dans les Archives du Ministère des Affaires étrangères, qu’il explore avec tant de profit pour les lecteurs du Pays lorrain. Il raconte sommairement la très curieuse histoire que voici :

En 1733, le territoire de Contrisson (7), village situé à quatre kilomètres de Revigny, aujourd’hui son chef-lieu de canton, était désolé par les ravages de souris innombrables. Après avoir causé un dommage « très considérable » aux moissons, elles menaçaient de détruire les semailles en blés, seigles et autres céréales, et de ne laisser aucun espoir de récolte prochaine. Des prières et des processions publiques avaient été faites en vain. Au lieu « de s’être diminuées » les bestioles s’étaient « extrêmement augmentées » et le préjudice « aux [p. 534] semailles publiques et générales semblait de jour en jour devenir plus considérable. Il est probable qu’on avait eu aussi recours à des moyens moins orthodoxes que les prières et processions, et que les conjureurs de sort avaient été priés d’intervenir. Leurs incantations et leurs formules n’avaient point produit d’effet. C’est alors que les gens de Contrisson résolurent d’user des grands moyens, ils s’adressèrent au sergent de justice Étienne Griffon et le prièrent d’assigner en justice les dévastateurs. Griffon ne s’étonna point. Peut-être même avait-il conseillé ces mesures juridiques qui devaient lui procurer quelques honoraires, assez rares en temps ordinaire, étant donné que le tribunal, auquel il était attaché, devait juger des causes peu nombreuses. Le sergent lança son assignation qui fut régulièrement contrôlée, c’est-à-dire enregistrée, au bureau de Revigny.

Il y avait urgence et la cause fut appelée aussitôt par devant « Jean Miras, mayeur en la justice pour Son Altesse royale de Lorraine à Contrisson, comme aussi en présence de Nicolas Mordillat, mayeur en la justice foncière dudit lieu 8. Le sieur Châtel greffier, devait prendre les notes obligatoires. Me Jacques Collinet, substitut du procureur général de Lorraine et Barrois, occupait le siège du ministère public et déposa ses conclusions pour les Syndics et habitants, demandeurs en la cause.

Il exposa les ravages causés « par la quantité prodigieuse de souris qui sont répandues sur le finage de ce lieu », montra que les moyens habituels avaient été inutiles et termina en demandant, non la mort des coupables, mais leur bannissement : « à ces causes il vous plaira ordonner sur ladite remontrance qu’il soit ordonné que les dits insectes et souris faisant des dégâts par cy-devant et par cy-après seront condamnés à se retirer hors l’étendue des lieux et finage dudit lieu, dont ils ont fait tant de dégâts, dans les retraites où il vous plaira leur ordonner. C’est à quoi ledit substitut conclue pour les habitants et espère en parvenir ».

Il ne semble pas que les accusés aient été contraints de comparaître en personne. On n’amena au banc des accusés aucun représentant de la gent souricière. Ainsi cependant avait été exigée la présence de sangsues citées en justice par le curé de Berne en 1481. [p. 535]

Néanmoins, ainsi que nous l’avons dit, les animaux ne pouvaient être condamnés sans être défendus. On avait donc, selon l’usage, désigné un avocat à nos bestioles. C’était Me Jean Griffon, sans doute parent du sergent qui avait dressé l’exploit d’assignation. Il remplit son rôle avec conscience et dignité. Il n’imita point Chasseneuz, défenseur des rats d’Autun et n’usa point des artifices de procédure qu’il avait à sa disposition, tels qu’exceptions dilatoires « pour donner le temps à la prévention de se dissiper », il ne soutint pas que les souris étaient toutes dispersées, et qu’une simple assignation n’avait pas été suffisante pour les avertir toutes. Il n’excusa pas le défaut de ses clients en s’étendant sur la longueur et difficulté du voyage, sur les dangers que les chats faisaient courir aux intimés, les guettant à tous les passages. Il dédaigna toutes ces arguties de Chasseneuz et se contenta de dire de ses clients « que comme ce sont des animaux que Dieu peut avoir créés sur terre et que cependant, nonobstant les dégâts causés par elles sur ledit finage, on ne peut point les détruire, ni leur ôter les aliments qui leur sont propres pour la conservation de leur vie, c’est pourquoi, pour elles demande qu’il leur soit indiqué un endroit où elles puissent se retirer hors de l’étendue dudit finage et où il (sic) puisse prendre leur nourriture nécessaire tant qu’il plaira à Dieu de les laisser. C’est à quoi ledit Griffon persiste et prétend y parvenir ».

Concluant ainsi Me Jean Griffon montrait une parfaite connaissance de la doctrine et de la jurisprudence en la matière. Cette dernière, depuis très longtemps, avait estimé, en effet, qu’on pe pouvait prononcer une telle sentence de bannissement sans donner à des « créatures de Dieu » le moyen de poursuivre leur vie. Déjà au temps de Charlemagne, l’évêque d’Aoste, saint Grat, avait permis aux taupes, qui ravageaient la Vallée, de creuser leurs galeries dans un rayon éloigné de trois milles. Guillaume d’Ecublens, évêque de Lausanne de 1221 à 1229, avait relégué dans un coin nettement indiqué du lac Léman les anguilles qui infestaient ses eaux. Plus tard les juges locaux de Coire avaient cantonné, dans une région forestière et sauvage, des larves malfaisantes (9). Et peu d’années avant l’affaire de Contrisson, les chenilles qui désolaient Pont-du-Château en Auvergne, avaient été excommuniées par le grand-vicaire et renvoyées, par lui, devant le juge du lieu. Celui-ci en condamnant les insectes leur avait assigné un territoire inculte expressément désigné (10).

Le substitut, Jacques Collinet, ne pouvait que s’incliner devant de tels précédents. Me Griffon les avait peut-être invoqués dans une plaidoirie dont nous [p. 536] n’avons malheureusement conservé que le sec résumé transcrit plus haut. L’attitude de Me Collinet nous est ainsi rapportée

« Ledit substitut pour les habitants n’empêche qu’il y ait indication donnée par les sieurs mayeurs sans que néanmoins elles puissent nuire, ni préjudicier dans l’étendue dudit finage dudit lieu. C’est à quoi il prétend, ni entend autrement pour lesdits insectes ».

Tout le monde semblant donc d’accord, les mayeurs prononcèrent avec gravité le jugement suivant :

« Vue par nous le plaidoyer ci-dessus et la plainte des habitants y jointe, nous ordonnons que dans trois jours, date de la signification de la présente sentence, lesdits insectes et souris se retireront et auront pour pasture et aliment les bois joignant et contigus le finage de Contrisson, ensemble les rivières et bornes d’icelles de quatre pieds de longueur, afin qu’à l’avenir elles ne puissent nuire, ni préjudicier, aux biens de la terre de quelle nature ce puisse être. Ce à quoi nous les condamnons ».

Autant qu’on peut en juger par ce texte obscur, il était enjoint aux « insectes et souris » de ne plus franchir ni la Saulx ni l’Ornain, pas plus que les rûs de Rennecourt et de Sereinval. Leur « retraite » était limitée, semble-t-il, dans les bois de Danzelle, de la Haie Herbelin et du Faux-Miroir, sis au nord et au nordouest de Contrisson. Peut-être y ajoutait-on libéralement des forêts d’autres bans voisins comme ceux d’Andernay, Mognéville, Sermaize, etc. Quoi qu’il en soit, l’avocat Griffon continua à montrer son dédain d’une inutile chicane. Craignant peut-être la vindicte des gens de Contrisson, au milieu desquels il vivait et peut-être aussi ayant souffert dans ses biens des ravages de ses clients, il ne chercha pas à retarder l’exécution de la sentence. Il n’essaya pas de porter appel au Parlement de Paris ainsi que peut-être il en avait le droit, Contrisson étant dans la « mouvance ». Il ne discuta pas la commodité du cantonnement assigné aux bestioles. Il n’imita pas son confrère de Saint-Julien-de-Maurienne qui, en 1587, dans une instance contre les charançons, qui ravageaient les vignes, prétendit que les terrains boisés et herbus offerts en pâture à ses clients ne pouvaient être acceptés par eux, car ce n’était qu’une lande stérile et inculte où ils ne pourraient trouver à vivre. Il exigea la nomination d’experts. Nous ignorons ce qu’ils décidèrent (11). [p. 537]

Notre document ne nous indique pas comment fut faite la signification de l’arrêt par le sergent Etienne Griffon. Nous ne saurons jamais, d’autre part, si les condamnés s’inclinèrent devant le jugement des hommes, comme les taupes de Val-d’Aoste aux temps carolingiens, et déguerpirent dans les trois jours fixés. L’histoire que nous venons de raconter, semble une bouffonnerie digne des Tribunaux comiques de feu Jules Moinaux. Quelques-uns pourraient prétendre que cette procédure a été inventée « à la manière de » par quelque basochien mystificateur du XVIIIe siècle afin de railler les juges « guêtrés et sous l’orme ». Quant à nous, nous croyons fermement à l’authenticité du document trouvé par M. Pierre Loevenbruck. Tout d’abord il a été découvert, par notre collaborateur, dans le dépôt d’Archives du Ministère des affaires étrangères où l’on n’a pas coutume de recueillir les pièces facétieuses. C’est une copie certifiée par le greffier Chatel et délivrée par lui le 21 octobre 1733. Elle se trouve là depuis le XVIIIe siècle et figure actuellement sous la cote A. E. Lorraine, registre 125, folio 70, années 1733-34. Mémoires et documents.
D’autre part les acteurs de cette comédie judiciaire ont réellement existé. Mon vieil ami, Louis Davillé, a pris la peine de rechercher pour moi la trace de ces personnages. Il a retrouvé aux archives de la Meuse mention de Mordillât, de Griffon, de Collinet ayant vécu à Contrisson à l’époque indiquée.

Dans ce village la haute justice appartenait bien à S. A. R. le Duc de Lorraine et à côté de celle-ci existait une justice foncière. D’après un dénombrement du 17 août 1735, que me communique Davillé, cette dernière appartenait â l’époque du jugement à Charles-Bernard Collin, seigneur du lieu, écuyer, commandant des ville et château de Ligny où il demeurait. Pour l’exercice de la « moyenne justice, basse et foncière » il avait droit « d’établir un mayeur, lieutenant, procureur d’office, greffier, sergent et autres officiers, lesquels connaissaient de toutes causes civiles tant réelles que personnelles et mixtes, jusqu’à appel avec pouvoir de condamner les délinquants à l’amende de 60 sols et au-dessus » (12). Enfin, ce jugement, rédigé conformément à toutes les règles, n’est point différent, en son jargon, de ceux rendus dans des causes semblables et dont quelques-uns sont datés de peu d’années avant 1733.

Il n’y avait pas bien longtemps alors, qu’on ne brûlait plus de sorciers en Lorraine, et on en brûlait encore dans d’autres pays. En 1668, Racine avait raillé les procès d’animaux dans ses Plaideurs et, la même année, avait paru un savant traité des monitoires « avec un plaidoyer contre les insectes ». [E] Il avait été publié par Gaspard Bally, avocat au Sénat de Savoie, chez Antoine Gallien, en Belle cour, à Lyon (13). Ce livre était imprimé avec la permission et l’approbation [p. 538] du Souverain Sénat de Savoie. Et, ainsi que le dit la préface, ce témoignage « des seigneurs de ce célèbre corps… est suffisant de son utilité et du profit qu’on peut tirer de sa lecture. »

Dans ce petit volume in-4° de 48 pages, on trouvera des passages beaucoup plus cocasses que le jugement de Contrisson. Il y a là, notamment, un modèle de requête, bourré de citations latines et de références, qui est du plus haut comique.

En 1719, n’avait-on pas vu, dans la capitale lorraine, ainsi que nous l’avons dit, les sauterelles encourir la peine ecclésiastique de l’excommunication. En 1662, on avait encore, à Mirecourt, condamné un porc au bûcher. Cette sentence contre des animaux n’est n’ailleurs pas la dernière qui ait été rendue. Le savant Dr Cabanes en signale à des époques pas très éloignées de la nôtre (14). Le 28 brumaire an II, fut exécuté, à Paris, le chien de l’invalide Saint-Prix (15), condamné à mort la veille, avec son maître, pour avoir trop bien défendu celui-ci contre les recherches de la police. Il y a mieux, en mai 1906, le tribunal de Delémont condamnait également à mort un chien complice de deux meurtriers qui s’en tirèrent avec la détention perpétuelle. En 1903, une contravention était dressée, dans l’État d’Indiana (U. S. A.) contre un chimpanzé qui fumait une cigarette ce qui est interdit, paraît-il, dans cet État. Si, presque à notre époque, des animaux inconscients n’échappèrent pas à des sanctions judiciaires, il ne faut donc pas s’étonner qu’en un temps où nos paysans avaient conservé fidèlement des superstitions séculaires, on ait pu se livrer à des poursuites comme celles que nous avons relatées.

Et, de nos jours, si l’on n’ose plus mettre en branle l’appareil judiciaire contre les animaux ravageurs, est-on bien sûr que, dans des coins reculés de nos campagnes, certains pseudo-sorciers n’employent pas encore, contre les insectes et les bestioles, des conjurations pour les faire fuir loin du pays ou les détruire ?

Charles SADOUL.

°°°°°°°°°°°°°°

NOTES

(1)
Et encore pas toujours. Chaque année on promenait à Rome un chien crucifié, pour rappeler le supplice infligé au chien du Capitole qui n’avait pas donné l’alarme contre les assaillants gaulois, laissant ce soin aux oies fameuses. Dans les Guipes d’Aristophane on voit un juge athénien qui veut condamner le chien Labès à recevoir les étrivières, pour avoir volé un fromage de Sicile.

(2) Dareste, Journal des Savants 1885 et Revue Archéologique 2e semestre. Communiqué par M. Milot, membre dé l’Académie de Stanislas.

(3) Les procès contre les animaux ont été étudiés par Berriat-Saint-Prix dans une notice publiée dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France (1829). Dr Cabanès, Les indiscrétions de l’histoire, tome V et tout récemment par M. Edouard-L. de Kerdanieul [D], Les animaux en justice, procédures et excommunications, Paris Figuière 1925. Nous nous sommes servis aussi pour écrire le présent article, de Dumont, la Justice Criminelle en Lorrairte, Nancy. Dard., 1848, 2 vol. in-8° et de divers autres renseignements puisés à des sources qui sont indiquées plus loin.

(4) Voir notamment aux Archives de M.-et-M. les cotes B. 2.119, 2. 509, 4. 215, 6. 666, 7. 173, 7. 381, 7. 329, 8. 642, 10.297, H. I.862.

(5) Chroniques de la ville de Metz, recueillies par Huguenin, p. 677. Devenu « enraigie… corrut sus à ung homme devers le mollin à vent, en allant à Sainte-Barbe et là le tua ».

(6) Journal du libraire Nicolas publié par M. Ch. Pfister (Mémoires de la Société d’Archéologie lorraine, 1899. p, 265.

(7) Contrisson (Meuse), canton de Revigny. Autrefois prévôté et bailliage de Bar. C’est ce village, le dernier de Lorraine avant la Champagne, qu’on aperçoit à gauche du chemin de fer en allant sur Paris, à la sortie de la gare de Revigny.

8 Il est à remarquer que, selon la jurisprudence en usage en Lorraine, ce n’est pas à un tribunal ecclésiastique que les villageois de Contrisson ont recours, mais à une juridiction civile. Dans presque tous les procès cités par Berriat-Saint-Prix, au contraire, les animaux dévastateurs étaient cités devant la justice ecclésiastique et c’est de celle-ci également que parlent les auteurs anciens qui ont traité de la question. Une ordonnance de René Ier, du 27 juin 1445, avait nettement délimité les pouvoirs des officialités. N’ayant aucun évêché sur leur territoire, les ducs se défendirent, plus âprement encore que d’autres souverains, contre les empiétements des juridictions ecclésiastiques (voir notamment sur cette qtestion ROGÉVILLE, Dictionnaire des Ordonnances, Ve Clergé. Dumont, op. cit., I. p, 175 et sq. et Ch. SADOUL, Institutions judiciaires de la Lorraine.

(9) Cabanes, op. cit. p. 13 à 18, d’après Malleolus

(10) Du Cange, Histoire de Paris, tome VII, page 267, note I. Cité par Cabanès, op. cit. p. 22 note 2 et par Berriat-Saint-Prix, op. cit.

(11) Document cité d’après Menabréa. Jugements contre les animaux au moyen âge dans Mémoires de la Société royale académique de Savoie 1846, par de Kerdanieul, op. cit. p. 127 et suivantes.

(12) Archives de la Meuse. B. 395, n*° 368. Les Collin de Contrisson possédaient encore ces prérogatives en 1789.

(13) Signalé par E.-L. de Kerdanieul, Les animaux m Justice, p. 69 et sq.

(14) Dr Cabanes, op. cit. p. 62 et sq.

(15) Était-ce un parent de Berriat. Et est-ce cette condamnation qui aurait poussé notre savant à faire ses recherches sur les procès d’animaux ?

NOTES de histoiredelafolie.fr

A- Lionnois J. J. Histoire des villes vieille et neuve de Nancy depuis leur fondation jusqu’en 1788, 200 ans après la fondation de la ville-neuve. 1811. Nancy, Haener, 1811. 3 vol. in-8°, (XIV, 639 p.) + (XXII, 595 p.) + (XII, 326 p.).

B- Gravier N.-F. Histoire de la ville et de l’arrondissement de Saint-Dié, département des Vosges, sous le gouvernement théocratique de quatre monastères en opposition avec les ducs de Lorraine et les princes constitutionnels de Salm. Epinal, Imprimerie de Gérard, 1836. 1 vol. in-8°, XXXII, 400 p, 2 planches dépliantes

C- Barthélemy de Chasseneuz. Commentaria de consuetudinibus ducatus Burgundiae. 1517.

D- Kerdaniel Edouard-L. de [Kerdaniel Edouard Le Marant de] [1867-   ]. Les animaux en justice. Procédures en excommunications. Paris, Librairie H. Daragon, 1908, 1 vol. in-12, 44 p

E- Bailly Gaspard. Traité des monitoires, avec un plaidoyer contre les insectes. Imprimé à Lyon, par Ant. Gallien à l’enseigne de la Treille en Belle Cour, 1668. 1 vol. in-4°.

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L’article est illustré d'images amusantes à voir sur la page source :

http://www.histoiredelafolie.fr/psychiatrie-neurologie/les-proces-contre-les-animaux-les-souris-de-contrisson-par-charles-sadoul-1925

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Dernière édition par Adelayde le Mar 10 Jan 2017 - 23:24, édité 2 fois (Raison : Faute de frappe)
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