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 Suicides et actes courageux sous la Révolution

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MessageSujet: Suicides et actes courageux sous la Révolution   Jeu 29 Jan 2009 - 14:38

« Le 16 octobre 93, on sut à peine que parmi les victimes du jour il y avait une reine. Nous n'avons, en effet, trouvé qu'un seul exemple de suicide qu'il soit permis de rapporter au supplice de Marie-Antoinette.
Femme de chambre de la reine, madame Augnie, belle-mère du maréchal Ney, avait pu résigner ses fonctions, mais non pas renoncer à son dévouement inviolable. En apprenant la mort de sa maitresse, le désespoir égara sa raison, elle se précipita par la fenêtre et mourut sur le coup.

On a su qu'un militaire, anciennement décoré de la croix de Saint-Louis, est mort de douleur en apprenant le supplice de Louis, qu'un libraire nommé Vente , ci-devant attaché aux Menus-Plaisirs (1) en est devenu fou; et qu'un perruquier de la rue Cultures-Sainte-Catherine, connu pour zélé royaliste, s'est coupé la gorge avec un rasoir et, suivant M. Michelet, une femme se jeta dans la Seine.

(1) Menus-Plaisirs : service de la Maison du Roi qui organisait les divertissements, cérémonies etc.

« Lors des exécutions qui ensanglantèrent l'avenue du Rosier à Feurs (2), la fille d'un ouvrier eut à paraître devant les juges, prévenue d'outrage a la cocarde qu'elle repoussait obstinément. « Pourquoi persistes-tu à rejeter ainsi la cocarde signe de la liberté ? » lui dit le président. « Parce que vous la portez. » Le président Parrein, admirant malgré lui cette intrépidité unie à tant de jeunesse et de beauté, fait signe au guichetier, placé derrière l'accusée, d'attacher une cocarde à ses cheveux. Mais s'indignant d'une bienveillance qui n'est a ses yeux qu'un outrage, la jeune fille arrache l'insigne républicain et le foulant aux pieds demande à marcher à la mort.

(2) Feurs : commune de la Loire (42) - Rapporté par Alphonse de Lamartine dans Histoire des Girondins - 1847 (tome VII Page 204).

Écoutons un prisonnier de Port-libre (3) :

« On est venu interroger huit religieuses qui sont au secret. On a voulu leur faire prêter le serment civique touchant la liberté et l'égalité elles ont refusé en disant qu'elles ne vivaientpas sous le règne de la liberté puisqu'elles étaient prisonnières. Quant à l'égalité, elles ne la voyaient pas non plus puisque celui qui les interpellait mettait tant de hauteur et d'arrogance dans son interrogatoire. On les a menacées du tribunal révolutionnaire, elles ont répondu qu'elles iraient avec plaisir. — Mais renoncez-vous à votre pension ? — Non, parce qu'elle représente les biens qu'on nous a pris — Mais la loi défend de payer ceux ou celles qui refusent de lui obéir, et comment vivrex-vous ? — La Providence aura soin de nous. — Mais la Providence ne vous donne pas de pain ! — Nous ne demandons rien à personne — Comme la République ne souffre pas d'ennemis dans son sein, on vous déportera; Où voulez-vous aller ? — En France, qui est notre patrie. Ces pauvres filles qui sous le calme apparent du langage avaient peine à dissimuler leur impatience du martyre, obtinrent enfin d'être guillotinées comme fanatiques.


(3) Port-Libre : Abbaye de Port-Royal, transformée en prison sous la terreur, bd Port-Royal, Paris XIVème. Il en reste quelques bâtiment dont un très beau cloître, superbement rénové.


Cloître de l'ancienne abbaye de Port-Royal (vue actuelle).

Des Étangs A. Études sur la mort volontaire. Du suicide politique en France de 1789 jusqu'à nos jours. Paris, V. Masson. 1860.


Dernière édition par mercattore le Ven 30 Jan 2009 - 14:08, édité 1 fois
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Titus_Pibrac
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MessageSujet: Re: Suicides et actes courageux sous la Révolution   Ven 30 Jan 2009 - 1:02

C'est bien la preuve qu'il y avait une grande majorité de gens très dégoutés de ce ramassis de ratés - avocat marron comme D'Anton, procureur failli comme Fouquier-Tinville, juriste fou comme Robespierre et toute la clicque des terroristes - au point que quelques uns dirent tout haut ce que tous les autres pensaient tout bas, en sachant qu'ils y laisseraient la te^te.

Aujourd'hui on ne guillotine plus en France mais je ne crois pas qu'on puisse dire impunément toutes les vérités sous peine de se faire ruiner.
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MessageSujet: Re: Suicides et actes courageux sous la Révolution   Jeu 12 Fév 2009 - 13:44

« J'ai vu, dit Riouffe, plus de dix femmes qui n'osant prendre du poison, avaient crié Vive le roi et chargeaient par ce moyen le tribunal révolutionnaire du soin de terminer leurs jours, les uns pour ne pas survivre à un époux, d'autres à un amant. (1)

« Le trait de la femme de Lavergne, commandant de Longwyqui a crié : Vive le roi ! pour périr avec son époux nous a singulièrement attendri. Cette malheureuse a été exécutée aujourd'hui (2).

Cet exemple ne fut pas perdu. Le détenu Langeac, homme de lettres, appelé comme témoin dans le procès de Fouquier-Tinville, déposa que la citoyenne Costar n'ignorait pas que la femme Lavergne avait proférée dans la grande salle du palais, le cri de vive le roi pendant qu'on jugeait son mari, et qu'elle avait obtenu par là d'être conduite au supplice sur la même charrette que lui. Or, la citoyenne Costar s'était promis en imitant le procédé, de transformer aussi la guillotine en instrument de suicide.


« Vous avez condamné à mort Boyer-Brun, écrivit-elle au tribunal révolutionnaire. A présent que je n'ai plus rien dans le monde, puisque j'ai perdu mon ami, frappez, terminez une vie qui m'est odieuse, que je ne puis supporter sans horreur. Vive le roi! vive le roi! vive le roi ! »

Le 28 mai1794,

« N'ayez pas l'air de croire que je sois folle; non je ne la suis pas; je pense tout ce que vous venez de lire, et je le signe de mon sang. « Vous me trouverez à la maison de santé, rue de Buffon, n.4.»


La signature Costar et le paraphe sont écrits avec du sang.

La confiance de la femme Costar ne fut pas trompée, et son supplice suivit de près la manifestation de sa haine pour la révolution.

Une servante tentée par la cupidité avait dénoncé la retraite de Rabaut-Saint-Étienne, et le conventionnel eut le sort des Girondins. La compagne de sa vie voulut le suivre au tombeau. Elle vint armée d'un pistolet se placer au bord du puits qui se trouvait dans son jardin, et peu d'instants après, les voisins alarmés par la détonation retiraient de l'eau son corps sanglant et mutilé (2).

Tallien , proconsul à Bordeaux, put acquérir la preuve que la terreur de l'échafaud ne glaçait pas toutes las âmes. Une femme, nommée Bernard, se présente à lui « Misérable tyran, lui dit-elle, vous avez fait périr mon mari, je viens vous demander la mort. Je pourrais bien me venger, car, vous le voyez, je suis armée, mais je vous trouve au-dessous de mon indignation ». Tallien dans sa frayeur cherchait à la calmer. « La patrie, Madame, exige des sacrifices, mais vous n'êtes pas accusée, et la nation aura égard à vos malheurs. Une explosion violente l'interrompit soudain et l'intrépide veuve mortellement frappée rejoignit son époux. (3)

Madame Roland avait dit « Quand Roland apprendra ma mort, il se tuera ». A cette nouvelle en effet, il n'hésita pas un instant, mais il dut, comme Condorcet, déjouer d'abord l'inquiète sollicitude d'un ami dévoué qui se refusait a toute séparation. Il quitta donc furtivement la maison hospitalière de M. Lenormand, et marcha toute la nuit sans autre but que de faire perdre entièrement sa trace, et d'écarter ainsi la foudre du toit qui l'avait recueiUi. Puis le jour commençant a poindre, le stoïque vieillard comprit à l'épuisement de ses forces qu'il était arrivé au terme de sa course. Son dernier vœu du moins fut pleinement exaucé, le fer que renfermait sa canne obéit fidèlelement à la main qui le guidait et le proscrit tomba mort sur ta route.


(1) Journal d'un jeune détenu , collection Nougaret, tome I,page 237.
(2) Journal de Port-Libre (la Bourbe),ibid. Lavergne avait rendu la place après une défense plus qu'insuffisante, et fut accusé de trahison ou de lâcheté.
(3) Souvenirs d'un demi-siècle , par Touchaud-Lafosse, tome II, page 27
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