La Veuve

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 Emile Henry - 1894

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piotr
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MessageSujet: Emile Henry - 1894   Sam 20 Déc 2008 - 22:52

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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Jeu 31 Déc 2009 - 22:01

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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Dim 14 Mar 2010 - 10:20

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MessageSujet: Clémenceau   Sam 5 Juin 2010 - 22:08

A mes yeux, ce texte de Clémenceau mérite de figurer parmi les plus lumineux des réquisitoires contre la peine de mort.
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MessageSujet: Image   Dim 6 Juin 2010 - 13:50

A Piotr :

Pouvez-vous apporter un commentaire à l'image que vous avez postée : Quelle est l'affaire ? Qui sont les personnages ?

Merci.
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Boisdejustice
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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Dim 6 Juin 2010 - 14:24

Interrogatoire d'Emile Henry?
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MessageSujet: Interrogatoire d'Emile Henry   Dim 6 Juin 2010 - 15:24



Dernière édition par Adelayde le Jeu 3 Nov 2011 - 17:03, édité 1 fois
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MessageSujet: to Michael and Adelayde   Dim 6 Juin 2010 - 17:37

I guess interrogation
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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Dim 5 Aoû 2012 - 19:38

Maurice Barrès, qui assista à l'exécution de Henry :

« Mon regard, désormais, ne devait plus quitter ce visage où je pensais surprendre les mouvements suprêmes de son âme qui m'absorbait tout entier. Autour du souvenir très précis que j'ai gardé du désordre de cet enfant, il ne me reste du décor composé par la place, les troupes, le public et la guillotine, rien que l'impression d'un nuage incertain et bas, où il apportait le beauté tragique de sa révolte et de sa poitrine blanche largement découverte. Quand le triste cortège, à pas pressés, entraîna sur la place grelottante Émile Henry, je reconnus un cérébral. Sous ce froid, devant cette horreur, son corps, si souple dans ses liens, accusait, malgré lui, son désarroi, mêlé de fureur et de hâte d'accomplir sa décision. Le visage du condamné, à vingt pas de la guillotine, se couvre d'un blanc qui n'est aucune pâleur connue, mais le blanc des suppliciés.

Et les aides qui les entraînent disent aussi les entendre toujours qui avalent leur salive avec un bruit de lèvres. Cependant, Émile Henry concentrait tous ces efforts pour projeter hors de lui et imposer à tous l'image ennoblie qu'il se faisait de lui-même quand il commettait ses attentats. Il s'était promis de mourir en héros d'une idée. Il est parvenu à imposer son orgueil cérébral à ses membres de pauvre enfant, ses yeux, se jetant de gauche à droite, exactement dansaient. On l'entraînait à pas trop longs pour ses jambes entravées de liens, et dans son trébuchement quelque chose émouvait, que je distingue mieux à la réflexion, c'était le trébuchement d'un enfant à qui l'apprend à marcher.

Nul doute qu'il n'eût préparé son cri. Il le jeta sans grande force, mais avec fureur et dans une agitation qui pourtant ne manquait point d'autorité : « Courage, camarades. Vive l'anarchie.» Courage, camarades ! Était-ce un dernier espoir, un appel ? Voulut-il seulement confesser sa foi, s'affirmer au terme sanglant ? Il répéta: « Vive l'anarchie ! » Ce trajet ne dura pas une minute, mais à toutes les époques et dans toutes les civilisations, celui qui s'entête en face de la mort a forcé les admirations, car les hommes sont avant tout des amateurs d'énergie. Parmi les assistants, très peu regardèrent tomber le couteau.

Beaucoup fuyaient déjà quand on entendit le bruit sourd. Soixante kilos, tout un système social tombait, en lui ébréchant le menton, sur le cou de cet adolescent qui, dit-on, mourut vierge. Surexcités par ce terrible alcool qu'est la mort, des hommes que je sais modérés se démenaient en forcenés. Vive l'anarchie ! était sur bien des lèvres. Le sang et l'énergie vont susciter au plus profond de l'être d'étranges émulations.

Cette hideuse mécanique-bibelot, ces éponges, ce seau malpropre, ces valets déshonorés, n'épouvantent que les poltrons, ne laissent froides que les brutes, mais écœurent le penseur et jettent hors de soi l'exalté. Sur la place de la Roquette on dut faire des arrestations. Mais pas plus qu'on ne guillotine une idée, on n'arrêtera l'ébranlement nerveux qui, déterminé par de telles tragédies sociales, va retentir dans les parties obscures de l'homme, animal carnassier.
Ce fut une faute psychologique que d'exécuter Émile Henry.

Vous lui avez composé la destinée à laquelle il prétendait. Il avait tué pour ses idées, ce qui est inexcusable ; vous avez voulu, en outre, qu'il mourut pour ses idées. Par l'acte de la Roquette, vous donnez à sa mémoire une impétuosité qu'elle ne tenait assurément pas des actes de l'Opéra (1) et du Terminus (1).

Quand la voiture, qui m'éloignait de ces scènes honteuses, fut rejointe par le fourgon du cadavre, fuyant ventre à terre vers Ivry, je vis la foule saluer celui qu'elle eût voulu écharper sur le trottoir du Terminus. La matinée du 21 a servi la révolte et desservi la société. La lutte contre les idées se mène par des moyens psychiques, non avec les accessoires de M. Deibler. Dans une crise où il faudrait de hautes intelligences et des hommes de cœur, le politicien et le bourreau n'apportent que des expédients regrettables.


_________________________

(1] OPÉRA. Dépôt d'une bombe, par Henry, le 8 novembre 1892, à la porte de la Société des mines de Carmaux, 11 avenue de l'Opéra (Paris Ier). Le concierge de l'immeuble la déposa sur le trottoir d'où elle fut emportée, par un garçon de bureaux des mines de Carmaux, au commissariat de police du 21 de la rue des Bons-Enfants (Paris Ier). L'engin explosa à l'intérieur du commissariat, faisant cinq morts, trois policiers, un secrétaire et l'employé des mines de Carmaux.

(1) TERMINUS. Café de l'hôtel Terminus, rue Saint-Lazare (Paris IXème) où Henry jeta une bombe, au soir du 12 février 1894. L'attentat fit un mort. Henry fut arrêté après une course-poursuite.


_____________________________

Quotidien Le Matin, du 22 mai 1885.

Le corps d'Emile Henry, n'ayant pas été réclamé par la famille, contrairement à l'attente générale, a été envoyé à l'Ecole pratique. On a donné de cette abstention de la famille une raison assez bizarre, la mère du condamné et le docteur Goupil craignaient, paraît-il, qu'en le laissant inhumer l'autopsie qui devait démontrer la folie d'Emile Henry ne pût être pratiquée. Nous avons essayé de suivre le cadavre dans ses étapes à travers l'Ecole pratique et, dans ce but, nous nous sommes rendu directement à l'Ecole, auprès des divers chefs de service chargés de recevoir le corps et de le préparer. Le docteur Poirier, que nous avons vu le premier, n'a malheureusement pu assister à la réception du corps.

[b]Au laboratoire d'anthropologie

le docteur Manouvrier nous reçoit avec une extrême courtoisie et nous fait asseoir auprès d'une table surchargée de tibias reluisants et polis. Le distingué professeur ne peut rien nous dire encore. Il possède, il est vrai, la tête d'Emile Henry, mais le moulage est fait et les éléments du chef dissociés. Le cerveau nage dans un bocal d'alcool, d'où il passera, dans une quinzaine, dans le liquide de Müller. Alors seulement, quand il sera suffisamment durci, on pourra l'étudier. Cela demandera bien un mois en tout. Et comme nous soulevons la traditionnelle question de l'adhérence des méninges pouvant démontrer la,folie du sujet, le docteur hausse les épaules. L'adhérence partielle des méninges est un fait plus fréquent qu'on ne le croit et qui n'a jamais rien prouvé. Quant au reste, le corps d'Emile Henry était froid, son cœur n'offrait aucun vestige d'excitation vitale, on savait d'ailleurs qu'il était mort en pleine santé, par conséquent l'autopsie était inutile et c'est pour cela qu'elle n'a pas été pratiquée, car le fait de séparer et détacher les principaux organes d'un corps ne constitue pas une autopsie.

Chez le docteur Laborde

Nous nous rendons ensuite chez le docteur Laborde.
L'éminent chef du Laboratoire de physiologie, entre les mains duquel ont passé presque tous les clients de Deibler, nous confirme ce qu'on venait de nous dire, mais il croit devoir insister sur ce fait, dont il a déjà saisi la presse, à savoir que toute expérience sérieuse est inutile, voire impossible sur des cadavres, dont l'Ecole reçoit livraison beaucoup trop tard à cause de la formalité du Champ-des-Navets. Dans l'intérieur de la Roquette, le condamné appartient au directeur de la prison. Le seuil du grand portail franchi, il appartient au bourreau, qui en a donné reçu, décapité; il doit être conduit au cimetière, et c'est alors seulement que nous en prenons possession. Eh! bien, le temps d'arriver à l'Ecole, toute excitabilité des tissus a cessé, et il n'y a plus rien à faire. C'est encore ce qui vient de se produire pour Emile Henry.

Si la suppression de la publicité des exécutions capitales eût été votée samedi, on eût pu espérer obtenir enfin que le condamné passerait directement de l'intérieur de la prison dans le fourgon de l'Ecole, mais là encore l'attente des physiologistes a été déçue. Lors de l'exécution de Menesclou, le préfet de police d'alors, M. Andrieux ((1) avait fait droit aux réclamations et ordonné la suppression de ce simulacre d'inhumation, vain et presque ridicule; mais, au dernier moment, un ordre du ministère de la justice infirmait la décision du préfet, et la cause était perdue une fois de plus. Depuis on est même allé plus loin, on a respecté les dernières volontés de certains criminels qui avaient demandé de soustraire leurs restes aux investigations de la science.

Dans un mois seulement, ajoute M. Laborde, nous pourrons publier le résultat des études faites sur le cerveau d'Henry, qui sera examiné en même temps qu'une série d'autres cerveaux de criminels tout prêts au laboratoire.


____________________________

Voir aussi pour la dépouille d'Émile Henry : http://guillotine.cultureforum.net/t974-mort-lente-ou-brutale-experiences-sur-les-corps-guillotines

Voir également : http://guillotine.cultureforum.net/t354p30-mais-quelle-force-ont-ils - Page 3

(1) Andrieux (Louis). Préfet de police de Paris du 4 mars 1879 au 16 juillet 1881. Père de l'écrivain et poète Louis Aragon qu'il n'a pas reconnu. Il a laissé des mémoires.

Souvenirs d'un préfet de police de Paris, Rouff, Paris, 1885 (en 2 volumes). Consultable sur gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65129d

Réédition en mai 2002, en 1 volume : éditions Mémoire du livre, collection Essais Documents. Prix : 28, 91eur.


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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Dim 5 Aoû 2012 - 21:22


Emile Henry – 1872-1894






Le 8 novembre 1892, une bombe destinée à faire sauter les bureaux de la compagnie des mines de Carmaux est amenée par le concierge du bâtiment au commissariat de police de la rue des Bons-Enfants (Paris). Elle y explose tuant cinq personnes ; une sixième sera victime d'une crise cardiaque.
Cette action a d'ailleurs donné lieu à une chanson de Guy Debord: La Java des Bons-Enfants.

Fin 1892, il loue un appartement dans la villa Faucheur dans le 20e arrondissement de Paris sous le nom d'emprunt de Louis Dubois ; il y prépare ses prochains attentats. Le 12 février 1894, à 9 heures du soir, un garçon blond pénétra dans le café Terminus, à la gare Saint-Lazare. S'étant assis à un guéridon libre, Henry tira soudain d'une poche de son paletot une petite marmite de fer blanc bourrée d'explosifs et la lança en l'air. Elle se heurta à un lustre, éclata et pulvérisa toutes les glaces ainsi que quelques tables de marbre. Ce fut un sauve-qui-peut général. Il y eut une vingtaine de blessés dont un devait succomber à ses blessures. Émile Henry prit la fuite, poursuivi par un agent de police et un garçon de café, auxquels se joignit un cheminot sur lequel il tira, mais en le manquant. Un peu plus loin, il blessa sérieusement un agent, avant de se faire prendre.





Illustration de l'attentat de la rue des Bons-Enfants





Attentat de l'hôtel Terminus, Le Petit Journal Illustré, 26 Février 1894.

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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Dim 5 Aoû 2012 - 21:32


L'exécution d'Emile Henry - 21 mai 1894




Le Progrès Illustré - 3 juin 1894

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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Dim 5 Aoû 2012 - 22:10


Émile Henry






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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Dim 5 Aoû 2012 - 22:15


Émile Henry, le « Saint-Just de l’Anarchie »
par Paco

Les éditions Libertaires publient une étude de Walter Badier consacrée à Émile Henry, un anarchiste adepte de la « Propagande par le fait ».



Émile Henry (1872-1894) ne correspond pas au portrait-robot du poseur de bombe. Adolescent studieux, les professeurs de l’école Jean-Baptiste Say d’Auteuil louaient sa conduite, son jugement, son caractère, son imagination et ses résultats, sauf en chimie où quelques lacunes, vite réparées, furent constatées… Le jeune homme a passé avec succès son bac ès sciences à la Sorbonne en 1888. À dix-sept ans, son avenir semblait tracé. Il était aux portes de Polytechnique quand tout a basculé.

Fils d’un père Communard (la famille Henry, exilée en Espagne, ne reviendra en France qu’en 1880 à la faveur de l’amnistie), frère d’un orateur libertaire, Émile était aussi sensible aux injustices sociales. Il collabora à l’En Dehors, le journal fondé par Zo d’Axa où les personnalités marquantes de l’anarchisme côtoyaient les écrivains Émile Verhaeren, St-Pol Roux, Octave Mirbeau…

D’abord hostile au terrorisme aveugle, Émile prit progressivement conscience que la propagande écrite ou orale ne suffirait pas pour riposter à la violence des patrons et des politiciens. « Il est vraisemblable qu’Émile Henry n’ait trouvé d’autre solution à son désespoir social que le terrorisme », notait Jean Maitron. « Je suis anarchiste depuis peu de temps, avoua Henry à ses juges lors de son procès devant la cour d’assises, en avril 1894. Ce n’est guère que vers le milieu de l’année 1891 que je me suis lancé dans le mouvement révolutionnaire. » Que se passait-il en France dans ces années-là ?

En août 1892, trois mille ouvriers des mines de Carmaux se mirent en grève pour protester contre le licenciement du mineur Jean-Baptiste Calvignac, leader syndical et socialiste, maire de Carmaux depuis le 15 mai 1892. Le gouvernement républicain envoya sur place 1 500 soldats pour défendre la « liberté du travail » dans les mines dirigées par un aristocrate, incarnation de la droite dure, le baron Reille. Une vive colère secoua alors l’échine des travailleurs soumis aux privations pendant qu’éclatait le scandale de Panama.

La propagande par le fait avait ses figures. A cette époque officiait notamment un certain François-Claudius Koënigstein, plus connu sous le nom de Ravachol. Il fit bien parler la poudre avant d’être guillotiné le 11 juillet 1892. Dans l’air du temps, Émile Henry, en soutien aux mineurs de Carmaux, revendiqua le dépôt d’un engin explosif à la Société des mines de Carmaux, à Paris, le 8 novembre 1892. Manipulée maladroitement par des policiers, la marmite à renversement explosa dans le commissariat de la rue des Bons-Enfants. Six morts.

Le 12 février 1894, Émile Henry, très remonté contre les « lois scélérates » dirigées contre les « associations de malfaiteurs » c’est-à-dire les anarchistes (la nuit du 31 décembre 1893 la police effectua 2 000 perquisitions et une cinquantaine d’arrestations), balança une bombe au milieu du café Terminus. Deux morts. Course poursuite, coups de pétard, arrestation. Terminus aussi pour celui qui n’hésita pas à « tirer dans le tas » puisque le peuple, en refusant de se révolter, cautionnait le système dominant. No one is innocent…

Condamné à mort, Henry fut exécuté le 21 mai 1894, place de la Roquette, à 4h14. Il avait vingt-deux ans. « Si nous donnons la mort, nous savons aussi la recevoir », déclara le révolutionnaire au tribunal où l’on put découvrir sa forte personnalité et sa vigueur propagandiste. « Cette fois-ci, le lanceur de bombe n’est ni un ouvrier ignorant et grossier comme Ravachol, ni un pauvre diable de bâtard sorti des rangs de peuple, traîneur de route comme Vaillant », écrivit L’Écho de Paris. Quand la tête d’Henry roula dans une auge en tôle, une impression d’horreur vint saisir la foule présente.

Le corps fut mis en bière, la tête entre les jambes. Après un simulacre d’inhumation, la dépouille fut conduite à l’école de médecine pour diverses expériences. Suite aux protestations de la mère d’Henry, les « restes » furent rendus à la famille. Émile Henry finira par être inhumé le 25 mai à Limeil-Brévannes. Jules, son jeune frère, planta un arbre sur la tombe de celui qu’on nomma le Saint-Just de l’Anarchie.

Le travail de Walter Badier était nécessaire. Le dernier et unique livre consacré exclusivement à Émile Henry remonte à 1977. Au-delà de la captivante histoire personnelle d’Henry, l’ouvrage permet de mieux cerner les arguments renversants des adeptes de la « propagande par le fait », expression inventée en août 1877 par l’anarchiste français Paul Brousse lorsqu’il prit la parole sur la tombe de Michel Bakounine. À l’aide de très nombreux documents (journaux, correspondances, études diverses, textes d’Émile Henry, mais aussi précieux rapports de police, de mouchards et d’indicateurs), l’auteur nous offre une biographie qui se lit comme un roman. Un cahier iconographique et des annexes complètent l’étude.

Les nombreuses références à la presse libertaire (l’En Dehors, Le Libertaire, Le Père Peinard, La Révolte…) nous permettent aussi de vivre les débats qui agitaient le mouvement anarchiste au sujet de l’action directe incarnée par Ravachol, Auguste Vaillant, Léon Léauthier… Anars individualistes et partisans de l’action collective, syndicale notamment, divergeaient. Certains n’hésitèrent pas à dénoncer le caractère barbare et anti-révolutionnaire d’Henry. D’autres étaient tiraillés entre leur aversion pour le terrorisme aveugle et leur devoir de solidarité envers un compagnon. Malgré tout, durant de longues années, de nombreux libertaires se rendirent sur la tombe d’Henry. Le journal La Renaissance organisa une excursion en mai 1896. En 1901, Albert Libertad, futur fondateur du journal individualiste L’Anarchie, était devant le cimetière de Limeil-Brévannes avec un groupe d’amis. La police les empêcha d’entrer… Selon un rapport de police, deux cents manifestants se déplacèrent à nouveau en 1905.

« La question n’est pas de savoir pourquoi il y a des gens qui jettent des pierres sur la police, mais de savoir pourquoi… il y en a si peu », disait le psychanalyste Wilhelm Reich. Ce qui était vrai à différents moments des siècles derniers est hélas toujours vrai. Par les temps de désespérance sociale que nous vivons, il est à craindre que la propagande par le fait revienne tristement un jour à la Une de l’actualité. Qui sème le vent, récolte la tempête.

Walter Badier, Émile Henry – De la propagande par le fait au terrorisme anarchiste, éditions Libertaires.

http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article4365

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Dernière édition par Adelayde le Jeu 9 Aoû 2012 - 23:39, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Lun 6 Aoû 2012 - 0:39

L'attentat contre le café de l'hôtel Terminus.

300 personnes environ ont pris place dans l'enceinte du café.
Un orchestre doit jouer un copieux programme musical.

PROGRAMME DU 12 FÉVRIER 1894

1. Première Étape (Marche). Focheux.
2. Les Violettes (Valse). Waldteufel.
3. Martha (Ouverture). Flotow.
4. Menuet Louis XV. R. De Vilbac.
5. Les Diamants de la Couronne (fantaisie). Auber.
6. Précieuse (pour violoncelle). Gillet.
7. La Somnambule (Fantaisie). Bellini.

ENTRACTE

Solo de violon

8. L'Italienne à Alger (Ouverture). Rossini.
9. D'un Cœur qui t'aime. Gounod.
10. Robert le Diable (Fantaisie). Meyerbeer.
11. La Sensitive (Valse). Bousquet.
12. Marche des Guides de la Garde. Etchepare.



Emile Henry pénètre dans l'établissement et s'assoit à droite de l'entrée.
Il est environ 20h30.

P. ENTRÉE.

Henry est assis en M (cercle rouge).

Il va lancer sa bombe en direction de l'orchestre O (cercle rouge), elle accroche un lustre, au dessus de T (table brisée), et tombe en H (cercle rouge).


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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Sam 11 Aoû 2012 - 21:58




Cimetière d’Ivry, carré des suppliciés – L’arrivée du fourgon apportant le corps d’Émile Henry – 21 mai 1894

Image postée par mercattore sur le fil ‘’Mort lente ou brutale - expériences sur les corps guillotinés’’ :

http://guillotine.cultureforum.net/t974p30-mort-lente-ou-brutale-experiences-sur-les-corps-guillotines

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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Sam 11 Aoû 2012 - 22:33

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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Sam 11 Aoû 2012 - 22:41

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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Sam 11 Aoû 2012 - 22:41

Ce portrait d'Emile Henry est très beau, Piotr. queen

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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Lun 13 Aoû 2012 - 14:54


Les articles qui retracent le procès d’Émile Henry sont particulièrement longs, ils font donc l'objet d'un sujet spécifique :
http://guillotine.cultureforum.net/t2484-le-proces-d-emile-henry-1894

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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Dim 17 Mar 2013 - 10:31

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MessageSujet: Café Le Terminus - la bombe d'Henry   Mer 15 Mai 2013 - 14:31



La bombe d’Émile Henry (reconstituée)

Source : archives de la Préfecture de police





L'explosion au café Terminus

Le 12 février 1894, une semaine après l'exécution d'Auguste Vaillant, Émile Henry, désirant atteindre la bourgeoisie, jette une bombe qui fera un mort, une vingtaine de blessés et d'importants dégâts matériels au café "Terminus" de la gare Saint-Lazare, à Paris. Il sera arrêté, jugé et exécuté le 21 mai 1894.

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MessageSujet: Rue des Bons-Enfants - la bombe d'Henry   Mer 15 Mai 2013 - 14:33




Photo de la marmite à renversement (reconstituée)

Source : archives de la Préfecture de police





Vue du commissariat après d'explosion

Le 8 novembre 1892, à Paris, Émile Henry dépose une bombe à renversement destinée à faire sauter les bureaux de la compagnie des mines de Carmaux. La bombe, découverte, est transportée par un agent au commissariat de Police, rue des Bons-Enfants, où elle explose, tuant cinq policiers.

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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Jeu 18 Juil 2013 - 16:42




Le Petit Journal Illustré, n° 171 du 26 février 1894

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lefanstouf
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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Sam 27 Juil 2013 - 2:41

Pourtant parisien, habitué de la Bastoche et bruantophile au plus haut point, je n'avais jamais éprouvé le besoin de faire un pèlerinage jusqu'aux pierres de la veuve. De passage rue Gerbier pas plus tard que ce soir, j'ai poussé jusque là. Quelle poilade, les aminches, de lire la pancarte explicative et de voir que de l'entreprise Charlot et fils, seuls deux noms restent : Henry et Vaillant ! Le premier a fait sauter tout à fait fortuitement le commicot de la rue des bons enfants, et le deuxième a lancé sa marmite à la gueule des députés ! Les plus beaux symboles de la reprise individuelle. Même Ravachol avait pas fait mieux. Je sais pas qui a rédigé cette bafouille, mais j'y serrerais bien la pogne.

Emile Henry et son système à renversement... toute une histoire, une chanson même ! Comme il en a été fait la remarque, la Java des bons enfants est une chanson de Debord qui en fait le récit. Mais le malin de situationniste, pour donner une légitimité historique à sa goualante, dans la compilation Pour en finir avec le travail, attribue les paroles à Raymond 'La Science' Callemin, célèbre adjudant de Bonnot... du grand art !
Il existe, hormis la version de cette compilation, quelques bonnes reprises de cette java. Je vous conseille celle de René Binamé, ainsi que celle des Amis de ta femme (la meilleur version à mon goût).

Et puisqu'on en est à se gondoler, le plus bath de toute cette histoire, c'est qu'une cinquantaine d'années avant cette tragédie, un autre Emile Henry avait eu lui aussi l'idée de se lancer dans la fabrication de marmites... qui sont encore aujourd'hui dans nos placards de cuisine.bom 

"Vive la R...", comme disait l'autre

Léfanstouf
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MessageSujet: Re: Emile Henry - 1894   Sam 27 Juil 2013 - 15:17


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