La Veuve

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 Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891

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MessageSujet: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Mer 17 Déc 2008 - 14:53

L' Exécution de MICHEL EYRAUD.

Le 20 décembre 1890, la cour d'assises de la Seine condamnait Michel Eyraud, 43, ans, à la peine de mort, pour l'assassinat par strangulation de Gouffé, huissier de justice. L' affaire est connue sous le nom de «Malle à Gouffé», ce dernier ayant été dépecé et placé dans cette dernière. Gabrielle Bompard, 23 , ans, complice de Eyraud, écopa de vingt ans de travaux forcés. Après sa condamnation, Michel Eyraud fut transféré au quartier des condamnés à mort de le Grande-Roquette (officiellement, dépôt des condamnés). Gabrielle Bompard subit son incarcération jusqu'en 1903, à la prison Saint-Lazare, et retrouva la liberté.
Le pourvoi en cassation de Eyraud fut rejeté, et le Président Sadi Carnot refusant la grâce il fut guillotiné le 3 janvier 1891, par Louis Deibler, sur la place de la Roquette.

C'est l'abbé Faure, aumônier de la Grande-Roquette, qui accompagna le condamné jusqu'à la guillotine.
Pendant l'exercice de l'abbé (près de sept années), 38 condamnés à mort entrèrent à la Roquette, dont une femme Mme Berland, mère d'Adolphe Berland exécuté avec Gustave Doré le 27-07-1891. Sur ces 38 condamnés, 20 furent graciés. Il y eut cinq doubles exécutions. L'abbé assista la majorité des exécutés, le reste l'étant par un pasteur ou un autre prêtre catholique pour les doubles exécutions.


Récit de l'abbé Faure :

« Le mercredi, 24 décembre, je fis ma première visite à Eyraud. Les ordres les plus sévères avaient été donnés pour la conduite à tenir vis-àvis du nouvel hôte de la prison. Contrairement aux usages, il devait être surveillé, non par des inspecteurs de la Sûreté, mais par deux agents de la prison. Il n'est jamais sorti, même pour la promenade réglementaire, mais facultative, d'une heure par jour dans le petit jardin qui se trouve devant sa cellule. Il se borne à ouvrir de temps en temps sa fenêtre pour renouveler l'air. La plus grande partie de ses journées, il les consacre au sommeil. Plusieurs fois, il lui est arrivé de dormir dix-huit heures par jour. Le reste du temps, il les passait à lire, à jouer aux cartes et à fumer. Je le visitais trois fois par semaine.

Un jour, il m'apostrophe avec une certaine vivacité :
— Que dites-vous de la disproportion de la peine qui me frappe et celle qui atteint Gabrielle Bompard ?
— Mon ami, répondez d'abord à ma question. Supposez que, comme vous, Gabrielle Bompard soit, comme vous, condamnée à mort, quel bien en résulterait-il pour vous même ?
— Aucun, c'est vrai, mais au moins la justice aurait été égale pour les deux coupables.
— Mais, mon pauvre Eyraud, vous ne voyez pas qu'on a traité Gabrielle Bompard comme une folle presque irresponsable, tandis que vous, comme un homme raisonnable et conscient.

Un Certain revirement semblait s'être produit dans l'opinion publique en faveur d'Eyraud. Le bruit courait que les douze jurés qui avaient siégé dans l'affaire avaient, à l'unanimité, signé un recours en grâce; que des personnes influentes s'étaient jointes à eux pour obtenir une commutation de peine. Mais on apprenait en même temps que Mme Carnot avait refusé de recevoir Mademoiselle Reine Eyraud qui venait solliciter la grâce de son père; que M. le Président de la République avait répondu très froidement à Maître Decori, qu'il soumettrait la supplique à la commission des grâces. Rien dès lors n'autorisait un espoir et j'étais loin de partager la confiance d'un visiteur d'Eyraud, dont l'indiscrète et inexplicable assurance, donnée au malheureux la veille de l'exécution, a été si fatale et si cruelle pour le condamné et si pénible pour le prêtre chargé de l'assister à ses derniers moments.

Toute la journée du lundi 2 février, j'eus un sinistre et pénible pressentiment. Dans l'attente du moment fatal, je restai chez moi jusqu'au soir. A six heures et demie, n'ayant rien reçu, je me rendis à une invitation dans une maison amie. A peine à table, mon neveu m'apporte la lettre de M. le procureur général Quesnay de Beaurepaire, m'invitant à me rendre le lendemain, à sept heures, auprès du condamné, pour lui apporter les secours de la religion dans ses derniers moments. Le lendemain, le cocher Victor Esnault nous dépose, mon frère et moi, sur la place de la Roquette, à cinq heures.

Déjà la foule est considérable, les troupes à cheval et à pied de la garde républicaine, renforcées de nombreux agents, sont à la porte. La voiture des bois de justice vient d'arriver, le travail funèbre commence aussitôt.


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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Mer 17 Déc 2008 - 15:00

Peu à peu arrivent les fonctionnaires dont la présence est requise dans ces tristes occasions. On remarque surtout Winter*, le célèbre marcheur russe, venu à temps de Saint-Petersbourg pour assister au triste spectacle. Toutes les facilités lui sont données pour être témoin de toutes les phases du drame, depuis le réveil jusqu'à la chute du corps dans le panier. Je crois même qu'il a suivi jusqu'au cimetière le sinistre fourgon.

L'ordre portait que l'exécution devait avoir lieu à sept heures précises. C'est donc à six heures quarante qu'on aurait dû réveiller le patient. Mais le brouillard est intense et la nuit profonde. On attend une demie-heure, et c'est à sept heures dix seulement que nous pénétrons dans la cellule du condamné. Eyraud, tout habillé sur son lit non défait, dort d'un profond sommeil. Il s'est endormi sur la foi d'un visiteur imprudent qui lui a annoncé la veille sa commutation de peine. Aussi quel horrible réveil !... Ce n'est qu'après un instant qu'il comprend les paroles de M. le directeur, qui l'exhorte au courage.

Après l'échange des vêtements de la prison contre les siens, il jette un regard éperdu sur ceux qui L'entourent. On lui demande s'il veut s'entretenir avec moi :
— Non, c'est inutile; merci, monsieur l'aumônier.
— Mon ami, vous n'avez rien à dire à votre femme, à votre fille, votre petite Reine que vous aimez tant ?
— Non.
— Je les verrai aujourd'hui pour vous.
— Et bien ! dites-leur que je m'en vais; qu'elles s'arrangent, qu'elles fassent bien leurs affaires, qu'elles soient heureuses et qu'elles ne se quittent pas.
Pas un mot de repenti, de regret ou d'affection.

A la salle de la toilette, pendant que les aides font les tristes apprêts, je remplis un gobelet de cognac et chartreuse, et je l'offre au malheureux :
— Prenez ceci, mon ami, cela vous donnera des forces .
— Merci, je n'en veux pas, du reste cela me ferait du mal !...
Après avoir reçu de M; le directeur l'assurance que j'étais chargé par Mme Eyraud de le soustraire aux expériences médicales et de faire procéder immédiatement à l'inhumation, il me remercie.
Puis il commence ses invectives contre M. Constans** :
— Ah ! elle est bonne, celle-là ! Constans me fait guillotiner, il va décorer Gabrielle Bompard, c'est sûr.

Il se plaint qu'on lui serre trop les poignets avec les cordes, et assure qu'il ne veut pas faire de résistance. Il me regarde fixement pendant que le bourreau échancre sa chemise. J'en ramène les deux extrémités sur sa poitrine. On lui jette un veston sur les épaules. Je le prends par le bras gauche et on se met en marche. A la sortie de l'avant-greffe, il me dit brusquement de le laisser marcher seul. Deux aides le soutiennent néanmoins. La grande porte s'ouvre lourdement : la foule est énorme, les les têtes se découvrent, les sabres sortent du fourreau. Le condamné parait, courbé, livide, vieilli. Il se soutient fiévreusement, et semble jeter un regard sur la foule, mais ce regard est atone, presque éteint.

A un mètre de la bascule, je donne à Eyraud un baiser sur la joue gauche pour sa femme et sa fille. J'approche également de cette joue le crucifix. Mais le malheureux n'a plus conscience de ce qui se passe. Seulement, dans un dernier effort, il exhale toute sa haine :
— Constans est un misérable, il est plus assassin que moi ! Constans, Constans, assas...
Il n'achève pas, le couperet vient de s'abattre !
J'étais si rapproché de la guillotine, que je ressentis toute la secousse du terrible instrument.


Dernière édition par mercattore le Mer 17 Déc 2008 - 15:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Mer 17 Déc 2008 - 15:18

Je monte immédiatement en voiture, mon frère s'y trouve déjà; et, sous l'escorte de la gendarmerie, nous partons au galop pour le cimetière d'Ivry. Sur tout le parcours, une double haie de curieux regarde passer le convoi. La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre. Du reste, il est huit heures, et tous les travailleurs et négociants commencent à se rendre à leurs occupations.

A huit heures un quart, nous arrivons au cimetière d'Ivry. Le corps est extrait du panier sanglant et placé dans un cercueil de sapin. La tête est livide, verdâtre, horrible et méconnaissable. Elle est placée le regard en l'air, tandis que le cadavre est couché dans le sens opposé. J'avertis à haute voix les autorités médicales que la veuve du supplicié ayant réclamée ses restes, l'inhumation va avoir lieu immédiatement.
Aucune réclamation ne se produit.

Je récite les dernières prières, je fais clouer la bière, et je ne me retire que lorsque la fosse, préparée d'avance, est entièrement comblée. Je demande au conservateur de faire marquer exactement le lieu de la sépulture, et je prie M. le chef de la Sûreté de veiller aux dernières volontés de la famille du condamné.
A huit heures et demie, nous étions de retour à Saint-Sulpice, très impressionnés par le spectacle que nous venions d'avoir sous les yeux.

Mme Eyraud n'a pas attendu ma visite. Le lendemain de l'exécution, la veuve et la fille du supplicié, sa belle soeur et sa mère venaient recueillir de ma bouche les dernières paroles du malheureux, et étaient atterrées en ayant la certitude de son endurcissement. Elles collent leurs lèvres avec une fiévreuse avidité sur le crucifix que j'ai présenté à la dernière seconde, et qu'Eyraud n'a pas repoussé. Le désespoir de ces quatre malheureuses femmes est indescriptible et me cause une émotion plus vive encore que l'exécution du condamné.
J'annonce à Mme Eyraud que toutes les précautions sont prises pour que le cadavre lui soit remis, à la charge pour elle de le faire inhumer dans tel, cimetière qu'elle choisira.


° Abbé FAURE Souvenirs de la Roquette, Paris, Maurice Dreyfous et M. d'Alsace, sans date, vers 1893.

* WINTER. Officier dans l'armée russe, il effectua pédestrement le trajet Russie-Paris. 1891 était l'année où commençait l'entente franco-russe.

Pour répondre à cet exploit, un français, Sylvain Dornon, ancien berger, effectua, en mars de la même année, le parcours Paris-Moscou avec des ... échasses, en 58 jours.


Dornon, berger.

Départ de Dormon le 12 mars, place de la Concorde. Il mettra deux mois pour réaliser son parcours.


** CONSTANS Ernest. Ministre de l'intérieur à l'époque.



*** Entré à la Grande Roquette en janvier 1885, l'abbé en fut congédié en août 1891, à son grand désarroi, au motif d'avoir fait parvenir la lettre d'un détenu à sa femme. Il ne vivra que peu d'années après et n'eut pas le temps de faire éditer ses mémoires qui sont posthumes.
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Monsieur Bill
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MessageSujet: Michel Eyraud   Ven 19 Déc 2008 - 20:50

Bonjour Mercattore

Ce prêtre compatissant aurait-il laissé des mémoires?

Amitiés de Bill,
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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Ven 19 Déc 2008 - 22:20

Monsieur Bill a écrit:
Bonjour Mercattore

Ce prêtre compatissant aurait-il laissé des mémoires?

Amitiés de Bill,

Bill, ses mémoires sont référencés dans le dernier post.
Regardez Bien. Arrow
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Ananke
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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Dim 25 Oct 2009 - 13:20

Je termine la lecture de "La malle sanglante" parue chez Fleuve Noir Crime en 1998.

Les débuts de la criminologie moderne et de la médecine légale scientifique y sont évoqués.

Voir à ce propos :

http://www.bm-lyon.fr/expo/virtuelles/sang/crime7.htm

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35987097.html
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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Lun 26 Oct 2009 - 0:02

Ce récit est poignant. Les paroles de l'abbé au condamné sont très intéressantes. La peine de mort y est présentée presque comme une sorte de "marque de considération", la preuve qu'au moins la justice n'a pas pris le criminel pour un fou, pour une femme ou pour un animal, mais pour un véritable homme conscient et responsable (je crois d'ailleurs que j'y avais fait référence dans un autre sujet)...

Ce qui est frappant c'est aussi l'impuissance de la parole de l'abbé. L'approche de la guillotine ne fait que renforcer la haine, bien compréhensible, du condamné. L'absence du sens d'une peine qui est en fait un châtiment ressort dans toute sa lugubre nudité.

Par ailleurs, que siginifie la phrase : "soustaire aux expériences médicales"? Cela veut-il dire que normalement le corps de l'exécuté était d'office donné à la faculté pour servir aux cours de dissection et que c'était une faveur pour le condamné de pouvoir être enterré immédiatement et "décemment"? Le châtiment se prolonge ainsi au-delà de la mort... Sous couvert de servir à la science, l'on peut y voir la persistance de la vieille pratique de l'outrage au cadavre contre laquelle s'élèvent déjà les voix de Priam chez Homère et de l'Antigone de Sophocle.
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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Dim 8 Nov 2009 - 14:42

Depuis longtemps, la faculté de médecine de Paris (et d'autres en province) bénéficiait d'un privilège pour effectuer des études anatomiques sur le corps des suppliciés, à la condition que la famille n'ait pas demandé la restitution du corps ou que le futur supplicié n'ait pas expressément demandé que son corps ne fasse pas l'objet de recherches anatomiques (et encore, fallait-il parfois que l'abbé intercesseur soit très ferme auprès des représentants médicaux). Voir par exemple : http://guillotine.cultureforum.net/les-condamnes-a-mort-f2/les-guillotines-et-la-faculte-de-medecine-de-paris-t974.htm
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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Sam 14 Nov 2009 - 11:33

Quelque part la médecine a pu avancer grâce à la peine de mort;

Vésale a commencé son étude du corps humain en disséquant des condamnés à mort. Dans un premier temps il allait les récupérer en cachette, mais il s'était même arrangé avec les bourreaux pour retarder les exécutions en fonction de ses besoins pour pouvoir disposer de corps les plus "frais" possible.

Karrer Jakob von Gebweiler meurtrier allemand fut ainsi l'objet de sa première dissection publique qui devait donner le "de humane corporis"
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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Sam 14 Nov 2009 - 12:52

L'église catholique a entravé pendant longtemps l'étude anatomique des cadavres.
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MessageSujet: L 'Exécution de Michel EYRAUD   Mer 19 Jan 2011 - 19:00



Affaire Gouffé. La maison du crime, 3, rue Tronson-du-Coudray à Paris (VIIème arr.)
26 juillet 1889. RVB-936411 © Roger-Viollet



Devant la maison de la rue Tronson du Coudray. "La malle sanglante"
1889 Gravure d'Auguste Tilly d'après un dessin d'après nature de Karl Fichot © Roger-Viollet



L'huissier Gouffé est assassiné par Eyraud sous les yeux de Gabrielle Bompard
26 juillet 1889. RVB-936412 © Roger-Viollet



Assassinat du huissier Gouffé par Eyraud avec la complicité de Gabrielle Bompard
Juillet 1889. Gravure de F. Méaulle d'après un dessin d'Henri Meyer © Roger-Viollet



Affaire Gouffé - La Cour d'assises


Dernière édition par Adelayde le Mar 19 Avr 2011 - 21:37, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Mar 1 Mar 2011 - 23:20

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MessageSujet: L 'Exécution de Michel EYRAUD   Lun 14 Mar 2011 - 16:14


D’autres images pour illustrer cette ténébreuse affaire…

Le meurtre de l'huissier Gouffé par Eyraud et sa complice Gabrielle Bompard. Paris, 26 juillet 1889

© Roger-Viollet



Le corps de l'huissier Gouffé assassiné par Gabrielle Bompard et son amant Eyraud est mis dans une malle envoyée à Lyon. Paris, 26 juillet 1889

© Roger-Viollet



Confrontation rue Tronson-du-Coudray. Paris, décembre 1890

© Roger-Viollet

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MessageSujet: Michel Eyraud et Gabrielle Bompard : la malle à Gouffé    Lun 22 Aoû 2011 - 22:53


Jacques Pradel revient sur l'affaire de la malle à Gouffé dans l'émission "Café crimes" du 15 mars 2010 consacrée à la sûreté de Paris à la Belle époque. A télécharger sans tarder...

http://http5.europe1.yacast.net/europe1video/audio/MediaCenter/Emissions/Cafe-crimes/La-surete-de-Paris-a-la-Belle-epoque-15-03-10-150556.mp3

Bonne écoute !
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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Mar 23 Aoû 2011 - 17:42

Au moins, il aura passé une bonne nuit.
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MessageSujet: Vente aux enchères des dépouilles des criminels   Mer 28 Sep 2011 - 18:35


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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Lun 21 Nov 2011 - 16:09


Michel Eyraud, Gabrielle Bompard – La malle à Gouffé (1891)

Les images que Mercattore avait postées ont disparu… J’ai pu en retrouver une grande partie et, à l’occasion de mes recherches… en découvrir de nouvelles ! Les articles de la presse de l’époque sont nombreux, j’en ai sélectionné quelques-uns.



Michel Eyraud

Source : le site de Sylvain Larue - Nemo
http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html





Gabrielle Bompard

Source : le site de Sylvain Larue - Nemo
http://guillotine.voila.net/bompard.jpg





Michel Eyraud

Source : le site de Bois de justice
http://boisdejustice.com/Anatole/Anatole.html

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Le meurtre de l'huissier Gouffé




Rien ne prédestinait ce fait divers de 1889 à avoir une place de choix dans les annales policières. Pourtant, cette histoire s'inscrit parmi les classiques du crime. Autopsie d'une enquête.

Eté 1889. Ce 13 août, près de Lyon, sur un petit chemin non loin du village de Millery, un paisible cantonnier, Denis Coffy, inspecte les fourrés. Depuis quelques jours, les habitants du secteur se plaignent d'être fortement indisposés par une odeur pestilentielle que renforce la chaleur estivale. Au lieudit La Tour de Millery, le cantonnier finit par distinguer, en bordure du chemin, dans les taillis, une masse informe. Il s'en approche malgré sa répugnance et il aperçoit, horrifié, un magma de chairs décomposées enveloppé dans une toile. " Je crois que c'est un cadavre humain ", déclare-t-il à la police.

Il ne se trompe pas. Le problème, c'est que le corps est nu, sans papiers, et dans un tel état de putréfaction que le docteur lyonnais Paul Bernard, chargé de l'identification, ne peut guère se prononcer. La victime a été grossièrement ficelée ; elle paraît âgée de 35 à 45 ans, la mort semble remonter à deux ou trois semaines au moins. Le cartilage thyroïde brisé peut signifier une mort par étranglement. Deux choses sont avérées : il y a eu crime et la victime est de sexe masculin.

À Paris, le commissaire Goron, chef de la Sûreté, est plongé... dans la lecture des journaux de province. Des journaux lyonnais en particulier. Leurs titres ou articles portent sur la découverte d'un mystérieux cadavre. Voilà qui l'intrigue. Car lui, justement, est à la recherche d'un homme qui vient de disparaître sans laisser de traces. Le commissaire a, il y a peu, reçu les déclarations d'un dénommé Landry, venu lui signaler la disparition subite de son beau-frère. Le disparu se nomme Gouffé. Il est huissier de justice et son étude se trouve au 148 de la rue de Montmartre. Gouffé est décrit comme un veuf respectable de 48 ans, élevant convenablement ses trois filles. Il est assez connu sur la place de Paris, mais, au soir du 26 juillet 1889, l'huissier s'est évaporé. La dernière fois qu'il a été aperçu, c'est au café Véron, voisin de son étude, où il avait l'habitude de consommer. Après, plus rien...

Un témoignage retient l'attention. Le concierge de l'immeuble où se trouve l'étude de l'huissier a croisé sur son chemin, au soir de ce 26 juillet, un individu qui n'a pu lui expliquer autrement qu'en bredouillant sa présence sur les lieux. Il a aussitôt tourné les talons et s'est éclipsé. La police retient ce témoignage car elle a constaté que l'étude de Gouffé a bien été visitée sans effraction, et que des papiers ont été dérangés. Chose étrange, une somme d'argent importante, à portée de main, a été négligée par le ou les visiteurs.

L'enquête passe forcément par une étude de la personnalité du disparu. Le commissaire Goron s'efforce de savoir si, sous le vernis de la respectabilité, certaines affaires délicates n'auraient pas pu mettre en danger Toussaint Augustin Gouffé. Or, derrière l'homme d'affaires, il découvre que se dissimule un fameux coureur de jupons. L'huissier a la réputation d'être " un Don Juan du protêt et de la saisie ". Ainsi germe l'hypothèse d'un drame passionnel. Gouffé aurait été victime d'un mari jaloux ou d'un rival... Goron a fort à faire en faisant défiler dans son bureau les maîtresses de Gouffé qu'il a pu identifier, mais qui ne lui apportent aucune piste sérieuse. Alors, pourquoi, se dit Goron, guidé par son intuition de policier chevronné, le cadavre de Lyon ne pourrait-il pas être celui de l'huissier ? Pour en avoir le coeur net, rien de plus simple que d'envoyer à Lyon le beau-frère de Gouffé, le sieur Landry, pour identification. Accompagné par le brigadier Soudais, Louis-Marie Landry se retrouve devant le corps qui gît sur une dalle du sous-sol de la faculté de médecine de Lyon, tout juste éclairé par la lumière tremblante d'une lanterne. Rien n'est identifiable.

Pourtant, les choses semblent progresser. Aux confins de Millery, où le cadavre a été découvert, et de la commune voisine, Saint-Genis-Laval, un ouvrier teinturier, qui chaque jour passe par là pour se rendre à son travail, a remarqué, chemin faisant, des morceaux de planches qui dépassent d'un bosquet, un peu en retrait de la route : " ç’à ressemblait à quelque chose comme une malle démolie. "

L'homme se confie à un paysan qui constate que cette malle dégage une odeur insupportable. Étrange, si étrange que le lendemain, dans le quotidien lyonnais Le Salut public, un journaliste ne manque pas de faire le rapprochement avec le mystérieux corps en décrivant la malle : " 80 à 90 cm de long ; un peu plus de 50 cm de hauteur ; le fond manque. L'extérieur est recouvert de forte toile foncée vernie, fixée par des clous jaunes. L'intérieur est tapissé de papier peint à fond blanc avec des taches noirâtres... " Des taches noirâtres ? Ce ne peut être que du sang ! Cette malle livre un autre indice : elle porte une étiquette des chemins de fer de la compagnie P.L.M. (Paris-Lyon-Marseille) qui indique un départ de Paris à destination de Lyon-Perrache. Avec une date : 27 juillet. Malheureusement, pour l'année, on ne distingue que 188... Le 27 juillet correspond pourtant à la date de disparition de l'huissier Gouffé.

Mieux encore, la police lyonnaise met la main sur un suspect : un dénommé Laforge, cocher de son état, connu pour son penchant alcoolique et une réputation de bavard invétéré. Or, l'homme reconnaît avoir chargé dans sa voiture cette fameuse malle peu de temps avant sa découverte. Et de donner là -dessus mille et un détails. Les enquêteurs lyonnais croient de leur côté avoir identifié le cadavre. Il s'agirait d'un fils de bonne famille, un certain Daudier, un peu simple d'esprit, et dont l'entourage a signalé la disparition en cet été 1889. Hélas ! À la grande confusion des policiers et du juge d'instruction, Daudier finit par être retrouvé dans une auberge niçoise, encore mal remis d'avoir lu l'annonce de sa mort dans les journaux. Quant au sieur Laforge, il s'effondre en reconnaissant avoir tout inventé. Fin du premier acte.

En ces temps où la police scientifique n'existe pas, où les moyens d'identification sont extrêmement limités, il faut s'en remettre à la perspicacité des enquêteurs. Ceux-ci se penchent désormais sur la malle. Sur l'étiquette en particulier. Certains soutiennent que l'année peu lisible est " 1888 ". Fort heureusement, l'administration de la compagnie P.L.M. tient bien ses registres. Au chapitre des départs depuis Paris, on ne trouve rien sur 1888. En revanche, à la date du 27 juillet 1889, figure bien l'expédition d'un colis, pesant 105 kg, enregistrée sous le n° 1231, par le train n° 3, à destination de Lyon-Perrache. Tout concorde avec la disparition de Gouffé. Mais beaucoup demeurent sceptiques. Aucun criminel jusqu'alors n'a eu l'idée saugrenue de transporter sa victime dans une malle, par le train, sur une aussi longue distance. Et surtout pour quoi faire ? Il faut " faire parler " la malle.

Le commissaire Goron a l'idée de procéder à la reconstitution de ce cercueil improvisé. On en remonte un par un, aidé d'un spécialiste, tous les morceaux, et la malle est bientôt exposée à la morgue de Paris, avec des appels à témoin. A Lyon, on a eu la même idée : l'objet a trôné, durant les premiers jours de septembre 1889, dans la salle des bagages de Perrache. Une pancarte précisait : " Crime de Millery. Prière de dire si vous avez vu cette malle. " Or, personne ne s'est manifesté. A Paris non plus, pour l'instant.

Et si, finalement, le cadavre parlait ? Le chef de la Sûreté, Goron, et son adjoint, l'inspecteur Jaume, ne sont pas loin de penser que le cadavre de Millery et l'huissier Gouffé ne font qu'un. Encore faut-il le prouver. Or, à Lyon, se manifeste un nouveau personnage, Alexandre Lacassagne. Titulaire de la chaire de médecine légale à la faculté, il se partage entre l'enseignement et l'expertise, donnant une impulsion considérable à sa discipline. Goron et son fidèle adjoint débarquent à Lyon début novembre 1889 pour assister à l'autopsie. C'est l'ambiance des grands jours à l'amphithéâtre de la faculté : Lacassagne entame son examen bien entouré. Outre Goron et Jaume, se trouvent près de lui son assistant, le docteur Bernard, le substitut lyonnais Bérard, le docteur Saint-Cyr, préparateur en médecine légale, et le docteur Etienne Rollet. L'autopsie s'effectue en quatre phases. D'abord, déterminer l'âge de la victime. Plus de visage, plus de peau mais la soudure des pièces du sacrum et du coccyx, le commencement de raréfaction des alvéoles dentaires et la gingivite expulsive, permettent de dire qu'il s'agit d'un homme d'environ 50 ans. " Pouvez-vous me préciser l'âge de Gouffé ? " questionne Lacassagne. " 48 ans ", lui répond Goron. Pour la taille, c'est le docteur Rollet qui intervient. Il a établi une table de coefficients par lesquels il faut multiplier la longueur d'un os quelconque d'un individu pour obtenir sa taille. " Notre homme mesurait apparemment 1,77 m ou 1,78 m. "

Après examen du livret militaire de l'huissier Gouffé, l'évaluation correspond. Les cheveux, ensuite. Là , c'est l'équipe de Lacassagne, conduite par le professeur Hugonencq qui obtient un rapprochement saisissant avec une touffe de cheveux prélevée sur une brosse récupérée dans le cabinet de toilette de l'huissier. Enfin, l'étude des lésions osseuses et de diverses anomalies physiques, permet de déceler certaines particularités anatomiques que commente Lacassagne. Enfin, avec un petit air de triomphe, Lacassagne déclare à ses hôtes : " Messieurs, je vous annonce que la succession de maître Gouffé est ouverte ! " Ce n'est pas le moindre de cette affaire : en matière d'anthropologie criminelle et d'expertise, elle s'inscrit comme un modèle du genre. La malle de Millery contenait donc bien le corps de Gouffé.

Dès lors, les événements s'enchaînent très vite. De retour à Paris, Goron trouve sur son bureau une lettre venue de Londres. L'auteur en est un certain Chéron, cuisinier à Gower Street. Il a hébergé récemment un couple, les Labordère, nanti d'une malle qui ressemblait à s'y méprendre à celle dont le modèle est exposé. Bientôt, les signalements s'accumulent et se recoupent avec deux personnages qui figurent sur une liste des clients de l'huissier que la Sûreté a dressée. L'homme se nomme Michel Eyraud, la femme Gabrielle Bompard. Qui sont-ils ?

Les dossiers de police confirment que Michel Eyraud est le type même de l'aventurier. Il a un physique aussi rebutant que sa réputation est détestable. Mari odieux d'une femme délaissée, trompée, battue, il fut un piètre militaire de la campagne du Mexique puisqu'il finit dans la peau d'un déserteur. Il a toutes les caractéristiques de la brute obstinée doublées de celles d'un obsédé sexuel. Mais comment est-il arrivé jusqu'à Gouffé ? Ce sont ses affaires véreuses et ses faillites frauduleuses qui l'ont placé sur le chemin de l'huissier. On découvre même que ce dernier lui a peut-être rendu quelques " services ".

On constate que Michel Eyraud a compris que Gouffé aimait trop les femmes. Une faiblesse. Pire, une faille. Car Eyraud vit avec une compagne qui ne laisse pas insensibles les hommes qui passent à sa portée. Elle se nomme Gabrielle Bompard. Elle a 21 ans tout juste. Petite, pas vraiment belle, un drôle de regard, elle a quelque chose de troublant, de fascinant. Un caractère déroutant. A-t-elle été cruellement desservie par une jeunesse gâchée par un père égoïste ou est-elle habitée par le vice ? On ne saura jamais vraiment. Les avis seront toujours très partagés... En tout cas, elle a, malgré son jeune âge, une solide réputation de dévergondée, en deux mots de " petite garce ".

Désormais, le commissaire Goron a réuni presque toutes les pièces de son puzzle. Sauf une, et de taille : le couple Eyraud-Bompard s'est volatilisé. Et puis, il reste à établir la preuve et, par là même, le mobile du crime. Le coup de théâtre se produit le 22 janvier 1890.

" Vous êtes attendu chez le préfet de police. " A ces mots, l'adjoint du chef de la Sûreté, l'inspecteur Jaume, se précipite. A vrai dire, il n'en revient pas. Dans son bureau, le préfet lui présente une petite femme, très menue, toute de noir vêtue, dont le regard est particulièrement vif. " Je vous présente Gabrielle Bompard ", déclare le préfet. Laquelle a décidé de se constituer prisonnière et de tout raconter. Elle se montre d'une intarissable prolixité, mettant un point d'honneur, au fil des auditions puis des reconstitutions, à charger son amant et à fournir le moindre détail. Pour Gouffé, le couple diabolique a conçu un plan assez compliqué afin de faire main basse sur l'argent de l'étude : un appartement a été loué, à Paris, rue Tronson-du-Coudray ; Eyraud a misé sur le charme de Gabrielle pour l'y attirer. Gouffé, ravi à l'idée d'une nouvelle aventure, ne s'est pas fait prier.

Au soir du 26 juillet 1889, il a accepté de retrouver, à cette adresse, la jeune femme au regard envoûtant. Gabrielle, lors d'une reconstitution dirigée par le juge Dopffer, n'oublie pas le moindre détail, d'un érotisme à faire pâlir les vieilles barbes qui l'écoutent !

Elle déclare avoir rapidement entraîné l'huissier sur un canapé, et lui avoir passé, " pour jouer ", une cordelette autour du cou. Or, cette cordelette était très discrètement reliée à un mécanisme mortel : une corde glissant sur une poulie, le tout caché par les rideaux de l'alcôve située juste derrière le canapé. Là, Eyraud est dissimulé. Lorsque Gouffé, subjugué par l'experte Gabrielle, se laisse mettre la cordelette au cou, le meurtrier n'a plus qu'à tirer de toutes ses forces. Le galant passe alors, pendu comme un pantin, de l'extase au trépas... Bien sûr, Gabrielle s'efforce de démontrer qu'elle a été contrainte par son amant de perpétrer l'assassinat.

Sans émotion apparente, le couple finit de dénuder sa victime pour loger son corps dans une malle que Michel Eyraud a achetée à Londres. Les apprentis criminels vont pourtant faire la preuve de leur stupidité. Car, pour une affaire a priori si méthodiquement menée, le bénéfice s'avère nul : Gouffé n'a pas d'argent sur lui. En revanche, il a les clés de son étude. Eyraud s'y rend. C'est lui que la concierge de la rue Montmartre a croisé au soir du 26 juillet. Mais dans la pénombre de l'étude et sa précipitation, l'assassin n'a pas su mettre la main sur les 14 000 F qui sont à sa portée, sur un bureau. Pire, en quittant l'appartement de la rue Tronson-du-Coudray, Eyraud se trompe de chapeau et part avec celui de l'huissier ! La suite est encore plus extravagante.

Ces amateurs ne tardent pas à paniquer et ils ne pensent plus qu'à fuir : par le train avec leur malle et le cadavre dedans. C'est ainsi qu'ils arrivent à Lyon, couchent à l'hôtel de Toulouse, cours du Midi, avec leur bagage qui devient de plus en plus encombrant. Il fait très chaud en cet été 1889. Finalement, le lendemain, Michel Eyraud et Gabrielle Bompard décident de se débarrasser de la malle et de son contenu, au hasard d'un chemin, du côté de Millery. Après ? Une folle équipée les conduit jusqu'aux Amériques. Gabrielle y fait la conquête d'un richissime et crédule Américain, plumé par le couple. C'est pourtant lui qui, arrachant sur l'oreiller des confidences à sa maîtresse, la convainc de rentrer à Paris et de se constituer prisonnière. Après tout, Gabrielle n'aurait-t-elle pas intérêt à délaisser cette brute d'Eyraud et à forger en France sa propre défense ? A ce jeu, elle se va montrer redoutable.

Il faut dire que, progressivement, ce que l'on appelle désormais " l'affaire de la malle sanglante " est devenu dans la presse un véritable feuilleton. De « L'Illustration » au très austère quotidien « Le Temps », des colonnes entières paraissent chaque semaine sur le sujet. Gabrielle se révèle une extraordinaire actrice doublée d'une mythomane. Lors d'un déplacement à Lyon, on frôle l'émeute. Voyageant en première classe, " la Bompard ", à chaque halte en gare, fait un tabac. A Tonnerre, elle rit aux éclats devant tant de succès alors que toute une foule est agglutinée autour du train. A Mâcon, elle tire la langue à ceux qui la conspuent, ce qui ne l'empêche pas d'avaler goulûment, au buffet de la gare, un " potage de vermicelles, un poulet cresson et une tarte aux fruits ", tout en s'émerveillant de la neige qui tombe à gros flocons. Arrivée à Lyon, le spectacle continue. " Ah ! j'en ai du succès. Y'en a du peuple ! Y'en aurait pas tant pour la reine d'Angleterre ! "

Pendant ce temps que devient Michel Eyraud ? Il a bien compris ce que la trahison de sa complice peut avoir de dangereux pour lui. Il la connaît trop pour ne pas penser qu'elle cherchera à l'accuser du crime. Aussi, dans une lettre datée du 16 janvier 1890, écrit-il, depuis New York, au commissaire Goron en personne : il nie être l'assassin de celui qu'il appelle " son ami ". La coupable est Gabrielle Bompard, sans doute aidée de l'un de ses amants. Mais la fuite reste pour l'instant le seul atout d'Eyraud. Une cavale, des États-Unis au Canada. Bientôt poursuivi par les hommes de la Sûreté, les inspecteurs Soudais et Houlier, il ne leur échappe à plusieurs reprises que de justesse : d'un hôtel minable à Vancouver, d'un tripot à San Francisco... Eyraud vit d'expédients, parfois d'escroqueries que son bagout et son audace lui permettent de réaliser même outre-Atlantique. Lassé du Mexique qu'il gagne au printemps 1890, il décide finalement de se rendre à Cuba.

Hélas pour lui ! Peut-être pour la première fois dans les annales du crime, un signalement précis, portrait à l'appui, rédigé en trois langues (français, anglais, espagnol), a été lancé internationalement. Un soir, errant dans les rues de La Havane, il voit trop tard les silhouettes du celador Lecal et de son adjoint. Une main ferme se pose sur son épaule. Eyraud est en état d'arrestation.

Le retour est à l'image de ce qu'est devenue cette affaire criminelle : très spectaculaire. Une foule énorme attend à Saint-Nazaire, ce 30 juin 1890, l'arrivée du La Fayette qui ramène Eyraud de Cuba. En train, jusqu'à Paris, le scénario maintes fois joué par Gabrielle Bompard, se reproduit. Eyraud est cependant moins démonstratif. A la gare Saint-Lazare, alors qu'une centaine de gardiens de la paix a été mobilisée, un millier de personnes se pressent sur les quais. " Il y a trop de monde, crie Eyraud. Il doit y avoir des gens que je connais. " Et il refuse de descendre. Le commissaire Goron, bataillant avec la foule, doit pratiquement traîner son prisonnier. On le propulse, par un chemin protégé, dans un omnibus rangé dans une rue. A bride abattue, l'équipage parvient devant le 36 quai des Orfèvres. Dans le cabinet de Goron, Eyraud s'écroule, épuisé, ayant encore la force de hisser son visage devant une glace et de soupirer : " Mon Dieu, comme j'ai changé. "

Bien sûr, il essaie de minimiser son rôle dans le meurtre de Gouffé. En vain, d'autant que Gabrielle use de tous les stratagèmes. Le procès devant les assises de la Seine va le confirmer. Il s'ouvre en décembre 1890. Et l'on comprend assez vite qu'une figure va émerger des débats : celle de la Bompard. Son étrange personnalité n'a cessé d'alimenter depuis des semaines des articles de presse. Son avocat, maître Henri-Robert, en profite pour accréditer une thèse assez attendue : sa cliente a été la complice involontaire d'Eyraud. Ne l'a-t-il pas hypnotisée ? Il faut se rappeler que l'hypnose, en cette fin de XIXe siècle, est dans les salons un thème de discussions passionnées et infinies. Il en va de même aux audiences de la cour d'assises.

Le Tout-Paris est, bien entendu, venu voir de près les assassins de l'huissier Gouffé mais le public a droit, en prime, à une effarante bataille d'experts. La défense de Gabrielle Bompard soutient qu'elle se trouvait dans un état d'inconscience totale lorsqu'elle a placé la corde autour du cou de Gouffé. On sollicite Charcot, de la Salpetrière. Celui-ci refuse de venir à la barre mais ses partisans affrontent les représentants de l'école de Nancy, qui déclarent que Gabrielle Bompard, dont ils rappellent la fragilité due à une enfance chaotique, a bien pu obéir à la suggestion, à des " impulsions étrangères ".

Le président Robert, qui a parfois du mal à contenir les débats de la cour d'assises, semble décontenancé par ces savantes démonstrations. Il n'est sans doute pas le seul. Pourtant, maître Danet, qui représente les filles de l'huissier Gouffé, résume simplement les faits : " C'est un crime banal. Je le caractériserai d'un mot : un assassinat ayant pour unique mobile le vol. Demain, quand vous serez entrés dans la chambre de vos délibérations, dit-il aux jurés, vous serez peut-être très étonnés, si vous n'avez déjà cette impression, des cinq longs jours d'audience qu'il vous a fallu passer ici. "

La lecture du verdict ne surprend pas en ce qui concerne Eyraud, resté jusqu'au bout fidèle à son image de brute épaisse : condamnation à mort. En revanche, pour Gabrielle Bompard, ce sont seulement vingt ans de travaux forcés. Alors que tout a démontré sa participation active au meurtre de l'huissier ! Doit-on croire que les membres du jury ont à leur tour subi les effets de l'hypnose ?

Le mardi 3 février 1891, Eyraud est livré au bourreau Deibler. Quelques semaines après, Gabrielle est transférée de Paris vers une centrale de province. Elle aurait dû y rester vingt ans. Elle en sortira libre bien avant le terme de sa peine. On ignore quelles mystérieuses influences ont joué en sa faveur, voire quelle scandaleuse protection lui permettra même de s'exhiber, par la suite, sur les planches d'un café-concert. Elle meurt, oubliée, au début des années 1920.

Par Gérard Chauvy

Source : l’excellent blog de Philippe Poisson

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35987097.html

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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Lun 21 Nov 2011 - 16:11

Des images...



La malle





Son contenu macabre... affraid

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Gabrielle Bompard se constitue prisonnière dans le cabinet du préfet de Police. Paris, 1890.
RVB-936413© Roger-Viollet


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L'assassin Eyraud et sa complice Gabrielle Bompard, dans les couloirs de la Conciergerie.
RV-61747© Roger-Viollet

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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Lun 21 Nov 2011 - 16:12

La procédure...




La Presse, n° 930 du 22 décembre 1890

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La Presse, n° 946 du 8 janvier 1891


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La Presse, n° 950 du 11 janvier 1891

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La presse, n° 963 du 24 janvier 1891

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La Presse, n° 977 du 7 février 1891

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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Lun 21 Nov 2011 - 16:15

L’exécution de Michel Eyraud…




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La Presse, n° 975 du 5 février 1891

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La Presse, n° 976 du 6 février 1891

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La Presse, n° 987 du 17 février 1891

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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Dim 27 Nov 2011 - 17:04



Les trois protagonistes de cette sombre affaire...
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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Lun 5 Déc 2011 - 18:02


D'autres documents sur l'affaire



La confession de la belle Gabrielle… Suspect

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La Presse, n° 1 058 du 29 avril 1891

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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Mar 6 Déc 2011 - 23:59

Relisez les témoignages ci-avant.
Deux témoignages, l'un parle d'Eyraud dormant profondément, l'autre d'un Eyraud réveillé depuis 6h accroupi sur son lit.
L'un des deux affabule pour faire dans le spectaculaire.
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MessageSujet: Michel Eyraud Gabrielle Bompard à l'anthropométrie   Mer 25 Jan 2012 - 16:49





L’affaire Gouffé – La photographie d’Eyraud à la deuxième section du service anthropométrique






Les services de l’anthropométrie du Palais de Justice prenant le signalement de Gabrielle Bompard


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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   Mer 25 Jan 2012 - 17:00









Le Petit Parisien illustré, n° 106 du 15 février 1891

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MessageSujet: Re: Michel Eyraud - Gabrielle Bompard - La malle à Gouffé - 1891   

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