La Veuve

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 Sante Caserio - 1894

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MessageSujet: Re: Sante Caserio - 1894   Jeu 1 Sep 2011 - 0:01

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MessageSujet: Analyse d'anthropologie criminelle par A. BINET (1895)   Ven 2 Sep 2011 - 15:22

Le régicide Caserio. Archive d'anthropologie criminelle du 15 janvier 1895 (Pages 59 à 71)

L'auteur, qui a publié un ouvrage sur les régicides, rappelle les principaux caractères de ce type morbide et montre qu'ils se rencontrent tous ou presque tous chez Caserio, l'assassin du président Sadi CARNOT :

Ces caractères sont :
1°/ l'âge: de vingt à vingt-cinq ans;
2°/ origine : excentricité, suicide ou épilepsie chez les ascendants ;
3°/ nature : défaut d'équilibre dans les facultés, instabilité maladive (qui les fait changer sans cesse de condition), mysticisme religieux, politique ou social ;
4°/ état mental : délire se traduisant par la croyance à une mission à remplir, mission devant être couronnée par le martyre ; parfois il y a des hallucinations de rêve ;
5°/ attentat : pas de complice, préméditation réfléchie, emploi d'un instrument tranchant, coup ferme, ne cherchent pas à fuir après l'attentat ;
6°/ procès : ne cherchent pas à déguiser leur culpabilité, mais se vantent de leur crime, et se livrent à des accès de la colère la plus violente, quand on touche aux trois points essentiels pour eux : absence de complicité, inexistence de folie, lecture d'une profession de foi ;
7°/ supplice : courage, insensibilité et pose théâtrale devant la mort.
8°/ attitude des médecins experts : impressionnés par la gravité de l'attentat, ils concluent à la responsabilité, bien que le régicide soit un aliéné irresponsable.

Or, ce portrait s'applique si rigoureusement à Caserio que celui-ci est considéré par l'auteur comme le prototype du régicide.

1° II avait vingt et un ans ;
2° son père était atteint d'épilepsie ;
3° lui-même, malgré une vive intelligence, était sur certains points un faible d'esprit ; c'était un itinérant (Lacassagne) mystique religieux dans son enfance (piété, ferveur, il figurait en petit saint Jean dans les processions), devient mystique social, ne souffre aucune contradiction dans ses idées;
4° Caserio avait l'idée d'une mission à remplir; il est vrai qu'il n'avait pas d'hallucinations;
5° pas de complice, mais crime prémédité; il frappe avec un couteau, de toutes ses forces, et crie : Vive la révolution! Vive l'anarchie! après l'attentat;
6° ne veut pas que l'avocat plaide la folie ; dénégations énergiques au sujet de la complicité ; a eu, pendant tout le procès, à coeur de lire son fac turn, contenant l'exposé de ses doctrines ;
7° au moment du supplice, a paru avoir quelques faiblesses, mais n'en a pas moins crié en mourant : « Courage,camarades, vive l'anarchie ! »

Les conclusions de Régis ne sont point les mêmes que celles de Lacassagne, qui a considéré Caserio comme un « fanatique assassin», responsable. Régis pense que ce n'est là qu'une différence de mots : fanatique assassin, en langage médical, signifie obsédé délirant et meurtrier. Cette synonymie nous paraît douteuse : l'existence du délire chez Caserio n'est pas démontrée ;

A. BlNET.
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MessageSujet: Re: Sante Caserio - 1894   Sam 3 Sep 2011 - 19:07

Le 24 juin 1894, le Président de la République Sadi Carnot est à Lyon où il est venu visité l'Exposition Universelle. En compagnie du maire de Lyon, le docteur Gailleton, et des généraux Voisin et Borjus, Sadi Carnot se rend dans un landau découvert au Grand-Théâtre pour assister à une représentation d'Andromaque. De la Bourse au Grand-Théâtre, les trottoirs sont noirs de monde. « La ville, écrit le romancier Henri Béraud dans ses souvenirs, était illuminé au moyen de godets pleins de suifs. » Soudain, un jeune homme vêtu de gris fend la foule et plante un poignard dans la poitrine du président avant de s’enfuir. Comprenant très rapidement la gravité de la blessure, le docteur Gailleton détourne le landau présidentiel vers la préfecture. Atteint à la veine porte et au foie, Sadi Carnot, né à Limoges le 11 août 1837, élu président de la République le 3 décembre 1887 à la suite de la démission de Jules Grévy, décède à 0h 30, le 25 juin 1894, après une opération de la dernière chance pratiquée sans anesthésie à l’intérieur de la Préfecture. L’assassin est un jeune anarchiste italien de vingt quatre ans, Santo Jeronimo Caserio, venu de Sète où il était apprenti boulanger. Il affirme avoir agi seul.

La mort de Sadi Carnot engendra une immense émotion dans tout le pays et fit la «une» de tous les suppléments illustrés. Cela donna lieu à un commerce important de portraits, reproductions, biographies, statuettes, médailles et biographies du président défunt. La nuit fut terrible pour les compatriotes de Caserio. « Il avait dit sans hésiter son nom, son pays. Cela s’était vite répandu. Les autorités n’eurent ni le temps, ni le moyen de contenir une populace ivre de cris, de colère et d’alcool, qui sans retard saccageait et pillait les cafés italiens, les plus beaux de la ville. Après quoi, cette foule cherchait partout de malheureux ouvriers qui ne demandaient qu’à être espagnols » raconte encore Henri Béraud dans ses souvenirs d'enfance.

Après une instruction rondement menée en vingt-deux jours, le 3 août 1894, Caserio est condamné à mort. Il accueille sa condamnation en criant : « Vive la Révolution Sociale ». Casimir Perrier, le nouveau président ayant refusé son recours en grâce, Caserio est guillotiné à l’aube du 16 août 1894, à l’angle de la rue Smith et du cours Suchet, devant l’ancienne prison Saint-Paul.

Pour perpétuer le souvenir de cet événement, Lyon possède donc une rue du Président Carnot, qui traverse le quartier Grolée dans le deuxième arrondissement, à ne pas confondre avec la place Carnot, dédiée elle à son grand père Lazare (1753-1823), dit « le Grand Carnot ».

Tous deux reposent, par ailleurs, au Panthéon.


Photo : Médaille populaire représentant l'attentat
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MessageSujet: Croquis d'audience - Procès de Santé CASERIO (1894)   Dim 4 Sep 2011 - 12:38

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MessageSujet: L'exécution de Santé CASERIO (16 août 1894)   Dim 4 Sep 2011 - 12:47





Journal du 29 août 1894
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MessageSujet: Acte de décès de Sadi CARNOT (1894)   Dim 4 Sep 2011 - 21:10

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Adelayde
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MessageSujet: Re: Sante Caserio - 1894   Dim 4 Sep 2011 - 21:46

A epsylon

Erreur de manip ! J'ai par erreur supprimé votre message (celui de la dalle rouge) au lieu du mien. Vous pouvez le reposter ?

Mille excuses. Embarassed
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MessageSujet: La dalle rouge de Lyon   Dim 4 Sep 2011 - 21:49



Une dalle rouge est insérée, à Lyon, sur la chaussée à l'endroit où fut assassiné le Président Sadi CARNOT.
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MessageSujet: Exécution de Santé CASERIO   Dim 4 Sep 2011 - 22:44

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Adelayde
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MessageSujet: Re: Sante Caserio - 1894   Dim 4 Sep 2011 - 22:54

Des documents exceptionnels, epsylon. queen
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MessageSujet: L'assassinat vu par un correspondant du Figaro (juin 1894)   Dim 4 Sep 2011 - 23:29

Voici le récit de notre collaborateur Chincholle qui, on le sait ; avait été délégué par Le Figaro pour suivre le Président de la république dans ce voyage à Lyon, voyage que personne ne pouvait prévoir aussi émouvant et terrible :

Je sortais de la Place Saint-Bonaventure pour me rendre à la Préfecture. A ce moment même le Président sortait par la Place des Cordeliers qui s’étend derrière la Bourse et où on attendait sa voiture.
Depuis plus d’une heure, une foule considérable est là. Tous les trottoirs allant de la Bourse au Grand-Théâtre où doit se rendre le Président sont également garnis de monde.
M. Carnot monte en voiture accompagné du docteur Gailleton et des généraux Voisin et Borius. On l’acclame. La voiture l’emporte vers le Théâtre ; elle parcourt à peine une centaine de mètres quand devant le Grand-Hôtel où je suis descendu, un individu, vêtu de gris et âgé de vingt-cinq ans à peu, s’élance le poignard à la main, sur M. Carnot , et le frappe en pleine poitrine.
Il avait visé le cœur ; mais la lame a dévié, elle est entrée entre le foie et l’intestin. Le coup néanmoins a frappé si terriblement M. Carnot qu’il s’est affaissé inanimé au fond de sa voiture.

Immédiatement, le docteur Gailleton lui donne les premiers soins.
Les voitures, au lieu d’aller vers le Grand-Théâtre, sont dirigées vers la Préfecture.
La foule s’élance sur l’assassin. Un employé du télégraphe, Monsieur Guilhermier, lui casse son parapluie sur la tête. Les agents s’emparent de l’assassin et le conduisent au poste voisin de la Préfecture où ils le déshabillent complètement.
On l’interroge. C’est un Italien du nom Caserio, âgé de vingt-quatre ans. Si les agents l’ont laissé approché de la voiture de M. Carnot, c’est qu’il avait à la main une rose. Ils croyaient qu’il voulait la lui offrir.
M. Carnot est transporté dans ses appartements dont naturellement l’accès est interdit. La consternation se répand dans la ville. Les témoins regrettent qu’on les ai empêché de tuer Caserio.

Les pires nouvelles circulent. Il y a une seconde on prétendait que M. Carnot était mort. Il n’en est rien. Mais la blessure n’en est pas moins grave. Le foie serait perforé.
Une foule considérable, dont l’anxiété se conçoit, entoure la Préfecture. Les docteurs Ollier et Poncet, interrogés par mille bouches, disent qu’il n’y a point de danger, mais l’attitude du Préfet, M. Rivaud, absolument consterné, est telle que l’inquiétude s’accroît.
Au poste, l’assassin, qui parle très mal le français, est interrogé en italien. Il est très calme.
" Je m’expliquerai plus tard ", dit-il.
On a trouvé sur lui, outre le poignard, un couteau et un casse-tête.

Il est dix heures trente cinq. Pendant que j’écris en toute hâte, trois amis vont aux nouvelles. Ils ont le plus grand mal à circuler. Il y a peut être cent mille personnes autour de la Préfecture, et devant le télégraphe même et une foule considérable qui voudrait que la presse lui donnât des nouvelles.
De minute en minute elles sont plus mauvaises. Il faut penser en effet que c’est au sortir du repas que le Président a été frappé, et par conséquent l’intestin chargé.
Voici les nouvelles que nous apporte un témoin oculaire, notre confrère Formentin, qui, dans le tumulte qui a suivi l’attentat, a pu entrer dans la Préfecture, où il a même aidé les docteurs Poncet et Gailleton a transporter M. Carnot complètement évanoui.
Les docteurs ont étalé un matelas sur un pliant dans la chambre du Préfet, et ont étendu dessus le blessé dont ils ont arraché les vêtements.
La poitrine était couverte de sang. La blessure a quatre centimètres de large ; le coup a été porté de bas en haut.
On a commencé par placé de la glace sur la plaie. Le Président était toujours évanoui. Le docteur Poncet a jugé nécessaire de " débrider le foie ".
On s’est demandé si on ne devait pas préalablement anesthésier le blessé ; on a jugé que cela ferait perdre un temps précieux. On a donc fait immédiatement l’opération.
Sur une longueur de vingt centimètres environ : on a ouvert la poitrine, et constat que la foie était perforé de part en part.
Pendant l’opération, M. Carnot s’est ranimé : " Oh ! mon Dieu, que je souffre ! répétait-il. Cela n’en finira donc pas ! … Mon Dieu que je souffre ! Est-ce fini ? "
Quand l’opération était terminée, on l’a transporté sur son lit, où on a constaté qu’il était absolument glacé. Le docteur Poncet est resté auprès de lui.
Le docteur Ollier, le général Borius, le docteur Gailleton, M. Dupuy, le colonel Chamoin sont passés dans une chambre voisine où ils ont tenu un conciliabule qui est resté secret, mais à la suite duquel il a a été décidé que M. Dupuy irait à Paris pour parer à tout.
On craint de plus en plus une issue fatale. Les docteurs Poncet et Gailleton sont en permanence auprès du lit du blessé. Les médecins redoutent une seconde hémorragie qui pourrait amené la mort.

Les étudiants sont en train de siffler le Consul italien qui demeure à quelques pas du télégraphe central, cinq rue de la Barre. Une foule considérable se joint à eux. Les gendarmes apparaissent. On crie :vive Carnot ! A bas Crispi !
L’assassin, dont le vrai nom est Caserio Santo, est de Turin. On a trouvé sur lui plusieurs lettres datées de Paris, quinze juin. Ils persistent à ne vouloir parler que plus tard. On croit qu’il vient de Paris. Cependant, on parle aussi de Sète où il se trouvait, paraît-il, hier encore avec un groupe d’anarchistes. Il avait sur lui des lettres l’accréditant auprès de plusieurs maisons de banque.
Cet anarchiste persiste à ne vouloir répondre que devant le jury. On a trouvé dans a poche un carnet sur la première page duquel sont écrits ces mots : Caserio Giovanni, corso Duca di Genova, distintissima famiglia (Jean Caserio, cour du Duc de Gènes, de la famille la plus distinguée).
S’il est de famille distinguée, il n’en a pas l’air, son attitude est, au contraire, des plus vulgaires.
M. Elisi de Saint-Albert, conseiller de Préfecture, M. Rivaud et M. Mayer, chefs de division, sont entrain d’interroger Caserio. Il ne veut pas dire s’il est anarchiste. Il prétend être arrivé aujourd’hui à sic heures de Sète. On voudrait le mener à la Permanence, mais il y a tellement de monde autour du poste qu’on ose pas l’en faire sortir, la foule tuerai.
La foule s’est portée contre le café de M. Isaac Casati, dont elle a absolument défoncée la devanture, bien que ce soit un café fort connu pour sa clientèle essentiellement française et fort considéré des Lyonnais. On a saccagé tout l’établissement, pendant que les clairons de la Société, des Touristes lyonnais, sonnaient la charge.
La foule se dirige présentement vers le café Maderni, qui appartient à un Italien.
Dans les rues de Lyon, circulent maintenant d’épais groupes qui, brandissent des drapeaux tricolores, chantent la Marseillaise sous les fenêtres des Italiens. Les journaux locaux tirent des éditions supplémentaires mais la police arrête tous ceux qui les vendent.

C’est fini, Mme Carnot arrivera trop tard. A minuit quarante deux , le Président a rendu le dernier soupir au milieu de la consternation des personnes restées auprès de lui : ses deux médecins, le général Borius, le colonel Chamoin, M. Rivaud, M. Gravier, l’archevêque de Lyon qui n’a pas quitté la Préfecture depuis qu’on y a ramené le Président et qui, au moment où les médecins ont pressenti la fin lui a administré les derniers sacrements.
C’est en pleurant qu’on nous donne la funèbre nouvelle. Ce matin encore, M. Carnot était si joyeux ! Il avait, il n y a pas quatre heures, un succès si retentissant ! On a tant de fois crié aujourd’hui : " Vive Carnot ! " et maintenant, la pensée de tous va à la malheureuse femme qui est entrant de faire un si cruel voyage et qui arrivera trop tard.
Peu de personnes encore connaissent ici la vérité et celles qui la connaissent sont anéanties, écrasées, et précisément parce que, de neuf heures du matin à neuf heures du soir, elles ont pris part à l’enthousiasme général, elles ne peuvent retenir leurs larmes.
Article paru dans Le Figaro (du 25 juin 1894)

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MessageSujet: Re: Sante Caserio - 1894   Dim 4 Sep 2011 - 23:35

Adelayde a écrit:
Des documents exceptionnels, epsylon.
Merci. Je trouve le sujet particulièrement intéressant, d'autant qu'il m'était totalement inconnu il y a quelques semaines à peine...
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MessageSujet: Les mots de CASERIO sur les faits   Dim 4 Sep 2011 - 23:47

Pendant les deux jours de son procès, Sante CASERIO a lui même expliqué le déroulement des faits jusqu'à l'assassinat de Sadi CARNOT :

On venait de dire qu’il était 9 heures 5, tout le monde com­men­çait à s’agiter. Il n’avait passé qu’une seule voi­ture fermée, arri­vant au grand trot de l’Opéra à la Bourse pour repar­tir aus­si­tôt en sens inverse. Enfin on a entendu la Marseillaise. Tout d’abord ont passé vite, pour assu­rer la liberté de la voie sur la rue de la République, quatre cava­liers de la garde répu­bli­caine. Puis il est venu à tout petits pas des mili­tai­res à cheval par pele­tons de cinq files de quatre ou à peu près. Après la pre­mière troupe, un cava­lier tout seul tenait sa trom­pette sans en jouer. Puis un second pele­ton comme le pre­mier. Enfin la calè­che décou­verte du pré­si­dent de la République, dont les che­vaux avaient leur tête à trois pas envi­ron de l’arrière du der­nier pele­ton.

Au moment où les der­niers cava­liers de l’escorte pas­saient en face de moi, j’ai ouvert mon veston. Le poi­gnard était, la poi­gnée en haut, dans l’unique poche, du côté droit, à l’inté­rieur sur la poi­trine. Je l’ai saisi de la main gauche et d’un seul mou­ve­ment, bous­cu­lant les deux jeunes gens placés devant moi, repre­nant le manche de la main droite et fai­sant de la gauche glis­ser le four­reau qui est tombé à terre sur la chaus­sée, je me suis dirigé vive­ment mais sans bondir, tout droit au pré­si­dent, en sui­vant une ligne un peu obli­que, en sens contraire du mou­ve­ment de la voi­ture.

J’ai sauté sur le marche-pieds et appuyé la main gauche sur le rebord de la voi­ture, et j’ai d’un seul coup porté légè­re­ment de haut en bas, la paume de la main en arrière, les doigts en des­sous, plongé mon poi­gnard jusqu’à la garde dans la poi­trine du pré­si­dent. J’ai laissé le poi­gnard dans la plaie et il res­tait au manche un mor­ceau de papier jour­nal.

En por­tant le coup, j’ai crié, fort ou non, je ne puis le dire : “Vive la Révolution”. Le coup porté, je me suis d’abord rejeté vive­ment en arrière ; puis voyant qu’on ne m’arrê­tait pas ins­tan­ta­né­ment et que per­sonne ne sem­blait avoir com­pris ce que j’avais fait, je me suis mis à courir en avant de la voi­ture et en pas­sant à côté des che­vaux du pré­si­dent, j’ai crié “vive l’anar­chie”, cri que les gar­diens de la paix ont bien entendu. Puis j’ai passé devant les che­vaux du pré­si­dent, et der­rière l’escorte, me diri­geant sur la gauche obli­que­ment pour tâcher de péné­trer dans la foule et de dis­pa­raî­tre. Des femmes et des hommes ont refusé de me lais­ser passer, puis on a crié der­rière : “Arrêtez-le”. Un gen­darme, du nom de Nicolas Pietri, m’a mis la main au collet par der­rière, et j’ai été aus­si­tôt saisi par une ving­taine d’autres.
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MessageSujet: Procès Verbal d'autopsie de Sadi CARNOT (25 juin 1894)   Lun 5 Sep 2011 - 0:43

Voici le procès-verbal de l'autopsie, à laquelle assista le docteur Planchon, médecin ordinaire du président, arrivé le matin même avec Mme Carnot :

« Les docteurs en médecine soussignés ont procédé aujourd'hui à l'autopsie du président de la République française. Ils ont constaté les lésions suivantes :
La b l e s s u r e siégeait i m m é d i a t e m e n t au-dessous des fosses côtes droites, à 3 centimètres de l'appendice xiphoïde. Elle mesurait de 20 à 25 millimètres et la lame en pénétrant avait s e c t i o n n é complètement le cartilage costal correspondant.
La lame du poignard a pénétré dans le lobe gauche du foie, à S o u 6 millimètres du ligament suspenseur. Elle a perforé l'organe de gauche à droite et de haut en bas, b l e s s a n t sur s o n passage la veine porte, qu'elle a ouverte en deux endroits.
Le trajet de la blessure dans l'intérieur du foie est de H à 12 centimètres.
Une hémorragie intra-péritonéale fatalement mortelle a été le fait de cette double perforation veineuse.
Lyon, le 25 j u i n 1894.

Signé : Des docteurs LACASSAGNE, Henry GOUTAGNE, PONCET, OLLIER, LÉPINE, REBATEL, Michel GANGOLPHE, FABRE. »
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MessageSujet: La panthéonisation du président Sadi Carnot   Lun 5 Sep 2011 - 14:15


Les funérailles nationales du président Sadi Carnot sont célébrées au Panthéon le 1er juillet 1894.



Une peinture monumentale de Georges Jules Bertrand (plus de 6 m. x 9 m.)
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MessageSujet: Les derniers moments de Santé CASERIO   Lun 5 Sep 2011 - 14:40

Beaucoup se sont exprimés sur le régidice Santé CASERIO, et ce cas a beaucoup intéressé les "criminologues" de l'époque, et notamment LACASSAGNE. Dans une étude publiée par celui-ci on peut y lire une description des derniers moments de Santé CASERIO : (extraits)

"Le condamné marche à petits pas jusqu'à l'entrée de la prison où il monte dans la voiture du bourreau. Son attitude reste ferme, sans forfanterie, sans crânerie, mais sans faiblesse. Le fourgon s'arrête à 50 mêtres de là, car la guillotine a été édifiée tout près à l'intersection de deux voies, à l'angle sud-ouest de la prison.
Livide, CASERIO descend accompagné de deux aides, des yeux il cherche la foule que la troupe a rejetée à une grande disctance.
Surpris, il semble se demander si c'est bien la fin, lorsque son regard rencontre la guillotine ; on l'y pousse. Une voix rauque, étranglée par la peur, assourdie par le bruit du corps chavirant sur la bascule se fait entendre : "Courage Camarade, Vive l'Anarchie !".
CASERIO ne pouvait pas mourir sans adresser une dernière provocation, sans jeter un dernier défi à la société. C'est son testament politique.
Etendu sur la planche, il se raidit, fait un effort pour se dégager, mais la lunette se rabat et lui saisit la tête. Le couteau tombe.
Des "bravos" accompagnés d'applaudissements nourris nous arrivent de la foule qui n'a pas pardonné son crime à l'assassin.
On s'approche de l"instrument du supplice : le sol est inondé de sang, dans le panier, le corps étendu tremble toujours, la tête roulée dans la sciure de bois est invisible. On enferme le panier dans le fourgon qui part au grand trot."
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MessageSujet: La défense de Santé CASERIO par Me DUBREUIL   Lun 5 Sep 2011 - 16:35

Quelques extraits de la Plaidoirie de Me DUBREUIL - audience du 3 août 1894.

"j'ai reçu une consigne, celle d'aider CASERIO dans sa défense et, au besoin, d'y suppléer ; je l'exécuterai.... [...] Je me suis demandé, dit-il, sincèrement si c'est avec une conscience suffisante de ses actes que CASERIO a accompli l'abominable forfait qui l'amène ici..."

Me DUBREUIL déclare ensuite que son inconscience relative résulte, pour lui, d'abord du germe héréditaire qui à surement occasionné chez CASERIO un trouble intellectuel, ensuite du milieu dans lesquel il a vécu au sortir de l'enfance, enfin de l'impossibilité de concilier les sentiments de CASERIO au moment de l'attentat avec les sentiments certains qu'il exprimait soit avant, soit après.

Le point du Plaidoyer de Me DUBEUIL le plus intéressant pour les criminalistes et pour les médecins, a été celui où ont été exposée plus ou moins complètement la question de pathologie psychologique et le degré de responsabilité de CASERIO. Me DUBREUIL a montré CASERIO fils d'un père épileptique, atteint de rachitisme, et a étayé ses affirmations de citations de MAUDESLEY et LOMBROSO et d'une lettre du médecin communal qui exerça la médecine à Motta Visconti de 1872 à 1874.

Et montrant aux jurés l'assassin : "cet homme a accompli son crime d'un bond qui a duré trente heures !"

Et il s'efforce de prouver que CASERIO a simplement réalisé les doctrines de GORI et des théoriciens de l'anarchie, les a mises en application, les a converties en faits. Et comme il insiste sur ce point, CASERIO violemment proteste : "Je n'ai pas été l'élève de GORI, il n'a jamais été mon maître !"

"Mon devoir est fini, le votre commence" dit en terminant Me DUBREUIL.

"Vous êtes citoyens, vous êtes juges. Je n'ai plus qu'a abandonner le sort de CASERIO à vos coeurs et à vos consciences".

A 12h05, le Jury entre dans la salle des délibération.... au bout d'un quart d'heure, le jury revient rapportant un verdict affirmatif à toutes les questions, muet sur les circonstances atténuantes, dont lecture est donnée par la chef du jury, au milieu d'un religieux silence. La Cour rend donc un arrêt condamnant CASERIO à la peine de mort et ordonnant que son exécution aura lieu surune des places publiques de Lyon, au choix de l'autorité administrative.

(Extraits tirés de l'étude de LACASSAGNE)
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MessageSujet: Encore quelques informations sur le procès.    Mar 6 Sep 2011 - 13:55

CASERIO AUX ASSISES – DERNIERE AUDIENCE (4 août 1894)

Au programme pour cette dernière journée : la déposition du soldat Leblano. Le ministère public. La défense. L'émotion de Caserio. La délibération à mort. Les conclusions de Me Dubreuil.

Avant l'audience

Le temps est brumeux et incertain. Malgré une petite pluie qui s'obstine à tomber, une foule énorme stationne devant le palais de Justice ou pour mieux parler au delà du pont, la place qui se trouve devant le Palais étant occupée militairement. Bien entendu, l'attitude, de Caserio fait l'objet de toutes les conversations; le cynisme odieux et persistant de l'accusé ne laisse plus planer aucun doute Caserio va être condamné à mort, et le verdict n'est plus qu'une formalité. Il est inutile de dire que, dans la foule, les bruits les plus invraisemblables circulent, des conversations s'établissent, l'on commente les réponses de Caserio, que l'on invente au besoin. Ne faut-il pas tuer le temps? Il faut croire que, pour les Lyonnais comme pour les Parisiens, il y a une certaine douceur à contempler un mur derrière lequel il se passe quelque chose, car d'instants en instants l'affluence s'accroît. Quelques braves gens, qui comptaient pénétrer dans le sanctuaire de la justice, grâce à des recommandations plus ou moins fantaisistes, sont forcés de laisser à la porte toute espérance.

Les mesures d'ordre

La garde veille, en effet, avec une grande sévérité. Comme hier les porteurs de cartes sont l'objet d'un examen minutieux et sont obligés d'exhiber leur carte un nombre invraisemblable de fois; inutile de dire que les vêlements sont soigneusement examinés et que l'on surveille de près tous ceux qui offrent une grosseur insolite. Les agents de la sûreté ont envahi presque toutes les places du public, il y en a aussi qui sont mêlés aux invités et aux Journalistes, d'autres sont dans les tribunes réservées où se trouvent les mômes jolies femmes qu'hier. La salle des Pas-Perdus présente un aspect beaucoup moins animé. On y parle bas et on semble môms éviter de parler de ce qui fait l'objet de toutes les pensées.

A neuf heures, l'audience est ouverte


On entend le dernier témoin, le, soldat Leblans, dont la déposition était attendue avec une certaine curiosité. Leblanc est en uniforme et comparaît entre deux gendarmes on sait qu'il subit actuellement une peine infligée par un conseil de guerre. Il raconte qu'au mois de février dernier
il a rencontré, à l'hôpital de Sète, Caserio et Saurel qui, tous deux, tenaient tous les jours, dans leurs conversations, des propos anarchistes.


"Caserio a essayé de me convaincre, me répétant constamment que le groupe de Sète arriverait à assurer l'exécution d'un attentat qui, mieux que les précédents, réussirait. Caserio recevait beaucoup de visites à l'hôpital, Saurel entre autres,qui lui apportait des photographies anarchistes représentant les martyrs-de Chicago, Ravachol, etc. Il a maintes fois déclaré devant moi que la bombe était une mauvaise arme; que lui se chargerait d'en prendre, d'en choisir une autre, qu'il tuerait le président de la République à Lyon, pendant sa visite à l'Exposition".

Caserio dément avec la plus grande énergie cette déposition et affirme n'avoir jamais parlé à personne de son projet. Le soldat Leblanc ajoute que Caserio lui a raconté que c'est à la suite d'un complot que la mort de M. Carnot avait été décidée et que le sort désignerait l'exécuteur du projet. Caserio proteste encore une fois, expliquant, que les anarchistes étant indépendants le sort lui-même ne pouvait l'enchaîner.

Tous les témoins sont entendus.

A neuf heures et demie, M. le procureur général Fouchier prononce le réquisitoire.

Messieurs les jurés, dit le procureur général, sur ces débats que vous avez suivis avec une religieuse attention et qui touchent à leur terme, règne une insurmontable tristesse.. Tous nos cœurs sont étreints par une douloureuse angoisse, aussi profonde, aussi cruelle, qu'au jour, à l'heure où se répandait la nouvelle que le président Caraot avait été assassiné..

La France entière suivait avec un intérêt indiscutable les fêtes où Lyon l'avait conviée, où le" chef de l'Etat aimé autant que respecté venait par sa..présence, donner une consécration- solennelle aux efforts de notre cité, honorer la grande manifestation du travail.

Personne icï n'avait perdu le souvenir de la première visite du président de la République, visite qui avait établi entre lui et la population lyonnaise comme un lien de respectueuse sympathie. Cette sympathie, cet esprit populaire véritablement émouvante, dont il avait, conservé la' mémoire depuis, son voyage de 1888, M. Carnot la retrouvait avec un bonheur dont il ne ménagea pas les expressions, avec la conscience d'avoir consacré tous ses efforts pour le plus grand bien de tous aux devoirs de sa magistrature.

Le président de la République, républicain au cœur ferme, résolu à ne pas accepter le pouvoir au delà du terme fixé par la Constitution, recueillait encore une fois, en parcourant-la France, les hommages et les témoignages d'attachement que les populations adressaient au chef de l'Etat, a celuĩ qui,toujours,a su si bien assurer au pays le respect des nations, à l'homme aussi ses vertus, à sa bonté exemplaire, à sa vie familiale, à sa famille en même temps si digne de tous les respects. Il recueillait encore une fois le témoignage d'affection sincère, pénétrante, bien faite pour toucher celui qui en acceptant le pouvoir avait pris la noble devise Tout ce: qui est force et dévouement appartient à mon pays.

Il est convié par une population amie à venir assister à de grandes fêtes. Brillamment accueilli par les plus humbles, M. Carnot avait admiré notre^ ville de Lyon; pour lui toute en fête. Il avait salué notre vieil Hôtel de Ville, visité notre Exposition. Dans un discours, qui désormais, hélas sera historique, il avait proclamé l'union de tous les enfants de notre chère France dans la marche incessante vers le progrès. Il quittait cette réunion du palais du Commerce et se disposait à, saluer de nouveau la population lyonnaise. Une deuxième journée aussi enthousiaste que la première se préparait pour là gloire de la République et pour la président Carnot. Tout à coup un scélérat a brusquement éteint toute cette joie. Le lendemain, à l'heure même où le président Carnot devait recevoir nos derniers saluts, à l'heure même où il devait, au milieu d'acclamations affectueuses, effectuer son départ, à cette heure un lugubre cortège se déroulait dans les rues de notre ville. Le peuple lyonnais tout .entier, recueilli malgré son indignation et son. horreur, n'accompagnait plus qu'un cortège funèbre suivi par une famille en pleurs.

Lyon, Paris, toute la France, l'Europe, tous les mondes civilisés ont fait au glorieux mort de magnifiques et émouvantes funérailles. Mais l'apothéose n'efface pas la douleur. Pourquoi ce deuil? Quel est donc le criminel ?-Cet homme de vingt ans Caserio n'est pas un Lyonnais, et certes il était légitime que tout Lyon fût anxieux de savoir si quelqu'un des siens avait pu violer ainsi les. lois de l'hospitalité. Ce n'est pas un Français, ce n'est pas un de ses concitoyens qui a frappé M. Carnot, c'est un citoyen qui n'a aucune nation, c'est un anarchiste.

Ils ont été particulièrement égarés par un semblant de patriotisme, ceux-là, qui, dans l'exaspération de la première heure, se sont livrés, à l'égard des Italiens habitant notre ville, à des violences que des malfaiteurs ont approuvées.

Cet homme est un anarchiste, c'est-à-dire qu'il appartient à cette secte, à ce ramassis de malfaiteurs qui poursuivent comme des fauves, à travers les sociétés civilisées, cherchant ce qui est la ruine des choses, la mort des individus.

Ils menacent les plus humbles, comme les plus élevés,, les plus modestes comme les̃ plus puissants.

Contre les fauves on se défend, et il n'y a qu'une manière de se défendre. L'anarchiste est plus dangereux. Rien ne le signale au milieu des autres hommes, rien ne révèle déjà ses atrocités et ses violences.

Caserio, dans la foule acclamant le président de la République, était le premier venu; il était inconnu de son voisin, c'était un curieux quelconque sous une apparenca indifférente, sous un costume banal. L'assassin attendait, guettait sa victime.

En terminant cet exorde émouvant, prononce d'une voix étreinte par l'émotion que partage l'auditoire tout entier au souvenir du terrible drame dont M. le procureur général Fochier retrace les moindres̃ détails, l'honorable organe du ministère ajoute :

On vous dira que s'il eût survécu, Monsieur Carnot aurait eu bien plus de grandeur devant ce geste, mais il en va tout autrement, Monsieur Carnot est mort et je viens vous demander justice (Mouvement). M. Fochier, parlant de lettres de menaces anonymes envoyées, à l'Elysée, au président de la République, à sa famille, à son entourage, les qualifie d'odieuses et lâches, et dit qu'elles indiquent bien que l'exécution du Président était dans les vœux des anarchistes.

Il y a encore davantage, dit-il; nous avons, en effet, la littérature anarchiste, dont les auteurs ne peuvent pas plus se réclamer de la liberté que de l'humanité. Mais l'heure, n'est pas aux longs discours. Nous ne sommes pas ici pour faire de la politique ou de la sociologie.

Et alors, après avoir dit que la forme hideuse de l'anarchisme était celle de la propagande par le fait, il cite des passages caractéristiques de cette littérature qui préconise le meurtre et la ruine. Caserio, ajoute-t-il, est né d'une famille honnête, et je ne fais nulle difficulté de reconnaître que le sentiment familial n'est pas encore éteint en lui. Mais, en présence de son forfait, seul le châtiment suprême sera son expiation. (Mouvement.)


Caserio a commis un crime de droit commun, dont l'horreur s'aggrave de ce qu'il a plongé dans la douleur tout un peuple en même temps qu'une famille tendrement aimée.

Non s'écrie le procureur général, les anarchistes ne sont pas un parti politique C'est une entreprise de destruction et mort. (Mouvement prolongé.)

Les républiques comme les monarchies ont le même devoir, celui d'apporter la même rigueur à terrasser l'hydre. Au nom de la liberté, de la civilisation et de l'humanité, je vous adjure, s'écrie M. Fochier, d'accomplir un acte, non pas de vengeance, mais de haute et exemplaire justice.


Après ce brillant réquisitoire, Me Dubreuil, bâtonnier de l'ordre, a la parole pour présenter la défense de Caserio. (vives marques d'attention.).

Plaidoirie de Me Dubreuil

II est impossible de mettre plus de talent, de chaleur et d'habileté, et à la fois plus de dignité et de tact au service d'une mauvaise cause que ne l'a fait Me Dubreuil dans la défense de Caserio.

Vous devez comprendre, messieurs, dit l'honorable défenseur, quelle douloureuse et poignante émotion m'étreint au cœur. Elle broie en moi les forces dont j'ai cependant, besoin. (Mouvement.} C'est mon titre de bâtonnier qui me vaut l'honneur, le triste honneur, d'être ici l'avocat de Caserio. Il faut que j'oublie la chère victime, que je me contienne de pleurer pour ne m'occuper que de l'assassin. (Mouvement.)


Pendant ces paroles de son défenseur, Caserio manifeste des mouvements visibles d'impatience.

C'est la loi bourgeoise, poursuit Me Dubreuil, qui m'attache invinciblement à la défense de cet accusé. J'obéis aux traditions de notre ordre, et c'est au nom même de l'humanité, si odieusement outragée, que je revendique cette place et que je la garde.

L'honorable avocat montre alors ce jeune homme, qui n'a pas encore vingt-deux ans, au sourire doux, à l'allure tranquille, qui refuse systématiquement de prendre des mesures de nature à entraver sa marche à l'échafaud. (Mouvement).

Quand Je le vois, dit-il, n'ayant d'autre souci que de vous lire un factum banal qui est son plus sûr moyen de condamnation, je me demande, si c'est avec une volonté suffisamment consciente qu'il a accompli son crime.

Me Dubreuil fait ensuite un très joli portrait de la mère de l'accusé, cette paysanne de la Lombardie, qui passe ses journées, assise, la tête dans ses mains, à murmurer en sanglotant « Oh mon fils, mon pauvre fils! » (Sensation.)

A ces mots, Caserio, très ému, ne peut retenir ses larmes.

Vous voyez, s'écrie le défenseur, il y a des larmes réparatrices sous cette écorce d'affreux sang-froid.

Enfin, Me Dubreuil plaide trois points
1° Le germe héréditaire et les troubles intellectuels ;
2° L'impulsion fatale du milieu social où il s'est trouvé jeté ;
3' L'impossibilité de concilier les sentiments intimes de Caserio et sa la volonté du crime.

Que penser, de cet homme. qui écrit «Je passe mes jours heureux'et amusants, pendant le temps que je suis en prison. » Et son crime, il l'a accompli, d'un seul bond, qui a duré trente Heures'. 'Il n'y a que les fous, les hallucinés, les hypnotisés qui obéissent à une force invincible qu'ils ne peuvent maitriser.

Ah Sante Caserio a eu le malheur de rencontrer sur sa route un triste éducateur, l'avocat Gori.

Caserio, se levant, cri « Je ne suis pas un écolier, ni le disciple de l'avocat Gori ». Le président lui impose le silence, le défenseur ajoute :

Oui, ce sont les incitations de l'avocat Gori qui ont porté leurs fruits. En 1892, Caserio est arrêté et condamné dans son pays pour distribution de brochures, anarchistes à l'armée. Les lectures aussi et surtout ont pesé sur lui, continue Me Dubreuil. L'accusation lui a reproché ses fréquentations anarchistes. Avec qui donc vouliez-vous qu"il vécût, ce proscrit italien? Caserio n'a été que le bras. Ce qu'il faut proscrire c'est l'intelligence.

Non non s'écrie Caserio, ce n'est pas vrai.

Le président. Vous aurez la parole tout à l'heure, asseyez-vous. Mais Caserio, faisant du bruit, on le menace de l'expulser. Il se rassied alors, en murmurant.

Après avoir cité des passages de lettres adressées par l'accusé à sa mère, et. qui témoignent de sa tendresse familliale, Me Dubreuil conclut : Le président Carnot, qui n'était inflexible qu'à regret, aurait pardonné en connaissant les détails que je viens de vous faire saisir. S'il l'avait pu, ses dernières paroles, eussent été des paroles de commisération. Du haut des plaines éthérées où plane son âme, est-il permis de croire que son dernier vœu ne soit pas de miséricorde et de pitié.

Messieurs, vous voilà en face à face avec vous-mêmes, sous l'œil de Dieu, qui vous juge tous. Je place Caserio sous la protection de sa malheureuse mère, qui. supplie la Madone de sauver son fils.

Vous êtes des citoyens libres, je vous abandonne Caserio, à l'inspiration souveraine mais calme et réfléchie de vos consciences. (Mouvement prolongé).

Le factum de Caserio

Caserio demande alors à lire son factum. La Cour ne s'y oppose pas, mais c'est l'interprête de Caserio en italien que l'on entendra dans cette longue et monotone déclaration.

Sur les réquisitions du procureur général, la Cour rend un arrêt interdisant la reproduction totale de ce factum, conformément à l'article 5 de la loi du 28 juillet.1894.

Les questions aux jurés

Les questions sont ensuite posées au jury, qui se retire pour délibérer à midi dix minutes.

Caserio, qui parait avoir recouvré tout son sang-froid, se retire sans prolester aucunement contre l'interdiction de reproduire son factum, sorte de long mémoire sur les théories anarchistes.

L'audience est suspendue : il est midi et demi, le jury se; retire dans la salle de délibération.

Les questions posées au jury sont les suivantes : Caserio s'est-il rendu coupable d'assassinat sur la personne de S. Carnot, Président de la République ? A-t-il agit avec préméditation ? Bénécifie-t-il de circonstances atténuantes ?

Le jury revient à peine un quart d'heure après avoir quitté la salle. Il rapporte un ̃verdict affirmatif sans circonstances atténuantes. Caserio étant ramené dans la salle d'audience,1e greffier lui donne lecture du verdict, qu'il écoute en souriant. A ce moment là, Me Dubreuil dépose des conclusions, tendant à ce qu'il soit donné acte par la Cour de ce que le président des assises a prononcé une allocution ayant trait à l'affaire Caserio plusieurs jours avant les débats. Invité à signer ces conclusions, Caserio,après les avoir lues, s'y refuse absolument. Elles ne portent donc que la signature du défenseur. Après avoir délibéré, la Cour donne acte au défenseur de ses conclusions. Elle rend ensuite la sentence.


Le verdict

Le président prend la parole. La cour condamne Caserio Sante Jeronimo à la peine de mort. Vous avez, ajoute le président, trois jours francs pour vous pourvoir en cassation.

Mais Caserio l'interrompt en criant «Vive la Révolution sociale »... Puis comme les gendarmes l'emmènent, il crie en souriant, mais d'une voix faible et presque éteinte : « Courage aux camarades, Vive l'anarchie » Mais ce cri reste sans écho et le public se retire sans incident.

II est midi quarante-cinq. Minutes quand l'audience est levée. Au dehors, la foule commente le verdict, qui est accueilli par tous avec une satisfaction non dissimulée.
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Sante Caserio - 1894   Mar 6 Sep 2011 - 14:47

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MessageSujet: Quand Caserio raconte...   Mer 7 Sep 2011 - 0:07

Le récit par Santé CASERIO de son emploi du temps des journées des 23 et 24 Juin.
(ce sont des propos qui ont été tenus devant le juge d'instruction, lequel indiquait avoir traduit et retranscrit, mots pour mots, les propos de CASERIO)

A Sète

J'ai travaillé chez mon patron à Séte le samedi 23 juin jusqu'à 10 heures du matin, il m'a réglé mon compte et m'a remis 20 francs pour solde de mon mois de 30 francs, il me restait encore de 4 à 5 fr. sur l'acompte de 10 francs que j'avais touché le dimanche 17.
Vers 11 heures et demie du matin, j'ai été acheter mon poignard chez un armurier rue de la Caserne (?) près du marché, de la mairie et du grand café de France. Je l'ai payé 5 francs. Vers une heure du soir j'ai été au café du Gard où j'ai demandé l'Intransigeant, j'ai échangé divers propos avec le patron et des consommateurs, j'ai dit que j'allais à Lyon, mais on a dû croire qne je plaisantais. Vers 3 heures je me suis rendu à l a gare, le train direct sur Montpellier venait de partir, mais j'ai pris à 3 heures 5 le train pour Montbazin. Repartant de Montbazin à 4 heures, je s u i s arrivé à Montpellier à 4 h. 43.

A Montpellier :

Il n'y avait plus de train pour Avignon avant 11 heures 23 du soir; j'ai été trouver Monsieur Laborie que j'avais connu à Sète et j'ai passé toute la soirée en compagnie de M. et Mme Laborie et d'un camarade de Laborie. Ils m'ont accompagné à la gare à 11 heures. A 11 heures 23 du soir je suis parti, j'avais demandé un billet pour Avignon, mais on m'a dit que le train n'allait qu'à Tarascon. En route deux gendarmes portant la correspondance sont montés dans mon compartiment. Nous avons échangé quelques mots puis ils se sont endormis jusqu'à Tarascon. A Tarascon, l'employé qui donne les billets m'a dit que pour aller en troisième jusqu'à Avignon, je devais attendre jusqu'à 7 heures du matin, tandis que, en payant 1 franc de plus, je pourrais partir tout de suite par l'express. Je me suis décidé et j'ai payé 2 francs 43, je suis monté dans un compartiment de première qui était plein et j'ai dû rester debout pendant la demi-heure du trajet. Tous ces bourgeois semblaient effrayés, en voyant au milieu cet homme si mal habillé. Je portais les vêtements avec lesquels j'ai été arrêté à Lyon : pantalon et veston gris clair, casquette plate de drap gris clair avec une grande visière de même étoffe.

A Avignon

Je suis descendu en gare à Avignon le dimanche 24 juin à 2 heures 40 du matin, j'ai remis mon billet à l'employé chargé de le recevoir. Ce même employé (ou un autre) à qui j'ai demandé ensuite l'heure du premier train pour Lyon en troisième classe et le prix, m'a répondu : 4 heures 10 et 11 francs 50. Après être sorti de la gare quelques instants, j'y suis rentré pour y dormir sur un banc jusqu'à 3 heures et demie. Je suis sorti de la gare de nouveau pour acheter un petit pain de deux sous chez le premier boulanger que j'ai trouvé. Puis je suis revenu à la gare. J'ai compté mon argent, il me restait à peu près 12 francs, mais j'ai réfléchi que si je dépensais 1 francs 50, il ne me resterait pas assez pour manger et pour mon tabac. Je savais, pour l'avoir faite en 1893 en sens inverse, que la route de Vienne à Lyon n'était pas très longue. J'ai demandé un billet pour Vienne et n'ai payé que 9 francs 80. Au départ d'Avignon à 4 heures 12 j'étais seul. En route il est monté ou descendu une foule de gens. A l'arrivée à Vienne vers 9 heures trois quarts, mon wagon était complet. J'avais acheté en route, je ne sais à quelle gare, le numéro du journal Lyon Républicain dont j'ai détaché le programme de la journée que l'on a retrouvé sur moi. C'est également dans un morceau de ce journal que j'ai enveloppé la poignée du poignard qui dépassait trop la poche et aurait pu attirer l'attention.

A Vienne

A Vienne, j'ai vu ou cherché à voir plusieurs personnes que j'y avais plus ou moins connues en 1893. J'ai dit à deux personnes et notamment au perruquier qui m'avait rasé que je partirais pour Lyon en chemin de fer par le train de 3 heures du soir. Vers 1 heure et demie du soir, j'ai bu un verre avec le perruquier, puis je suis parti après à Lyon tout seul.

De Vienne à Lyon

Je suis sorti de Vienne par la rue de Lyon où, à droite, une plaque indicatrice porte : Vienne à Lyon, 27 kilomètres; à Lyon-Bellecour, 29 kilomètres. Un peu avant d'atteindre cette plaque, j'avais acheté un paquet de tabac de 50 centimes dans un débit situé du même côté de la route. Il devait être à peu près 2 heures. En sortant de Vienne, j'ai vu beaucoup de personnes qui allaient se promener.
A une dizaine de kilomètres de Vienne, deux hommes étaient assis au bord de la route, fumant. L'un avait enlevé sa jaquette. Ils semblaient des paysans endimanchés, l'un de 25 ans environ , l'autre de 30 à 40. Ils m'ont demandé la route de je ne sais quelle localité, j'ai répondu : « Je vais à Lyon. Tout ce que je sais, c'est que je suis sur la route de Lyon. » Un peu plus loin j'ai rencontré un groupe de trois personnes, un homme et une femme aveugles, et entre eux deux une femme qui les conduisait. C'étaient probablement des mendiants, ni vieux ni jeunes. Ils se sont arrêtés devant une maison sise au bord de la route, à droite ; une femme était sur la porte de celte maison. La conductrice des aveugles a salué cette femme, comme pour demander la charité. C'était environ à 12 kilomètres de Vienne. Peu après cette rencontre j'ai demandé à boire un verre d'eau dans une maison située à une quinzaine de pas de l a route, à. main droite. Il y avait là un homme âgé avec un chien de garde qui a aboyé après moi et que son maître a fait taire. Cet homme venait justement d'aller puiser de l'eau dans un arrosoir. Il m'a dit qu'elle était toute fraîche, j'en ai bu deux verres. Il m'a dit de m'arrèter parce que j'avais chaud et que cela me ferait du mal. Ensuite j'ai traversé un beau village (probablement Saint-Symphoriend'Ozon) où j'ai remarqué à droite une belle maison avec une grille et une cour. Il y avait e n grandes lettres «Gendarmerie nationale », et au-dessus en plus petites lettres « Mairie ». C'était à peu prés à moitié chemin. Il est tombé un peu de pluie, je me suis abrité dix minutes sous,un arbre. Puis j'ai atteint un autre village plus petit que le précédent (probablement Feizin). J'ai laissé à gauche une maison portant «Gendarmerie nationale ». Au-devant, un gendarme en petite tenue de toile blanche, assis avec deux femmes, fumait sa pipe. J'ai passé en fumant moi-même la cigarette. Il ne m'a rien dit. Un peu plus loin quatre hommes jouaient aux boules, dont un homme d'une quarantaine d'années et une jeune fille d'une vingtaine d'années qui portait des lunettes. Ensuite et à gauche il y avait le « restaurant des chasseurs ». Ensuite un poteau de fer sur la route portait d'un côté « Rhône » et de l'autre « Isère » et l'interdiction de la mendicité dans ce département. Je suis parvenu â un grand village avec beaucoup de fabriques et de grandes cheminées (Saint-Fons). A gauche il est sorti d'un cimetière plus de trente personnes en deuil, dont deux ou trois pleuraient, comme si l'on venait d'enterrer un mort. Après avoir l a i s s é à gauche u n c h e m i n e n pente assez forte vers le chemin de fer, j'ai trouvé sur la route qui se nommait à cet endroit rue Nationale, la voie du tramway à vapeur venant de l a droite et tournant à angle droit sur ma route vers Lyon. J'ai vu un train à vapeur venant de Lyon, puis un autre se dirigeant sur Lyon, plein de monde et orné de drapeaux tricolores. En route, à droite ou à gauche, j'ai vu une rue Carnot, je me suis cru à Lyon, mais il y avait encore beaucoup à marcher.

Arrivée à Lyon

J'avais passé à Lyon dix-sept à dix-huit jours en août 1893 probablement ; mais ignorant la langue je ne m'étais guère écarté de l'endroit où je travaillais et de celui où je couchais et j'étais seulement venu jusqu'à la place de la Guillotière (place du Pont) où il y avait un concert dans un café et le Rhône à peu de distance, avec un grand pont conduisant au centre de la ville . Je voulais donc arriver à la Guillotière pour m'orienter. A force de suivre la voie du train à vapeur, j'ai rencontré un train à chevaux sur lequel j'ai lu « la Guillotière ». Je l'ai suivi ; mais il venait probablement de la Guillotière au lieu d'y aller et je voyais des jardins et de petites maisons succéder aux grandes constructions. Cependant deux militaires sont sortis, sur une place, d'une porte où il y avait une grande cour. Ils tenaient leurs chevaux, sont montés dessus et sont partis rapidement à gauche. Je les suivais, quand j'ai rencontré un grand jeune homme de 25 ans environ, bien mis, à moustaches noires. Je lui ai demandé la place de la Guillotière. Il m'a répondu que je n'étais pas sur le chemin, mais que lui-même allait tout près et me guiderait. Je l'ai suivi par une rue étroite avec une voie de train à chevaux. Je lui ai dit, en route, que je venais de Cette et que je ne me rappelais de Lyon que la place de la Guillotière. Après avoir marché vite une quinzaine de minutes, ce jeune homme me laissa sur la place du Pont. De là j'arrivai au grand pont plein, en face, après avoir laissé à droite et à gauche de petits jardins où on était en train d'allumer des lanternes de couleur dans les gazons. Après le pont, j'ai trouvé une large rue ayant, à gauche, un café sans portes très éclairé et plein de monde ; à droite, un palais tout neuf magnifiquement illuminé à gaz. Au bout de cette rue, j'ai vu à gauche une rue toute garnie de lumière faisant des arceaux rapprochés d'un côté à l'autre de la rue. J'ai suivi la foule qui y entrait. J'arrivai à une sorte de place où les arcs lumineux cessaient; mais, après quelques hésitations, je m'engageai dans une rue illuminée comme la première et j'arrivai bientôt à un endroit où les gendarmes, gardes de police, etc., faisaient reculer la foule pour laisser la voie libre. Il y avait en face un grand palais illuminé. J'ai compris que c'était le palais de la Bourse, car j'avais lu sur l e journal : « A six heures, grand banquet au palais de la Bourse et à 9 heures représentation au Grand-Théâtre ». Du reste, on a expliqué devant moi que le président allait sortir de ce côté du palais pour se rendre au Théâtre.

Sur la Place de la Bourse

La manière dont on avait fait ranger la foule me montrait bien la direction qu'allait suivre le président pour aller au théâtre, et j'ai vu que de l'endroit où j'étais je ne pourrais pas parvenir au président, puisque j'étais sur la gauche de son parcours et je savais depuis plusieurs années que le plus haut personnage occupe toujours la place de droite au fond de la voiture. J'étais donc bien décidé à passer de l'autre côté mais les agents n'ont laissé passer que des dames, ce qui faisait rire la foule. Heureusement au bout de dix minutes est arrivé une grande voiture à deux chevaux dont le cocher avait sur la poitrine une grande plaque de carton blanc avec un numéro. On a laissé pénétrer cette voiture dans l'espace libre ; une quinzaine de personnes en ont profité pour la suivre et traverser, j'en étais et j'ai atteint l'angle du Palais, en face. Mais les gens placés là au premier rang protestaient. Je leur ai dit : « Laissez-moi passer, je me mettrai derrière. » J'ai passé en effet derrière la foule, et j'ai fait dans la rue qui va au théâtre une vingtaine de pas jusqu'au niveau d'un bec de gaz, probablement le deuxième ou le troisième. Je me trouvais d'abord en arrière de la foule formant trois ou quatre rangs et un peu sur ia droite de ce bec de gaz.il y avait notamment à droite du candélabre un homme et une femme avec un petit garçon d'une dizaine d'années qui était monté sur le support du candélabre. Un des gardiens de la paix placés en avant du trottoir a fait descendre cet enfant et j'ai profité du mouvement occasionné par cet incident pour prendre la place de la femme au second rang. J'ai l'ait moi-môme à haute voix une réflexion sur ce fait, disant que ce bec de gaz était assez fort pour supporter un enfant. J'en ai fait une autre lorsque les gardiens ont refoulé sur le trottoir deux jeunes gens qui se tutoyaient et en tutoyaient un troisième et ont échangé une conversation à propos de mon langage qu'ils ne comprenaient pas, se demandant de quelle nationalité je pouvais être. A ce moment l'un d'eux a tiré sa montre et a dit qu'il était huit heures et demie. Un quart d'heure plus tard, un monsieur avec quatre dames,trois jeunes et une plus âgée, en grande toilette, venaient de la droite au milieu de la chaussée. La foule s'exclamait. Les dames ont pris peur. Deux d'entre elles voulaient revenir sur leurs pas. Finalement elles ont tourné à gauche du côté d'où devait sortir le président. J'affirme n'être pas monté sur le bec de gaz. On venait de dire qu'il était 9 heures 5, tout le monde commençait à s'agiter. Il n'avait passé qu'une seule voiture fermée, arrivant au grand trot du théâtre à la Bourse pour repartir aussitôt de la Bourse au théâtre. Enfin on a entendu la Marseillaise. Tout d'abord, ont passé vite, pour assurer la liberté de la voie, quatre cavaliers que j'ai pensé être de la garde républicaine. Puis il est venu à tout petits pas des militaires à cheval par pelotons de cinq files de quatre ou à peu près. Après la première troupe, un cavalier tout seul tenait sa trompette sans en jouer. Puis un second peloton comme le premier. Enfin la voiture du président dont les chevaux avaient leur tête à trois pas environ de l'arrière du dernier peloton. La tête du cheval du cavalier de droite se trouvait à peu près au niveau de la tête du président de la République.

L'attentat

Au moment où les derniers cavaliers de l'escorte passaient en face de moi, j'ai ouvert mon veston. Le poignard était, la poignée en haut, dans l'unique poche, du côté droit, à l'intérieur, sur la poitrine. Je l'ai saisi de la main gauche et d'un seul mouvement, bousculant les deux jeuness gens placés devant moi, reprenant le manche de la main droite et faisant de la gauche glisser le fourreau qui est tombé à terre sur la chaussée, je me suis dirigé très vivement, mais sans bondir, tout droit au président, en suivant une ligne un peu oblique, en "sens contraire du mouvement de la voiture. J'ai appuyé la main gauche sur le rebord de la voiture, et j'ai d'un seul coup, porté légèrement de haul en bas, la paume de la main en arrière, l e s doigts en dessous, plongé mon poignard jusqu'à la garde dans la poitrine du président. J'ai laissé le poignard dans la plaie et il restait au manche un morceau de papier du journal. En portant le coup, j'ai crié, fort ou non, je ne puis le dire : » Vive la Révolution! » . Le coup porté, je me suis d'abord rejeté vivement en arrière; puis voyant qu'on ne m'arrêtait pas instantanément et que personne ne semblait avoir compris ce que j'avais fait, je me suis mis à courir en avant de la voiture et en passant à côté des chevaux du président j'ai crié une fois : « Vive l'anarchie! » cri que les gardiens de la paix ont bien entendu. Puis j'ai passé devant les chevaux du président et derrière l'escorte, me dirigeant sur la gauche obliquement pour tâcher de pénétrer dans la foule et de disparaître. Des femmes et des hommes ont refusé de me laisser passer, puis ont cric derrière moi : a Arrètez-le! ». Un garde m'a mis le premier la main au collet par derrière, et j'ai été aussitôt saisi par une vingtaine d'autres.

(propos émanant de l'autorité judiciaire, juge d'instruction en charge du dossier de CASERIO, M. BENOIST)
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MessageSujet: Journal de Guignol - Hommage à Carnot   Ven 9 Sep 2011 - 0:00

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anatole deibler
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MessageSujet: Re: Sante Caserio - 1894   Lun 19 Sep 2011 - 19:18

Bonsoir à toutes, et à tous
Si ma mémoire ne me joue pas des tours, Santo, était le cadet d'une fratrie de huit enfants
(tous des garçons), et le préféré de sa mère (son père était mort alors qu'il était tout jeune).
La veuve Caserio était extrêmement pieuse, et faisait jouer son cadet tous les ans le rôle de
Saint Jean le Baptiste, en attendant pensait-elle de le voir devenir prêtre.
Hélas, trois fois hélas, le destin en a voulu autrement, à mois que ce ne soit Santo!!!
La mama constata un beau jour à son grand dam, que son fiston chéri ne serait jamais un
serviteur de Dieu, alors elle le plaça comme apprenti chez l'un des boulangers du coin (La Motta-Visconti,
bourgade située non loin de Milan).
Mais il faut croire, que la digne veuve était maudite, puisque Santo, se montra non seulement très peu doué pour faire
du pain, mais en prime bascula dans la délinquance en dérobant la caisse de son patron.
Mais ce n'est que lorsqu'il devra effectuer son service militaire, qu'il se mettra à errer dans le nord de l'Italie, mais également
en France, ou il entendra parler des exploits d'un certain Ravachol, sur ces entrefaites, un avocat célèbre de l'époque (quelque peu véreux)
, dont j'ai oublié le nom, se mit à manipuler le jeune italien, en lui faisant miroiter un destin d'un anarchiste célèbre au moins autant que
Ravachol, il lui indiqua qu'il pourrait devenir un être riche, et admiré, pour peu qu'il fasse preuve d'audace.
Après avoir apprit les exécutions de Ravachol, Vaillant, mais surtout D'Emile Henry, qui avait le même âge que lui, Caserio se mit en tête
de frapper un grand coup, assassiner celui qui avait le droit de grâce, mais qui n'en a pas usé avec ses camarades, le Président lui-même,
chose qu'il confia à "son avocat"...
Et le 24 Juin 1894, (jour de la Saint-Jean, sa fête en somme), Caserio a tué Sadi Carnot, Chef de l'état...
Le deux Août l'assassin sera condamné, et le seize exécuté. :violence50:
Mon avis est qu'il n'était qu'un déséquilibré !
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MessageSujet: Acte de décès de Sante Caserio   Sam 15 Oct 2011 - 15:18


Ce lien m'a été communiqué. Il permet de lire l'acte de décès de Sante Caserio.

http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/visu_affiche.php?PHPSID=4176cdf746a57b57bd2dab9ad546e941&param=visu&page=45



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MessageSujet: Re: Sante Caserio - 1894   Dim 16 Oct 2011 - 16:15


Ce texte m'a été communiqué.

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16 août 1894 – Les derniers moment de Santé Caserio

Caserio est exécuté le 16 août 1894. A l'annonce de la fatale nouvelle, il se dresse sur son séant, son regard se trouble, ses forces paraissent un instant l'abandonner. Il fait un effort visible pour se soutenir et contenir ses larmes, pendant que les gardiens le débarrassent de la ceinture de force, du costume pénal, et lui font revêtir ses effets personnels. La défaillance complète que l'orgueilleux anarchiste redoutait est évitée par un prodige de volonté et d'énergie. Il se ressaisit et parvient à faire assez bonne contenance en quittant sa cellule pour le poste central où il attend quelques minutes (un siècle pour le moribond) l'arrivée du bourreau : affaissé sur sa chaise, pâle, légèrement oppressé, il ne semble plus avoir conscience de lui-même, tant le regard fuyant qu'il jette de temps à autre sur l'assistance est vague, trouble, hébété. On lui offre un cordial, il refuse tout : l’orgueil survit toujours, il ne sera pas dit que Caserio a dû recourir à un verre de rhum pour faire bonne contenance devant la mort.

Voici enfin Deibler et ses aides. On leur livre le patient qui se laisse docilement ligoter et baisse la tête. On aperçoit de temps à autre la face de Caserio, jetant un regard de mépris, de menace et de haine sur l'un des bourreaux qui le ligote trop étroitement. Impassibles, les bourreaux opèrent sans mot dire, dans le silence religieux des quelques spectateurs admis dans la prison. Une large échancrure au col de la chemise termine la toilette.

Vingt minutes seulement se sont écoulées depuis le réveil du condamné et le voici en route pour le lieu du supplice. Malgré les liens et les entraves qui ne lui permettent que les mouvements indispensables, il marche avec fermeté, escorté des aides, jusqu'à la voiture, qui a trente mètres de la porte de la prison, le dépose au pied de la guillotine.

Caserio descend, livide, du sinistre fourgon, cherchant du regard les spectateurs que la troupe a refoulés et maintient loin du lieu de l'exécution. C'est une déception pour lui. Dès qu'il aperçoit la guillotine où le poussent rapidement les bourreaux, d'une voix rauque, à peine intelligible : "Courage Camardes, crie-t-il ; Vive l'Anarchie !".

Il bascule, son cou s'engage dans la lunette, son corps se convulse, se raidit. Deibler appuie prestement sur le bouton, et la tête sanglante roule dans le baquet pendant que le corps est poussé dans le panier d'osier.

Caserio est mort en lançant un défi à la société. Il est resté lui-même jusqu'au dernier moment.
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MessageSujet: Re: Sante Caserio - 1894   Ven 21 Oct 2011 - 14:49


Ces excellents articles m'ont été transmis.

Gaston Leroux reporter



« Les yeux presque perdus au fond de l’arcade sourcilière très prononcée sont vifs et brillent par moments d’un singulier éclat ; ce n’est pas le regard vague, imprécis de l’irresponsable. » écrivait-il le 2 août 1894, à propos de Santé Caserio, dans la presse du matin (Le Matin, 2 août 1894).



Gaston Leroux fait ses premières armes en tant que chroniqueur judiciaire en janvier 1894, bien avant de créer son célèbre personnage de Rouletabille. Il couvre tous les grands procès anarchistes : Vaillant, Léauthier, Henry et Caserio.

Il est présent à chaque séance au tribunal. À la lecture de ses articles publiés dans Le Matin, on se rend compte qu’il semble plus intéressé par la personnalité des accusés que par les faits qui leur sont reprochés, même s’il prend parti contre leur condamnation à mort. Il écrira quatre séries d’articles sur ces hommes qui ont donné leur vie pour leur combat.

Ses chroniques reflètent les pensées de la société civile de l’époque : un mélange de fascination et d’horreur.

Mais Leroux décrit aussi le mécanisme implacable de la justice, l’audition des témoins, la demande de recours en grâce, l’interrogatoire des accusés…jusqu’à l’installation de la guillotine ou la condamnation aux travaux forcés (Léauthier).

Pour Caserio, qui avait frappé à mort le président Sadi Carnot en pleine Exposition universelle, Leroux s’attache à faire une description physique précise du jeune homme et de sa tenue vestimentaire… « La mise de Caserio n’est point celle de ses précurseurs et il y a loin de ses vêtements sordides, effilochés, à la redingote élégante de Henry, à la jaquette de Vaillant, au chapeau haut de forme de Meunier. » (Le Matin, 2 août 1894).

Le 5 août 1894, alors que l’anarchiste italien est condamné à mort, Leroux continue son enquête en Italie. Il interroge les habitants du village natal de Caserio et complète ainsi le portrait de l’assassin du président de la République. Les lecteurs du Matin suivront pendant cinq jours le périple de Gaston Leroux de Motta-Visconti (village natal de Caserio) à Milan.

Il en profite pour approfondir ses connaissances du milieu anarchiste. Ce qui interroge Leroux, c’est la jeunesse de ces hommes en révolte contre la société bourgeoise, leur conviction, mais surtout leur humour « noir » si redoutable pour les juges ! « Il n’y a pas d’innocents ! » dit Henry, et il répond au juge qui lui reproche d’avoir du sang sur les mains : « Elles sont couvertes de sang comme votre robe rouge, monsieur le président. »

Caserio est soupçonné d’avoir voulu assassiner le roi d’Italie et le pape, et à ces soupçons il répond : «C’est impossible, voyons, ils ne sortent pas ensemble. » Leroux est un homme d’humour, un homme qui sait la valeur du rire, de ce qui fait grincer les dents, de ce que signifie l’ironie lorsqu’elle glace ou qu’elle s’amuse.

Il n’a pu qu’être admiratif de cette jeunesse provocatrice. Et qui sait ? Il a pu inventer certaines répliques… Lui qui a toujours parsemé ses textes de phrases en italique ou de citations étonnantes, la plus célèbre (« Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat ») étant « vraie », puisque c’est une phrase de George Sand !




http://classes.bnf.fr/classes/pages/pdf/Leroux2.pdf

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Les suites de l'Affaire Santé Caserio

Le 28 août 1894, au commissariat central de police de Montpellier, on est préoccupé. Un passant vient de trouver, collé sur la porte principale de la cathédrale, un texte qui évoque Sante Caserio, l’assassin du président de la République Sadi Carnot. Voici, fidèlement reproduit, le texte du placard:

Gloria Victis

Gloire à toi Caserio ! héros de l’anarchie
Pensais-tu dans les fers, brave enfant d’Italie,
loin de ta mère, hélas !
à ces braves martyrs, morts pour la Liberté !
Vaillant, Emile Henry, Pauvel ensanglanté !
en Espagne Pallas !
De ces fameux géants tu connais bien l’histoire
au sein de l’Empyrée, te partageant leur gloire
penserez-vous à nous ?
Jaloux de vos exploits, l’univers vous contemple,
Eh ! qu’importe nos cous !
Mais avant que pour nous le couteau tranchant tombe,
il faut que bien des gueux périssent d’une bombe.
Ou, crainte qu’au hasard,
Un engin explosif, tout chargé de chlorate,
Blesse ou tue un ami et peut-être un Socrate !
Vaudra mieux le poignard !
Hélas il vaudrait mieux qu’entre frères ici-bas,
Que d’un commun accord nous cessions les combats ;
Et nous donnant la main
nous disions au Tyran, enflé de Vanité :
C’est assez vieil ami, cesse ta cruauté,
C’est nous le genre humain !
Mais ce grand peuple, en temps de république même,
Se plaît à voir un roi, un roi sans diadème !
Eh du sang de Brutus
Si un homme hardi s’élance de la Foule
Le public effrayé de voir le sang qui coule
crie mort au Spartacus !
Hélas jeune martyr ! Aux rivages du Rhône
Ton sang s’est mélangé aux ondes de la Saône !
Mais le fleuve invité
se déroulant furieux sur l’abime sonore,
Plus de mille ans après répètera encore :
Mort pour la Liberté !


Le style n’est pas irréprochable, et le sens même du poème est parfois mystérieux mais, au temps des “lois scélérates” et dix jours à peine après l’exécution de Sante Caserio, cela suffit à mettre en branle l’appareil policier.

Le Préfet du département, que le commissaire central informe de cette trouvaille littéraire, peut être rassuré: les auteurs de cet attentat littéraire sont activement recherchés.

http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/anarchistes-italiens/2011/07/28/sante-caserio-a-montpellier/
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