La Veuve

Forum consacré à l'étude historique et culturelle de la guillotine et des sujets connexes
 
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 Exécutions en Algérie

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tOma de l'Est
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Ven 30 Jan 2009 - 8:40

Non, je ne faisais pas référence au spiritualisme à l'anglaise (ou anglo-saxon) façon Arthur Conan Doyle, qui rejoint le spiritisme (désolé pour le rapide raccourci, je n'étais pas le directeur de recherche d'Elisabeth Teyssier).
J'aurai pt'être plutôt du dire "Oui à une dose de spirituel".
Pour ce qui est du spiritualisme comme je l'entendais, je trouve raisonnable de penser que nous puissions avoir une âme. Dans ce cas, rejoignant St François d'Assise, et un peu St Thomas d'Aquin, j'en accorderais alors une à nos amis les animaux.

Mais je resterai toujours sceptique, et en fait incrédule, au fait de se taper une partie de scrabble en se fendant la poire avec nos aïeux.
lol!


Je vous laisse sur ces mots d'Houdini:

«Nous rions volontiers de ces histoires invraisemblables de sorcières en train de s’envoler à califourchon sur des balais. Mais qu’est-ce qui pourrait être plus ridicule que de croire que les morts que nous avons aimés apparaissent sous la forme d’ectoplasme à travers les dents cariées d’un médium — ou d’une autre partie de son corps? Pourquoi donc, si ceux qui nous sont chers veulent communiquer avec nous, ont-ils recours à des tables qui s’envolent, à des coups frappés et ainsi de suite à tant de lettres par coup frappé? Nos morts sont-ils devenus des comptables? Il est contraire à la morale de dévoiler des mystères légitimes. Mais il est du devoir de tout citoyen de dévoiler les tricheries et les fraudes et parmi elles aucune n’est plus méprisable que celle de ces médiums véreux qui se servent du spiritualisme pour tirer avantage de la naïveté de leurs victimes.»
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Ven 30 Jan 2009 - 14:14

tOma,, votre citation est bien du prestidigitateur américain houdini ?
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Henri
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MessageSujet: Houdini se marre   Ven 30 Jan 2009 - 19:06

Merci de votre interessant commentaire, tOma. J'ai lu aussi quelque part qu'Oudini avait une position un peu plus complexe que cette remarque ne le laisserait supposer. Il semble qu'il ait tout de meme envisage une possibilite de survie a la mort physique et donc une possible communication.
En ce qui concerne les sorcieres qui etaient censees faire rire ses contemporains, lorsqu'on sait que certaines de ces sorcieres s'enduisaient d'onguents avant leur pratiques, et que ces produits utilisaient des composants chimiques hallucinatoires, ca ne prete pas a rire, mais plutot a reflechir. D'autres theories existent aussi, qui envisagent que ces "sorcieres
se deplacaient dans l'astral, ou se dedoublaient. Bien sur , ca ne cadre pas avec les doctrines chretiennes ou scientifiques, mais on trouve cette idee dans plusieurs pays et cultures. Il est regrettable que l'esprit scientifique herite du XIX siecle ne puisse pas de temps a autre envisager que tout n'est pas encore connu ni explique dans ce monde, et que ce qui parait invraisemblable l'est peut-etre seulement a nos yeux.
Je ne saisis pas votre allusion a Mme Tessier, mais ce n'est pas grave.
Le spiritualisme de St-Francois d'Assise? Sympathique figure, evidemment, meme pour un non chretien comme moi. Mais meme si je le respecte, je suis aussi interesse par l'investigation; en cela, je me differencie des religieux qui se contentent de croire. Contrairement a ce qu'on voyait sur un poster derriere Mulder, l'un des personnages de Xfiles, I don't want to believe. I want to know. Et pour ca, la croyance ne me suffit pas, il faut aller explorer, sans tenir compte des religions ou des prejuges du moments.
Ce qui veut dire que si je ne tiens pas ces phenomenes pour incontestables, ou pour des preuves, je ne pense pas qu'il faille pour autant tout rejeter en bloc. Position helas frequente chez les croyants et les incroyants/athees et consort.
La mention de Rael dans votre dernier post ? Il ne me semble pas que Kardec et lui ont grand-chose en commun. Quand j'ai entendu parler de Rael pour la premiere fois, il s'appelait encore Claude Vorilhon, et j'ai tout de suite pense qu'il avait un peu trop lu Robert Charroux et Jean Sendy.
Ceci etant pour citer ces eux auteurs, et avec enormement de reserves pour Charroux: l'idee que les "anges/fils de Dieu ou d'Elohim" de la Bible puissent etre en fait des creatures d'un autre univers n'est pas plus ridicule qu'autre chose, surtout quand on les voit comme Jupiter ou Zeus, avoir un petit penchant pour les femmes terriennes. Ca non plus, on n'en parle pas tous les dimanches lors de la messe. Mais c'est bien dans la Genese, et cela n'a pas ete expurge...
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tOma de l'Est
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Sam 31 Jan 2009 - 12:06

Ma comparaison Kardec / Raël n'était qu'une boutade bien sûr.
Mon allusion à Elisabeth Teyssier (teissier? tessier? Oh whatever...) ne visait juste qu'à mentionner une énième personne qui, pour moi, prête à sourire et même à éclater de rire. Je m'excusais au même moment (loin de diriger des thèses de doctorants sur les sciences occultes) pour mes raccourcis rapides entre notions, n'étant pas expert en la matière.

Au sujet d'Harry Houdini (oui mercattore, le fameux magicien américain), il a en effet, après la mort de sa mère qu'il aimait par-dessus tout, "envisagé une possibilite de survie a la mort physique et donc une possible communication", mais il a naturellement été désenchanté!

Ce qui l'a sans doute attiré au départ, est le réconfort que le spiritisme peut apporter au gens déprimés d'avoir perdu un être cher. Ce réconfort, et l'espoir de pouvoir revoir un proche disparu, est la force principale du spiritisme, sans cela, il n'aurait aucun adepte.

Je ne rejette pas l'idée d'"esprîts", ayant dit être tenté de penser que nous puissions, êtres vivants, avoir une âme (je préfère ce mot). "Même les bourreaux ont une âme" affraid

Je ne suis déjà pas non plus particulièrement croyant, ou me rapprocherait alors plutôt des antinomistes, et rejette les parasites que sont les intermédiaires, que ce soit un prêtre entre vous et dieu, ou un médium entre vous et votre proche défunt.

Je veux bien débattre sur une possible "communication" mais au diable les tables tournantes, les lettres soi-disant pointées par des esprîts (c'est comme la numérologie, on y trouve ce que l'on cherche, n'y voit que ce que l'on veut bien voir), les cartes de tarots, les "enregistrements" audio et vidéo (ces gens à l'affut du moindre signe sur une bande magnétique ou un écran, pourquoi se faire chier, autant s'allonger dans l'herbe et chercher des visages dans la forme des nuages, ou des voix dans les hurlements du vent)...

Je n'ai pas non plus saisi ce qui vous dites fait réfléchir au sujet des sorcières...?



PS: je crois que la veuve a depuis longtemps quitté l'Algérie lol!
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Jourdan coupe tête
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Dim 1 Fév 2009 - 18:51

Je profite d’une accalmie sur le topic – où l’on s’est beaucoup éloigné du sujet initial – pour revenir à la guillotine et aux exécuteurs en Algérie. Cette étude, qui méritera sûrement d’être complétée ou rectifiée ultérieurement, comporte de nombreux éléments inédits qui devraient intéresser les lecteurs de ce forum.

http://moe.mabul.org/up/moe/2009/02/01/img-184927aun2n.jpg.html
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Jourdan coupe tête
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Dim 1 Fév 2009 - 19:02

La guillotine et les exécuteurs en Algérie (1842-1900) (1)

Environ une dizaine d’années après la conquête de l’Algérie par les Français, le ministère de la justice décide d’y introduire la « civilisation » en y organisant les exécutions sur le même modèle que ce qui se pratique alors en métropole.

En octobre 1842, la guillotine débarque à Alger, transportée à bord du vapeur Le Ramier. Victor Hugo a laissé un très beau texte sur cet événement (voir au début de ce sujet). Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’elle est accompagnée d’un exécuteur des arrêts criminels chargé de la faire fonctionner.
Nous savons assez peu de choses du premier bourreau d’Alger que la presse locale ne tardera pas à appeler – à l’instar de celui de Paris – « Monsieur d’Alger ». Il se nomme Joseph Baroux, est né à Caen en 1810 et, selon toutes apparences, n’appartient pas à une grande dynastie d’exécuteurs. Il est vrai que le poste, très éloigné de la France, dans un pays difficile, présente assez peu d’avantages.
En réalité, bourreau et guillotine ont été expédiés pour procéder à l’application d’une sentence de mort, différée faute de moyens pour la mettre en œuvre. Et c’est ainsi que quelques mois plus tard, le 16 février 1843, la guillotine est dressée sur l’esplanade Bal-el-Oued, à Alger. Ce jour là, on procède à l’exécution d’un criminel. C’est la première fois que cette machine fonctionne en Afrique.

Cependant, ailleurs en Algérie on continue à exécuter d’une manière plus « traditionnelle ». Au gré et selon la fantaisie des justices. Ainsi, suite à une attaque du poste avancé de Sidi Bel-Abbès par les Derkaouas, l’un d’eux, nommé Ben-Kenedil-Ben-DjevaI, est arrêté par la direction des affaires arabes de la province d’Oran. Condamné à mort par le conseil de guerre de la division, il est exécuté sur la place du marché arabe d’Oran, le 26 mai 1845, en présence de toute la garnison et d’une foule immense. Il est décapité avec un yatagan. Mais reçoit d’abord plusieurs coups qui ne parviennent qu’à le blesser « c’était un spectacle horrible que de le voir, le cou à moitié tranché, apostropher l’exécuteur et lui reprocher sa maladresse ». A la suite de cette boucherie, un journaliste écrira : « Il serait à désirer que toutes les grandes villes de l'Algérie possédassent une guillotine comme il y en a une à Alger. La décollation par le yatagan n'est pas en harmonie avec la civilisation que tous nos efforts tendent à introduire dans notre France nouvelle. »
Mais à Alger les condamnations à mort sont plutôt rares et Joseph Baroux aura très peu l’occasion de monter sa machine. Il quitte l’Algérie en 1847, après avoir permuté avec l’exécuteur adjoint de Caen, dont il occupera le poste jusqu’en 1849. On le retrouve ensuite aide-exécuteur en Lorraine, à Saint-Mihiel en 1859, puis à Metz.

Le nouveau bourreau d’Algérie s’appelle Nicolas Wolf. Né en Moselle en 1797, il appartient à une vieille famille de maitres des hautes œuvres de l’Est de la France. Nommé aide exécuteur à Caen, le 2 octobre 1841, il ne tarde pas à réclamer au ministère de la justice un poste plus avantageux. On lui propose l’Algérie. Il accepte et s’embarque pour ce pays en 1847. Laissant à Caen sa femme et ses cinq enfants.
Nicolas Wolf, avec le titre de premier aide-exécuteur de la cour d’appel d’Alger, s’installe à Birmandries. Les exécutions sont toujours aussi peu nombreuses et rapidement il est gagné par le mal du pays. Restée en France, sa femme Marie Hezely (fille de l’exécuteur de Limoges) écrit au ministère de la justice, en mai 1849, pour demander pour son époux le poste de Limoges. En vain.
Ce n’est qu’en 1854 ou 1855 qu’il pourra revenir en métropole.

Le troisième « Monsieur d’Alger » est d’une autre trempe et sera le premier à véritablement s’établir en Algérie. Antoine François Joseph Rasseneux est né à Saint-Omer en 1810. Issu d’une vieille famille d’artisans du Pas-de-Calais, étrangère au monde des exécuteurs, on ignore dans quelles circonstances il est devenu bourreau. Toujours-est-il qu’il est nommé aide-exécuteur du Pas-de-Calais le 16 janvier 1847. Poste qu’il occupe jusqu’à la suppression des aides et exécuteurs départementaux en 1850.
Dès l’été 1854, il est établi à Alger où il est arrivé accompagné de son épouse, Marie-Sophie Lemoine, et de leurs quatre enfants : Zoé-Victorine (19 ans), Gustave-Emile (18 ans), Oscar-Joseph (13 ans) et Edouard-Ernest (11 ans).
En dehors de ses fonctions officielles, il exerce la profession de cordonnier. C’est d’ailleurs le métier qu’il déclare dans les actes d’état-civil. Notons au passage que, ni les journalistes, ni les fonctionnaires, ne parviendront, durant son existence, à écrire correctement son patronyme, régulièrement orthographié Rasneux, Raseneuf, Razeneud, Rasenoeud ou Razenoeud.
Les Rasseneux ont d’abord habité place, puis rue, de Bal-el-Oued, rue des Maugrebins (au numéro 34) et, pour finir, rampe Valée (n°72).
Durant les quelque trente ans durant lesquels il a exercé les fonctions d’exécuteurs, Antoine Rasseneux n’a procédé qu’à une dizaine, tout au plus, d’exécutions. La dernière eut lieu à l’Alma, le 16 août 1884 (nous la raconterons plus loin). Ce jour là, l’inconduite de son adjoint, Ernest Bornacini, provoqua un scandale. L’exécuteur présenta sa démission quelques jours plus tard. Il était âgé de 74 ans.

Antoine Rasseneux mourut octogénaire, à Alger, le 17 octobre 1891. Veuf depuis 1885, il ne laissait qu’un fils, Gustave, qui lui succéda, et une fille, Zoé Victorine, mariée à Louis Deibler. Ses deux autres fils étaient morts jeunes : Oscar, à l’âge de 27 ans et Edouard, à 39 ans.

(à suivre)
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Lun 2 Fév 2009 - 22:19

La guillotine et les exécuteurs en Algérie (1842-1900) (2)

La dernière exécution d’Antoine Rasseneux

Le 11 juin 1884, la cour d’assises d’Alger juge les deux assassins d’un colon espagnol nommé Sanchez. Le coupable principal, Ali ben Touati, est condamné à la peine de mort tandis que son complice est condamné aux travaux forcés à perpétuité.
L’exécution prévue le 15 août 1884 est finalement renvoyée au lendemain. Elle aura lieu à l’Alma (aujourd’hui Boudouaou) une bourgade à 37 kilomètres à l’Est d’Alger.
Dès le 15 août, Antoine Rasseneux, accompagné de ses trois aides, embarque à Alger par le train de 6h40 à destination de l’Alma. Un wagon spécial emporte dans le même convoi les bois de justice.

Le lieu d’exécution a été fixé sur la place principale du village. Une fort jolie place entourée d’énormes platanes. Dès 17 heures, Monsieur d’Alger entreprend d’y monter la guillotine. Plus de cinq-cents personnes assistent aux préparatifs. L’exécuteur en profite pour donner aux autorités quelques explications sur le fonctionnement de sa machine. Mais au moment où il s’apprête à relever le couperet, le maire du village – qui en a sans doute déjà trop vu – préfère se retirer. Rasseneux s’esclaffe en haussant les épaules : « Il s’en va lorsque c’est le plus beau ». A 19 heures, la guillotine est prête à fonctionner. On place un piquet de zouaves pour la surveiller.
A l’aube, on procède à la toilette du condamné, dans une salle de la mairie. Monsieur d’Alger « avec le sang froid qui le caractérise » comme le note les journalistes, s’empare du patient pour lui lier les mains derrière le dos. Ali ben Touati a beau se plaindre que les cordes, entrant dans les chairs, le font souffrir, l’exécuteur reste impassible. Son adjoint Ernest Bornacini, par contre, est complètement ivre et inflige d’incroyables souffrances au condamné. L’assistance est indignée de le voir dans un pareil état.
Enfin, Touati est hissé sur une charrette où l’accompagne l’un des aides.
Sur la place, cent-vingt zouaves, baïonnette au canon, contiennent la foule où l’on distingue des enfants de dix à douze ans et des femmes allaitant des nourrissons. Quinze gendarmes à cheval, sabre au point, se sont placés en face de la guillotine.
Au pied de la veuve, le condamné chancelle puis résiste quand il aperçoit la lame du couteau qui brille au soleil. Les aides de l’exécuteur le poussent sur la bascule, le glissent dans la lunette et le couperet tombe. Il est exactement cinq heures.
En peu de temps, l’instrument de justice est démonté.

Quelques jours plus tard, les journaux d’Alger annonce que Monsieur Rasseneux vient de donner sa démission et que son fils, Gustave, a été désigné pour le remplacer. On revient sur l’état d’ivresse dans lequel se trouvait Bornacini au moment de l’exécution de Touati et sur sa conduite ignoble. Si bien que le procureur général s’est empressé de demander sa révocation au garde des sceaux.

(à suivre)
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Titus_Pibrac
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Lun 2 Fév 2009 - 23:49

Un de mes collégues en Italie est un pied-noir à la personnalitè de patriarche chef de clan qui s'appelle Sanchez - incessament sous peu en retraite - 71 ans cette année.

Je serais curieux de savoir s'il s'agit d'un descendant du Sanchez assassiné dans votre récit - mais c'est un patronyme tellement diffusé en Espagne - et naguère en Algérie - qu'on ne peut rien dire.
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Mar 3 Fév 2009 - 15:35

La guillotine et les exécuteurs en Algérie (1842-1900) (3)

Les adjoints d’Antoine Rasseneux

Louis Antoine Stanislas Deibler
Né le 12 février 1823 à Dijon
Fils de Joseph-Antoine Deibler, aide-exécuteur à Saintes, Evreux, Gap puis exécuteur en chef à Saint-Flour puis à Rennes, et de Marie-Françoise Boyer

Aide-exécuteur à Alger (v. 1850-1862)
Exécuteur à Rennes (1863), exécuteur-adjoint à Paris (1871) puis exécuteur en chef (1879)

Qualifié dans les actes officiels, en Algérie : propriétaire ou rentier

Marié à Alger, le 6 novembre 1858, avec Zoé Victorine Rasseneux (née à Saint-Omer le 28 avril 1835) fille de Antoine-François-Joseph Rasseneux, exécuteur à Alger, et de Marie-Sophie Lemoine.
Dont une fille née à Alger : Berthe-Hélène-Marie-Sophie (11 septembre 1861) et un fils, Anatole-Joseph-François (né le 29 novembre 1863 à Rennes)

A été domicilié à Alger : 5 rue Adada et 4 rue du chameau.
Décédé à Paris le 6 septembre 1904

Adolphe Désiré Deville
Né le 4 juillet 1832 à Chartres
Fils de François-Eloi Deville, exécuteur de Chartres, et d'Anne-Victoire Desfourneaux

Aide exécuteur à Alger (v. 1854-1870)
Nommé adjoint de 2e classe à Paris, le 4 juillet 1879
Exerce aussi la profession de cordonnier

Marié à Alger, le 5 août 1854, avec Jeanne-Louise-Adèle-Besson (née à Abbemans (Doubs) le 26 avril 1835) fille de Barthelemy Besson et de Jeanne-Séraphine Cancy, marchands colporteurs.
Dont deux fils, nés à Alger : Henri-François (né et décédé en 1855) et Emile-Adolphe (né en 1858)
Se serait remarié en France avec Philomène-Antoinette Bricci.

A successivement été domicilié à Alger : 65 rue de la Casbah, 1 rue Sidi Ferruch, 5 rue Lalahousse et rue Médée.
A fait connaissance de Louis Deibler, à Alger et, depuis lors, les deux familles ont toujours été très proches. Ainsi, Deville a été témoin au mariage de Louis Deibler, à Alger, en 1858 et (40 ans plus tard) d'Anatole Deibler, à Paris, en 1898.
Décédé à Paris en 1900

Ernest Bornacini
Né le 1er mars 1841 à Saintes
Issu d’une vieille dynastie d’exécuteurs de Saintes, d’origine italienne
Fils de Vincent Bornacini, successivement aide-exécuteur à Tarbes, Draguignan, Bastia, Pau, Agen, avant d’être exécuteur à Aix-en-Provence de 1860 à 1870, et de Marie-Jeanne Filhon.
Un de ses frères, Georges, fut aide-exécuteur à Agen puis à Aix-en-Provence.

Aide-exécuteur à Aix (1864) puis à Alger (v. 1880-1884)
Exerce aussi la profession de menuisier

Marié à Victorine Gilles ou Gil
Dont au moins deux fils : Emile (né en 1863) et Georges (1880-1883)

Edouard-Ernest Rasseneux (1843-1882) et Gustave-Emile Rasseneux (1836-1898), tous deux peintres en bâtiment, qui ont également assisté leur père.
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Mar 3 Fév 2009 - 16:07

Voila un historique très intéressant sur l'Algérie et tous ces hommes ayant servi la Veuve.
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Jourdan coupe tête
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Mar 3 Fév 2009 - 18:14

La guillotine en service en Algérie...

http://moe.mabul.org/up/moe/2009/02/03/img-181251w93fq.jpg.html

Exposée au Musée Central de l'Armée
situé à Riadh el Feth à Alger
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piotr
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MessageSujet: Bravo !!!!!   Mar 3 Fév 2009 - 20:25

Probably the first photo of the guillotine from Algier in our forum bounce
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Mar 3 Fév 2009 - 20:40

http://moe.mabul.org/up/moe/2009/02/03/img-203819q4htc.jpg.html

Une triple exécution en Algérie (Petit Journal, 11 juillet 1909)

Le 30 juin 1909, à Bossuet, les trois assassins de l’inspecteur des forêts Dubois et du brigadier forestier Barbier sont conduits en charrette sur le lieu de leur exécution, place de l’église. Le cortège se compose de fantassins et de spahis à cheval. Les condamnés se nomment Cheikh ould Cheikh, Mohamed Ben Slimane et Nour Bouchta.
La durée des trois exécutions a été de six minutes.
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Mer 4 Fév 2009 - 20:09

La guillotine et les exécuteurs en Algérie (1842-1900) (4)

Gustave-Emile Rasseneux

Né le 9 décembre 1836 à Saint-Omer, il accompagne son père lorsque celui-ci est nommé exécuteur en Algérie.
Il apprend le métier aux côtés de celui-ci, comme exécuteur-adjoint. Mais les exécutions n’étant pas très nombreuses, il exerce en parallèle une activité de peintre en bâtiment.
Après la démission de son père, en 1884, il est naturellement appelé à lui succéder. Il est officiellement nommé à ce poste le 1er mars 1885. Sa première exécution en qualité d’exécuteur en chef à lieu à Alger, le 8 septembre 1885.
Son principal adjoint est Anatole Deibler, son neveu, avec qui il effectuera une partie de sa carrière.
Plusieurs incidents survenus dès ses premières prestations lui ont valu les sarcasmes de la presse.
Selon certaines sources il aurait été révoqué. En 1892, il fut remplacé par son adjoint Pierre Lapeyre.

Il épousa à Alger, le 21 décembre 1861, Françoise Grosburde, couturière, née le 27 juillet 1834 à Bruley, en Meurthe-et-Moselle. L’un des témoins de cette cérémonie était son beau-frère, Louis-Antoine-Stanislas Deibler. Ils n’eurent pas d’enfant.

A Alger, il résida successivement 4 rue du chameau, rue du Cafetan et enfin, au n°43 de la rampe valée, au dessus de la Casbah.

Gustave Rasseneux mourut à son domicile, dans la soirée du 25 novembre 1898, âgé de 62 ans.

(à suivre)


Dernière édition par Jourdan coupe tête le Jeu 5 Fév 2009 - 19:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Jeu 5 Fév 2009 - 13:50

La guillotine et les exécuteurs en Algérie (1842-1900) (5)

La première exécution de Gustave Rasseneux et Anatole Deibler

Six mois après leur nomination aux postes d'exécuteur et d''exécuteur-adjoint des sentences criminelles d'Algérie, Gustave Rasseneux et Anatole Deibler reçoivent leur première convocation pour procéder à une exécution.
Le condamné est un sicilien nommé Francisco Arcano, âgé de vingt-six ans, assassin d'un colporteur juif en décembre 1884.
L'exécution a été fixée au 8 septembre 1885, sur l'esplanade de la prison civile d'Alger.
La veille, dès 21 heures, un important cordon de sécurité composé de zouaves, de chasseurs à pied, de hussards, de gendarmes et d'agents de police des cinq arrondissements d'Alger se met en place pour contenir la foule.
Vers 23 heures, Rasseneux et ses aides vont chercher les bois de justice remisés dans un petit bâtiment situé en face de la prison.
Alors que l'exécuteur et ses équipiers s'apprêtent à monter la guillotine à l'endroit habituel, l'avocat général de Moiron vient leur donner l'ordre de l'installer en face de la porte de la prison, de façon à éviter au condamné un parcours de 400 mètres.
A la lueur de deux falots, commence le montage de la machine : d'abord le parquet, puis le vissage des deux grands bras, l'installation du chapiteau… On amène alors un sac noir qui semble très lourd, c'est le couperet. Accroché à une corde passant dans une poulie, il est hissé au faîte de la guillotine. Gustave Rasseneux le fait glisser plusieurs fois pour s'assurer de son bon fonctionnement.
Le 8 septembre, à 5 heures, Arcano est réveillé. Un interprète italien l'aide à comprendre la procédure. Les aides de l'exécuteur lui lient les mains et les pieds. Il proteste : "- Vous n'avez rien à craindre, je marcherai tranquille et ne ferai pas de bêtises. Pourquoi m'attacher les pieds ?"
A 5 heures 35 le condamné sort de la prison. Deux aides le soutiennent. Deux prêtres les précèdent avec un crucifix. Arrivé au pied de la guillotine, Arcano demande à parler à la foule. Il est poussé sur la bascule et, en quelques secondes, le couteau s'abat.
Tandis que le corps est emmené dans un corbillard, Rasseneux et ses adjoints procèdent immédiatement au démontage de la machine. Les bois sont rangés dans des caisses qui sont ensuite placées sur une charrette. Les outils du bourreau sont ramenés dans leur remise.

(à suivre)
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Ven 6 Fév 2009 - 23:36

La prison civile d’Alger, appelée aussi prison Barberousse.

http://moe.mabul.org/up/moe/2009/02/06/img-233454myik6.jpg.html

Jusqu’en 1884 la guillotine était dressée sur le terrain vague qui s’étend entre la prison, la rampe valée (où ont habité plusieurs générations d’exécuteurs) et les anciennes fortifications turques d’Alger.
A l’endroit précis où elle devait être montée, quatre pierres de taille avaient été scellées dans le sol pour en faciliter l’aplomb. On pouvait encore les voir à la fin du XIXe siècle.
Ensuite, les exécutions eurent lieu juste devant la porte de la prison.
La toilette des condamnés se faisait dans le vestibule, dans une cage entourée de grilles qui servait habituellement de parloir.
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Sam 7 Fév 2009 - 20:08

La guillotine et les exécuteurs en Algérie (1842-1900) (6)

L’exécution du 8 septembre 1886

Un an, jour pour jour, après l’exécution de l’italien Arcano, Monsieur d’Alger est à nouveau appelé à dresser les bois de justice devant la prison d’Alger.
L’opération aura lieu le 8 septembre 1886, à cinq heures du matin. Le supplicié est un jeune homme de 25 ans, du nom de Ahmed ben Mohamed ou Ali, condamné à mort pour avoir tué son frère de deux coups de pistolet, le 24 octobre 1885.
La veille, vers 23h30, Gustave Rasseneux, Anatole Deibler et un autre aide ont procédé au montage de la guillotine sous la protection d’une équipe d’agents de police.
A l’aube, on réveille le prisonnier et on procède à la traditionnelle « toilette » dans le vestibule de la prison. Mohamed ou Ali est assis sur un escabeau. On lui lie les mains avec une forte ficelle et, avec un autre lien, on lui entrave les jambes de manière à ce qu’il ne puisse marcher qu’à très petits pas. Le bourreau lui déchire le col de sa gandoura.
A 5h20, le cortège sort de la prison. A la vue de la guillotine, le condamné perd son sang froid et se révolte. Il ramasse sa tête sur ses épaules et se défend énergiquement. Il résiste aux deux aides qui le soutiennent. Gustave Rasseneux est obligé de leur prêter main forte pour l’installer sur la bascule. A eux trois, non sans peine, ils parviennent à lui engager la tête dans la lunette. Plusieurs minutes se passent. Enfin, à 5h27, un coup sec retentit et la tête de Mohamed ou Ali va rouler à quelques mètres. Elle est encore animée de contractions musculaires qui font remuer le front et les lèvres. Un jet de sang a inondé la bascule. Le condamné s’est livré a de tels efforts pour se dégager de la lunette que son visage a été coupé en deux parties. Le couteau a pénétré les chairs en rasant les oreilles et en descendant directement jusqu’au menton. Son corps est déposé dans un cercueil pour être transporté au cimetière européen.

(à suivre)
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Dim 8 Fév 2009 - 20:59

La guillotine et les exécuteurs en Algérie (1842-1900) (7)


L’horrible double exécution de Saint-Denis-du-Sig

Saint-Denis-du-Sig est un chef-lieu de canton d’environ 9000 habitants, sur la rive droite du Sig, à 52 kilomètres au Sud-Est d’Oran. On y accède par le chemin de fer d’Oran à Alger. Dans la nuit du 4 au 5 décembre 1885, six indigènes sont surpris lors d’une tentative de cambriolage de la principale boulangerie de la commune. Au cours de la lutte, le boulanger Joseph Bellier, 55 ans, et son commis Perez-Philippe Walter, 19 ans, son tués, ainsi qu’un des agresseurs. L’enquête de gendarmerie, rapidement menée, permet l’arrestation du reste de la bande. Jugés devant la cour d’assises d’Oran, Miloud ben Lebna et Mohamed Bouazza, identifiés comme les auteurs des coups mortels, sont condamnés à mort le 16 juillet 1886.

Le jour de l’exécution est fixé au samedi 2 octobre 1886, sur le lieu même où ont été commis les crimes. La veille, les deux condamnés ont été transférés d’Alger à Saint-Denis-du-Sig, où ils sont arrivés par le train de midi. Précédés par Monsieur d’Alger et ses trois adjoints, débarqués plus tôt dans la matinée. Pour l’heure, le principal problème de Gustave Rasseneux, le bourreau, est de faire acheminer les bois de justice (750 kilos) vers l’endroit choisi par les autorités. Une grande partie de la journée se passe en vaines recherches pour trouver un transporteur. Personne ne veut se charger de la lugubre besogne. Finalement, vers 18 heures, le juge de paix fait procéder à une réquisition et la guillotine peut enfin être transportée. Elle arrive, vers 20 heures, sur la petite place du marché, où elle doit être dressée en face de la maison Bellier. En attendant l’arrivée d’un bataillon de zouaves, venant d’Oran, le service d’ordre est assuré par les pompiers du Sig et des goums.

Le montage des bois de justice, commencé aux environs de minuit, s’achève vers trois heures du matin. Monsieur d’Alger procède alors aux ultimes vérifications : le mouton et son couteau coulissent parfaitement dans les rainures de cuivre.

La nuit est courte. Dès 5 heures 20, l’exécuteur se présente à la prison civile. On réveille les condamnés. Au niveau des autorités, une discussion s’engage à propos de la remise des corps. La justice ayant accepté que les têtes ne soient pas rendues. Ce qui, du point de vue religieux, est contraire à la tradition musulmane. On consulte le cadi, on discute du coran, pour finalement s’en tenir aux directives officielles.
Second incident. Gustave Rasseneux « selon la vieille tradition de sa famille » refuse de signer la levée d’écrou. M. Etienne, inspecteur des prisons, finit cependant par l’y décider.

Il est six heures. Les condamnés, les jambes entravées, sont hissés dans un tombereau où prennent place également les aides de l’exécuteur. Ce dernier marche derrière. Le véhicule attelé d’un mulet se met en route escorté de dix gendarmes à cheval et sept gendarmes à pied.

Il fait grand jour quand le cortège arrive sur la place. Un cordon d’une centaine de zouaves forme le carré autour de la guillotine. La foule est nombreuse. Plus de trois-mille personnes, au premier rang desquelles les membres de la famille Bellier.

Mohamed Bouazza est descendu le premier du tombereau. En dix secondes il est jeté sur la bascule. Le mouton s’abat avec un bruit sourd. Il est 6 h 23. Les spectateurs saluent l’exécution par des applaudissements nourris. Le couperet est rapidement remonté et le second condamné est amené à son tour. Cependant, personne ne s’est encore aperçu que la machine a été fortement ébranlée par la secousse. Elle n’est plus d’aplomb, les deux montants ne sont plus verticaux et penchent à droite. Aussi quand le couteau tombe, il est freiné dans sa chute et s’arrête aussitôt après avoir entamé la base du crâne, car le supplicié a fait un mouvement en arrière. Sans s’émouvoir, Rasseneux déboutonne sa redingote et tire de la poche gauche une scie à main. Il place la lame dans la plaie, entre les chairs et le couteau, et donne cinq à six coups pour essayer de sectionner les vertèbres cervicales. Miloud ben Lebna gigote atrocement sur la bascule, maintenu par les trois aides. Ne parvenant pas à détacher la tête, l’exécuteur entreprend alors de remonter le mouton à mi hauteur et le laisse retomber. Nouvel échec. La lame s’est à nouveau arrêtée dans sa course et n’a réussi à trancher qu’une partie de la tête. Un aide lui tend un rasoir pour qu’il finisse l’opération. Sans succès. L’assistance est horrifiée, beaucoup se détournent. Monsieur d’Alger saisit cette fois un marteau et frappe vigoureusement les montants pour les écarter. Puis il remonte encore le couteau qui s’abat pour la troisième fois. C’est enfin terminé. Toutefois la tête de Miloud n’est pas tombée dans le récipient où se trouve déjà celle de Bouazza. Elle est restée suspendue à la lunette par un mince lambeau de chair ! Qu’importe, l’exécuteur prend un canif dans la poche de son gilet, l’ouvre et tranche le morceau de peau. Il est 6 h 30, quelques rares applaudissements ponctuent l’horrible spectacle.

Les corps de Miloud ben Lebna et Mohamed Bouazza sont rendus à leurs familles. Sans les têtes à qui on destine un autre sort. Elles sont d’abord transportées à l’hôpital et photographiées. Une première fois dans l’état dans lequel elles sont en sortant du panier, une seconde fois, soigneusement lavées. Puis elles sont l’objet d’un examen méticuleux, réalisé par un élève du laboratoire d’anthropologie de Paris. Quelques jours plus tard, ce dernier adresse son compte rendu à la presse. On y apprend que les visages des suppliciés présentent une expression de calme. « La tête de Bouazza semble encore pleine de vie. Les paupières ouvertes laissent voir un œil limpide. Le couperet a séparé la tête du tronc entre la seconde et la troisième vertèbre. C’est le modèle parfait du type arabe […] Miloud a les traits moins calmes. Il est du type kabyle, blond aux yeux bleus. Le couteau a glissé sur la partie inférieure de l’occipital sans l’entamer. Il a passé entre l’atlas et l’axis (première et seconde vertèbre) pour s’arrêter au dessous après avoir sectionné les carotides. » A la fin, le scientifique s’autorise à conclure : « La victime était morte lorsque le bourreau a cru nécessaire de trancher les derniers lambeaux de chair. »
Chose extraordinaire, mais apparemment assez courante à l’époque, les têtes de ben Lebna et Bouazza ont ensuite été embaumées et offertes au nouveau musée d’Oran.

L’horrible exécution de Saint-Denis-du-Sig souleva l’indignation du public, relayé par toute la presse algérienne et quelques journaux étrangers. Mais on en parla peu en France. Gustave Rasseneux était blâmé pour son impéritie. Avait-il correctement monté sa machine ? Ce n’était d’ailleurs pas la première fois qu’il procédait aussi maladroitement à une exécution. Et son adjoint, Anatole Deibler ? Certains journaux surent lui rappeler cet épisode plusieurs années après son retour en France.

Le Charivari Oranais, dans son édition du 10 octobre 1886, publia sur toute sa première page un dessin représentant « la double exécution capitale du Sig » réalisé d’après un croquis pris sur place par son dessinateur. En fait, une illustration à charge montrant le bourreau et ses aides, têtes nues, en vestes et gilets, procédant à la décapitation du condamné. Le premier tenant une scie, les deux autres une paire de ciseaux et un rasoir. Quant au Petit Algérien, dès le 5 octobre, il décrivait ainsi monsieur « Razenoeud » : « Tout comme la société chorale, le bourreau fait du bruit dans Landerneau. Cet habile exécuteur ne se contente plus de l’instrument du docteur Guillotin. Il y apporte des raffinements et des perfectionnements d’artiste. Et il vous tranche l’artère carotide avec une élégance toute personnelle. Absolument comme vous et moi découpons une tranche de gigot. Je crois qu’il serait bon de laisser ce fonctionnaire sanguin sans gain !... Ce n’est plus un bourreau, c’est un charcutier. Supprimons la guillotine, s’y a comme cela des gâte-métiers, et remplaçons-la par la batterie électrique qui foudroie sans une goutte de sang. »

(à suivre)
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Dim 8 Fév 2009 - 22:40

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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Dim 8 Fév 2009 - 23:24

J'ai du mal à croire ce que j'ai lu, i.e. qu'un homme ayant reçu un couperet sur le col puisse e^tre encore conscient après coup. Question Question Question Question
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Lun 9 Fév 2009 - 16:45

Jourdan, c'est vraiment impressionnant ! Vous tenez là un excellent livre ! Bravo ! Smile

_________________
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Lun 9 Fév 2009 - 17:00

Sywan a écrit:
Jourdan, c'est vraiment impressionnant ! Vous tenez là un excellent livre ! Bravo ! Smile
Bonsoir à toute l'équipe !
Jourdan, on attend la suite avec impatience !!! :cheers:
Merci encore...
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Mar 10 Fév 2009 - 14:37

C'est un article tres interessant avec sans aucun doute beaucoup de details veridiques... Je me pose quand meme la question sur la veracite de l'episode de Saint-Denis-du-Siq... ca ressemble beaucoup aux autres descriptions d'executions manquees (Louis XVI, Neel, Gorguloff, Lefevre, Weidmann etc.) ainsi qu'aux experiences de survie sur les tetes coupees (Menesclou et Languille) et tous ces temoignages se sont reveles faux.

En general, les auteurs de tels articles ont un motif ulterieur, soit l'abolition de la peine de mort ou dans ce cas ci, le remplacement de la guillotine par la chaise electrique?

La guillotine d'Alger en 1886 etait le modele 1868 avec les jambes de force en acier boulonnees au cadre ce qui rend totalement improbable le fait que la guillotine se soit desalignee a la suite d'une secousse surtout au point ou le mouton se soit coince. La tete mal coupee que l'on doit finir au couteau c'est tres probable... mais de la a finir un condamne qui n'est pas encore mort a la scie? Je n'y crois pas.


Dernière édition par Boisdejustice le Mar 10 Fév 2009 - 15:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Mar 10 Fév 2009 - 14:48

Cet article semble confirmer qu'une des executions fut loupee... Il parle de 3 executions en 1887 (au lieu de 2 en 1886) mais ca doit etre la meme histoire car le reste des faits est conforme a ton article. Par contre il parle d'une guillotine montee sur un echafaud... La guillotine, modele Berger 1868, fut mise en service en Algerie avant le decret du 25 Novembre 1870 donc il n'y aurait pas du y avoir un echafaud en 1886.

http://sigoise.free.fr/spip/spip.php?article76


Dernière édition par Boisdejustice le Mar 10 Fév 2009 - 20:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Mar 10 Fév 2009 - 14:51

Boisdejustice, je m'étais fait la même réflexion à propos de cet épisode de la scie...Pour Gorguloff, c'était, paraît-il, avec une clé à molette... scratch
Bonne journée.
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