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 Exécutions en Algérie

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hdesmorest
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Ven 17 Sep 2010 - 17:58

Quelques exécutions d' européens guillotinés en Algérie :

- Ferdinand Louis Victor Gosselin : 10 mars 1852 à Alger

- François Ravis : 19 mai 1853 à Alger

- Ginès Lopez et Antonio Sanchez : 8 juin 1857 à Oran

- José Soriano : 18 mars 1867 à Mascara

- Lino Rodriguez : 27 avril à Souk-Ahras

- José Garcia : 6 septembre 1872 à Oran

- Auguste Placide Combier : 22 octobre 1875 à Philippeville

- Joseph Caravaca : 26 juillet 1881 à Alger

- Vincent Previtera : 7 avril 1896 à Alger

- Noël Nicollet : 29 janvier 1898 à Guelma

- Juan Vidal : 24 mai 1910 à Alger

- Pédro Galera : 7 mai 1913 à Alger
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hdesmorest
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Dim 19 Sep 2010 - 22:16

Boisdejustice a écrit:
Je viens d'acquerir cette nouvelle photo d'une execution en Algerie ou en Tunisie. C'est une copie-papier datant d'une soixantaine d'annees et c'est la meme execution qu'on voit sur au moins deux autres photos. Sur celle-ci on voit le condamne sortant du fourgon soutenu par deux aides alors que le photographe l'attend derriere la guillotine. En analysant ces photos j'ai conclu qu'il s'agit au moins d'une double execution car on voit une photo de la meme scene quelques instants plus tard et les executeurs remontent la lame et ont redresses la bascule ce qu'ils ne feraient pas s'il n'y avait pas un second condamne.
Quelqu'un connait-il plus de details sur cette execution? Une indication: Les uniformes et les fusils datent d'environ 1915.

Boisdejustice,

Dans le cas d'une exécution tunisienne, et avec l'indication de date que vous donnez (+/- 1915), il est possible que ce soit celle du 26 octobre 1912 à Tunis, suite à l'affaire dite Affaire du Djellaz". Mais bon, cela ne reste qu'une double hypothèse scratch


Dernière édition par hdesmorest le Lun 20 Sep 2010 - 0:01, édité 1 fois
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Boisdejustice
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Dim 19 Sep 2010 - 23:30

Un informateur anonyme m'a envoye un message indiquant que les fusils sont du modele Lebel 1886 "avec quillon non-modifie" donc "photo anterieure a 1915"...
L'execution est au moins une double car dans la sequence des trois photos les bourreaux remontent le couperet sur la photo No. 3 apres avoir execute le condamne qu'on voit dans la photo No. 2. J'ai envisage que la photo No.3 aurait put etre prise durant le montage, mais la position du fourgon est EXACTEMENT la meme (y compris la portiere) que sur la photo No.2 donc l'ordre dans lequel je place les 3 photos doit etre correct.
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Bill
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MessageSujet: Exécutions pendant la guerre d'Algérie   Lun 1 Nov 2010 - 11:02

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Adelayde
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MessageSujet: Mitterrand   Lun 1 Nov 2010 - 15:48


Je partage l’excellente analyse de Benjamin Stora. Mitterrand appartient à l'espèce des abolitionnistes à géométrie variable. Suspect Le personnage n’éprouvait aucun état d’âme dans les années 50 lorsqu’il s’agissait de couper en deux les nationalistes algériens : il en fait liquider 45 en 16 mois de présence au Ministère de la Justice. Qui dit mieux ?

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fouche
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Lun 1 Nov 2010 - 19:53

Pas d'accord.

Mitterrand a été sincérement abolitionniste, et a même pris le risque électoral de le confesser en 1981, en annonçant clairement à une opinion tres majoritairement favorable à la peine de mort qu'il ferait usage systématique de son droit de grâce. A l'époque, il était au coude à coude avec VGE, qui lui a déclaré vouloir maintenir la PDM, aucune voix n'était à perdre ! Donc laissons un peu de côté le traditionnel "bonnet blanc et blanc bonnet" ou le "tous pourris".

Quant à la guerre d'Algérie, il semble bien que FM, pourtant peu porté sur les remors (loin s'en faut), en a discrètement exprimé. Du moins si j'en crois son excellente biographie signée Jean Lacouture ( cf. éd. Seuil, vol 1 page 161).
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petite lucarne
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Jeu 4 Nov 2010 - 10:42

Lorsque François Mitterand s'engage sans la moindre ambiguïté à abolir la peine de mort, cette position est même une prise de risque non négligeable. À l'époque les sondages indiquent clairement que la très grande majorité de la population est favorable au maintien de la guillotine.

Il faut relire l'ensemble de sa déclaration :

Citation :
Dans ma conscience, dans la foi de ma conscience, je suis contre la peine de mort. Et je n'ai pas besoin de lire les sondages qui disent le contraire : une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Eh bien moi, je suis candidat à la présidence de la République. Je dis ce que je pense, ce à quoi je crois, ce à quoi se rattachent mes adhésions spirituelles, ma croyance, mon souci de la civilisation. Je ne suis pas favorable à la peine de mort

Qu'on soit contre ou pour la peine de mort, difficile de voir dans une prise de position aussi claire un calcul. Même Badinter se dit surpris par tant de fermeté. Il exclut dans l'Abolition que François Mitterand ait voulu se donner une stature d'homme de principe pour contrer l'image d'un habile opportuniste. En outre 3 jours seulement après cette déclaration le pourvoi de Philippe Maurice est rejetté. La question de la peine de mort cesse d'être théorique et se pose directement aux deux candidats avec les pressions qu'on peut imaginer.

Alors, comment expliquer que le même politique a si souvent refusé la grâce quand il était Garde des Sceaux ?

Le contexte politique était très différent. Le contexte de guerre et donc la raison d'État primaient. Mais surtout dans les années 50 les hommes politiques abolitionnistes n'étaient pas nombreux. Ne jugeons pas une décision politique de cette époque avec les critères des années 70.
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petite lucarne
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Jeu 4 Nov 2010 - 12:15

Bonjour Michel j

Je ne vois pas vraiment l'intérêt politique qu'avait Mitterand à se dire abolitionniste à ce moment. En le faisant il se campe bien sûr en homme de gauche. On peut dire qu'il veut briser l'image de politicien girouette et manoeuvrier pour se montrer comme un homme de convictions. Mais avait-il besoin à ce moment de la campagne de donner des gages à son camp ? La campagne se gagne au centre. En s'engageant aussi explicitement sur un sujet très clivant qui n'est pas au centre des débats, il risque d'effrayer une partie de l'électorat.

Sur ce point, j'ai tendance à croire à la sincérité de cet homme qui n'en était pourtant pas un modèle. Ce revirement sur la peine de mort est à mon avis plutôt révélateur de l'évolution d'un homme mais aussi de l'ensemble de la gauche sur ces questions.
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petite lucarne
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Jeu 4 Nov 2010 - 15:55

L'opportunisme je le verrais plutôt dans l'attitude de Mitterrand dans les années 50. A ce moment il a 40 ans, il est ambitieux et a un parcours complexe qui peut le desservir. Il veut s'imposer comme homme d'état. Je peux croire qu'il est déjà philosophiquement opposé à la peine de mort. Mais d'un point de vue de real-politique il choisit d'incarner la fermeté. Son action est d'ailleurs conforme à la ligne gouvernementale .

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piotr
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Jeu 6 Jan 2011 - 13:27

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Arnold
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MessageSujet: Peine de mort en Algérie   Lun 14 Mar 2011 - 5:29

Un Algérien, principal auteur d'un crime crapuleux, vient d'être condamné à mort.

En juin 2004, le ministre algérien de la justice avait annoncé l'abolition prochaine de la peine de mort. A cette date, aucune exécution n'avait eu lieu depuis 1993, la dernière en date étant celle d'un pilote d'Air Algérie et d'un de ses complices impliqués dans l'attentat à la bombe de l'aéroport d'Alger qui avait fait plus d'une quarantaine de morts.

L'abolition n'a cependant jamais été prononcée. En lieu et place, un moratoire sur les exécutions capitales a été adopté.

L'abolition est revenue sur le devant de l'actualité en 2010, mais a fait l'objet d'une vive opposition de la part d'une partie du clergé (voir l'article de La Kabylie.com).

Aujourd'hui, le moratoire est toujours en vigueur, ce qui n'empêche pas les tribunaux de prononcer des peines capitales en application d'un code pénal qui n'a pas été modifié sur ce point. Le meurtrier qui vient d'être condamné à mort ne sera probablement jamais exécuté.
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Sam 11 Juin 2011 - 18:59

Au cours de recherches, je suis tombé sur une carte postale de 1909.
Le rédacteur de cette carte mentionne qu'il vient de participer à une exécution capitale en tant que aide-exécuteur (en Algérie).
La carte et toutes les explications ici : http://afn.collections.free.fr/pages/46_bulletin/costa.html

L'exécution est celle de Meriah-ben-Zehouani BOUBECKEUR, journalier, né en 1887, exécuté à Yusuf, le 21-10-1909.
— Condamné le 06-08-1909, pour assassinat suivi de vol dans la nuit du 30 au 31 octobre 1908 à Yusuf, dans le canton de La Calle sur la personne de la veuve Durand (Archives nationales) —


L'assassin Bou Beckeur a expié, hier, son crime
Bône, 22 octobre.

L'indigène Bou Beckeur, l'assassin de la veuve Durand, a expié ce matin son crime sa tête est tombée sous le couperet, dans le village de Yusuf, où il avait été transféré hier soir.
La guillotine se dressait à quinze mètres de la geôle, derrière le mur d'une maison formant angle. Le condamné, pendant ce court trajet, a tenté de se dérober, mais les aides l'ont maintenu et jeté sur la bascule.
L'exécution a duré deux secondes à peine. Dix minutes se sont écoulées entre le réveil et la mort.
Le corps du supplicié a été conduit au cimetière sur un brancard en bois porté par quatre Arabes, après avoir été ficelé par eux dans un vieux burnous.
Pieds nus, sommairement vêtu, le père du supplicié suivait le cortège funèbre à cinquante mètres de distance, seul, impassible, sans manifester d'émotion.


Quotidien Le Petit Parisien.
Source : Gallica.




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Benny
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Sam 11 Juin 2011 - 23:26

Exécuté plus de 14 mois après la condamnation ?
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Sam 11 Juin 2011 - 23:56

Smile Non, j'ai revérifié, Benny, et donc j'ai rectifié. Condamné le 06-08-1909 (et non 1908 ) No Donc, exécution, 2mois 1/2 après.
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MessageSujet: Triple exécution à Bossuet   Mar 14 Juin 2011 - 9:03

1909 — Exécutions à Bossuet/Daya de :

—  Boucheta-Ould-el-Hadji, 36 ans, journalier
Cheikh-ould-Cheikh, 31 ans, journalier
Mohamed-ben-Sliman, 29ans journalier.
                                                                                                                                 
Motif de la condamnation : crimes concomitants, d'assassinats et de vols qualifiés commis en bande le 16 septembre 1906 dans la forêt de Daya, près de Bossuet, sur les personnes du sieur Dubois, inspecteur des forêts et du sieur barbier, brigadier.
Juridiction : cour criminelle d'Alger
Date de rejet : 26-06-1909
Remarques : l'arrêt de condamnation prononcé le 24 juin 1908 par la cour criminelle de Sidi-bel-Abbès fut cassé et l'affaire renvoyée à celle d'Alger (dossier 6092 S08 joint à celui-ci); les " condamnés ont été  exécutés le 28 juin 1909 à Bossuet.
B/24/2099 dossier n° : 11366 S08                                                                     d
(Source : Archives nationales).
________________________

Quotidien Le Petit Parisien, du 29-06-1909.
(source : gallica.bnf.fr)

TROIS TÊTES VONT TOMBER

Les Arabes meurtriers transférés à Daya.
Précédant de quelques pas seulement la guillotine, ils sont amenés sur le lieu de l'exécution, encadrés de troupes nombreuses qui tiennent en respect la population indigène.


Bossuet, 27 juin


Les bois de justice, partis hier matin d'Alger, sont arrivés hier soir par le train de huit heures à Bel-Abbès, ainsi que le bourreau et ses aides, mais la présence de ces derniers a passé presque inaperçue grâce à la discrétion observée par les initiés. Ce matin à sept heures et demie, sous prétexte de leur faire subir un dernier interrogatoire sur les lieux du crime, les condamnés ont été prévenus qu'ils allaient être conduits à Daya.

Quelque peu inquiets de cette mesure, les bandits ont été extraits de la prison centrale et conduits en voiture à la gare, escortés par des gendarmes et un peloton de spahis. Ils ont pris place dans un compartiment réservé, et à huit heures le convoi s'est ébranlé, emportant les trois condamnés, les magistrats du parquet, le bourreau, ses aides, et la lugubre machine, ainsi que deux cents hommes du 1er étranger, chargés du service d'ordre. J'ai rejoint le convoi à Magenta où il est arrivé à 11 heures.

De Magenta à Bossuet

Les assassins, étroitement enchaînés, sont conduits dans une salle d'attente de la gare sous la surveillance du bourreau. On décharge de leur fourgonles bois de justice et ou les met sur une charrette. La sinistre machine est enveloppée de couvertures, pour la dissimuler aux yeux des condamnés. Ces derniers sont alors installés sur une autre charrette, qui rappelle étrangement, par sa rusticité, celles que l'on employait autrefois pour le transport des condamnés sur le lieu du supplice.

Dès les misérables y ont pris place, l'un d'eux, Noust Bouchta, qui sait bien maintenant le terrible sort qui l'attend, mais qui a toujours conservé son attitude arrogante et énergique, en dépit des longs jours de prison qu'il vient de subir, se tourne du côté de la foule nombreuse qui entoure la gare et, s'adressant aux indigènes présents, il proteste d'une voix, forte de son innocence, déclarant que ses deux camarades seuls sont coupables.

Enfin au moment où le convoi s'ébranle, pour prendre le chemin de Bossuet, il s'écrie : « Vengez-moi, et si vous êtes des hommes, nous le verrons bien demain. »
L'attitude des deux autres condamnés est lamentable. Affaissés sur leurs sièges, ils regardent la foule avec hébétude, ayant sur le visage un affreux rictus. Mais voici les condamnés en route.
  
En tête, s'avance une section de goumiers et de gardes forestiers, sous la direction du garde général des forêts, viennent ensuite les caïds et les chefs de douar de la région, dirigés par l'administrateur, M. Vauthier, puis une section du 1er étranger, commandée par le lieutenant Bouilli, et précédant la charrette où se trouvent liés les condamnés encadrée d'un peloton de gendarmes, ayant à leur tête le lieutenant Cointot. Enfin, viennent les légionnaires, commandés par le capitaine Taute et le lieutenant Robert, puis les bois de la sinistre machine.

De temps à autre, nous voyons apparaître sur les crêtes environnantes, le burnous rouge d'un caïd ou celui de quelque cavalier, qui tranchent sur le vert sombre de la forêt. Ce sont les postes de surveillance établis sur tout le parcours par mesure de prudence. Car on sent bien une sourde hostilité chez les indigènes, ils voient d'un mauvais œil tous les apprêts de la lugubre cérémonie au cours de laquelle vont tomber trois têtes musulmanes.

Sur le lieu du crime

Le convoi avance toujours, et nous arrivons en face d'un humble monument de pierre, placé en bordure de la route. C'est là que les malheureux Dubois et Barbier ont été assaillis par les meurtriers. Enfin, nous voici à Daya, gentil village environné de verdoyantes montagnes. Le convoi avance au milieu d'une foule de curieux, massés sur le bord de la route et, sur plus d'un visage, nous prouvons lire, la grande satisfaction que les colons éprouvent à voir donner cet exemple absolument nécessaire.

On s'arrête en face de la redoute, et les condamnés sont conduits au pénitencier militaire, où ils seront étroitement surveillés, pendant que le bourreau va prendre les instructions du procureur de la République. Il a été décidé que l'échafaud serait dressé cette nuit même sur la place, devant l'église du village.
Pour parer à toute éventualité, une section du 1er étranger campera jusqu'au jour autour de la sinistre machine, et des patrouilles de tirailleurs feront fréquemment des rondes. L'exécution aura probablement lieu à cinq heures du matin.


Pour parer à toute éventualité, une section du 1er étranger campera jusqu'au jour autour de la sinistre machine, et des patrouilles de tirailleurs feront fréquemment des rondes. L'exécution aura probablement lieu à cinq heures du matin. [/font]
_________________________

Quotidien Le Petit Parisien
(source : gallica.bnf.fr)



La place de Bossuet et l'endroit (x) où s'élevait l'échafaud.
Dans les médaillons, les deux victimes du crime de Daya. A gauche l'inspecteur des forêts Dubois, à droite : le brigadier forestier Barbier
                                                                                                                             
(De notre correspondant particulier)

Bossuet, 28 juin.

L'œuvre de justice est faite : Les trois assassins de l'inspecteur des forêts Dubois et du brigadier Barbier ont expié leur forfait. Voici le compte-rendu détaillé de cette triple exécution qui, hâtons-nous de le dire, a produit une impression profonde sur les nombreuses personnes venues des villages environnants pour assister au châtiment des coupables.

Ainsi que je vous l'ai dit hier, la guillotine a été dressée, dans la nuit, au centre d'un vaste quadrilatère borné au nord par l'immense plaine de Taouilila, au sud par le Djebel Naima au dessus duquel se profile, sur l'azur bleu du ciel, le poste de télégraphie optique, à l'est par le Djebel Bouhalf et à l'ouest par une rangée de maisons parmi lesquelles se trouve la mairie. Les deux bras de la sinistre machine se profilent sur la montagne verdoyante qui lui fait un magnifique écran.

Il est minuit. Avant d'aller prendre quelques instants de repos, je me rends sur les lieux de l'exécution où le spectacle est vraiment curieux. Autour de l'échafaud sont édifiées les tentes des légionnaires chargés d'en assurer la garde. Les paroles de quelques rares curieux et les pas des sentinelles troublent seuls le silence de la nuit. Un magnifique clair de lune projette sur ce décor une douce clarté.

A trois heures et demie du matin, je sors pour me rendre sur le lieu de l'exécution. Le temps est magnifique : de nombreux colons des environs, les habitants de Bossuet et plusieurs Bel-Abbésiens, venus en automobile, sont déjà groupés autour de l'échafaud. Mais voici que les soldats refoulent tout le monde et, un instant après, les deux cent légionnaires venus de Bel-Abbès forment un carré d'environ 100 mètres de côté destiné à maintenir les curieux qui, maintenant, sont très nombreux.

Beaucoup d'entre eux, parmi lesquels des femmes, ont envahi les toitures des maisons environnantes ou sont groupés sur les arbres des alentours. Je remarque avec une vive surprise l'abstention, pour ainsi dire complète, de la population musulmane. Seuls, quelques rares indigènes se trouvent parmi les curieux. Et comme je demande des explications sur ce fait, on me répond que leur absence avait été décidée depuis longtemps déjà pour manifester contre le mode d'exécution imposé aux condamnés, qu'ils auraient préféré voir fusiller. Mais voici M. Lapeyre et ses aides, qui arrivent pour s'assurer du bon fonctionnement de la sinistre machine. L'exécuteur fait jouer plusieurs fois le déclic, puis, satisfait, attend que les coupables lui soient livrés.

Afin d'éviter aux condamnés un long trajet de six cents mètres, qu'ils auraient eu à accomplir pour se rendre du pénitencier militaire où ils ont passé la nuit sur le lieu de l'exécution, il avait été décidé hier qu'ils seraient transférés à la mairie du village située à environ 30 mètres de l'échafaud, et que là seulement leur serait révélé officiellement l'horrible sort qui les attend et qu'ils connaissent d'ailleurs depuis la veille. A quatre heures et demie les condamnés sont extraits de leur cellule et conduits dans une voiture fermée, escortée d'un peloton de gendarmes à la mairie où ils sont introduits par une porte opposée à celle qui fait face à la guillotine.
 
Il est exactement cinq heures moins un quart quand M. Leclerc, procureur de la République, qui a dirigé avec le plus grand sang-froid et un tact parfait ces lugubres préliminaires, pénètre dans la cour où se trouvent les condamnés. II s'adresse à eux en ces termes qui sont immédiatement traduits en langue arabe par un interprète : « Cheikh ould Cheikh, Mohamed ben Sliman, Nour Bouchta, je vous ai menti hier, quand je vous ai déclaré qu'on vous amenait à Daya pour un supplément d'information. Le Président de la République a rejeté votre pourvoi en grâce et vous êtes condamnés à la peine de mort pour expier le crime que vous avez commis sur Dubois et Barbier. »

Les deux premiers condamnés écoutent impassibles la terrible sentence. Seul Nour Bouchta proteste encore de son innocence. Le muphti s'avance alors et d'une voix que l'émotion rend tremblante, il leur adresse de suprêmes exhortations qui sont écoutées religieusement par les trois condamnés, qui, après avoir refusé les petits verres et les cigarettes qu'on leur offre, sont remis entre les mains du bourreau.

Les condamnés sont conduits dans une salle où M. d'Alger et ses aides procèdent rapidement à la dernière toilette. Pendant cette opération qui dure à peine trois minutes pour chacun des condamnés, ces derniers murmurent des prières. Seul Mohamed ben Slimane prend la parole pour recommander aux aides de « faire doucement parce qu'il est malade. »



Pierre Lapeyre, M. d'Alger, qui procéda à l'exécution

Sous le couperet

A 5 h. 7, la porte de la mairie s'ouvre et Cheilk ould Cheik s'avance, pâle et défait, soutenu par les aides. Il tient les yeux baissés. Sans aucune résistance il est couché sur la planche qui bascule. M Lapeyre fait jouer le déclic, le sinistre couperet tombe avec un bruit sourd et une première tête roule dans le panier. Très rapidement l'exécuteur et ses aides essuient avec une éponge le couperet et les montants sur lesquels le sang ruisselle, puis la porte s'ouvre à nouveau et Mohamed ben Slimane apparaît.  
Le malheureux, qui n'est plus qu'une loque humaine, franchit les trente mètres qui le séparent de la sinistre machine, littéralement porté par les aides. Cependant au moment où il bascule sur la planche fatale, le malheureux se débat énergiquement et les aides sont obligés de le pousser et de le tirer par les oreilles pour fixer sa tête dans la lunette. Cette lutte dure l'espace d'une seconde le couperet s'abat une seconde fois et la deuxième tête tombe pendant que deux femmes, sur le toit d'une maison voisine, poussent un horrible cri de frayeur et s'évanouissent.

Enfin, Nour Bouchta, le troisième condamné, parait. Le bandit, dont l'énergie est toujours aussi grande, s'avance droit, d'un pas ferme, en regardant fixement la guillotine. Au moment où il va l'atteindre, il s'écrie une voix forte : 0 vous caïds, O vous Chaouchs, soyez témoins que je récite ma profession de foi.
A peine a-t-il proféré ces paroles, que les aides le saisissent et veulent le placer sur la bascule. Mais le condamné vient d'apercevoir dans le panier les corps des deux autres condamnés,et, avec une vigueur surprenante, il se jette en travers de la planche fatale. Un court instant de lutte sa tête est engagée dans la lunette, nouveau geste de Lapeyre vers le déclic et le bruit au couteau s'entend pour la troisième fois. Justice est faite.  

Il est maintenant exactement 5 h.11. Lapeyre a donc mis quatre minutes seulement pour mener à bonne fin la triple exécution, dont il était chargé et qui a eu lieu, jour pour jour, trois ans après la dernière qu'il ait eu à opérer.Immédiatement après l'exécution, le panier funèbre est chargé sur une charrette et les corps des trois suppliciés sont conduits au marabout de Sidi Bakaredj, situé à environ un kilomètre du village, où trois minuscules fosses ont été creusées pour les recevoir.

Là, j'assiste à une très émouvante cérémonie. Le panier est ouvert et le mokhaden, gardien du marabout, aidé par quelques Arabes qui accomplissent cette besogne avec une visible répugnance, retire les corps des trois condamnés, puis les dépouille entièrement de leurs anciens vêtements pour les glisser avec leur tête dans une gandoura en étoffe neuve. Les lugubres dépouilles sont ensuite placées dans les fosses qui, peut-être, deviendront un lieu de pèlerinage pour les musulmans. Quoi qu'il en soit, c'est avec une profonde et vive satisfaction que tous les colons habitant la région de Daya ont vu s'accomplir cette exécution, attendue depuis si longtemps.

Tous les fonctionnaires, les journalistes et, les personnages officiels qui ont assisté à cet acte de justice ont pu éprouver un frisson d'horreur, mais ils n'en conserveront pas moins un souvenir réconfortant, en son géant que ce terrible châtiment, grandement mérité, portera sûrement ses fruits et sera un gage de sécurité pour l'avenir.

Bossuet - Une partie des installations de la redoute a servi de camp d'internement pendant la guerre de 40 (prisonniers de camps d'internements de l'exagone transférés ici, surtout des communistes), et pendant la guerre d'Algérie. Elle a également été la base arrière du 2ème RPIMA, de mai 1961 à octobre 1961.



Source : (recherche).


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piotr
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Sam 23 Juil 2011 - 23:26

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MessageSujet: Isserville -triple execution   Lun 15 Aoû 2011 - 20:46

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Adelayde
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MessageSujet: Une triple exécution en Algérie - Le crime de Bossuet   Lun 15 Aoû 2011 - 21:52

Une autre triple exécution en Algérie



Nour-Bouchta, l'un des condamnés, harangue la foule avant d'aller à l'échafaud.

Ce fut une scène d'un tragique intense. Les trois assassins de l'inspecteur Dubois et du brigadier forestier Barbier devaient être exécutés à Bossuet. Amenés par chemin de fer de Sidi-bel-Abbès à Magenta, ils furent conduits en charrette au lieu de l'exécution. Mais, avant le départ, l'un d'eux, Nour-Bouchta, dressant sa haute taille et levant vers le ciel ses mains enchaînées, harangua le public d'une voix forte. Pendant un quart d'heure il parla en arabe, s'adressant tour à tour aux Européens et à ses coreligionnaires. Aux premiers, il dit : « Chiens ! Fils de chiens, vous m'envoyez à la mort parce que je n'ai pas voulu vous acheter. Si je vous avais donné de l'argent et trahi mes frères, vous m'auriez donné un burnous rouge à galons d'or comme à ces chaouchs qui ont trempé leurs mains dans le sang des deux forestiers. »

Aux indigènes, il dit : « La honte soit sur les lâches qui ne vengent pas les injures. O mes frères, on va tuer trois musulmans. Si vous êtes des hommes, demain vous le ferez voir à ces roumis maudits. »

Un silence effrayant planait sur l'assistance. On n'entendait que la voix perçante du bandit et le cliquetis de ses menottes. Il passa sur cette foule immobile, malgré la présence des gendarmes et des baïonnettes nues, une terreur irraisonnée.

Mais le procureur donna le signal départ. Quelques heures plus tard, les trois bandits avaient expié leur crime.

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Adelayde
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MessageSujet: Une triple exécution en Algérie - Le crime de Bossuet    Dim 4 Sep 2011 - 15:31

Le crime de Bossuet est retracé dans cet article du Progrès (n° 1 143 du 13 juin 2008)




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avalon_ghost_26
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Mar 25 Oct 2011 - 14:35

Bonjour,

Je trouve vraiment honteux de faire des expériences sur les têtes.
J'ignorais comme énormément de chose cette partie de l'histoire, quel honte d'un peuple "civilisé" de faire des choses pareil.
Quel honte...
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Mer 26 Oct 2011 - 13:02

avalon_ghost_26 a écrit:
Bonjour,

Je trouve vraiment honteux de faire des expériences sur les têtes.
J'ignorais comme énormément de chose cette partie de l'histoire, quel honte d'un peuple "civilisé" de faire des choses pareil.
Quel honte...

De quoi parlez-vous?

Vous faites peut-être allusion aux têtes de condamnés qui partaient pour examen par des médecins (vrais ou faux).

Dans ce cas, il ne s'agissait pas d'expérience. La science d'alors désirait savoir si l'on pouvait déceler le gène du crime par des signes visibles.

Ainsi, exista t-il une pseudo science, la phrénologie, qui pensait que l'examen de la forme d'un crâne, de ses imperfections, permettait de déceler de visu la propension au crime sur le sujet examiné (c'est pour cela que je parle de faux médecins; les phrénologues n'étaient pas médecins).

A part cela, je n'ai connaissance d'aucune expérimentation.


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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Mer 26 Oct 2011 - 18:07

ancien a écrit:
Tout à fait Michel , j'ai assisté à la chose quand j'habitais Courbevoies , ou la pauvre vielle d'en dessous est partie à la découpe bien quelle ne l'avait pas demandé. Ceci juste avec une signature du fiston qui avait hâte de se loger à moindre frais .
Tiens au fait ? on ne voit plus le Druide? j'espère que personne ne lui a fait un sort de ce genre ???? lol! OK je sort
Il n'est pas défendu de lui envoyer un MP... Sad
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Mer 26 Oct 2011 - 19:13

michel-j a écrit:
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MessageSujet: Huit nouvelles exécutions en Algérie et Tunisie   Mar 1 Nov 2011 - 13:59

J'ai pu trouver deux quadruple exécutions, l'une à Oran en 1923 et l'autre à Tunis en 1939.
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piotr
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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   Sam 11 Fév 2012 - 16:03

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MessageSujet: Re: Exécutions en Algérie   

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