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 Les sculpteurs et la guillotine

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MessageSujet: Les sculpteurs et la guillotine   Dim 24 Fév 2008 - 0:23

Le 7 février 1844, à huit heures du matin, les élèves de l'atelier du sculpteur Rude* furent acceuillis par le modèle avec un étonnement railleur : « Comment, messieurs, vous, des artites, vous venez travailler le jour où, à quelques pas d'ici, on guillotine Poulman**? »

Ce reproche provoqua une émotion : les élèves résolurent de rehausser, par leur présence, l'éclat de la sanglante cérémonie, et gagnèrent rapidement la place Saint-Jacques, laissant la garde de l'atelier au dernier nouveau : Jean-Baptiste Carpeaux.***

Au bout de la rue Saint-Jacques stationnait la clientèle des guillotinades - soldats, policiers, amateurs d'émotions fortes, noctambules, titis grimpés le long des réverbères - encombrant la place Saint-Jacques, avide d'assister au dernier moment de cette brute féroce, Poulman, dont les crimes stupéfièrent Paris. Escroqueries, vols à main armée, assassinats, Poulman avait tout avoué... jusqu'à des tentatives avortées.
Vols chez la comtesse de Talbot, chez le duc de Broglie, au Ministère des finances, chez de nombreux commercants et il avait assommé d'un coup de tisonnier, le sieur Jeanton, tenant auberge au hameau de Picardie, sur la route de Paris à Troyes.

C'était cette sinistre brute qu'étaient allés voir les élèves de Rude. La lugubre cérémonie terminée, on regagna la rue d'Enfer.

« Rien de nouveau Carpeaux ? - Si..., le patron est venu, il m'a demandé où vous étiez...j'ai dû l'avouer; alors M. Rude a répondu : « Vous direz à ces messieurs que j'ai plus de soixante ans et que jamais je n'ai eu à me reprocher d'avoir perdu une heure pour voir souffrir un malheureux »... Puis il est parti, me chargeant de vous prévenir qu'il ne reviendrait plus...

Émotion, cris, tumulte et une délégation est envoyée à M. Rude, qui la met à la porte.

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Extrait de « A TRAVERS PARIS », par Georges CAIN - Éditeur E. flammarion - SD -

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* RUDE François (1784-1855). Son oeuvre la plus célèbre est « LE DÉPART DES VOLONTAIRES DE 1792 », bas-relief incorporé sur la façade de l'Arc de Triomphe de Paris.

** POULMAN PIERRE. Il fut bien exécuté en 1844 (le palmarès indique 1843 mais une vérification aux Archives Nationales confirme 1844).

*** CARPEAUX Jean-Baptiste (1827-1875). Son oeuvre la plus célèbre est « LA DANSE », conçue pour l'ornementation de l'Opéra de Paris. Elle fit scandale auprès de certaines personnes qui jugèrent que cette composition portait outrage à la pudeur. L'administration fit alors commencer une nouvelle composition par un autre sculpteur, mais la guerre de 1870 fit capoter ce projet.

Aujourd'hui, LA DANSE a été remplacée par une copie, réalisée par le sculpteur Paul BELMONDO (père de l'acteur Jean-Paul) et l'original, abimé par des dizaines d'années de pollution atmosphérique, a été placé au musée d'Orsay.


Par Archange - 27/11/2011

CARPEAUX : LA DANSE - 1868 -





Par Archange - 27/11/2011

RUDE : LE DÉPART DES VOLONTAIRES - Vers 1835 -
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