La Veuve

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 Toussaint Gervais et le perroquet - 1876

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MessageSujet: Toussaint Gervais et le perroquet - 1876   Mar 22 Jan 2008 - 16:44

Toussaint-Léon GERVAIS.

Guillotiné le 12-8-1876, place de la Roquette, par l'exécuteur Nicolas Roch.

Assassina une vieille dame. Le Palmarès indique que Gervais donna la mort par empoisonnement, une autre source, celle de Bernard VASSOR, donne une autre version, avec la participation d'un perroquet.

Site du PÈRE TANGUY avec lien sur Toussaint GERVAIS :
http://autourduperetanguy.blogspirit.com/les_assassins/

2011-12-03 par Archange


Dernière édition par mercattore le Jeu 8 Jan 2009 - 12:27, édité 3 fois
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Elie Köpter
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MessageSujet: Re: Toussaint Gervais et le perroquet - 1876   Mar 22 Jan 2008 - 21:43

Intéressant ce lien Mercattore, surtout sur le plan des photos.
Je me permets d'utiliser vos sources pour compléter.
Les renseignements affichés ci-dessous proviennent de la page du Blog du site du PÈRE TANGUY. Les textes sont de Bernard VASSOR
http://autourduperetanguy.blogspirit.com/les_assassins/

On y voit donc aussi:
CAMPI

Le 10 août 1883 à trois heures de l'après-midi,, un individu maigre, au teint basané pénétrait au domicile de
M. Ducrot de Sixte, 7 rue du Regard. en se servant du nom de la domestique qu'il savait absente.
Au moment où la soeUr de monsieur Ducrot allait remettre le secours d'argent demandé, cet homme sortant de la poche de son paletot, une massette à l'usage des casseurs de pierre, fractura le crâne de la pauvre femme. Le frère de Mlle Ducrot accourut et subit le même sort, mais les cris poussés par les victimes alèrtèrent le concièrge, et l'assassin arrêté en flagrant délit ne répondit que par des signes au commissaire de police Dumanchin qui l'interrogeait.
Quel était cet homme couvert de vêtements sordides et sur lequel on avait saisi le bagage du vagabond : un couteau à virole, un peigne édenté, une mauvaise brosse, une petite glace dite "mirette" et un morceau de savon?
L'accusé ne s'appelait pas Michel Campi, le tribunal le condamna sous ce nom et il fut exécuté le 30 avril 1884. Il a refusé jusqu'au dernier moment de révéler sa véritable identité. Seul semble-t-il son avbocat Maître Laguerre, tenu par le secret professionnel n'ignorait pas le pédigrée de son client.

Stanislas PRADO

Stanislas Prado, dit Linska de Castillon. C'est sous un faux état-civil qu'il fut éxécuté le 28 décembre 1888. Le juge chargé de cette affaire, ne réussit pas à mettre de l'ordre dans l'existence de cet étranger. Il avait tué la fille Marie Aguétant d'un coup de poignard japonais en forme d'éventail pour la dépouiller de son argent. Les preuves morales étaient accablantes. Il fut cependant libéré une première fois, puis repris, jugé et exécuté.

PS: Mercattore, ça y est, je sais enfin où je vous ai vu, vous êtes l'un des Stooges que l'on voit dans X-FILES au côté de Mulder !
Gare a vous, Big brother is watching you !!


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MessageSujet: Re: Toussaint Gervais et le perroquet - 1876   Mar 22 Jan 2008 - 22:04

ÉLIE KÔPTER, n'oubliez pas de citer la source de ce site pour les photos car M. Vassor est très sourcilleux sur leur utilisation, il en exige la mention.

Quant aux textes émanant de son site je ne les poste jamais, il me semble avoir lu qu'il interdisait leur publication.
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Nemo
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MessageSujet: Re: Toussaint Gervais et le perroquet - 1876   Mar 22 Jan 2008 - 22:59

.


Dernière édition par le Mer 23 Jan 2008 - 10:33, édité 1 fois
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Elie Köpter
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MessageSujet: Re: Toussaint Gervais et le perroquet - 1876   Mer 23 Jan 2008 - 10:09

Hi MERCATTORE !
J'ai fait quelques rectifications dans mon post !
J'espère ainsi ne pas nous attirer les foudres de Mr Vassor ! Enfin quoi, on lui fait un peu de pub ! Non !?? study
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MessageSujet: Re: Toussaint Gervais et le perroquet - 1876   Mer 23 Jan 2008 - 12:26

Je sais bien Élie mais pour les textes il faut faire attention. Je pense qu'il a été pas mal "pillé" Wink et que maintenant il est très à cheval sur leur publication autre que sur son site.

Pour les photos avec mention c'est ok, pour le reste humm.....
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MessageSujet: Exécution de Toussaint Gervais   Jeu 8 Jan 2009 - 12:22


Exécution de Toussaint GERVAIS, le 12 -08-1876 à la Roquette.

Le narrateur accompagne un ami qui souhaitait assister à une exécution capitale.

À deux heures et demie de l'après-midi, le Président de la République avait signé l'ordre d'exécution. A deux heures trente-cinq, un télégramme. avait averti le procureur général. Les sept réquisitoires : au prêfet de police pour le service d'ordre, au commandant de gendarmerie pour le peloton d'escorte, au charpentier chargé de dresser la guillotine, au directeur de la prison, au greffier de la cour, à l'aumônier et enfin à l'exécuteur, avaient été envoyés officiellement, c'est à dire en secret. M. Jacob n'avait reçu son ordre qu'à sept heures et M. Roch à huit.
Hé bien, malgré cela, le public se portait vers la Roquette.

J'expliquais à mon ami qu'il ne servait à rien de venir à minuit car à deux heures du matin en effet, des escouades de gardiens de la paix viennent faire évacuer la place et refouler les curieux dans les rue Gerbier, de la Vaquerie, et de la Roquette, ne laissant aux abords de la prison que les personnes autorisées. Ce n'est donc qu'à ce moment qu'il faut se présenter.

A deux heures et quart nous arrivons. Des femmes et des enfants se poussaient pour être au premier rang, et on riait, on plaisantait comme à un spectacle comique...
Devant l'entrée de la prison des hommes en blouse sortent des pièces de bois peintes en brun.
C'est l'instrument du supplice qu'on va dresser.

Le nouvel échafaud (sic), celui que M. Roch appelle familièrement « Le bijou » se monte avec la plus grande facilité.Toutes les pièces sont numérotées et se rejoignent à l'aide de boulons; on évite ainsi les légendaires et terribles coups de marteaux , qui, jadis, avertissaient le condamné.

Un homme de haute taille, les tempes grisonnantes, surveille le travail. Il place lui-même un petit morceau de planchette pour caler la traverse sur le pavé inégal.
— Quel est ce monsieur ? me demande mon ami.
— M. Roch, l'exécuteur des hautes-oeuvres.
Il a à la bouche un cigare qu'il mâchonne en examinant avec le plus grand soin les ais (note : vieux mot = pièces de bois) qu'on dresse, le couteau qu'on accroche avec une échelle, le panier d'osier plein de son qu'il fait placer méthodiquement à coté de la bascule; il s'assure que les seaux d'eau destinés au lavage après l'opération sont bien remplis. M. Roch , au moyen de la corde à poulie, relève le couteau pour le faire glisser dans la rainure...

Il fronce le sourcil. Quelque chose ne va pas bien. La chaleur a fait gondoler le bois et l'écartement des biais n'est pas égal; un aide va chercher un bout de planche, prend ses mesures, le scie et le place entre les deux montants, au dessus de la lunette. M. Roch remonte le couteau, le laisse tomber à demi, fait jouer les ressorts et fait un mouvement de satisfaction.
Mon compagnon est très pâle. Il n' a pas perdu un seul mouvement de l'exécuteur.
— Pourrait-on lui parler ? me dit-il.
— Comment donc, c'est facile.

Justement plusieurs de nos confrères sont arrivés et l'un deux va donner une poignée de main à M. Roch auquel il demande s'il croit que Gervais résistera.
— Je n'en sais rien,,,mais j'en doute. Vous savez bien qu'ils sont à demi-morts. Jamais un d'eux m'a « fait de difficultés ».
— Et croyez vous qu'il parle à la foule ? demandâmes-nous?
— Oh ! parler !... s'écria t-il; parbleu ! ils parleraient tous, si on leur laissait le temps.

Gervais est endormi. Il est persuadé qu'un délai de quarante jours doit forcément s'écouler entre le pourvoi en cassation et la suprême décision, et il est donc tranquille. Il s'est endormi en disant : « à demain ! »

— Quatre heures cinq. Un grand mouvement se produit. C'est la garde de Paris, à pied et à cheval, qui arrive. Une voiture amène M. l'abbé Crozes, l'aumônier de la Roquette. M. Jacob, M. le commissaire de police, M. Roch, entrent dans le préau. Tous les visages sont horriblement pâles. Un peloton de gendarmes à cheval — l'escorte funèbre — entre, et vient se placer en cercle autour de l'échafaud, tandis que les gardes de Paris, qui ont mis pied à terre, se tiennent derrière eux, à la tête de leurs chevaux.

— Quatre heures dix. M. Jacob entre dans la celulle avec M. l'abbé Crozes; M. Bauquesne, directeur de la prison, M. Baron et deux gardiens.
Gervais dort. Un gardien lui frappe sur l'épaule :
— Gervais, dit M. Jacob, votre pourvoi est rejeté ainsi que votre recours en grâce, du courage le moment est venu !
Mais le malheureux ne semble pas comprendre. il reste hébété sur son lit, livide, les yeux hagards.
— C'est impossible, balbutie -t-il, vous voulez me faire peur !...
Des gardiens le débarrassent de sa camisole de force et l'aident à se lever et à s'habiller.
— Oh ! c'est impossible répète-t-il d'une voix rauque. C'est un crime que va commettre la société.

L'abbé Crozes l'embrasse et le calme. Le greffier lit l'arrêt. Sur l'offre de l'aumônier, il boit un verre d'eau de vie. Puis il s'entretient avec le prêtre
La toilette Commence ensuite. On le Ligote. Il semble assez calme. C'est au moment où l'on coupe le col de sa chemise que, tressaillant de froid au contact de l'acier, il murmure encore :
— Je suis innocent... c'est un assassinat...

La porte de la prison s'ouvre. tout le monde se découvre. On n'est plus pâle, on est livide. Quelques personnes s'appuient contre les armatures des arbres. Il est cinq heures moins vint deux.Le condamné parait, précédé par M. Roch, soutenu par deux aides, et accompagné par l'abbé Crozes. Il marche d'un pas ferme, le visage tourné vers la gauche; ses yeux convulsés cherchent le couperet fatal et se détournent instinctivement. L'abbé l'embrasse; M. Roch lui applique sur l'épaule sa large main...

— Non, pas si vite...râle-t-il. La bascule joue. Mais, malgré la planchette ajoutée pour maintenir les ais, la lunette ne saisit pas le cou aussi adroitement que d'habitude. Il suffit du quart de seconde qui s'écoule entre ce moment et celui où le couteau tombe, pour que d'un mouvement convulsif le patient tourne la tête à droite et se déplace de quelques pouces. C'est à la naissance du crâne que la tête est tranchée. On fait malgré soi un pas en arrière, en poussant un soupir de révulsion , puis — bravade inutile — on essaie de sourire !
Quatorze secondes se sont écoulées; depuis que le condamné a paru, six depuis que M. Roch l'a saisi.
On jette le corps dans le panier. On y joint la tête, et le fourgon part au grand trot vers le cimetière.



GRISON Georges Souvenirs de la place de la Roquette, Paris, E. Dentu, sans date, vers 1883.
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MessageSujet: Re: Toussaint Gervais et le perroquet - 1876   Jeu 15 Mar 2012 - 15:20

Le Figaro
27 Août 1876
N° 240




LA PEINE DE MORT

1 ÉTUDE

J'en avais besoin comme épilogue d'une œuvre de criminaliste sincèrement travaillée j'ai assisté à l'exécution de Gervais. Il ne faut pas que la foule voie de trop près ce spectacle. Mais il est de nécessité sociale que de temps en temps elle aperçoive à l'horizon l'image confuse d'une guillotine qui s'élève et qu'elle entende le bruit lointain d'un couteau qui tombe. J'ai rapporté de là, moraliste, une thèse; criminaliste, un système portraitiste, un tableau. Il faudrait le nuis-clos d'un livre pour dévoiler ces nudités des terreurs humaines.
La grande lumière du journal donne un ton trop cru à certaines descriptions. J'écrirai dans la mesure qu'il faut. Ma prunelle accoutumée à retenir la vision va transporter l'épreuve sur le papier. Voici
l'image perçue pendant la nuit comme sous le long voile sombre du photographe.



Gervais avait enterré vivante une femme. J'avais choisi ce coupable comme sujet de mon étude cruelle, parce que son crime me semblait plus épouvantable. Dès une heure du matin,
je m'acheminai vers la place de la Roquette. Je voulais être comme l'homme d' Edgar Poë « qui suit la foule ». Il y avait dans l'air une sorte d'électricité orageuse.
Les étoiles semblaient plus rapprochées de nous que d'ordinaire. Leur miroitement était brillant et tremblotant comme l'œil d'un enfant malade. On sait que l'homme subit l'influence de l'atmosphère comme une plante Surtout pendant la nuit. J'entrai sur le long boulevard Voltaire. La longue file de becs de gaz qui va en montant vers la rue de la Roquette, me sembla tout à coup être une rampe bordée par de grandes chandelles qui avait pour sommet l'échafaud. La rue de la Roquette, où nous avons tous passé pour conduire au cimetière du Père Lachaise quelque parent ou quelque ami, n'est point éclairée pendant la nuit par le lustre de l'Opéra, La solitude était complète. J'eus peur d'avoir été trompé par celui qui m'avait écrit « On n'exécute jamais un vendredi, parce que le Christ est mort ce jour-là, mais l'exécution aura lieu samedi matin.» Mais j'aperçus enfin deux pâles voyous de quinze à seize ans. Gavroche marchait lentement, comme quelqu'un qui sait que sa place est retenue au théâtre.

Voici la place de la Roquette. A droite et à gauche sont les deux prisons, dont les maisons directoriales se détachent dans la nuit avec une blancheur de craie. A première vue rien. En regardant mieux, on aperçoit à dix pas de la porte de la grande Roquette, une dizaine d'hommes penchés sur trois falots déposés par terre, comme trois grands vers luisants. Sur le pavé, cinq petits madriers sont couches en croix les uns sur les autres et semblent les pattes d'une grosse araignée. C'est la base de l'échafaud.

Tout cela s'agite dans le plus profond silence. Les pièces se boulonnent à vis. Rien n'est enfoncé à coups de marteau. Les commandements du patron se font à voix basse. Ce silence est un progrès dans l'adoucissement de l'agonie.
Le condamné, dont l'ouïe est souvent développée au haut degré, n'est plus réveillé par le bruit. Cela est bon. Le châtiment doit être un exemple et non une vengeance. Mais ce silence que j'approuve vivement a reflet singulier de faire ressembler ce haut acte judiciaire à un acte secret. Cela, joint à la diminution de taille de la guillotine, donne à la société un faux air de commettre un guet-apens dont elle a honte alors qu'elle accomplit le plus solennel de ses devoirs. J'eus besoin, pour ne pas m'en aller, de faire apparaitre devant mon esprit troublé, la vision de la victime de l'assassin.
La foule avait été reculée jusqu'à l’entrée des rues qui débouchent sur la place de la Roquette. Je restai auprès de la guillotine avec une douzaine de journalistes et de personnages officiels. Entre temps, un incendie éclate à trois cents pas dans le passage de la Bonne-Graine. Les reflets de la flamme badigeonnent en rouge le côté sud de la grande Roquette. Je m'assieds sur un banc qui peut être appelé le banc de la guillotine, car il est à quatre pas de son emplacement. Un sergent de ville apporte des cartes de visite à M. de Paris qui dit :
« C'est bien, faites entrer ces messieurs; »
on dirait un directeur de théâtre qui donne des entrées privilégiées, sur la scène, avant que le, rideau ne se lève.
Bientôt là guillotine est dressée. On la voit à peine dans la nuit rougie dont elle a la teinte. Je vais 'à elle. Je tourne à l'entour avec la curiosité de l'homme qui examine ce qu'il n'a jamais vu et ce que
probablement il ne reverra jamais.
Comme toute chose qui a un nom connu et une œuvre active, la guillotine semble avoir une personnalité vivante. J'ai peur qu'elle ne me parle Je me souvins qu'en 1793 cette guillotine avait
fait mourir toute ma famille paternelle, moins un soldat. J'imaginai, d'autre part, qu'on aurait dû changer cette guillotine ensoleillée par tant de sang royal. Tuer Gervais avec le couteau qui tua Marie- Antoinette étonne la pensée, à cette heure où les buées du cauchemar montent au cerveau. Un bruit de fers de chevaux retentit, c'est un détachement de gendarmes. Ces magnifiques soldats,montés sur leurs superbes bêtes, leurs tricornes « en bataille », les galons d'argent et les buffleteries jaunes et blanches, l'air doux et militaire de ces braves gens, rappelaient enfin que la société était là. Je la sentais derrière, devant, avec moi. Le côté honteux de l'exécution disparaissait pour faire place à l'aspect solennel. Je regardai l'exécuteur des hautes-œuvres avec un œil moins troublé. Je pus dessiner sa silhouette.


J'imagine que je reconnaîtrai M. Roch dans la vallée de Josaphat,quoi qu'il ne m'ait pas causé autant d'émotion que sa machine. C'est un homme de soixante- trois ans. Il est très vert et vigoureux. Sa taille est plus grande que la moyenne. Ses épaules sont larges. Son cou est puissant. Sa figure, qui ne porte que de très courts favoris gris, est le type de l'honnêteté banale. L'œil a un regard insignifiant. Le passe-port dirait de tous ses traits « Ordinaire. » La bouche a un sourire monotone et comme béat, quand elle se sent regardée. Il y a là assurément une grâce d'état. Cet homme aurait eu un masque par trop épouvantable, s'il avait conservé le reflet de toutes les agonies qui l'ont regardé. Pensez donc que M Roch est plus bourreau que bourreau ne l'a jamais été. Il exécute au moins une fois tous les vingt jours. Il est l'unique exécuteur des hautes-œuvres du continent français. Il ne se nomme plus « M. de Paris » mais « M. de France ».
J'ai eu l'idée de regarder sa main droite. El!e est large, épaisse, vigoureuse et veinée comme celle d'un ouvrier. On dirait que comme tout homme habitué à un travail lourd, M. Roch a quelque peine à fermer cette main. Le chapeau de soie est neuf et à haute forme. Il est enfoncé sur le côté droit de
l'occiput. Cela lui donne un certain air gaillard. M. Roch n'ôte jamais son chapeau pendant l'exécution. C'est peut-être parce que le chapeau est ce qui le différencie le plus de sa victime. Mais il ne regarde pas le condamné comme une victime. C'est un mannequin marqué au timbre de la loi criminelle, que la société remet à M. Roch avec une tête sur les épaules et que M. Roch donne à la tombe avec la tête entre les jambes. M. Roch semble gai.

On sent qu'il a conscience d'exercer un métier manuel plutôt qu'un ministère.
Son principal soin est de faire un ouvrage propre et prompt. Si le paletot le gilet, le pantalon sombres et la chaîne de montre avec breloque indiquent quelque bourgeois de petite bourgeoisie,
la chemise mal blanchie et la cravate nouée à la compagnon sont d'un ouvrier endimanché. On n'est pas étonné devoir aux oreilles les trous faits par des boucles d'oreille que M. Roch portait jadis.
On voit que M. Roch est depuis long- temps dans la partie et qu'il y a été longtemps en sous-ordre. C'est un bourreau parvenu. Samson et Hendreich étaient bourreaux de race. Bref, l'exécuteur et
sa machine ont absolument perdu la solennité d'autrefois.

On sent que M. Roch n'est pas ému. II n'a que la préoccupation de ne pas manquer son homme, Jadis il a vu un condamné à mort se révolter et qu'il fallut ramener à la prison. L'échafaud dut rester
en permanence sur la place. M. Roch était le premier aide. Voilà le souvenir terrible de sa vie un homme qu'il n'a pu tuer du premier coup. Ce serait une étude intéressante que de chercher si
M. Roch, absolument insensible devant les affres de l'agonie et le sang d'un homme dont il a donné reçu à la société, est d'un tempérament aussi impassible devant d'autres douleurs et d'autre sang.
On sait seulement qu'il est très honnête homme et excellent père de famille. Ce semble que M Roch pose un peu, quand devant la galerie il essaie le jeu de la guillotine. Il a, dans ce cas, une certaine
gravité pesante qui n'est pas dans ses façons ordinaires. Car c'est un exécuteur bon enfant. Aussi ces nuits d'exécution sont-elles les heures rares où M. Roch ne se sent pas le bouc émissaire de la rue. Il devient l'objectif de la foule et parfois de personnages d'élite. Ces nuits sont ses jours. Les gardes et gendarmes à cheval ont l'air de former sa garde. Jamais homme ne parut devant ses semblables
dans l'exercice d'une plus terrible autorité. Imaginez donc que M. Roch, le lendemain, ne se souvient pas plus du sang de la nuit que le couteau lavé. Pendant l'autre nuit M. Roch, les mains jointes derrière le dos, se promenait en long et en large devant nous. On lui avait, paraît-il, dit mon nom, et il me regardait avec quelque persistance. Ce regard froid me produisait l'effet d'un courant d'air sur le cou.

Le jour venait. La guillotine semblait sortir lentement de terre. Ce mirage du lever de la guillotine est bien connu des habitués. D'ordinaire le jour dissipe les fantômes. Ici, il leur donnait du relief..Il
découvrait une foule de détails sinistres que la nuit cachait les seaux d'eau, le sou, le panier à tête, etc. M. l'abbé Crozes, l'aumônier, descendit d'un fiacre et entra dans la prison. Les gendarmes et le
prêtre la société civile et la société religieuse donnaient enfin de la grandeur au châtiment. Le prêtre venait, au nom de Dieu, pardonner à l'assassin et excuser la société. Le jour enlevait à l'acte terrible son air de guet-apens.
M. Roch regarda sa montre. Ce geste que nous comprîmes tous fut fait avec l'air d'un homme qui attend l'heure d'un rendez-vous d'affaires. Le moment approchait. « Le condamné vieillissait, »
selon le mot réaliste d'un exécuteur.
Gervais devait être tué à cinq heures de cette montre. D'ordinaire les hommes meurent à l'heure de Dieu. Gervais devait mourir à l'heure du bourreau. M. Roch suivi de ses aides entra dans la
prison.

Trois grands faits dominent l'agonie du condamné à mort. Son réveil. L'apparition de l'exécuteur dans l'avant-salle du greffe, l'apparition de la guillotine.
Les bras verticaux de la guillotine lui apparaissent peut-être grands comme les tours de Notre-Dame. Cette évocation spectrale a lieu sur le chemin qui va de la prison à l'échafaud. Il y a là
quinze pas. Pourtant c'est le plus long chemin qu'il y ait au monde. Le condamné y va de la porte de la Roquette à la porte de l'éternité. Le temps et l'espace sont choses essentiellement relatives. J'ai pressenti ici, en moins d'une minute, dix faits différents et vingt sensations diverses. Chaque seconde qui tombe sur la tête de cet homme est comme une pelletée de terre distincte
sur un enterré vivant. Victor Hugo n'a pas écrit dans le Dernier jour d'un condamné la longue histoire de ces cinquante-cinq secondes.

J'avais confiance que pour accomplir ce dont avait besoin mon étude de criminaliste, mon œil serait plus ferme que mon cœur. Je me plaçai à quatre pas de la guillotine. Je la voyais de trois quarts. Mon regard embrassait facilement l'espace resté vide entre la prison et l'échafaud. La grande porte de la Roquette s'ouvrit. Un falot suspendu à la voûte apparut avec la rougeur morne du gaz pendant le jour. Un groupe d'hommes noirs fit saillie sur le seuil de la porte. Il s'ouvre en éventail. Au
milieu sont l'abbé Crozes et M. Roch. Une silhouette grisâtre se détache sur le fond sombre. C'est l'homme. Il est grand et maigre. Il se tient raide et marche à petits pas. Il a sur le dos une veste dont les manches vides ballottent. Ses cheveux sont coupés ras. La face est longue, blême, maigre. Il est dans la force de l'âge. Ses bras sont liés derrière le dos.
Tout à coup il s'arrête comme renversé. Son œil hagard est fixé sur la guillotine.
La face a l'air de refléter un objet d'un jaune terreux. J'imagine que l'image de l'échafaud doit se retrouver, par la fameuse expérience qu'on sait, sur les prunelles de la tète coupée. Le prêtre
lui tend les bras. L'homme se penche et l'embrasse sur la joue gauche. Nous voyons distinctement le mouvement des lèvres. Quelqu'un enlève la veste de dessus les épaules de Gervais. Il apparait nu jusqu'à mi-buste. M. Roch le prend sous l'aisselle gauche. Un aide, sous l'aisselle droite. Un deuxième aide le pousse par derrière. Enfin un troisième passe rapidement devant nous et se met devant la lunette C'est « l'aide de la tête ». Le moment est venu. Il approche de nous en titubant et semblant grandir, comme une silhouette dans un cauchemar. Se sentant poussé, il dit
« pas si vite » avec cette voix étranglée de l'homme qui n'a plus de salive.

L'homme arrive de plain-pied à la planche verticale, qui atteint à peine le creux de sa poitrine. La planche poussée par les aides fait bascule. L'homme tombe horizontalement sur le ventre. Il
semble s'arc-bouter et murmurer des mots inarticulés. M. Roch.et deux aides lui donnent une poussée violente qui amène son cou sur la partie inférieure de la lunette. L'homme doit éprouver la
sensation de celui qui tombe dans le vide. La tête dépasse. M. Roch se penche pour voir si la nuque est bien. Il fait tomber la partie supérieure de la lunette qui enserre le cou comme dans un étau. On peut dire ainsi que le couteau tombe deux fois. Le condamné doit percevoir distinctement ce premier choc.
Cela est une regrettable aggravation de souffrance, il faut diminuer encore l'agonie, s'il ne faut plus diminuer la guillotine. Je comptai sur mon pouls quatre pulsations. C'est long L'exécuteur soulève un petit levier. Le couteau tombe.
On le voit tomber. Il n'atteint sa grande vitesse qu'à la fin de la chute. La tête saute dans une sorte de boîte à charbon faite en zinc. Il me semble voir sous le bruit sourd du couteau, s'envoler comme d'une boite l'âme, cette colombe blanche.

Le corps est renversé par les aides dans le panier. M.Roch pivote sur le pied droit et nous fait face, le dos tourne à l'échafaud .Il indique par ce mouvement final qui lui est habituel que, l'homme tué, son rôle est terminé. Le reste regarde ses aides.
L'un d'eux secoue la boîte pour en faire tomber la tête dans le panier.,On la voit rouler sur elle-même dans le son rougi.
C'en était trop. Je chancelai et je fermai les yeux. Le devoir que j'avais voulu était accompli. Je vis confusément passer la voiture du prêtre. Ce prêtre me fit apparaître un mot de condamné que M.
de Villemessant m'avait rappelé la veille:
arrivé sur la dernière marche de l'échafaud, cédant aux exhortations du prêtre, le condamné embrassa le crucifix et "dit Monsieur l'abbé, dans une minute j'en saurai plus long que vous !»
Ce mot semble d'un haut goût pénétrant, même à ceux qui, comme moi, croient que le Christ a dit ici bas une partie des secrets de là-haut .

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