La Veuve

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 L'échafaud vu par Victor Hugo

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MessageSujet: L'échafaud vu par Victor Hugo   Sam 12 Jan 2008 - 21:46

L'ÉCHAFAUD
__________

C'était fini. Splendide, étincelant, superbe,
Luisant sur la cité comme la faulx sur l'herbe,
Large acier dont le jour faisait une clarté,
Ayant je ne sais quoi dans sa tranquillité
De l'éblouissement du triangle mystique,
Pareil à la lueur au fond d'un temple antique,
Le fatal couperet relevé triomphait.
Il n'avait rien gardé de ce qu'il avait fait
Qu'une petite tache imperceptible et rouge.

Le bourreau s'en était retourné dans son bouge ;
Et la peine de mort, remmenant ses valets,
Juges, prêtres, était rentrée en son palais,
Avec son tombereau terrible dont la roue,
Silencieuse, laisse un sillon dans la boue
Qui se remplit de sang sitôt qu'elle a passé.
La foule disait : bien ! car l'homme est insensé,
Et ceux qui suivent tout, et dont c'est la manière,
Suivent même ce char et même cette ornière.

J'étais là. Je pensais. Le couchant empourprait
Le grave Hôtel de Ville aux luttes toujours prêt,
Entre Hier qu'il médite et demain dont il rêve.
L'échafaud achevait, resté seul sur la Grève,
Sa journée, en voyant expirer le soleil.
Le crépuscule vint, aux fantômes pareil.
Et j'étais toujours là, je regardais la hache,
La nuit, la ville immense et la petite tache.

A mesure qu'au fond du firmament obscur
L'obscurité croissait comme un effrayant mur,
L'échafaud, bloc hideux de charpentes funèbres,
S'emplissait de noirceur et devenait ténèbres ;
Les horloges sonnaient, non l'heure, mais le glas ;
Et toujours, sur l'acier, quoique le coutelas
Ne fût plus qu'une forme épouvantable et sombre,
La rougeur de la tache apparaissait dans l'ombre.
Un astre, le premier qu'on aperçoit le soir,
Pendant que je songeais, montait dans le ciel noir.

Sa lumière rendait l'échafaud plus difforme.
L'astre se répétait dans le triangle énorme ;
Il y jetait ainsi qu'en un lac son reflet,
Lueur mystérieuse et sacrée ; il semblait
Que sur la hache horrible, aux meurtres coutumière,
L'astre laissait tomber sa larme de lumière.
Son rayon, comme un dard qui heurte et rebondit,
Frappait le fer d'un choc lumineux ; on eût dit
Qu'on voyait rejaillir l'étoile de la hache.
Comme un charbon tombant qui d'un feu se détache ;
Il se répercutait dans ce miroir d'effroi ;
Sur la justice humaine et sur l'humaine loi
De l'éternité calme auguste éclaboussure.
" Est-ce au ciel que ce fer a fait une blessure ?
Pensai-je. Sur qui donc frappe l'homme hagard ?
Quel est donc ton mystère, ô glaive ? " Et mon regard
Errait, ne voyant plus rien qu'à travers un voile,
De la goutte de sang à la goutte d'étoile.

30 mars 1856.


________________________________________

- Poème extrait du recueil La Légende des siècles.


Dernière édition par Sywan le Mer 20 Fév 2008 - 15:51, édité 5 fois
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marini
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Dim 13 Jan 2008 - 16:33

Victor Hugo aurait pu être membre du site guillotine, car il ne semble vraiment pas avoir été indifférent à la chose. Son ouvrage "les derniers jours d'un condamné à mort" (ou quelque chose comme çà), en témoigne.

Je note à cette occasion que même pour une des plus belles plumes de notre histoire, rendre l'angoisse du condamné à mort est un exercice impossible.

Nous sommes à l'ineffable. Notre ami Victor bute devant comme les autres. En tout cas, c'est comme cela que je l'ai ressenti.

Marini
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Dim 20 Jan 2008 - 16:13

Marini, je suis d'accord avec vous. J'ai placé ce texte comme curiosité, le style d'hugo a quelque chose de décalé, d'irréel, il passe à coté. Dommage.


Dernière édition par le Dim 20 Jan 2008 - 18:28, édité 1 fois
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marini
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Dim 20 Jan 2008 - 18:22

J'ai tenté moi-même l'exercice : c'est impossible, comme si on butait contre un mur. On se bat des journées pour écrire trois pages, une vraie lutte avec les mots. Et quand on relit, c'est bon pour la poubelle. VH a au moins été au bout : même moyen, le texte fut édité et se vend toujours ...
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Mer 20 Fév 2008 - 1:07

VICTOR HUGO EN COLÈRE:

Le dernier jour d'un condamné, préface de 1832, extrait.
______________________________________________________________________

" Il faut citer ici deux ou trois exemples de ce que certaines exécutions ont eu d'épouvantable et d'impie. Il faut donner mal aux nerfs aux femmes des procureurs du roi. Une femme c'est quelque fois une conscience.

Dans le midi, vers la fin du mois de novembre dernier, nous n'avons pas bien présent à l'esprit le lieu, le jour, ni le nom du condamné, mais nous les retrouverons si l'on conteste les faits, et nous croyons que c'est à Pamiers ; vers la fin de septembre donc, on vient trouver un homme dans sa prison, où il jouait tranquillement aux cartes : on lui signifie qu'il faut mourir dans deux heures, ce qui le fait trembler de tous ses membres, car, depuis six mois qu'on l'oubliait, il ne comptait plus sur la mort ; on le rase, on le tond, on le garrotte, on le confesse; puis on le brouette entre 4 gendarmes, et à travers la foule, au lieu de l'exécution. Jusqu'ici rien que de simple. C'est comme cela que cela se fait. Arrivé à l'échafaud, le bourreau le prend au prêtre, l'emporte, le ficelle sur la bascule, l'enfourne, je me sers ici d'argot, puis il lâche le couperet. Le lourd triangle de fer se détache avec peine, tombe en cahotant dans ses rainures, et, voici l'horrible qui commence, entame l'homme sans le tuer. L'homme pousse un cri affreux. Le bourreau, déconcerté, relève le couperet et le laisse retomber. Le couperet mord le cou du patient une seconde fois, mais ne le tranche pas. Le patient hurle, la foule aussi. Le bourreau rehisse encore le couperet, espérant mieux du troisième coup. Point. Le troisième coup fait jaillir un troisième ruisseau de sang de la nuque du condamné, mais ne fait pas tomber la tête. Abrégeons .

Le couteau remonta et retomba cinq fois , cinq fois il entama le condamné, cinq fois le condamné hurla sous le coup et secoua sa tête vivante en criant grâce ! Le peuple indigné prit des pierres et dans sa justice se mit à lapider le misérable bourreau. Le bourreau s'enfuit sous la guillotine et s'y tapit derrière les chevaux des gendarmes. Mais vous n'êtes pas au bout. Le supplicié se voyant seul sur l'échafaud, s'était redressé sur la planche, et là, debout, effroyable, ruisselant de sang, soutenant sa tête à demi coupée qui pendait sur son épaule, il demandait avec de faibles cris qu 'on vint le détacher. La foule, pleine de pitié, était sur le point de forcer les gendarmes et de venir à l'aide du malheureux qui avait subit cinq fois son arrêt de mort. C'est en ce moment là qu'un valet du bourreau, jeune home de vingt ans, monte sur l'échafaud, dit au patient de se retourner pour qu'il le délie, et, profitant de la posture du mourant qui se livrait à lui sans défiance, saute sur son dos et se met à lui couper péniblement ce qui lui restait de cou avec je ne sais quel couteau de boucher. Cela s'est fait. Cela s'est vu. Oui.

Aux termes de la loi, un juge a dû assister à cette exécution. D'un signe il pouvait tout arrêter. Que faisait-il donc de sa voiture, cet homme pendant qu'on massacrait un homme ? Que faisait-il ce punisseur d'assassins, pendant qu'on assassinait en plein jour, sous ses yeux, sous le souffle de ses chevaux, sous la vitre de sa portière ?

A Dijon, il y a trois mois, on a mené au supplice une femme. (Une femme !) Cette fois encore, le couteau du docteur Guillotin a mal fait son service. La tête n'a pas été tout à fait coupée. Alors les valets de l'exécuteur se sont attelés aux pieds de la femme, et à travers les hurlements, de la malheureuse, et à force de tiraillements et de soubresauts, ils lui ont arraché la tête par arrachement.

A Paris, nous revenons au temps des exécutions secrètes. Comme on n'ose plus décapiter en grève [ la place de Grève était la place des exécutions capitales] depuis juillet [1830], comme on a peur, comme on est un lâche, voici ce qu'on fait. On a pris dernièrement à Bicêtre un homme, un condamné à mort, un nommé Désandrieux je crois ; on l'a mis dans une espèce de panier traîné sur deux roues, clos de toutes parts, cadenassé et verrouillé ; puis, un gendarme en tête, un gendarme en queue, à petit bruit et sans foule, on a été déposer le paquet à la barrière déserte de Sait Jacques [ Cela marque la sortie de Paris]. Arrivés là, il était huit heures du matin, à peine jour, il y avait une guillotine toute fraîche dressée et pour public quelques douzaines de petits garçons groupés sur des tas de pierres voisins autour de la machine inattendue ; on a tiré l'homme du panier, et, sans lui donner le temps de respirer, furtivement, sournoisement, honteusement, on lui a escamoté la tête. Cela s'appelle un acte public et solennel de haute justice. Infâme dérision ! "


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Javier
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Jeu 26 Juin 2008 - 12:47

Bonjour à tous,
Avez-vous une interprétation pour ce que l'Auteur a voulu exprimer dans son dessin ?

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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Sam 28 Juin 2008 - 10:48

Bonjour à toute l'équipe !
Il est plus qu'intéressant de noter que ce qui fit "basculer" Victor Hugo vers des positions abolitionnistes fut le fait qu'il avait assisté ( Par hasard ? ) à l'exécution de Louvel, assassin du duc de Berry...VH était alors en plein dans sa période "royaliste", et avait même écrit une "Ode sur la mort du duc de Berry", qui lui avait valu une récompense de Charles X.On pourrait donc penser que, dans son esprit, l'exécution dudit Louvel ne lui poserait pas de problème, et c'est tout le contraire qui s'est produit ! Le traumatisme éprouvé avait donc été particulièrement violent.
Bonne journée.
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Titus_Pibrac
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Dim 29 Juin 2008 - 22:42

Je ne connaissais pas l'histoire de l'exécution de Louvel pour Totor Hugo.
Dont un père putatif possible - Fanault de Lahory - fut fusillé en 1812 dans la conspiration du général Mallet.

Ceci-dit, ces histoires de condamnés dont on taille la te^te au couteau et qui continuent à gueuler sont fatigantes et relèvent du grand guignol façon Irak avec Nick Berg par Al Quaida et encore.

J'imagine mal un patient ayant reçu un couperet de guillotine sur la te^te se plaindre. Pour le moins il aura été assommé par le choc des +40kg - quasiment 50 si j'ai bien lu ce qu'écrit BDJ. Et vraisemblablement la colonne vertébrale et la moelle épinière sectionnées. Sans parler de l'hémoragie derrière. Alors les racontards de Totor manquent totalement de sérieux.

Il est arrivé à l'époque où on utilisait une hache ou une épée que le client se plaigne après un premier coup raté. Par exemple l'histoire de l'exécution du Comte d'Harcourt condamné par Jean le Bon au XIVème - voir "Quand un roi perd la France " de M. Druon - ou encore celle de Marie Stuart ou celle du duc de Monmouth au XVIIème, voire celle de Lally-Tolendal au XVIIIème (sorry si je massacre l'orthographe des noms).

Mais avec une guillotine cela me semble trop gros pour e^tre honnéte de la part de Totor. Razz Razz Razz Razz Razz Razz Razz Razz
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Javier
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Mar 1 Juil 2008 - 0:27

Bonsoir et merçi pour vos messages.
Dans cette page on pose aussi quelques questions sur le dessin de Victor Hugo.

http://expositions.bnf.fr/hugo/pedago/dossiers/mort/pistes/emotion.htm
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Titus_Pibrac
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Mar 1 Juil 2008 - 21:39

Je ne reste toujours pas convaincu par les arguments de Totor qui sont visiblement très truqués - des patients qui survivent à un coup de couperet assez longtemps pour se plaindre je ne crois pas que cela soit honnéte et réaliste.
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Henri
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MessageSujet: Victor en fait trop?   Mar 1 Juil 2008 - 23:27

Bonsoir.
Quelques trucs qui me surprenent dans ces histoires d'executions qui tournent a la boucherie:

Si les condamnes etaient attaches, lies deja aux jambes et aux poignets, et a une certaine epoque peut-etre aussi sur la bascule, comment l'un deux pouvait-il se relever (!!!!!), s'etant degage de la lunette et se balader avec la tete a demi tranchee? Une chute qui ne fait qu'entamer le cou du condamne n'aurait pu etre que tres superficielle pour lui permettre de ne pas trop souffrir et de faire un effort pour se degager. Et avec les mains attachees de surcroit, en pissant le sang et sans choc, apres cinq chutes successives du couteau? Soit le couteau ne coupait pas, soit il coupait un peu, masi alors, qu'est-ce qui arretait la coupe? Un probleme de montage, des rainures mal lubrifiees? Il est fort possible que le Pere Hugo en ait remis une couche dans sa volonte de supporter l'Abolition. Mais quelque chose sonne faux...
Maintenant, il n'y a pas que les executions manuelles qui avaient des rates. Je crois que Sanson, durant la Revolution, disait que les executions nombreuses (les fameuses fournees) emoussaient le tranchant du couteau et que les derniers a "y" passer pouvaient en baver plus que les premiers...
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Ven 22 Aoû 2008 - 0:46

Curiosité Hugolienne :

« Ils m'apprennent à parler argot, à rouscailler bigorne, comme ils disent. C'est toute une langue entée sur la langue générale comme une espèce d'excroissance hideuse, comme une verrue.

Quelquefois une énergie singulière, un pittoresque effrayant : Il y a du raisiné sur le trimar (du sang sur le chemin), épouser la veuve (être pendu), comme si la corde du gibet était veuve de tous les pendus. La tête d'un voleur a deux noms : la sorbonne, quand elle médite, raisonne et conseille le crime ; la tronche, quand le bourreau la coupe. Quelquefois de l'esprit de vaudeville : un cachemire d'osier (une hotte de chiffonnier), la menteuse (la langue) ; et puis partout, à chaque instant, des mots bizarres, mystérieux, laids et sordides, venus on ne sait d'où : le taule (le bourreau), la cône (la mort) la placarde (la place des exécutions). On dirait des crapauds et des araignées. Quand on entend parler cette langue, cela fait l'effet de quelque chose de sale et de poudreux, d'une liasse de haillons que l'on secouerait devant vous.

Du moins, ces hommes-là me plaignent, ils sont les seuls. Les geôliers, les guichetiers, les porte-clefs - je ne leur en veux pas, - causent et rient, et parlent de moi, devant moi, comme d'une chose.»

Extrait du Jounal d'un condamné.



DESSIN DE HUGO.


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Emka
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MessageSujet: Le dernier jour d'un condamné   Mar 24 Mar 2009 - 0:34

Eh bien ... il est vrai que l'histoire du type cinq fois raté par le couperet ça laisse rêveur , et si cela a vraiment eu lieu , le pauvre gars à dû trouver rude " l'avalage " du bulletin de naissance ! J'ai lu " Le dernier jour d'un condamné " sans la préface que vous citez , Mercattore , (et pour cause c'est une édition librio que je possède) , et j'ai trouvé ce récit génial .
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Bill
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MessageSujet: Claude gueux   Dim 5 Avr 2009 - 17:24

Emka a écrit:
Eh bien ... il est vrai que l'histoire du type cinq fois raté par le couperet ça laisse rêveur , et si cela a vraiment eu lieu , le pauvre gars à dû trouver rude " l'avalage " du bulletin de naissance ! J'ai lu " Le dernier jour d'un condamné " sans la préface que vous citez , Mercattore , (et pour cause c'est une édition librio que je possède) , et j'ai trouvé ce récit génial .

un autre texte de VH sur le même sujet

http://fr.wikisource.org/wiki/Claude_Gueux
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piotr
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MessageSujet: Claude Gueux   Mar 14 Juil 2009 - 22:50

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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Mer 14 Juil 2010 - 21:13

marini a écrit:
Victor Hugo aurait pu être membre du site guillotine, car il ne semble vraiment pas avoir été indifférent à la chose. Son ouvrage "les derniers jours d'un condamné à mort" (ou quelque chose comme çà), en témoigne.

Je note à cette occasion que même pour une des plus belles plumes de notre histoire, rendre l'angoisse du condamné à mort est un exercice impossible.

Nous sommes à l'ineffable. Notre ami Victor bute devant comme les autres. En tout cas, c'est comme cela que je l'ai ressenti.

Marini

Suite à ma visite à l'expo "Crime et châtiment" au musée d'Orsay, j'ai lu Le dernier jour d'un condamné de Victor Hugo. Je trouve, pour ma part, que cela est bien écrit. Il y a une part de mystère: qui est ce condamné? quel crime a t il commis? Le lecteur vit avec lui son chemin de croix.
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lucerne
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Jeu 15 Juil 2010 - 17:14

Henri a écrit:
Bonsoir.
Quelques trucs qui me surprenent dans ces histoires d'executions qui tournent a la boucherie:

Si les condamnes etaient attaches, lies deja aux jambes et aux poignets, et a une certaine epoque peut-etre aussi sur la bascule, comment l'un deux pouvait-il se relever (!!!!!), s'etant degage de la lunette et se balader avec la tete a demi tranchee? Une chute qui ne fait qu'entamer le cou du condamne n'aurait pu etre que tres superficielle pour lui permettre de ne pas trop souffrir et de faire un effort pour se degager. Et avec les mains attachees de surcroit, en pissant le sang et sans choc, apres cinq chutes successives du couteau? Soit le couteau ne coupait pas, soit il coupait un peu, masi alors, qu'est-ce qui arretait la coupe? Un probleme de montage, des rainures mal lubrifiees? Il est fort possible que le Pere Hugo en ait remis une couche dans sa volonte de supporter l'Abolition. Mais quelque chose sonne faux...
Maintenant, il n'y a pas que les executions manuelles qui avaient des rates. Je crois que Sanson, durant la Revolution, disait que les executions nombreuses (les fameuses fournees) emoussaient le tranchant du couteau et que les derniers a "y" passer pouvaient en baver plus que les premiers...

Voici plus d'un mois que j'ai reçu ma miniature d'une Berger 1907. 92 cm de haut et un couperet d'1.5 kilos tout de même!
Et depuis, je coupe et recoupe... Des carottes, des concombres et des saucisses, il n'y a que mes doigts qui n'y sont pas encore passés!
Eh bien, pas un incident, pas de couteau qui s'arrête à mi-course, pas de copeaux qui volent, pas de bouts de carottes qui roulent hors de la bassine, jamais entendu de - réhabilitez-moi - avant une coupe, rien de rien!
Non sérieusement, j'ai vu la guillotine au musée d'Orsay et vous assure que c'est suffisamment impressionnant et sinistre sans que des écrivains,des pisse-copies et des avocats se croient obligés d'en rajouter.
Seulement voilà, que ne ferait-on pas pour vendre un bouquin, ou expliquer la mort d'un client !
Mais on ne refait pas l'histoire.
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octave
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Sam 9 Oct 2010 - 18:15

mercattore a écrit:
VICTOR HUGO EN COLÈRE:

Le dernier jour d'un condamné, préface de 1832, extrait.
______________________________________________________________________

" Il faut citer ici deux ou trois exemples de ce que certaines exécutions ont eu d'épouvantable et d'impie. Il faut donner mal aux nerfs aux femmes des procureurs du roi. Une femme c'est quelque fois une conscience.

Dans le midi, vers la fin du mois de novembre dernier, nous n'avons pas bien présent à l'esprit le lieu, le jour, ni le nom du condamné, mais nous les retrouverons si l'on conteste les faits, et nous croyons que c'est à Pamiers ; vers la fin de septembre donc, on vient trouver un homme dans sa prison, où il jouait tranquillement aux cartes : on lui signifie qu'il faut mourir dans deux heures, ce qui le fait trembler de tous ses membres, car, depuis six mois qu'on l'oubliait, il ne comptait plus sur la mort ; on le rase, on le tond, on le garrotte, on le confesse; puis on le brouette entre 4 gendarmes, et à travers la foule, au lieu de l'exécution. Jusqu'ici rien que de simple. C'est comme cela que cela se fait. Arrivé à l'échafaud, le bourreau le prend au prêtre, l'emporte, le ficelle sur la bascule, l'enfourne, je me sers ici d'argot, puis il lâche le couperet. Le lourd triangle de fer se détache avec peine, tombe en cahotant dans ses rainures, et, voici l'horrible qui commence, entame l'homme sans le tuer. L'homme pousse un cri affreux. Le bourreau, déconcerté, relève le couperet et le laisse retomber. Le couperet mord le cou du patient une seconde fois, mais ne le tranche pas. Le patient hurle, la foule aussi. Le bourreau rehisse encore le couperet, espérant mieux du troisième coup. Point. Le troisième coup fait jaillir un troisième ruisseau de sang de la nuque du condamné, mais ne fait pas tomber la tête. Abrégeons .

Le couteau remonta et retomba cinq fois , cinq fois il entama le condamné, cinq fois le condamné hurla sous le coup et secoua sa tête vivante en criant grâce ! Le peuple indigné prit des pierres et dans sa justice se mit à lapider le misérable bourreau. Le bourreau s'enfuit sous la guillotine et s'y tapit derrière les chevaux des gendarmes. Mais vous n'êtes pas au bout. Le supplicié se voyant seul sur l'échafaud, s'était redressé sur la planche, et là, debout, effroyable, ruisselant de sang, soutenant sa tête à demi coupée qui pendait sur son épaule, il demandait avec de faibles cris qu 'on vint le détacher. La foule, pleine de pitié, était sur le point de forcer les gendarmes et de venir à l'aide du malheureux qui avait subit cinq fois son arrêt de mort. C'est en ce moment là qu'un valet du bourreau, jeune home de vingt ans, monte sur l'échafaud, dit au patient de se retourner pour qu'il le délie, et, profitant de la posture du mourant qui se livrait à lui sans défiance, saute sur son dos et se met à lui couper péniblement ce qui lui restait de cou avec je ne sais quel couteau de boucher. Cela s'est fait. Cela s'est vu. Oui.

Aux termes de la loi, un juge a dû assister à cette exécution. D'un signe il pouvait tout arrêter. Que faisait-il donc de sa voiture, cet homme pendant qu'on massacrait un homme ? Que faisait-il ce punisseur d'assassins, pendant qu'on assassinait en plein jour, sous ses yeux, sous le souffle de ses chevaux, sous la vitre de sa portière ?

A Dijon, il y a trois mois, on a mené au supplice une femme. (Une femme !) Cette fois encore, le couteau du docteur Guillotin a mal fait son service. La tête n'a pas été tout à fait coupée. Alors les valets de l'exécuteur se sont attelés aux pieds de la femme, et à travers les hurlements, de la malheureuse, et à force de tiraillements et de soubresauts, ils lui ont arraché la tête par arrachement.

A Paris, nous revenons au temps des exécutions secrètes. Comme on n'ose plus décapiter en grève [ la place de Grève était la place des exécutions capitales] depuis juillet [1830], comme on a peur, comme on est un lâche, voici ce qu'on fait. On a pris dernièrement à Bicêtre un homme, un condamné à mort, un nommé Désandrieux je crois ; on l'a mis dans une espèce de panier traîné sur deux roues, clos de toutes parts, cadenassé et verrouillé ; puis, un gendarme en tête, un gendarme en queue, à petit bruit et sans foule, on a été déposer le paquet à la barrière déserte de Sait Jacques [ Cela marque la sortie de Paris]. Arrivés là, il était huit heures du matin, à peine jour, il y avait une guillotine toute fraîche dressée et pour public quelques douzaines de petits garçons groupés sur des tas de pierres voisins autour de la machine inattendue ; on a tiré l'homme du panier, et, sans lui donner le temps de respirer, furtivement, sournoisement, honteusement, on lui a escamoté la tête. Cela s'appelle un acte public et solennel de haute justice. Infâme dérision ! "
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MessageSujet: site avec plusieurs photographies   Jeu 30 Déc 2010 - 11:10

Bonjour à toutes et à tous
voici un site avec plusieurs photographies, dont il me semble ne pas avoir vues sur le forum (enfin pas pour toutes) Merci de me dire si je me trompe
Bonne lecture et bon visionnage
http://www.bookine.net/hugo-dernier-jour-condamne.htm
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Adelayde
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Lun 23 Mai 2011 - 21:50

Javier a écrit:
Bonjour à tous,
Avez-vous une interprétation pour ce que l'Auteur a voulu exprimer dans son dessin ?

Bonsoir Javier,

Je découvre votre message à l’instant.

Le dessin est froid, noyé d’ombre comme les petits matins d’hiver.
Seuls émergent :
- les bois de justice ;
- la tête épouvantée du supplicié qui semble aspirée vers un « ailleurs » ;
- le sang qui coule du pied de la guillotine trace les lettres N.S.T.I.T.U. : « INSTITUTION » ?

Je pense que Hugo, farouche adversaire de la peine de mort, a voulu stigmatiser la violence de l’institution judiciaire.
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Adelayde
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MessageSujet: Claude Gueux-Le dernier jour d'un condamné   Mer 25 Mai 2011 - 14:59

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Javier
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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Ven 27 Mai 2011 - 0:05

Bonsoir Adelayde. Merci pour votre réponse et pour tous vos messages.
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torquémada
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MessageSujet: audiobook   Ven 11 Nov 2011 - 11:34

voila comme promis un audiobook ( avec du retard ...mes excuses mais je travaillais en déplacement et je revenais tard donc moins de temps pour le pc )voila donc ma promesse sous la forme d'un lien ...
Bonne écoute .
megaupload.com 0C03XIBF
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MessageSujet: L’échafaud vu par Hugo   Lun 7 Jan 2013 - 12:03


L’échafaud vu par Hugo


« L’échafaud, en effet, quand il est là, dressé et debout, a quelque chose qui hallucine. On peut avoir une certaine indifférence sur la peine de mort, ne point se prononcer, dire oui et non, tant qu’on n’a pas vu de ses yeux une guillotine ; mais si l’on en rencontre une, la secousse est violente, il faut se décider et prendre parti pour ou contre. Les uns admirent, comme de Maistre, les autres exècrent, comme Beccaria. La guillotine est la concrétion de la loi ; elle se nomme vindicte ; elle n’est pas neutre, et ne vous permet pas de rester neutre. Qui l’aperçoit frissonne du plus mystérieux des frissons. Toutes les questions sociales dressent autour de ce couperet leur point d’interrogation. L’échafaud est vision. L’échafaud n’est pas une charpente, l’échafaud n’est pas une machine, l’échafaud n’est pas une mécanique inerte faite de bois, de fer et de cordes. Il semble que ce soit une sorte d’être qui a je ne sais quelle sombre initiative ; on dirait que cette charpente voit, que cette machine entend, que cette mécanique comprend, que ce bois, ce fer et ces cordes veulent. Dans la rêverie affreuse où sa présence jette l’âme, l’échafaud apparat terrible et se mêlant de ce qu’il fait. L’échafaud est le complice du bourreau ; il dévore ; il mange de la chair, il boit du sang. L’échafaud est une sorte de monstre fabriqué par le juge et par le charpentier, un spectre qui semble vivre d’une espèce de vie épouvantable faite de toute la mort qu’il a donnée. »

Les Misérables, 1862 - Première partie : Fantine - Livre premier : Un juste, chap. 4

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MessageSujet: Re: L'échafaud vu par Victor Hugo   Jeu 16 Juil 2015 - 17:12



Superbe affiche ! Hugo l'aurait à coup sûr aimée.

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