La Veuve

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 Georges Gauchet - 1931

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MessageSujet: Georges Gauchet - 1931   Ven 11 Jan 2008 - 15:45


FÉVRIER 1931. Arrivée de GEORGES GAUCHET pour la reconstitution de son crime (chapeau blanc)), assassin d'un bijoutier, avenue Mozart, à Paris, le 19 novembre 1930.

Il sera condamné à la peine de mort par les Assises de la Seine le 15-10-1931 et exécuté boulevard Arago le 26-12-1931 (le lendemain de Noël !) par Anatole Deibler.

* A Noter : Georges Gauchet avait refusé de signer sa demande de grâce, demandant à être exécuté au plus vite.


Légende du cliché : «Telles furent les clameurs de la foule lorsque Geoges Gauchet, escorté et protégé par la police, apparut»

« Faites hâter mon exécution, demande Georges Gaucher à son avocat. »
_____________________________________________________________

Gauchet figure sur les «Carnets d'exécutions» d'Anatole DEIBLER avec les annotations :

Samedi, brouillard. 7h10.
342-246.

_____________________________________________________________


C'était le 32ème guillotiné sur le bd Arago (XIVème), après l'arrêt des exécutions sur la place de Roquette (XIème).


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Nemo
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Ven 11 Jan 2008 - 15:58

Petit Deibler Noël
Quand tu descendras du ciel
Avec ta guillotine montée
N'oublie pas d'aiguiser le couperet...

Je sais qu'il est possible de faire mieux, mais là, je n'ai pas assez de temps !

_________________
"Je suggère qu'on lui coupe la tête sans ménagement dès dimanche prochain, mais si possible après 17 heures, afin que j'aie le temps d'aller aux vêpres. (Pierre Desproges)"
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Ven 11 Jan 2008 - 18:27

Mais avant de partir
Il faudra bien te couvrir,
Dehors , tu vas avoir si froid,
C'est surtout à cause de moi.
Il me tarde tant que le jour se lève
Pour voir si tu m'as apportées
Toutes les belles têtes que je vois en rêve
Et que je vais découper.
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Jeu 23 Avr 2009 - 11:56


Journal LE FIGARO, du 27 décembre 1931.

L'exécution de Georges Gauchet, assassin de M. Dannenhoffer, le bijoutier de l'avenue Mozart, a eu lieu hier matin. Dès trois heures, environ trois mille curieux stationnaient aux abords de la prison de la Santé et boulevard Arago, maintenus derrière un important service d'ordre que dirigeait MM. Marchand, directeur de la police municipale, et Siraud, commissaire divisionnaire. A 6 h. 20, MM. Lacour, substitut du procureur général Gaudel, Brosson.................(illisible), Xavier Guichard, directeur de la police, Bodin, commissaire de la police judiciaire, Maître Campinchi, défenseur du criminel, et ses secrétaires, MM. Delaunay et Guyonnet, le docteur Paul, MM. Marchand, Guilbert, directeur de la Santé, l'aumonier; et le gardien-chef de la prison pénétraient dans la cellule du condamné. Gauchet dormait profondément. Le substitut Lacour lui frappa sur l'épaule et l'exhorta à avoir du courage. Gauchet s'habilla sans aide. S'adressant à son, avocat, Maître Campinchi, il lui dit « Je voudrais, maître, que ma mère et ma sœur ne sachent rien. Remerciez pour moi Maître Delaunay et Guyonnet. Je vous remercie également de tous vos efforts; il aurait fallu un miracle pour que j'échappe au châtiment que j'ai mérité. »

Gauchet refusa le verre de rhum et la cigarette qu'on lui offrait et entendit la messe. A 7 heures exactement, le fourgon sortait de la prison, escorté d'agents cyclistes, et venait se ranger au pied de la guillotine. Gauchet descendit sans soutien les aides le firent basculer sous le couperet. A 7 h. 6, justice était faite. Le corps a été inhumé au cimetière d'Ivry.
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Bill
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MessageSujet: Campinchi   Jeu 23 Avr 2009 - 19:23

mercattore a écrit:


Gauchet s'habilla sans aide. S'adressant à son, avocat, Maître Campinchi, il lui dit « Je voudrais, maître, que ma mère et ma sœur ne sachent rien. Remerciez pour moi Maître Delaunay et Guyonnet. Je vous remercie également de tous vos efforts; il aurait fallu un miracle pour que j'échappe au châtiment que j'ai mérité
Gauchet refusa le verre de rhum et la cigarette qu'on lui offrait et entend[/b]

César Campinchi , grand ténor du barreau, était également un homme politique radical en vue. Il fut notamment Garde des Sceaux.

http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9sar_Campinchi
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piotr
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Ven 16 Juil 2010 - 17:56

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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Sam 7 Aoû 2010 - 18:18

EXÉCUTION DE GEORGES GAUCHET


Par Archange - 16/12/2011

(Louis BERRINGS)
***

Transcription du Petit Journal.


Par Archange - 16/12/2011

Toute la place Pigalle et toute la place d'Italie s'était donnée rendez-vous, la nuit dernière, boulevard Arago. La TSF avait annoncé (( (plutôt étonnant !) que Georges Gauchet serait exécuté à l'aube. Le « On y va ?… On y va ?…» interrogatif et entraînant tout à la fois, avait couru de bouche en bouche, de bar en bar, les femmes avaient donné le signal de départ. Pour voir mourir celui qui avait été des leurs, les habitués des boîtes interlopes n'avaient pas hésité à quitter leur milieu. Les gouapes en casquette des Gobelins et de la Zone s'étaient rués là, abandonnant pour une fois l'attaque nocturne.

Il était à peine dix heures du soir que déjà les agents cyclistes de ronde signalaient que le boulevardd Arago grouillait de monde. Le long des trottoirs les taxis s'alignaient en longues files sous les arbres et jusque sur la chaussée, des hommes trop élégants, des femmes trop fardées allaient et venaient, ailleurs on ne croisait que des visages inquiétants, épaules carrés, coiffures caractéristiques évocatrices. Des rires, des lazzis fusaient de tous les coins.


LA POLICE DÉBORDÉE

La police prit rapidement les mesures nécessaires : des escouades d'agents vinrent faire circuler les groupes qui stationnaient. Ce fut alors l'envahissement de tous les bars voisins, les initiés prirent possession du débit de " A la Bonne Santé " (1), véritable fauteuil de balcon face à la porte de la prison, de là, ils verraient au moins sortir le noir fourgon menant au supplice le condamné. Derrière les glaces jaunies, dans les lumières d'un bal musette, des hommes à foulards rouges et des filles en cheveux s'attablèrent, attendant l'instant de plaquer aux vitres leurs visages glabres, défaits et crispés, de ces physionomies qui font frissonner.

A deux heures du matin, ordre fut donné de former les barrages. Il fallut déblayer, repousser cette foule interlope qui résistait.
— Allez, plus vite que çà ! cria le commissaire de police. Les agents foncèrent, ce fut la bousculade. Le boulevard fut dégagé, les barrages établis, derrière eux la foule compacte se massa. Les taxis eux aussi refoulés, furent pris d'assaut, leurs sièges et leurs toits étant autant d'estrades. La statue d'Arago (2) fut, elle aussi, escaladée et les grappes humaines s'y accrochèrent. Dans le brouillard gris et humide enveloppant tout Paris, de Montmartre, de Montparnasse, les voitures continuèrent d'arriver toute la nuit, augmentant encore la cohue.
— Plus de quatre mille personnes, monsieur le commissaire divisionnaire, annonçait un agent à son chef, et il n'était pas encore cinq heures du matin. Depuis Liabeuf, (1910) l'homme aux brassards de fer, le boulevard Arago n'avait revu pareille affluence. Retour en arrière, vision d'autrefois, lorsqu'on guillotinait encore devant la Petite-Roquette et que fêtards en habits et femmes décolletées venaient de mêler aux rôdeurs et aux filles.


DEVANT LA GUILLOTINE

L'humidité froide de cette nuit de brume pénètre tous ceux qui sont là professionnellement. La guillotine vient d'être montée, sous l'éclatante lumière d'un puissant lampadaire, son bois sombre, ses rainures de cuivre brillent étrangement. Devant la répugnante machine, on bat la semelle. Un aide de Deibler accroche le couteau. Sur le toit d'un taxi, une femme, les bas flasques, et ruisselants, se refait les lèvres au bâton de rouge. Devant le débit « A la Bonne Santé », un cordon de police interdit toute circulation, on ne peut y entrer, on ne peut en sortir. A l'intérieur, les têtes peignées « à la chien » se sont collées aux vitres et y restent figées.

Six heures : policiers, magistrats et avocats arrivent les uns après les autres, ils s'attendent dans la prison.

Six heures un quart : tout le monde est là : Maître Campinchi, ses secrétaires, le procureur de la République, son substitut, le juge d'instruction, la police judiciaire, le docteur Paul, l'aumônier…
On va réveiller le condamné.


LE RÉVEIL

Dort-il encore lorsque entre dans sa cellule ? Il est couché, c'est tout ce que l'on peut dire. Un gardien enlève les vêtements de bure, uniforme de la prison, un autre apporte les effets civils du condamné. Gauchet commence à s'habiller, puis il cherche quelque chose qu'on a oublié
— Et mes chaussettes ? réclame-t-il avec son calme habituel, un peu effrayant.
Ce seront ses seules paroles.
— Vos dernières volontés ? demandera le procureur, sans succès.
— Gauchet, j'ai tenu à être à vos côtés en ce terrible moment, si vous avez quelque chose à dire, confiez-le moi, pour votre famille, pour votre mère… Gauchet, répondez-moi ? insistera l'avocat sans faire desserrer les lèvres muettes.
Seul l'aumônier obtient un « oui » en réponse à sa question : « Voulez-vous entendre la messe ? »
Gauchet fut alors conduit à la chapelle de la prison et pendant tout l'office, durant vingt longues minutes, il resta impassible sur son banc.
Maître Campinchi lui parla encore de sa mère, de sa famille, de ceux qu'il aima. Gauchet n'ouvrit pas la bouche et c'est d'un simple geste qu'il refusa le verre de rhum traditionnel qu'on lui tendit au greffe, après l'échancrure de la chemise, comme si le couteau ne devait pouvoir trancher, en plus du cou, une mince étoffe.

Cet homme, véritable énigme, dont on ne sait encore si les regrets étaient sincères, ce fils de bonne famille devenu assassin pour continuer sa vie de débauche, qui déclara aux assises : « Le châtiment est juste », qui refusa de signer son pourvoi en cassation et son recours en grâce, (3) qui fit tant de difficultés pour accepter de recevoir, il y a quelques jours, la visite de sa mère, était-il aussi calme lorsqu'il défonça le crâne de sa victime à coups de clé anglaise.


L'EXPIATION

Les portes de la prison viennent de s'ouvrir. Le fourgon noir comme un corbillard, dans son habituel tintamarre de ferraille disloquée, passe lentement. en face, derrière les glaces du « bistro », les faces glabres se sont un peu plus crispées. Le véhicule qui tient à la fois de la voiture cellulaire et du fourgon des pompes funèbres, vient de s'arrêter devant la guillotine, les portes s'ouvrent.
Sans sa chemise blanche plaquée sur sa poitrine puissante, Gauchet semble un torse de plâtre blanc, casqué de noir. Bientôt, on ne voit plus que ses abondants cheveux d'ébène, le condamné baisse la tête pour descendre la petite échelle raide.
Doucement, il s'avance vers la machine. Le classique sursaut, en apercevant le couteau que le lampadaire fait étinceler, les aides le poussent, le corps tombe en avant, le couteau se déclenche, l'habituel bruit sourd, ses deux longues jambes disparaissent dans le panier plein de sciure de bois. Gauchet ne tuera plus de bijoutiers.


UNE SCÈNE IGNOBLE

Brutale bousculade, des gens arrivent en trombe, le barrage de la rue de la Glacière vient de céder. Des casquettes, des foulards rouges glissent, passent, insaisissables, une demi-douzaine de rôdeurs sont déjà au pied de la guillotine, des femmes viennent les rejoindre et trempent leur mouchoir dans le sang du supplicié.
Pendant que les agents les chassent à coups de pied, le fourgon encadré de gardes à cheval file vers la banlieue. Peu après, dans la paisible cimetière d'Ivry, où aucun curieux n'avait songé à venir, en la seule présence de policiers et de journalistes, le cadavre sans tête de l'ancien beau brun des boîtes de nuit de Montmartre, était placé dans un cercueil de sapin et descendu dans la fosse creusée au centre du carré des suppliciés.

RENVOIS :

*** Louis BERRINGS : « Gauchet, poussé vers la guillotine par deux aides du bourreau ». Ce dessinateur est l'auteur de plusieurs croquis sur des exécutions de condamnés, notamment de Landru. Voir : http://guillotine.cultureforum.net/les-condamnes-a-mort-f2/landru-va-etre-execute-t318.htm?highlight=landru)


Par Archange - 16/12/2011


Le dessinateur Louis Berrings.



Aperçu de l'emplacement de la statue d'Arago (huit points gris, à droite du petit logo rouge A). On voit la distance qui séparait les spectateurs, juchés sur la statue, du lieu d'exécution situé non loin de l'angle bd Arago / rue de la Santé, d'après les écrits de certains journalistes et qui sont sujets à caution.


(1) Bistro " A LA BONNE SANTÉ ". Il existait encore dans les années soixante. De nouvelles constructions l'ont fait disparaitre.
Document SYWAN, que je remercie encore, car quartier cher à ma jeunesse.

(2) Statue en bronze de François ARAGO. Soclée en bordure du boulevard Arago, elle était située à environ 300 mètres de l'angle Arago/Santé. Son escalade permettait l'observation, plus ou moins bonne selon divers paramètres, de l'activité du boulevard, et sur une grande longueur. Lors de l'exécution de Georges Gauchet, le défeuillement des marronniers du bd Arago, du à la saison d'hiver, offrait une meilleure vue pour les spectateurs, nonobstant le brouillard.

Aujourd'hui (place de l'île de Sein). Destinée à la fonderie, sur ordre de l'occupant allemand, la statue est retirée de son socle en 1942. Elle fut donc présente pendant toute la durée des exécutions capitales du bd Arago (1910-1939).

(3) Le refus de la grâce de la part du condamné ne peut empêcher son avocat de demander une audience au président de la République pour la solliciter. C'est un devoir pour lui.

__________________________________________________________________________________________________________________________________________

* Pour la première exécution sur le boulevard Arago (Henri Duchemin, parricide, le 06-08-1909), le quotidien Le Petit Parisien indiquait que celle-ci devait se dérouler à l'angle du bd Arago et de la rue de la Santé (voir plan ci-dessous).

Il est peu probable que l'exécution se soir déroulée à cet endroit, en partie à découvert, un déplacement de quelques mètres en remontant le bd Arago, au milieu des arbres, étant plus justifié. D'ailleurs, la troisième exécution (Arthur RENARD, 20-01-1912) s'est déroulée à plusieurs mètres de l'angle Arago/ Santé, ainsi qu'en témoigne le document publié par le journal La Presse, où une masse grise (emplacement du cheval) prolongeant la hauteur du mur d'enceinte atteint le bord haut du cliché. L'angle est hors de vue. Il est probable que cette masse est une partie d'un bâtiment cellulaire, ce qui donne une indication pour situer l'emplacement probable de l'exécution de Renard.
En effet, seule une partie du mur d'enceinte de la prison est longée sur le boulevard Arago par des bâtiments cellulaires.

Après l'exécution de Renard.

On voit sur ce cliché que la partie figurant avec des pointillés ne comporte pas de bâtiments cellulaires près du mur d'enceinte. Il faut les trouver plus haut, en remontant le bd Arago. Si l'interprétation de la photo de Renard est bonne, ce dernier a été exécuté à hauteur du début des bâtiments cellulaires, soit à environ 100 mètres de distance de l'angle Arago/Santé.



— Au cours d'exécutions ultérieures, des journalistes notent l'installation de la guillotine à hauteur du cinquième arbre, décompté à partir de l'angle Arago/ Santé ?

Contemporain.


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fouche
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Dim 8 Aoû 2010 - 8:51

La question mérite d'être approfondie...

La Veuve se trouvait elle à proximité de cette Vespasienne que l'on voit au bord du Boulevard ? Et sait on à quelle époque cet édicule d'aisances fut mis en place ?

En tous les cas on pouvait supposer l'existence à cet endroit d'un point d'arrivée d'eau, que A. Deibler a pu estimer utile pour le nettoyage des bois et des lieux...

Qu'en pensent les experts ?
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Boisdejustice
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Dim 8 Aoû 2010 - 14:12

Remarquable etude de cette execution... Merci Mercattore!
D'ou provient la photo prise apres l'execution d'Arthur Renard en 1912? Etait elle dans La Presse? Je ne l'avais jamais vu. Ce n'est que la deuxieme photo de la Veuve prise Boulevard Arago si je ne me trompe et donc une photo assez rare la premiere etant celle prise apres l'execution de Gorguloff en 1932.
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Dim 8 Aoû 2010 - 19:20

Boisdejustice, comme j'ai examiné plusieurs journaux d'époque je vais rechercher la source du cliché. Le problème que j'ai eu pour ce cliché est que Gallica a changé la façon de procéder pour en effectuer un agrandissement et comme je me suis un peu énervé j'ai laissé tomber. Je suis certain que vous pourrez agrandir et améliorer ce cliché quand vous aurez le lien du journal que je vais vous donner.
Autrement, je suis allé cet après-midi boulevard Arago et je me suis aperçu de certaines choses qui posent des interrogations quant à l'endroit des exécutions.
C'est peut être plus compliqué qu'il n'y parait.
A bientôt.
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Boisdejustice
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Dim 8 Aoû 2010 - 22:17

C'est pas bien mieux avec une capture grand format et un peu d'ajustement du contraste... toujours tres mediocre:

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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Dim 8 Aoû 2010 - 22:24

Un autre document, pas fameux non plus mais un peu meilleur, concernant l'exécution de Renard. Vous pourrez peut-être l'améliorer un peu plus.



Après l'exécution.
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Adelayde
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MessageSujet: Georges Gauchet, futur guillotiné du boulevard Arago   Dim 8 Aoû 2010 - 22:58

Bravo Mercattore pour cet excellent exposé !
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Lun 9 Aoû 2010 - 14:26

fouche a écrit:
La question mérite d'être approfondie...

La Veuve se trouvait elle à proximité de cette Vespasienne que l'on voit au bord du Boulevard ? Et sait on à quelle époque cet édicule d'aisances fut mis en place ?

En tous les cas on pouvait supposer l'existence à cet endroit d'un point d'arrivée d'eau, que A. Deibler a pu estimer utile pour le nettoyage des bois et des lieux...

Qu'en pensent les experts ?


La Veuve n'était pas positionnée à proximité de cette vespasienne (située à environ 20 mètres de l'angle) car elle était montée nettement au-delà de celle-ci. En tous cas, c'est mon opinion. Le peu de documents que l'on a sur quelques exécutions le laissent penser. (recherches en cours). Une indication est donnée par un journaliste du quotidien l'Humanité qui situe l'emplacement de la Veuve plus haut que l'angle rue de la Santé/bd Arago pour l'exécution de RENARD (1912), au même emplacement que les deux premières exécutions, celle de DUCHEMIN(1909), et celle de LIABEUF(1910). Un journaliste du Matin relate un même emplacement pour les trois premières exécutions, et précise que celle de RENARD s'est déroulée à un soixantaine de mètres de distance de l'angle Arago/Santé.

Il est possible qu'au cours du temps l'emplacement du lieu d'exécution ait été modifié, par exemple l'exécution de Mohamed ben DRISS(1931) a du se dérouler plus haut que la soixantaine de mètres indiquée par le journaliste : estimation d'un minimum de 100 mètres à partir de l'angle Arago / Santé (recherches en cours). Ce qui est sûr, c'est que la multitude de blogs et de livres qui indiquent que les exécutions capitales du bd Arago se déroulaient à l'angle Arago/Santé commettent une erreur (une des plus grosses se trouve dans le Dictionnaire Historique des rues de Paris, de Jacques Hillairet, où l'on lit : Les exécutions capitales ont eu lieu de 1899 à 1909, à l'angle du boulevard Arago et de la rue de la Santé, elles ont lieu, depuis lors, à l'intérieur de la prison).

En ce qui concerne le nettoyage de la Veuve etc, c'est un sujet que l'on avait abordé sur un autre topic, principalement avec Pierrepoint, je crois. Une borne fontaine avait été évoquée, mais jamais aucun document, aucune relation, aucun souvenirs d'anciens, n'apparait pour lui donner une existence.
Une explication plausible pourrait-être celle-ci (sans en exclure d'autres, évidemment) : sur le document visible ci-dessous (bd Arago) à coté de la plaque de descente d'égouts, on voit une bouche de nettoyage. Elle permettait aux employés de la voirie parisienne de faire couler de l'eau dans les caniveaux. Normalement, ces bouches étaient situées en bordure de trottoir (l'employé ouvrait et fermait l'arrivée de l'eau avec une clef). Il était possible, comme je l'ai vu, d'adapter à ces bouches un système permettant de capter l'eau et de la puiser avec l'ajout d'un raccord (aujourd'hui le système de nettoyage est devenu automatique). Il est donc curieux qu'un bouche de ce type se trouvait à cet emplacement, loin du trottoir du bd Arago, mais la forte déclivité du boulevard nécessitait peut être une installation à cet endroit. Comme on le voit sur le document, le couvercle est enfoncé (bloqué) et le soulever m'a été impossible. L'employé n'intervient donc plus sur la bouche, le système automatique est passé par là.





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MessageSujet: la borne-fontaine fantôme   Mar 10 Aoû 2010 - 14:17

Ma bibliothèque est toujours partiellement en cartons...De mémoire, ladite borne est mentionnée dans le récit fait par Léon Daudet de l'exécution des 3 protagonistes de la bande, qui se trouve dans ses souvenirs parisiens Question
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Mar 10 Aoû 2010 - 14:34

Bonjour Pierrepoint,

Est-ce de PARIS VÉCU, en deux volumes, dont il est question ? Si oui, je peux vous assurer que Daudet ne mentionne pas de borne lors de cette exécution.
2ème série, rive gauche, pp 81/84.
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konvoi
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Mer 11 Aoû 2010 - 21:44

mercattore a écrit:
fouche a écrit:
La question mérite d'être approfondie...

La Veuve se trouvait elle à proximité de cette Vespasienne que l'on voit au bord du Boulevard ? Et sait on à quelle époque cet édicule d'aisances fut mis en place ?

En tous les cas on pouvait supposer l'existence à cet endroit d'un point d'arrivée d'eau, que A. Deibler a pu estimer utile pour le nettoyage des bois et des lieux...

Qu'en pensent les experts ?


La Veuve n'était pas positionnée à proximité de cette vespasienne (située à environ 20 mètres de l'angle) car elle était montée nettement au-delà de celle-ci. En tous cas, c'est mon opinion. Le peu de documents que l'on a sur quelques exécutions le laissent penser. (recherches en cours). Une indication est donnée par un journaliste du quotidien l'Humanité qui situe l'emplacement de la Veuve plus haut que la rue de la Santé pour l'exécution de RENARD (1912), au même emplacement que les deux premières exécutions, celle de DUCHEMIN(1909), et celle de LIABEUF(1910). Un journaliste du Matin relate un même emplacement pour les trois premières exécutions, et précise que celle de RENARD s'est déroulée à un soixantaine de mètres de distance de l'angle Arago/Santé.

Il est possible qu'au cours du temps l'emplacement du lieu d'exécution ait été modifié, par exemple l'exécution de Mohamed ben DRISS(1931) a du se dérouler plus haut que la soixantaine de mètres indiquée par le journaliste : estimation d'un minimum de 100 mètres à partir de l'angle Arago / Santé (recherches en cours). Ce qui est sûr, c'est que la multitude de blogs et de livres qui indiquent que les exécutions capitales du bd Arago se déroulaient à l'angle Arago/Santé commettent une erreur (une des plus grosses se trouve dans le Dictionnaire Historique des rues de Paris, de Jacques Hillairet, où l'on lit : Les exécutions capitales ont eu lieu de 1899 à 1909, à l'angle du boulevard Arago et de la rue de la Santé, elles ont lieu, depuis lors, à l'intérieur de la prison).

En ce qui concerne le nettoyage de la Veuve etc, c'est un sujet que l'on avait abordé sur un autre topic, principalement avec Pierrepoint, je crois. Une borne fontaine avait été évoquée, mais jamais aucun document, aucune relation, aucun souvenirs d'anciens, n'apparait pour lui donner une existence.
Une explication plausible pourrait-être celle-ci (sans en exclure d'autres, évidemment) : sur le document visible ci-dessous (bd Arago) à coté de la plaque de descente d'égouts, on voit une bouche de nettoyage. Elle permettait aux employés de la voirie parisienne de faire couler de l'eau dans les caniveaux. Normalement, ces bouches étaient situées en bordure de trottoir (l'employé ouvrait et fermait l'arrivée de l'eau avec une clef). Il était possible, comme je l'ai vu, d'adapter à ces bouches un système permettant de capter l'eau et de la puiser avec l'ajout d'un raccord (aujourd'hui le système de nettoyage est devenu automatique). Il est donc curieux qu'un bouche de ce type se trouvait à cet emplacement, loin du trottoir du bd Arago, mais la forte déclivité du boulevard nécessitait peut être une installation à cet endroit. Comme on le voit sur le document, le couvercle est enfoncé (bloqué) et le soulever m'a été impossible. L'employé n'intervient donc plus sur la bouche, le système automatique est passé par là.




il s'agit d'une bouche d'incendie de 100 mm (ts les 100 mètres à Paris) ou l'on peut adapter des raccords pompiers, col de cygne ou autres raccords destinés à la voirie


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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Jeu 12 Aoû 2010 - 9:53

Merci Konvoi. Je me disais aussi, pourquoi est-elle là, pour une bouche de lavage ? C'est vrai qu'elle est un peu différente des bouches de lavage pour caniveaux. Enfin, c'est quand même une bouche qui permettait d'obtenir de l'eau. Elle a pu servir pour le nettoyage après les exécutions, mais rien ne le prouve. Elle est une des possibles explications.
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Lun 22 Nov 2010 - 18:15


Exécution de Mohamed ben Driss (octobre 1931). On aperçoit des fenêtres de cellules.

C'est dans cette partie du bd Arago que fut exécuté Mohamed ben Driss. A gauche de la photo le mur continue en descente jusqu'à l'angle rue de la Santé / bd Arago, mais sans bâtiments cellulaires apparents (voir photo ci-après). Les exécutions effectuées devant les bâtiments cellulaires présentaient un avantage : le vis à vis était un long parc arboré (toujours existant) dépendant d'une institution religieuse de la Rue Saint-Jacques, il n'y avait donc aucune habitation en face des bâtiments cellulaires (les détenus ne pouvaient pas voir la guillotine de leur fenêtre), alors que de plus en plus de constructions hautes, ou rehaussées, étaient édifiées après ce parc en descendant vers l'angle rue de la Santé / bd Arago, donc face au mur de la prison.
On peut raisonnablement en tirer la conclusion que plusieurs exécutions, sinon le plus grand nombre, se sont déroulées devant ces bâtiments cellulaires, à 100 mètres, ou plus, de l'angle rue de la Santé / bd Arago.

Après les bâtiments cellulaires, plus aucun bâtiment cellulaire n'est apparent jusqu'à l'angle Rue de la Santé / bd Arago.


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MessageSujet: GEORGES GAUCHET   Lun 22 Nov 2010 - 23:52

Une photo de Georges Gauchet.

Voici le le lien qui permettra éventuellement de la récupérer si elle disparaissait du site hébergeur.


http://www.gettyimages.fr/detail/89865442/Hulton-Archive?language=fr&location=FRA


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piotr
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MessageSujet: Georges Gauchet-polish detective journal from 1931   Mar 17 Avr 2012 - 17:28



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Nemo
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Mar 17 Avr 2012 - 19:18

Quant à l'emplacement des bois boulevard Arago, un article de presse lu récemment m'informait que la guillotine était montée entre les 19e et 20e marronniers du boulevard en partant de la rue Messier... Ce serait à vérifier. Si je retourne sur place dans peu de temps - peut-être un soir cette semaine, j'irai tirer un cliché de l'endroit précis.

_________________
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Mer 29 Mai 2013 - 0:23

Quotidien Le Matin, du 04-12-1930.

LE CRIME DE L'AVENUE MOZART

C'est un jeune homme de bonne famille
qui dilapida un héritage et se trouvait à bout de resssources


S
herlock Holmes, quand il bourrait sa pipe pour mieux réfléchir sur les données d'un crime, avait l'air très fort. Au fond, il ne d'était point tant que cela, parce que déjà il connaissait tout le problème. Son créateur Conan Doyle avait déjà construit le crime et il ne lui était point difficile de faire découvrir par Holmes la clé d'un mystère qui n'en était pas un pour lui.
Nous avons mieux que le romanesque policier anglais des policiers, bien vivants et qui ne posent pas pour les romanciers, qui arrivent sur le théâtre d'un meurtre sans autres clé que leur intelligence et qui se " débrouillent " avec rien ou presque. M. Xavier Guichard les dirige. On l'a vu, au bout de peu de temps, mettre la main sur l'assassin, de la rue de Ponthieu *. Aujourd'hui, c'est celui de l'avenue Mozart qu'il vient de prendre au collet, avec, pour tout indice, un journal du soir oublié par l'assassin sur le comptoir de la bijouterie. Il serait difficile de partir de moins.

* Mohamed Ben Driss, exécuté bd Arago, le même jour où Georges Gauchet fut condamné à mort.

Tout, d'ailleurs, dans cette affaire, fait penser à la littérature d'aventures policières. Il n'y manque même point l'invraisemblable fils de famille qui fait un héritage, le gaspille et, de chute en chute, descend jusqu'au crime.  Ce jeune homme est là, il s'appelle Georges-Raymond Gauchet, il a 25 ans et sa malheureuse mère habite un hôtel particulier, 39, rue Henri-Heine.

Le 19 novembre, on s'en souvient, le cadavre de M. Dannenhofer, bijoutier, avenue Mozart, était découvert dans sa boutique, au milieu d'une flaque de sang. La victime ne portait moins de seize fractures du crâne. Elle avait été sauvagement piétinée : son visage était labouré de coups d'ongles et elle avait sept côtes fracturées. Les policiers arrivèrent, constatèrent qu'une vitrine avait été brisée, que M. Dannehofer avait tenté, après une première lutte, de regagner l'arrière-boutique pour y prendre un revolver, et ce fut tout. Le criminel n'avait rien laissé qui pût mettre la police sur ses traces, sinon un journal du soir, plié à la page des courses et oublié sur un comptoir. C'était maigre. Cela devait pourtant suffire.

Les inspecteurs furent envoyés sur les champs de courses et dans certains établissements où se réunissent les Parisiens désoeuvrés. Ils y obtinrent des indications, qui les amenèrent à surveiller un jeune suspect. Une enquête discrète confirma leurs soupçons. Et, mardi, M. Guichard décidait l'arrestation du meurtrier, lequel était filé depuis plusieurs jours et plusieurs nuits.
M. Guillaume, commissaire divisionnaire à la police judiciaire, chargea l'inspecteur principal Leroy et les inspecteurs Piguillot et Clerc de l'arrestation prescrite.

L'arrestation

Il est 3 h. 30. A l'angle, de la rue Fontaine et de la rue Mansart, un débit. Une soixantaine de consommateurs attablés, soupant. Tout à coup, la porte s'ouvre. Les inspecteurs entrent, se dirigent vers un des clients, attablé seul. C'est un jeune homme distingué, un jeune homme très comme il faut.

—  Veuillez nous suivre.  
C'est bon, emmenez-moi, dit le jeune homme qui, précipitamment, jette quelque chose sous la banquette.
Et les quatre, hommes sortent. Quelques instants après, un inspecteur revient, prend le pardessus et le chapeau du client, regarde sous la banquette, ramasse deux bagues ornées de brillants et va rejoindre ses camarades au commissariat de la rue La-Rochefoucauld.
C'est tout. On vient d'arrêter l'assassin de l'avenue Mozart.

On le fouilla aussitôt. Il avait encore au poignet le bracelet-montre volé avenue Mozart et les deux bagues trouvées sous la banquette venaient aussi de la bijouterie ensanglantée. Sous bonne garde, le jeune homme distingué fut conduit 36, quai des Orfèvres où, en présence de M. Xavier Guichard, directeur de la, police judiciaire, le commissaire divisionnaire procéda à son interrogatoire.
                                                                                                                                 
L'assassin

Son nom on le connaissait : Georges-Raymond Gauchet, né le 8 novembre 1905 dans le 9ème arrondissement, fils d'un commerçant de la Chaussée-d'Antin, qui se retira après fortune faite dans un hôtel particulier, 39, rue Henri-Heine, où il mourut (note : L'hôtel n'existe plus .
Georges-Raymond Gauchet, avant d'être un assassin, n'était pas un jeune homme quelconque. Il avait fait, ses études secondaires jusqu'au baccalauréat. A la mort de son père, pris du louable mais fugace désir de travailler, il s'était fait employé de banque. Mais, en mars 1929, pour son malheur, un chèque de 194.000 francs, représentant sa part dans la succession de son, père, lui fut remis.

L'argent, l'argent qui sauverait tant d'autres hommes du crime, le perdit. On devine l'usage qu'il en fit une auto de 35.000 francs tout de suite, le jeu à la Bourse, le jeu sur les hippodromes, le jeu dans les cercles. L'argent fondit comme neige, au soleil.
En mai, Georges Gauchet va vivre à l'hôtel, 69, rue Blanche, avec une maitresse, Mlle Clémentine Philippe, 29 ans, qu'il semble prendre comme assurance contre la misère qui vient. En août sont vendues les dernières valeurs. Au début de novembre. il reste au compte en banque 60 francs.



L'hôtel où logeait Georges Gauchet avant son arrestation, 69 rue Blanche, Paris IXème.

Le 19 novembre, levé à 5 heures, il quitte sa chambre, Il a encore un espoir. Une indemnité de 4.000 francs lui est due pour un accident survenu à son auto, par une compagnie d'assurances. Malheureusement, le payement est remis à huitaine. Alors, l'idée du meurtre prend possession de lui. Il vient à son garage, passage Elysée-des-Beaux-Arts, prend une clef anglaise de forte dimension, qu'il glisse dans la poche droite de son pardessus. Puis il revient rue Blanche, où il partage avec sa maîtresse les 10 francs qui lui restent.

Je vais chez ma mère, dit-il à 19 heures.
Il passe, en effet, rue Henri-Heine, mais il n'ose pas entrer.

Le crime

Il décide alors d'aller emprunter quelque argent à ses oncle et tante, pâtissiers 112, rue La Fontaine. Il passe par l'avenue Mozart. Une devanture brillamment éclairée le fascine. Il est venu là du temps de sa richesse, quand il pouvait acheter. Aujourd'hui, s'il pouvait voler. Un homme range ses vitrines, il est seul. Georges-Raymond Gauchet entre. Il demande à voir des bagues de femme. Le bijoutier lui en montre trois. Non ! Pas ça. Le bijoutier se détourne. Gauchet étend la main, empoigne les bagues. Mais M. Dannenhofer l'a vu et s'élance. Courte lutte.
En reculant, le jeune homme heurte du coude une vitrine qui se brise, le blessant au coude et au pied. La peur lui fait perdre tout contrôle. D'un coup de sa clef anglaise il abat le bijoutier et se dispose à fuir avec les bagues. Mais un faible bruit le fait se détourner soudain sa victime s'est relevée et cherche à se traîner dans l'arrière-magasin, où elle sait trouver un revolver.

Gauchet bondit, l'y rejoint et frappe à coups redoublés. Le bijoutier tombe. Fou d'épouvante, l'assassin prend pourtant la précaution de fermer les commutateurs avant de s'acharner, avec une violence inouïe, sur le malheureux, à coups de pied, à coups d'ongles, avant de lui tirer le coup de grâce une balle dans l'oreille. Et c'est la fuite dans la nuit, après une rafle sommaire des bijoux.
Affalé dans un fauteuil, dans le bureau de M. Guillaume, l'assassin a raconté tout cela d'une voix morne. Aucun remords ne se lit sur ce visage au traits réguliers, fripés par la nuit tragique de son arrestation.

A la vue de l'assassin la fille de la victime s'évanouit                                                                                                                                                      
Une scène pathétique s'est déroulée dans le bureau de M. Guillaume. La fille du bijoutier assassiné, Mme Clausin, avait été prévenue de l'arrestation du meurtrier et lorsqu'elle se trouva en présence de ce dernier elle s'évanouit tandis que son mari, qui voulait s'élancer sur le criminel, n'était que difficilement retenu par les inspecteurs.

NOTRE ENQUÊTE

Georges Gauchet demeurait rue Blanche, depuis le 15 juillet. Il s'y était présenté en compagnie de son ami
Je suis employé de banque, avait-il déclaré.

Son abord distingué inspira confiance. Mais bientôt, la gérante de l'hôtel considéra son nouveau client avec un étonnement compréhensible. Le jeune homme se levait à 11 heures, déjeunait le plus souvent à l'hôtel puis sortait vers 15 heures, Il ne rentrait qu'à 3 heures du matin. Drôle d'employé de banque.
Son amie, avec qui il partageait, au deuxième étage de l'immeuble, la chambre 18, du prix de 800 francs par mois, observait un horaire identique. Toutefois, il lui arrivait de rentrer, la nuit, plusieurs heures après son compagnon, à l'aube.
A l'hôtel, on ne constata rien d'anormal le jour où fut commis le crime de l'avenue Mozart.

Mon locataire rentra la nuit, comme de coutume, nous a déclaré l'hôtelière.
Evidemment, Georges Gauchet nous paraissait vivre de l'argent que lui remettait son amie, mais comme son attitude chez nous était parfaitement correcte, nous n'avions rien dire. Mon locataire recevait parfois deux ou trois jeunes gens de son âge. Très sportif, doué d'une musculature bien développée, il participait à de nombreux matches de football.

Dimanche dernier, un homme lui avait téléphoné pour lui donner rendez-vous dans la salle des pas perdus de la gare Saint-Lazare. Cette nuit, vers 4 heures, quatre policiers se sont présentés à l'hôtel. Tandis qu'il perquisitionnaient dans la chambre 18 pour y retrouver t'arme du crime, Mlle Philippe est arrivée. Priée de suivre les inspecteurs à la police judiciaire, elle s'est exécutée de bonne grâce.

                                                                                                                                                                                                                  
Durant les quelques heures qui précédèrent son arrestation, Georges Gauchet s'était rendu dans un grand café de la rue de Berry puis vers 1 heure il avait regagné Montmartre. C'est là, rue Mansart, qu'il fut arrêté.
Le propriétaire de l'établissement nous a déclaré :
A Montmartre, le jeune homme fréquentait plusieurs personnes d'un monde spécial et il avait il a quelques mois été mêlé à une affaire de stupéfiants.
» Convoqué alors à la police judiciaire il revint me voir plusieurs jours après et m'expliqua qu'il aurait pu se disculper.

» — Tout cela finira mal pour vous, lui ai-je dit, vos fréquentations vous perdront ».

Cela ne devait pas tarder, en effet.

Les armes du crime ont été retrouvées

Au cours de la perquisition opérée dans la chambre de Gauchet, 69, rue Blanche, M. Guillaume, commissaire divisionnaire à la police judiciaire, a retrouvé la clé anglaise avec laquelle le jeune meurtrier assomma le bijoutier, le revolver avec lequel il acheva sa victime, enfin la plupart des bijoux volés.

Les prédécesseurs de M. Dannenhofer
comptaient Gauchet
parmi leurs clients


Georges Gauchet n'était pas connu de sa victime. Mais les prédécesseurs de M. Dannenhofer, à la bijouterie de l'avenue Mozart, M. et Mme Corbière, avaient souvent vu le jeune homme chez eux. Il venait à titre de client. A plusieurs reprises, il avait acheté des joyaux de prix. Au cours de ses conversations avec M. et Mme Corbière, il avait appris qu'il y avait en vitrine et dans les tiroirs pour plus de 200.00 francs de bijoux.

A la Santé

L'assassin, après avoir subi l'interrogatoire d'identité, a été envoyé à la Santé par M. Brosson juge d'instruction. Il a choisi pour défenseur Me Campinchi.

La maîtresse de l'assassin
avait vu sortir amant
le soir du crime


Mlle Simone Philippe, la maîtresse de Gauchet, qui, comme nous le disons d'autre part, a longuement, au cours de la journée, été interrogée par M. Guillaume, nous a déclaré dans da soirée que jamais elle n'aurait pu supposer son amant capable d'un pareil crime.

Je ne lui connaissais qu'un défaut, a-t-elle ajouté, celui d'absorber des stupéfiants, ou quand il en était privé de fortes doses de soporifique.
Depuis quelques mois, il paraissait dégoûté de la vie.
« Ma mère, disait-il souvent,  a de l'argent, je n'en profiterai que quand je serai vieux. »
Il avait depuis deux mois essayé de travailler. Une histoire qui lui était arrivée à Montluçon, au cours d'une partie de football, lui avait fermé les  portes d'une grande administration.

» Le jour du crime il m'avait quittée en disant qu'à bout de ressources il allait voir sa mère. Je l'ai revu la soirée, dans une brasserie ; il paraissait abattu et m'a déclaré
« Va-t'en va-t'en, ne cherche pas à savoir ce qui m'est arrivé. » Il n'a pas voulu venir avec moi au cinéma, j'ai attribué cette, attitude à une absorption de stupéfiants.


Mlle Philippe, continuant son récit, nous a dit que depuis cette date il avait repris sa vie habituelle, toujours un peu plus triste. Quant elle, elle ne s'était jamais douté du crime, et c'est en pénétrant dans sa chambre mercredi matin, qu'y trouvant des policiers, elle connut l'arrestation du jeune homme.
Et ce sont les inspecteurs qui lui montrèrent dans la mallette du phonographe les bijoux volés, qu'elle ne se doutait pas avoir recelés.
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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Mer 29 Mai 2013 - 11:15

Journal Le Matin du10-02-1931.

LA RECONSTITUTION DU CRIME
DE L'AVENUE MOZART

Georges Gauchet nie La préméditation
Il voulait seulement voler une bague assure-t-il


Le crime de là rue Mozart, dont fut victime, on le sait, le 19 novembre dernier le bijoutier Dannenhofer — et non Bandenoser, comme il fut dit par erreur — a été reconstitué hier après-midi. Le magistrat instructeur, M. Brosson, avait jugé nécessaire cette reconstitution pour permettre d'établir à ce qu'il y avait de vrai dans l'invraisemblable récit que Georges Gauchet, l'assassin, faisait jusqu'ici de son forfait.

Dès le début de l'après-midi, la foule commence à s'amasser dans l'avenue  Mozart, et il faut bientôt un important service d'ordre pour la canaliser et dégager les abords du magasin où eut lieu le drame.  A peine le juge d'instruction Brosson est-il arrivé, en compagnie de M. Mozer, substitut du procureur de la République, qu'une voiture de la  police judiciaire s'arrête le long du trottoir. A l'intérieur on aperçoit l'assassin, menottes aux poings, encadré d'inspecteurs.  
Les cris : « A mort assassin ! » fusent de la foule.

Gauchet, sans cravate, mal rasé, chaussé de souliers sans lacets, porte le même pardessus qu'au jour du crime. Il semble avoir maigri. Instinctivement il se courbe sous les huées de la foule, jette un furtif regard sur  la devanture de la bijouterie, dont le  rideau de fer est clos et, aussitôt, ferme les yeux comme s'il voulait échapper à la vision tragique. Il est blême et il tremble.

La reconstitution

Tout aussitôt, la reconstitution commence. On fait entrer Gauchet dans la boutique.D'un air hébété, il regarde les murs tachés de sang, l'endroit où, sauvagement il s'acharna sur sa victime, et il dit simplement :
Tiens ! je croyais que c'était  plus grand que ça !
Puis, libéré, de ses menottes, il mime son entrée le soir tragique, sa lutte avec M Dannenhofer.

Un inspecteur joue le rôle de la victime, et plusieurs fois, à la demande des avocats et des magistrats, il faut recommencer la scène du crime, préciser l'endroit où tomba le bijoutier.
Gauchet s'y prête de bonne grâce. Peu à peu, il reprend son assurance, que les huées de la foule lui avaient fait perdre. Il parle posément, d'une voix calme et, pied à pied, âprement, se défend.

Les magistrats cherchent à établir s'il y a eu ou non préméditation. L'assassin nie. Il explique que, sans argent, et craignant que sa famille ne le repousse, il avait décidé de voler pour manger.
Mais pas de tuer. Oh ! non, ajoute-t-il aussitôt.

Il tente d'invoquer la légitime défense et précise que M. Dannenhofer le saisit par le revers de son veston pour l'empêcher de mettre dans sa
poche la bague qu'il voulait voler. Il nie être venu trois jours avant le crime, reconnaitre les lieux sous prétexte d'acheter une montre. Il nie son intention de tuer.

Mais si vous n'aviez fait que vous défendre, vous ne vous y seriez pas pris à quatre fois pour achever votre victime. Vous ne vous seriez pas armé tour tour d'une clef anglaise, d'un maillet de bois, de votre revolver, enfin ? lui demanda le susbtitut Mozer.

Pourquoi, si vous ne songiez pas à faire un coup, portiez-vous dans vos poches deux armes dangereuses quelques instants avant le drame ? insiste Fernand Laurent.
Pris de court, Georges Gauchet baisse la tête.
J'ai toujours eu un revolver sur moi depuis face de dix ans se borne-t-il à répondre.

La reconstitution se poursuit et, sous l'oeil des enquêteurs, l'assassin, ayant achevé sa victime, va se laver les mains au fond de l'arrière-boutique, revient fouiller le cadavre pour lui voler son portefeuille, mime le rapt des bijoux.
Me Campinchi le suit attentivement et parfois, rétablit une réponse inexacte ou confuse. De temps à autre, une discussion surgit sur un point de détail.

Les inspecteurs de l'identité judiciaire prélèvent des fragments de tapisserie où le sang de la victime a giclé, prennent des mensurations qui permettront sans doute d'établir si le coup de revolver qui acheva M. Donnenhofer fut tiré à bout portant ou de la hauteur d'un homme debout.

Gauchet, après quatre heures de ces pénibles scènes, est toujours impassible.
Avenue Mozart, la foule s'est accrue d'instant en instant, impatiente et coléreuse...
A 18 heures, quand sort l'assassin, son indignation éclate, si violente que Georges Gauchet, blême et crispé, s'effondre dans la voiture, la tête entre ses mains entre ses mains.
__________________________________

André Salmon.

Critique d'art, romancier, poète et journaliste, André Salmon assista les 14 et 15 octobre 1931 au procès de Georges Gauchet pour le compte du quotidien Le Petit Parisien.
                                                                                                                                                                                                                                                                Voici ses réflexions sur la première audience.



1916. André Salmon (à droite), accompagné des peintres Pablo Picasso et Amédéo Modigliani, photographiés par Jean Cocteau,  
                                                                                                                                                                                                                                                                      devant la brasserie La Rotonde, à Montparnasse (Paris VIème).

Journal Le Matin, du 14-10-1931.
(source : gallica.bnf.fr)

LE CRIME DE L'AVENUE MOZART

Georges Gauchet                                      
L'assassin du bijoutier nie la préméditation

_______________________________________

C'est avec sang-froid et sans manifester de regrets qu'il a fait le récit du meurtre
                     
« J'ai été brutal !...» a-t-il simplement dit pour excuser son acharnement sur la victime.

Un grand drame judiciaire ! Une forte page de la criminologie contemporaine.
L'assassin ? Georges Gauchet. Il n'a pas beaucoup plus de vingt ans. Il a beaucoup moins de trente ans.
Son crime ? Le plus crapuleux. Cependant Georges Gauchet a jolie mine et belles façons. On l'a flanqué à la porte de tous les lycées mais il y a pris, au moins, des leçons de bonne tenue.

Bien mis, avec discrétion même, ce qui est le comble du chic, ce fils d'honnêtes travailleurs parisiens n'était bon à rien, hors l'aptitude à porter la toilette. Touchant à sa majorité l'héritage paternel, il le dissipa si vite qu'il fut réduit au pire, puisque travailler était hors de ses possibilités. Si quelqu'un qui ne parut pas, il faut le dire lui avait représenté la nécessité, la commune nécessité de gagner sa vie », Georges Gauchet aurait ouvert de grands yeux. Mais non. il les aurait plutôt plissés, à l'apache, pour répondre quelque chose d'aussi délicat que :
« A la gare ! » ou « Des clous », car ce beau fils, détestable écolier, avait singulièrement poussé cette éducation qui se donne chez les voyous. Dès avant qu'il fût sans un sou, il avait, par goût, vécu dans ce qu'on nomme « le milieu »faisant sa société d'individus tarés et ne se mettant jamais en ménage qu'avec des malheureuses trop connues d'une certaine administration.  

Il n'avait dans l'esprit, en fait de culture que des lambeaux de rengaines faubouriennes et il a tué, cet enfant perdu du Paris laborieux, comme dans les romans russes où l'on voit verser le sang des intellectuels perdus par une rare perversion intellectuelle.
Est-ce que Georges Gauchet espère sauver sa tête par tout ce qu'il y a de déconcertant en lui ?
Il se peut que les jurés se satisfassent au contraire d'une sommaire et redoutable
représentation de l'accusé, paresseux acoquiné au monde justement diffamé, pourri de coco etc.

Ah ! certes, ce n'est pas trop du haut talent de Me Campinchi, de la rare conscience qu'a de son état de défenseur le grand avocat d'assises pour que le petit misérable cajole l'espérance… d'aller pourrir au bagne de Cayenne !
A Me Campinchi, des femmes en deuil, des hommes douloureux opposent Me de Moro-Giafferi et Me Fernand Laurent.
La première audience nous a montré combien rude serait la bataille jusqu'à la fin des débats.
Si l'on peut prétendre, dans les cas où nul pardon total n'est possible, que l'expiation commence dès l'instant que l'assassin parait devant ses juges — la « honte du prétoire » dit la romance populaire — on eût souhaité de pouvoir enregistrer une parole de contrition de l'accusé. Mais nous avons entendu le président Barnaud s'écrier :
Pas un instant vous ne m'avez donné le sentiment de votre remords.

Il est vrai que le défenseur, à qui toutes ruses sont permises, à qui même sont permises toutes les illusions s'il lui faut « croire » en sa cause, soutiendra, demain, que c'est ce propos du président qui a glacé Georges Gauchet, ce jeune criminel que nous vîmes six heures durant tête basse et les mains derrière le dos, durement jointes, alors qu'il allait demander pardon.

Le jury le voudra-t-il croire ? Tout ce qu'a pu tenter hier Me Campinchi aura été de nier la préméditation. En se défendant de faire le procès des policiers, « hommes de bonne foi et de travail », il souligna habilement l'imprécision des rapports voulant établir que c'est bien Gauchet qui vint demander certaine montre, de vente peu courante, trois jours avant le crime.

L'un des derniers témoins fut un employé d'établissement de nuit qui prêta (et perdit) 800 francs sur un des bijoux volés. En l'écoutant, sans le plaindre, on pouvait rêver une nuit de Montmartre : du Champagne, de troubles échanges, un halo de sang parmi les lampes électriques… les policiers qui guettent, au son du jazz…

André Salmon.

_________________________________

Journal Le Matin, du 14-10-1931.
(source : gallica.bnf.fr)

CRIME DE LA PARESSE

Georges Gauchet l'assassin du bijoutier Dannenhofer
                                                                                                                                                                                                                                                                  retrace sans trembler devant le jury de la Seine
son odieux forfait


Georges Gauchet, l'assassin du bijoutier de l'avenue Mozart, M. Dannenhofer est devant le jury de la Seine, tête basse, bien peigné, sans cravate, l'œil clair, jeté et dur, les joues fraîches, le menton, large et brutal sous une moue puérile.
Au banc de la partie civile, une femme et deux hommes en grand deuil, Mme Dannenhofer, son fils et son gendre, ont fondu en larmes en voyant paraître le misérable et sanglotent dans leur mouchoir, tandis que le président, M. Barnaud, retrace d'une voix claire, en pesant ses mots, la carrière lamentable d'un adolescent né sous la plus heureuse étoile et déchu sans lutte à la pire infamie.

Fils d'un riche boulanger de la rue du Havre, Georges Gauchet s'était fait renvoyer successivement d'une pension de Neuilly, du lycée Henri-IV, d'une pension de Vincennes, de Condorcet, de l'école Violet, de Sainte-Barbe « conduite scandaleuse, brutalité ». Son père le prit chez lui comme mitron, puis, pour l'initier à à l'industrie hôtelière, il le fit entrer dans deux grands restaurants, qui le congédièrent.

Mme veuve Dannenhofer et M. Clauzin, gendre de la victime à leur tour. Libéré du 146ème d'infanterie avec le grade de sergent, il entre dans une banque, la quitte pour, une autre au bout de quelques mois. En avril 1928, il hérite de son père 194.000 francs, achète une auto de 35.000, quitte sa mère, puis sa banque.

Depuis lors, vous n'avez plus rien fait.

Je cherchais du travail.

— En vous levant à 5 heures de l'après-midi ?


Il prend une chambre à l'hôtel, à Montmartre, et mène avec des filles soumises la vie la plus bassement et stupidement dissolue l'une de ses maîtresses, Carmen, l'initie à la cocaïne il en prend bientôt jusqu'à sept paquets par jour. Il ne voit plus, de sa famille, que son oncle, le pâtissier, qui lui offre du travail, mais refuse de lui prêter de
l'argent « Ça ne te servirait qu'à épater les fripouilles de Montmartre qui profitent de toi. »

Le crime de la paresse

Le 19 novembre de l'an dernier, il lui restait 10 francs.

—  Qu'avez-vous fait ? lui demande le président.

Il va débiter, son affreux récit, à mi-voix, mais avec calme et précision.

J'avais à toucher d'une compagnie d'assurances 4.000 francs d'indemnités pour un accident d'automobile. J'ai pris un taxi pour y aller ; le dossier n'était pas complet, on refusa de me payer. Je vais à mon garage pour y chercher la facture des réparations ; mes yeux rencontrent une clé à écrous : je la mets dans ma poche machinalement.
J'allai chez ma mère pour la prier de vie venir en aide ; en approchant de la rue Henri-Heine je n'ai plus osé depuis la mort de mon père, je ne l'avais revue qu'une fois.
Je me rabattis sur ma tante qui habitait rue La-Fontaine ; mais, chemin faisant, l'idée me vient que je pourrais tomber sur mon oncle : je ne savais que faire. Je longeais l'avenue Mozart : la devanture éclairée du bijoutier appelle mon attention. Je traverse la rue et je m'arrête devant l'étalage c'est alors qu'il m'est venu l'idée de voler.

J'entre, et, pour dire quelque chose, je demande une montre à coulisse dont j'avais vu la pareille sur les Boulevards. J'en fais même le croquis ; le bijoutier note la commande je n'avais plus qu'à m'en aller mais il me fallait de l'argent. Je demande à voir des bagues : il m'en montre un plateau : j'en demande d'autres, ne sachant toujours que faire.  
Pendant qu'il cherchait, ma main eut un geste involontaire : « Qu'est-ce que vous faites ? » cria-t-il, en m'attrapant par le bras. Je recule d'un bond et mon pied brise une vitrine qui était derrière moi. Le bruit m'affole ; lui me tenait par le col de mon pardessus, il fallait me dégager à tout prix. Alors j'ai pensé à la clé qui était dans ma poche, je l'ai prise et j'ai, frappé.

Il ne me Iâchait pas, nous sommes tombés ; il se relève en courant à l'arrière-boutique, sans doute pour chercher du secours ; je me précipite derrière lui, nous nous heurtons et le tombe sur les genoux ; mes yeux rencontrent un maillet sur le plancher. Je m'en suis emparé et j'ai frappé à tour de bras, toujours avec l'intention de me sauver. Il se relève en criant: « Au secours l » et se jette sur moi. Alors j'ai tiré mon pistolet et, en l'armant, j'ai dit : « ne bougez pas ! »Et puis...


— Et puis ?

J'ai fait l'irréparable le coup est parti j'étais abasourdi.

—  Alors ?

—   Il respirait encore ; fallait que je m'en aille ; j'ai éteint dans la boutique : ne trouvant pas le commutateur, j'ai arraché les fils. Comme je cherchais, affolé, j'ai vu la caisse. L'idée du vol m'est revenue : j'ai pris ce qu'il y avait dedans. J'avais les mains pleines de sang. Je suis allé à la cuisine pour me laver ; dans une glace, j'ai vu mon col déchiré je l'ai ôté et remplacé par un foulard qui se trouvait là. En repassant à côté du corps, j'ai eu ce geste horrible, j'ai…j'ai pris le portefeuille.
Dans la boutique, j'ai repensé à la malheureuse bague que j'avais essayé de dérober : tous les bijoux étaient là à ma disposition… J'ai rempli mes poches ; j'ai pris tout ce que le pouvais.


Le président, à voix haute, énumère les plaies relevées à l'autopsie quinze blessures à la tête, la tempe trouée, les doigts écrasés, quatre côtes brisées.

Une agression sauvage, une résistance désespérée.

—  Oui. j'ai été horriblement brutal.


                                                                                                                                                                                                                                                                      Il ferma la boutique, ôta le bec-de-cane et regagna Montmartre en taxi.

Inconscience ou cynisme

—   J'en envoyé mon amie au rendez-vous que nous avions avec Mathis pour le faire patienter. Après m'être lavé, changé et avoir mis dans une valise tout ce qu'il y avait dans mes poches, je suis allé les retrouver.

— Au cinéma, n'est-ce pas ? Après quoi vous avez soupé, à 3 heures du matin.

C'était mon habitude.


C''est encore à 3 heures du matin que, le 3 décembre, la police l'arrêta dans un bar de la rue Mansart.

Je dois reconnaitre que, votre récit est à peu près conforme, dit le président, aux constatations de l'enquête, sauf sur les points qui accusent la préméditation que vous répudiez obstinément.

Et M. Barnaud de minutieusement détailler tout ce qui prouve l'intention où était le jeune bandit d'aller, s'il le fallait, jusqu'au meurtre, notamment la visite qu'il avait faite l'ayant-veille à M. Dannenhofer et la précaution qu'il eut de s'armer.

Un revolver, pour aller chez votre mère ?

Je l'avais toujours sur moi.

—  La clé à écrous ?

C'était le dernier outil ---- qui restait au garage et j'avais l'intention, après l'avoir vendue, d'acheter une motocyclette.

— Que sont devenus les 34.000 francs de bijoux que la police n'a pas retrouvés ?

Je ne sais pas.

— Orgueilleux, débauché, paresseux,
résuma le président, lâche et sans coeur.

Les pièces à conviction ont été montrées aux jurés qui tour à tour ont soupesé la fameuse clé à écrou, une tige d'acier de 20 centimètres de long échancrée aux deux bouts, cette arme incommode et trop légère que l'assassin abandonna, et le lourd maillet encore taché de sang qu'il prit à la boutique.
Et voici les témoins à la barre. Le commissaire de police d'Auteuil décrivant l'aspect du magasin complètement bouleversé, où le sang ruisselait de toutes parts.

Me Fernand Laurent, conseil de M, Clauzin, partie civile, voudrait savoir s'il y avait assez, de place entre le comptoir et l'étagère qui était derrière pour qu'on puisse admettre entre les deux une lutte qui n'eût pas dérangé le meuble en question.

Je ne me rappelle pas, exactement, mais j'ai eu l'impression, étant donné la stature de M. Dannenhofer et la blessure au sommet du crâne, qu'il avait dû recevoir ce coup étant penché sur le comptoir.

Le bandit fut-il deux fois chez le bijoutier ?

M. Guillaume, le brigadier chef Piguet, d'autres fonctionnaires de la police judiciaire viennent rapporter leur enquête respective : deux d'entre eux affirment que Gauchet leur avoua que
l'avant-veille du crime il était bien allé chez M. Dannenhofer lui parler d'une montre à coulisse dont le modèle l'avait tenté à un étalage des Boulevards.

Me Campinchi, qui assume, en défendant le jeune monstre, une, tâche particulièrement lourde, remarque que cette déclaration ne figure que dans le sixième rapport de la police n'y a-t-il pas confusion dans le souvenir des témoins ?  L'accusé, n'a-t-il pas simplement reconnu avoir demandé la montre dont il s'agit au moment où il allait commettre son crime ainsi qu'il l'a d'ailleurs avoué en reconnaissant le croquis qu'il en avait fait et qu'on retrouva sur le comptoir ?

Me Campinchi — Et d'abord, qu'est-ce qui prouve que l'avant-veille quelqu'un fût venu commander une montre de cette, marque ?

Au banc de la partie civile, M. Clauzin fait un geste de protestation sur la prière de Me Moro-Giafferri, conseil de Mme Dannenhofer et le président donne la parole à, M. Clauzin.

Mon beau-père, dit celui-ci, ne se souvenait pas, en effet, de la marque, mais il me dit qu'il s'agissait d'une montre dite « ouvrante, », d'un modèle assez peu répandu.

Me de Moro-Giafferri — Et c'est d'une de ces montres que Gauchet a fait le croquis sous les yeux de M. Dannenhofer qui, pour bien se le rappeler cette fois, écrivit lui-même au-dessous
de ce dessin le nom du fabricant.


                                                                                                                                                                                                                                                             Louis Mathis, l'ami de Gauchet et de Clémentine Philippe, sa maîtresse, qui avait le soir du crime rendez-vous avec l'assassin, dépose que celui-ci, quand il rejoignit dans une brasserie du boulevard de Clichy, était vert et défiguré ; quelques jours après, il lui montra trois bagues qu'il disait tenir de sa mère et qu'il cherchait à vendre.

M. Lacroix se trouvait, la veille de l'arrestation de Gauchet, dans un restaurant de nuit où l'un de ses amis soupait avec l'assassin. Cet ami vint lui demander, de la part de Gauchet, ne consentirait pas à lui prêter de quoi régler son addition, moyennant qu'il lui remit en gage une épingle de cravate que Gauchet exhiba, en effet.
Lacroix consentit et dès qu'il apprit l'arrestation de son débiteur, courut à la police judiciaire raconter le fait et rapporter l'épingle de cravate.

L'audience, là dessus, fut levée elle reprendra aujourd'hui, pour l'audition des trente-cinq témoins qui restent à entendre.

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MessageSujet: Re: Georges Gauchet - 1931   Jeu 30 Mai 2013 - 18:57

15-10-1931. Dernière audience.

Par André Salmon.
(source : gallica.bnf.fr)

Georges Gauchet
est condamné
à mort

Il a accueilli avec une rare impassibilité le verdict du jury
et a déclaré qu'il ne se pourvoirait pas en cassation
b]
                                                                                                                                                                                                                         
« Le verdict est juste ! [/b]».
Ainsi s'exprima Georges Gauchet quand il eut entendu M. le greffier Willemez résumer la réponse du jury. Oui sur toutes les questions.
Georges Gauchet avait compris. Condamné à mort.
Pas un muscle de sa face blême et bouffie par la claustration et la désintoxication n'avait tressailli. Pour la première fois depuis qu'il avait fait l'atroce récit de son crime, le jeune assassin apparaissait debout, tout droit, en pleine lumière.

A peine, auparavant, avait-il émergé des profondeurs du box où il enfouissait sa honte pour murmurer sur la fin des débats :
Je regrette mon abominable forfait. Mon acte est irréparable. Je paierai.

O
n chuchotait par les couloirs du Palais qu'une tête devait tomber ce matin, le défenseur tenait à plaider avant que les jurés fussent sous l'impression de ce terrible acte de justice. En effet, malgré la fatigue d'une journée de duel soutenu contre la plus redoutable la plus habile des parties civiles, Me Campinchi se mit à la disposition de la cour et plaida, simplement, humainement, pathétiquement pourtant, niant l'exemplarité et dénonçant la peine de mort ainsi qu'une survivance des époques barbares.

Mais rien ne pouvait sauver Georges Gauchet. Rien ne pouvait sauver le misérable assassin du bijoutier de l'avenue Mozart. Sept jurés sur douze, dit-on, jugèrent en leur âme et conscience qu'il n'était pas de pardon possible pour celui qui tua lâchement un honnête homme, « avec préméditation », afin de pouvoir continuer dans les boites de nuit sa vie stupide de noce crapuleuse.

Rien ne pouvait sauver Georges Gauchet, ni le témoignage in extremis de son oncle Albert. venant dire, ainsi qu'on le lira plus bas, qu'enfant, l'accusé avait souffert du manque d'affection et, jeune homme, du manque de direction.

Rien ne le pouvait sauver, pas même les révélations de son défenseur (bousculant pas mal les notes de police), que Gauchet avait été parfois bon élève, moins turbulent qu'on l'avait prétendu, lui dont la grand-mère et la tante étaient mortes folles, tares familiales cachées jusqu'au dernier moment par la mère qui ne parut point !

Le verdict est juste I
Ne fallait-il pas le penser avec l'accusé ? Pourtant, une émotion d'étrange sorte s'empara de l'auditoire et quand le président articula l'arrêt fatal, tous se levèrent, ce qui n'est point dans l'usage constant. Seul Gauchet ne bronchait pas, ne cillait seulement pas.
Carmen, la petite amie montmartroise qui, à la barre, avait avoué avoir donné à Georges le goût fatal des stupéfiants, quitta son banc et la salle d'audience…comme on se sauve !

Deux des plus jeunes — si jeunes, hélas ! — « copains nocturnes » de l'homme qu'on venait de donner au bourreau s'étaient glissés subrepticement jusqu'au plus haut degré de la tribune de la presse. Lorsque, selon la formule, les gardes emmenèrent le condamné, l'un d'eux réussit de lui toucher le bras en bredouillant un vague adieu, l'adieu de Montmartre !  
Le condamné passa, semblant ne rien voir, ne rien sentir, comme déjà hors du monde.
A son défenseur qui le voulait réconforter, Georges Gauchet répondit ces seuls mots : « Merci. J'étais indéfendable. Je ne me pourvoirai pas en cassation. »
Le verdict est juste!                                                                                                                                                                            

André Salmon.

_________________________

15-10-1931. Dernière audience.
Journal Le Matin
(source : gallica.bnf.fr)

Les assises de la Seine
condamnent à mort
Georges Gauchet
l'assassin du bijoutier
de l'avenue Mozart


« LE VERDICT EST JUSTE »
DIT LE CONDAMNÉ

Hier, seconde audience, aux assises de la Seine, du procès de Georges Gauchet, assassin du bijoutier Dannenhofer. Les trente-cinq témoins qui vont déposer l'occuperont-elle tout entière.
Sauf quelques-uns dont la déposition peut être particulièrement importante, il semble dès le début que tout le monde soit d'accord pour en empêcher le défilé. Même la partie civile, à qui la défense promet de ne contester en aucune façon tout le bien qu'à la barre on pourrait dire du malheureux M. Dannenhofer, la partie civile, généreusement, renonce à l'audition de ceux qu'elle a fait citer et qui étaient une dizaine.

M. Romeyer, directeur au garage du passage de l'Elysée-des-Beaux-Arts, où Gauchet avait sa voiture, affirme que celui-ci, le jour du crime, est venu chercher non pas une facture de réparations destinée à la compagnie d'assurances, comme il le prétendait hier, mais bien cette clé anglaise qu'il prétend avoir prise parce que, par hasard, elle lui était tombée sous les yeux.
On montre la clé anglaise au témoin :
Ce n'était pas celle-ci, dit-il.

M. Mario Alapont, employé de banque, capitaine de l'équipe de football du Stade français où jouait Georges Gauchet, a-t-il vu celui-ci à une réunion de l'équipe, rue Louis-le-Grand, l'avant-veille de l'assassinat, à l'heure même où l'accusation retient contre lui qu'il était avenue Mozart, commandant au bijoutier la petite montre à éclipse ?
Après un an, il n'est plus en mesura de préciser si c'était la veille ou l'avant-veille.

Me Campinchi — Quelques, jours après le crime, quand le témoin avait la mémoire plus fraîche, il a dit que c'était l'avant-veille.
Et le grand avocat s'excuse d'insister sur ce point :
J'ai si peu de chose dans les mains , avoue-t-il.

Le docteur Paul, avec une clarté et une précision tragiques, tandis que sanglotent, la tête dans leur mains, la femme et le fils de la victime, rappelle les quinze plaies que M. Dannenhofer portait à la tête, toutes au sommet du crâne et à l'occiput :
Il avait la boîte crânienne comme doublée d'un matelassage de sang, on pataugeait dans le sang, d'ailleurs.

Me de Moro-giafferri — Ces plaies par leurs positions correspondaient bien à des coups reçus par un homme penché ou tournant le dos ?

Pas une seule blessure n'avait été reçue de face.

— Et le meurtrier ne portait sur le corps aucune trace de lutte ?

—   Aucune.
(sensation.)
                                                                                                                                                         
A défaut de Clémentine Philippe, la dernière maîtresse de l'accusé, qu'on n'entendra pas, Mlle Carmen Carpentier, la première, vient à la barre, jeune, jolie, élégante et d'une distinction assez surprenante.

Me Campinchi — C'est bien vous, mademoiselle, qui l'avez initié à la cocaïne et qui lui en faisiez prendre sept paquets par jour ?          

—  Oui,
répond la jeune femme, les yeux baissés.

Vous savez que c'est grave ?

Je le sais.


L'ordinaire contingent de témoins de moralité, camarades de bureau ou de sport, sont venus dire comme on pouvait s'y attendre que leur ami Gauchet était la douceur même et, comme un refrain, leur stupéfaction quand ils apprirent qu'il avait assassiné quelqu'un.

Georges a grandi sans affection
                                                                             
Le seul d'entre eux dont la déposition fut assez émouvante fut M. Albert Gauchet, pâtissier à Auteuil, l'oncle de l'accusé, il est vrai que lui-même paraissait cruellement ému de ce qu'il avait à dire :
Georges a toujours été sacrifié à sa soeur, il a grandi sans affection. Quand la famille faisait une excursion en auto, il n'y avait jamais de place pour lui : on le mettait au train avec la bonne, on ne lui donnait pas d'argent de poche : quand il hérita de son père, étourdi par cette fortune soudaine, il l'a follement dissipée. Sa mère ne le recevait pas, quand il venait, dîner chez moi, il me disait : « Tu es le seul qui m'aimes.»

La partie civile avait la parole :
Fermez votre cœur, messieurs les jurés , commença Me Laurent à une fausse pitié qui n'est pas mise en présence du crime d'un de ces gigolos, produit abject de l'après-guerre, dont la sale, existence se traîne des bars aux champs de course, qui font de la culture physique devant l'armoire à glace, de petites dindes en extase, qui sont insensibles à tout ce qui fait la beauté et la dignité de la vie.

Ses 26 ans ? Ils ont échappé à l'intense holocauste de la guerre, quand le père Dannenhofer, fils d'un des premiers  optants Alsaciens, en 1871, partait  à 47 ans simple soldat, revenait lieutenant avec la croix de guerre, quand le fils, Dannenhofer, engagé à 17 ans, et le gendre de Dannenhofer, mutilé d'un œil, gagnaient tous deux la médaille militaire !  

Considérez la méthode lucide de cet assassinat, l'abominable cruauté de l'assassin, le cynisme atroce de cet accusé et penchez-vous sur le corps de ce pauvre honnête homme. Supplicié, condamné à mort trois fois par le misérable sous les, coups duquel il a succombé, envoyez Gauchet sans hésitation, sans remords, à la guillotine.


U
n très solide et très éloquent réquisitoire de l'avocat général Gaudel va corroborer l'effet évidemment produit par cette plaidoirie remarquablement nerveuse et émouvante.

Je vous demande la tête de cet homme. A l'en croire, il aurait tué par affolement, un homme qui avait eu l'imprudence et fait la faute de se défendre. Vous avez perdu votre sang-froid, misérable ? Vous l'avez gardé intact !  Les aveux mêmes ne sauraient lui être comptés : il a menti en niant une préméditation indiscutable. Il n'a pas eu une syllabe de regret. Je m'oppose de toutes mes forces aux circonstances atténuantes. Votre verdict doit montrer que vous ne réservez pas votre rigueur aux meurt-de-faim !

Me de Moro-Giafferri, dont les interventions répétées au cours des débats, promettaient la plaidoirie la plus brillante, renonça à prendre la parole, s'assurant que la mémoire de M. Dannenhofer n'avait pas besoin d'être défendue davantage.

La lourde tâche du défenseur

Me Campinchi prit la parole :
Plaignez-moi ; j'ai le sentiment d'être au pied d'un mur ; il me faut le franchir.

A
vec son art habituel, ne négligeant pas le moindre argument et faisant à chacun de la voix et du geste un sort, singulier et saisissant, il plaida que le malheur de cet adolescent était, en perdant son père, d'avoir connu soudain et sans contrôle tout ce qui lui avait manqué jusqu'alors ; la liberté ; l'argent et les femmes.
Renonçant à demander un acquittement, il s'attacha de toutes ses forces à écarter la préméditation, alléguant le croquis que Gauchet eût fait l'avant-veille s'il était réellement allé avenue Mozart ce jour-là ; la clé anglaise, arme aussi malchoisie que possible si elle eût été choisie comme une arme.
Il parla de la cocaïne : ce malheureux intoxiqué a été « destitué de sa volonté, mutilé de son bon sens ».
Et l'hérédité ? Personne n'en a parlé dans ce procès. Or, coup de théâtre. Mme Gauchet vient d'avouer au défenseur de son fils que sa soeur à elle et sa mère étaient mortes folles.

Je vous demande pour ce malheureux le bagne, messieurs les jurés, l'expiation perpétuelle, termine le grand avocat dans un suprême mouvement d'éloquence.

Gauchet, demande le président, n'avez-vous rien à ajouter pour votre défense ?

Le misérable se lève, hésite et balbutie :
Je regrette mon abominable forfait. Je demande pardon à la pauvre famille de ma malheureuse victime. Le mal que j'ai fait est irréparable, je ne peux le payer.

Le verdict


D'une délibération qui se prolongea cinquante minutes, le jury allait rapporter un verdict affirmatif sur les huit questions posées.
Accusé, qu'avez-vous à dire sur l'application de la peine ? demanda le président.
Gauchet avait compris il ne leva pas la tête mais seulement les yeux et répondit :
Le verdict est juste.

Quant à la demande de dommages-intérêts de la partie civile :
Dérision, dit amèrement Me Campinchi.Gauchet est majeur, il n'a pas le sou, il sera exécuté demain, vous ne toucherez rien. Si le  jury avait consenti à ne le condamner qu'au bagne… Un jour il héritera de sa mère. On le condamne à mort ; on ne touchera rien.



La famille de la victime, partie civile. Au centre, son épouse. A sa droite, leurs filles, à sa gauche, leur fils.

Les avocats de Mme Dannenhofer et de M. Clauzin protestent. La famille n'a réclamé qu'un franc de dommages-intérêts. C'est la compagnie, auprès de laquelle était assurée sur la vie M. Dannenhofer, qui en exige 100.000.
Je ne veux pas , dit Me de Moro-Giafferri d'une voix forte, qu'on donne à croire que Mme Dannenhofer a demandé le prix du sang !

La cour, trois minutes après, rendait l'arrêt de mort, condamnant, d'ailleurs, Georges Gauchet à payer aux trois compagnies d'assurances deux indemnités de 17.302 francs et une de 26.205 francs. Mme Dannenhofer et son gendre, M. Clauzin, obtenaient  ce qu'ils avaient demandé.


______________________________________________________________________________________________________________________________

Le quotidien L'Ouest-Éclair (édition de Caen, du16-10) mentionne : « On apprend peu après que les jurés ont voté la peine de mort par 7 voix contre 5. » Cette information a été diffusée par plusieurs quotidiens. Or, ce sont les juges qui prononçaient la peine à appliquer. Ultérieurement, de par la loi du 5 mars 1932, les jurés seront associés aux juges pour se prononcer sur la peine à appliquer.  

On voit que les circonstances atténuantes n'ont pas été accordées à Georges Gauchet. A la barre, son oncle les avaient demandées. Il fallait au minimum 7 voix pour que l'accusé les obtienne. Si elles avaient été accordées, la sentence devait être les travaux forcés à perpétuité, ou moins, les juges ayant la faculté de descendre aux travaux forcés à temps, ce qu'ils n'auraient probablement pas fait pour le cas de Georges Gauchet.

A cette époque, le jury était composé de 12 membres. Il délibérait seul et se prononçait sur la culpabilité et les circonstances atténuantes. Le président pouvait se joindre à lui au cours de la délibération, mais seulement pour des explications (à la demande du jury).
 
* Georges Gauchet ayant annoncé qu'il ne se pourvoirait pas en cassation, Me Campinchi et son collaborateur, Me Delaunay, se rendirent à la prison de la Santé pour essayer de le faire renoncer à cette décision. Il leur opposèrent un refus catégorique :

Le Petit Parisien, du samedi 17-10-1931.

N'insistez pas, maître. Mais sachez, toutefois, que je conserve, pour le bel effort que vous avez fourni, la plus vive gratitude.
— Cet effort, répondit Me Campinchi, laissez-moi le poursuivre jusqu'au bout. Signez votre pourvoi, vous me le devez bien.
Voulez-vous me rendre, maître, un suprême service ?
— Certes, s'il se peut.
Eh bien faites hâter mon exécution.

Georges Gauchet refusa également de signer sa demande de grâce. Mais l'on sait que cette dernière est quand même examinée avant de transmettre le dossier au président de la République.



Le Petit Journal

Le café A la Bonne Santé (XIIIème arrdt), rue de la Santé, s'est tenu longtemps en face de la prison de la Santé.
Parfois ouvert, parfois fermé, les nuits d'exécution, les quotidiens le signalent ouvert pour celle de Georges Gauchet, avec la présence de nombreuses
personnes à l'intérieur (amis, connaissances de Gauchet ?).
Dans la nuit, un barrage de police fut mis en place à proximité du café, empêchant toute entrée et sortie de l'établissement.
Ce café a disparu. Presque toute cette partie des numéros impairs de la rue de la Santé (de la rue Léon-Maurice Nordmann au bd Arago) qui faisait face au long mur de la prison de la Santé a été détruite pour faire place à des habitations modernes.

D'après plusieurs journalistes qui étaient présents lors de cette nuit d'exécution, une telle affluence de curieux n'avait pas été observée depuis celle de Jean-Jacques Liabeuf (1er juillet 1910). Georges Gauchet a été exécuté en face de la tourelle de la prison de la Santé, à proximité d'un lampadaire (photo ci-dessous) qui permettait de monter la guillotine avec une visibilité accrue. Mohamed ben Driss, qui précéda Georges Gauchet sur la bascule, en octobre 1931, et Gorguloff qui le suivit, en septembre 1932, furent exécutés au même emplacement.





Aujourd'hui.
                               
* Inhumé provisoirement dans le carré des suppliciés du cimetière d'Ivry parisien, le corps de Georges Gauchet a ensuite été exhumé et transporté au cimetière de Thiais parisien (Val-de-Marne - 94) où il a été inhumé (Marcel Montaron).


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