La Veuve

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 Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913

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MessageSujet: Raymond la science auteur de chanson ?   Ven 28 Nov 2008 - 0:59

On peut encore lire, par-ci, par-là, que Raymond Callemin ést l'auteur du texte de la chanson LA JAVA DES BONS ENFANTS. On sait aujourd'hui qu'il n'en est rien et que le véritable auteur est Guy Debord (1931-1994), célèbre pour son livre LA SOCIÉTÉ DU SPECTACLE.
Pour mémoire, voici le texte, longtemps attribué à R. Callemin.

LA JAVA DES BONS ENFANTS


Dans la rue des Bons-Enfants,
On vend tout au plus offrant.
Y avait un commissariat,
Et maintenant il n'est plus là.
Une explosion fantastique,
N'en a pas laissé une brique,
On crut qu'c'était Fantômas,
Mais c'était la lutte des classes !

Un poulet zélé vint vite,
Qui portait une marmite,
Qu'était à renversement,
Il la retourne imprudemment.

Le brigadier, l'comissaire,
Mêlés au poulet vulgaire,
Partent en morceaux épars,
Qu'on ramasse sur un buvard.
Contrairement à ce qu'on croyait,
Y'en avait qui en avait,
L'étonnement est profond:
On peut les voir jusqu'au plafond.

Voilà bien ce qu'il fallait,
Pour faire la guerre au palais,
Sache que ta meilleure amie,
Prolétaire, c'est la chimie.

Les socialos n'ont rien fait,
Pour abréger les méfaits,
De l'infamie capitaliste,
Heureusement vient l'anarchiste.
Il n'a pas de préjugés,
Les curés seront mangés,
Plus de patrie, plus de colonie,
Et tout le pouvoir il le nie.

Encore quelques beaux efforts,
Et disons qu'on se fait fort,
De régler radicalement,
Le problème social en suspend.

Dans la rue des Bons-Enfants,
Viande à vendre au plus offrant,
L'avenir radieux prend place,
Et le vieux monde est à la casse.



Ce texte rappelle l'attentat commis par l'anarchiste Émile Henry, le 08-11-1892, à Paris. Il dépose une bombe au siège de la compagnie des mines de Carmaux mais elle est découverte avant qu'elle n'explose et on la transporte au commissariat de la rue des Bons-Enfants, dans le 1er arrondissement.
C'est là qu'elle explosera, faisant cinq victimes, plus une par crise cardiaque. [/b]

* Émile Henry a été guillotiné le 21-05-1894, devant la prison de la Roquette, par Louis Deibler.


E. Henry.

Écoutez LA JAVA DES BONS ENFANTS (chanteur moyen, mais c'est gratos).
http://www.deezer.cT590766om/track/la-java-des-bons-enfants-


Dernière édition par mercattore le Dim 26 Avr 2009 - 18:35, édité 3 fois
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Titus_Pibrac
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Ven 28 Nov 2008 - 11:34

Il y a une chanson de Boris Vian je crois qui cite Raymond la Science.
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Ven 28 Nov 2008 - 12:01

C'est bien possible. Mais Boris a écrit beaucoup de chansons et je ne les connais pas toutes.
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Ven 28 Nov 2008 - 12:33

Titus_Pibrac a écrit:
Il y a une chanson de Boris Vian je crois qui cite Raymond la Science.
Bonjour à toutes et à tous !
Je ne connais pas la chanson de Boris Vian...Par contre, Jo Dassin a fait une chanson sous le titre " La Bande à Bonnot ", où Raymond la Science est cité.
Bonne journée.
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Titus_Pibrac
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Sam 29 Nov 2008 - 15:02

Je vais retrouver la chanson de Boris Vian(ello).
Elle figure en première page d'un texte de Dominique Venner sur les brownings, armes chères au coeur des membres de la bande à Bonnot (cf. "Les copains d'abord" de Jules Romain - anarchistes aux brownings et balles blindées à Issoire ... ).
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piotr
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Mar 6 Déc 2011 - 22:05

http://newspapers.nl.sg/Digitised/Article.aspx?articleid=straitstimes19130524.2.3&sessionid=a0e8ae755564488e8368d5b4edbde0a4&keyword=deibler&lang=en&token=deibler
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MessageSujet: L'exécution de Soudy, Callemin, Monier (Léon Daudet)    Dim 31 Mar 2013 - 18:16

Dans le topic Le montage de la Veuve ICI (en bas de page), Pierrepoint nous a rappelé la relation faite par Léon Daudet des exécutions, bd Arago, de Soudy, Callemin, Monier, dans le tome II de PARIS VÉCU.  
                                                                                                                                    La voici, transcrite d'après une édition de 1930. Pour une meilleure lisibilité j'ai scindé le texte — très serré - de Daudet. On peut critiquer cette méthode mais je pense qu'elle dénature peu les pages du livre.

(Journaliste, Léon Daudet avait obtenu un laissez-passer pour assister à cette triple exécution, dans le carré réservé à la profession, non loin de la guillotine).

   
° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °
Boulevard Arago, contre le mur de la prison, j'ai assisté, peu avant la guerre, aux côtés de Pujo, à un spectacle affreux : l'exécution de trois des bandits qui, de mars à mai 1912, avaient terrorisé Paris et la banlieue : ils s'appelaient Soudy, Callemin, dit « Raymond la Science » et Monnnier, dit « Simentoff ».

Pendant que les aides-bourreaux, dans l'aube grelottante de Baudelaire, calaient, à l'aide du niveau d'eau, la grêle machine de mort, un merle, excité par les lanternes, se mit à pousser un chant magnifique, surnaturel, exalté, beethovenien. Il apparaissait en noir sur le fond du ciel, encore violet,  comme un corbeau dessiné par Manet, pour un poème de Poe. Si Edgar Poe lui même avait été là, cette telle nuit, avec ses rythmes sublimes dans la tête et ses trois verres de gin dans le nez, il eût conçu un nouveau poème, aussi beau que The Raven et Ulalume sur ce deuxième « fatidique oiseau ».

Mais brusquement, le suprême chanteur de la Camarde se tut et l'on entendit le pas cadencé des chevaux des dragons de service, qui venaient rendre les honneurs à la troisième justice sociale de la troisième République. Ces ombres de centaures se rangèrent devant la machine rectangulaire, que nous aurions pu toucher de la main. Puis ce fut le trottinement cahin-caha des canassons tirant la voiture cellulaire, pareille en ce temps d'automobiles, à un omnibus de campagne pour enterrement.
« Halte ! » dit une voix sortant de ténèbres déjà fortement pénétrés d'un vert à la Manet lui aussi, acide et malade à souhait.

Soudain l'éclair des sabres, jaillis hors des fourreaux, avec un bruit de soie déchirée. Aussitôt la voix appelle inflexiblement : « Soudy ! » Un Pierrot blême apparait dans l'ouverture de la bagnole ; sa chemise échancrée laisse voir un cou blanc comme de la craie, que surmonte un visage ovoïde aux maxillaires claquants : « brrr… il fait froid », dit le malheureux avec un resserrement des épaules comme s'il entrait dans le Styx glacé. Déjà les aides l'ont saisi, ligoté sur la planche à repasser le goût du pain, basculé et le choc du tranchoir est suivi d'une sorte de sifflement.
Deux minutes passent.

La voix reprend, implacable et comme issue des bois de la guillotine : « Callemin ! » Celui-ci sort de son guignol, très calme, descend posément les quatre marches de l'escalier fatal, s'avance vers nous : « C'est beau n'est-ce pas, messieurs, un homme qui va mourir ! » Pourquoi sa mère l'a-t-elle enfantée ? Il détourne la tête du crucifix que lui tend le prêtre, devenu visible tout à coup. Si on lui avait appris à connaitre et aimer ce Dieu supplicié, il n'aurait sûrement pas fait ce qu'il a fait. Mais c'est déjà la chute et le bruit du lourd couteau.

Au troisième maintenant : « Monnier ! » Le voici, jaune comme un coing, alors que les deux précédents étaient des spectres livides : Adieu à vous tous, messieurs, et à la société aussi ! » Pauvre gars, pour ce qu'elle lui a appris et donné, la société !… Mais dans l'instant même où sa tête roule, voici que le jour se lève carrément, nous faisant à tous des trognes de viveurs sortant, au petit matin, du tripot. Le haut mur de la prison semble plus haut encore. Mon regard tombe sur l'écrin géant, l'écran bleu, doublé de satin, qui va recevoir le biseau sinistre. Avec rapidité, comme au cirque, après le tour, les bourreaux lavent et démontent  l'effroyable « Veuve ».
M. Deibler fait son ménage. Une musique divine retentit. C'est le merle qui reprend sa chanson. Il est content d'avoir vu ça ».



* DAUDET  Léon  PARIS VÉCU , 2ème série : RIVE GAUCHE. 31ème édition. NRF. Paris. Librairie Gallimard, Éditions de la Nouvelle Revue Française. 25-06-1930.

Le Petit Parisien. 21-04-1913.

* Étienne Monier (20-08-1889, à Estagel [Pyrénnées-Orientales]
      (Son patronyme est parfois écrit avec deux n. L'acte de naissance n'en comporte qu'un.                                                                                                                             Les Dossiers de grâce des condamnés à mort des Archives nationales indique les prénoms Élie-Étienne. Élie ne figure pas dans l'acte de naissance)

* André Soudy (23-02-1892, à Beaugency [Loiret]

* François Raymond Callemin (26-03-1890, à Bruxelles [Belgique].
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Dim 31 Mar 2013 - 20:37

Merci, Mercattore Very Happy !!!
Bonne soirée, et toutes mes amitiés
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kamisole
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Dim 31 Mar 2013 - 23:31

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MessageSujet: Écrits de Garnier / Callemin   Mer 10 Avr 2013 - 13:37

Les écrits de Raymond Callemin avaient intéressé la strega dans ce topic : http://guillotine.cultureforum.net/t258p150-la-bande-a-bonnot-1912-1913?highlight=Bonnot

Se souvenir qu'à la préfecture de police de Paris un dossier des écrits de Garnier était référencé Callemin. Erreur de la PP.
Quant aux écrits de Callemin ?
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Mer 10 Avr 2013 - 16:11

Ce roman de Michel quint fait ressurgir quelques figures de la bande à Bonnot. L'auteur fait aussi allusion aux mains de Raymond Callemin, conservées dans le formol.
Là, ce n'est pas du roman. Le journal La voix du Nord confirme que les paluches de Raymond la science baignent dans le formol, à l'institut médico-légal de Lille.
Du bd Arago à la salle de découpe, les mains n'ont pas été perdues pour tout le monde.
Par quel chemin sont-elles parvenues à la morgue de Lille ?
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Sam 13 Avr 2013 - 15:22


Mercattore a écrit : « Le corps de Monier était lui aussi réclamé ».

Ce serait inexact. Victor Méric, dans son ouvrage Les bandits tragiques écrit :
« Le corps de Callemin fut utilisé pour des recherches de chimie biologique, celui de Monnier pour l’anatomie chirurgicale.

Le quotidien La Presse (22 avril) :
« A la faculté de médecine les cadavres de Monier et de Callemin n'ayant pas été réclamés ont été transportés à la faculté de médecine après le simulacre d'inhumation auquel il est d'usage de procéder en pareille circonstance. Tous deux ont été mis à la disposition de M. Nicolas, professeur d'anatomie.
Les têtes des deux suppliciés ont été immédiatement l'objet de préparations spéciales qui assureront leur conservation. Les cerveaux pourront de la sorte faire l'objet d'expériences des plus intéressantes. De même le corps de Monier a été injecté. Il servira a une étude générale de topographie anatomique.

Par contre, le corps de Callemin a été découpé en vue de travaux histologiques qu'on a rarement l'occasion d'exécuter sur un corps sain peu d'heures après la mort.
Des premières constatations auxquelles le professeur Nicolas et ses collaborateurs ont procédé, il résulte que les systèmes nerveux vasculaire et musculaire de Raymond la Science étaient en parfait état. A deux heures de l'après-midi, c'est-à-dire dix heures après l'exécution, la vie cellulaire se prolongeait encore
».

Renaud Thomazo, dans son ouvrage Mort aux bourgeois :
« A 4h38, le corps décapité de Monier était jeté dans le panier ; trois têtes étaient tombées en trois minutes.
Un piquet de gendarmerie à cheval se tenait prêt à escorter le fourgon qui emportait les cadavres. Ceux de Callemin et Monier furent remis à un représentant de la faculté de Médecine, celui de Soudy serait inhumé au cimetière parisien d'Ivry
».



Nouvelle édition. 2009. Editeur, Larousse.



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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Jeu 25 Avr 2013 - 20:50

Reflexions sur l'exécution de Soudy, Callemin et Monier, publiées dans l'hebdomadaire  Le Courrier de Tlemcen (Algérie), du 02-05-1913. L'article est repris —un peu différemment par endroits, mais même journaliste — du quotidien L'Action Française , du 22-05-1913.
(source : gallica.bnf.fr)
                                                                                     
L 'EXÉCUTION DES BANDITS

I
l n'est pas réjouissant ni moral d'assister à une exécution. C'est même là un spectacle qu'il faut mettre à l'index pour ceux qui cherchent a y repaitre une curiosité malsaine Cependant, les esprits un peu avertis, s'ils savent surmonter leur répugnance peuvent en tirer mieux que de simples « impressions ».

On a beaucoup décrit bien souvent l'apparence de gaucherie et de faiblesse que présentait la guillotine dressée au bord du ruisseau, à même le sol nu du trottoir. A l'instant d'accomplir ce qui constitue, somme toute, l'acte suprême de la justice, on souhaiterait que la Société revête un aspect plus net de sécurité triomphante et sereine.
Ce sentiment devient plus pénible lorsque les criminels, à cette heure suprême, ne baissent pas les yeux devant une société dejà si peu sûre d'elle-même, lorsqu'ils montrent une énergie irréductible qui bafoue la justice au moment même où elle les tient.

Or, c'est le spectacle déplorable que nous avons eu l'autre matin. En dépit de tout le cabotinage qu'on a pu observer au cours de leurs crimes et de leur procès, les bandits ne nous avaient pas trompés sur leur courage. Ils sont morts sans faiblesse et avec une certaine simplicité. Lorsque, le premier, le petit Soudy apparut à la porte du fourgon, il n'eut d'autre mot que celui qui exprimait naturellement, la sensation de son torse nu sous I'humidité : « Oh ! il fait froid ! »

Et ce n'était peut-être pas non plus un mot préparé que celui de Callemin, souriant ironiquement aux spectateurs proches qui l'entouraient : « C'est beau l'agonie d'un homme ! »                                         Seul Monier fut oratoire: « Adieu à vous tous, messieurs ! « cria-t-il avec l'accent poli de l'homme du peuple.
Puis, réparant un oubli ; «… Et à la Société aussi !  » Celui qui ajoutait cela, c'était le lecteur de l'Humanité, et de ces livres tels que l' Esquisse d'une Morale sans obligation ni sanction de Guyau, tant prôné par notre Universités, livres qui ont formé son esprit, et que, dans son testament, il légua à ses proches et à ses amis pour l'éducation de leurs enfants ! —
Seul aussi Monier n'est pas absolument ferme jusqu'au bout et se débat au pied de la guillotine.

* * * * * * *
Maintenant qu'ils ont expié, on voudrait pouvoir leur parler et leur demander de tirer les conclusions de leur expérience. Sans doute l'origine en est vulgaire : ils ont voulu « vivre leur vie » sans se soumettre aux nécessités de la vie ; autrement dit, ils ont voulu jouir sans travailler, — ce qui d'ailleurs les a obligés à se donner beaucoup plus de mal. Mais il n'en reste pas moins qu'ils ont pu croire sincèrement suivre un « idéal » et prolonger la portée de leurs actes dans l'infini. Ils entrevoyaient une grande flamme confuse au-dessus de leur pensée.

Ils étaient arrivés au point où l'on a renoncé à capter cet « idéal » dans des constitutions, des théories et des systèmes sur la société. En dépit des restes de ces nuées qui traînent dans leurs déclamations, lamentables, ils ne voyaient de sûr que leur individu en face de l'infini et ils lui donnaient carrière.            Au cours de la folle et tragique aventure de quelques mois où ils ont brûlé leur existence, ils ont cherché avec la jouissance, le déploiement intégral de leur énergie,l'espoir de jouissance passé, ils ont continué à avoir, jusqu'à la mort, le culte de l'énergie.

Mais c'était là encore un préjugé. Logiques, ces contempteurs de la société auraient pensé : à quoi bon crâner ? pour qui ? Quels bénéfices en retirerons-nous ? Pourquoi ne pas nous laisser aller à nos faiblesses humaines ? — Ou bien alors ils devaient se dire : si cette énergie tendue a une valeur, si elle est une une forçe, il est vraiment dommage qu'elle ne serve pas à quelque chose, car il est impossible qu'ils n'aient pas aperçu  l'absurdité de cette fin : la guillotine.

Cependant, avant de marcher au supplice, ces  individualistes, moins gênés que d'autres par des théories anticléricales, n'hésitaient pas à serrer la main de l'aumônier qui, bien qu'ils refusassent les secours de la religion, leur avait apporté cette sympathie que seule peut donner un prêtre donner un prêtre, — et même celle des agents de la Sûreté qui avaient distrait la solitude de leur cellule et qu'ils déclaraient être des « braves gens ».

Peut-être, sous les malheurs qu'ils s'étaient attirés et la dure discipline de la prison recommençaient-ils comme  des enfants l'éducation de la vie. Peut-être commençaient-ils à concevoir la valeur de la société et la nécessité de l'ordre ?
Peut-être, comme ils descendaient du fourgon fatal, en entendant dans les arbres du boulevard les oiseaux qui saluaient quand même l'aube pluvieuse, ont-ils commencé à entrevoir une douceur possible du monde.
                       
Journal Le Matin - 22-05-1913
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Sam 27 Avr 2013 - 23:26

La décapitation groupée de trois hommes a eu un effet certain sur le comportement des défenseurs des condamnés en prévision de l'exécution. Maître Georges Boucheron, l'avocat de Callemin se rendit dans sa cellule, avec la cohorte des officiels, le matin de l'exécution, mais ensuite il le quitta, lui déclarant  : « Je ne vous accompagnerai pas à celte boucherie, soyez courageux ».

Maitre Bruno-Dubron, l'avocat de Monier, ne l'accompagna sur le lieu de l'exécution que sur ses instances pressantes. Prenant place dans le fourgon transportant les condamnés, par faveur spéciale, et parvenu bd Arago il n'assista pas à la triple exécution. Il déclara ensuite « ne avoir eu pas le triste courage de voir mourir ces hommes ».

C'est le 1er juillet 1910, que pour la 1ère fois, à Paris, un avocat, Lucien Leduc, assista son client jusqu'à la guillotine. Il s'agissait de   Jean-Jacqes Liabeuf. En province, par contre, la présence de l'avocat était assez fréquente.


Maitre Boucheron, défenseur de Callemin, était également celui de Léon Lacombe, anarchiste individualiste, auteur de plusieurs meurtres, dont celui de l'anarchiste Suisse Jules Erlebach.  Il était incarcéré à la prison de la Santé en même temps que les membres de la bande à Bonnot.
Le 5 avril 1913, lors d'une promenade, il parvint à s'échapper et se réfugier sur un toit de la prison, bombardant les gardiens avec des tuiles. L'intervention de maître Boucheron ne changea la décision de Lacombe, il se jeta dans le vide.

Jules Erlebach. Il était soupçonné d'avoir préparé, avec Léon Lacombe , le cambriolage du bureau de poste de Bezons,  le 1er novembre 1912,  au cours duquel fut abattu le receveur.
                                                                                                                                                        Le 8  novembre 1912 les policiers, et un escadron de la garde républicaine, encerclait la librairie anarchiste de Erlebach, 15 passage de Clichy (Paris XVIIIème), pensant se saisir de Léon Lacombe, qu'Erlebach hébergeait. Dans la nuit du 3 au 4 décembre 1912. Lacombe séquestra Erlebach qu'il soupçonnait d'être indicateur de police et le blessa d'une balle.                                                                                                                                                        
Erlebach mourut à l'hôpital le 12 janvier 1913. Activement recherché, Lacombe fut arrêté fortuitement, bd de la Villette, le 13 mars 1913, alors qu'il se promenait le long d'une fête foraine.
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Filomatic
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Dim 28 Avr 2013 - 18:35

Citation :
« SOUDY :

« - Je désire avoir du café sans alcool et deux croissants. ( Il ne pourra les obtenir, la boulangerie étant fermée.)

Cette detail me donne beaucoup de chagrin Crying or Very sad



Ici les croissants pour Soudy, un siècle après XD.





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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Lun 29 Avr 2013 - 20:53

C'est vrai, il ne les a pas eu. Mais tous les condamnés avant l'exécution n'avait droit qu'à du liquide alcoolisé (rhum en général) et à une cigarette (peut-être aussi à une autre, je ne me souviens plus). L'abbé Faure, leur proposait souvent un verre de liqueur, achetée par lui même.
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piotr
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Jeu 23 Oct 2014 - 23:29



Raymond Callemin, dit "Raymond la Science", guillotiné le 21 avril 1913 devant la prison de la Santé
Modelage terre crue sur base de photos anthropométriques
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Ven 24 Oct 2014 - 12:03

Une belle réalisation  

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pier
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Sam 25 Oct 2014 - 17:32

piotr a écrit:


Raymond Callemin, dit "Raymond la Science", guillotiné le 21 avril 1913 devant la prison de la Santé
Modelage terre crue sur base de photos anthropométriques

Impressionnant !!!
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Lun 10 Nov 2014 - 0:02

A partir du 30-04-1938, le journaliste Louis Roubaud fit publier dans le Petit Parisien une série d’articles intitulée Les souvenirs de l’inspecteur principal Piguet (hum ! la mémoire flanche un peu, Louis Juin, sous-chef de la sûreté est abattu par… Garnier).

- Deux semaines avant l’exécution de Monier, Soudy, Callemin, bd Arago, L'inspecteur Piguet est chargé de la garde de ce dernier à la Santé :

Ce furent mes débuts… m'explique Piguet. Une bonne épreuve pour les nerfs !
Il évoque, dans la vaste cellule meublée d'une couchette, d'une table et de deux chaises, ces courts dialogues, ces monotones silences, en tête à tête avec un compagnon taciturne, révolté mystique, d'intelligence ardente.
Il ne voulait pas jouer aux cartes avec moi comme ses ses camarades avec mes collègues dans les cellules voisines.  Je lisais quelque bouquin. Il noircissait fébrilement des feuillets, des feuillets d'une petite écriture fine, serrée… Quand Il s'arrêtait, épuisé, Il engageait lui-même la conversation, m'expliquait ses idées, me fixait sur sa culpabilité exacte de chacun de ses complices et de lui-même. Je n'avais pas la ressource de lui faire espérer la grâce. Le nombre de ses victimes, l'audace de ses crimes, le retentissement de l'affaire la rendaient impossible… absurde. Il ne manifestait ni impatience d'en finir au plus tôt ni désir de voir prolonger son sursis d'existence. Mais il ne voulait pas être surpris par l'arrivée de ces « messieurs ».
Promettez-moi de me prévenir la veille , insistait-il… Si j’étais sûr d'être averti le dernier soir, je pourrais, d’ici là, dormir la nuit.

En effet, les premières nuits furent terribles : Il se dressait, hagard, au moindre bruit dans le couloir. Je compris que, pour un être Imaginatif, le vrai supplice était de ne pas savoir, en se couchant, si le réveil fatal était à l'aube prochaine. Je finis par lui jurer ce qu'il me demandait et par le persuader que je tiendrais mon serment. Alors, son sommeil fut calme. Je savais que cet homme était un monstre, qu'il ne méritait aucune pitié. Mais voir ce corps jeune étendu, paisible, à entendre son souffle pendant ces nuits lugubres, je n'apercevais plus qu'un être vivant. La terne lumière d'une ampoule aux filaments usés éclairait  le dormeur, son buste débordant du drap, et, dégagé de la chemise de grosse toile… son cou nu !

Vers les cinq heures régulièrement, et comme averti par un mystérieux réveille-matin, il s'étirait, se secouait, se levait pour aller jusqu'à la cuvette qu'il remplissait d’eau en coinçant d'un bois d'allumette le robinet à pression et procédait, en plein hiver, à une ablution totale et glacée.
Sans doute se préparait-il ainsi à se donner du ton devant « ces messieurs » au cas où je
n'aurais pas tenu ma promesse. Puis, n'entendant aucun bruit dehors, me voyant tranquille, il souriait :
Encore un jour.
Il avait droit à la cantine, où il se fournissait de lait, sa seule boisson, regrettant de n'y pouvoir trouver sa pâtisserie.

Les Jours se succédaient, chacun augmentant d'un degré mon angoisse. Parfois, je lui proposais :  
— Si je peux vous être utile, si vous avez un désir et que ce soit possible, dites-le moi !
Je pensais à des nouvelle de sa sœur, une volonté à satisfaire avant ou après sa mort.
Il secouait la tête :
—  Je n'ai besoin de rien !
Un jour, il prévint ma question :
Il y a quelque chose, pourtant, qui me ferait plaisir, mais j’avoue que n'avez pas le droit, vous ne pourrez pas… [/b]
— Dites quand même. Qu'est- ce qui vous ferait tant de plaisir ?
Un éclair au chocolat.
Tant pis pour la consigne !
Raymond-la-science eut son gâteau à la crème le lendemain et les jours suivants. Un soir, le
jeune Plguet s’excusa :
— Je marie ma cousine, j'ai demandé vingt-quatre heures de congé. Je chargerai le camarade qui me remplace d'apporter l'éclair.
J'avais dit cela d'un ton dégagé, en souriant, pour qu'il ne soupçonnât rien, car l'exécution était annoncée et je ne voulais pas voir ça !
Quand le procureur entra dans sa cellule, Raymond-la-Science  murmura :
Oh ! je comprends le mariage de la cousine ! Dites à Piguet que je ne lui en veux pas… que je le remercie !

(Source : gallica.bnf.fr)
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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   Sam 25 Juin 2016 - 19:23


Raymond Callemin, vers droite et gauche.



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MessageSujet: Re: Soudy - Callemin - Monnier - Bande à Bonnot - 1913   

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