La Veuve

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 Victor-Alphonse Daumas-Dupin - 1829 & Jean-Baptiste Élie Robert - 1831

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Adelayde
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MessageSujet: Victor-Alphonse Daumas-Dupin - 1829 & Jean-Baptiste Élie Robert - 1831   Lun 3 Juil 2017 - 17:52

VICTOR-ALPHONSE DAUMAS-DUPIN & JEAN-BAPTISTE ÉLIE ROBERT
LES ASSASSINS DE LA VALLÉE DE MONTMORENCY

LES FAITS
-------

Victor Alphonse Daumas-Dupin - 39 ans, sans profession. Condamné à dix ans de travaux forcés le 8 septembre 1815 par les assises de la Seine pour crime de faux en écriture authentique. A Attainville, à l'auberge de la Croix-Verte, le 24 janvier 1829, assassina à coups de hache dans la tête les propriétaires, Nicolas-Guillaume Prudhomme, 25 ans, et Marie Duru, épouse Prudhomme, 16 ans, mariés depuis trois mois, pour leur voler 300 francs d'économies, une montre en or, un complet noir et d'autres biens. Arrêté à Milan par la police autrichienne. Son complice, "Saint-Clair" Robert, restera en fuite près de deux ans. Condamné en première instance à Versailles, arrêt cassé, recondamné à Paris.

Condamnations : 19 août 1829, 31 octobre 1829 ;
Exécution : 3 décembre 1829, 16h 15, Paris.

Jean-Baptiste Élie "Saint-Clair" Robert - 43 ans, sans profession, ancien forçat. Avec son complice Victor-Alphonse Daumas-Dupin, 39 ans, ancien forçat également, à Attainville, à l'auberge de la Croix-Verte, le 24 janvier 1829, assassina à coups de hache dans la tête les propriétaires, Nicolas-Guillaume Prudhomme, 25 ans, et Marie Duru, épouse Prudhomme, 16 ans, mariés depuis trois mois, pour leur voler 300 francs d'économies, une montre en or, un complet noir et d'autres biens. Daumas-Dupin, appréhendé le premier à Milan, est condamné par les assises de la Seine-et-Oise le 19 août 1829, et suite à la cassation de l'arrêt, condamné à nouveau à Paris le 31 octobre 1829, où il est guillotiné le 3 décembre 1829. Arrêté à Genève en 1830.

Condamnation : 13 février 1831;
Exécution : 9 juin 1831, 13h, Versailles.

Source - Le site de Sylvain Larue - Nemo :

http://laveuveguillotine.pagesperso-orange.fr/Palmares1811_1831.html



ASSASSINS DE LA VALLÉE DE MONTMORENCY
-------

Prudhomme et Marie Duru, sa femme, mariés tout récemment, tenaient un cabaret dans une maison isolée dite la Croix-Verte commune d'Attainville, arrondissement de Pontoise. Prudhomme était âgé de vingt-cinq ans ; sa femme en comptait à peine seize. Le 24 janvier 1829, ils étaient restés seuls avec deux individus qui devaient coucher dans le cabaret ; la nuit se passa et couvrît de ses ombres un horrible forfait.

Le lendemain 25, Duru, beau-père de Prudhomme, plâtrier à Mont-Sonil, vint à la Croix-Verte, pour y prendre un chapeau qu'un de ses gendres avait laissé chez ses enfans. Il trouva tout fermé ; les portes furent enfoncées, et l'infortuné vieillard vit sa fille et son gendre renversés près d'un poêle et horriblement mutilés. Tous deux avaient le crâne fracassé. Une hache engagée sous le cou de la femme, avait servi aux assassins ; il y avait encore après le fer ensanglanté quelques cheveux bruns et blonds des deux victimes. On avait brisé et déchiqueté le doigt annulaire de la main gauche de la femme, pour lui arracher son alliance. Tous les meubles avaient été fouillés ; et l'on avait enlevé de l'argent, une montre et un habillement noir complet.

Les soupçons s'arrêtèrent sur deux individus ; c'étaient Jean-Baptiste Robert, dit Saint-Clair, dit Guibert, dit Fremol, dit Oudot, né à Chantilly (Oise), forçat évadé, et Victor-Alphonse Daumas-Dupin, né à Paris, autre forçat évadé.

Le premier fut vainement recherché ; on ne put saisir sa trace que longtemps après ; le second avait fui au-delà des Alpes ; il était à Milan. Bientôt on obtint quelques données sur sa résidence ; la police apprit que de l'argent était envoyé à Milan par les mêmes personnes, mais adressé à quatre noms différens.
Un jour qu'un dépôt venait de s'effectuer, on fit suspendre l'envoi de quatre jours ; un agent de police intelligent prit la poste et arriva à Milan. Le jour de la réception, Daumas-Dupin ne tarda pas à s'y présenter :

— Avez-vous reçu de l'argent pour M... ? dit-il.
— Non.
— Pour M....?
— Non.
— Et pour M.... ?
— Oui.
— Eh bien ! c'est moi.
— Non, ce n’est pas vous ! dit alors l'agent de police ; c'est moi qui ai ce nom.
— Vous êtes un menteur ! s'écria Daumas.
— Et vous aussi ! répondit l'agent de police.


Tous deux furent arrêtés, car l'un des deux devait être un fripon. On déclara qu'ils seraient renvoyés en France. L'agent de police fut bientôt relaxé, comme on le pense bien, et Daumas fut conduit en France.

Daumas-Dupin comparut devant la Cour d'assises de la Seine, le 31 octobre. Le regard de l'accusé était immobile ; la même immobilité régnait sur toute sa physionomie. Son teint était jaune et presque cadavéreux : pourtant sa contenance était calme. Dans son interrogatoire, il ne nia aucun des faits, mais il chercha à les faire retomber à la charge de son complice absent. A l’entendre, c'était Saint-Clair qui avait tout fait ; c'était lui qui avait anéanti l'homme, puis la femme ; lui, Daumas-Dupin, au contraire, aurait été irrité contre Saint-Clair, et voulait l'anéantir aussi. Les détails que donna l'accusé sur l'assassinat firent plusieurs fois frissonner d'horreur tout l'auditoire. « Il a suffi, disait-il, d'une seconde pour anéantir le mari qui dormait, et puis la femme ; ils étaient si petits tous deux !.... c'étaient des enfans ! » Du reste, c'était Saint-Clair qui avait tout emporté ; Daumas-Dupin n'avait pris qu'une veste de chasse couleur bronze et un chapeau pour se déguiser.

Après cet interrogatoire, dans lequel l'accusé montra une étonnante habileté et un sang-froid imperturbable, on procéda à l'audition des témoins. La présence de Duru père, appelé comme témoin, excita un vif mouvement d'intérêt dans l'assemblée. Ce vieillard s'avança, en détournant ses regards du banc où était assis l'accusé. Il fut saisi d'un mouvement d'horreur quand il vit sur le bureau les pièces de conviction, la hache énorme encore teinte de sang, les vêtemens ensanglantés.... Ce malheureux père raconta dans quel état il avait trouvé les cadavres de ses enfans ; les dépositions des autres témoins furent dans le même sens.

L'accusé prit la parole après son défenseur, et prononça, d'une voix lente et ferme, un factum écrit, qui était rédigé avec autant d'adresse que de perversité.
Toutefois l'éloquence de Daumas-Dupin ne porta qu'une seule conviction dans l'esprit de ses juges, celle de sa culpabilité. Le jury résolut affirmativement les questions qui lui furent posées, et Daumas fut condamné à la peine capitale.

Daumas-Dupin s'étant pourvu en cassation, un vice de forme fit casser, le 17 novembre, le jugement rendu par la Cour d'assises de la Seine ; et, par arrêt de la Cour suprême, la procédure fut portée devant la Cour d'assises de Seine-et-Oise séant à Versailles. Les débats eurent la même couleur, offrirent les mêmes détails que ceux qui avaient eu lieu à Paris. Daumas-Dupin y prononça un nouveau plaidoyer qui attestait les ressources de son esprit et la facilité de son élocution pleine d'ailleurs d'adresse et de convenance : « Quelle que soit votre décision, disait-il aux jurés en terminant ; elle ne peut être que juste ; je m'y résigne d’avance ; et quel que puisse en être le résultat, rappelez-vous toujours que je n'ai d'autre partage qu'un tombeau ! »

Après une heure et demie de délibération le jury résolut affirmativement toutes les questions d'homicide, de préméditation, de vol, qui lui avaient été soumises ; Daumas entendit son arrêt de mort sans froncer le sourcil.

Cet homme, qui venait d'être condamné comme un féroce assassin, était entré au service fort jeune ; à seize ans, il avait combattu à Austerlitz ; à vingt-quatre, il portait l’épaulette ; il était payeur au 144e régiment d'infanterie de ligne et chevalier de la Légion-d'Honneur, avant sa première condamnation. Pour s'évader du bagne de Rochefort, il lui avait fallu franchir un rempart de la hauteur de quarante pieds. Ses égaremens commencèrent en 1814, au moment de la chute du gouvernement impérial, époque à laquelle il avait été chargé de la caisse et de la comptabilité de son régiment. Ses dépenses inconsidérées l'avaient amené insensiblement à faire des faux pour lesquels il avait été successivement condamné par les Cours royales de Paris et de Douai.

Daumas-Dupin fut exécuté à Paris, le 3 décembre 1829. Pendant les tristes préparatifs de la toilette, il ne proféra pas une seule parole. Au départ pour le lieu de l'exécution, il était tellement maître de lui, qu'il eut l'attention de fixer l'échelle qui allait lui servir à monter sur la charrette. Arrivé au pied de l'échafaud, il s'agenouilla, et se releva bientôt, en disant : Mon Dieu, sauvez mon âme ! puis il se livra à l'exécuteur.

Daumas-Dupin n'avoua pas positivement son crime, mais quand on lui adressait des questions à ce sujet, il disait aussitôt : Ne parlons pas de cela.... oublions le passé !

Quant au fameux Robert Saint-Clair, complice de Daumas-Dupin, les poursuites les plus actives furent long-temps infructueuses à son sujet. On apprit qu'il avait traversé le Piémont, puis la Suisse, puis l'Allemagne et s'était arrêté sur les frontières de la Turquie. Là, on sut qu'il avait été incorporé dans un régiment destiné à protéger les deux empires. Au bout de quelque temps, des rapports positifs et officiels apprirent que, dans un combat soutenu contre les hordes de pillards qui infestent ces contrées, ce misérable, après avoir fait des prodiges de valeur, était mort sur le champ de bataille.

Mais, pour compléter ce récit, nous allons extraire de la Gazette des Tribunaux une anecdote fort piquante que ce journal a publiée récemment :

« En 1830, par une belle journée d’automne, une nombreuse société était réunie dans la grande salle du principal hôtel de Valence dans le Dauphiné. A Valence comme dans toutes les villes du Midi, il n'existe pas d'autres restaurans que les hôtels garnis et d'autre table que la table d'hôte. Ces riantes contrées sont toujours parcourues, à cette époque de l'année, par de nombreux voyageurs ; aussi comme je viens de le dire, une société nombreuse se pressait, ce jour-là, autour de la table d'hôte de l'hôtel de l'Europe, à Valence.
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  
» Celui qui remplissait ce rôle (celui d'orateur) était un homme de moyen âge, qui, si on en excepte la facilité de son élocution et l'ascendant avec lequel il se faisait écouter, n'avait rien qui le distinguât, si ce n'est peut-être que, malgré la chaleur de la saison, il était vêtu de noir des pieds à la tête, comme le sont encore les médecins, les avocats et les savans dans toutes les villes de l'Europe.

» La conversation était tombée sur le système de Lavater et sur les nouvelles doctrines phrénologiques. Le monsieur noir, c'est ainsi que les convives se le désignaient entre eux, disait que Lavater, malgré le charlatanisme de sa doctrine, avait fait une multitude d'observations pleines de justesse et d'intérêt ; il soutenait que les principaux faits qui affectent notre vie, laissaient des traces profondes sur le visage des hommes, cet infaillible miroir de l'ame ; que le retour des mêmes pensées, que l'obsession des remords ou des passions fortes contractaient d'une manière constamment uniforme les traits de la figure. Il ajoutait que ces traces, jointes aux observations phrénologiques désormais irrévocablement acquises à la science par les travaux de Gall et de Spurzheim, suffisaient pour révéler à l'observateur les penchans que la nature ou l'habitude avait donnés à chaque homme, et les actions auxquelles il avait dû se laisser entraîner.
« Quant a moi, dit-il en terminant, je ne m'y suis jamais trompé. »

» On comprend qu'à ces mots plus d'une voix s'éleva tout-à-coup pour sommer le monsieur noir de donner des preuves de sa science.
Il fit sur plusieurs convives l'expérience de son art devinatoire. Les graves pièces de procédure où je puise tous ces détails ne disent pas si quelques-uns eurent à s'en repentir, si plus d'une jolie voyageuse ne sentit pas son front rougir aux réponses qu'avaient provoquées ses questions indiscrètes. Tout ce que j'ai pu savoir, c'est que la conviction fut complète, et que la science du monsieur noir ne trouva pas d'incrédule.

» Je me trompe pourtant : un des convives refusa nettement de se rendre ; c'était un homme, qui jusqu'à ce moment, n'avait pris aucune part à la conversation générale, et n'avait encore été remarqué de personne.
« Je soutiens, dit-il en jetant sur l'auditoire un indéfinissable regard, que tout est faux dans ce système ; que les pensées de l'homme ne se lisent pas plus sur son visage que ses penchans ne se casent dans sa cervelle en bosselant la boîte osseuse de son crâne. Peu d'existences furent plus agitées que la mienne, ajoutait-il avec un sourire amer ; peu de pensées ont dû laisser des traces plus profondes que les miennes, et je vous porte le défi de dire qui je suis. »

» Pendant que l'inconnu parlait, le monsieur noir avait constamment les yeux attachés sur cet étrange interlocuteur, et il paraissait agité d'une émotion pénible. Il garde le silence ; alors de toutes parts on l'excite à répondre, et l'inconnu surtout répétait avec un accent de colère et d'insulte :
— Je vous défie de dire qui je suis !
— Eh bien ! dit enfin le monsieur noir, toujours plus agité, et comme dominé par une pensée impérieuse et puissante qui le faisait parler malgré lui, vous avez raison, cette science n'est pas infaillible, et vous êtes heureux qu'on puisse le dire, car si elle l'était, vous seriez un dès plus grands scélérats que la terre ait portés : vous avez en vous tous les signes auxquels on reconnaît l'assassin....


» A ces mots, prononcés d'une voix altérée, il se fit dans la salle une sourde rumeur, puis un profond silence.
L'inconnu se leva avec une impétuosité terrible : sa figure était bouleversée par l'indignation et la colère ; dans ce moment, il était affreux à voir. Tous les assistans pâlirent ; tout-à-coup une grande rumeur se fit entendre au dehors ; le maître de l'hôtel entra tout effaré dans la salle, et annonça qu'un vol d'argenterie avait été commis dans un village voisin ; que l'homme soupçonné du crime était au milieu d'eux, et que les agens de la justice venaient faire perquisition.

» Tous les regards se portèrent vers l'inconnu, dont la colère, à cette nouvelle, parut soudain se glacer. Les objets volés furent trouvés dans sa malle ; on l'arrêta. Après quelques jours d'un obstiné silence, il fit des aveux horribles. Cet homme, c'était Robert Saint-Clair, le complice de Daumas-Dupin, l'assassin de Montmorency.

» Il n'était pas mort, comme on l'avait cru ; mais, après bien des vicissitudes, poussé par une irrésistible fatalité, il était revenu apporter dans sa patrie sa tête promise à l'échafaud. »

Chronique du crime et de l'innocence – J.- B. J. CHAMPAGNAC

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MessageSujet: Re: Victor-Alphonse Daumas-Dupin - 1829 & Jean-Baptiste Élie Robert - 1831   Lun 17 Juil 2017 - 16:51

Un arrêt intéressant



Journal des audiences de la Cour de cassation

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MessageSujet: Re: Victor-Alphonse Daumas-Dupin - 1829 & Jean-Baptiste Élie Robert - 1831   Lun 17 Juil 2017 - 20:51

Quelque part, un innocent à était exécuté ?
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MessageSujet: Re: Victor-Alphonse Daumas-Dupin - 1829 & Jean-Baptiste Élie Robert - 1831   Lun 17 Juil 2017 - 22:01

Heureusement non : la culpabilité de Daumas-Dupin et de Robert est avérée.

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MessageSujet: Re: Victor-Alphonse Daumas-Dupin - 1829 & Jean-Baptiste Élie Robert - 1831   Ven 4 Aoû 2017 - 18:51

JUSTICE CRIMINELLE.
COUR D'ASSISES DE LA SEINE. - Audience du
31 octobre.
(Présidence de M. Brière de Valigny.)
Assassinat de la vallée de Montmorency. — Affaire
Daumas-Dupin.

Nous avons retracé, il y a peu de jours, les débats de l'accusation portée contre l'infortunée Ernestine Vidal ; ils nous avaient vivement émus, et nous avons essayé de rendre toute la pitié et tout l'intérêt qui environnaient cette victime d'une passion frénétique. Sur le même banc comparaissait aujourd'hui Daumas-Dupin, et ce nom rappelle toute l'horreur qu'inspire l'assassinat de deux jeunes époux. Daumas-Dupin, déjà frappé d'un arrêt de mort, arraché temporairement à l'échafaud par une omission inattendue, repoussant une seconde fois une accusation mortelle.... Que cette cause est différente !.... Un morne silence règne au milieu de cette immense assemblée, dont tous les regards sont fixés sur l'accusé. Son attitude sombre, son œil immobile, semblent ajouter encore à cette funèbre solennité. Jamais la Cour d'assises n'eut un aspect à la fois plus triste et plus imposant. Déjà, dans la Gazette des Tribunaux du 20 août dernier, nous avons présenté un premier tableau de ce drame terrible ; rappelons succinctement les faits principaux :

Prudhomme et Marie Duru sa femme, nouvellement mariés, tenaient un cabaret dans une maison isolée dite la Croix-Verte, commune d'Attainville, arrondissement de Pontoise ; Prudhomme n'avait que 25 ans, sa femme en comptait à peine 16. Le 24 janvier, ils étaient restés seuls avec deux individus qui devaient coucher dans le cabaret. La nuit se passa et couvrit de ses ombres l'assassinat des deux jeunes époux....

Le lendemain 25, Duru, plâtrier à Mout-Souil vint à la Croix-Verte pour y prendre un chapeau qu'un de ses gendres avait laissé chez ses enfans. Tout était fermé ; on enfonça les portes, et ce malheureux vieillard vit sa fille et son gendre renversés près d'un poêle et horriblement mutilés : tous deux avaient le crâne fracassé. Une hache engagée sous le cou de la femme avait servi aux assassins ; le fer ensanglanté portait encore quelques cheveux bruns et blonds des deux victimes. On avait brisé et déchiqueté le doigt annulaire de la main gauche de la femme pour arracher son alliance. On avait fouillé tous les meubles et enlevé de l'argent, une montre et un habillement noir complet.

Deux hommes furent soupçonnés : c'étaient Jean-Baptiste Robert, dit Saint-Clair, dit Guibert, dit Fremol, dit Oudot, âgé de 47 ans, né à Chantilly (Oise), forçat évadé, et Victor-Alphonse Daumas-Dupin, né à Paris, autre forçat évadé. Le premier a été vainement recherché ; le second avait fui sur une terre étrangère : il était à Milan. La police active soupçonnait sa résidence, et bientôt elle apprit que de l'argent était envoyé dans cette ville par les mêmes personnes, mais adressé à quatre noms différens. Un jour qu'un dépôt venait de s'effectuer, on fit suspendre l'envoi de quatre jours ; un agent de police intelligent prit la poste, et arriva à Milan au bureau de réception. Daumas s'y présenta.
« Avez-vous reçu de l'argent pour M...? dit-il. — Non. — Pour M...? — Non. — Et pour M...? — Oui. — Eh bien ! c'est moi. — Non, ce n'est pas vous, dit alors l'agent de police, car c'est moi qui ai ce nom. — Vous êtes un menteur, s'écrie Daumas. — Et vous aussi, répond l'agent de police. »
Tous deux furent arrêtés, car l'un devait être un fripon. On déclara qu'ils seraient renvoyés en France ; l'agent de police fut bientôt relaxé, comme l'on pense bien, et Daumas conduit en France.

A neuf heures, l'audience est ouverte. M. l'avocat-général requiert qu'il plaise à la Cour, conformément à l'art. 13 de la loi du 2 mai 1827, de procéder au tirage de deux jurés supplémentaires. La Cour ayant fait droit à ce réquisitoire, et procédé à ce nouveau tirage dans la chambre du conseil, reprend séance.

Nous avons dit que le regard de l'accusé était immobile ; cette immobilité règne sur toute sa physionomie. Son teint est jaune, presque cadavéreux ; son attitude est ferme ; tous ses traits portent cependant l'empreinte d'une douleur profonde. Malgré la ténacité d'un caractère qui se peint sur sa figure, ou voit que cet homme a longtemps souffert ; qu'il a été cruellement tourmenté, soit par le remords, soit peut-être par une idée fixe... la mort. Ses yeux sont caves, ses narines larges et écartées ; il s'entretient tranquillement avec son défenseur ; M. le président procède en ces termes à son interrogatoire :

D. Quel est votre âge ?

R. 39 ans.D. Votre domicile ?

R. Je n'en ai pas, j'ai été arrêté à Milan.

D. N'avez-vous pas déjà subi plusieurs condamnations ?

R. Oui, Monsieur ; au mois de novembre.

D. Ne vous êtes-vous pas échappé du bagne où vous étiez condamné à perpétuité ?

R. Oui, Monsieur.

D. Rendez compte de ce que vous avez fait depuis votre évasion du bagne jusqu'à votre arrivée à Milan.

R. Je serai bien long, Monsieur, je ne me rappellerais pas ; si c'était par questions, je répondrais ?

M. le président : Je vais vous les adresser. N'avez-vous pas fabriqué un faux passeport pour n'être point inquiété ?

R. Oui, Monsieur ; c'était une feuille collective pour Robert et moi.

D. A Amboise n'avez-vous pas logé chez Mme Foucault ? Robert ne vous a-t-il pas proposé de l'assassiner ?

R. Oui, Monsieur, mais j'ai refusé.

D. Ne vous a-t-il pas encore proposé d'assassiner à Paris la domestique de M. Montigault, bottier, au Palais-Royal ?

R. Oui, Monsieur ; j'ai encore refusé.

D. Connaissiez-vous cette fille ?

R. Il la connaissait.

M. Delapalme, avocat-général : C'est parce que Robert n'a pas osé l'exécuter seul qu'il y a renoncé ?

L'accusé : Je ne sais pas.

M. l'avocat-général : Vous l'avez déclaré.

M. le président : Où êtes-vous allé ?

R. Nous sommes allés à Gentilly, parce que Robert voulait y voir sa mère ; il y a renoncé, nous sommes revenus, par la traverse, à Senlis où nous sommes restés huit ou dix jours.

D. De Senlis où êtes-vous allés ?

R. à Clermont, où Saint-Clair me remit 20 fr. ; il avait gagné 25 fr. avec des jeux de noix (jeu de cocange.)

D. Le 25 janvier vous êtes allés chez les époux Prudhomme ?

R
. Oui, Monsieur, vers trois ou quatre heures de l'après-midi. Quand je vis Saint-Clair encore malade et ne pouvant sortir, je dis à la sœur de la jeune victime : « Si le mari est absent et ne rentre pas, nous ne pourrons coucher dans la même maison que cette femme seule. » Elle me répondit que son père reviendrait.

D. Vous avez passé la nuit du 22 au 23 chez les époux Prudhomme ?

R. Oui, Monsieur.

D. Lorsque vous en êtes sortis, où êtes-vous allés ?

R. A Saint-Denis, par billets de logement.

D. A Saint-Denis, n'a-t-on pas conçu des soupçons contre vous ?

R. Oui, Monsieur ; on nous a arrêtés, et après avoir visité nos papiers, on nous a rendus à la liberté.

D. De Saint-Denis, vous êtes retournés à la Croix-Verte ?

R. Oui, Monsieur.

D. Dans votre trajet, n'a-t-il pas été question d'assassiner les époux Prudhomme ?

R. Avant d'arriver, Saint-Clair me fit part de ses projets criminels, mais je refusai mon assentiment.

D. N'est-ce pas parce que vous reconnaissiez la facilité de commettre un vol chez les époux Prudhomme, que vous y reveniez ?

R. Non, Monsieur.

D. Vous y avez soupé ?

R. Oui, Monsieur. Pendant le souper, Saint-Clair me fit des signes de tête très significatifs pour anéantir les époux ; je lui répondis par un signe de tête négatif ; il haussa les épaules.

D. Il ne pensait donc pas que vous eussiez renoncé au projet d'assassinat qu'il vous avait proposé ?

R. Si, Monsieur ; mais je regardais ses gestes comme une bravade, comme on en fait souvent.

D. Pendant le souper, Prudhomme n'était-il pas endormi près du poêle ?

R. Oui, Monsieur.

D. N'avez-vous pas dit à sa jeune femme d'aller bassiner votre lit ?

R. Oui, Monsieur.

D. N'était-ce pas un moyen de l'éloigner pour commettre plus facilement l'assassinat de son mari ?

R. Non, Monsieur, certainement.

D. Lorsque cette femme est montée, qu'avez-vous fait ?

R. Je suis sorti aussitôt pour satisfaire à un besoin.

D. Combien de temps êtes-vous resté absent ?

R. J'ai dit cinq à six minutes ; j'ai pu rester davantage.

D. En revenant, vous avez entendu la femme Prudhomme proférer des cris ?

R. Oui, Monsieur.

D. A quoi les avez-vous attribués ?

R. A l'assassinat ; l'idée m'en est venue aussitôt.

D. A quelle distance étiez-vous de la salle ?

R. Environ à dix pas.

D. N'êtes-vous pas accouru ?

R. Oui, Monsieur, mais il n'y avait pas de lumière ; je restai stupéfait à la porte.

M. le président : Le mouvement naturel est de porter secours.

R. J'aurais pu peut-être sauver encore la jeune femme, mais elle aurait toujours été bien blessée ; le malheureux mari était déjà mort ; je craignais tout à la fois Saint-Clair et aussi Prudhomme ; il faisait nuit. En entendant des coups sourds, les derniers gémissemens de la victime, je dis à Saint-Clair qui m'apparut comme un spectre : Malheureux ! sauvons-nous, le mari va nous dénoncer ! Il me répondit : C’est fini !...

D. Qu'avez-vous fait alors ?

R. J'ai été prendre le fusil de Prudhomme ; il était chargé ; mon premier mouvement était de tuer Saint-Clair.

D. Dans quel but ?

R. Parce que j'ai vu qu'il m'avait compromis ; j'ai voulu l’anéantir ; j'avais des ressentimens contre lui.

D. Vous aviez précédemment déclaré que c'était pour venger les deux victimes. Qu'avez-vous fait ensuite ?

R. Je suis revenu dans la seconde pièce et Robert a fermé la porte qui donne sur la grande route, et allumé la chandelle.

D. N'avez-vous pas allumé du feu dans la première pièce ?

R. Oui, Monsieur, et Saint-Clair est allé dépouiller les victimes.

D. N’a-t-il pas, avec des ciseaux, déchiré le doigt annulaire de cette jeune femme ?

R. Cela me parait extraordinaire ; c'est peut-être avec le tranchant de la coignée qu'il aura blessé sa victime ; car si on eût voulu emporter l’alliance, on y fût parvenu en amputant...

D. On a trouvé des ciseaux ensanglantés ?

R. Cela s'explique par la blessure que Saint-Clair avait ; il me montra sa main : il y avait une plaie et il me dit : Tiens, vois ; la coquine m’a mordu en se débattant ; il prit les ciseaux pour se couper des bandes, afin de panser sa plaie.

M. le président : Comment expliquez-vous le double assassinat ?

L'accusé, toujours avec le même calme : Je présume que Saint-Clair ayant anéanti le mari (mouvement), aura voulu étouffer les cris de la femme… Peut-être aura-t-il voulu… Je ne sais encore… Il lui aura donné alors, pendant qu'elle se débattait, des coups dans l'obscurité, et lui aura fendu les lèvres.

M. le président : On ne conçoit pas que ces deux crimes aient été commis pendant votre absence ?

L'accusé : Il a suffi d'une seconde pour anéantir le mari, qui dormait, et puis la femme ; ils étaient si petits tous deux... c'étaient des enfans ! (Nouveau mouvement d'horreur.)

D. L'assassinat consommé, n'avez-vous pas volé l’argent, les bijoux et les effets des victimes ?

R. Je n'ai rien pris ; Saint - Clair a tout emporté ; j'ai pris une veste de chasse couleur bronze et un chapeau pour me déguiser.

D. Ainsi le besoin de vous déguiser aurait été le seul motif du vol ?

R. Oui, Monsieur.

D. Mais vous avez pris une montre, une chemise, des mouchoirs, objets qui ne déguisent pas ?

R. J'ai pris une chemise, la mienne était sale, elle ne valait pas cinq sous ; tous les objets saisis ne valent pas cent sous ; si j'avais pris part au crime, j'aurais partagé ; il y avait près de 600 francs, et je n'avais cependant pas d’argent.

D. Vous avez éclairé Saint-Clair lorsqu'il est monté pour fouiller dans l’armoire ?

R. Non, monsieur, j'ai déposé la lumière sur le plancher ; si j'ai suivi Saint-Clair, c'est parce que je ne pouvais rester près des cadavres. M. le président, élevant la voix : Est-ce que la présence de Saint-Clair était de nature à vous rassurer ? (Mouvement)

Daumas-Dupin : Je préférais être avec l'assassin, que de rester près des victimes !

D. Pourquoi êtes-vous ensuite venu à Paris où la police est si diligente, lorsqu'avant l'assassinat de deux époux, vous fuyiez l'active surveillance qui a lieu dans cette ville ?

R. J'ai choisi Paris tout exprès, parce que je pouvais mieux m'y cacher.

D. N'avez-vous pas emporté le fusil de Prudhomme ?

R. Oui, Monsieur, je l'ai laissé dans la neige, sur la route de Saint-Denis.

D. Ne l’auriez-vous pas plutôt vendu ?

R. Non, Monsieur ; je n'aurais pas osé entrer à Paris ou à Saint-Denis avec un fusil sous le bras.

D. N'avez-vous pas vendu à Paris, avec Saint-Clair, les objets volés ?

R. Oui, Monsieur.

D. Vous avez donc suivi constamment Saint-Clair ?

R. Il le fallait bien car nous n'avions qu'une feuille collective pour nous deux et qu'un imprimé ; sans cela je ne serais pas aujourd'hui sur le banc de la Cour d'assises.

Après cet interrogatoire, dans lequel l'accusé a montré une étonnante habileté et un sang-froid non moins remarquable, on procède à l'audition des témoins.

Le premier est Duru père. Son nom excite un vif mouvement d'intérêt dans l’auditoire ; tout le monde suit des yeux ce vieillard, qui s'avance en détournant ses regards du banc où est assis l'accusé. Un mouvement d'horreur s'empare de lui quand il voit sur le bureau les pièces de conviction, la hache énorme encore teinte de sauf, les vêtemens ensanglantés... Le manche de cette hache a plus de deux pieds de long ; le fer est d'une grosseur telle, qu'il faut s'y prendre à deux mains pour la soulever.
On donne un siège à ce témoin. Il raconte comment il a trouvé les cadavres des deux enfans. On représente à l'accusé le plan des lieux ; il l'examine avec tranquillité, et discute sur la position des cadavres.

Le second témoin est Prudhomme, oncle de la victime et gendre du père Duru. Ce témoin dépose que, pour ouvrir une porte, il a fallu frapper trente-deux coups de marteau, que les traces y sont restées. « Je crois, ajoute-t-il, que Prudhomme ne dormait pas quand on l'a assassiné, et que sa femme était tout près de lui ; on l'aura d'abord frappé, et puis, pendant qu'on l'achevait, on aura retenu la femme au cou pour la maintenir, car la bassinoire était auprès des cadavres ; et il n'est pas possible d'imaginer qu'une femme voyant de loin assassiner son mari, ait songé à apporter la bassinoire qu'elle tenait à la main, et qu'elle l’ait déposée en cet endroit. »


Daumas : Monsieur fait des conjectures. Je crois que Prudhomme dormait avant de partir, et qu'on aura ensuite anéanti la femme.

Le nommé Dubois, beau-frère de la femme Prudhomme, est appelé. Ce témoin, apercevant les vêtemens tachés de sang, se trouve mal ; revenu bientôt à lui, il s écrie, après avoir donné la description de la position des cadavres : Messieurs ils ont eu l'infamie, l'ignominie de placer la hache sous le bras de la malheureuse, comme pour lui servir d'oreiller, en disant : Repose-toi sur cette, arme !

Daumas : Je pardonne à la juste douleur du témoin sa déposition pleine d'amertume et d'exagération !

Émilie Messieu, femme Moulin, domestique à l'hôtel du Lion d'argent, dépose ainsi :
« Le 25 janvier, l’accusé arriva à l'hôtel le matin avec un autre ; chacun avait un paquet ; ils m'ont demandé une chambre à deux lits. Je priai ma maîtresse de me donner des draps pour ces hommes ; elle me répondit qu'elle en avait une peur mortelle, qu'elle ne pouvait les voir sans frémir. Ils sont allés prendre du café. Je leur demandai, à leur retour, leurs papiers ; ils ne tardèrent pas à partir avec leurs paquets, disant qu'ils avaient des amis à Paris. J'ai d'ailleurs remarqué que celui-ci paraissait le domestique : il ne faisait ni ne disait rien sans regarder ou consulter l'autre. »

La fille Jolibois, se disant couturière (rue Froidmanteau), dépose qu'elle a passé la nuit du 25 au 26 avec l'accusé et son camarade qui portait une décoration ; que Daumas cachait son argent qu'elle évalue environ à 50 fr., et qu'elle lui dit : N'ayez pas peur ; je suis ce que je suis, mais je suis honnête. Ils paraissaient très amis ; ils riaient beaucoup.

On avait remarqué des cicatrices à la main de l’accusé ; cela a fait l'objet d'un rapport pour lequel la Cour a demandé les lumières du docteur Marc, présent à l'audience.

M. Marc, après examen : je pense que ces cicatrices ne sont pas le résultat de blessures produites par un instrument tranchant. Ainsi disparait cette charge, que l'accusé aurait été blessé et qu'il aurait pu l'être lors de l'assassinat.

A quatre heures et demie, après une courte suspension, la Cour annonce, par l'organe de M. le président, que trois questions seront soumises à MM. les jurés :
    1°) celle de savoir si Daumas-Dupin est co-auteur de l'assassinat commis sur les époux Prudhomme ;
    2° celle de complicité relativement à cet homicide ;
    3° celle de recel des objets volés sachant qu'ils avaient été enlevés à l'aide d'un homicide volontaire.


La parole est à M. Delapalme, substitut du procureur-général.
« Deux tableaux bien différens se présentent à vous, dit ce magistrat. C'était le 24 janvier : les époux Prudhomme étaient jeunes, ils étaient heureux, ils étaient dans cet âge où l’avenir est long d'espérances ; des amis nombreux les entouraient. Une nuit s'est écoulée !... on se présente à la porte de cette maison jadis joyeuse... elle est fermée ; on frappe... point de réponse... on entre : deux cadavres inondés de sang !... »

M. l'avocat-général parcourt tous les détails de cette cause, et soutient avec énergie l'accusation dans toutes ses parties.

M° Renaud-Lebon a présenté la défense de l'accusé. L'avocat a combattu successivement les charges qui s'élevaient contre Dumas-Dupin.
  A l'égard de la première question, l'accusé n'est pas auteur de l’assassinat, dit le défenseur ; nous n'avons que sa déclaration ; il affirme que le crime a été commis en son absence ; il faut l'en croire, car le contraire n'est pas prouvé, et rien ne dément son assertion.
  En ce qui concerne la complicité par assistance, l'accusé est coupable matériellement ; il a participé au fait, mais c'était le résultat nécessaire de sa position ; il n'y a pas cette volonté, cette perversité d'intention qui seules constituent le crime.
  Arrivé à la troisième question, M° Renaud-Lebon soutient que l'accusé n'a enlevé des objets que pour se déguiser, mais non pour voler ; que s'il a participé à la vente, son assistance était toute matérielle et forcée et qu'il n'en partageait pas le produit.

Après cette plaidoirie, pleine d'habileté et de convenance, M. le président demande à l'accusé s'il a quelque chose à ajouter pour sa défense. Oui, répond l'accusé, et aussitôt d'une voix en même temps lente et ferme, il lit un manuscrit qu'il tient à la main. Son débit est énergique et même régulier, bien que légèrement emphatique. Voici la reproduction textuelle de ce curieux factum :

« Messieurs, après des développemens aussi brillans dans le système de l'accusation, après une logique aussi séduisante de la part du ministère public, après, dis-je, les victorieuse réfutations de M. Renaud-Lebon mon avocat, il semble imprudent, présomptueux, peut-être téméraire, d'entrer de nouveau dans la carrière, pour continuer une lutte qui a dû laisser dans vos âmes des souvenirs déchirans ; mais l'affreuse position dans laquelle je me trouve, les égards que je dois à ma famille respectable, l'attachement particulier que je porte à une parente que je chéris plus que moi-même, m'en font un devoir impérieux, et je le remplis avec d'autant pins de confiance, que j'ose espérer, Messieurs, que vous remarquerez dans mes efforts plutôt un sentiment généreux de ma part que celui de ma conservation, que celui de mon existence dont j'ai fait le sacrifice depuis long temps : trop heureux si, succombant plutôt sous le poids de l'opinion publique que sous celui de ma culpabilité, je pouvais adoucir les regrets et la douleur de la famille des malheureuses victimes ! Telle est, Messieurs, l'impulsion bien sincère de mon cœur ; j'invoque, à cet égard, le témoignage muet des personnes de cet auditoire qui me connaissent particulièrement, elles savent qu'au milieu de mes erreurs, mon âme palpite encore au seul souvenir des sentiments vertueux.

» Dans une situation aussi accablante que celle ou je me trouve, n'ayant reçu d'autre instruction que celle que j’ ai pu acquérir dans le tumulte et la vie active des camps , vous ne vous attendez sans doute pas que je vienne avec un entraînement séduisant combattre le système de l'inculpation ; je viens rectifier, développer de nouveau les réfutations qui lui ont été opposées. Dans l'intérêt de la justice, vous daignerez me porter quelque attention, et vous voudrez bien, je l'espère, pardonner à la faiblesse de mes expressions, surtout lorsque vous serez persuadés qu'elles sont franches, sincères, et qu'elles partent d un cœur abreuvé de chagrins, et qui succombe sous le faix des peines physiques et morales.

» Vous retracer ici le rang que je tenais dans la société et dans l'armée avant mes égaremens serait superflu : mon défenseur vous a fait connaître que j'avais à peine la force de supporter le poids des armes, que déjà ma poitrine, brillait de l'étoile des braves. Ces marques de distinction, Messieurs, je les obtins en combattant pour la cause sacrée de la patrie, elles me furent données sur le champ de l'honneur et de la victoire, et certes, j'étais loin de m'attendre qu'un jour j'aurais, en combattant aussi l'accusation d'un effroyable attentat, à entrer dans les détails d'un assemblage de sentimens aussi discordans que ceux qu'on prétend réunis en moi.

» Je ne dois pas me dissimuler, Messieurs, combien les antécédens des condamnations que j'ai subies pour crime de faux, viennent porter la défiance dans vos cœurs, en augmenter les funestes impressions, et diminuer par la même raison cet intérêt bienveillant qui pourrait m'être accordé dans une circonstance et moins pénible et moins affreuse. Comme je l'ai déjà dit lors des premiers débats, je ne chercherai pas à combattre le premier arrêt dont je fus frappé dans cette même enceinte ; j'étais coupable ; mais j'étais digne d'indulgence ; séduit par la funeste beauté d'une jeune femme, je m'abandonnai aveuglément au sentiment, que j'éprouvai auprès d’elle, et je devins criminel en même temps que mon cœur repoussait même l'idée du crime.

» Mais il n'en est pas de même de la condamnation désespérante dont je fus anéanti par la Cour d'assises de Douai. Cette condamnation si peu conforme aux sentimens d'humanité, si peu en harmonie avec l'esprit philosophique du siècle, qui ravit même à l'homme ce sentiment qu’il conserve jusqu'au tombeau; cet arrêt effrayant, ai je peux me servir de cette expression, je ne le dus qu'à ma légèreté, à mon imprévoyance, à cet esprit d'indépendance qui forma dans un âge moins avancé le base de mon caractère moralement indomptable ; je ne le combats pas ici pour jeter une mauvaise impression sur la décision de mes juges, qui furent impassibles comme la loi. Leur sentence fut le résultat de la conviction ; mais cette conviction ne fut à son tour que le résultat de l'impéritie des experts-écrivains, dont je suis loin d'attaquer l'austère probité ; je réfute seulement une science erronée que leur amour-propre regarde comme certaine, comme mathématiquement prouvée, lorsque cependant nous avons des exemples journaliers qu'elle est obscure, indécise, pour ne pas dire quelquefois injuste.

» Me voici arrivé, Messieurs, au moment où ayant affranchi l'esclavage, je me trouve, par les soupçons de M. le sous-préfet de Clermont, par mon arrestation à Saint-Denis, transporté sur une scène de désolation ; mon cœur s'ouvre de douleur, il lui répugne de la retracer, je ne m'en sens pas le courage, et cependant l'impérieuse nécessité exige quelques détails.

» Le ministère public a établi que le nombre des blessures faites aux victimes, la lutte qui s'est engagée entre l'assassin et la jeune épouse, prouvaient d'une manière évidente la coopération de deux meurtriers ; il soutient que cinq on six minutes ne pouvaient suffire pour consommer un aussi effroyable attentat. Mon âme abattue par une pensée aussi affreuse, est cependant obligée de l'adopter puisque j'en ai la triste et douloureuse expérience. Il est cruel, il est inhumain d'être obligé de calculer de sang-froid le temps matériel qu'il a fallu pour arracher la vie à deux jeunes époux ; mais comme je viens de vous le dire, soit que mon absence, que je ne puis calculer d'une manière positive, ait été plus prolongée, soit que le sommeil du malheureux Prudhomme ait contribué par sa non-résistance à l'accomplissement de cette sanglante catastrophe, toujours est-il que je ne me suis jamais écarté de l’exacte vérité.

» Je dois combattre maintenant la déposition des femmes chargées de rendre les tristes et derniers devoirs à la fille de l'infortuné Durn, qui déclarent d'une manière positive qu'on remarquait sur le cou de la victime l'empreinte de cinq doigts d'une main gauche et un coup qui lui avait-fendu la lèvre supérieure. J'aurais d'abord cru que l'attestation des gens de l'art, celle des magistrats surtout, devait embrasser tous les détails d'une scène aussi horrible et aussi affligeante. Il est loin de ma pensée, Messieurs, de révoquer en doute, ce témoignage dont je parle : je l'admets au contraire dans toute son étendue, je le regarde comme sacré, comme conforme à la vérité, parce crue les premiers débats m'ont éclairé, à ce sujet. Mais, Messieurs, que prouve ce témoignage, si non que le perfide Saint-Clair, après avoir, sans peine et sans danger, arraché la vie à la première, victime, aura été surpris par la seconde qui rentrait sans défiance. aura voulu étouffer les cris d'effroi qu'elle jeta, et, tenant l'instrument du crime de la main droite, aura saisi l'infortunée de la gauche, et l'aura frappée par un mouvement de répulsion, comme il a été expliqué, circonstance qu'on peut raisonnablement supposer lui avoir ôté l'usage de ses sens et facilité alors l'accomplissement de ce sanglant dessein.

» M'objectera-t-on, Messieurs, quelles que soient les forces physiques d'un homme, il n'est pas présumable qu'il pût soutenir le poids de l'instrument du crime d'une seule main, ou, pour mieux m'expliquer, s'en servir hostilement ? Je répondrai qu'en adoptant l'idée qu'il le tenait par l'extrémité, la chose était impossible ; que cette arme pesait alors peut-être 50 kilogrammes ; mais si, eu admettant un calcul mécanique , vous adoptez la seule idée raisonnable que sa main était tout-à-fait rapprochée du fer, vous conviendrez alors que cet instrument ne pesait plus qu'environ 5 livres, et que mon système de réfutation, qu'on pouvait d'abord regarder comme improbable, devient maintenant avéré et naturel.

» Par suite de cette réfutation, on m'oppose de n'avoir pas sur-le-champ quitté l’assassin, de ne l'avoir pas dénoncé à la justice... Le pouvais-je, Messieurs ? J'ai été dix ans pour parvenir à rompre mon ban ; je suis condamné aux travaux forcés à perpétuité ; il aurait fallu que je me remisse sous les verrous, car si je n'eusse pas pris ce parti, tout l'odieux de l'inculpation retombait sur moi naturellement. Je me vois compromis, coupable aux yeux de l'aveugle opinion publique ; ma première pensée est d'y échapper. Je suis vêtu d'une veste de chasse à retroussis rouges ; je suis coiffé d'un chapeau de feutre verni, et vous concevrez que l'ensemble de cet habillement était assez ostensible, surtout lorsque vous vous rappellerez que la veille j'avais été arrêté et relâché par la gendarmerie de Saint-Denis.

» Il est donc important que je me déguise ; voilà ce qui m'oblige à prendre une veste et un chapeau sur le lieu même du crime, et vous remarquerez que je choisis ce qu'il y a de plus mauvais. Croyez-vous, Messieurs, qu'il y ait ici un sentiment de cupidité, et que j'eusse voulu participer à un crime aussi affreux pour si peu de chose, en supposant un instant que mon cœur en eût adopté l'idée ? Non, non, et lorsque les journaux ont annoncé que j'avais été arrêté en Italie, chargé de la dépouille des victimes, il est aisé de s'apercevoir qu'ils ont parlé au figuré, et employé la métaphore ; car je défie qu'on puisse raisonnablement évaluer le prix de dette prétendue dépouille à plus de 5 fr. Ainsi ce n'est plus comme, assassin que je suis exposé à perdre la tête, c'est pour m'être approprié, par la force des circonstances, une aussi faible valeur ; mais, dans votre sagesse, Messieurs, vous admettrez cette prévention de droit, que celui-là a commis le crime, à qui le crime est profitable, ce qui, au moment de vos délibérations, exclura tout sentiment cupide de ma part, et n'admettra que l'impérieuse nécessité où je me suis trouvé.

» Je dois aussi, par suite de l'accusation, combattre ce prestige incompréhensible qui m'attacha aux pas de Saint-Clair pendant la journée du 25 et partie de celle du 26. On infère de cette prétendue intimité que j'étais intéressé à l'accompagner partout où il allait. Ah ! sans doute, j'y étais intéressé ; mais cet intérêt n'était ni celui de mon attachement pour lui, ni celui de la cupidité, puisqu'il s'est approprié l'entier produit du crime, montant à plus de 600 fr. Non, non, un sentiment plus pénible, plus entraînant me forçait à ne le quitter qu'au moment de son départ de Paris. Saint-Clair connaissait l'adresse d'une personne que je ne puis vous désigner autrement, sous peine d'associer mon nom flétri à l'être le plus vertueux. Il m'avait proposé, après le crime, d'aller nous réfugier chez elle ; je frémis encore à la seule pensée que si j'avais été assez faible pour suivre ses conseils, j'aurais mis la vertu aux prises avec le crime. Cette idée, pour ne pas en développer une plus affligeante, me força à la prétendue coopération qu'on m'impute ; et certes, si je l'avais quitté avant de l'avoir pour ainsi dire chassé de Paris, je connais assez son caractère entreprenant pour supposer qu'il fût venu me chercher là où sa présence était une profanation ; car il avait besoin de moi pour lui faire le faux ordre avec lequel il obtint son passeport à Nanci.

» Voilà, Messieurs, ma conduite expliquée, et il est même étonnant que je ne me sois pas chargé exclusivement de la vente de tous les effets, dont je lui aurais remis le prix, car sa position était telle, que je ne pouvais rien lui refuser, d'autant plus encore que l'ordre avec lequel s'est opérée cette vente, était collectif.

» Pour jeter plus d'odieux sur ma conduite, le ministère public n'a pas manqué de vous retracer que c'est dans le sein de la prostitution que j'ai été braver momentanément le courroux de la justice, et insulter en quelque sorte aux mânes des malheureuses victimes. Mais encore une fois, Messieurs, où aller pour ne pas conduire un assassin près d'un objet qui m était si cher ? Non, non, ce n'était point des plaisirs fugitifs que je recherchais ; car s'il était possible de soulever le voile qui cacha mes actions dans cette nuit sur laquelle on jette de si funestes impressions, il serait aisé de voir que je voulus me procurer un abri, et non pas des distractions condamnables dans cette circonstance. Et à ce sujet, que vous dit la jeune femme digne sans doute d'un meilleur sort que des dissentions de famille ou peut être la séduction a mise dans une position qui doit nécessairement répugner à son cœur ? Elle vous dit que les momens que j'ai passés près d’elle ont été tranquilles, qu'elle n'a rien remarqué d'extraordinaire en moi ; mais il n'en est pas de. même de la déposition de sa compagne qui a couché avec Saint-Clair : elle déclare, que cet homme a passé la nuit dans une agitation continuelle, qu'il n'a pu prendre un instant de repos, et que si le ruban de la Légion d'Honneur qu'il portait ne l’eût tranquillisée, elle se serait trouvée obligée d'appeler du monde. Voilà, Messieurs, voilà la véritable nuit d'un assassin ! Voila l'effet des reproches de sa conscience ; et quoique souvent le crime soit sans repentir, il n'est jamais sans remords ! Vous remarquerez ces preuves physiques et morales ; elles seules suffiraient pour fixer votre, conviction, quand bien même les autres antécédens, en écartant toute criminalité de ma part, ne viendraient encore ajouter à la force de votre décision.

» Quelle que soit cette décision, Messieurs, et de quel côté que je porte mes regards, je suis environné de tombeaux !... Au-dessus de moi, je vois le glaive sanglant de la justice qui n'est plus retenu que par un fil, et prêt à tomber sur ma tête ; au-dessous de moi, la mort, le néant, l'inertie, le rien absolu ; autour de moi, le bruit, le tumulte de l'opinion publique, l'affreuse Vengeance, un bandeau sur les yeux et un poignard à la main, qui cherche à me frapper de son fer homicide. Il importe fort peu à cette Euménide de verser le sang d'un frère ou celui d'un meurtrier : il faut qu'elle assouvisse sa rage ; mais, dans son aveuglement, elle voit, elle sent que je combat sur le terrain des lumières, de la sagesse, de l’impartialité. Semblable alors à une furie, elle rentre dans son antre abominable et y avoue son impuissance.

» Par suite de ce même système, je ne vois devant moi qu'une condamnation perpétuelle, une longue, une douloureuse et éternelle agonie ; derrière moi, le chagrin que l'aveugle attachement pour une femme, qui est la cause innocente de tous mes malheurs, m'ait fait quitter une carrière brillante qui m'ouvrait les portes des honneurs et de la fortune ; enfin au-dedans de moi le regret amer de l'opprobre dont je couvre ceux qui me sont chers, et le désespoir de mourir peut-être sans voir tomber la tête de l'assassin !...

» Je le vois, sur une terre étrangère, promenant son front audacieux, insultant à mon malheur, et bravant le courroux de la justice ; je me le figure au milieu d’une armée de braves cherchant non pas a s’illustrer, mais à se perdre dans la foule. La Providence, Messieurs, ne permettra pas qu’il soit frappé ni par le fer, ni par le feu de l’ennemi ; il tient encoure à sa patrie : il y rentrera un jour…
Quel mot ai-je prononcé ! Non, jamais son cœur pervers ne brûla de ce feu sacré ; mais il tient aux plaisirs fictifs de cette capitale : il y reviendra, dis-je, je vous le prédis. Vous le verrez un jour à ma place, sur ce même banc ; il y entendra sa sentence, et alors, seulement alors, le sang innocent sera vengé !

» Depuis longtemps, Messieurs, vos âmes sont en suspens ; elles flottent dans une cruelle incertitude ; d'un côté, vous craignez qu'un meurtrier vous échappe ; de l'autre vous craignez de frapper l'innocent ; c'est dans l'ombre de la solitude, dans vos consciences généreuses que vous puiserez les lumières qui vous sont nécessaires. N'oubliez point surtout de vous faire intérieurement cette question : Ai-je bien la conviction que l'accusé est un assassin ; ses antécédens nous le représentent-ils comme un homme de sang ? N'a-t-il pas pu être trompé par l'auteur même du crime ? Sa conduite équivoque depuis ce fatal événement n'est-elle pas la conséquence de la position même dans laquelle il se trouvait, et n’a-t- il pas dû entrer malgré lui dans le système effroyable de l’assassin, le ménager même jusqu'au dernier moment pour éviter des catastrophes à des personnes que l'accusé chérissait ?

» Après avoir mûrement réfléchi dans ce sens, vous ne vous laisserez pas tromper, Messieurs, par la question subsidiaire qu'on vous soumet, et qui est relative au recel d'objets volés après le crime. Cette question, résolue affirmativement, emporte la peine capitale ; il vous sera aisé de remarquer que, par un principe de justice et dans l'intérêt de l’accusation, elle a dû être posée, et c'est en résumant, pour ainsi dire, les débats, que vous verrez que c'est en quelque sorte le retranchement à l'abri duquel le ministère public soutient cette accusation. Mais avant de délibérer sur cet objet, vous vous poserez vous-mêmes la question intentionnelle, de savoir si, en laissant au perfide Saint-Clair tout le produit du crime, j'ai eu autre chose en vue, en emportant des effets évalués 5 fr., que de veiller à ma conservation personnelle ; car je dis que Saint-Clair a eu tout le produit du crime, puisque les débats vous ont appris qu'après les efforts de ma famille je suis obligé de traverser à pied les montagnes de la Savoie, de faire, une traite à Turin payable à Paris, n'ayant pas de quoi me rendre à Milan, et enfin, au moment de mon arrestation dans cette ville, j'étais aux expédiens, puisque je devais 25 fr. dans mon hôtel, qui n'ont pu être payés qu'après mon emprisonnement et avec les secours qui m'ont été adressés en Italie.

» Messieurs les jurés, vous connaissez maintenant mon âme tout entière ; vous savez le rôle forcé que j'ai dû jouer dans cet horrible drame. C'est mon sang que l'accusation vous demande ; et moi, c'est une mort perpétuelle que je réclame : le Ciel sait pourquoi j'ambitionne une si douloureuse agonie ! »


M. le président déclare que les débats sont fermés, et présente son résumé avec la plus scrupuleuse impartialité. Après trois quarts d'heure de délibération, le jury a répondu affirmativement sur toutes les questions ; en conséquence, l'accusé a été condamné à la peine de mort. Il a entendu l'arrêt avec l'apparence de la plus complète impassibilité, et sans proférer une seule parole.

Gazette des Tribunaux, 1er novembre 1929
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