La Veuve

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 Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860

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Adelayde
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MessageSujet: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Mar 2 Mai 2017 - 17:35

ANTOINE DESCHAMP, JEAN-FRANÇOIS CHRÉTIEN, JEAN JOANNON

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LES FAITS

Antoine Déchamps, Jean-François Chrétien et Jean Joanon - 47 ans, tailleur de pierres, 44 ans, tailleur de pierres et 33 ans, orfèvre, sans emploi.

Poignardèrent et égorgèrent à coups de couteau et de doloire Marie Desfarges, veuve Gayet, 37 ans, sa fille Pierrette, 13 ans, et assommèrent à coups de pierre la mère de Marie, la veuve Desfarges, 72 ans, le 14 octobre 1859, au hameau du Canton-Charmant, à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or. Marie et Pierrette furent également violées - jamais on ne sut exactement par qui - avant que les assassins ne pillent la maison. Joanon était un voisin, qui avait courtisé Marie mais avait essuyé un refus ; la belle-mère de Chrétien était la tante de Marie ; Déchamps était son cousin germain.

Condamnation : 13 juillet 1860 à Lyon ;
Exécution : mardi 14 août 1860, 6h45, 6h50, 6h55 à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or (Rhône).

Antoinette Pernoux, épouse Chrétien, coupable de recel, fut condamnée à six ans de prison. Marie Viard, épouse Déchamps, est acquittée.

Prévenus à minuit passé dans les prisons de Lyon. Joanon ne dormait pas : "S'il faut mourir, nous mourrons... autant plus tôt que plus tard." Chrétien dit : "C'est donc aujourd'hui..."

Les trois hommes sont conduits dans une geôle pour revêtir la camisole et être déferrés. Joanon voudrait faire des remarques, mais l'aumônier lui conseille de songer plutôt au salut de son âme. Les trois hommes s'embrassent, se pardonnent, entendent la messe et communient.

Revenus en cellule, prennent une tasse de café, un demi-verre de vin blanc et grignotent un biscuit. Pris de nausée, Déchamps vomit. Joanon, revenant sur son pardon, l'attaque : "C'est le remords d'avoir commis le crime qui le rend malade ! Je ne donnerais pas ma part au ciel contre la tienne !" Lui et Déchamps s'engueulent, jusqu'à ce que les aumôniers et les gardiens s'interposent.

A 3h, le juge d'instruction et le greffier viennent entendre les déclarations : Joanon affirme son innocence, de même que Chrétien. Déchamps, lui, dit que ce n'est qu'après sa mort qu'on connaîtra la vérité, et demande à être inhumé à Saint-Cyr. Joanon part dans un délire, affirmant que l'empereur viendra les voir pour les gracier.

Des religieuses viennent leur offrir prises de tabac et verres d'eau sucrée. Déchamps rend à nouveau.

A cinq heures, les exécuteurs de Lyon, Riom et Grenoble viennent saisir les trois condamnés. Pendant la toilette, Déchamps pleure : "Mon Dieu ! Quel malheur ! Mon enfant ! Moi, mourir innocent !" Chrétien se tait, Joanon parle sans que quiconque ne lui réponde.

A bord d'une voiture cellulaire, gagnent Saint-Cyr. Sur la place neuve des Quatre-Chemins, Déchamps remarque : "Il y a plus de monde qu'à la vogue". Il y a environ 50.000 personnes présentes.

Déchamps descend le premier, embrasse crucifix et prêtre en regardant la guillotine, et pleure : "Adieu, mes parents ! Adieu mes amis ! Adieu ma femme, mon enfant, mes frères, mes sœurs ! Adieu !" Dans le public, des femmes perdent connaissance. Chrétien le suit, grimpant les marches avec calme et fermeté. Enfin, Joanon, pâle et gémissant, apparaît sur l'échafaud à son tour et crie : "J'ai la conscience en paix ! Je demande pardon à Dieu et aux hommes de tous le mal que j'ai fait. Je pardonne tout ! Bientôt, la vérité se fera connaître !"

Source - le site de Nemo / Sylvain Larue :

http://laveuveguillotine.pagesperso-orange.fr/Palmares1832_1870.html
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Hondelatte raconte - Le triple assassinat des dames Gayet :

http://www.europe1.fr/emissions/hondelatte-raconte/hondelatte-raconte-2948690

Bonne écoute.



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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Ven 5 Mai 2017 - 17:03

LES VISAGES DES VIOLEURS ASSASSINS













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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Sam 6 Mai 2017 - 17:17

Cour d'Assises du Rhône
Audience du 7 juin
Affaire de Saint-Cyr au Mont-d'Or - Assassinat — Horribles détails

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L' affluence de curieux est considérable . La salle peut à peine suffire aux assistans qui , depuis plusieurs mois , obsèdent les magistrats de leurs sollicitations . M. le procureur général Gaulot occupe le siège du ministère public . Voici l' acte d' accusation :

La famille Gayet habitait , sur la commune de Saint-Cyr au Mont-d'Or , une maison située à 500 mètres environ du village , dans la section dite canton des Charmantes . Cette habitation n' est point isolée , elle est adossée à celle du sieur Benay , à peu de distance des bâtimens des époux Ponson . Son entrée principale est sur la route de Saint-Cyr à Poleymieux , par un grand portail qui donne accès dans une cour .
Un escalier conduit à une galerie couverte qui sert de vestibule , deux portes ouvrent sur la galerie ; au levant celle de la cuisine , au midi celle de la chambre à coucher . Ces deux pièces occupant tout le premier étage , composaient le logement des dames Gayet .
L' habitation est entourée d' un verger attenant à la cour ; il est clos de murs d' une hauteur moyenne de deux mètres ; mais dans quelques endroits la muraille est dégradée .

La famille Gayet se composait de trois femmes : Marie Robier , veuve Desfarges , âgée de soixante-dix ans ; sa fille Jeanne-Marie Desfarges , veuve Gayet , qui avait à peu près trente huit ans , et Pierrette Gayet , fille de la précédente , jeune enfant à peine parvenue à sa treizième année . Ces dames vivaient ensemble , s' occupant en commun de la culture de leurs champs .

Leur fortune était considérable , eu égard à leur condition , elles possédaient entre elles trois plus de 64,000 fr. , et sur cette somme leur actif mobilier , sans y comprendre les bijoux et l' argent comptant , figurait pour plus de 32,000 fr. Elles passaient pour plus riches encore , et comme elles faisaient peu de dépenses , on supposait qu' elles avaient toujours de l' argent dans leur domicile.

Elles se servaient de journaliers pour cultiver leurs terres ; mais aucun domestique ne couchait chez elles , aucun homme ne les fréquentait , elles recevaient même peu de personnes dans leur intimité . Aussi réservées dans leur langage que dans leurs relations , elles parlaient rarement de leurs affaires . Pierrette Gayet seule trahissait parfois en jouant avec ses jeunes compagnes les secrets et les préoccupations de la famille .

Leur existence était laborieuse , leurs mœurs régulières , leur piété sincère , l' économie ne les empêchait point d' être bienfaisantes et charitables , aussi avaient-elles l' estime et l' affection de tout leur voisinage .

Jeanne-Marie Desfarges , veuve depuis douze ans environ du sieur Claude Gayet , loin de rechercher un second mariage , avait refusé plusieurs partis avantageux ; elle ne voulait pas , disait-elle , nuire aux intérêts de sa fille , elle tenait à se consacrer tout entière à son éducation .

Pierrette Gayet était digne de ce dévoûment ; les soins affectueux de sa mère et de son aïeule , joints aux pieux enseignemens qu' elle recevait dans le pensionnat des religieuses de St-Joseph , avaient développé ses qualités naturelles . L' aménité et la gaité de son caractère , la vivacité de son intelligence , que relevaient la douceur et la régularité de ses traits , lui avaient attiré l' attachement de ses maîtresses et de ses compagnes .

Le vendredi 14 octobre 1859 , on vit les dames Gayet se livrer à leurs travaux habituels . Le lendemain 15 , leur maison resta fermée tout le jour ; plusieurs personnes frappèrent inutilement à leur portail , on supposa qu' elles s' étaient rendues à Collonges.

Cependant le dimanche 16 octobre , leur absence se prolongeant , l' inquiétude s' accrut et le sieur Benay , leur voisin , voulut regarder , à l' aide d' une échelle , dans l' intérieur de leur chambre à coucher , par la fenêtre dont les volets n' étaient pas fermés . Leurs trois lits n' étaient pas défaits , les armoires étaient ouvertes , et ce qu' elles renfermaient dans un grand désordre ; il n' était plus possible d' avoir des doutes , un crime avait été commis.

Le portail de la cour et celui du verger se trouvant fermés en dedans , on franchit le mur de clôture vers le portail du verger ; les sieurs Benay , Pays et Bernard se rendirent à la cuisine , dont ils trouvèrent la porte fermée au loquet seulement.

Quel spectacle les attendait !... Trois cadavres sanglans et défigurés étendus les uns près des autres dans une grande mare de sang !

Les magistrats furent immédiatement informés ; à leur arrivée , rien n' avait été changé ni dans l' état des lieux , ni dans la position des victimes.

Elles portaient leurs vêtemens journaliers : la veuve Desfarges , étendue près de la fenêtre , la face contre terre , avait les jambes croisées .

La veuve Gayet et Pierrette étaient couchées sur le dos , les jambes écartées .

En avant de la cheminée , une petite table était encore chargée des débris d' un repas , composés de peaux de châtaignes ; il y avait deux bouteilles et des assiettes.

Deux vases en bois remplis d' une eau sanguinolente , une serviette froissée et sur laquelle des mains sanglantes avaient laissé des taches de sang , indiquaient que les meurtriers s' étaient lavés après le crime .

Plus tard , on découvrit au fond de l' un de ces vases un caillou pesant 700 grammes d' une forme allongée , facile à saisir avec la main pour s' en servir comme d' un instrument contondant.

Lorsque cette pierre fut retirée du seau , un cheveu blanc était encore adhérent à ses parois.

On trouva également dans un tonneau plein de blé , entreposé dans la cuisine , un couteau de campagne assez tranchant , à lame pointue ; il y avait été enfoncé tout ouvert et sanglant . Quand on le retira , il était encore teint de sang ; les doigts du meurtrier restaient empreints sur le manche.

La lampe des dames Gayet avait été portée et laissée dans leur chambre à coucher ; les armoires étaient ouvertes ; on les avait fouillées , mais on n' y voyait nulle part des taches de sang.

Les dames Gayet possédaient de l' argent , des montres , des bijoux , tout avait disparu.

On constata sur le mur de clôture , vers le puits , les traces d' une escalade récente.

Le docteur Gromier fut chargé d' examiner les blessures et l' état des cadavres.

La veuve Desfarges avait quatre plaies par contusion ; vers la tempe gauche ; le crâne était brisé , les cervelles comprimées , on pouvait , par la fracture , introduire le doigt dans l' intérieur de la tête .

Pierrette Gayet présentait une plaie contuse , avec détachement de l' ongle du pouce de la main gauche ; une autre plaie pénétrante à bords francs , de trois centimètres et demi de largeur vers le sein gauche , l' arme s' était enfoncée dans la région du cœur .

Jeanne-Marie Desfarges , veuve Gayet , avait été frappée de deux coups de couteau , l' un au-dessus du sein droit , l' autre vers le sein gauche ; la lame était entrée profondément dans la poitrine à la partie antérieure de l' oreille droite existait une plaie avec lésion de l' artère temporale . Sur le côté gauche de la poitrine ainsi que vers la clavicule du même côté , on voyait des plaques parcheminées.

La veuve Desfarges et Pierrette Gayet portaient , en outre , au tour du cou , des blessures profondes , produites par des coups répétés d' un instrument tranchant comme une hache . Le fer , après avoir atteint les artères , détruit les parties charnues , avait fortement endommagé la troisième vertèbre cervicale . L' æsophage , se trouvant compris dans la section , avait laissé échapper les alimens du repas du soir . Ces alimens , composés en grande partie de pulpes de châtaignes , n' avaient encore subi aucun travail de digestion.

Le docteur constata que ces deux victimes avaient été frappées au cou par le même instrument et avec un acharnement égal.

Ces dernières blessures n' existaient pas chez la veuve Gayet , mais à leurs places on trouvait les traces d' une strangulation opérée à l' aide d' une surface large et dure , comme un genou violemment appliqué sur le col.

Le médecin put attester que le même couteau n' avait pas produit chez la veuve Gayet et chez Pierrette les plaies pénétrantes dans la poitrine.

Après la constatation de tant de blessures , l' homme de l' art eut encore à signaler à la justice un crime nouveau , plus révoltant , s' il est possible , que les autres.

Les meurtriers avaient assouvi leur brutale passion sur la veuve Gayet et sur sa fille à peine adolescente . Il n' est malheureusement pas permis de douter d' une telle souillure , les deux cadavres portaient les traces non équivoques d' un viol récent ; elles ont été consignées en détail dans un rapport du médecin , joint aux pièces de la procédure.

Le jour et l' heure du crime sont faciles à préciser . A partir du vendredi soir 14 octobre , on n' a pas revu les dames Gayet , elles ont été surprises par la mort au moment où elles achevaient leur repas du soir ; car elles avaient l' habitude de souper entre six heures et demie et sept heures et demie. Après le repas , elles faisaient leur prière en commun , puis elles se couchaient.

Ici l' acte d' accusation donne les détails des premières investigations de la justice , et rapporte ainsi les aveux d' un des accusés , Jean-François Chrétien :

Le 3 avril , ayant demandé à reparaître devant M. le juge d' instruction , il a laissé échapper des aveux . Après s' être accusé lui-même , il a révélé la part de chacun de ses complices dans le crime , en éclairant quelques détails qui restaient encore dans l' obscurité.

La première idée du meurtre a été inspirée à Joannon par le désir de se venger des refus de la veuve Gayet. Il a d' abord communiqué son dessein à Antoine Deschamp , en lui faisant entrevoir que la mort de ces femmes lui ouvrirait des droits à leurs successions. C' est par Deschamp qu' il a fait provoquer ensuite le concours de Chrétien , en faisant luire à ses yeux le même espoir d' héritage. C' est quinze jours avant le crime seulement que Deschamp a transmis ces propositions à Chrétien . Celui-ci les ayant acceptées , il fut arrêté que Joannon choisirait le jour propice.

Le 14 octobre , avant six heures du soir , Chrétien revenait de la carrière de Bachelu , lorsqu' il vit Deschamp venir à sa rencontre pour lui annoncer que le moment était arrive. Ils se rendirent aussitôt sur la terre des Mûriers , où Joannon , déjà en surveillance , les attendait. Il leur annonça que les dames Gayet étaient seules et réunies dans leur cuisine. Chrétien s' arma du caillou qui a été retrouvé plus tard dans le seau . Joannon distribua les rôles . Deschamp devait frapper la jeune fille , Chrétien la veuve Desfarges , Joannon se réserva la veuve Gayet , et se chargea de donner le signal par ce mot : « Allons ! »

Il était près de sept heures , l' orage éclatait dans toute sa fureur , le tonnerre grondait , le vent et la pluie qui tombait sur les feuilles des arbres faisaient un grand bruit.
Ils se dirigèrent tous les trois , Joannon à leur tête , vers la maison Gayet ; ils escaladèrent le mur vers le puits , et pénétrèrent ensemble dans la cuisine . Ils y trouvèrent les dames Gayet réunies , auxquelles ils demandèrent un asile contre le mauvais temps . Ces dames , sans défiance , se levèrent pour leur céder leurs sièges.

Après quelques minutes de conversation , Joannon donna le signal convenu , et chacun se jeta aussitôt sur sa victime. Du premier coup , Chrétien abattit la veuve Desfarges à ses pieds ; Pierrette Gayet s' affaissa sans résistance sous le couteau de Deschamp ; elle ne poussa qu' un seul cri.

La veuve Gayet seule essaya de se défendre en luttant contre Joannon ; elle parvint à saisir , sous l' armoire , une petite hache ou doloire , la même qui a été retrouvée dans le puits de Deschamp , mais elle ne put en faire usage .

Deschamp la lui arracha des mains , et tandis que déjà accablée de coups elle soutenait un reste de lutte contre son meurtrier , Deschamp se servait de la hache pour frapper encore la veuve Desfarges et Pierrette Gayet étendues dans le sang.

Aussitôt que la veuve Gayet fut abattue , Joannon se précipita sur elle et assouvit sa passion. Deschamp se livra au même attentat sur Pierrette Gayet. Elles ne pouvaient plus crier ni se défendre , dit Chrétien , mais elles remuaient , elles étaient palpitantes , il semblait qu' elles n' avaient pas encore cessé de vivre.

Après ces crimes ils se lavèrent les mains , puis ils entrèrent dans la chambre à coucher. Deschamp portait la lampe , ils visitèrent la commode et les armoires. Chrétien convient que c' est alors qu' il a pris les deux montres , il ne convient pas qu' il a pris également la bourse en perles avec les treize cent quatre-vingts francs en or ; il suppose que Joannon et Deschamp ont soustrait de l' argent ; il a vu Deschamp s' emparer de la boîte qui contenait les bijoux des dames Gayet.

Après le vol les meurtriers se retirèrent comme ils étaient venus ; ils se séparèrent dans la terre des Mûriers ;. Joannon et Deschamp s' en furent ensemble , l' autre se hâta de rentrer chez lui.

Après ces aveux , qui ne sont pas complets , Chrétien se retira du cabinet de M. le juge d' instruction plus calme et comme soulagé , car il dit à ses gardiens : « Je me suis peut-être perdu , mais c' est égal , je me sens la conscience plus tranquille. » Il a répété ses aveux plusieurs fois , devant sa femme d' abord , puis devant ses deux complices.

Antoine Deschamp lui a opposé de vives dénégations.

Quant à Joannon , pour faire connaître son attitude et ses étranges paroles pendant cette confrontation , il faut transcrire ici eu entier le procès-verbal de M. le juge d' instruction après leur première confrontation.

Il prétend qu' il n' a pas vu Chrétien ; il demande qu' on le remette en sa présence : Chrétien est ramené devant lui à plusieurs reprises ; tantôt il soutient qu' il ne connaît pas cet homme , qu' il lui parle pour la première fois , tantôt il demande à être seul avec lui pendant une heure , en promettant que si on leur permet de boire ensemble il l' aura bientôt confessé et fait changer de langage ; tantôt il cherche à le séduire en lui faisant espérer qu' il aura soin de sa femme et de ses enfans , en lui parlant de la richesse de sa propre famille , en lui disant qu' il s' attache à lui comme à un frère , et qu' il . veut lui rendre tous les services possibles.

Chrétien ne se laisse pas ébranler ; il rappelle à son complice , une à une , toutes les circonstances de leur crime ; alors Joannon l' injurie en le traitant d' hypocrite , de possédé ; en l' accusant de dissimuler son crime , de cacher ses véritables complices pour sauver ses amis , ses parens ou son fils. Puis , changeant brusquement de ton , il redevient doux et suppliant ; il dit à Chrétien qu' il lui porte de l' intérêt , qu' il ne le croit pas méchant , il l' en gage à devenir plus raisonnable ; il lui parle encore de l' argent dont il peut lui-même disposer , des soins qu' il donnera à sa femme et à ses enfans , si , de son côté , il fait des aveux comme il doit les faire , tandis que , s' il lui fait donner la mort , il ne pourra rien pour eux.

L' accusation croit inutile de rappeler combien les révélations de Chrétien concordent avec les constatations relevées sur les lieux où le crime s' est accompli , sur les trois cadavres des victimes et avec tous les faits établis par l' instruction.

En conséquence , Jean Joannon , Antoine Deschamp , Jean-Francois Chrétien , sont accusés :

1° De vols commis la nuit dans une maison habitée , avec escalade , violence , armes cachées ou apparentes ;
2° De deux viols , dont l' un , commis sur une jeune fille de moins de quinze ans ;
3° De trois assassinats commis sur les trois dames Desfarge et Gayet ;

4° Sont accusés de complicité dans les vols commis :
- Marie Viard , femme Deschamp ;
- Antoinette Pernoux , femme Chrétien.


Journal du Loiret, n° 136 du 9 juin 1860



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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Lun 8 Mai 2017 - 14:42

Cour d’Assises du Rhône
Affaire de Saint-Cyr au Mont-d’Or — Assassinat — Horribles détails
Audience du7 juin
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M. le président procède à l' interrogatoire des accusés.

Jean Joannon est un homme de trente-trois ans ; il est né à Lyon ; il était cultivateur et propriétaire à Saint-Cyr. Il a , comme nous l' avons dit , une physionomie assez fine : il a deux petites excroissances au front ; ses favoris sont coupés avec élégance , aussi bien que ses moustaches et sa mouche. On remarque que le dessous de ses yeux est fort enflé. Joannon a une mise recherchée.

Deschamps a la mise d' un paysan ; il porte un collier de barbe ; il a des boucles d' oreilles ; il déclare avoir quarante-sept ans. Sa figure n' offre rien de bien remarquable ; ses yeux sont injectés de sang. C' est un homme d' une grande vigueur . Il était cultivateur et propriétaire.

Chrétien , au lieu d' être à la suite des accusés , est derrière , presque caché au second rang. C' est un tailleur de pierres , âgé de quarante-cinq ans.

La femme Deschamps , Marie Viard , journalière , est âgée de quarante ans , et Antoinette Pernoux , femme Chrétien , a quarante-neuf ans ; elles n' ont rien de saillant dans leur physionomie . La femme Deschamps sanglote et tient sa figure cachée dans son mouchoir.

M. le président donne l' ordre de faire sortir les accusés , excepté Chrétien. (Mouvement de curiosité)


Interrogatoire de Chrétien

M. le président. Vous avez fait des aveux pendant l' instruction qui ont été constatés dans l' acte d' accusation que vous venez d' entendre. Y persistez - vous ? R. Oui , monsieur ; je les réitère.

D. Répétez-les à MM. les jurés. (Profond silence). R. Deschamps me parla quinze jours environ avant le crime de ce qu' il fallait faire.

D. Joannon ne vous parla -t -il pas du crime à commettre ? R. Non , monsieur , ce fut Deschamps. Il me dit que Joannon , n' ayant pas pu épouser la veuve Gayet , voulait s' en défaire , et Deschamps me demanda si je ne voulais pas lui donner un coup de main. (Sensation). Il ajouta que nous hériterions ensuite.

D. Que répondîtes -vous ? R. Je répondis que je ne voulais pas prendre part à ce crime , mais le soir du 14 octobre j' étais sur le chemin ; je venais des latrines et Deschamps qui vint à passer m' entraîna vers la demeure des dames Gayet. Là nous trouvâmes Joannon qui regardait par un trou , et qui dit : Elles sont seules , nous pouvons entrer.

D. Mais Deschamps ne vous avait -il pas dit : Prends-tu quelque chose ? R. Il m' avait dit : Tu ne prends pas quelque chose pour tuer ?

D. Hé bien ! que prîtes-vous ? L' accusé (après un peu d' hésitation), j' ai pris alors un caillou.

D. Que vous dit Joannon avant d' entrer ? R. Il nous dit : « Je prendrai Marie Gayet ; toi , Deschamps , tu prendras la petite Pierrette , et toi , Chrétien , tu tomberas sur la veuve Desfarges. » Ayant pénétré dans la maison , ces dames nous reçurent bien et nous firent asseoir. Un moment après , au signal donné par Joannon , nous leur sommes tombés dessus.

D. Qu' a dit la femme Desfarges quand vous vous l' avez frappée ? R. Rien ; elle est tombée après que je l' eus frappée d' une seul coup à la tête.

D. D' un seul coup ? Les procès-verbaux constatent qu' elle en a reçu plusieurs. R. Je n' ai frappé qu' un coup.

D. Et Pierrette , qui l' a frappée ? R. Deschamps tomba dessus en la frappant d' un coup de couteau.

D. Prononça-t-elle quelques paroles ? R. Elle ne fit qu' un cri.

D. Et la femme Gayet , qui était la plus forte , qui l' a tuée ? R. C' est Joannon qui est tombé sur elle à coups de couteau. Elle prit une hache sous le garde-manger , et Deschamps la lui arracha des mains.

D. Etait-elle debout quand Deschamps l' a désarmée où était-elle renversée ? R. Elle n' était pas encore par terre , Joannon lui a donné plusieurs coups de couteau.

D. Et ensuite que s' est -il passé ? (L' accusé garde le silence.) Chrétien : Eh Bien ! monsieur , on les a violées. (Marques d' horreur.)

D. Qui a commencé ? R. Joannon pour la Veuve Gayet et Deschamps pour la petite Pierrette.

D. Etaient elles vivantes ? R. La veuve Gayet bougeait encore , mais la petite Pierrette non.

D. Et vous, qu' avez -vous fait ? R. Je me suis retiré dans les galeries.

D. On s' est lavé les mains après les assassinats ? R. Pas moi , je n' avais pas de sang aux mains.

L' accusé raconte ensuite les détails relatifs au vol accompli dans ce même domicile où ils venaient de verser le sang de ces trois malheureuses femmes. Chrétien persiste à dire que ses aveux sont l' expression de la vérité la plus sincère.

M. le président l' interroge ensuite sur l' argent et les montres appartenant aux dames Gayet , qui ont été trouvées chez lui. M. le président en conclut que si l' accusé Chrétien a fait des aveux , c' est qu' il s' est senti pressé par l' évidence qui ressortait de la présence des objets découverts chez lui.


Interrogatoire de Joannon

Aux premières questions de M. le président , l' accusé Jean Joannon répond qu' il est âgé de 33 ans , qu' il ne connaissait pas Chrétien et qu' il n' avait eu que de très-rares rapports avec son co-accusé Deschamps.

M. le président : Les renseignemens que je recueille sur vous dans les pièces de la procédure sont détestables ; on vous y dépeint sous de tristes couleurs ; vous passez pour un homme méchant , d' un caractère dissimulé , de mœurs dissolues. L' accusé : Mais , M. le président , est-ce que je suis un homme méchant ? Voyez - moi. Ce sont des bavardages des gens de St-Cyr , et voilà tout. On ne peut pas me sentir dans ce pays. Je suis innocent comme l' enfant qui vient de naître.

D. Vous poursuiviez de vos obsessions très-vives la dame Marie Gayet. R. Non , monsieur , il y avait quatre ans que je ne lui parlais plus de rien.

D. L' accusation vous désigne comme ayant eu des relations adultères avec la femme Deschamps. R. C' est faux , je n' ai jamais eu de relations avec cette femme.

D. Vous avez demandé la femme Marie Gayet en mariage ? R. Oui , monsieur , il y a quatre ans. Je lui en ai d' abord parlé moi-même , puis j' en ai chargé la femme Bouchard. Je lui disais : Tâchez donc de la décider. Mais elle répondit qu' elle ne voulait pas se marier.

D. Depuis , ne lui avez - vous plus reparlé mariage ? R. Non , monsieur.

D. Cependant vous l' avez dit au juge de paix. R. Monsieur , cela n' est pas ! Souvent j' ai dit des choses que je ne réfléchissais pas bien : on m' a retourné de tant de manières !

D. N' avez vous pas dit à Delaroche : Celui qui a fait la chose est un fameux scélérat ! Si elle m' avait épousé , cela ne serait pas arrivé ? R. Je n' ai pas dit ces paroles qu' on me prête ; ils ont retourné la chose.

D. Vous continuiez toujours à rechercher Marie Gayet en mariage ; bien plus , vous avez fait des tentatives sur elle. R. Je les respectais trop , ces braves femmes : elles étaient très-sages et très-pieuses.

D. Cependant vous ne la respectiez guère dans vos propos ? Vous avez bien confié à un témoin qu' un jour d' orage vous vous étiez réfugié avec Marie Gayet sous une petite cabane. Mais , avez-vous ajouté , elle est bien plus forte que moi ; elle m' a égratigné la figure. M. le président lui rappelle ce soir où la femme Delorme le surprit derrière la chaise de la veuve Gayet , et celle-ci ayant les cheveux un peu en désordre.
Joannon oppose le même système de dénégation à ce fait.

D. Mais les femmes qui ont été assassinées , ces pauvres malheureuses elles-mêmes déposent contre vous et ce sont elles qui ont fait connaître la terreur que vous leur inspiriez. Elles ne cessaient de manifester ces craintes ; surtout la jeune Pierrette , dont les déclarations étaient formelles à cet égard. Vous entendrez les personnes auxquelles cette malheureuse jeune fille faisait là dessus ses confidences. R. Mais ce sont des histoires , des bavardages . Je suis innocent comme l' enfant qui vient de naître. (Mouvement)

D. Les femmes Gayet étaient si peu rassurées à votre égard que Pierrette dit un jour à sa mère : On dit que tu vas te marier avec Joannon ; et comme la mère déclarait qu' il n' en était rien. Tant mieux , reprit  Pierrette , car il vaudrait autant te mettre une pierre au cou et te jeter à la rivière. R. Ah ! c' est un complot bien monté contre moi. Cependant je suis innocent comme l' enfant qui vient de naître (mouvement de fatigue).

D. Puisque vous avez proclamé tant de fois votre innocence , comment expliquez-vous que Chrétien porte cette terrible accusation contre vous ? R. Chrétien est un scélérat ! Si je perds la vie , il en sera cause. Il n' a parlé ainsi que pour diminuer son crime , et parce que M. le procureur impérial lui a promis sa grâce.

D. Mais personne n' a le droit de promettre une grâce. R. M. le procureur impérial le lui a promis ; je l' ai entendu de mes propres oreilles.

D. Mais pourquoi , encore une fois , Chrétien vous accuserai -il ? R. C' est un misérable , il veut cacher sa faute. Il n' en a dit que la moitié , on lui a promis qu' on ne ferait pas tomber sa tète (Agitation)

M. le président rend compte d' une manière fort précise à l' accusé des dénonciations que Chrétien a renouvelées tout à l' heure à l' audience.
Joannon nie tout. Il ne connaît pas même celui qui l' accuse ; il se présente comme la victime d' un complot mystérieux.

D. Mais quand on vous a confronté avec cet homme qui lançait contre vous une accusation sanglante , au lieu de cette colère , de cette indignation que vous auriez dû faire paraître , vous lui avez parlé d' un ton affectueux , le qualifiant du nom de frère. R. C' était parce que je voulais lui faire faire une bonne confession. (On rit).

M. le président
: Chrétien , ce que vous avez déclaré , était-ce vrai ? Chrétien : C' était la vérité. C' est lui qui nous a entraînés.

M. le président : Qui Joannon voulait-il atteindre ? Chrétien : La femme Gayet , qui n' avait pas voulu l' épouser.

D. Est -ce lui qui a distribué les rôles pour accomplir le meurtre ? R. Oui , monsieur.

Joannon : Eh bien ! Chrétien est un double criminel ! Tout ce qu' il dit est faux (se tournant du côté de Chrétien) : Chrétien , vous avez une bonne mort à faire ; vous devriez dire la vérité et non pas accuser les innocens. Vous paraîtrez bientôt devant Dieu.

Chrétien (d' une voix brève) : Je suis prêt. (Sensation.)

Joannon Eh bien ! si je meurs , je mourrai martyr . (Agitation.)

L' audience est suspendue. Les deux accusés restent exposés à la curiosité des assistans. On a remarqué la vigueur opiniâtre avec laquelle Joannon a soutenu un interrogatoire de deux heures et demie.


Interrogatoire de Deschamps.

A la reprise de l' audience , M. le président donne l' ordre d' introduire Deschamps . Cet accusé parait en proie à une vive émotion.

D. D' après une pièce de l' instruction , vous auriez commis , avant l' assassinat du 14 octobre , un vol chez les dames Gayet. C' est Marie Gayet qui l' a confié à un témoin qui en déposera. R. Je n' ai pas connaissance de ce vol et encore moins en suis-je coupable.

D. Comment vous êtes-vous mis en relation avec Joannon et Chrétien ? R. Je n' ai eu aucune relation avec eux.

D. Vous aviez confié à votre père des objets provenant du vol et qu' il avait cachés dans un champ. R. Je n' en sais rien.

D. Il paraîtrait même que vous lui auriez fait quelque confidence ou qu' il a eu de graves soupçons contre vous , puisque ce malheureux homme , qui avait d' abord été arrêté , s' est suicidé aussitôt que la liberté lui a été rendue. D' après les rapports des médecins , il est mort avec une grande énergie , il s' est asphyxié dans une fontaine avec une volonté des plus fermes , car il n' avait qu' à relever la tête pour respirer.
Il paraît même que vous n' avez pas été fort ému quand vous avez appris la mort de votre père. En sortant du cabinet de M. le juge d' instruction vous sembliez plus content que quand vous y étiez entré. On eût dit que vous étiez satisfait d’être débarrassé d' un témoin qui , à cause de son âge , pouvait devenir dangereux pour vous.

Interrogé sur la hache qui a été trouvée sans manche au fond d' un puits , il répond qu' il en avait enlevé le manche de peur que ses enfans ne se blessassent avec cet instrument. Il ne sait comment elle a été jetée dans le puits. Il répond à toutes les questions de M. le président par de constantes dénégations. Il dit que Chrétien est un misérable qui veut le faire périr en l' accusant comme il a fait.

M. le président :  Chrétien , répétez devant Deschamps ce que vous avez dit de lui dans votre interrogatoire.

Chrétien répète ses terribles déclarations et précise avec une accablante tenacité tout ce qui est relatif au rôle rempli par Deschamps dans les assassinats du 14 octobre.

Deschamps (d' une voix faible) : Peux-tu dire des choses comme cela , misérable ! Tu veux donc faire périr des innocens ! Est -ce que j' étais avec toi , malheureux , ce soir-là ? Je ne t' ai vu ni la veille ni le lendemain. Je ne suis pas sorti de chez moi.

D. (à Chrétien ) : C' est bien Deschamps qui vous a dit : « Et toi , tu ne prends rien ! » Chrétien : Oui , monsieur , il me le dit , et ce fut alors que je pris un caillou sur la route. C' est lui qui frappa de coups de couteau la petite Pierrette et qui la viola ensuite.

La colère et le désespoir se peignent à la fois sur la figure de Deschamps ; il nie toujours , mais d' une voix faible ; ses traits , qui semblaient calmes et sans signification à l' ouverture des débats ; ont pris une expression terrible et bouleversée ; toutes les fois que son coaccusé fait ses terribles révélations et appuie sur les détails , Deschamps tourne ses yeux vifs et injectés de sang dans la direction de Chrétien , mais sans le regarder. On voit bien que s' il le tenait en pleine liberté , il l' écharperait sans pitié.

Cette audience pleine d' émotions est levée à cinq heures et renvoyée à demain pour l' interrogatoire des deux femmes.

Journal du Loiret, n° 137 du 10 juin 1860
*******





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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Mar 9 Mai 2017 - 13:13

Cour d’Assises du Rhône
Affaire de Saint-Cyr au Mont-d’Or. — Assassinat. — Horribles détails.
Audience du samedi 9 février (sic).
*******

L' audition des témoins continue dans l' affaire du triple assassinat de Saint-Cyr. Aucun incident nouveau ne s' est produit aux débats. On ne sait pas encore le jour où l' arrêt pourra être rendu.

Journal du Loiret, n° 138 des 11 et 12 juin 1860


Cour d' Assises du Rhône
Affaire de Saint-Cyr au Mont-d'Or. - Assassinats
*******

L' audition des témoins est terminée . Hier on a entendu le réquisitoire de M. le procureur général et la défense de Joannet.
Une dépêche télégraphique parvenue hier soir au journal le Droit annonce que Deschamps a tenté de se donner la mort par strangulation , mais que le gardien de la prison est arrivé à temps pour couper la corde et empêcher l' accomplissement de cet acte de désespoir.
Journal du Loiret, n° 139 du 13 juin 1860


Cour d' Assises du Rhône
Affaire de Saint-Cyr au Mont-d'Or. - Assassinats
*******

Un incident extrêmement grave est venu arrêter subiment les débats au moment même où ils touchaient à leur terme. En effet , à l' ouverture de l' audience , M. le président interpella l' accusé Chrétien , afin de savoir s' il maintenait ses aveux si explicites et qui paraissaient si exacts. Chrétien a paru embarrassé , puis s' est levé brusquement et a déclaré que les faits racontés par lui étaient complètement faux. M. le président et M. le procureur-général lui ont alors fait observer combien la déclaration nouvelle et tout-à-fait inattendue qu' il faisait avait de gravité ; on l' a engagé à bien réfléchir , et à ne pas se laisser intimider par des menaces ou gagner par de fausses promesses.

Rien n' a pu faire rétracter Chrétien ; il a persisté à différentes reprises à déclarer que ses premiers aveux étaient mensongers. Il n' aurait , a -t -il dit , avoué sa culpabilité ainsi que celle de Joannon et de Deschamps que dans le but de se sauver ; mais il croyait aujourd'hui de son devoir d' affirmer que tous les trois sont entièrement innocens des crimes commis à St-Cyr.

Bien que les dépositions de chacun des nombreux témoins entendus dans ce procès semblent assez clairement accuser les inculpés , M. le procureur-général , par un motif de prudence , a cru devoir requérir le renvoi de l' affaire à une autre session pour qu'il fût procédé à un supplément d' instruction.

Les défenseurs s' en sont rapportés à la sagesse de la cour ; L’un d' eux , Me Dubost , avait la veille présenté chaleureusement la défense de Joannon. On assure que c' est cette plaidoirie qui a donné à réfléchir à Chrétien.

La cour , après en avoir délibéré , a renvoyé l' affaire à une autre session , afin de procéder dans l' intervalle à un supplément d' instruction.

Journal du Loiret, n° 141 du 15 juin 1860

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Dernière édition par Adelayde le Sam 13 Mai 2017 - 23:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Mer 10 Mai 2017 - 14:35

Cour d’Assises du Rhône
Présidence de M. BAUDRIER
Audience du 10 juillet
Affaire de Saint-Cyr. — Trois assassinats suivis de vol et de viol.
*******

Les détails de cette horrible affaire sont encore présens à la mémoire de tous. Un mois ne s' est pas encore écoulé , et nous allons nous retrouver en présence des mêmes accusés.
Les accusés ont à peu près le même maintien qu' aux précédentes assises.

Joanon , qui serait , d' après l' acte d' accusation , l' âme de l' infernal complot qui a précédé le drame de Saint Cyr , est un homme d' un tempérament mélancolique et nerveux. La timidité , les défaillances , n' entrent pas dans le caractère de Joanon . Son calme ne parait pas l' avoir abandonné et il continue la lutte désespérée qu' il a soutenue contre la justice.

Deschamps est un homme sanguin , à la physionomie rude qui dénote l' astuce et la perfidie ; il parait enclin à la colère , et sa forte stature annonce quelle énergie ii pouvait déployer dans l’accomplissement d’ une action violente.
Depuis les premiers débats , son œil est presque éteint , il n' a brillé , par momens , que d' un feu concentré qu' allumaient les déclarations de Chrétien. Deschamps est l' accusé sur lequel les émotions de l' audience ont exercé les plus profonds ravages , et pourtant son organisation est des plus robustes.

Chrétien est un autre homme. Son calme , au milieu de ces débats judiciaires , a quelque chose d' étonnant . Son œil ne marque jamais le moindre trouble ; il est toujours sec et assuré. C' est l' accusé dont l' attitude a témoigné le plus de tranquillité durant les débats.
Son front est déprimé ; sa physionomie ne présente aucune expression bien déterminée . A en juger par les apparences , Chrétien est un de ces hommes d' une trempe solide , résolue , qui doivent quelquefois cacher leur puissance pour le mal sous un extérieur d' insignifiance et de bonhomie.

Après les formalités d' usage , l' acte d' accusation est lu par M. le greffier en chef. Cette pièce est la reproduction exacte de l' acte déjà lu le 7 juin dernier. Rien ne peut être changé à un acte d' accusation dès qu' il a été signifié aux accusés. Nous l' avons publié déjà lors des premiers débats.

M. le président procède à l’ interrogatoire des accusés au milieu du plus profond silence. Une dépêche télégraphique nous permet d' en donner exactement l' analyse.

L' accusé Chrétien reconnaît qu' il a menti devant la cour d' assises en revenant sur ses aveux ; c' est lui , Deschamps et Joanon , qui ont fait le coup ; ils n' étaient qu' eux trois. Il soutient que Deschamps ne lui avait parlé qu' une seule fois avant le 14 juin du projet de tuer les dames Gayet. Il n' a revu qu' une seule fois Joanon après le crime.

L' accusé Deschamps déclare ne plus persister dans ses dénégations : il a commis le crime avec Joannon et Chrétien. Le premier lui en a , dit-il , parlé cinq mois avant le 14 octobre ; mais il ne l' a pas écouté. C' est Chrétien , qui , plus tard , s' est ouvert à lui , quinze jours avant le meurtre , en revenant de leurs travaux communs. Comme appât du crime , il lui a dit qu' ils hériteraient tous les deux des victimes. Il ne voulait pas d' abord s' associer à cet horrible meurtre ; mais il ne sait quel coup de folie l' a déterminé à le commettre. Il n' avait pas de couteau. Chrétien prit un caillou à terre et le lui donna. Près des mûriers , ils trouvèrent Joannon qui les attendait. Tous trois , après un accord préalable , pénétrèrent dans la maison.

Pierrette Gayet fut d' abord surprise , mais leur fit ensuite bonne grâce. On causa quelques minutes , puis Joannon se jeta sur la veuve Gayet et la tua ; quant à lui , il a frappé la veuve Desforges à l' aide du caillou ; Chrétien a tué la petite. « C' est Chrétien , dit-il , qui a coupé le cou à la veuve Desforges et à Pierrette ; mais il ne sait avec quoi. »
Il ajoute que cet accusé et Joanon se sont ensuite lavé les mains. Ils ne trouvèrent rien dans l' armoire de la cuisine mais dans la chambre à coucher. Chrétien s' empara des boîtes de montres et de l' argent et Joanon des joyaux ; en disant qu' il était orfèvre. Tous trois disparurent ensuite , en se donnant rendez-vous le lendemain pour partager l' argent volé. Le lendemain , lui , Deschamps aurait demandé sa part du numéraire à Chrétien , qui lui aurait répondu en propres termes : « J' ai fait cacher l' argent , il n' y a rien pour toi. »

Les récriminations les plus violentes sont échangées entre les accusés Chrétien et Deschamps , chacun d' eux accusant l' autre de l' avoir entraîné à ce crime.

L' audience continue.

Journal du Loiret, n° 165 du 12 juillet 1860





Grand-mère, mère et fille : trois générations massacrées...

       

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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Jeu 11 Mai 2017 - 13:02

Cour d’Assises du Rhône
Présidence de M. BAUDRIER
Audience du 10 juillet
Affaire de Saint-Cyr — Trois assassinats suivis de vol et de viol
*******

Interrogatoire de Chrétien.

M. le président : Vous étiez le neveu de la plus âgée des deux femmes qui ont été assassinées ?

Chrétien : Oui , le neveu par alliance , du côté de ma femme.

D. Vous étiez assez lié avec Deschamps ?

R. Oui , je lui parlais de temps en temps.

D. Eh bien , aujourd'hui que vous avouez la part que vous avez prise au crime , dites -nous quel est , de Joannon ou de Deschamps , celui qui le premier vous aurait parlé de commettre le crime ?

R. Je vous l' ai bien dit : c' est Deschamps , un jour , près la Croix-Didier. Il m' a dit que Joannon voulait se venger de Marie-Jeanne (la femme Gayet), qui avait refusé de l' épouser , mais que pour cela il avait besoin d' un coup de main.

D. Et il vous a dit qu' à donner ce coup de main vous gagneriez d' hériter ?

R. Eh oui !

D. Et ensuite , que se passe -t -il ?

R. Rien jusqu' au 14 octobre. Ce jour-là , comme je revenais de la carrière , je rencontre Deschamps : « Je viens de voir Joannon , me dit il : c est l' heure de monter là-haut. »

D. Et vous , vous avez consenti tout de suite ?

R. On a bien causé un instant , et je me suis laissé entraîner , je l' ai suivi ; j' avais mon couteau , et Deschamps a ramassé un caillou devant sa porte. Nous avons trouvé Joannon à la terre des Mûriers. Il regardait dans la maison Gayet par une petite ouverture derrière la cuisine.

D. Et que vous a-t il dit en vous voyant ?

R. Il a dit : « Ah ! vous voilà ; elles sont dedans , allons. » Ces dames nous ont offert des chaises ; nous avons dit que le mauvais temps nous forçait à chercher un abri , et , sans autre préambule , Joannon s' est jeté sur la veuve Gayet et l' a terrassée.

D. Qui a frappé la veuve Desforges ?

R. (d' un ton résolu) Eh bien ! c' est moi.

D. Comment ! c' est vous ? Mais non ; ne donnez donc pas encore le spectacle de nouvelles tergiversations ; rappelez-vous ce que vous nous avez dit , à nous , depuis les derniers débats. Vous nous avez dit , et j' ai ici le procès-verbal signé de votre nom , que vous aviez frappé de votre couteau Pierrette Gayet.

R. (Un peu troublé) Non , c' est Deschamps.

D. Vous ne dites pas la vérité. Et qui a violé cette jeune fille morte ?

R. C' est Deschamps.

D. Oui , vous l' avez toujours dit ; mais il y a là sinon des impossibilités , au moins des invraisemblances ; vous êtes plus jeune que Deschamps , beaucoup plus vigoureux surtout ; Deschamps est malade , il a des rhumatismes , une hernie ; sans doute ce ne serait pas absolument impossible. C' est un point qu' on appréciera. Après le viol , il a encore été asséné deux coups de hache à la veuve Desforges , à la jeune Pierrette ; qui les a portés ?

R. C' est Deschamps.

M. le président : Oh ! vous êtes prompt à répondre , quand il s' agit d' attribuer la grosse part à Deschamps. Après les assassinats et les viols , que faites - vous ?

Chrétien : Eh bien ! Deschamps a pris la lampe et a fouillé dans l' armoire. C' est Deschamps qui a pris les bijoux dans l' armoire , et moi j' ai pris deux montres.

D. Après le crime , vous êtes allé chez Joannon. Qu' alliez –vous y faire ?

R. Nous avons pris la goutte.

D. N' avez -vous pas procédé à un partage ?

R. Nous sommes convenus seulement de ne rien dire.

D. Deschamps dit , au contraire , que vous avez pris le sac d' argent en lui promettant de partager avec lui ; que le lendemain il est allé vous demander de tenir votre promesse , et que vous lui avez répondu qu' il n' aurait rien , que votre femme avait caché l' argent , que vous vous rattraperiez sur la succession , ajoutant ironiquement , que s' il n' était pas content il vous appelât a l' audience.

R. Oh ! c' est une méchanceté qu' il a dite là.

D. Enfin , persistez -vous à dire que c' est vous qui avez frappé la veuve Desforges et que Deschamps a frappé la jeune Pierrette ?

R. Oui monsieur.

M. le président : Eh bien , asseyez-vous. — Qu' on amène Deschamps.


Interrogatoire de Deschamps.

D. Vous connaissez Joannon ; il avait plusieurs fois battu le blé chez votre père et chez vous ?

Deschamps : Oui , monsieur.

D. Quand pour la première fois vous a-t -il parlé du crime ?

R. C' est comme cinq à six mois avant l' affaire , et je prenais cela pour une plaisanterie. Il voulait , disait-il , se débarrasser de la Gayet par rapport à un mariage , je pense ; il me sollicitait de lui aider , me disant que j' hériterais ; je ne pouvais m' imaginer que c' était sérieux.

D. Et Chrétien vous en a-t -il parlé ?

R. Lui aussi ; il m' a dit que Joannon lui en avait causé et que nous irions ensemble faire l’ assassin.

D. Cette conversation avait lieu trois semaines avant le crime ; en a-t-il été question de nouveau jusqu' au 14 ?

R. Mais non. Le 14, je rencontre Joannon ; il me dit : « Voilà un temps propice (il faisait un orage abominable), il faut que j' en finisse avec Marie-Jeanne , qui n' a pas voulu se marier avec moi. Nous irons , n' est-il pas vrai , tous ensemble ? Il ne manque pas d' or là-haut et de bijoux. Va voir Chrétien ajouta-t-il ; dis-lui que je vous attends sous les Mûriers. J' ai été alors au devant de Chrétien , que j' ai rencontré comme il revenait de la carrière. Il faisait déjà nuit.

D. Et comment l' accostez -vous ?

R. Eh bien , je lui dis que Joanon voulait qu' on allât ce jour-là là-haut. « Ah ! que me dit Chrétien , je sais , il y a assez longtemps qu' il m' en parle. » Du reste je ne devais que tenir la porte ; il a pris sur le mur un caillou qu' il me donna. Nous sommes montés aux Mûriers en prenant par les prés. Là était Joannon qui nous dit : « Elles sont toutes dedans ; allons , c' est le moment. »

D. Comment avez-vous été accueillis ?

R. Oh ! on ne s' est pas fait grands compliments les uns et les autres ; Joannon est tombé de suite sur la Gayet et moi sur la veuve Desforges. Chrétien a attaqué le petite fille qu' il a égorgée avec son couteau.

D. Vous avez vu Joannon se mettre en devoir de violer la femme Gayet ?

R. C' est alors que Chrétien a dit : « Je vais en faire autant avec la petite. » Mais alors je n' ai pas eu le courage de rester , je suis sorti sous la galerie.

D. Oui , on comprend que vous , qui paraissez moins méchant que les autres , vous n' ayez pu assister à ces scènes d' horreur. Vous êtes bientôt rentré et vous avez aidé à fouiller les meubles ?

R. J' ai tenu la lumière ; j' ai vu Joannon prendre les bijoux ; il a même dit « J' ai été orfèvre , j' ai la manière de les employer. »

D. Mais il devait y avoir , outre ce sac , l' argent courant du ménage.

R. Eh bien ! oui , je dois vous dire , il y avait 16 francs et 17 sous ; c' est moi qui ai pris cet argent.

D. A la bonne heure ; vous paraissez plus sincère. Cependant plusieurs indices tendraient à faire croire que vous avez pris autre chose que ces 16 fr. 85 c. Vous s avez , en effet , que votre père a été surpris fouillant la terre pour y cacher quelque chose. Que voulait -il cacher ? Votre père qui , hélas ! s' est suicidé par suite de cette affaire , a donné à ce moment une explication dérisoire ?

R. Je vous assure que je n' ai pris que cet argent et un robinet en cuivre.

M. le président rend compte à Deschamps de l' interrogatoire de Chrétien. Il lui dit que Chrétien soutient que la jeune Pierrette a été assassinée par lui Deschamps.

Deschamps sortant de son apathie : C' est un menteur.

M. le président : Chrétien , vous entendez ce démenti ? Soyez plus franc.

Chrétien : La vérité , je l' ai dite.

M. le président : Quand ? Vous avez dit tant de choses !

R. Quand j' ai dit que j' avais tué la veuve Desforges.

M. le président lit l' interrogatoire dans lequel Chrétien déclare avoir donné la mort à Pierrette Gayet , puis il demande à Chrétien s' il persiste à dire qu' il faisait , en disant cela , un mensonge. Chrétien hésite , baisse la tète , ne répond pas.

M. le procureur-général à Chrétien : Dites donc toute la vérité.

Chrétien : Eh bien , c' est vrai que j' ai tué la petite. (Mouvement.)

M. le procureur-général : A la bonne heure , laissez à chacun le rôle qui lui appartient.

M. le président : Chrétien , reconnaissez -vous maintenant avoir commis le viol ?

R. Je ne l' ai pas commis.

M. le président : Vous l' avez en effet toujours nié.


Interrogatoire de Joannon.

D. Vous aviez travaillé dans la joaillerie ?

R. Pendant une dizaine d' années.

D. Après quoi vous êtes allé à Saint - Cyr ?

R. Oui , pour faire valoir mon bien et celui de mon grand-père.

D. Et comme le produit de ces terres ne vous suffisait pas , vous travailliez en journée chez les autres ; c' est ainsi que vous êtes entré en relation avec les femmes Gayet. Vous passiez pour avoir de très-mauvaises mœurs ?

R. Je faisais mon devoir cependant ; j' allais aux offices.

D. Vous ameniez chez vous toutes sortes de femmes dont vous abusiez ?

R. (Avec audace) Eh bien ! c' est vrai , quand je voulais contenter ma passion , je faisais venir des femmes.

D. Et ces pauvres filles idiotes ?...

R. Eh bien ! que disent-elles ? qu' on les interroge ! Ce sont des filles qui rendent des services ; je les ai occupées et je les ai payées ; je n' ai pas plus à me plaindre d' elles qu' elles n' ont à se plaindre de moi.

D. Vous avez usé de violence envers la femme Gayet ?

R. Mais non , je ne manquais pas d' autres femmes.

D. Vous recherchiez en mariage trois femmes à la fois ?

R. Eh bien ! quel mal y a-t-il à demander trois femmes en mariage ? On  n’en prend qu' une.

D. Vous passez pour être sournois , faux et méchant ?

R. Ah ! si vous écoutez les gens de Saint-Cyr !... Ils veulent me perdre , ma famille et moi.

D. Ainsi toute la commune se serait liguée contre vous. Vous aviez demandé la femme Gayet en mariage ?

R. Il y a de cela quatre ans ; elle m' a refusé , je ne lui en ai plus reparlé.

D. Vous renouveliez encore cette demande un mois avant le crime ; vous l' avez dit vous même , vous l' accabliez d' obsessions de toute nature ; vous vous introduisiez chez elle en cachette , par escalade.

R. Mais non , quand j' y allais , c' était honnêtement.

D. Vous niez toujours avoir commis le crime et en avoir suggéré la pensée ?

R . Je n' y suis absolument pour rien : ces hommes qui m' accusent sont mes deux bourreaux , je suis leur quatrième victime.

D. Soit ; mais vous vous vantiez de faire de la femme Gayet ce que vous vouliez ?

R. Je vous dis que je n' ai jamais cherché à satisfaire ma passion de ce côté là.

D. Ne pouvant triompher des résistances de cette femme , vous en avez conçu un vif ressentiment ?

R. Du ressentiment , et pourquoi ?

D. De n' être pas parvenu au but que vous poursuiviez.

R. Et quel but ? Je ne vous comprends pas. Ce sont là les bavardages de Saint-Cyr.

D. Ce qui est certain , c' est qu' il vous est impossible de justifier de l' emploi de votre temps le 14 octobre de six à huit heures ?

R. Enfin , si vous voulez condamner un innocent , condamnez moi.

M. le procureur général : Vous avez eu cinq à six manières d’ expliquer votre alibi. Vous dites aujourd'hui que vous seriez allé à votre terre planter des choux ; je vous ferai remarquer que , lors des derniers débats , vous auriez renoncé à soutenir que vous êtes allé planter des choux.

Joannon : J' aurai bien pu me tromper. Comment voulez-vous qu’ après huit mois je retrouve l' emploi de mon temps.

D. Mais vous oubliez que vous étiez interrogé dès le 19 octobre ?

R. Oui , mais j' ai eu la bêtise de me tromper ; on ne m' avait pas laissé le temps de réfléchir. Après ça , après toutes les étamines qu' on m' a fait subir , j' avais perdu l' esprit . Quand on est innocent !... car enfin je suis la quatrième victime de ces deux scélérats ; comme Notre-Seigneur Jésus-Christ , je suis victime et mortifié. (Longs murmures)

M. le président : J' oubliais de dire qu' on avait constaté des traces de sang sur le pantalon de velours vert que vous deviez porter le jour du crime. Vous avez essayé d' expliquer ce sang par l' habitude que vous ayez de mettre vos doigts dans votre nez et d' en tirer du sang , habitude que vous auriez simulée seulement et pour les besoins de votre défense.

D.
Vous n' avez plus rien à dire pour votre défense ?

Joannon avec une extrême vivacité : Mais j' ai à dire , moi , que je n' avais pas d' intérêt à commettre le crime ; qu' on démontre un intérêt.

M. le président : Vous aviez un intérêt , peut-être pas de cupidité , mais de vengeance , d' amour-propre blessé ; car il faut bien reconnaître que vous , fils , petit fils de notaire , vous étiez pour la femme Gayet un parti très-sortable , si vous n' aviez pas eu les mœurs qu' on vous connaissait. Son refus a dû donc profondément vous blesser.

R. Moi ! pourquoi donc aurais je été blessé ? J' appartenais , c' est vrai , à une famille honorable.

M. le président
: Mais qui vous avait renié , qui vous avait abandonné.

Joannon : Comment ! ma famille m' avait abandonné !... mais pas du tout.

M. le président : C' est si vrai , que votre mère , riche de plus de 500,000 francs , vous laissait gagner votre pain à la sueur de votre front ?

Joannon : Qu' importe ! Il y a donc de la honte à travailler ? Cela me plaisait à moi de travailler. Quant à la femme Gayet , c' était une veuve. Je pouvais prétendre à de bien meilleurs partis. J' étais prêt à me marier avec d' autres.

M. le président : Oui , avec trois femmes.

Joannon avec insolence : Vous voyez donc bien que je n' en manquais pas !

M. le président : Cela suffit asseyez -vous.

M. le président rend alors compte à Joannon de l' interrogatoire qu' en son absence il a fait subir aux deux autres accusés. Joannon interrompt â chaque instant M. le président pour crier : Ce sont des mensonges ! ces hommes sont mes bourreaux ! je suis leur victime !

Deschamps et Chrétien rentrent , et une confrontation s' établit entre eux et Joannon. Ils répètent avec assurance tout ce qu' ils ont dit en son absence.

Joannon , écumant de rage , les apostrophe en les termes les plus grossiers : Misérables canailles ! vous ne craignez donc pas Dieu !
Chrétien lui répond tranquillement : « Si tu étais resté tranquille , nous ne serions pas ici. »

M. le président procède ensuite à l' interrogatoire des femmes Deschamps et Chrétien. Elles ne sont accusées que de complicité par recel des objets volés dans maison Gayet.

La femme Deschamps nie ses relations adultères avec Joannon. Elle nie avoir connu le crime. Malheureusement , les propos qu' elle a tenus attestent sa terreur. Quand on l' arrêta , elle dit , toute éplorée : « C' est fini ! je ne reverrai plus St-Cyr. »


La femme Chrétien a contre elle la possession des 1,400 francs volés dans la maison , et qu' on a retrouvés enfermés dans une bourse qu' on a reconnue pour avoir appartenu aux dames Gayet. Il n' est pas jusqu' au millésime des pièces qui ne soit venu contredire l’ explication que la femme Chrétien avait essayé de donner sur la possession de cet argent.

L' audience se termine par l' audition du docteur Gromer , commis pour procéder aux constatations des cadavres. L' attitude seule des cadavres , dit le témoin , me fit en entrant concevoir immédiatement la pensée qu' un second crime avait suivi l' assassinat , et en effet les expériences chimiques les plus minutieuses ont apporté la confirmation que deux des victimes avaient , après la mort , subi le dernier outrage.

L' audience est levée.
Audience du 11 juillet 1860 .
(Dépêche télégraphique)

Les dépositions continuent. On a entendu aujourd'hui les témoignages relatifs à Chrétien , Deschamps et leurs femmes.
Dans la seconde partie de l' audience , on entendra les témoins se rapportant à Joannon. Plus de quarante témoins seront probablement entendus.

Journal du Loiret, n° 166 du 13 juillet 1860

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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Ven 12 Mai 2017 - 14:27

Cour d’Assises du Rhône
Présidence de M. BAUDRIER
Audience du 11 juillet
Affaire de Saint-Cyr — Trois assassinats suivis de vol et de viol
*******

La fin de l' audience d' aujourd'hui a été très saisissante. Une des dépositions les plus curieuses est celle de la jeune Marie Vignot , charmante jeune fille pleine d' intelligence et de naïveté et que ne déconcertent pas les apostrophes de Joannon , qui lui prodigue les injures les plus grossières. A neuf heures , l' audience est reprise.


Vertbois , marchand bijoutier à Lyon.

Le 15 février dernier , un homme et une femme de la campagne vinrent chez moi et me demandèrent à échanger deux vieilles montres contre une montre neuve. En ouvrant et démontant ces montres , je leur fis remarquer des taches qui parurent extraordinaires ; mais ces gens me parlèrent d' un horloger nommé Laurent , que je connais et qui est leur parent , de sorte que mon attention ne se fixa pas davantage sur ce détail. Je leur proposai des deux montres la somme de 140 fr. et 30 c. , et leur fis choisir une montre neuve ; on devait me donner 20 fr. pour différence.

Chrétien me dit alors : Il faut vous donner notre adresse ?
— Sans doute , que je lui dis.
— Eh bien ! nous sommes de St-Cyr au Mont-d'Or. Faut même vous dire que nous sommes parens de ces malheureuses qui ont été assassinées à Saint - Cyr.
— Vraiment ! que je lui dis avec émotion ; eh ! sait-on enfin quelque chose ?
— Eh mon Dieu , non.


Je ne remis pas la montre neuve , me réservant de prendre des renseignemens. J' allais trouver l' horloger Laurent , qu' ils m' avaient désigné , pour avoir des renseignemens ; il me dit que c' étaient d' honnêtes gens. Je lui ai parlé des taches que j' avais remarquées.
— Dame ! voyez , me dit -il.
J' allais déposer les montres au commissaire de police , craignant que ces taches ne fussent du sang.

M. le président : C' est ainsi que , grâce à vous , on a découvert les auteurs du crime.

*******

Guillot , gendarme , est appelé.

D. C' est vous qui avez arrêté Chrétien. Rendez compte des circonstances de cette arrestation.

Guillot. Chrétien me dit : Si vous voulez me mettre en liberté , je vous donne 10,000 fr. Sur ce , je lui serrai davantage les menottes , et alors il m' a dit :
— Je vais briser vos chaînes !
— Je suis bien tranquille là dessus
, que je lui réponds , et , en effet , il ne brisa pas mes chaînes.

Je crois qu' il était dans un état voisin de l' ivresse. Je sais aussi que Deschamps a dit à mon camarade : Chrétien aurait mieux fait de se casser les jambes que d' aller à Lyon avec les montres.
Il parait aussi qu' il s' attendait à être arrêté après l' arrestation de Chrétien.

*******

Bourguignon brigadier.

Comme je ramenais Chrétien de la chambre d' instruction à la prison , je lui dis : Vous avez bien fait de faire des aveux.
— Je sais bien , qu' il me répond , que je suis perdu ; c' est égal , je suis soulagé.


M. le président : Et Deschamps , quand il a appris la mort de son père , a t il témoigné du chagrin ?

Le témoin : Tout au contraire , il était plus gai.

M. le président : Ce qui peut , hélas ! s' expliquer jusqu' à un certain point. Cette mort le débarrassait d' un témoin redoutable

*******

Clémence Ravier, journalière.

J' étais là quand la femme Chrétien vint apprendre le crime à son mari. Il continua à faucher sans s' émouvoir. Moi , voyant ça , j' étais bien surprise de le voir si indifférent , et je ne pus m' empêcher de le lui manifester.

M. le président : Et en quels termes avez-vous manifesté votre étonnement ?

Le témoin : Je l' ai ben dit l' autre jour.

M. le président : Eh bien ! il faut le répéter.

Le témoin : Ah ! tout de même , je veux ben ; je lui dis donc : Sacrée charogne !... et le témoin se prend à rire tout haut ; l' auditoire en fait autant.

M. le président : Je suis obligé de rappeler l' auditoire à une tenue plus décente.

C' est ce témoin aussi qui a vu arrêter la femme Deschamps , qui l' a conduite à la voiture qui devait l' emmener à Lyon. Elle se désolait , je lui dis :
— Mais si tu n' as pas fait de mal , qu' est -ce que ça fait d' aller coucher en prison ? moi , ça me serait égal.

Elle pleurait toujours. Enfin elle m' a bien embrassée en me recommandant son enfant et ses bêtes. (On rit)

*******

La femme Delorme rapporte une certaine conversation entre Joannon et la femme Deschamps , conversation qu' elle a entendue derrière une haie. Ils se donnaient rendez-vous et se sont embrassés. A cette époque , Deschamps était aux eaux , à Aix. Et moi , entendant cela , j' ai dit tout haut : Voilà qui est bien beau !
C' est pour cela qu' elle me craint toujours.

Joannon : C' est une menteuse ; c' est la femme au lapin.

M. le Président : Taisez -vous ! Vous montrez une audace qui prouve bien l' influence que vous avez dû avoir sur vos complices.

*******

Femme Bouchard .

Je connaissais Mad. Gayet , c' était une bien digne femme , je l' aimais beaucoup. Elle me dit qu' elle ne voulait pas de Joannon pour mari , parce que c' était un ivrogne , un fainéant , un gourmand ; elle m' a dit aussi que son père avait un mauvais renom. Je n' ai pas osé répéter cela à Joannon de peur de l' irriter.

Joannon : Je ne sais pas ce que la femme Gayet a pu dire , je ne vois pas du reste que tout cela ait de l' importance.

*******

Femme Planchet , tailleuse.

Pierrette venait souvent chez nous ; elle avait grand'peur de Joannon , et me disait qu' il escaladait les murs le soir , qu' il les effrayait , et qu' elles pourraient bien être assassinées un jour , qu' elles n' auraient pas de secours. Elle dit à mon enfant que Joannon avait essayé un jour d' embrasser Marie Gayet , et que comme celle-ci ne voulait pas , il lui aurait dit : Si tu ne veux pas que je t' embrasse , je t' étranglerai.

Joannon : Ce sont là des paroles d' enfant que ce témoin répète ; il n' y a rien de vrai dans tout cela.

*******

Eugénie Planchet , neuf ans.

Pierrette m' a dit que Joannon avait voulu embrasser sa mère , et comme sa mère ne voulait pas , il lui dit : Eh bien , je t' étranglerai si tune veux pas que je t' embrasse .

D. Pierrette était-elle bien troublée en disant cela , pleurait-elle ?

La jeune Eugénie : Elle ne pleurait pas , mais elle tremblait. Elle m' a dit qu' elle avait peur d' être assassinée.

*******

Claude Bernard , géomètre.

C' était le dimanche après le crime , je prenais des mesures pour lever le plan ; Joannon s' approcha et me dit : La veille du crime , j' étais encore chez elles , elles m' ont fait goûter du vin nouveau.
Il me dit aussi qu' un jour qu' il tombait de l' eau , la veuve Gayet s' était réfugiée dans une caborne (hutte en pierres sèches), et que là , il l' avait rejointe et avait voulu obtenir ses faveurs ; mais , m' a-t-il ajouté , figurez-vous que la bougresse est très-forte , je n' ai pu en venir a bout , elle m' a égratigné.

Joannon : C' est là une chose que le témoin suppose ; MM . les jurés comprendront que ce ne sont pas de ces choses qu' on dit.

*******

Marie Vignot , dix neuf ans.

C' est une blonde et mignonne jeune fille à l' air modeste et doux.

M. le président : Vous étiez l' amie intime de Pierrette Gayet ; plus jeune que vous , elle se rapprochait de votre âge par sa raison et sa sagesse.

Le témoin : Dans le moment qu' on ramassait les feuilles de vigne , Joannon me dit que les femmes Gayet étaient bien mal fermées , qu' on voyait tout ce qui se passait chez elles d' une petite ouverture donnant sur les Mûriers , moi je n' avais pas remarqué cela.

Joannon : C' est une menteuse ; peut -elle dire cela devant le Christ ; cela ne lui portera pas bonheur.

Le témoin , continuant. Un jour , Pierrette me dit :
— Je voudrais bien te dire quelque chose , mais j' ai peur de te faire de la peine.
— N' aie pas peur , ce que tu me diras ne me fera jamais de la peine.
— Eh bien ! on dit que tu dois te marier avec Joannon.
— Oh ! non , lui répondis -je.
— Tu aurais bien tort , en effet , de te marier avec un pareil homme , il vaudrait mieux te mettre une corde au cou. Mais c' est égal , fais-lui toujours bonne mine , car c' est un homme à craindre , et nous ne voudrions pas le rencontrer seules dans les bois.


Une autre fois , Pierrette me dit :
— Tu as bien raison de me dire , pauvre Marie , que les parens sont souvent la cause du malheur de leurs enfans.
— Mais tu ne dis pas cela pour ta mère qui est si bonne ? lui dis -je.
— Sans doute , me répondit elle , mais Joannon nous tourmente de nouveau et me fait bien peur . C' était huit ou dix jours avant le crime ; elle me disait qu' il escaladait le mur les soirs.


D. Eh bien ! Joannon ?

Joannon : Ce sont des bavardages d' enfant.

M. le président : Vous n' y alliez jamais par-dessus le mur ?

Joannon : Non ; moi , j' y allais honnêtement.

M. le président : Malheureusement , tous les témoins vous donnent un démenti.

Marie Vignot : La dernière fois que je vis Pierrette , et comme je lui disais adieu , elle me répondit tristement : Oui , mais qui peut répondre du lendemain ! Tu devrais bien venir le matin , car si nous étions assassinées , tu avertirais.
Aussi , j' ai été la première à concevoir des craintes , et en moi-même j' ai pensé à Joannon , mais je n' ai pas osé le dire.

Joannon : Ce sont toutes choses supposées ; c' est une petite malheureuse , elle finira mal. Quand on a peur , on prend un homme pour se protéger. Elle oublie qu' elle parle devant le Christ , qu' elle outrage Dieu.

M. le président : Ne mêlez pas le nom de Dieu à vos explications ; n' ajoutez pas un blasphème à vos crimes. Ainsi vous dites que c' est une menteuse ?

Joannon : Oui , une supposeuse , une brodeuse , elle ment , ça ne lui fera pas de profit.

M. le président : Continuez , Marie Vignot.

Marie Vignot raconte ensuite que le lendemain du crime elle a vu Joannon. Il n' entrait pas de lui-même , malgré le rendez-vous donné à mon frère ; ma mère l' a appelé. Il avait l' air triste , absorbé ; je lui ai demandé ce qu' il avait. Il avait la tête appuyée sur sa main , il me dit :
— Je n' ai pas encore donné à manger à mes bêtes.
— Comment , à dix heures du matin ! Allez-donc soigner vos bêtes ; aussi-bien , j' ai besoin de balayer la maison , vous m' embarrassez.


Joannon : C' est vrai que je réfléchissais et que je tenais la tête dans mes mains , c' est que je songeais à donner à manger à mes lapins.

M. le président : Et c' est là ce qui vous donnait l' air soucieux ?

Joannon : J' avais couru la montagne pendant trois heures ; j’étais fatigué , mouillé , et puis , si c' est mon habitude d' être absorbé , quel mal y a -t -il à cela ?

*******

On entend un dernier témoignage relatif à Champion , celui-là même que Joannon avait essayé d' impliquer dans l' affaire ; ce témoin atteste l' alibi de Champion.

D. le procureur général , à Joannon : Je vous adjure de nous dire la vérité ; vous avez dit que vous aviez vu Champion sur le lieu du crime…

Joannon : Eh ! sans doute , je me serai trompé d' après ce que je vois ; j' ai vu pourtant ce que j' ai vu.

M. le procureur général : Ecoutez-nous , Joannon . Vous avez fait appeler M. le président des assises pour lui dire que le jour et l' heure du crime vous avez vu trois personnes épiant autour de la maison , escaladant le mur des Mûriers ; vous avez donc menti quand vous avez dit que Champion était là ?

Joannon : Eh ! mon Dieu ! mes yeux m' auront trompé ; je le connais pourtant bien , Champion.

M. le président : Avez -vous , oui ou non , vu trois personnes escaladant , a six heures et demie , la maison Gayet ?

Joannon se trouble , regarde son défenseur , puis répond : J' ai vu ce que j' ai vu , je n' ai pas reconnu les personnes.

M. le procureur général : Vous dites en ce moment que vous n' avez pas reconnu les personnes , vous avez dit pourtant que ces trois personnes étaient Champion , Chrétien et Deschamps ; vous avez donc menti ; persistez-vous à le soutenir ?

Joannon , troublé : Que voulez -vous que je vous dise ?

M. le procureur général : Nous ne vous pressons pas , nous ne voulons pas vous intimider , nous vous posons seulement une question bien simple sur laquelle il ne peut y avoir d' équivoque ; avez-vous vu trois personnes escaladant les murs ?

Joannon : Je ne me rappelle pas. (Mouvemens prolongés)

Le procureur général : Pouvez-vous bien faire une pareille réponse ? Il ne s' agit plus de l' identité des personnes , vous abandonnez ce point. Avez -vous vu trois personnes escaladant le mur ?

Joannon : Je ne sais... je suis innocent.

M. le procureur général : On comprend vos hésitations. C' est que si vous aviez vu trois personnes escalader le mur Gayet , vous étiez alors sur les lieux au moment du crime ?

Joannon : Je rentrais de ma terre. Eh oui ! j' ai vu trois personnes.

M. le procureur général : Alors , à six heures et demie , vous étiez sur le lieu du crime ?

Joannon : Je vous l' ai dit , je rentrais. Je ne suis pour rien dans l’affaire. C' est la famille qui a lait le coup ; ce sont les deux scélérats qui sont mes bourreaux.

M. le président : L' audience est renvoyée à demain.

Joannon retombe dans ses déclamations ; il retombe aussi sur son banc , plus pâle qu' à l' ordinaire. Cette dernière scène a produit une émotion profonde au milieu de laquelle la foule quitte  l’audience.

Il reste encore vingt-trois témoins à entendre , au nombre desquels sont les témoins qui déposent sur l' heure et les rencontres au moment du crime.

Peut-être M. le procureur-général pourra-t-il être entendu demain.

Audience du 12 juillet 1860

Une dépêche télégraphique , adressée au journal la Presse , porte sur ce qui suit :

« Les derniers témoins viennent d' être entendus. Demi-aveux de Joannon : il avoue avoir brodé quand il a dit avoir vu Champion sur le mur.  M. le procureur général Gaulot commence son réquisitoire.»

Journal du Loiret, n° 167 du 14 juillet 1860

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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Sam 13 Mai 2017 - 10:50

Cour d’Assises du Rhône
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Audience du 12 juillet
Affaire de Saint-Cyr — Trois assassinats suivis de vol et de viol
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Ainsi que je vous l' annonçais hier par le télégraphe , Joannon a fait des demi-aveux qu' il a refusé de compléter , il a cherché à entraîner sur le banc où il est assis un quatrième accusé , dans l' espoir de se sauver ou peut- être seulement de gagner du temps. Aussi cette audience a-t-elle été une des plus saisissantes , et elle a offert le spectacle horrible d' un accusé qui se débat sous des étreintes terribles , et qui cherche à détourner sur une autre tête le glaive qui semble , à chaque moment , s' approcher davantage de la sienne.

Les témoignages qui restent à entendre sont les plus graves pour Joannon ; ils se rapportent à l' heure du crime , à l' heure à laquelle Joannon a été rencontré dans la soirée de l' assassinat. Joannon prétend qu' il était allé à sa vigne planter des choux ; or , la nuit était profonde quand on l' a rencontré ; le tonnerre grondait , la pluie tombait à torrens , et son explication a au moins pour elle quelque invraisemblance.

On reprend l' audition des témoins.

Veuve Noir , lessivière , soixante-trois ans :

Quand je suis revenue du lavoir et que j' ai rencontré Joannon , il pouvait être sept heures et demie. Il faisait grandissime nuit et , de plus , un temps affreux ; si bien qu' en passant devant la maison Gayet , j' ai voulu entrer demander une lanterne ; mais la Duri , qui était avec moi , me dit : « Ce n' est pas la peine. » Voyant tout fermé , j' ai pensé que ces dames étaient couchées , et je n' ai pas voulu les déranger.

D. Vous n' avez pas d' abord positivement reconnu Joannon ; c' est lui qui , depuis , a confirmé vos souvenirs.

Le témoin : Il m' avait bien semblé que c' étaient ses jambes.

Joannon : Je dis toute la vérité ; c' est pour ça que je n' ai pas caché l' avoir rencontrée ; mais il était six heures et demie.

D. Toujours ! vous ne sortez pas de là ; vous consultiez donc votre montre à chaque instant ?

Joannon : Je sais bien à quelle heure j' ai quitté ma terre.

D. Mais vous n' y êtes pas allé à votre terre ; c' était un temps à planter des choux , n' est -ce pas ?

M. le procureur - général : Vous prétendez que vous veniez de votre terre , alors surtout que depuis trois heures la pluie tombait à torrens ! Voyons , persistez vous à dire que vous veniez de votre vigne ?

Joannon , hésitant : Ou de chez les Vignat.

D. De chez les Vignat ?... C' est impossible.

Joannon : Eh bien ! je venais de ma terre.

*******

Veuve Planchet , soixante-onze ans :

J' allais chercher mon pain ; je venais d' apprendre , en passant devant la maison Gayet , que les trois femmes avaient été assassinées. Je le dis à la Champion que je rencontre ; elle pleure , crie , se désole. J' ai rencontré ensuite Joannon et je lui dis la nouvelle ; il m' a seulement répondu : Eh bien ! sait-on qui c' est ?

M. le procureur général : Il est à remarquer la manière dont vous , Chrétien et Deschamps , recevez cette nouvelle : votre indifférence est la même ; Chrétien fauchait son pré , il continue à faucher. Deschamps remuait son fumier , il continue à le remuer. Vous , votre premier mouvement est de vous enfermer dans votre chambre.

Joannon : Si j' avais voulu m' enfermer , je ne serais pas sorti.

*******

Claudine Morel , domestique de Pioncon , le boulanger :

Le jour où Joannon a été interrogé par le juge , il est passé chez mon maître en revenant de Lyon.

— Est -ce que cela vous serait égal , lui a-t-il dit , de déclarer que j' ai cuit mon pain le samedi au lieu du vendredi ?

Mon maître lui-a dit : Ça m' est égal , je le dirai tout de même.

Sur quoi j' ai dit à mon tour , à Joannon : Vous ne pouvez donc pas expliquer l' emploi de votre temps ?

M.le président : Oui , Joannon , messieurs les jurés , venait de mander ce faux témoignage afin de pouvoir dire qu' il était allé chercher son levain le vendredi au lieu du jeudi , jour où il y est réellement allé. C' eût été une meilleure explication de l' emploi de son temps.

Joannon (d' un air ennuyé): Mais j' ai reconnu que je m' étais trompé.

M. le président : Ah ! permettez… vous l' avez reconnu quand le juge-de-paix vous a dit que vous étiez un impudent menteur , et quand vous avez su que le boulanger , au lieu de porter faux témoignage , comme il vous l' avait promis , avait dit la vérité. Il était un peu tard pour revenir sur votre première explication.

Joannon : Ah ! voilà la seule chose qu' il y ait contre moi. On a le malheur de se tromper , et la justice vous tombe dessus.

*******

Benoit Champion , aubergiste à la Croix-des-Rameaux :

Le témoin explique que , dans la soirée du vendredi , il n' a pas quitté son auberge.

M. le président : C' est certain . A Joannon :[/i] Voilà l' homme que vous m' avez dit avoir vu monté sur le mur de la terre des Mûriers à l' heure du crime.

Joannon : Eh ! que voulez-vous ? Je me serai trompé.

M. le président : Comment ! vous vous êtes trompé ? Dites donc que vous avez impudemment menti.

Joannon , du ton insouciant et dédaigneux qui lui est habituel : Eh bien , j' aurai brodé cela comme j' ai brodé le reste. (Long mouvement)

M. le président , au jury : Abstenez -vous , messieurs , de tout signe qui puisse ressembler à une manifestation.
A Joannon : Revenez donc à la vérité.

Joannon : Je ne puis pourtant pas dire une chose que je n' ai pas faite.

M. le président : Eh bien ! soit , continuez à broder.
Au témoin : Le dimanche qui a suivi le crime , Joannon ne vous a-t-il pas parlé ?

Benoit Champion : Il m' a dit Je crois qu' ils auront bien du mal à trouver les coupables.
— Et pourquoi cela ? que je lui dis.
— C' est qu' ils ont trop d' avance ; ils ont la nuit de vendredi , la journée de samedi , la nuit de samedi à dimanche ; ils sont trop loin.


Joannon : Je n' ai pas dit cela. Est-ce que je savais , moi , quand elles avaient été assassinées !

*******

Mullard , agent de police : Quand j' ai été chercher Joannon à Saint-Cyr pour le conduire devant le juge d' instruction , il m' a dit d' un air effaré : « Eh ! pourquoi faire ? »

J' ai remarqué qu' il était plus pâle qu' à l' ordinaire ; il avait une sorte de tremblement , et une sueur abondante lui couvrait le visage. Je fus obligé de lui dire : Il ne faut pas vous effrayer ; tous les habitans de Saint-Cyr se font un plaisir de donner des renseignemens à la justice. Il parut se rassurer et me demanda à aller chez lui changer de vêtemens. Je l' accompagnai.

Comme je remarquais un fusil , il me dit : Je me tiens en garde contre les gens de Saint-Cyr , qui me veulent du mal.

Ce sont des bêtises
, que je lui dis.

Il me parla beaucoup de tout ce que possédaient les dames Gayet ; il prétendait avoir toute leur confiance. Il me parla d' une petite sainte Vierge en or devant laquelle s' agenouillaient les dames Gayet pour faire leur prière.

M. le procureur-général , à Joannon : Et comment avez - vous pu savoir cela ?

Joannon : Je ne crois pas avoir dit cela.

M. le président : Mais le témoin l' affirme , et ce récit s' accorde avec ces habitudes d' escalade et d' espionnage par-dessus le mur de la terre des Muriers ; c' est ainsi que vous avez surpris le secret des habitudes pieuses de vos victimes.

M. le président : Il ne reste plus à entendre que deux témoins à décharge. Nous attendons les réquisitions de M. le procureur général.

M. le procureur-général : Attendu que l' audition des deux témoins qui vont venir présente des inconvéniens pour les mœurs , nous requérons que la cour veuille bien ordonner le huis-clos.

Au bout d' une heure , l' audience est reprise. Le barreau est fort ému des incidens qui viennent de se passer. On a entendu , outre les deux témoins cités , un témoin cité en vertu du pouvoir discrétionnaire : c' est un détenu qui a reçu les confidences de Joannon.

M. le président , avec solennité : Joannon , levez -vous ! N' avez vous pas compris , après ce qui vient de se passer (M. le président fait allusion à l' incident qui s' est passé à huit-clos), vous devez comprendre que l' heure des aveux entiers est enfin arrivée ! Vous avez peu à peu abandonné la voie des dénégations et du mensonge , dites donc toute la vérité !

Joannon : Quand vous aurez fait votre devoir , monsieur le président , quand vous aurez fait arrêter Champion , la vérité sera complète. J' ai toujours dit que c' est la famille qui a fait le coup. J' allais porter secours quand j' ai vu Champion plonger son couteau dans le cœur de la petite , puis ensuite ils ont fait les viols . Alors je me suis éloigné. Voilà la vérité. Quant à moi , je n' ai nullement trempé là-dedans.

M. le président : Mon Dieu , Joannon , ce que vous dites là est si absurde que personne ne le croira ; vous êtes séparé de la vérité par si peu de chose qu' autant vaudrait la dire tout entière.

Joannon : Mais non , je ne veux pas me damner. Ce que j' ai dit à ce détenu , je savais qu' il le répéterait , et je pensais que vous  feriez votre devoir en arrêtant Champion ; mais il est héritier , il a de l' argent , il a le moyen lui de prouver son alibi.

M. le président : Allons , nous ne pouvons insister davantage. Deschamps , persistez-vous dans tout ce que vous avez dit ?

R. Oui , monsieur le président.

D. Et vous , Chrétien ?

R. Moi aussi.

M. le président : La parole est à M. le procureur-général.

*******

M. le procureur-général commence par discuter tous les faits de l' accusation en ce qui touche Chrétien , Deschamps et leurs femmes , puis arrivant à Joannon , M. le procureur-général dit :

La vie morale d' un accusé vous appartient et vous devez l' étudier , car presque toujours une nature perverse se trahit par quelques côtés. Deschamps et Chrétien sont sous ce rapport une exception rare. Ils ont du  premier bond franchi tous les degrés du crime. Joannon , lui , était redouté et méprisé dans la commune de Saint-Cyr. Il se montrait faux , méchant et vindicatif ; son caractère bas et sournois inspirait la défiance.
Vivant seul , abandonné par sa famille qui , depuis 1837 au moins , est opulente , Joannon était livré aux suggestions de la misère , à l' abrutissement , à ses mauvais instincts.

Tout Saint-Cyr avait gémi du scandale de ses rapports avec son grand-père , qu' il insultait publiquement , bien qu' il eût dû lui être deux fois vénérable , puisqu' il représentait son père mort. Aussi le sieur Nicolas le déshéritait et lui imprimait au front une flétrissure morale qui le suit à cette audience. Joannon ne connaissait pas la moralité , la délicatesse ; il trompait volontiers ceux qui traitaient avec lui.

Ses mœurs , vous les savez : il recevait toutes les filles de mauvaise vie ; ses besoins de sale débauche étaient tels qu' une fille idiote et qu' une vieille femme de soixante ans étaient ses complaisantes habituelles. Il a eu le courage de dire que ce n' étaient que des écarts naturels à la jeunesse. Non , messieurs , la débauche restera la débauche , et le sentiment public sera avec nous. Arrivons à la discussion , puisqu' il persiste à nier. Que cette discussion retombe sur lui et soit pour sa conscience un premier châtiment.

Joannon : En présence du Christ , je suis innocent.

M. le président : Je vais vous faire emmener de l' audience ; voilà où vous allez en arriver.

M. le procureur général : Ecoutez-nous et courbez la tête.

L' organe de l' accusation entre dans la discussion des faits , il le montre poursuivant la femme Gayet de ses désirs intéressés , vils et lubriques , et faisant , pendant trois ans , peser sur cette femme le cauchemar de l' assassinat.
On a dit que Pierrette Gayet était le rêve , le fantôme et le danger de ce procès , il est pour Joannon le cadavre qui se soulève pour désigner le coupable à la justice des hommes.

A la dernière session , dit M. le procureur général , je venais à vous avec les aveux de Chrétien et une tentative de suicide de la part de Deschamps. Aujourd'hui , je viens à vous avec deux aveux : ceux de Chrétien et de Deschamps , et deux tentatives de suicide ; car il faut que vous sachiez que Chrétien a voulu , lui aussi , se suicider , il y a quelques jours.
Que cette affaire subisse un troisième renvoi , et je ne vous dirais pas que je vous apporterais trois aveux , car je vous les apporte aujourd'hui ; mais je vous apporterais certainement trois tentatives de suicide.

M. le procureur général rappelle les dernières déclarations de Joannon. La lâcheté et l' infamie des efforts désespérés de ce misérable sont tels que je doute que vous trouviez jamais , dans les annales criminelles , si douloureusement fertiles , un exemple pareil. Quel vertige emporte cet homme ? Il couronne une vie de débauche par un horrible assassinat , et , ajoutant à son bilan d' infamie une infamie nouvelle , il s' attache aux pas d' un homme pour égarer la justice et faire couler un sang innocent.

Faut-il enfin préciser , au milieu de ces immoralités , les impuretés , les abominations commises dans la cellule de Joannon ?

F
aut -il Vous redire ses allégations à son co-détenu , quand , vaincu par la force des témoignages , il s' écrie :
« Que n' a -t -on commis le crime comme je lavais indiqué . Si les cadavres de ces femmes avaient été conduits dans un puits que je connaissais , la justice ne les aurait peut-être pas découverts , ou du moins elle n' aurait pu découvrir le viol. »

Restez sous ces impressions. Qu' elles ne vous entraînent pas cependant ; qu' elles vous laissent la sagesse pour prononcer ; mais vous reconnaîtrez avec nous qu' ici des circonstances atténuantes ne sont pas possibles.

Si une grâce doit descendre sur quelques-unes de ces têtes , elle ne peut venir que du pouvoir auguste qui a le droit d' atténuer vos verdicts.
Quant aux femmes Chrétien et Deschamps , il n' est pas possible qu' elles soient rendues à la liberté , et qu' elles étalent les bijoux restés peut-être encore en leur possession.

Enfin , M. le procureur général rend hommage à la mémoire , aux vertus de la famille Gayet. C' est , a-t-il dit , une touchante pensée que celle de leur élever un monument. L' opinion publique y avait songé , mais la famille , la famille honnête , revendique ce droit et cet honneur. Quand les habitans viendront s' agenouiller sur ces tombes , qu' ils sachent que le crime est puni dans ce monde comme dans l' autre , que la justice n' a pas de défaillances , que les noms des coupables , que celui de Joannon surtout , soient prononcés avec horreur ! et si les générations qui nous suivrons racontent ce forfait , qu' elles racontent aussi sa suprême expiation !

La parole est ensuite donnée aux défenseurs. Le courrier part.

*******

Le jury a prononcé cette nuit son verdict. Au moment de mettre sous presse nous recevons la dépêche télégraphique suivante :

DÉPÈCHE TÉLÉGRAPHIQUE

Le jury , après deux heures et demie de délibération , rapporte un verdict de culpabilité contre Joannon , Deschamps et Chrétien.
La femme Deschamps est acquittée , mais non mise en liberté. Des circonstances atténuantes sont admises pour la femme Chrétien.
La cour condamne Joannon , Chrétien , Deschamps à la peine de mort ;
La femme Chrétien à six années de réclusion.


Journal du Loiret, n° 168 du 15 juillet 1860

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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Dim 14 Mai 2017 - 14:26

EXÉCUTION DES CONDAMNÉS DESCHAMP,
CHRÉTIEN ET JOANNON
*******

C'est avant-hier mardi 14 août, à sept heures du matin, que le dernier acte de l'horrible drame de Saint-Cyr s'est accompli.

Après l'arrêt de la Cour d'assises du Rhône qui les frappait de la peine de mort, les trois condamnés s'étaient pourvus en cassation. L'importance de l'affaire et le temps nécessaire à l'examen de ce volumineux dossier n'avaient pas permis à la chambre criminelle de la Cour suprême de statuer sur ce pourvoi dans un bref délai. L'impatience du public était inexprimable à Lyon et à Saint-Cyr. Jeudi dernier, 9 de ce mois, l'arrêt de rejet était à peine prononcé, que le télégraphe l'avait transmis de Paris à Lyon.

Le lendemain cette nouvelle était connue non seulement dans les faubourgs les plus éloignés de l'agglomération lyonnaise, mais encore dans les campagnes éloignées de plusieurs lieues.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les rues qui avoisinent la prison du Palais-de-Justice furent constamment encombrées de curieux trop pressés d'’assister au dernier acte de ce drame judiciaire. Tous les jours, successivement, le public se portait au Palais, interrogeant les avocats et les avoués sur le jour de l'exécution ; toutes les nuits il y avait une foule stationnée aux abords de la prison.

Lundi dernier, la préoccupation grandissait, la foule s'accumulait aux environs du Palais ; on présumait que le jour n'était pas éloigné. À quatre heures du soir, la nouvelle, rapide comme l'éclair, parcourait les rues : « C'est demain, c'est demain ! à sept heures du matin, sur la place Neuve ou des Quatre-Chemins, à Saint-Cyr ! »

Dans la soirée, une foule nombreuse prenait la direction de Saint-Cyr et se transportait sur les lieux pour s'assurer en personne des places sur le terrain de l'exécution.

Toute la-nuit les abords de la prison ont été encombrés de curieux.

Depuis plusieurs jours, Joannon, Chrétien et Deschamp avaient écouté les consolations de la religion ; ils recevaient journellement les visites de trois prêtre ; Joannon avait donné sa confiance à M. Cherpin, aumônier de la prison du Palais-de-Justice ; Chrétien à M. Robert, aumônier l’Hôtel-Dieu, et Deschamp à M. Dumont, chapelain de la .primatiale. Dans la journée et dans la soirée de lundi, ils avaient eu de longs entretiens avec ces vénérables et dévoués ecclésiastiques. Le cardinal archevêque de Lyon, accompagné de plusieurs chanoines, était venu lui-même à la prison les encourager au repentir et à la pénitence, et leur distribuer des paroles de consolation.

À trois heures du matin, dit le Mémorial de la Loire, M. Nicollot, directeur général des prisons, assisté du greffier, du juge d'instruction, du gardien chef, entra dans la cellule de Joannon.

Celui-ci, suivant son habitude, ne dormait pas, et en outre le bruit inusité de la rue le tenait en éveil.
« Joannon, levez-vous, lui dit le directeur, votre pourvoi est rejeté ; c'est pour aujourd'hui. »

Joannon regarda les assistans avec effroi ; sa joue se colora, ses lèvres s'agitèrent on crut un instant qu'il allait parler, faire des aveux, on l'en pressa, il ne répondit rien que ces mots :
« C'est bon je suis prêt. »

On le laissa avec l'aumônier, et on ouvrit la cellule de Chrétien, contiguë à l'autre.

Chrétien s'était réveillé au bruit, il était assis sur son séant ; un léger tremblement agita son corps à la fatale nouvelle, mais il ne faiblit point et se contenta de lever au ciel ses deux mains attachées dans la camisole de force.

Quant à Deschamp, il dormait d'un sommeil léger ; à peine eut-il vu le gardien-chef, qu'il poussa un profond gémissement et se répandit en plaintes, en lamentations.

On sortit alors dans le couloir où les trois prisonniers se rencontrèrent. Deschamp était si abattu qu'on le soutint ; en passant devant Chrétien, il lui dit « S... canaille ! Canailles tous deux », répondit sans s'émouvoir Chrétien.

Six prêtres avaient obtenu l'autorisation d'assister les condamnés. Parmi eux on distinguait le vénérable curé de Saint-Cyr, qui s'attacha particulièrement à Joannon. On offrit à ces malheureux de se réconcilier avec Dieu, ce qu'ils acceptèrent avec empressement. Avant de leur donner l'absolution, les confesseurs exigèrent qu'ils se-réconciliassent tous trois.

Chrétien et Deschamp s'embrassèrent volontiers ; Joannon hésita un peu, et il était facile de voir que ses complices ne lui donnaient pas spontanément le baiser de paix. Puis Chrétien dit à Deschamp :

« Nous sommes de grands coupables, tâchons de bien mourir pour expier notre crime. »
« Oui, lui répondit Deschamp, mais c'est dur tout de même. »


À ce moment, la chapelle s'ouvrit devant eux et la messe commença. Tous trois l'écoutèrent avec un certain recueillement. Cependant Joannon était agité de mouvemens convulsifs ; il tournait fréquemment la tête à droite et à gauche.

Au moment de la communion, ils s'approchèrent de la sainte table et reçurent le sacrement de l'eucharistie.

Puis on les ramena au prétoire ; ils s'assirent sur le même banc les uns à côté des autres. Alors commença une scène incroyable, digne dénouement d'un drame exceptionnel dans ses moindres péripéties.

Joannon se tourna vers Deschamp et lui dit :
- Je ne donnerais pas ma part au ciel contre la tienne.
- Malheureux ! s'écria Chrétien, tu oses parler ainsi quand c'est toi qui nous as jetés dans le malheur !
- C'est vous qui êtes mes bourreaux, répète Joannon. Si vous n'aviez pas parlé… (se reprenant) si vous n'aviez pas dit des mensonges aux assises.
- Tu nous as perdus, murmura Deschamp, c'est ta faute.


Ici s'engage une conversation à voix basse entre les trois complices ; je m'approche et je saisis seulement les mots de doloire… mauvais conseils…. ce sont les femmes… puis tout à coup Joannon s'écrie d'une voix forte :
- Eh bien ! Je suis innocent.
- Moi aussi, dit Chrétien.

- Moi aussi, dit Deschamp.

À ces mots les personnes présentes s'agitent, M. Morand de Jouffray, juge d'instruction, vivement ému, se rapproche. Alors Joannon, Chrétien et Deschamp parlent tous à la fois.
Chrétien se tait le premier, sur les exhortations de son aumônier ; Deschamp se plaint, des cris sourds s'échappent de sa poitrine. Joannon les regarde d'un air méprisant ; il dit aux gardiens :
- C’est une comédie ! On veut nous faire parler ; je sais bien que ma tête ne tombera pas, car l'Empereur va venir, et ma famille fera des démarches.

En vain on essaie de le dissuader, il hausse les épaules : sa lèvre est arrogante, son sourire dédaigneux, son regard insolent se promène sur les assistans, il croise les jambes et finit par se taire.

À ce moment des Sœurs de charité s'approchent, leur essuient le front leur mettent du tabac dans le nez et leur font boire un verre d'eau sucrée à chacun.

Joannon reprend la parole, il dit que « ce sont les femmes qui sont cause de tout » ; il s'offre à découvrir les coupables ; il demande qu'on démolisse sa maison pour voir s'il y l'argent caché.

Une nouvelle discussion s'engage avec Chrétien. Joannon se fâche, puis il se coupe et dit :
« Les coupables sont-entre les mains de la justice. »
Cet aveu est entendu par plusieurs personnes.

Deschamp continue à geindre, il pousse des cris sans suite, sa figure se décompose à vue d'œil. Le gardien-chef fait remarquer qu'il vieillit de dix années par heure. Il demande du rhum, une Sœur en apporte avec des massepains et des biscuits : il boit et il mange. Il demande du vin blanc, on lui en fait boire un verre. À peine a-t-il pris ces alimens qu'il est agité d'un hoquet violent ; son estomac ne peut retenir ce qu'il y introduit.

Des phrases sans suite tombent de ses lèvres. Il balbutie
« Je suis innocent… ma pauvre femme… famille déshonorée… mon vieux père… mourir déjà… Joannon… ils m'ont tourné la tête… on m'a promis plus de beurre que de pain. »

Chrétien, retiré dans une cellule avec son confesseur, s'entretient à voix basse ; il paraît résigné et refuse toute nourriture.

Joannon rebute successivement tous les prêtres qui l'approchent : il sourit, lève les épaules, regarde froidement autour de lui et semble étranger à tout ce qui se passe. Un vieil aumônier s'approche de lui et l'embrasse à plusieurs reprises. Tout est inutile. Le curé de Saint-Cyr tente de nouveaux efforts ; je l'entends lui répéter sans cesse
« Mon enfant, je t'ai vu tout petit... tout petit… songe à Dieu. »
Joannon ne répond rien, et un moment, lassé, brisé de corps et d'âme, le pauvre vieux cure s'assied sur le banc à côté de ce criminel si insensible aux dernières exhortations.

Soudain, la lanterne fumeuse suspendue au plafond et qui éclaire cette lugubre scène descend brusquement en face de Joannon, qui fait un mouvement en arrière. Il comprend que l'heure approche et pâlit affreusement. On l'éloigne sur une chaise, et bientôt les trois exécuteurs des hautes-œuvres entrent dans-la salle avec leurs aides.

On procède à la dernière toilette.

À cinq heures moins un quart le signal du départ a été donné. Joannon et Chrétien se sont levés avec fermeté et ont marché d'un pas résolu jusqu'à la voiture cellulaire, sans dire un seul mot d'adieu. Deschamp seul a voulu embrasser son gardien et son confesseur. Il a fallu le soutenir et l'aider à aller jusqu'à la voiture. Les cinq ecclésiastiques ont pris place à côté d'eux.

À ce moment, la rue Saint-Jean était encombrée de curieux ; un piquet de trente-deux gendarmes à cheval avait-beaucoup de peine à écarter la foule de la voiture.

À l'instant où l'on fermait la portière, Deschamp, qui était placé à l'entrée, a lancé un regard inquiet sur la foule.

À cinq heures un quart, le lugubre cortège, formé d'une voiture cellulaire dans laquelle se trouvaient les trois condamnés, les aumôniers, les exécuteurs des hautes œuvres, est sorti de la prison de Roanne, dont les abords étaient assiégés par une foule nombreuse, avide de contempler, sinon les traits des trois malheureux qui allaient périr sur l'échafaud, et qui leur étaient cachés, du moins de voir défiler ce triste appareil. À Saint-Cyr, l'affluence était énorme. Deux bataillons d'infanterie, un piquet de 60 dragons, un grand nombre de sergens de ville, avaient été commandés pour contenir la foule et maintenir l'ordre.

L'échafaud était dressé dans la partie supérieure de la place Neuve des Quatre-Chemins, située derrière la mairie, sur un terrain vague assez fortement incliné et d'où la vue s'étend sur un horizon très vaste. Tous les points d'où l'on pouvait apercevoir le lieu de l'exécution, le sol de la route en plan incliné, les talus, les éminences voisines, les croisées, les balcons et jusqu'aux toits des maisons étaient garnis d'une masse compacte de spectateurs, hommes et femmes.

Les noyers qui s'élèvent dans les propriétés voisines et d'où l'on avait vue sur le lieu désigné pour le supplice étaient couverts de spectateurs. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que la plupart des curieux stationnaient depuis huit heures du soir, sans que le froid de la nuit et une pluie battante, qui est tombée à trois heures du matin, aient pu leur faire quitter la place.
Pour contenir cette multitude avide de fortes émotions, et dans laquelle on remarquait, nous regrettons d'avoir à le dire, un assez grand nombre de femmes et de jeunes filles, il ne fallait rien moins que le triple rang de soldats qui entouraient l'échafaud.

À six heures et demie environ, un immense frémissement s'est manifesté dans cette foule ; des clameurs tumultueuses se sont fait entendre ; toutes les tètes se sont découvertes ; une indicible émotion s'est manifestée sur toutes ces figures tendue par la curiosité. C'est qu'en effet le cortège venait d'être signalé par les groupes les plus hauts placés, faisant face au chemin dont les lacets se déroulent sur la place Neuve-des Quatre-Chemins,

Un roulement de tambour se fait entendre, et le triste cortège débouche au milieu de l'enceinte formée autour de l'échafaud parle triple rang de soldats. Il s’arrête à côté de l'instrument du supplice. Les exécuteurs des hautes œuvres en sortent les premiers ; ensuite les aumôniers, lesquels, comme d'habitude, ont accompli jusqu'au bout leur pieux office. Après eux, c’est Deschamp qui parait. Sa figure est profondément altérée ; il marche en chancelant, soutenu d'un côté par un exécuteur, de l’autre par les aumôniers. Il n'est point aussi profondément abattu qu'on aurait pu le croire.

Il jette un long regard sur le foule qui l’entoure et s’achemine lentement vers l’échafaud après avoir embrassé successivement les- ecclésiastiques qui l’entourent et lui font baiser le crucifix. Arrivé sur la plateforme, il promène encore, une fois son regard sur cette multitude au milieu de laquelle il semble vouloir démêler des figures de connaissance. D’une voix faible et pourtant intelligible, uil prononce ces dernières paroles : « Adieu, braves gens, que mon supplice vous serve de leçon ; adieu, mes amis ! »

Immédiatement il s'est livré aux exécuteurs et s'est placé sur la planche fatale. Aussitôt un bruit sinistre s'est fait entendre : la tête de Deschamp était projetée à quelques pas en avant de l'échafaud, et l'un des exécuteurs allait la ramasser.

Après Deschamp est venu le tour de Chrétien. Cet homme, à la stature athlétique, conservait dans ce moment l'impassibilité apparente dont il a fait preuve dans tout le cours des débats qui ont eu lieu devant la Cour d'assises du Rhône. Il n'a prononcé aucune parole; il s'est avancé vers l'échafaud d'un pas aussi ferme que le lui permettaient les liens qui attachaient ses jambes l'une à l'autre. Il a reçu, mais plus froidement en apparence que Deschamp avec moins de témoignages de sensibilité, l'accolade et les exhortations suprêmes des aumôniers. Du reste, il n'a fait entendre aucune protestation et s'est livré avec une stoïque résignation aux mains des exécuteurs.

Joannon est venu le dernier. Il a été extrait à son tour de la voiture cellulaire où il était resté renfermé pendant l'exécution de ses deux complices. Sa figure pâle et décomposée n'avait pas cependant entièrement perdu l'expression générale d'audace et de bravade qu'il avait montrée dans le cours de la session des assises.
Il a embrassé avec une sorte d’effusion l'abbé Cherpin, aumônier, qui l'avait plus particulièrement assisté dans ses derniers momens.
En montant les marches qui conduisent vers l'échafaud, et sur la plate-forme même, il a prononcé quelques paroles mal articulées en s'adressant à la-foule.

Suivant les uns, ces paroles étaient des paroles d'édification et de repentir; suivant d'autres, au contraire, ce condamné, fidèle au rôle dont il ne s'est jamais départi pendant toute la durée des débats aurait encore une fois protesté de son innocence et déclaré que bientôt elle serait rendue évidente.

Un instant après, ce grand criminel avait payé son tribut à la justice humaine. Au moment où sa tête est tombée, une sorte de rumeur dont on ne saurait définir le sens a éclaté dans la foule massée au-devant et autour de l'échafaud.

À sept heures moins un quart, tout était terminé. Le triple crime de Saint-Cyr avait subi la triple expiation prononcée par la justice.

On n'évalue pas à moins de 50 ou 60,000 individus appartenant à tous les sexes et à tous les âges la foule qui était accourue, de tous les points à Saint-Cyr pour assister à cet horrible spectacle.

Le corps de Joannon a été réclamé par sa famille, à laquelle il sera remis.

- - - - - - - - - - - -

Jouve (Courrier de Lyon et Mémorial de la Loire.)


Le correspondant du Mémorial de la Loire fait remarquer que le crime a été commis un 14, le jugement rendu un 14, l'exécution faite un 14.

- - - - - - - - - - - -

On lit dans le Salut public de Lyon du 15 août

« Pendant toute l'après-midi d'hier, l'amphithéâtre de l'École-de-Médecine a été envahi par une foule nombreuse, avide de voir les têtes des suppliciés Deschamp et Chrétien qui y avaient été déposées. Pour éviter l'encombrement, on ne laissait entrer qu'un certain nombre de visiteurs sur lesquels la porte était fermée, et qui cédait la place à un autre groupe après une séance de quelques instans.

» Dans les premiers momens, ces têtes étaient en quelque sorte à la disposition du public, qui les retournait et les examinait dans tous les sens avec une curiosité fébrile. On a été forcé, pour empêcher ces tristes scènes, de poser les tètes à distance, en vue de la foule qui se remplaçait sans interruption, et qui a épuisé ainsi jusqu'à la dernière les émotions qu'ont pu lui offrir l'horrible drame de Saint-Cyr et les péripéties qui lui ont succédé. »


Journal des Débats Politiques et Littéraires, Jeudi 16 et Vendredi 17 août 1860

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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Mar 16 Mai 2017 - 14:47



Réveil d'un des trois condamnés. Lequel ?

Affaire de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or Drame judiciaire, p. 94


https://books.google.fr/books?id=JacOAAAAYAAJ&pg=PA94-IA3&hl=fr&source=gbs_selected_pages&cad=2#v=onepage&q&f=false

*******

En votre âme et conscience, un "échantillon" du document INA


http://m.ina.fr/video/CPF86633210/en-votre-ame-et-conscience-e25-le-troisieme-accuse-ou-l-affaire-gayet-video.html

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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Dim 21 Mai 2017 - 16:52

Lettre de Chrétien






Lettre de Joannon





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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   Ven 26 Mai 2017 - 13:11



Lettres autographes de Joannon en date du 12 mai et du 30 juin 1860

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MessageSujet: Re: Chrétien, Deschamp (Déchamps), Joannon (Joanon) - 1860   

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