La Veuve

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 Claude-Jean-Charles-Dautun - 1815

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Adelayde
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MessageSujet: Claude-Jean-Charles-Dautun - 1815   Dim 5 Fév 2017 - 13:52

CLAUDE-JEAN-CHARLES DAUTUN





Plusieurs journaux, en annonçant il y a quelques jours que la police venait de découvrir le nom et la demeure de l'individu qui a été assassiné, et dont les restes ont été trouvés épars dans différents endroits de la ville de Paris, ont commis l'indiscrétion de désigner, comme auteurs présumés de ce crime, des personnes qui n’avaient été appelées à la police que dans le dessein d’en obtenir les renseignemens et les révélations qui auraient pu conduire à la connaissance des coupables.

Indépendamment du tort que des annonces aussi inconsidérées peuvent causer dans l'opinion publique à des personnes ainsi inculpées injustement, il en résulte le danger certain de donner l’éveil aux coupables sur les recherches dont ils sont l'objet, et de rompre souvent les mesures prises par la police pour les atteindre.

Afin de détruire les impressions fâcheuses que les récits déjà publiés sur l‘événement dont il s'agit, auraient pu faire naître, à quelques personnes, nous nous empressons d'en faire connaître les véritables détails que nous sommes autorisés à publier, et qui se réduisent aux faite suivans :

L’individu assassiné se nommait Auguste Dautun ; il était en dernier lieu receveur de l’enregistrement.

Dans un des faubourgs de Bruxelles, et depuis la séparation de la Belgique de la France, il était revenu à Paris, où il demeurait, dans une petite chambre de Saint-Germain-L’auxerrois, n° 79. C’est là qu’il a été assassiné, le 8 novembre dernier à huit heures du matin.

Le sieur Dautun vivait dans l'isolement le plus absolu, n’ayant personne pour le servir, ne recevant jamais aucun étranger dans son logement. La maison qu’il habitait n'a point de portier, et l'escalier qui mène à ce logement ne sert que pour une autre petite chambre occupée par un particulier qui en sort constamment avant le jour, et n'y rentre que fort avant la nuit ; en sorte que l’absence du sieur Dautun n'avait pu être remarquée par personne dans la maison. Le défaut de tout voisinage avait donné ainsi de grandes facilités aux assassins pour commettre leur crime.

Ces mêmes circonstances ont rendu longtemps inutiles toutes les recherches de la police pour connaitre seulement le nom du malheureux assassiné, et ce n'est que le 12 de ce mois que la découverte en a été faite. Dès le lendemain les traces du crime ont été connues et constatées dans le lieu même où il a été commis, et le 16 l'assassin a été arrêté. Cet assassin est Jean-Charles Dautun, frère du mort. On a saisi chez lui une partie des effets qui ont appartenu à sa victime.

Il a fait lui-même l’aveu de son crime, et il est convenu qu’il était aussi le meurtrier de sa tante, la dame Vaume, trouvée assassinée le 16 juillet dernier dans son appartement, rue Grange-Batelière n° 7. Dans son interrogatoire, il a déclaré avoir eu pour complice le nommé Girouard, son cousin germain, qui est également arrêté. Tous deux viennent d'être traduits devant les tribunaux, et l’instruction publique, qui sans doute ne tardera pas à s'ouvrir, fera connaitre toutes les circonstances dont ce forfait a été accompagné, et qui ajoutent encore à son atrocité. (Moniteur)

Le Journal de Rouen dimanche 25 décembre 1814

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Dernière édition par Adelayde le Dim 5 Fév 2017 - 17:14, édité 1 fois (Raison : Mise en forme image)
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MessageSujet: Re: Claude-Jean-Charles-Dautun - 1815   Dim 5 Fév 2017 - 14:12



En 1814, Jeanne-Marie Dautun est retrouvée morte, baignant dans son sang, chez elle, rue de la Grange Batelière. C’est son valet qui la découvre sans vie. Quelques mois plus tard, des mariniers découvrent dans la Seine une tête humaine enveloppée dans un torchon. Il s’agit de la tête d’Auguste Dautun, le neveu de la première victime. Le même jour, on trouve les restes de la seconde victime ailleurs dans Paris : cuisses, jambes, tronc… Bref, on vous passe les détails. C’est le neveu et le frère des deux victimes, Charles qui sera reconnu coupable. Il avouera lui-même le double meurtre qui fit de lui l’un des grands meurtriers du 19ème siècle.

http://www.pariszigzag.fr/histoire-insolite-paris/histoires-criminels-parisiens

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MessageSujet: Re: Claude-Jean-Charles-Dautun - 1815   Mar 7 Fév 2017 - 16:08

TRIBUNAUX
*******
Cour d'assises du 23 février 1815. — Affaire de Dautun et Girouard.

On se rappelle la sorte de terreur qui se répandit dans Paris quand on y apprit, en novembre dernier, qu'on avait trouvé en divers lieux les membres dispersés d'un homme assassiné ; quand ces restes déplorables exposés en public ne purent, pendant quelque tems, faire connaitre la victime, et quand on redoutait que la justice ne put découvrir l'auteur d'un tel forfait. On sent l'intérêt qu'a dû inspirer l’accusation portée contre les deux individus qui en sont prévenus ; aussi l'auditoire était-il plein. Sur un bureau, en face des accusés on voyait les effets d'Auguste Dautun percés de coups, encore teints de sang, et le plâtre qui avait été moulé sur son visage et qui le représente dans le même état où il était après avoir été assassiné.

Tous les regards se sont avidement portés sur les accusés quand ils ont paru, Charles Dautun, âgé de 35 ans, lieutenant d'infanterie, et Louis-Charles Girouard, âgé de 32 ans, ex-employé des postes. Le premier est accusé d'assassinat sur la personne de la dame Vaume, sa tante, le 19 juillet dernier, et de soustraction d'effets qui lui appartenaient. II est encore accusé d’avoir, de complicité avec Girouard, assassiné le 8 novembre 1814 Auguste Dautun son frère et soustrait les effets de la victime.

Selon l'acte d'accusation, la dame Jeanne-Marie Dautun, épouse du sieur Vaume, docteur en médecine, âgée de de 53 ans, était depuis plusieurs années séparée de son mari. Elle habitait, rue Grange-Batelière, un petit appartement. Elle n’avait point de domestique. Elle était si craintive qu'elle n'ouvrait sa porte qu'après avoir reconnu la voix des personnes. Le 19 juillet 1814, le portier de sa maison, inquiet de ne plus la voir depuis deux ou trois jours, appliqua une échelle à une des fenêtres ouvertes, et aperçut dans la cuisine le cadavre étendu de cette dame. Le commissaire de police vint, la trouva en déshabillé du matin, percée de plusieurs coups à la poitrine. Rien ne paraissait dérangé sur elle. De l'argent et une reconnaissance d'une somme assez forte n'avaient pas été enlevés. Quelques bijoux, couverts, une montre d'or avaient disparu. Derrière un buffet, on apperçut (sic) un cordon ensanglanté avec un nœud. Cependant il n'y avait nulle trace de strangulation. On avait vu la dame Vaume le 15 juillet au soir ; elle avait demandé pour le lendemain plus de lait qu'à l'ordinaire, parce qu’elle devait avoir, disait-elle, quelqu'un à déjeuner. La laitière vint vers 9 heures frapper et personne ne répondit. Les recherches de la police furent vaines.

Auguste Dautun, objet de l'affection de sa tante, était parti au commencement de juillet pour la Belgique. Charles Dautun, en août, vit la femme Calamare, blanchisseuse, ancienne domestique de Mme Vaume, et témoigna la plus vive douleur quand elle lui parla de la mort de sa tante, qu'il assura avoir ignorée. Malgré les instances de cette femme, il ne voulut pas se trouver à la levée des scellés chez sa tante, tante, disant qu'il avait trop de chagrin en voyant son oncle qu'il soupçonnait.

Le 9 novembre dernier, les nommés Delille et Durand, mariniers, ramassèrent au pied de l'escalier du quai Desaix un paquet qui contenait deux serviettes marquées L. S. et D. Le torchon qui enveloppait les serviettes était marqué A. D. et entourait une tête d'homme. On y distinguait les traces de plusieurs contusions. La barbe paraissait avoir été nouvellement faite, les yeux étaient clairs, les traits peu altérés. Tout, enfin, prouvait que la tête avait été récemment coupée. Le sieur Rabiot, instituteur, et le sieur Maroux, épicier, trouvèrent, le même jour, auprès de la clôture en planches devant la colonnade du Louvre, un paquet extrêmement lourd et contenant un tronc d'homme séparé de la tête et des cuisses. On distinguait une plaie sur la poitrine, et la fraicheur de cette plaie indiquait qu’il n'y avait pas plus de vingt-quatre heures qu'elle avait été faite. Deux draps enveloppaient le tronc ; l’un était manqué P. C., l'autre A. D. Les deux serviettes portaient A. D., n° 30 ; et la chemise, marquée aussi A. D., avait deux déchirures sur le côté gauche de l’estomac et au col. Le soir du même jour, le factionnaire du Pont Louis XVI, prévenu par un passant, trouva près du fossé qui borde le pavillon du côté du pont un paquet qui ne fut ouvert qu'au corps-de-garde, et qui contenait deux cuisses avec leurs jambes. Une redingote coupée à coups de ciseaux et percée à la même hauteur que la chemise marquée A D. dont le tronc était revêtu, une couverture de laine et deux serviettes marquées A. D., n° 30 se trouvèrent dans le même paquet.

Tous ces débris furent transportés à la Morgue. MM. Chailly et Brechet, hommes de l'art, reconnurent qu'ils appartenaient au même corps. La séparation de la tête et des cuisses avait été faite avec beaucoup d'efforts ; les chairs étaient dentelées. Il parait que Dautun avait été assassiné revêtu de sa chemise et de sa redingote. On reconnut, par le rapprochement des membres et par l’état des articulations, que l'homme assassiné était boiteux. La veuve Leblond, qui vend des livres dans une échoppe placée près de la grille de l'église Saint-Germain-L’auxerrois, avait aperçu le 9 novembre, à 8heures du soir, un homme en habit bleu ou vert portant un paquet blanc qui paraissait très lourd. Cet homme, probablement pour se reposer, posa son paquet à terre et demeura à cette place à-peu-près un quart d'heure.

On fit mouler la tête de l’homme assassiné, on fit son portrait de face et de profil, et pendant un mois toutes les recherches furent inutiles.

Depuis assez long-tems la femme Calamare n'avait pas vu venir Auguste Dautun. Elle-même étant blessée, n'avait pas pu aller chez lui. Dans les premiers jours de décembre, quelqu’un lui parlant de l’assassinat dont tout Paris s’occupait, lui dit que l'individu exposé à la Morgue avait une verrue au menton et avait dû boiter ; elle fut frappée de ces circonstances, et s'écria :

- Vous n'avez fait le portrait d'Auguste Dautun.

Elle alla frapper inutilement à la porte de ce dernier, qui demeurait rue Saint-Germain-L’auxerrois ; elle courut à la Morgue, où elle se convainquit que le signalement qu'elle donnait ne s'appliquait que trop à l’inconnu dont on chercher le nom. A la préfecture, on lui montra le buste de Dautun, qu'elle reconnut. La police se transporta dans la chambre de ce dernier ; on y vit des papiers dispersés, quelques vases empreints de sang, le plancher lavé. Les locataires n'avaient rien entendu lors du meurtre.

Le 16 décembre, pendant que le commissaire de police constatait l’état des lieux, Charles Dautun se présente dans la chambre ; il dit qu’il vient savoir des nouvelles de son frère qu'il croyait à la campagne. Il parut apprendre la mort de celui-ci pour la première fois. On lui demanda son adresse ; il la donna. On fit chez lui perquisition, rue de la Montagne-Sainte Geneviève, et on ne trouva rien. II couchait depuis le 15 novembre avec son cousin Girouard, qui avait été abandonné par sa femme, laquelle ne se trouvait pas, disait-elle en sureté avec lui. On apprit bientôt que Charles Dautun avait un autre domicile rue Mouffetard. On n'y trouva rien ; mais le logeur déclara que le 14 novembre, Charles lui avait vendu des effets qui furent reconnus avoir appartenu à Auguste Dautun. Diverses personnes déposèrent, les unes avoir acheté du linge, les autres avoir transporté avec Charles divers objets tirés de la chambre de son frère. Dautun soutint d'abord que Girouard, irrité du refus d'argent qu'Auguste lui avait fait, l'avait assassiné et volé ; enfin, il convint avoir accompagné Girouard chez son frère ; il dit que ce dernier, à sa voix avait ouvert sa porte ; que Girouard l'avait frappé ; qu'ensuite tous deux avaient été déjeuner ; que le soir ils étaient revenus avaient coupé le corps ; que, lui, avait jeté la tête à l'eau ; que le lendemain ils avaient dispersé les membres où on les avait trouvés. Il prétendit que Girouard avait pris la plus grande partie des effets.

Girouard, arrêté et interrogé, a tout nié. Il a dit qu'il ignorait non-seulement les circonstances de l'assassinat, mais que le 8 novembre, à huit heures du matin, il était avec sa femme rue Saint-Honoré, n° 320. Dautun avait déclaré que Girouard s'était fait une blessure à la main en commettant le crime. Girouard a dit qu'il s’était blessé dans un café avec un verre cassé. Cette déclaration de Girouard est confirmée par le garçon du café.

Le 21 décembre, Dautun, changeant tout-à-fait de système, déclara que, se voyant perdu, il allait dire la vérité. Cessant tout-à-coup d'inculper Girouard, il s'accuse seul du crime et du transport des meubles. Il attribue son crime à sa passion pour le jeu. II n'a jamais fait, dit-il, de confidences à Girouard, son cousin, qui n'a jamais été son complice. Enfin Dautun ajoute à ces aveux celui d'avoir assassiné la dame Vaume, sa tante, et raconte les détails de ce premier assassinat. Il avait essayé d'abord de faire soupçonner de ce crime le sieur Vaume. C’est à sa malheureuse passion pour le jeu qu’il attribue aussi ce premier assassinat. II a conduit le commissaire de police chez l'orfèvre auquel il a vendu l'argenterie de son frère.

La honte de s'avouer seul coupable d'un crime aussi affreux a dicté, dit-il, sa première déclaration contre Girouard ; mais il a depuis longtems l'intention de proclamer l'innocence de Girouard. Dautun a déclaré qu’il avait fait repasser lui-même le couteau dont il a frappé son frère, et convient qu’il est le même homme que la veuve Leblond a vu se reposer dans la rue Saint-Germain-L’auxerrois.

Tels sont les faits principaux de l‘acte d'accusation. Pendant la lecture de cet acte, l'accusé Girouard lève plusieurs fois les mains et les yeux au ciel. Il est dans un état de faiblesse extrême.

M. l'avocat-général Girodet fait un résumé rapide et précis des charges qui s'élèvent contre les accusés dans cette affaire « qui offre, dit-il, d'horribles singularités, où tous les liens du sang sont méprisés, où le respect dû à la mémoire des morts est indignement violé, et dans laquelle l'innocence fut un moment soupçonnée. » On fait sortir Girouard.

L’accusé Dautun resté seul, et sommé par M. le président de répondre aux accusations portées contre lui, se renferme dans une dénégation absolue de tous les faits qui lui sont imputés. Il rétracte tous ses premiers aveux. Il convient cependant que son frère, Auguste Dautun, lui a plusieurs fois envoyé de l’argent quand lui, Charles Dautun, servait à l'armée d'Espagne. Il ajoute qu'étant allé voir son frère lors de son passage à Bruxelles, Auguste Dautun donna une petite fête en réjouissance de cette heureuse réunion.

M. le président. Vous avez perdu vos parents de bonne heure ; quel a été votre tuteur ?

Dautun. M. Vaume, qui me destinait à l'état qu'il exerce lui-même, et par les soins duquel je suis entré en qualité de sous-aide-major, dans un régiment.

M. le président. Et c'est sur ce même M. Vaume, à la bonté duquel vous deviez tout, que vous avez pu chercher à faire planer le soupçon de l'assassinat de sa femme ![/b]


Dautun persiste dans son système de défense. II donne pour motif des premières déclarations dans lesquelles il s’est avoué coupable des deux crimes, la crainte qu’il avait qu’on en soupçonnât son cousin Girouard, que personne pourtant, ainsi que le lui a fait observer M. le président, n'accusait d'en être l'auteur. Dautun reconnait une lettre qu'on lui présente, dans laquelle il dit : « Mon frère et mon meilleur ami va revenir à Paris. »

M. le président demande plusieurs fois à l'accusé comment il a pu connaitre les détails très circonstanciés qu'il a donnés dans ses déclarations sur l'assassinat de la dame Vaume, si lui-même n’est pas l’assassin. Vous avez, a-t-il ajouté, indiqué la chambre où le crime s'est commis, et la position dans laquelle le corps était tombé. Ces détails se sont trouvés d'une parfaite exactitude et conformes au rapport du commissaire de police. Si vous n'étiez pas présent à l'assassinat commis sur Auguste Dautun, comment avez-vous pu connaitre et designer la manière dont la tête de votre malheureux, frère était enveloppée ? Vos déclarations sont absolument conformes à l’état dans lequel la tête et les membres de Dautun ont été trouvés.
L'accusé a prétendu qu'il avait lu ces détails précis dans les journaux ; M. le président lui a fait observer qu'ils n'y avaient point été insérés.

- Ce qui a pu me faire croire d'abord, a dit encore l’accusé, que Girouard était l'auteur du crime, c'est qu'il m'a apporté la clef de l'appartement de la rue Saint-Germain-L’auxerrois, en me disant que mon frère Auguste était à la campagne, et en m'engageant à aller chercher ses effets et à les vendre.

Il reconnait tous les objets déposés devant la cour pour être ceux qu'il a vendus et qui appartenaient à Auguste Dautun.

L'accusé Girouard, que l’on est obligé de soutenir, reparait sur les bancs, et subit à son tour un interrogatoire. Il a été condamné pour désertion à dix ans de boulet et a été amnistié. Il ne connaissait pas Mme Vaume. Selon lui, le 4 octobre 1814, Auguste le rencontre au café de la Comète. Il voulut lui emprunter de l'argent, mais reçut un refus. Depuis le 9 octobre, il ne le revit pas. Il était plus lié avec Charles ; ils se trouvaient souvent au jeu ensemble. Vers le 4 ou 5 novembre, il cessa de voir Charles, qui ne lui payait pas l’argent qu’il lui devait. Le 15 novembre, il alla se réfugier chez ce dernier, après avoir été quitté par sa femme. Il a soutenu avec force n'avoir aucune part au crime.

On a ensuite entendu neuf témoins, qui ont en général confirmé les faits de l’acte d'accusation. Il y en a encore trente à entendre.

Le Journal de Rouen, 25 février 1815
**********



Portrait de Charles Dautun, en buste, dans une bordure ovale placée au-dessus
d'une scène représentant l'assassin accomplissant son crime (estampe)

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Dernière édition par Adelayde le Mar 7 Fév 2017 - 16:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Claude-Jean-Charles-Dautun - 1815   Mar 7 Fév 2017 - 16:11

TRIBUNAUX
*******
Cour d'assises du 24 février 1815 — Suite de l'affaire de Dautun et Girouard.

La séance a été reprise aujourd’hui à dix heures un quart, et l’on a continué à entendre les témoins.

Le locataire d’Auguste Dautun a donné quelques détails sur le désordre qui régnait dans la chambre. Le 16 novembre, Charles vint chez moi demander à voir son frère. Il a paru surprenant qu'il se fût adressé au sieur Grison, dont la maison ouvre sur le quai, plutôt que de monter de suite chez son frère. Dautun manifesta le plus grand étonnement de son absence, et parut se rappeler qu'il devait être à la campagne. Néanmoins, sur l'invitation du sieur Grison, il monte au premier, où était le commissaire de police ; celui-ci l'interroge, et sur quelques réponses incertaines le fit conduire à la police. La circonstance que Girouard aurait remis à Dautun la clef de la chambre du mort a été reproduite par Charles Dautun.

La femme Marchand n'a donné aucuns (sic) renseignemens à la cour qu’en disant qu'elle avait vu, le 11 décembre, charger des coffres ; elle a vu un jeune homme assister au chargement ; elle ne le retrouve pas dans Dautun, mais la taille et la couleur des vêtemens sont les mêmes. Cette circonstance est reconnue par Dautun lui-même.

Paillefer, garçon boulanger, a vu une voiture arrêtée à une heure du matin devant l’allée de Dautun.

Les déclarations des témoins Husse, commissionnaire ; Edon, Leduc, femme Leduc, et femme Lallememand, revendeurs ou brocanteurs, n’ont donné des détails que sur l'achat des effets. Le seul fait qui soit résulté de la déclaration d'Edon est celui que Girouard ne serait venu chez Dautun que le 15, et que Dautun ne lui ait pas dit qu’il louait la chambre pour lui et un de ses amis.

L'orfèvre Duval a déclaré qu'il avait acheté une montre pour le prix de 66 francs et une fleur de lis, d’un individu qui s’est donné le nom d'André. Cet orfèvre, dans l‘instruction, n’a pas reconnu Dautun.

La dame Gerbu, orfèvre, est celle qui a acheté pour 194 francs d'argenterie le 8 novembre. C’est encore Dautun qui a donné ce renseignement, qui s'est trouvé juste, quoique la dame Gerbu ne le reconnaisse point. On a de nouveau rappelé la circonstance de la clé remise à Dautun par Girouard.

Ici, une scène violente s’est élevée entre les deux accusés. Dautun, sur l'ordre de M. le président, fixant Girouard, lui a soutenu qu'il tenait de lui la clef de son frère. Girouard lui a reproché vivement et avec force l'assassinat de son frère.

« Pourquoi est-ce vous, Dautun, a dit M. l'avocat-général, qui détournez le premier les yeux ? »
Dautun a répondu : « Parce que je ne puis le voir sans horreur. »

Le public n’a pas pu s'empêcher de manifester, par une improbation marquée, l'impression que lui faisait éprouver cette réponse.

« Comment, a dit le président à Girouard, savez-vous que Dautun est un assassin ?
Par l’acte d'accusation »
a répondu Girouard.

La fille Conrad, femme de ménage de Charles Dautun, a fait une déclaration remarquable par une naïveté qui peut être regardée comme une preuve de sa véracité. Les 9, 10 et 11 novembre, Dautun rentra à dix heures du soir, portant un paquet ; il repartit et rentra à minuit. II brûla des papiers timbrés. Elle confirme l’allégation de Girouard, qu'il n’est pas venu chez Dautun depuis la fin d'octobre jusqu'au 16, jour de la disparition de sa femme. Elle a entendu Girouard dire à Dautun :
« Je suis allé chez ton frère, il n’y est pas, il est à la campagne. »

Girouard rapporte ce propos à Dautun. Elle a nié que Girouard eût dit à Dautun :
« L’affaire est faite. »

Il parait qu'à cette époque Girouard ne possédait qu’une pièce de 5 francs.

M. de l'Étang, ancien avoué, a déclaré que dans le mois de novembre, la femme de Girouard était venue le trouver et lui avait dit :
« Je ne puis plus rester avec mon mari ; il a fait une action infâme »

La famille de Girouard le redoutait. Il a perdu sa rente au jeu. Une circonstance qui a paru étonnante, c'est que Dautun donnait le 12 décembre, après l‘assassinat de son frère, après que lui-même avait déménagé sa chambre, l'adresse de cet infortuné. M. de Létang s'est empressé de faire savoir au public que l'argent qu'il prêtait aux accusés ne lui avait jamais rapporté d'intérêt.

La séance a été suspendue pendant un quart-d'heure. Le silence s'étant promptement rétabli, le 23ème témoin a été introduit.

Gabriel Daglier rapporte que Girouard, lui parlant de l’assassinat de Dautun, lui dit qu'il croyait que c'était une vengeance de famille ; qu'au reste il ne devait pas avoir souffert, parce que l'on devait l'avoir tué avant de le dépecer. Il croit que ce propos a été tenu le 11 ou le 12 novembre. Girouard reporte sa rencontre avec le témoin au 18 ou au 19, mais nie le surplus de la déposition.

Le garçon de café de la Comète a confirmé la cause de la blessure à la main de Girouard, faite, a-t-il dit, en cassant un verre.

Darcour, propriétaire de Girouard, a entendu son épouse appeler son mari un homme infâme. On a rapproché cette déposition de celle de M. Létang ; quelle était cette action infâme !....

La demoiselle Dural dit que Girouard a raconté qu'il avait été voir le corps à la morgue ; l'accusé le nie. Le peintre Cassard a soutenu qu'il avait entendu dire à Girouard :
« Si je trouve ma femme, je la tuerai ; je m'en moque, ma tête est mise prix, je périrai sur un échafaud. »

Il confirme que Girouard était joueur. La femme Cassard a répété le même propos.

Le témoin Million a fait une déposition de laquelle il est résulté un rapprochement singulier. Girouard aurait dit dans la maison n° 17 rue Neuve des Petits-Champs, où, le mois dernier, fut assassinée la belle Hollandaise :
« Je suis malheureux : de la vertu au crime, il n’y a qu’un pas ; j’en prendrai où je pourrai. »

Janot, le marchand de vin chez qui se passait la scène, dit avoir entendu :
« De la vie à la mort, il n’y a qu’un pas. »
Girouard, s’il faut l’en croire, est un homme jaloux et violent.

Trois témoins ont manqué aux débats. M. le président a rappelé ce qu’ils auraient pu dire. Restait la femme de Girouard à entendre. La réquisition de celui-ci était nécessaire pour la faire entendre ; il l’a demandée avec une grande confiance. Le propos de cette dame avait fait impression. La cour a ordonné qu'elle fut entendue, et M. l'avocat-général a demandé à la cour la réquisition de l’accusé, et la consignation au procès-verbal de l’audience.

Mme Girouard a paru, et M. le président, avec cet art des convenances et des situations qu'il possède si bien, a procédé à son interrogatoire.

Cette dame a déclaré que son mari avait pour elle les plus mauvais traitements ; qu’il avait vendu tous ses bijoux. Elle a nié le propos répété par M. de Létang. Son mari sortait de bonne heure huit jours avant le 14 Novembre. En apprenant l’assassinat, elle s'est écriée :
« Ah ! voila donc pourquoi il voyait souvent Dautun ! »

Ce propos est consigné aux pièces, mais elle ne l’a pas répété à l’audience. Le 11 novembre il est rentré à minuit, a resté presque nu sur une chaise jusqu'à quatre heures du matin, a cassé le portrait de sa femme ; et lorsque, quelques jours après, celle-ci causant avec la dame Cassard de l’assassinat dont tout Paris s’entretenait, passa en revue les supplices, que l’on devrait prononcer contre les assassins. Girouard lui dit : « Vous parlez comme des femmes. »
Il s'enivrait presque tons les jours et disait : « Je périrai, mais je veux que ma femme périsse avant. » Girouard a nié toutes ces circonstances.

Tels sont les débats qui ont un lien dans ces deux audiences. Celle d'aujourd'hui a été suspendue à cinq heures et quart, et reprise à sept heures et demie pour entendre M. Girodet, avocat-général, dans ses conclusions.

A une heure du matin, MM. les jurés sont allés aux opinions. A trois heures et demie ils sont rentrés, et M. le président a fait connaitre le résultat des votes.

Charles Dautun a été condamné à la peine de mort. Girouard a été acquitté.

Dautun a entendu son arrêt avec assez de tranquillité ; et au moment où il a été prononcé, il s'est caché la figure avec son mouchoir.

M. le président a adressé à Girouard quelques paroles ; il lui a dit qu'il devait s'attacher à réparer par une bonne conduite les torts de sa jeunesse, et à mériter l'estime de ses concitoyens et l'indulgence du tribunal.

La foule a continué d'être prodigieuse dans la salle d'audience jusqu’au moment de l’arrêt.

1815-02-26 Le Journal de Rouen
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MessageSujet: Re: Claude-Jean-Charles-Dautun - 1815   Ven 10 Fév 2017 - 19:17

Charles Dautun s'est pourvu en cassation ce malin à dix heures et demie. Girouard est en liberté depuis deux jours.

Le Journal de Rouen mercredi 1er mars 1815

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MessageSujet: Re: Claude-Jean-Charles-Dautun - 1815   Dim 19 Fév 2017 - 21:55

CHRONIQUE DU CRIME ET DE L'INNOCENCE
Par J.-B. J. CHAMPAGNAC

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Fratricide de Charles Dautun : P. 323 à 342

https://books.google.fr/books?id=fSmsH2zXhyoC&pg=PA440&lpg=PA440&dq=#v=onepage&q&f=false

Bonne lecture !

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Dernière édition par Adelayde le Mar 21 Fév 2017 - 19:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Claude-Jean-Charles-Dautun - 1815   Lun 20 Fév 2017 - 23:30

Deux ouvrages évoquent les crimes de Dautun :

Annales d'hygiène publique, industrielle et sociale, « Accusation de fratricide »
(p. 464 à 474)

https://books.google.fr/books?id=65gjAQAAIAAJ&pg=PA467&lpg=PA467&dq=Charles+Dautun+assassin&source=bl&ots=aEqTyIqkDY&sig=QcAZi3Xvquy-nHNzclo3uAlmeE4&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwifuaP51K7RAhXGVRoKHUEKCuw4ChDoAQggMAI#v=onepage&q=

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Causes politiques célèbres du dix-neuvième siècle, « Procès de Dautun et Girouard »

(p. 377 à 420)

https://books.google.fr/books?id=iyNEAAAAcAAJ&pg=PA409&lpg=PA409&dq=#v=onepage&q&f=false

Bonne lecture !

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MessageSujet: Re: Claude-Jean-Charles-Dautun - 1815   Sam 25 Fév 2017 - 15:04

[…] Le premier assassin dépeceur dont les archives judiciaires conservent le dossier serait un nommé Charles Dautun, lieutenant, au 4° léger, qui assomma et coupa en morceaux sa tante et son frère pour les voler. La folie du jeu perdit ce « novateur » du crime, qui fut exécuté en place de Grève le 29 mars 1815.

Le procédé fut adopté ensuite par de nombreux criminels. La plupart d'entre eux finirent sur l'échafaud, comme Charles Dautun. […]

Le Gaulois, n° 16 909 du 21 janvier 1924

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MessageSujet: Interdiction de la traite négrière transatlantique 29/03/1815   Sam 25 Fév 2017 - 15:16

ESCLAVAGE

L’Histoire aura retenu la date du 29 mars 1815 non pas comme étant celle de l’exécution de Charles Dautun, mais celle de l’interdiction de la traite négrière transatlantique.

En effet, après une première tentative d’abolition en 1794 rapidement mise en échec, la France a définitivement interdit la traite négrière transatlantique par un décret impérial en date du 29 mars 1815 et l’esclavage en 1848.


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MessageSujet: Re: Claude-Jean-Charles-Dautun - 1815   Sam 25 Fév 2017 - 21:28

A noter que Napoléon signa ce décret durant la période des 100 jours, soit tout à la fin de son règne, après le 1er passage de Louis XVIII.

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MessageSujet: Re: Claude-Jean-Charles-Dautun - 1815   Dim 26 Fév 2017 - 14:04

Oui, Carnifex.

En dépit de la courte période des cent jours, Napoléon, confronté alors à des enjeux politique capitaux au regard non seulement de la France mais aussi de l'Europe, a réussi à faire un premier pas vers l’abolition pure et simple de l'esclavage.

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