La Veuve

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 Charles Burger – le sommelier dépeceur - 1922

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Adelayde
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MessageSujet: Charles Burger – le sommelier dépeceur - 1922   Ven 9 Déc 2016 - 19:22

AVERTISSEMENT : CERTAINES IMAGES SONT SUSCEPTIBLES DE CHOQUER LES ÂMES SENSIBLES !



CHARLES BURGER – LE SOMMELIER DÉPECEUR – 1922
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Charles BURGER (tête 257-161)
Très belle photo visible sur le site de Boisdejustice

http://boisdejustice.com/Anatole/Anatole.html

LES FAITS

Charles Burger - 35 ans, sommelier. Tue à Paris Gaston Jobin, 40 ans, sommelier, avec la complicité d'Estelle Jobin, 36 ans, dont il était l'amant, le 23 mars 1919. Après l'avoir assommé dans son lit et découpé le corps en quatre morceaux, il jeta une jambe et le tronc dans la Seine, et enterra la tête et l'autre jambe dans le bois de Clamart. Estelle Jobin fut condamnée à perpétuité
Condamnation : 25 juin 1922,
Exécution : 12 octobre 1922.

Source – Le site de Sylvain Larue / Nemo : "L’art de bien couper"
http://laveuveguillotine.pagesperso-orange.fr/Palmares1871_1977.html

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UN CRIME EFFROYABLE
découvert auprès dix-huit mois
- - - - - - - - -
Le cadavre coupé en morceaux, repêché le
8 avril 1920 à Bougival, était celui d'un
employé du Grand Hôtel, nommé Jobin
Il avait été assassiné et dépecé par sa femme et un de ses collègues
Les coupables, arrêtés à Toul, où ils tenaient un hôtel, ont tout avoué

À défaut de l’assassin de Marie-Marguerite Berrier sur lequel on n’a pas réussi à trouver jusqu’ici la moindre indication précise, la police judiciaire a appréhendé, hier à Toul, les auteurs d’un crime analogue à celui de Choisy-le-Roi.

LA LUGUBRE TROUVAILLE DE BOUGIVAL

Le 8 avril 1920, en effet, MM. Charles David, artiste peintre, et Eugène Bidel, forgeron, pêchaient paisiblement à la ligne quai Georges-Clemenceau, à Bougival, lorsqu'ils aperçurent un paquet flottant à la surface de l’eau.
Les pécheurs à la ligue sont curieux, surtout quand ça ne mord pas. À défaut de carpes ou de brème, le peintre et le forgeron essayèrent de pêcher le paquet. Ils réussirent à le ramener sur la berge. C'était un sac de couchage de l'armée américaine en toile imperméable vert-noir. On y distinguait encore un cachet portant la lettre A et le mot Bill.
Le sac était ligoté par cinq grosses courroies de provenance militaire, et paraissait contenir un objet lourd et malléable.



Le sac de couchage dans lequel les assassins
avaient enfermé les débris du malheureux
Jobin avant de le jeter dans la Seine, où
il fut repêché le 8 avril 1920

Intrigués, les pêcheurs dénouèrent péniblement les liens. Un spectacle lugubre les attendait : ils avaient retiré de l'eau un corps humain.
Ce corps était affreusement mutile. La tête manquait, le cou ayant été tranché au niveau de la septième vertèbre. Les jambes avaient été détachées au ras du bassin par une section très nette. Les os iliaques avaient été sciés symétriquement. Les bras étaient intacts. Une corde les maintenait au-dessus du coude. Les mains - de longues mains fines, aux ongles soignés - étaient attachées derrière le dos.
Détail macabre : le tronc était encore revêtu d'un gilet en jersey cachon. Ce tricot portait la marque Morley's Flying Wheel - R. G. O. 888. Made in- England B. M. L, surmontée d'une hélice.

Cette découverte suivait de quelques jours la disparition d'un rentier de Chaville, M. Desjardin, que l'on recherchait activement. On crut, tout d'abord, que le tronc humain retrouvé était celui du rentier. Mais le corps de M. Desjardin fut repêché dans la Seine également, à Auteuil, quarante-huit heures plus tard.
Il fallait chercher ailleurs la victime. Les disparitions, hélas ! ne manquaient pas. Une dame Paillard, de Sèvres, vint déclarer que le cadavre dépecé pouvait être celui d'un Canadien, M. Joseph Colombin, qui avait fait partie de la formation sanitaire des Coteaux-de-Saint-Cloud. M. Colombin portait généralement un tricot identique à celui qui enserrait le tronc.
Un instant on pensa à M. Henri Pollet, industriel parisien, qui avait quitté sa famille le 6 février, pour se rendre en Belgique, pour affaires, et dont l'assassin présumé vient d'être arrêté récemment à Tournai.
Ces dernières hypothèses furent également abandonnées, les conformations anatomiques du cadavre retrouvé ne concordant pas avec celles des disparus.

Les docteurs Paul et Fleury, chargés d'examiner le cadavre, avaient constaté un varicocèle très prononcé à l'aine droite. C'était un indice précieux, comme on le verra par la suite. Ils avaient également formulé l'hypothèse que la victime mesurait entre 1 mètre 60 et 1 mètre 65. Aujourd'hui que le cadavre est identifié, on sait que la taille de l'infortuné était de 1 mètre 62.
La médecine légale est une science exacte. Finalement, le cadavre ne put être identifié et le parquet de Versailles classa l'affaire.

À PROPOS D'UNE COUPURE DE JOURNAL

À propos, précisément, de la jeune femme coupée en morceaux, les journaux avaient rappelé la découverte de Bougival.
Une lettre venant de Suisse, et mise au rebut, en raison de son adresse incomplète, fut ouverte par la poste. Elle contenait une coupure relatant le crime ancien. La police judiciaire, avisée, trouva le destinataire. C'était M. Jobin, demeurant à Paris, 111 boulevard de Ménilmontant. Celui-ci indiqua que la lettre émanait de sa sœur, domiciliée à la Chaux-de-Fonds, et que celle-ci faisait allusion à leur frère, Gaston Jobin, né le 25 mars 1880 à Arc-et-Senans (Doubs), et disparu depuis plusieurs mois.
Gaston Jobin souffrait d'un varicocèle identique à celui du cadavre de Bougival. Cette particularité avait frappé sa sœur. Elle permit, également, d'identifier définitivement la victime.

M. Ducrocq, directeur de la police judiciaire, chargea le brigadier Chollet et les inspecteurs Holzer et Tabaraut, sous les ordres de l'inspecteur principal Bethuel, d'enquêter sur les circonstances qui avaient accompagné la disparition de Gaston Jobin.

Le disparu était garçon d'étage au Grand-Hôtel. Serviteur zélé, Gaston Jubin avait bon cœur. Il avait recueilli chez lui un certain Charles Burger qui se trouvait sans place à sa démobilisation. Il l'hébergea et le fit entrer an Grand-Hôtel. Mal lui en prit. Jobin était marié. Il avait épousé, en 1907, Estelle Harlet, née le 24 octobre 1885, à Consobre (Nord).
Burger, pour remercier son bienfaiteur, devint vite l’ami de sa femme. Jobin, paraît-il, connaissait, au moins en partie, l'inconduite de celle-ci. Il avait voulu divorcer mais il n'avait pas donné suite ce projet. Des scènes éclataient entre les deux époux, et Burger y prenait part. Burger reprochait à Jobin d'avoir déserté. Celui-ci, né en Suisse, n'avait pas fait les démarches nécessaires avant la guerre pour régulariser sa situation.

LA LETTRE DU « DÉSERTEUR »

Or, une lettre était parvenue à la police qui accusait précisément Jobin de s'être dérobé à son devoir militaire. Elle était signée « Un déserteur.»
Cette coïncidence amena l'inspecteur Holzer à confronter la lettre anonyme avec l'écriture de Burger. Il se fit donner, au Grand-Hôtel, le carnet de ménage tenu par les garçons. Aucun doute n'était permis : c'était bien Burger, le « déserteur ». Sur ce même carnet, l'inspecteur fit une troublante constatation : Burger s'était absenté irrégulièrement le 20 mars 1920, jour de la disparition de son camarade.

À partir de ce moment, la police fut persuadée de la participation directe de Burger au crime, d'autant plus qu'il était sans ressources au moment où il quitta Paris, alors que la femme Jobin devait posséder une soixantaine de mille francs, représentant les économies de son mari.
Le procureur de la République commit M. Warrain, juge d'instruction, qui décerna des mandats d'amener contre Burger et la femme Jobin.

« AFIN D'ÊTRE PLUS LIBRES »

Avant-hier, muni d'une indication précise, M. Faralicq, commissaire à la direction de la police judiciaire, prenait le train pour Toul, en compagnie du brigadier Chollet et des inspecteurs Holzer et Tabarant. Après une journée de recherches, ils découvraient le couple, qui tenait place de la République l'hôtel du Bosquet.

Pendant que le brigadier Chollet s'assurait de la personne de la veuve de Jobin, Holzer et Tabarant conduisaient Burger dans une chambre séparée. M. Faralicq procéda à son interrogatoire. Son récit ne concorda nullement avec celui de sa complice. Enfin, à cinq heures du soir, Estelle Jobin, puis Burger, entraient dans la voie des aveux. Le drame se serait déroulé le 20 mars 1920, 354 rue de Vaugirard. Depuis longtemps le couple nourrissait l'intention de supprimer Jobin, « afin d'être plus libre ».

LE CRIME

C'est au cours d'une discussion que Burger provoqua, en accusant encore son camarade de n'avoir pas été soldat, que Jobin fut terrassé et étranglé par son camarade. Puis, Burger, aidé par Estelle, dépeça le cadavre. Ils mirent le tronc dans le sac de toile, la tête et, les jambes dans des chiffons, et le lendemain soir, les deux complices allèrent jeter les macabres débris dans la Seine, au pont Mirabeau.

C'est par un coup de téléphone reçu à !a police judiciaire à 5 h. 30, hier soir, que M. Ducrocq reçut la nouvelle des aveux. M. Leullier, préfet de police, l'a vivement félicité du succès obtenu par ses collaborateurs.
Burger et !a femme Jobin seront probablement ramenés à Paris aujourd'hui même.

CE QUE DIT LE FRÈRE DE LA VICTIME

C'est, pour une large part, sur les indications fournies par le frère aîné de la victime de ce crime odieux, M. Jobin, habitant boulevard de Ménilmontant, que la police judiciaire a étayé les bases de son enquête.
Nous avons pu rencontrer celui-ci, et voici quelles ont été ses déclarations :

- Notre famille comptait seize enfants. J'étais, moi, le second de la lignée et l'infortuné Gaston le quinzième. Nous sommes tous Suisses, à l'exception de Gaston, qui naquit à Arc-et-Senans, dans le Doubs. Mon père, qui exerçait la profession d'horloger, habite maintenant la Chaux-de-Fonds.

Comme l'exige la loi française, mon frère aurait dû, à l'âge de vingt ans, opter pour l’une des deux nationalités. Il se trouvait alors à Londres et négligea cette formalité depuis quelque vingt ans ; il se trouvait dans une fausse situation, n'étant ni Suisse, ni Français.
Durant la guerre, il ne fut cependant pas inquiété. Et celle-ci était finie depuis dix-huit mois, lorsqu'au mois de mars, l'autorité militaire fut prévenue par une lettre anonyme, de la situation irrégulière de Gaston ; le dénonciateur était Burger, je l'ai su depuis.

On comprend la stupeur de mon frère lorsqu'un beau matin, il reçut une convocation d'avoir à se présenter à, la place. Il y exposa son cas, et l'on dut le trouver très bénin puisqu'il fut renvoyé sans qu'aucune décision immédiate eut été prise. À quelque temps de là, d'ailleurs, sa situation était réglée. On le classait dans l’auxiliaire, donnant pour raison de cette décision qu'il avait plus de trente-cinq ans. »


Mais cet avis ne serait jamais parvenu à son destinataire. Il était en effet nécessaire, pour l'exécution de projets criminels de ceux qui avaient juré la perte de Jobin, qu'il ignorât, et les siens avec lui, qu’il était délivré de toute suspicion de désertion Mais n'anticipons pas.

- En 1908, continue notre interlocuteur, mon frère, régularisant une situation datant de deux années déjà, épousait son amie, dont le passé ne devait pas cependant lui garantir un bonheur durable. Il n'ignorait pas, en effet, que celle-ci avait eu de nombreuses aventures. Le malheureux devait, à son tour, en faire, et à plusieurs reprises, la triste expérience.
Le ménage était alors installé 95 rue Oberkampf, et Gaston, déjà employé au Grand-Hôtel, y assurait un service de nuit.


LA FÂCHEUSE SURPRISE

- Convaincue que son mari ne rentrerait pas, Mme Jobin n'avait pas hésité à introduire chez elle un homme qu'elle voyait habituellement au dehors. On ne sait trop pour quelle raison mon frère, ce jour-là, put rentrer chez lui de bonne heure. Il essaya sa clef mais celle-ci n'entrant pas dans la serrure, il s'étonna d'abord, puis frappa à coups redoublés dans la porte, craignant un accident.
Au bout de quelques minutes, sa femme vint ouvrir.

- " Mais, ce n'est pas ton jour", dit-elle à Gaston, stupéfait, mais qui ne comprit pas sur-le-champ le sens de celte exclamation, et il pénétra dans l'appartement, reprochant sa femme de l'avoir fait attendre sans raison. Brusquement, ayant fait de la lumière, il aperçut des pieds qui dépassaient d'une penderie. On imagine la scène qui se déroula.

Des voisins, attirés par les échos de la dispute, ayant jugé nécessaire d'intervenir, furent reçus par Mme Jobin, qui, avec un calme, parfait, les remercia et les renvoya en disant :
- "Ne vous inquiétez pas. c'est une histoire de famille."

Gaston vint me trouver et me signifia son intention de divorcer. Cependant, faible de caractère, il n'en fit rien et, comme son attitude était jugée sévèrement par les siens, il cessa de les voir. Les événements devaient malheureusement démontrer qu'il eût bien fait de s'en tenir à sa décision première. Il fit en effet, par la suite, connaissance de Charles Burger, employé comme lui au Grand-Hôtel.

On devine ce qui se passa. Devenu à son tour l’ami de Mme Jobin, Burger changea de caractère ; de doux qu'il était, il devint violent.
Circonvenu par ma belle-sœur, il entra dans ses vues et devint entre ses mains un docile instrument. La situation irrégulière de Gaston lui ayant été révélée, il décida d'attirer sur celui-ci l'attention de l’autorité militaire, puis de le faire disparaître, en annonçant que, pris de peur, il avait fui à l'étranger.
Ainsi fut fait.


AU GRAND-HÔTEL

Au Grand Hôtel, tout le personnel se souvient fort bien de Jobin et de Burger. Le premier était entré en qualité d'aide-sommelier le 27 février 1913 ; il n'avait pas tardé à devenir « sommelier d'étage ». Sérieux, très doux, de caractère et de relations fort agréables, il avait dans l'établissement de nombreuses et solides amitiés. On sait que le 20 mars 1920, il prit un jour de sortie. Personne ne devait plus le revoir.
Comme il était d'une ponctualité remarquable, la direction envoya le 21 mars à son domicile, afin de savoir pourquoi il n'avait pas repris son service. La concierge répondit, qu'elle ne l'avait pas vu depuis l’avant-veille.

Bientôt Burger raconta à qui voulait l'entendre que Jobin était parti pour la Suisse, où il avait l'intention de se retirer. On s'étonna bien que le sommelier n'eût fait à personne la confidence de ce projet, mais les raisons données étaient plausibles. Et le temps passa.
Burger, avant la guerre, avait lui aussi travaillé au Grand-Hôtel, où il remplaçait les garçons de sortie. Il avait à cette époque une amie, qu'il avait rendue mère et qu'il épousa. Pendant sa mobilisation, sa compagne eut un second bébé, une petite fille, et mourut en couches, son premier enfant l'avait précédée de quelques semaines dans la tombe.

Les époux Jobin accueillirent Burger, revenu au Grand-Hôtel comme sommelier, le 16 avril 1919, et sa fillette. Mme Jobin ne tarda pas céder aux sollicitations du commensal de son ménage. Cela, tout le monde, au Grand-Hôtel, le savait.
Après la disparition de Jobin, Burger continua son service, sans paraître le moins du monde préoccupé. En août 1920, il quitta sa place, annonçant qu'il allait s'établir dans l'Est.
Et la nouvelle qu'il était un assassin n'a pas moins surpris ses anciens camarades de travail qu'elle n'a étonné les concierges du 354 rue de Vaugirard, où fut assassiné le malheureux Jobin.

RUE DE VAUGIRARD

Les renseignements les meilleurs nous ont été fournis à cette adresse sur le ménage Jobin. Les époux étaient venus s'installer il y a huit ans rue de Vaugirard.
Lorsque le mari disparut, la femme expliqua qu'étant déserteur et sur le point d'être arrêté, il avait préféré partir pour l'étranger, où sa connaissance de plusieurs langues pouvait lui permettre de se faire une situation. Au mois d'octobre 1920, elle quitta son appartement en compagnie de Burger.
Les parents de Jobin vinrent à plusieurs reprises pour se renseigner sur le sort de celui-ci. Ils allèrent même jusqu'à fouiller les caves, en compagnie du concierge de la maison. Mais leurs investigations restèrent sans résultant. Les voisins n'ont jamais entendu dans l'appartement occupé par les époux Jobin et Burger la moindre discussion, le moindre bruit de lutte.

À la dernière heure, dépêche de notre, correspondant particulier à Toul.


Le Petit Parisien, n° 16 283 du 28 septembre 1921

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Adelayde
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MessageSujet: Re: Charles Burger – le sommelier dépeceur - 1922   Ven 9 Déc 2016 - 19:34

Les restes de Jobin








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CARNIFEX
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MessageSujet: Re: Charles Burger – le sommelier dépeceur - 1922   Sam 10 Déc 2016 - 13:22

Quelle horreur! affraid Une vraie boucherie.

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MessageSujet: Re: Charles Burger – le sommelier dépeceur - 1922   Sam 10 Déc 2016 - 16:26

Des images à la limite de l'insoutenable, c'est pourquoi j'ai estimé qu'un avertissement était nécessaire.

Elles ont cependant leur importance puisqu'elles révèlent le sadisme des dépeceurs qui ont inutilement mutilé le corps de leur victime : thorax ouvert, épaule et main écorchées...

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MessageSujet: Burger (suite)   Sam 10 Déc 2016 - 16:44

Une trouvaille on ne peut plus macabre mais tout à fait extraordinaire!Probable que les jurés de l'époque l'aient certainement visionnée et qu'elle ait contribué à envoyé Burger direct vers tonton Anatole lors d'un petit matin blême.Bravo Adelayde!!!
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Charles Burger – le sommelier dépeceur - 1922   Dim 11 Déc 2016 - 15:44

ON EXÉCUTE CE MATIN BURGER,
L'ASSASSIN DU GARÇON D’HÔTEL JOBIN

Ce matin à 6 heures, Charles Burger, qui assassina son ami, le garçon d'hôtel Jobin, et le coupa en morceaux aura expié son crime.

Arrêté le 25 septembre 1921, à Toul, où il tenait, avec sa complice, Estelle Jobin, un des plus grands hôtels de la ville, Charles Burger fut ramené à Paris. Sur les indications des deux misérables, on découvrit, dans le bois de Meudon, une partie des ossements de Jobin.

Condamné à mort le 25 juin dernier, tandis qu'Estelle Jobin était envoyée au bagne à perpétuité, Burger s'était pourvu en cassation, mais la cour rejeta son pourvoi le 24 août dernier.
Depuis lors, Burger n'avait plus d'espoir qu'en la clémence présidentielle, que Me Darmont, son défenseur, était allé solliciter dernièrement.

Le Petit Parisien, n° 16 662 du 12 octobre 1922
+++++++

L’EXÉCUTION
de Charles Burger
- - - - - - -
SES DERNIÈRES PENSÉES FURENT
POUR SA FILLETTE ET POUR ESTELLE JOBIN
- - - - -

Charles Burger a expié courageusement hier matin, l'assassinat de son collègue et ami, le garçon d'hôtel Jobin.

Depuis quelques jours déjà, le condamné, qui avait compilé les jours et pressentait l'imminence du dénouement, manifestait dans son attitude, sinon dans ses paroles, une très vive inquiétude. Pourtant, il avait passé une fort bonne nuit quand, à 5 h. 20 du matin, il fut tiré de son sommeil par l'arrivée dans sa cellule de MM. Corre, avocat général ; Donat-Guigue, substitut du procureur de la République ; Warrain, juge d'instruction ; Ducrocq, directeur de la police judiciaire ; Guillaume, commissaire aux délégations judiciaires et du docteur Paul, médecin légiste qu'accompagnait son défenseur, Me Henry Darmont.

L'avocat général lui annonça que la grâce présidentielle lui était refusée et l'exhorta au courage.
Burger qui, dès l'entrée des magistrats avait compris, déclara simplement :

- C'est un assassinat !

Et il ajouta tristement :

- Il ne me sert donc à rien » d'avoir fait mon devoir à la guerre !

Mais sa prostration fut de courte durée ; docilement il se laissa faire par les aides de M. Deibler la dernière toilette, et après avoir accepté une cigarette et refusé un verre de rhum, il se confessa longuement à l'abbé Bertho, l'aumônier de la Santé. Pourtant, il ne voulut pas entendre une dernière fois la messe.

Avant de monter dans le fourgon qui devait le mener au pied de l'échafaud, Burger remit à son avocat une série de dessins, faits au crayon, de figures enfantines et de symboles militaires, comme tracés par un écolier bien appliqué à sa tâche.

- Vous les remettrez, lui dit-il, à mes parents.

Et il ajouta :

- Pauvres parents ! Pauvre petite Sonia !

Mais sa fillette ne devait pas avoir sa dernière pensée. Il parla encore de son amie et complice, Estelle Jobin, à son défenseur :

- C'est pour elle que je meurs, lui dit-il. Embrassez-la pour moi.

Le fourgon était arrivé devant l'échafaud. Dans le jour encore incertain qu'estompait davantage une épaisse brume, Burger, grand, élancé, tel qu'il était à Toul, au moment de son arrestation, descendit sans faiblesse l'escabeau appliqué à l'arrière de la voiture.

Le prêtre le reçut dans ses bras.

- Je ne vous dis pas adieu, mon fils, lui dit-il, mais au revoir.

Burger se crispa.

« Maître Darmon ! appela-t-il, dans un cri désespéré. Mon avocat ! Mon avocat ! » réclama-t-il ensuite à deux reprises, d'une voix suppliante.

Mais avant que son défenseur eût pu répondre à son dernier appel, les deux aides du bourreau l'avaient précipité sur la bascule. Un déclic, le bruit sourd produit par la chute du sinistre couperet ; justice était faite, Il était 5 h. 45.

Le corps du supplicié a été réclamé par la famille.

Le Petit Parisien, n° 16 663 du 13 octobre 1922

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MessageSujet: Le procès 1/3   Ven 6 Jan 2017 - 16:10

L'HOMME COUPÉ EN MORCEAUX
- - - - - - -
Charles Burger et sa maîtresse
les assassins du sommelier Jobin,
comparaissent devant les assises de la Seine

Paris, 22 juin. - Aujourd'hui jeudi ont commencé, devant la cour d'assises de la Seine, les débats relatifs à l'assassinat du sommelier Jobin, assommé et étranglé, puis dépecé par sa femme Estelle et l'amant de cette dernière, Charles Burger, ce dernier originaire de Pont-à-Mousson, où sa famille est très honorablement connue.

Rappelons dans ses grandes lignes cette macabre affaire qui, au commencement d'avril 1920, et durant plusieurs semaines, occupa l'attention publique.

UNE PÊCHE MACABRE

Le 8 avril 1920, dans l'après-midi, deux pêcheurs à la ligne apercevaient, flottant à la surface de la Seine, quai Georges-Clemenceau, à Bougival, un volumineux paquet enveloppé de toile noirâtre. L'ayant amené sur la berge, ils constatèrent qu'il contenait un tronc humain nu auquel seuls les bras adhéraient encore.
L'identité du mort n'ayant pu être établie, les recherches furent momentanément abandonnées.

Près de quinze mois s'écoulèrent. Fin août 1921, une nouvelle affaire de cadavre coupé en morceaux retenait l'attention publique. Il s'agissait du cadavre de femme décapité, dont le tronc, puis les jambes, puis les bras venaient d'être découverts à quelques jours d'intervalle dans la Seine, à Choisy-le-Roi et à Neuilly.

Un jour, parmi les nombreuses lettres reçues quotidiennement à la police judiciaire, et signalant des disparitions plus ou moins anciennes, s'en trouva une, signée L. Jobin, 111 boulevard de Ménilmontant. L'auteur de cette missive demandait que l'on enquêtât sur la disparition de son frère, Gaston-Charles Jobin, âgé de 40 ans. Charles Jobin, sommelier depuis un vingtaine d'années dans un grand hôtel du boulevard des Capucines, habitait, avec sa femme, née Estelle Harlet, 36 ans, 354, rue de Vaugirard. Or, au mois de mars 1920, il avait subitement disparu de son travail et de son domicile et sans donner signe de vie depuis.

ON IDENTIFIE LE CADAVRE

L'âge, la taille, certaines particularités physiques du disparu correspondaient exactement avec les remarques faites, par le docteur Paul, médecin légiste, sur le tronc humain repêché, il y avait quinze mois, à Bougival. Enfin, détail probant, le tricot dont le tronc était vêtu au moment du repêchage fut formellement reconnu comme ayant appartenu au sommelier.

Munis de ces précieux renseignements, le brigadier Cholet et les inspecteurs Falaraud et Holzer de la police judiciaire se mirent aussitôt en campagne. Ils apprirent qu'en effet Gaston-Charles Jobin avait disparu de chez lui, en même temps que de sa place, où il était fort bien noté, avec une soudaineté que rien ne justifiait. Ils apprirent encore que Jobin, au moment de sa disparition, avait comme ami et pensionnaire, 354, rue de Vaugirard, un certain Charles Burger, âgé de 34 ans, qu'il avait fait entrer également comme sommelier à l'hôtel où il était lui-même employé.

Jobin avait recueilli chez lui ce Charles Burger, et la toute jeune fillette que ce dernier, resté veuf, avait à sa charge. Burger n'avait pas tardé à devenir l'amant de la femme de son bienfaiteur.

On sut alors qu'à diverses reprises des lettres anonymes étaient parvenues à l'autorité militaire, au cours des hostilités, désignant Jobin, né de parents suisses, mais naturalisé Français, comme déserteur.
L’écriture des lettres anonymes fut comparée à celle d'un carnet où le sommelier Charles Burger notait ses commandes. Elles étaient identiques.

Les policiers apprirent enfin que, quelques mois après la disparition de Jobin, sa femme avait quitté, en compagnie de Burger et de sa fillette, le logement de la rué de Vaugirard. Ils étaient, allés s'installer à Toul, où ils avaient fait l'acquisition d'un fond d'hôtel-brasserie.

LES ASSASSINS FONT DES AVEUX

Quelques jours plus tard, un commissaire de la police judiciaire, assisté du brigadier Chollet et de deux inspecteurs, se rendait à Toul. Convoqués en leur présence, au commissariat de cette ville, et interrogés sur ce qu'ils savaient de la disparition de Jobin, Mme Jobin et Burger fournirent d'abord quelques explications embarrassées. Puis, sur cette question posée à brûle-pourpoint : « N'êtes-vous jamais allés vous promener du côté de Bougival ? »

Ils se troublèrent et entrèrent dans la voie des aveux.

Le soir du 23 mars 1920, Jobin étant couché, une scène violente avait éclaté entre Estelle Jobin et Burger, la femme reprochant à son ami de n'avoir pas le courage de supprimer l'obstacle qui les séparait. Burger s'était alors précipité dans la chambre de Jobin, résolu à lui chercher querelle.

- Il paraît, lui avait-il crié, que tu m'accuses d'être l'auteur des dénonciations contre toi à l'autorité militaire ?

L'altercation avait pris aussitôt une allure extrêmement violente et Burger, ayant saisi Jobin à la gorge, lui martela la tête à l'aide d'un cendrier de marbre. Sur ces entrefaites, la femme Jobin accourut et, en présence de sa maîtresse, Burger redoubla ses coups et son étreinte. Jobin demeura inerte. Il était mort.

Les deux complices songèrent alors à se débarrasser du cadavre. Burger le transporta dans la Salle à manger et alors commença l'horrible dépeçage. Burger sectionna la tête et les jambes et fit de tous ces débris trois paquets soigneusement ficelés, tandis que sa complice faisait disparaître les traces de sang.

Dans la soirée, le couple sinistre, accompagné de la fillette de Burger, alla en taxi jeter dans la Seine, au pont Mirabeau, la partie du cadavre comprenant le tronc et les bras que l'on devait repêcher quinze jours plus tard, à Bougival. Le lendemain, ils enterraient dans les bois de Clamart, la tête et les autres membres de leur victime.

Les débats de cette lugubre affaire, que président M. Drioux, conseiller à la cour prendront vraisemblablement trois audiences. M° Maurice Garçon se présentera au nom de la famille de la victime, partie civile au procès. Burger est défendu par Me Henri Dormon, assisté de Me Marcel Menu, et Estelle Jobin par Me Alcide Delmont, assisté de Me Jacquemin.

LA PREMIÈRE AUDIENCE

Il est deux heures, lorsque les jurés entrent dans la salle d'audience.

Sur la table des pièces à conviction, deux paquets, entourés de papier gris, et un bocal vert, comme on en voit à la devanture des pharmaciens. Il contient deux mains coupées, celles du malheureux Jobin.

M. Drioux, conseiller à la Cour, ouvre l'audience à 2 h. 15. Les accusés entrent au même instant. D'abord Estelle Harlet, en tailleur bleu, chapeau de nélosire à grands bords. C'est  une blonde à petits cheveux coupés, qui a passé visiblement la trentaine. On aperçoit d'elle un visage poudré à menton court. Charles Burger, qui vient, ensuite, est un garçon de 36 ans, en complet bleu.

L'accusée Estelle Harlet baisse la tête et on ne voit rien de sa figure sous le grand chapeau. Mais Burger ne parvient pas à se cacher comme sa maîtresse. Derrière les gardes, on aperçoit ses cheveux noirs, très pommadés. Une courte moustache blonde, dans un petit visage rond. Les oreilles très rouges, Burger regarde obstinément par terre.

Après l'interrogatoire d'identité, très rapide, au cours duquel Estelle Harlet-Jobin, d'une voix indistincte, dit qu'elle est couturière, née à Coulsore, près d'Avesne (Nord) et Charles Burger, hôtelier, né à Pont-à-Mousson. Le président Drioux recommande aux accusés de bien écouter l'acte d'accusation.

M. Barathon du Mousseaux occupe le siège du ministère public.

L'INTERROGATOIRE

La veuve Estelle Jobin


La lecture de l'acte d'accusation est finie et M. Drioux commence l'interrogatoire de Mme Estelle Harlet, veuve Jobin.
On entend les questions du président Drioux, mais très peu de réponses de l'accusée, qui reconnaît qu'elle a vécu en Suisse et que, mariée avec Gaston Jobin, elle trompa plusieurs fois ce dernier avant de connaître Burger.

- Vous aviez un mari très bon, très doux, dit le président Drioux. Vous reconnaissez que votre mari voulut divorcer, parce qu'il connaissait votre conduite ? Vous reconnaissez qu'il vous a pardonné, et vous avez continué à mener une conduite aussi légère.

Estelle Jobin dit un oui timide, à chaque demande du président. Cependant, elle proteste quand on lui parle de l'influence qu'elle avait sur son mari.

- Votre conduite légère se poursuivit donc sous le pavillon de votre mari (sic).

L'accusée ne sait ce qu'elle doit répondre. Le président rappelle rapidement la scène du crime, d'après l'acte d'accusation, et Estelle Jobin reconnaît ces faits par de petits signes de tête.

Charles Burger

C'est au tour de Charles Burger. Il ne parle guère plus haut, que sa maitresse, mais, peu à peu, sa voix s'affermit. Il est né à Pont-à- Mousson, d'une famille de bijoutiers d'origine bourgeoise. Il voyagea, il connut l'Égypte, l'Amérique, la Suisse. Puis, de lui-même, il parle des bonnes relations de camaraderie qu'il noua avec Gaston Jobin. Il le connut au Grand-Hôtel.

« C'était., dit-il, un garçon charmant. Auparavant, j'avais connu une jeune fille. Une petite fille, Sonia, naquit de notre union. Au début de la guerre et dans le courant, de la guerre, je vins à Paris pour épouser cette jeune fille, qui me donna encore un petit garçon.
C'est en 1915 que je connus la famille Jobin. Au mois d'août, ma femme aussi venait voir le ménage Jobin. »


L'accusé raconte qu'ayant perdu sa femme, il fut réconforté dans sa douleur par ses amis Jobin.

- À ce moment-là, insiste M. Drioux, vous trouvant veuf, vous ne saviez plus que devenir avec vos deux enfants ; Jobin vous dit d'aller voir sa femme ?

- Oui. Monsieur le président, reconnaît Charles Burger. Elle fut très secourable, ce fut une véritable sœur pour moi. C'était une femme de tête, de volonté.


M. Drioux rappelle un détail que l'accusé oubliait : - Vous êtes retourné au front. Vous avez fait votre devoir ?

- Oui, dit Burger, la tête baissée.


Les deux accusés se donnent de perpétuels démentis

Et l'on en arrive à la cohabitation de Burger chez Jobin. Il raconte aux jurés, d’une voix très douce, comment son intimité se forma avec Estelle Jobin.

« Elle me confia un jour, en promenade, les déceptions amoureuses qu'elle éprouvait.

Le lendemain, je devais quitter Paris pour retourner au front. J'habitais déjà une chambre chez les Jobin. A mon réveil, .je vis entrer chez moi Estelle Jobin, en peignoir. Elle me dit :

"J'ai quelque chose à vous avouer, mais je n'ose pas."

Et alors nos lèvres se rencontrèrent... Cela débuta ainsi, poursuit Burger. J'étais pris entre l'amour et le devoir. »[/i]

Comme Estelle Jobin nie cette scène du baiser.

- Vous maintenez cette scène de la chambre ? demande M. Drioux à Burger.

- Oui, répond l'accusé. C'est bien comme je l'ai dit, que « Madame » (sic) est venue.

- Ce n'est pas la première fois que nous relèverons des divergences dans vos déclarations, à l'un et à l'autre
, observe M. Drioux.

L'interrogatoire se poursuit sur les relations épistolaires de Burger, qui est reparti pour le front, et d'Estelle Jobin.

- Vous écriviez, dit M. Drioux, trois fois par jour à votre maîtresse, et vos lettres étaient, pleines de protestations d'un amour effréné. D'une certaine jalousie aussi, et, comme dans toutes les lettres de ce genre, vous disiez que vous vouliez être ensemble toujours avec votre maîtresse, et vous lui demandiez de quitter son mari. Mais qu'a-t-elle répondu à cette proposition ?
 
- Tout, d'abord, elle a refusé, bien que je lui aie offert de lui faire une situation comme celle que lui donnait Jobin.

Estelle Jobin proteste qu'elle n'a pas voulu quitter son mari, ni à ce moment là, ni plus tard, bien que, dans ses lettres, elle semble laisser percer son consentement.

- Je n'y ai consenti plus tard que sous sa la pression (sic) dit-elle.  

M. Drioux examine les lettres de dénonciation que Burger écrivit pour se débarrasser de Jobin.

« Je pensais, dit Burger, d'après ce que m'avait avoué sa femme, que Jobin, ainsi dénoncé, déserterait, ou bien s'en irait sous les drapeaux. De toutes façons, nous serions pensions-nous, débarrassés de Jobin. »

- Est-il exact que vous étiez sous le charme de cette femme ? demande le président Drioux et que, comme vous l'avez déclaré au juge d'instruction, vous étiez prêt à tout quitter pour aller avec elle ?

- Oui, répond Burger.


Une suspension d'audience est accordée pour permettre à Estelle Jobin de se reposer un peu. Il est quatre heures moins le quart.
À quatre heures l'audience est reprise. Estelle Jobin tout aussitôt reprend la parole : Elle n'a pas voulu quitter son mari. Elle apporte un démenti aux paroles de Burger, affirmant que sa maîtresse et lui voulaient vivre ensemble.

Burger, du reste, ne répond plus. Et son avocat, fait constater que son client se trouve, comme à l'instruction, complètement désorienté, quand il se trouve sous le regard d'Estelle Jobin. Celle-ci hausse les épaules.

- Le 23 mars 1920, elle me dit : « II ne partira pas. Il faut qu'il s'en aille, me déclara- t-elle. Tu ne m'aimes pas, si tu ne me débarrasses pas de lui ! » affirme Burger.

Estelle Jobin, assise, proteste.

- Oh ! ce n'est pas vrai ! jamais je ne lui ai dit ces paroles. Je ne lui ai pas dit de tuer mon mari, qui fut si bon pour les miens.

Messieurs les jurés, vous apprécierez,
dit M. Drioux. Ce sera à vous de juger.

Le récit du crime, par Burger :

Et Burger, d'une voix entrecoupée, fait le récit, du crime :

- C'était le soir du 23 mars 192. J'arrivai. Mme Jobin dans sa cuisine, me reçut avec fierté et dédain. Elle me dit, que je ne savais pas me débarrasser de Jobin, que j'allais être chassé.

Jobin était dans sa chambre. Il lisait. Sous les reproches de ma maîtresse, je devins fou.
(L'accusé ici hésite il n'ose parler, il remue ses grosses mains rouges, baisse la tête.)

- Allons, dit M. Drioux, c'est, le commencement de l'expiation, racontez-vous même.

- Alors, reprend Burger, affolé par les reproches de ma maîtresse. Je suis entré dans la chambre de Jobin et lui ai cherché querelle.
(L'accusé, qui donne l'apparence d'un homme faible et veule, raconte péniblement ce drame avec des arrêts, des silences.)

- J'ai reproché à Jobin son attitude antipatriotique. Il m'a dit que je l'ai dénoncé. D'une parole à l'autre, je saute sur lui. (Silence.)

- Vous le saisissez à la gorge ?

- Oui, Monsieur le Président, je le tenais à la gorge, d'une main. Nous nous battions... En se débattant, Jobin renversa une table. Cela fit du bruit L'électricité s'éteignit. Alors, je sentis une présence près de moi qui me donna, de la force, et je serrai, je serrai dans l'obscurité jusqu'à, ce que le corps devint inerte. (Long silence.)

- Voilà, Monsieur le Président. À ce moment, je l'ai lâché...


La version de la femme :

Burger se tait et écoute la déclaration de Mme Jobin.
- Je lui ai dit : Il faut qu'on en finisse, mais cela voulait dire : Il faut nous séparer.

Et la femme ajoute :

- Je n'ai pas tenu la jambe de mon mari. Non, le ne l'ai pas tenue. J'ai pris Burger par le veston. Je lui criai : "Que fais-tu ? Laisse-le !"
Alors, il m'a repoussé dans l'entrée. À ce moment, c'était fini.


Le dépeçage

- Eh bien, voilà deux versions conclut M. Drioux. Ni l'une ni l'autre ne veulent parler de la solution qu'ils ont prise : dépecer le cadavre.

- Cela se fit par les yeux, commence Burger.

- Par les yeux ! s'étonne M. Drioux. Expliquez-vous,

- D'abord, j'ai pensé à une malle et puis, j'ai réfléchi que c'était trop gros. Alors, nous avons pensé à ce que vous savez...

- Oh ! interrompt Estelle Jobin, comédie que tout cela... Jamais il ne fut question de la malle. Jamais je ne lui ai dit dé... (Elle veut signifier : dépecer le cadavre).

- Cette version de la malle n'apparut pas à l'instruction, remarque M. l'avocat général.


Estelle Jobin, se sentant soutenue, s'écrie, de sa voix plaintive :

- Il dit (Il, c'est Burger) que je lui ai tout conseillé : ce n'est pas vrai. À l'instruction, il m'a chargée tant qu'il a pu. Il disait des choses en essayant de me prendre la main pour que je ne démente pas. (Sensation.)

Fouetté par ces paroles, Burger se redresse et reconnaît que c'est lui qui eut l'idée du dépeçage. Il le fit sans l'aide de sa maîtresse.

M. Drioux laisse reposer Burger, mais c'est pour se tourner vers Estelle Jobin.

- Vous avez laissé opérer Burger, dit-il. Vous n'avez pas été surprise, le lendemain, de voir votre mari en morceaux ?

Estelle Jobin ne se déconcerte pas. Elle ne s'est pas opposée au « travail nocturne » de Burger, et elle raconte comment, son amant et elle, le lendemain du crime, allèrent ensevelir au bois de Clamart, la tête et une jambe et jetèrent le tronc et la seconde jambe dans la Seine.

Burger, à une question du président, reconnaît qu'il ne fut pas heureux avec Mme Jobin.

- Ce n'était pas possible que nous fussions heureux, M. le président, répond également Mme Jobin. Il me faisait des scènes. Il était jaloux des clients.

- Avec juste raison, interrompt Burger.


Sur ces mots, l'interrogatoire est fini. Me Alcide Delmont observe alors que Burger n'a pas accusé aussi nettement à l'audience Mme Jobin, qu'il le fit à l'instruction. Pourquoi ? Cette question, le président la pose à Burger qui se tait d'abord, puis :

- J'ai avoué parce que j'aimais toujours cette femme, parce que je la défendais et que j’ai été à cause d’elle, abandonné par ma famille.
À ces mots, Estelle Jobin se lève, et regardant durement Burger, réplique :

- Il me défendait d'une drôle de manière ; il m’accusait. Oh ! qu’il m’épargne cette comédie ! »


LES TÉMOINS

On passe à l'audition des témoins. C'est d’abord M. Chollet , inspecteur de police, puis M. Sevestre, commissaire de police à Toul qui fit une enquête, dans cette ville même sur le ménagé Burger, installé hôtelier.

La femme était gaie, avenante, aimable avec la clientèle. Burger était taciturne : il se tenait à l'écart.

M. Sevestre rappelle qu'il y eut plusieurs scènes de violences entre Burger et sa maîtresse. On les connaissait dans la ville mais Burger tient, à dire qu'Estelle Jobin lui a avoué qu’elle eut, des relations avec un monsieur Jambois.

- Ce n'est, pas vrai, dit l'accusée. Il était jaloux. Il soupçonnait tout le monde. Je n'ai jamais été la maîtresse de M. Jambois.

Un hôtelier de Nancy, qui connut Burger au régiment, dit qu'il fut estimé de ses chefs. Burger, en effet, porte la croix de guerre et l’insigne des blessés. Une ancienne domestique, Mlle Fitzer, qui travaillait à l'hôtel de Burger, raconte que le ménage se disputait souvent.

On lève l'audience. La suite des débats est renvoyée à demain vendredi.

L’Est Républicain, 23 juin 1922

À suivre...

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MessageSujet: Le procès 2/3   Ven 6 Jan 2017 - 16:11

L’HOMME COUPÉ EN MORCEAUX
- - - - - - -
LA JOURNÉE DES TÉMOINS
- LE MÉDECIN LÉGISTE- - Burger a pu seul dépecer la victime
- UNE LETTRE INCONSCIENTE – L’assassin y fait des projets d’avenir

Paris, 23 juin. - Peu de monde au début de cette deuxième audience, consacrée aux témoins. Une trentaine environ sont cités. Le docteur Paul est appelé dès l'ouverture des débats, à midi 40.

LE DOCTEUR PAUL

Le médecin légiste explique aux jurés comment, le 29 septembre 1921, il fut appelé à examiner la tête exhumée au bois de Clamart, sur les indications des assassins.

« Aucune fracture sur le crâne, dit-il. Les vertèbres du cou avaient été repliées dans la plaie même, pour donner moins de volume au colis que les assassins devaient transporter.
À la partie supérieure du fémur, j'ai remarqué les traces de coups de scie, qui ont permis le dépeçage.
En ce qui concerne le tronc repêché dans la Seine, à Bougival, L. Jobin, frère du disparu, nous donna le signalement de G. Jobin ; un détail concernait une infirmité physique particulière, et cette infirmité fut remarquée sur le tronc -découvert.
En outre, l'âge et la taille de G. Jobin concordaient avec l'âge et la taille du tronc repêché »


Pendant cette déposition, Ch. Burger remue fébrilement les mains, de grosses mains rouges qu'il porte parfois à son visage mat ; Estelle Jobin, qui occupe sur les bancs du box, la place que tenait hier Ch. Burger, baisse la tête.

C'est à Charles Burger que M. Drioux s’adresse après la déposition du docteur Paul. Le président insiste pour savoir si Burger commit seul ce dépeçage. Le docteur Paul estime que c'est très vraisemblable. L'assassin n'avait, à son avis, besoin de personne pour ce travail-là. Burger affirme, du reste, qu'il était seul. Estelle Jobin n'est pas venue une seule fois dans la pièce où il coupait le cadavre.

LE FRÈRE ET LES SŒURS DE LA VICTIME

M. Louis Jobin, frère de la victime, vient prêter serment. C'est un homme de 50 ans environ, habillé de gris. Les accusés n'osent pas le regarder.

« Lorsque mon frère eut disparu, dit-il, ma belle-sœur me conseilla de porter plainte. Mais je vis un commissaire de police, à qui je fis part de mes soupçons.
Puis, lorsque les journaux parlèrent de la découverte d'un tronc humain repêché à Bougival, j'eus l'idée d'envoyer la coupure de journal qui faisait état de cette découverte, à Toul, à ma belle-sœur, puis je réfléchis, et je l'envoyai à ma sœur.
J'étais, dès ce moment, convaincu qu'il s'agissait de mon frère et je ne voulais pas donner l'éveil aux complices. »


Le témoin dit que son frère Gaston était un homme faible, une « fillette » (sic), mais très estimé de ses patrons. Il avait, du reste, peur de sa femme et n'osait se séparer d'elle.

Pendant le défilé des témoins, on a retiré des pièces à convictions, le bocal vert qui contient les deux mains coupées de la victime. Des papiers, des cahiers, des lettres l'ont remplacé.
Les trois sœurs de la victime viennent dire les versions qu'Estelle Jobin leur donna pour expliquer la disparition de son mari.

« D'abord, elle nous a appris que Gaston Jobin avait déserté. Puis, elle a ajouté qu'il était parti avec une maîtresse, en abandonnant sa femme. Le ménage ne fut jamais très uni, constate Mme Jobin ainée, domiciliée en Suisse, mais, tout de même, nous ne pensions pas, non, nous ne pensions pas que sa femme en arriverait là. Notre frère était très obligeant, très correct et très doux. »

UN DÉFILÉ DE CONCIERGES

Mme Hermann, concierge, qui connut le ménage Jobin, commence par déclarer qu'elle n'avait aucune estime pour Mme Jobin, qui recevait des amants (sic). Quant à M. Jobin, c'était un homme charmant. (Mme Estelle Jobin proteste contre ces assertions. Mais la concierge maintient ses déclarations.)
« Je suis bien surprise que mon mari ait fait des confidences à madame, dit l'accusée, en désignant le témoin. Mon mari parlait peu et jamais à la concierge. »

Une autre concierge, Mme Michel, fut témoin d'une scène entre M. Jobin et sa femme.
« Je voulus intervenir, mais on me répondit : Ce n'est rien, ce sont des affaires de famille. »

- Joli euphémisme !
observe M. Drioux, qui fait aussitôt introduire M. Le Garrigou. C'est encore un concierge. Mais il déclare, lui, que les époux Jobin s'accordaient très bien.

Me Alc. Delmont lève Les bras, et Me Darmont sourit.
- Nous sommes en présence d'affirmations contraires et tout aussi précises, remarquent les défenseurs.

Une quatrième concierge, Mme Marchand, déclare que M. Jobin avait interdit à sa femme de recevoir certaines personnes.

Mme Estelle Jobin s'explique avec volubilité sur ces défenses que rappelle le témoin :
- J'ai déjà dit que mon mari était très bon pour moi et je ne comprends rien à tout ce que l'on dit ici.

Mais voici la cinquième concierge, Mme Espage, qui se rappelle que Mme E. Jobin avait des amants.

L'accusée proteste avec véhémence.
- Oh ! mais c'est faux, s'écrie-t-elle. Oh ! mais qu'est-ce qu'on vient raconter ici ! Vous m’avez confié vos enfants et vous venez raconter des choses fausses ici. (Mouvement.)
Vous êtes une misérable, madame, dit Estelle Jobin au témoin, plus misérable que moi (Mouvement.) »

Me Alcide Delmont demande à Mme Esparge pourquoi elle confia ses enfants malades à Mme Jobin. - Parce qu'ils étaient malades et que je ne pouvais pas les soigner. (Hilarité générale.) Ça me soulevait le cœur. (Nouveaux rires.)

- Oui, conclut Alcide Delmont, la mère qui vient déposer ici ne peut pas soigner ses enfants elle-même.

- Je ne conclurai pas,
dit M. Drioux, mais MM. les jurés apprécieront.

L'audience est suspendue.

UNE LETTRE ÉTRANGE DE L’ASSASSIN

À la reprise de l'audience, à 2 h. 45, M. Alcide Delmont remet au président Drioux, pour lecture, une lettre de Ch. Burger, adressée au début de sa captivité, à un ami M. Vigouroux. M. Drioux donne lecture de cette lettre :

« J'ai agi sous la pression de l'amour, écrit Burger. Tout le monde, d'ailleurs, est pour moi. Pour la justice, je ne suis pas coupable et l’opinion publique m'est favorable Je ferai six ans au plus. Le juge et mon avocat ont peur que je ne m'accuse pour épargner ma maîtresse. Je devrai sans doute verser 2.000 francs à titre moral. La victime n'a droit à rien, à aucune indemnité. Un million ne la ferait pas revenir maintenant (sic). L'amour et la femme nous font faire des bêtises. Lorsque nous serons libres, il nous restera 30.000 francs nets, pour remonter quelque chose à Paris. J'envisage des espoirs de commerce prochains (sic).
Ne parle pas de cette lettre, c'est en douce que je te la fais parvenir. »


LE TÉMOIN QUI REÇUT LA LETTRE

Mais voici qu'on fait entrer celui qui a reçu cette curieuse lettre qu'on vient de lire. C’est M. Vigneron, marchand de vins, rue de la Harpe, qui a remis lui-même la lettre de Burger à Alcide Delmont tout à l'heure.
Le témoin s'avance à la barre.

« J'ai reçu la lettre de Burger par un monsieur qui venait de la Santé, dit-il. Elle émanait de M. Burger. Je n'ai pas cru devoir la remettre à la justice à ce moment-là. Mais je l'ai remise aujourd'hui parce- que j'ai lu ce matin dans les journaux que Burger chargeait Mme Jobin et que, d'après cette lettre, la justice pourra voir que c'est Burger le coupable (Sic). (Mouvement.)
Je n'ai rien envoyé à Burger ni à sa maîtresse. J'ai gardé le document, voilà tout. »


Ch. Burger, complètement décontenancé, reconnaît son écriture, puis la lettre.
Alors M ; A. Delmont demande s'il est exact que Burger, à la Santé, adressait des lettres à sa maitresse en se servant du nom de A. Delmont sur l'enveloppe pour la faire parvenir ?
Burger, la voix hésitante, reconnaît encore ces faits.

Le témoin Vigouroux ajoute : « J'ai bien connu Burger. C'est un homme ferme, réfléchi. Je l'ai vu à l'armée. Ce n'est pas un garçon à se laisser influencer par une femme. » (Sensation.)

Burger s'est assis pendant cette déposition. Il paraît très abattu.

LES EMPLOYÉS DU GRAND HÔTEL

Après cet incident, qui provoque de nombreux commentaires dans la salle, on entend des employés du Grand-Hôtel. L'un dit que Jobin gagnait 2.000 à 2.500 francs par mois. L'autre, M. Porché, que Jobin était un gentil garçon, serviable, sérieux, très estimé.

Voici maintenant Mme Bonnot, femme de chambre ; M. Beaudoin, employé, et Mme Beaudoin, employée. Tous les trois font partie du personnel de l'hôtel où travaillait M. Jobin.

Mme Beaudoin se souvient que Mme Jobin lui annonça un jour que son mari allait quitter la France. Trois semaines après, Jobin disparaissait.

- Trois semaines ! remarque Me Garçon, avocat de la partie civile. Mais voilà la preuve de la préméditation.

LES DERNIERS TÉMOIGNAGES

M. Thomas, avocat de la légation suisse, reçut la visite de Jobin quand celui-ci vint se renseigner sur sa situation militaire.

« Ce que je puis dire, déclare M. Thomas, c'est que Jobin me paraissait disposé à se mettre en règle et qu’il voulait que sa situation militaire fut nette. »

Un expert comptable, M. Rageot, expose les ressources financières de l'accusé :
« Burger, dit-il, avait, au 23 mars dernier, provenant de ses économies personnelles et de ses pourboires, une somme de 30,200 fr. Lorsqu'il acheta son hôtel à Toul, il vendit les titres qu'il avait, soit 25,400 fr. Ainsi il put payer comptant 25,000 fr. son établissement de Toul. »

Ces déclarations de l'expert confirment celles que Burger fit hier au cours de son interrogatoire et à l'instruction.

M. et Mme Mazureau, témoins cités par la défense, ont connu le ménage Jobin.
« Jamais, disent-ils, on n'a pu reprocher quelque chose de grave à Mme Estelle Jobin. »

Le capitaine Durec, de l'état-major d'artillerie, a connu Charles Burger, du 1er août 1914 à juin 1917 :
« C'était un sous-officier estimé, de ses chefs et de ses camarades. Je le crois incapable d'écrire une lettre anonyme », ajoute-t-il à une question de M. l'avocat-général Barathon du Moussaux.

VOICI LA MÈRE DE BURGER

La défense renonce difficilement à la déposition de la mère de Charles Burger.
- Il vaut mieux ne pas l'entendre, dit M. Drioux.
- Elle a été citée régulièrement, dit la défense.
- Alors qu'elle parle, puisque vous le voulez, décide M. Drioux.
Mais la mère peut à peine parler.
- C'est une coquine ! dit-elle se tournant vers l'accusée. Je la maudis cent fois ! Je la maudis ! Messieurs les jurés, soyez indulgents pour mon fils.

Et elle s'arrête en sanglotant.

LA PARTIE CIVILE

L'audience est suspendue. À la reprise, la parole est donnée à Me Maurice Garçon, avocat de la partie civile. Celui-ci dit que les deux accusés ont apporté dans le crime une coopération à peu près, égale. Il établit la longue préméditation et la lâcheté de l'assassinat, froid et méthodique, et reproche aux deux complices d'avoir tenté ensuite de déshonorer leur victime.

L'audience est levée à 18 heures. Demain, le réquisitoire et la défense, et probablement le verdict.

L’Est républicain, 24 juin 1922

À suivre...

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MessageSujet: Le procès 3/3   Ven 6 Jan 2017 - 16:14

LE VERDICT DANS L'AFFAIRE DE L’HOMME COUPÉ EN MORCEAUX
- - - - - - -
C’EST LA MORT POUR BURGER
Les travaux forcés à perpétuité pour La femme

Paris, 24 juin. - Le début de cette troisième audience, consacrée au réquisitoire et aux plaidoiries, commence à une heure. Mais Me Alcide Delmont se lève. Il a des conclusions à présenter. Le défenseur d'Estelle Jobin demande que la Cour ordonne que soit posée comme résultant des débats en ce qui concerne Mme Jobin, la question de recel ou dissimulation de cadavre (simple délit punissable par deux ou trois années de prison).

Le président, M. Prioux, avait déclaré qu'en vertu de son pouvoir discrétionnaire il ne poserait pas la question. L'avocat général, M. Barathon du Mousseaux, a conclu au rejet de ces conclusions. Puis il va commencer son réquisitoire.

Mais Me Maurice Garçon demande la parole.

« Si j'ai soulevé, dit l'avocat de la partie civile, la question de vol, c'est qu'il a bien été établi que les assassins avaient emporté 8.000 francs appartenant à leur victime. »

L'incident est clos.

LE RÉQUISITOIRE

M. Barathon de Mousseaux alors, d'une voix lente et nette, déclare que sa tâche sera facile, en raison de la belle plaidoirie prononcée par Me Maurice Garçon, qui exposa toute l'horreur de ce crime et en dégagea les horribles conséquences. L'avocat général demande aux jurés de ne pas s'apitoyer sur le couple qu'il a à juger mais de le voir tel qu'il se présente. Et il fait un exposé de caractère des deux assassins.

« Ce qui les torture, dit-il, ce n'est pas le remords, ni même un simple repentir, mais leur situation perdue. »

M. Barathon du Mousseaux dessine la psychologie de l'épouse adultère et de l'ami qui abusa de l'hospitalité de celui qu'il devait assassiner et dépecer. Il s'attache à montrer les contradictions de ce vulgaire criminel qui, son crime accompli, ne pense plus qu'à rejeter la responsabilité de son acte sur sa maîtresse.

« Et, entre les affirmations du premier et les dénégations de la seconde, vous pouvez toujours choisir. »

M. Barathon du Mousseaux rappelle longuement, d'après les aveux des assassins eux-mêmes, les détails du crime. Il insiste sur la préméditation, sur l'organisation méthodique des deux complices en vue de faire disparaître le cadavre.

« Ce crime horrible, s'écrie-t-il, a été froidement exécuté. Le corps de Jobin fut dépecé, distribué en petits paquets faciles à transporter. »

M. l'avocat général raconte comment le tronc fut repêché à Bougival et, à ce propos, il se félicite que la presse ait longuement parlé de cette découverte macabre.

« C'est grâce à elle que, deux ans après le crime, les assassins, qui pouvaient se croire en sûreté, leur forfait oublié, se sont vus découverts. Une fois de plus, la presse se fit l'auxiliaire de la justice et l'on ne saurait assez apprécier son rôle utile, quand elle relate ainsi les circonstances d'un crime et qu'elle en répand la nouvelle. La presse rend service à la société en donnant le compte rendu d'audiences comme celles-ci, et en annonçant à tous les condamnations que la justice a prononcées. »

Puis, se tournant vers les accusés, l'avocat général poursuit :

« En dehors des aveux de l'accusé lui-même, il y a ses propres accusations dirigées contre lui et contre sa complice. Messieurs, vous apprécierez.

« Lorsque vous vous lèverez de vos sièges, messieurs les jurés, conclut M. Barathon du Mousseaux, vous vous rappellerez que vous étiez venus pour juger deux misérables, qui ont tué leur bienfaiteur, et vous vous souviendrez que ni l'un ni l'autre n'ont hésité dans l'exécution du crime qu'ils avaient prémédité.

« Vous, prononcerez- la peine que je vous demande, sans circonstances atténuantes, pour l'homme qui a tué son bienfaiteur.

« MM. les jurés j'ai terminé, et c'est pour la dernière fois que j'ai l'honneur de porter la parole du haut de ce siège, étant appelé à d'autres fonctions.

« Mais, pour vous, messieurs, pour cette affaire comme pour les autres, vous vous souviendrez que de votre tribunal ne doit sortir qu'un mot : celui de "justice" ».
(Mouvement)

M. Barathon du Mousseaux s'assied et l'on remarque qu'il n'a pas .prononcé les mots de "peine de mort" pour Burger, ni rien de particulier en ce qui concerne Estelle Jobin, dont il a fait ressortir au cours de son réquisitoire la culpabilité moins certaine, moins grave qu'on ne l'avait supposé tout d'abord, d’après les affirmations de son complice Charles Burger. L'avocat, général laisse donc aux jurés le soin de juger "avec justice" sans circonstances atténuantes.

Cette péroraison a été écoutée dans un grand silence.

LE DÉFENSEUR DE BURGER

La parole est donnée à Me Henri Darmond, défenseur de Charles Burger.

Me Darmond s'efforce, reprenant les déclarations de l'accusé, de montrer que celui-ci a agi à l'instigation d'Estelle Jobin. Il demande aux jurés de se montrer pitoyables et d'accorder à son client les circonstances atténuantes.

LE DÉFENSEUR D'ESTELLE JOBIN

Me Acide Delmont, défenseur d'Estelle Jobin, demande lui aussi toute l'indulgence du jury pour sa cliente que Burger, dit-il, a accusée mais qui n'a ni coupé l’électricité, ni aidé son complice pendant le crime.

Delmont rappelle que Burger, d'après sa lettre du 22 mars 1922, où il avait tout intérêt, à se faire valoir, ne parlait pas du secours que lui avait apporté Estelle Jobin.

« Ce n'est que plus tard à l'instruction, dit-il, subissant on ne sait quels conseils, que Burger trouva un système de défense nouveau dans lequel il rejetait toute responsabilité sur sa maîtresse et s'efforçait de prouver que son acte était passionnel. »

VIF INCIDENT ENTRE LES DEUX DÉFENSEURS

À ce moment un rapide incident se produit entre les deux avocats, celui d'Estelle Jobin et celui de Burger, qui s'est levé et a interrompu Delmont

- Je ne puis pas permettre que vous parliez ainsi de l'accusé !

- Laissez moi défendre ma cliente !
réplique Me Delmont.

Alors, on entend le défenseur de Burger dire, dans le brouhaha que provoque cette altercation :

- Cet incident se réglera sur un autre terrain. (Mouvement.)

Les accusés qui, aussi bien pendant le réquisitoire qu'au cours des plaidoiries baissaient la tête et se cachaient le visage, regardent, étonnés, leurs avocats qui agitent leurs grandes manches et s'interpellent.

Mais M. Drioux déclare l'incident clos et Me Delmont peut continuer sa plaidoirie.

Il retrace, maintenant, la jeunesse d'Estelle Jobin, abandonnée par sa famille, abandonnée par son mari, un faible et un impuissant, et en proie à tous les mauvais conseils, à toutes les tentations qui assiègent les femmes que l'on sait mal défendues. Et pour cette femme qui pleure et qui regrette, son acte, Me Alcide Delmont rappelant aux jurés que M. l'avocat général lui-même n'a pas formulé d'application de peine ni de châtiment, demande les circonstances atténuantes et la plus large indulgence.

LES QUESTIONS POSÉES AU JURY

Avant de déclarer la clôture des débats, le président Drioux rend un arrêt rejetant les conclusions déposées par la défense et tendant à faire poser au jury la question subsidiaire de complicité de recel de cadavre en ce qui concerné Estelle Jobin. Quatre questions seulement sont déposées aux jurés :

- La première : Charles Burger est-il coupable d'avoir donné volontairement la mort à Gaston Jobin ?
- La seconde : Charles Burger a-t-il agi avec préméditation ?
- La troisième, concernant la femme Estelle Jobin : Est-elle coupable d'avoir volontairement donné la mort â Gaston Jobin ?
- La quatrième : Estelle Jobin à-t-elle agi avec préméditation ?


Il est 8 h. 10. Les jurés se retirent dans leur salle de délibération. L'audience est suspendue.

Après trois quarts d'heure de délibération, le jury rentre en séance. Il est 8 h. 45.

LE VERDICT

Le président du jury donne lecture du verdict :

- Oui, à la majorité, pour la première question.
- Oui, à la majorité, pour la deuxième.
- Oui, à la majorité, pour la troisième.
- Non pour la quatrième question
- Sans circonstances atténuantes pour les trois questions.

La, cour prononce tes condamnations suivantes :

- LA PEINE DE MORT POUR BURGER.

- LES TRAVAUX FORGÉS A PERPÉTUITÉ POUR LA FEMME JOBIN.


La partie civile obtient 10.500 fr. en espèces et 15.000 fr. en titres. Burger et la femme Jobin sont condamnés solidairement à 15.000 fr. de dommages-intérêts.

Pendant qu'on donné lecture de l'arrêt, Burger baisse la tête ; la femme Jobin baisse le front et souffre visiblement. On croit qu'elle va tomber...

Pendant que le président Drioux donnait lecture des articles du code, Burger baissait la tête, l'air ahuri, et la femme Jobin, le visage couvert de sueur, s'essuyait fébrilement avec son mouchoir. Elle semblait prête à s'évanouir et penchait le front.

Après le prononcé du jugement les gardes ont emmené les condamnés, qui trébuchaient, et l'audience a été levée. Il était neuf heures.

Les jurés ont refusé de signer le recours en grâce présenté par l'avocat d'Estelle Jobin en faveur de sa cliente.

L’Est Républicain, 25 juin 1922

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MessageSujet: Re: Charles Burger – le sommelier dépeceur - 1922   Dim 8 Jan 2017 - 14:53



Sylvain Larue - « Les Grandes Affaires Criminelles. Crimes passionnels »

"La femme du sommelier", p. 165 à 175
Pour avoir un aperçu de l’affaire :


https://books.google.fr/books?id=N_eDCgAAQBAJ&pg=PA172&lpg=PA172&dq=#v=onepage&q&f=false

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MessageSujet: Re: Charles Burger – le sommelier dépeceur - 1922   

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Charles Burger – le sommelier dépeceur - 1922
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