La Veuve

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 Pierre Gueurie - 1934

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MessageSujet: Pierre Gueurie - 1934   Jeu 30 Juin 2016 - 1:45




Récit du dernier guillotiné en public à Angers.

Le Pasteur Bernard Delépine, qui fut aumônier protestant durant 24 ans à la Maison d’Arrêt d’Angers, vous propose 5 épisodes (réflexion personnelle en conclusion) portant sur la dernière exécution à mort EN PUBLIC à Angers.   Articles parus dans le « Courrier de l’Ouest »

Pierre Gueurie, dernier capité en public en France

Pierre Gueurie, mort en 1934, est le dernier condamné exécuté sur la place publique à Angers. Amenés à évoquer cette affaire, il y a quelques mois, nous avons commis une imprécision sur le lieu où avaient été placés les bois de justice. Cela nous a valu un abondant courrier, preuve que cette décapitation est restée dans la mémoire de nombreux Angevins. Les témoignages que nous reproduisons encore aujourd’hui le confirment. Nous avons dû vérifier dans les archives du « Petit Courrier », prédécesseur, avant-guerre, du « Courrier de l’Ouest », les circonstances de la mort de Gueurie.

Location de fenêtres et siège pour le « spectacle »

Nous y avons trouvé une abondante littérature : les exécutions publiques faisaient recette. Quand on avait la chance d’habiter tout près, on louait ses fenêtres ou des sièges aux curieux. Gueurie mort, les exécutions auront lieu hors de la vue du public, dans l’enceinte de la prison d’Angers. Le chef-lieu de Maine-et-Loire sera d’ailleurs la dernière ville de France à avoir vu tomber la tête d’une femme. Pourquoi la mort de Gueurie reste-t-elle si ancrée dans les mémoires ? C’est la seule dont on puisse vraiment se souvenir en Anjou. La précédente remontait au 7 juillet 1896, 37 ans plus tôt. Il n’y a plus personne pour en témoigner aujourd’hui. La relation des circonstances du drame (l’assassin a tué une petite angevine), puis de l’installation de la guillotine et enfin de la mort de Gueurie, témoigne d’une époque. Le « Petit Courrier » se fait l’écho de l’horreur qui a assailli la population dans un luxe de détails que nous avons épurés. On découvrira cependant ici l’essentiel de l’événement tel qu’il fut présenté aux lecteurs angevins au moment où passa la justice. La dramatisation, le caractère théâtral de l’arrivée et de l’installation de la guillotine devaient dissuader les criminels en puissance. Le journal relayait. On sait bien depuis, que cette menace avait peu d’effets. La peine de mort a été abolie en France le 18 septembre 1981.


Gueurie guillotiné : le Petit Courrier raconte

Une exécution capitale à Angers, Pierre Gueurie, l’odieux assassin de Simone Soleau à Saint-Barthélémy a été guillotiné ce matin». Voilà le titre de l’édition du 3 mars 1934 du « Petit Courrier »« La dernière exécution capitale dans notre ville remonte au 7 juillet 1896. A cette époque, le nommé Charles Jouneau, qui, à coups de hachette, avait tué un enfant de 13 ans, le jeune Persignan, domestique de ferme à l’Hôtellerie-de-Flée, fut guillotiné place de la Prison » explique le journal. 37 ans et huit mois après, la « Veuve » revient à Angers et, cette fois encore, pour un homme qui a tué un enfant. Elle revient en effet pour Pierre Gueurie, l’assassin de la petite Simone Soleau.

Les crimes de Pierre Gueurie

II y a exactement trois mois et dix jours que le garçon épicier, Pierre Gueurie, âgé de 30 ans, comparut devant la Cour d’assises de Maine-et-Loire et fut condamné à la peine de mort pour tentative d’assassinat, assassinat et attentat à la pudeur. Les faits qui motivèrent cette peine capitale de la part du jury, nos lecteurs s’en souviennent certainement. C’était le 24 mars 1933, Angers était tout à la joie, et dans une fête charmante dans les bâtiments de la kermesse on couronnait la reine, lorsque le bruit se répandit en ville, comme une traînée de poudre, qu’une petite fille avait été assassinée dans un champ à Saint-Barthélemy. La presse précisait le lendemain qu’il s’agissait de la petite Simone Soleau, qu’un inconnu avait attirée dans un champ, au sortir de l’école et avait odieusement assassinée. L’émotion n’en fut pas moins très vive en ville et dans toute la région et l’indignation contre l’abominable bandit ne fit que s’accroître pendant les quatre jours que durèrent les recherches pour le retrouver. On se souvient des péripéties de cette journée du mardi 28 mars pendant laquelle toute la population fut sur pied, anxieuse, à l’affût du misérable que deux gendarmes étaient allés chercher le matin à l’épicerie Guibert et Quélin, rue de la Roe où il était employé et qui leur avait échappé en sortant par une porte de derrière. Enfin, au début de l’après-midi, on apprenait que Gueurie, reconnu dans un chemin, près du Génie, par Melle Chantreau, employée à « L’Iris de Florence » rue de la Roe, avait été arrêté rue de la Genvrie.

Ses aveux et son attitude en Cour d’assises

En Cour d’assises il fit des aveux complets et son attitude fut assez cynique, ne manifestant que très peu de regrets de ses actes. Il reconnut que dans la soirée du 24 mars, alors qu’il se promenait aux environs du passage à niveau 267 de la ligne d’Angers à La Flèche, commune de Saint-Barthélémy, avoir accosté un groupe d’enfants qui revenait de l’école et avoir entraîné dans un pré la jeune Simone Sauleau, habitant chez ses parents au Petit Mongazon et de l’avoir horriblement mutilée. Au fond de ce pré était creusé un fossé profond qui avait été récemment nettoyé et dans lequel il n’y avait pas de fleurs ; c’est dans ce fossé que fut découvert le cadavre de Simone Sauleau. Le corps était couché sur le côté droit, le bras droit se trouvait pris sous le corps, le bras gauche était replié, les jambes aussi légèrement repliées, dans une attitude de défense et dans une crispation d’agonie. (…) L’assassin s’était livré sur sa petite victime à des attouchements obscènes avant de la frapper sauvagement et de la tuer, le crâne était défoncé, le sang s’était abondamment échappé de cette blessure, le cou portait une plaie profonde de plusieurs doigts, à la fesse gauche une tranche de chair avait été découpée. Le bouquet de fleurs offert par Gueurie pour attirer la fillette a été trouvé sous le cadavre, auprès, un cahier d’écolière.

En ce qui concerne la tentative d’assassinat de la rue des Poëliers, il avoua que le 19 novembre 1932, vers 19 heures, il attaqua dans le couloir du numéro 1 de l’impasse des Poëliers, la jeune Lucienne Joret. Il l’embrassa, mais comme elle lui résistait et s’enfuyait en criant, il lui porta un coup de couteau dans le dos. Ce sont ces crimes qui menèrent Pierre Gueurie devant la Cour d’Assises.

Là, on apprit que cet individu portait à son casier judiciaire deux condamnations pour des faits d’agressions et d’attentats aux mœurs sur des fillettes.

Toutefois, lorsqu’il entendit l’arrêt le condamnant à la peine de mort, il eut une vive émotion. Il s’affala sur son banc. Cette décision de la Cour a été, on se le rappelle, accueillie par des applaudissements par la foule, venue suivre les débats et par celle massée aux abords du Palais de Justice. Elle fut accueillie avec satisfaction par toutes les mères de famille.


Bernard Delépine

"Pasteur des pauvres" disent certains





Pierre Gueurie ( Client No.362 )








*  ( Pardon, non parle et écris bien le français, mais je sais faire...Copier et Coller ) pale
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MessageSujet: Re: Pierre Gueurie - 1934   Jeu 30 Juin 2016 - 15:19

Vos publications sont toujours de belles découvertes, Filomatic.     queen
J'ignore quelle est votre langue maternelle mais j'aimerais la parler et l'écrire avec la même aisance que vous en français.  

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MessageSujet: Re: Pierre Gueurie - 1934   Ven 1 Juil 2016 - 14:39

Flamand?

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MessageSujet: Re: Pierre Gueurie - 1934   Ven 1 Juil 2016 - 15:20



Simone Soleau, 6 ans
Violée, égorgée, mutilée




°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


MAINE & LOIRE

L'ASSASSIN GUEURIE
A EXPIÉ HIER MATIN
SON CRIME ODIEUX

Il a fait preuve d’un grand courage
devant la mort

ANGERS. 3 mars (De notre correspondant particulier.)

C'est chose faite. Gueurie a expié son crime. À 5 h. 25 la guillotine est montée sur la place de la Prison.
C'est à 5 h. 30 que le gardien chef ouvre la cellule du condamné. Le gardien est suivi des magistrats, du défenseur de l'assassin, du défenseur de la famille Soleau et des journalistes.
Me Pecquereau, pour réveiller Gueurie, le touche discrètement à l'épaule. Gueurie sursaute. Que de monde !
Il comprend bien que c'est là son dernier réveil. Il se dresse sur son lit et, dans un geste machinal, passe la main dans son épaisse chevelure noire, puis regarde fixement celui dont la parole redoutable requit contre lui en novembre dernier la peine de mort, M l'avocat général Zollinger.

« Votre pourvoi en cassation a été rejeté. Votre recours grâce aussi, lui dit le magistrat. Ayez du courage »

Du courage, le commis épicier en aura. Contrairement à toutes les prévisions, cet arrêt terrible ne semble pas l'émouvoir. C'est d'une voix très assurée qu'il répond aux encouragements et de l'avocat général et de l'aumônier.

« Puisqu'il faut y aller, on ira. »

Après avoir signé sa levée d'écrou, le condamné reste quelques instants avec l'aumônier de la prison pour une dernière ultime (1) confession. II remet à l'ecclésiastique des photos, des lettres qu'il enverra à sa femme.

M. Deibler signe alors la levée d'écrou.

LES DERNIERES VOLONTÉS DU CRIMINEL

Gueurie, qui a écrit pas mal de lettres pendant sa détention, veut en écrire une dernière à sa femme avant de mourir. On sait que sa compagne a fui l’Anjou depuis l'horrible crime et s'est placée comme domestique en Normandie. Gueurie donne à ce moment l'impression d'une défaillance mais bien vite il se ressaisit et sa main tremblante trace quelques lignes.
Gueurie va-t-il se rendre à la guillotine dans son habit de détenu ? Non, il veut se faire beau. Très soigné de sa personne, il tient absolument à endosser une chemise de fantaisie et son complet noir. Un dernier coup de peigne dans ses beaux cheveux que bientôt le couperet enverra à terre.
Prendra-t-il aussi le verre de rhum et la traditionnelle cigarette ?

« Je veux entendre la messe et communier » dit-il d'une voix qui ne tremble pas.

Les pieds enchaînés, il quitte sa cellule et gagne la chapelle. Il prend place sur une chaise face à l'autel, ayant près de lui à sa droite son défenseur et à sa gauche le gardien chef de la prison. Ces dernières minutes qui lui restent à vivre, Gueurie les passe semble-t-il dans le recueillement le plus profond.

Au moment de la communion, Gueurie se lève résolument et se met à genoux. L'aumônier le réconforte en lui disant quelques mots à l'oreille.
Cérémonie macabre s'il en tut et combien plus triste que le plus triste enterrement. N'est-ce pas là ce que pense le jeune enfant de chœur qui sert la messe de l'assassin ? Le pauvre petit est tout ému, sa main tremble et se crispe sur le cierge. Voilà une messe dont il se souviendra !

6 heures, le jour se lève. Au dehors, la foule attend toujours avec calme.

Une dernière recommandation du condamné : « Monsieur l'Avocat général, je vous supplie de veiller que le peu d'argent qui me reste soit envoyé à ma femme ainsi le mes bijoux. »
- Soyez assuré, Pierre Gueurie, que le nécessaire sera fait.


SUPREME TOILETTE

Le condamné à mort est aussitôt conduit au greffe de la prison pour l'ultime toilette. Cette opération, dirigée par Deibler, ne durera que quelques minutes. Un large coup de ciseau échancre la chemise blanche. Les mains sont solidement ficelées derrière le dos.

Gueurie a les traits contractés, grince des dents, mais ne pousse pas le moindre cri plaintif et ne dira pas un mot.
Il a promis d'être courageux. Il le sera jusqu’au bout à la surprise générale.

À 6 h. 25, JUSTICE EST FAITE

6 h. 23 C’est l'heure pour Gueurie d'expier son crime. Deux aides le soutiennent chacun par une épaule, précédés de l'aumônier. Le portail de la prison s'ouvre tout grand Gueurie se trouve face à face avec la guillotine. Il est poussé sur la bascule.

Un bruit sourd, celui du couperet. Une tête tombe. Justice est faite. Pierre Gueurie a payé sa dette à la société. Sans avoir dit un mot, il est allé courageusement à la mort, comme pour implorer la pitié de sa petite victime et de ses parents éplorés.

À 6 h. 35, le fourgon emportait le corps de Gueurie au cimetière de l'Est où eut lieu l'inhumation et à 7 heures, le fourgon revenait place de la Prison, afin que l'on put recharger les pièces démontées de la guillotine.

6 h. 23, 6 h. 25 : deux minutes ont suffi, une tête est tombée, c'est dire combien l'exécution fut rapide.

Le service d'ordre fut merveilleusement assuré par M. Collart, commissaire central, aidé de MM Geay, Dagonnet et Gardin, commissaires de police ; le commandant Mahé et le capitaine Pougnant, les officiers du piquet du 6e génie. À aucun moment, malgré la foule impressionnante, ce service d'ordre ne fut débordé.

L’Ouest-Éclair, n° 13 632 du 4 mars 1934

(1) : sic

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MessageSujet: Re: Pierre Gueurie - 1934   Sam 2 Juil 2016 - 21:23

Citation :
le jeune enfant de chœur qui sert la messe de l'assassin ? Le pauvre petit est tout ému, sa main tremble et se crispe sur le cierge. Voilà une messe dont il se souviendra !

C'est la première fois que je lis dans un récit qu'il y avait un enfant de choeur lors de la messe avant l'exécution.

Si c'est vrai, quelle horreur pour un enfant d'être présent là. No

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MessageSujet: Re: Pierre Gueurie - 1934   Sam 2 Juil 2016 - 22:36

Je n'ai jamais non plus noté la présence d'un enfant de chœur lors de la messe précédant une exécution. L'aumônier officiait seul dans tous les récits que j'ai lus jusqu'à présent. pale

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MessageSujet: Re: Pierre Gueurie - 1934   Mar 12 Juil 2016 - 15:17







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