La Veuve

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 Claude-Antoine Lyautey - Quand la Justice trahit - 1888

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Adelayde
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MessageSujet: Claude-Antoine Lyautey - Quand la Justice trahit - 1888   Mer 8 Juin 2016 - 17:51

CLAUDE-ANTOINE LYAUTEY - QUAND LA JUSTICE TRAHIT
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Alors que je recherchais sur le Net des infos sur un tout autre sujet, j'ai découvert cet article qui fait référence à une situation hallucinante dans un procès d’assises.

L'AFFAIRE LYAUTEY

Bien que la fin du mystérieux Prado ait absorbé tous ces jours-ci une bonne part de l'attention publique, nos lecteurs n'auront sans doute pas oublié le nom de ce Lyautey condamné à mort pour assassinat par la Cour d'assises de Loir-et-Cher et qui a été guillotiné à Blois au commencement de cette semaine.

Si je reviens sur cette affaire, ce n'est pas que le condamné soit par lui-même digne d'un grande intérêt ou que, le moindre doute puisse s'élever sur sa culpabilité : Lyautey, on s'en souvient, avait assailli sur la grande route une jeune femme de trente ans, mariée à un meunier des environs de Blois ; il l'avait frappée à coups de couteau, et, après l'avoir volée, il avait jeté son corps dans la rivière.

Si jamais forfait a paru peu digne de pardon, c'est à coup sûr celui-là ; si jamais condamnation a paru justifiée, c'est bien celle qu'ont prononcée les jurés blaisois : la condamnation de Lyautey a pourtant soulevé une vive émotion et il faut convenir que la façon dont elle a été obtenue est un peu faite pour ébranler le respect qui doit s'attacher aux décisions de la Justice.

*
* *

Lyautey, comme la plupart des malfaiteurs, étant dépourvu de toute ressource, n'avait pas choisi d'avocat : on lui en avait donné un d'office, et c'était justement le bâtonnier du barreau de Blois.

Il y avait pour le défenseur un faible parti à tirer de la cause. Les témoins étaient fort affirmatifs, les présomptions paraissaient fort graves, les arguments de l'accusation tout à fait plausibles. Cependant, il manquait cette preuve suprême, cette preuve sans réplique, ce victorieux rayon d'évidence qui dissipe les dernières incertitudes, et une ombre de doute flottait encore sur la conscience des jurés.

Lyautey niait avec acharnement.

Le président de la Cour, l'avocat-général qui soutenait l'accusation l'exhortaient par les paroles les plus pressantes à se départir de ce système, à faire l'aveu de son crime et à témoigner ainsi d'un repentir qui ne pouvait que le recommander à l'indulgence de ses juges.

Je ne suis pas bien sûr que de semblables appels soient absolument conciliables avec la parfaite bonne foi et que de tels procédés judiciaires soient d'une rigoureuse correction. Le juge qui les emploie, qui amène ainsi un accusé à se désarmer pour ainsi dire devant l'accusation, prend en somme, au nom de la Justice qu'il représente, un véritable engagement. Et cet engagement, pour n'être pas explicite, pour être demeuré vague dans les termes, n'en doit pas moins lier sa conscience.

Si les choses en étaient demeurées là, pourtant, il n'y eût eu dans l'espèce rien que d'assez ordinaire. À tort ou à raison, la plupart des Présidents d'assises se croient autorisés à recourir à de tels moyens pour porter la lumière dans l'esprit du Jury ; mais le Président de la Cour de Blois alla beaucoup plus loin : il fit en termes clairs miroiter aux yeux de l'accusé la certitude de la grâce obtenue au prix d'un aveu, et le Ministère public, se joignant à lui, insista vivement dans le même sens.

Lyautey cependant ne se décidait pas encore à avouer. On vit alors un spectacle bien inusité. On vit le défenseur de l'accusé se lever et, se tournant vers son client d'office, l'inviter en termes cordiaux et chaleureux, au nom de son propre salut, à entrer dans la voie des aveux.

*
* *

Que vouliez-vous que fit Lyautey ? Pouvait-il imaginer que tous ces hommes, entourés du sévère appareil de la vindicte publique, qui, dans leurs austères robes noires, lui apparaissaient comme des défenseurs et les symboles de la Loi, se fussent réunis pour le tromper ? Il se sentait déchu et avili, mais, dans son abaissement, il avait cette pensée que cette Justice vengeresse dont le poids pesait en ce moment sur sa tête était quelque chose de haut et de sacré, à quoi ne pouvait se mêler l'idée basse de ruse et de mensonge.

D'ailleurs, est-ce que cet homme que la Cour lui avait donné pour défenseur ne le poussait pas aussi, comme les autres à tout dire ? Celui-là ne pouvait pas le trahir ; celui-là n'était pas suspect ; celui-là était au courant des choses, il savait bien ce que parler voulait dire et puisqu'il donnait un conseil, il fallait le suivre. Lyautey se leva, il retraça dans tous ses détails la scène du crime, ne cacha rien, soutint seulement d'une voix où vibrait un accent de sincérité qu'il n'y avait eu aucune préméditation de sa part.

L'avocat prit la parole à son tour. Ce fut pour dire qu'il n'avait rien à ajouter aux déclarations de son client. Les jurés se retirèrent. La délibération ne fut pas longue. Le président du Jury lut un verdict affirmatif sur toutes les questions, et le Président de la Cour, vu l'absence de toute circonstance atténuante, prononça la condamnation à mort.

On sait le reste. Lyautey n'a pas été gracié. On l'a exécuté il y a quelques jours.

*
* *

Que la sentence du Jury ait été juste en elle-même, ce n'est pas discutable ; les jurés, d'ailleurs, ne relèvent que de leur conscience et les promesses faites à Lyautey ne les engageraient, eux, en rien.

Mais le Président de la Cour, mais l'organe du Ministère public, mais le défenseur !

Quelque excuse qu'on cherche pour eux dans le sentiment profond, et parfois excessif, des nécessités sociales auxquelles obéit la Justice quand elle poursuit la répression des crimes, on ne peut méconnaître que leur rôle en cette affaire est véritablement odieux : la souveraineté du but ne saurait jamais être invoquée pour légitimer un pareil manquement de foi et le fait d'arracher à un accusé des aveux en lui promettant la vie sauve pour l'envoyer ensuite à l'échafaud paraîtra toujours révoltant à toutes les consciences droites.

De pareils faits sont rendus possibles en France par les formes mêmes de notre Justice criminelle qui sont encore empruntées aux législations de l'ancien régime et surtout par l'autorité sans limites attribuée au Président qui, dirigeant les débats comme il lui plaît, menant les interrogatoires à son gré, admonestant quand il veut les témoins, peut en réalité exercer sur le dénouement final du procès une influence beaucoup trop prépondérante.

*
* *

Il n'en va pas ainsi en Angleterre, par exemple, où le rôle du Président est beaucoup plus limité et où l'instruction des affaires criminelles est publique.

La Justice anglaise se montre extrêmement soucieuse des droits de la défense, de tous ses droits, même du droit au silence. Pendant l'audience, le Président demande d'abord à l'accusé s'il plaide « coupable ou non coupable », c'est-à-dire s'il nie les faits qui lui sont imputés, ou si, les reconnaissant, il se borne à en atténuer le caractère criminel, en invoquant des circonstances qui diminuent sa culpabilité. Mais avant que l'accusé ait répondu, le Président a soin encore de lui recommander de veiller sur son langage et de ne rien dire qui puisse nuire à sa cause.

Les débats une fois commencés, le Président cesse d'intervenir directement ; son rôle n'est pas de parler, encore moins de plaider, comme font le plus souvent les nôtres ; son rôle est d'entendre et de juger. Ce sont les parties entre qui se débat le procès et de l'opposition desquelles doit jaillir la vérité qui, seules, ont la parole. L'avocat de la Couronne, c'est-à-dire le Ministère public, et le défenseur de l'accusé interrogent les témoins, chacun s'efforçant de tirer des dépositions obtenues quelque élément utile à sa cause ; puis l'accusation requiert, la défense plaide, et le Jury décide.

*
* *

Je ne sais si cette méthode est la plus équitable, la plus irréprochable dans la pratique qui se puisse inventer ; je ne sais si elle pourrait être sans inconvénient importée chez nous ; elle a, en tout cas, cet avantage de rendre impossibles des scandales de la nature de celui que j'ai aujourd'hui à rapporter.

À vrai dire, il est rare que des faits aussi graves se produisent devant nos Cours d'assises, où trop d'abus sont encore journellement relevés ; il est rare surtout que des avocats oublient à ce point leur devoir. Le fait n'est pourtant pas sans exemple, et bien des mémoires ont conservé le souvenir d'un épisode plus révoltant encore qui se produisit devant la Cour d'assises de la Seine, pendant le procès intenté aux auteurs de l'attentat dirigé contre Napoléon III le 14 janvier 1858.

Le principal accusé, Orsini, s'avouait coupable et aucun doute ne s'élevait sur son sort ; pour lui, la condamnation capitale était certaine. Mais le second accusé, Pierri, se défendait énergiquement. Une circonstance de grande importance plaidait pour lui et semblait, en effet, de nature sinon à motiver son acquittement, du moins à faire écarter de lui le châtiment suprême.

*
* *

Pierri avait été arrêté avant l'attentat. Il était porteur d'une bombe, il est vrai, mais il ne l'avait pas lancée. Qui pouvait affirmer qu'au dernier moment, sa main n'eût pas été retenue ? Il était venu pour agir : qui pouvait affirmer qu'à l'heure de l'action sa résolution n'eût pas changé ? En somme, l'intention même patente, même gardée jusqu'à la dernière heure ne pouvait être tenue pour le fait. Et, dans ces conditions, la participation directe n'étant pas établie, Pierri n’avait fait que prêter à l'auteur principal aide et assistance ce n'était plus qu'un complice secondaire.

Ces considérations étaient si puissantes que le jury, pourtant savamment trié, hésitait.

L'avocat de Pierri les fit valoir assez mollement et termina sa plaidoirie par un mouvement oratoire assez imprévu où il faisait entendre que la clémence impériale protégeait cette tête, coupable à la vérité, mais digne encore de pitié, et que si les jurés, dans la rigueur de leur conscience, croyaient devoir prononcer une condamnation capitale, cette condamnation ne s'exécuterait jamais.

Sur cette assurance, les jurés rendirent contre le second accusé un verdict qui l'envoyait à l'échafaud. Pierri fut exécuté. Quelques mois après, son avocat était nommé par le gouvernement impérial président du Tribunal civil de la Seine, un des postes les plus enviés et les plus lucratifs de la magistrature assise.

On lui payait ainsi la tête de Pierri.

JEAN FROLLO - Le Petit Parisien, n° 4 447 du 31 décembre 1888

°°°°°°°°°°°°°°°

Le site "La Veuve-Guillotine" m’a permis d’en savoir plus sur cette affaire et d’orienter mes recherches. Merci Nemo !


LES FAITS

Claude-Antoine Lyautey - 42 ans, piqueur de meules (*). Le 19 août 1888 aux Montils, blesse de 36 coups de couteau émoussé la femme du meunier Henri Cosson, Angèle, 23 ans et enceinte, avant de la jeter dans le Beuvron où elle se noie. Sorti le 15 juillet précédent de la centrale d'Eysses où il venait de purger 5 ans pour vol. Il nie tout au long du procès, avant de se raviser et d'avouer juste après la plaidoirie de son avocat : il avait eu envie d'elle, elle avait refusé. Il n'abusa cependant pas d'elle, ni avant ni après sa mort.

Condamnation : 23 novembre 1888 ;
Exécution : 24 décembre 1888, place de la République à Blois.

Source - Le site de Sylvain Larue – Nemo :
http://laveuveguillotine.pagesperso-orange.fr/Palmares1871_1977.html

(*) Le piqueur de meules est l’ouvrier qui piquait la meule pour rétablir le rugueux de sa surface. Il perçait des petits trous qui se touchaient presque, pour mieux briser le grain. Les meules étaient piquées tous les mois et même deux fois par mois : une meule mal piquée pouvait provoquer un incendie et la perte du moulin.


Le 15 juillet 1888, Lyautey était libéré de la Maison centrale d'Eysse.

_________________
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Dernière édition par Adelayde le Jeu 9 Juin 2016 - 19:29, édité 2 fois (Raison : Faute de frappe)
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MessageSujet: Re: Claude-Antoine Lyautey - Quand la Justice trahit - 1888   Mer 8 Juin 2016 - 17:56

LA MEUNIÈRE DU MOULIN-DU-BOIS
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Une dramatique affaire d'assassinat vient d'être jugée par la Cour d'assises de Loir-et-Cher. Un nommé Lyautey, piqueur de meules, âgé de quarante-deux ans, sans domicile, était accusé d'avoir, le 19 août dernier, assassiné Mme Cosson, âgée de trente ans, femme d'un meunier de Candé, près de Blois. La victime avait été frappée de trente-six coups de couteau et précipitée, vivante encore, dans la rivière du Beuvron.

L'ACTE D'ACCUSATION

Voici, d'ailleurs, les termes de l'acte d'accusation :

Le 15 juillet i888, Lyautey était libéré de la Maison centrale d'Eysse, où il venait de subir une condamnation à cinq années d'emprisonnement prononcée contre lui par la Cour d'assises de la Dordogne pour vol qualifié ; il recevait un pécule de 617 francs 62 centimes.
Le jour même de sa sortie, il arrivait à Périgueux chez sa femme, dont la réputation est mauvaise et avec laquelle, du reste, il n'avait jamais entretenu de relations bien suivies. Moins de dix jours après, il ne restait plus rien du pécule touché par Lyautey à sa sortie de la Maison centrale ; l'accusé l'avait dissipé en débauches de toute nature. Le 24 juillet, à son départ de Périgueux, il avait été obligé d'emprunter quarante sous à sa femme, qui lui paya en outre son billet de chemin de fer jusqu'à une station voisine.

Lyautey commence alors une vie errante et vagabonde, cherchant, prétend-il, du travail dans les moulins, mais vivant en réalité la plupart du temps de la charité publique et n'attendant qu'une occasion favorable pour demander au crime de subvenir à ses besoins. Il tient sur sa route les propos les plus haineux. On l'entend s'écrier « Je n'ai plus d'argent ; il faut du sang ! » Il vole des effets d'habillement qu'il revend ensuite pour se procurer un peu d'argent.

Le 18 août, Lyautey se dirige vers le Moulin-du-Bois dont les êtres lui étaient familiers en raison du long séjour qu'il y avait fait jusqu'au 11 mai, époque à laquelle il en avait été renvoyé pour vols. Il entre dans la cuisine, se fait servir un verre de vin par la domestique, en présence de Mme Cosson, la femme du meunier, demande s'il y a du travail à lui donner et se retire sans se faire connaître. Le soir, il pénètre dans les dépendances du moulin et va se coucher sur une voiture de foin.

Au point du jour, il sort sans être aperçu, après s'être emparé d'une limousine qui était dans la voiture. Puis, il s'arrête dans un sentier, à un endroit d'où il peut observer tout ce qui se passe dans le moulin. Surpris par quelqu'un, il se lève précipitamment et, pour tâcher d'expliquer son attitude, demande des renseignements sur la localité, qu'il connait cependant très bien.

Dans la journée du 19, il dépense ses derniers sous pour se nourrir. Vers sept heures et demie du soir, il se trouve au moulin Rouillon, situé sur la rivière du Beuvron et devant lequel passe la route des Montils au Moulin-du-Bois. Il entre dans ce moulin, où on lui offre un verre de piquette et où on lui donne un gros morceau de pain dur qu'il met dans l'une des poches de son veston. Il sort et s'engage sur la route dans la direction du Moulin-du-Bois.

Au même moment, Mme Cosson, qui revenait des Montils, où elle avait été voir sa couturière, arrivait à la hauteur du moulin Rouillon ; elle rentrait chez elle, au Moulin-du-Bois, et suivait, par conséquent, le même chemin que Lyautey, à une courte distance derrière lui. Mme Cosson eut bientôt dépassé Lyautey, qui s'était arrêté.
Un témoin, le sieur Vaux, a vu Lyautey à quinze pas derrière Mme Cosson ; en se retournant, il a cru remarquer que l'individu qui suivait Mme Cosson forçait le pas pour la rejoindre. À ce moment, il n'y avait sur la route que ces trois personnes.

Or, c'est seulement à deux cents mètres plus loin que Mme Cosson a été assaillie et frappée à coups de couteau. Surprise par cette attaque imprévue, elle jeta deux cris terribles qui furent entendus à près d'un kilomètre de là, alors que l'accusé prétend n'avoir rien entendu. Puis, elle tomba sur le talus de la route d'où elle fut projetée dans un pré qui se trouve en contre-bas du chemin.
Quand elle fut évanouie, l'assassin s'accroupit à côté d'elle, la fouilla et lui vola les quelques francs que contenait son porte-monnaie. Puis, il saisit sa victime par les cheveux, la traina pendant vingt mètres dans la vase jusqu'à la rivière et l'y précipita à l'endroit le plus profond.

La victime avait reçu trente-six coups de couteau ; cependant, aucune de ces blessures n'était mortelle et elle eut pu survire si elle n'avait été jetée, vivante encore, dans les eaux du Beuvron.
Elle était enceinte de quatre mois.

UN MORCEAU DE PAIN

Sur le théâtre du crime, on ramassa une croûte de pain. Elle était tombée de la veste de l'assassin dans ses efforts pour traîner la victime à l'endroit le plus profond de la rivière. Or, le 19 août, un peu avant le coucher du soleil, Lyautey, comme nous l'avons dit, s'était présenté au moulin Rouillon en sollicitant une aumône. On lui avait donné un verre de piquette et un morceau de pain. La piquette, il l'avait bue. Le pain, il l'avait glissé dans sa poche. Et c'était bien le même qu'on avait retrouvé, car un indice le rendait reconnaissable.
Le carrelage du four était incomplet : il manquait une brique. Les miches cuites à l’endroit où le vide existait avaient toujours une boursouflure. Et c'était ce morceau de pain boursouflé que la domestique du moulin avait précisément remis au mendiant qui fut par elle reconnu sans peine. Lyautey était donc l'assassin.

ARRESTATION DE LYAUTEY

D'ailleurs, le 20, c'est-à-dire le lendemain du crime, Lyautey, qui n'avait pas un centime la veille au soir, dépensait trois francs dix sous ; or, cette somme était précisément celle que la dame Cosson avait encore dans son porte-monnaie au moment où elle avait été assassinée. On remarquait enfin sur le pantalon de Lyautey des traces de boue ressemblant à de la vase.
Arrêté, Lyautey parut d'abord vouloir entrer dans la voie des aveux mais il retrouva bientôt toute son assurance et il opposa aux accusations portées contre lui les dénégations les plus formelles.

INTERROGATOIRE

M. le Président, après avoir rappelé les détails du crime, pose cette question à l'accusé :
- Eh bien ! Lyautey, qu'avez-vous à répondre ?

R. Je ne connais rien de tout cela.

D. Vous ne connaissez rien de tout cela. Mme Cosson a été jetée dans un endroit très profond du Beuvron, tout près de Chozelle, et qui est bien connu de tous ceux qui ont travaillé au Moulin-du-Bois. Et vous, qui y avez travaillé jusqu'en 1884, vous ne saviez pas que c'était le meilleur endroit pour faire disparaitre un cadavre ?... Vous le saviez si bien que vous l'avez traîné jusque là.

R. Je suis innocent.

D. Vous ne connaissez rien de tout cela, dites-vous. Mais ce morceau de pain que voilà, le reconnaissez-vous ? Il vous a été donné quelques minutes avant le crime au moulin Rouillon.

R. Le pain qui m'a été donné au moulin Rouillon, je l'al mangé immédiatement deux morceaux de pain peuvent bien se ressembler.

D. Lyautey, il y a encore contre vous la vase remarquée au bas de votre pantalon et aussi à vos genoux or, le cadavre de Mme Cosson, avant d'être jeté dans la Beuvron, a été trainé dans la vase et fouillé par un individu qui a dû s'agenouiller pour mieux explorer les poches.

R. Il n'v a rien qui ressemble mieux à de la vase que de la boue. On ne peut pas demander à un piqueur de meules qui roule de moulin en moulin de n'avoir pas de boue à son pantalon. C'est le métier qui veut ça.

D. On a remarqué que le lendemain du crime vos vêtements avaient été lavés par places, notamment votre manche droite : c'est le sang que vous avez voulu faire disparaitre.

R. On s'est trompé ; les témoins trouvent bien des choses après coup.


On le voit, le système de Lyautey est bien simple il nie tout.

CONDAMNATION À MORT

Après l'interrogatoire, Il est ensuite procédé à l'audition des témoins. Puis, après le réquisitoire et la défense, le jury rend un verdict de culpabilité, sans circonstances atténuantes.
En conséquence, la Cour condamne Lyautey à la peine de mort.


Le Petit Parisien, n° 4 413 du 27 novembre 1888





J’ai choisi cette carte, parmi d’autres, pour son message
destiné à Mademoiselle Émilie le 20 mai 1902
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MessageSujet: Re: Claude-Antoine Lyautey - Quand la Justice trahit - 1888   Mer 8 Juin 2016 - 17:57

EXÉCUTION CAPITALE À BLOIS
+++++=+++++

Hier a eu lieu à Blois l'exécution du nommé Lyautey, âgé de quarante-deux ans, condamné à mort par la Cour d'assises d'Eure-et-Loir pour un assassinat commis le 19 août dernier.
LE CRIME

Le 15 juillet 1888, Lyautey était libéré de la Maison centrale d'Eysse, où il venait de subir une condamnation à cinq années d'emprisonnement prononcée contre lui par la Cour d'assises de la Dordogne pour vol qualifié : il recevait un pécule de 617 francs 62 centimes. Le jour même de sa sortie, Il arrivait à Périgueux chez sa femme, dont la réputation est mauvaise et avec laquelle, du reste, Il n'avait jamais entretenu de relations bien suivies.

Moins de dix jours après, Il ne restait plus rien du pécule touché par Lyautey à sa sortie de la Maison centrale ; l'accusé l'avait dissipé en débauches de toute nature. Le 24 juillet, à son départ de Périgueux, il avait été obligé d'emprunter quarante sous à sa femme, qui lui paya en outre son billet de chemin de fer jusqu'à une station voisine.

Lyautey commence alors une vie errante et vagabonde, cherchant, prétend-il, du travail dans les moulins, mais vivant en réalité la plupart du temps de la charité publique et n'attendant qu'une occasion favorable pour demander au crime de subvenir à ses besoins.

Le 18 août, il se dirige vers le Moulin-du-Bois, à Candé, près de Blois, dont les êtres lui étaient familiers en raison du long séjour qu'il y avait fait jusqu'au 11 mai 1884, époque à laquelle il en avait été renvoyé pour vols. il entre dans la cuisine, se fait servir un verre de vin par la domestique, en présence de Mme Cosson, la femme du meunier, demande s'il y a du travail à lui donner et se retire sans se faire connaître. Le soir, il pénètre dans les dépendances du moulin et va se coucher sur une voiture de foin.
Au point du jour, Il sort sans être aperçu, après s'être emparé d'une limousine qui était dans la voiture. Puis, il s'arrête dans un sentier, à un endroit d'où il peut observer tout ce qui se passe dans le moulin. Surpris par quelqu'un, il se lève précipitamment et, pour tacher d'expliquer son attitude, demande des renseignements sur la localité, qu'il connaît cependant très bien.

Dans la journée du 19, il dépense ses derniers sous pour se nourrir. Vers sept heures et demie du soir, il se trouve au moulin Rouillon, situé sur la rivière du Beuvron et devant lequel passe la route des Moutils au Moulin-du-Bois. Il entre dans ce moulin, où on lui offre un verre de piquette et où on lui donne un gros morceau de pain dur qu'il met dans l'une des poches de son veston. Il sort et s'engage sur la route dans la direction du Moulin-du-Bois.

Au même moment, Mme Cosson, qui revenait des Moutils, où elle avait été voir sa couturière, arrivait à la hauteur du moulin Bouillon ; elle rentrait chez elle, au Moulin-du-Bois, et suivait, par conséquent, le même chemin que Lyautey, à une courte distance derrière lui. Mme Cosson eut bientôt dépasse Lyautey, qui s'était arrêté.
Tout à coup, celui-ci se précipita sur elle et la frappa à coups de couteau. Surprise par cette attaque Imprévue, la malheureuse jeta deux cris terribles qui furent entendus à près d'un kilomètre de là. Puis, elle tomba sur le talus de la route d'où elle fut projetée dans un pré qui se trouve en contrebas du chemin. Quand elle fut évanouie, l'assassin s'accroupit à côté d'elle, la fouilla et lui vola les quelques francs que contenait son porte-monnaie. Puis, il saisit sa victime par les cheveux, la traîna pendant vingt mètres dans la vase jusqu'à la rivière et l'y précipita à l'endroit le plus profond.
La victime avait reçu trente-six coups de couteau ; cependant, aucune de ces blessures n'était mortelle et elle eût pu survivre si elle n'avait été jetée, vivante encore, dans les eaux du Beuvron. Elle était âgée de trente ans et se trouvait enceinte de quatre mois.

Sur le théâtre du crime, on ramassa une croûte de pain. Elle était tombée de la veste de l'assassin dans ses efforts pour traîner la victime à l'endroit le plus profond de la rivière.
Or, le 19 août, un peu avant le coucher du soleil, Lyautey, comme nous l'avons dit, s'était présenté au moulin Rouillon en sollicitant une aumône. On lui avait donné un verre de piquette et un morceau de pain. La piquette, il l'avait bue. Le pain, il l'avait glissé dans sa poche. Et c'était bien le même qu'on avait retrouvé, car un indice le rendait reconnaissable. Le carrelage du four était Incomplet il manquait une brique. Les miches cuites à l'endroit où le vide existait avaient toujours une boursouflure. Et c'était ce morceau de pain boursouflé que la domestique du moulin avait précisément remis au mendiant qui fut par elle reconnu sans peine.

Lyautey était donc l'assassin. D'ailleurs, le 20, c'est-à-dire te lendemain du crime, Lyautey qui n'avait pas un centime la veille au soir, dépensait trois francs dix sous : or, cette somme était précisément celle que la dame Cosson avait encore dans son porte-monnaie au moment où elle avait été assassinée. On remarquait enfin sur le pantalon de Lyautey des traces de boue ressemblant à de la vase.

Arrêté, l'assassin parut d'abord vouloir entrer dans la voie des aveux mais il retrouva bientôt toute son assurance et il opposa aux accusations portées contre lui les dénégations les plus formelles.
La Cour d'assises de Loir-et-Cher le condamna à mort dans une de ses audiences du mois de novembre dernier.

LE RÉVEIL

À cinq heures et demie, MM. Degois, procureur de la République ; Louvet, juge d'Instruction ; le docteur Guérin et l'abbé Certot arrivent à la prison. Cette prison est un ancien couvent de Bénédictins, une sombre bâtisse située rue de Beauvoir.

À six heures moins dix minutes, les magistrats entrent dans la cellule de Lyautey. Le condamné à mort est couché mais éveillé : il s'assied sur son lit et regarde d'un œil calme ceux qui entrent.

- « Votre recours en grâce a été rejeté, lui dit le Procureur de la République ; apprêtez- vous à mourir, Lyautey, soyez courageux ! »

- « Je le serai, monsieur » répond Lyautey.


Et il ajoute :
- « J'ai toujours été poursuivi par la fatalité ; oui, messieurs, je suis coupable, mais si l'on savait combien j'ai souffert, ce qui m'a conduit au crime, peut-être on aurait eu pitié. »

Le condamné est laissé seul un instant avec l’aumônier. Dix minutes après, il entre dans la salle qu'on appelle le "chauffoir". C'est, au rez-de-chaussée, une pièce carrée, assez vaste.

Lyautey porte une cotte et un veston de toile bleue. Il est de taille moyenne, solidement bâti. Son front est large et proéminent, son nez un peu écrasé. Sa moustache rousse est épaisse ; l’ensemble de sa physionomie exprime l'intelligence, l’énergie.

« Désirez-vous quelque chose ? » lui demande le Procureur de la République.

« Quand j'aurai entendu la messe, répond tranquillement le condamné à mort, je mangerai un morceau ; cela me donnera la force de bien mourir. »

Lyautey, après avoir entendu la messe dans la chapelle de la prison, revient au "chauffoir" où aura lieu tout à l'heure la toilette funèbre. Il s'assied devant une petite table de sapin sur laquelle est placé un plat de viande froide, du pain et un litre de vin. Il coupe tranquillement son pain, sa viande, se verse à boire ; sa main ne tremble pas. Il mange lentement, de bon appétit.

Le juge est assis en face de lui. Les autres magistrats, le directeur de la prison et des gardiens se tiennent debout dans le fond de la salle aux murs blanchis à la chaux, chauffée par un petit poêle en fonte dont le tuyau noir projette sur le plafond aux poutres apparentes des lignes brisées et agrandies. De tous ceux qui sont là, le moins ému parait être celui qui, dans quelques instants, va mourir.

Des souvenirs lui reviennent de sa vie de soldat ; il a servi au régiment de ligne et au 2e régiment de zouaves.
- « Monsieur le Juge, je me rappelle l'enterrement du général Clerc, après la bataille de Magenta, en 1859 : son uniforme était sur le cercueil, des zouaves escortaient le convoi. J'étais soldat, et j'al fait mon devoir à cette époque. »

À ces paroles, ses traits se contractent. Il continue, interrompant son repas pour la première fois :

- « En 1861 ou 1862, j'étais à Besançon, j'ai vu une exécution. Pourquoi un pressentiment est-il venu m'assaillir ? Pourquoi ai-je pensé que je finirais peut-être comme le misérable à qui on coupait le cou ? »

- « Ne vous laissez pas aller à de pareilles pensées »
, lui dit le juge avec tristesse.

- « Vous avez raison, monsieur, répond Lyautey. Ah si je devais me présenter devant un peloton d'exécution ! »

Bientôt il reprend tout son calme et, s’adressant au juge d’instruction :
- « Je vous prie de faire parvenir à mes enfants ce souvenir de leur malheureux père. »

Il tire de sa poche un mouchoir à carreaux et le présente au juge qui, ému, répond :
- « Lyautey, votre vœu sera exaucé. »

Une larme mouille les paupières du misérable ; son regard devient vague ; il murmure :
- « Ils ne sont pas responsables de mon crime, les pauvres innocents ! Ils sont intelligents ! Qu'on ait pitié d'eux et ils ne finiront pas comme moi ! »

À ce moment, le bourreau entre avec ses aides ; il s'approche de Lyautey.
- « Je suis à vous » dit ce dernier en se levant.

Il verse quelques gouttes de vin dans son verre et, le bras levé, il s'écrie d'une voix forte :
- « Je bois ce verre de vin à la prospérité de mon pays, que j'ai servi autrefois comme soldat, quand j’étais honnête homme !... ah ! Pourquoi n'ai-je pas été tué par une balle allemande ! »

LA DERNIÈRE TOILETTE

Le condamné à mort s'assied sur un petit escabeau ; un des aides du bourreau lui retire son veston de toile, lui attache les bras derrière le dos ; un autre lui entrave les pieds.

- « Ne me faites pas de mal inutilement, dit Lyautey ; ne faites que ce qui est nécessaire et légal. »[/i]

Le bourreau, M. Deibler, échancre le col de sa chemise, sans bruit, doucement, évitant de faire crier les ciseaux.
- « Mettez les morceaux dans la poche de mon pantalon », dit Lyautey.

Et, se tournant vers le Procureur de la République :
- « Vous m'avez promis que mon pauvre corps ne serait pas charcuté par les médecins ?... »

- « Cette promesse sera tenue », répond le magistrat.

La toilette funèbre est terminée. Soutenu par les aides du bourreau, Lyautey se dirige vers la voiture qui va le conduire à l'échafaud. Avant de quitter la prison, Il dit au juge d’instruction :
- « Je n'emporte avec mol qu'un secret, mais, vous le savez, monsieur, ce secret n'appartient qu'à moi, à ma famille. »

Le magistrat Incline la tête en silence.

L'EXÉCUTION

Il est sept heures dix minutes lorsqu'on arrive sur la place de la République. Les gendarmes qui escortent la voiture et ceux qui sont sur la place ont le sabre au clair. Le service d'ordre est fait par un bataillon du 113e régiment de ligne commandé par le commandant Houdailles et des agents de police dirigés par le commissaire central, M. Cahuet. Le nombre des curieux est considérable. Dans le jour brumeux, on distingue des silhouettes confuses hissées sur des échelles, sur des voitures, accrochées aux arbres de la place.

Lyautey est descendu de la voiture. L’aumônier l'embrasse, les aides du bourreau le conduisent vers l'échafaud. Ses yeux sont invinciblement attirés vers le couperet ; par un effort de volonté, Lyautey les en détourne.

- « Je veux jeter un dernier regard autour de moi, dit-il ; c'est le dernier regard du condamné à mort ! »

Le bourreau le pousse sur la planche qui bascule, la lunette s'abat avec un bruit sourd.

- « Mes enfants ! mes enf… »

On entend ces derniers mots. Le couteau tombe. Le sang jaillit avec force.

Les restes du supplicié sont jetés dans le panier rempli de sciure de bois, qu'on place dans le fourgon. Le véhicule se dirige alors vers le cimetière de Blois où a lieu l'inhumation.

À huit heures et demie, les aides du bourreau avaient fini de démonter l'échafaud. La foule, vivement impressionnée, s'écoule lentement.

Le Petit Journal, n° 9 497 du 26 décembre 1888



Le lieu de l’exécution

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MessageSujet: Re: Claude-Antoine Lyautey - Quand la Justice trahit - 1888   Ven 10 Juin 2016 - 13:35

Des répliques que je trouve poignantes chez ce pauvre diable. Sad

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MessageSujet: Re: Claude-Antoine Lyautey - Quand la Justice trahit - 1888   Sam 11 Juin 2016 - 15:54

L'ASSASSINAT DE CANDÉ
+++++=+++++

Nous avons parlé à deux reprises dans notre article « Départements » d'un crime commis à Candé (Loir-et-Cher).

C'est dans la rivière le Beuvron, sur le territoire de Montils, que l'on a retrouvé le corps de Mme Cosson, la meunière qui a été assassinée. Mme Angèle Cosson, qui était âgée de vingt-trois ans, était mariée depuis un an avec un ouvrier meunier.
Son corps était tailladé de trente coups de couteau. Une oreille était coupée en morceaux. Toutes les articulations de la main droite, avec laquelle sans doute la victime avait cherché à se préserver des coups, avaient été coupées profondément jusqu'à l'os.
L'autopsie a révélé qu'aucune de ces blessures n'était de nature à causer la mort et que la malheureuse avait été asphyxiée par suite de son immersion dans le Beuvron. Mme Cosson était enceinte de cinq mois.

L'enquête ouverte a reconstitué la scène du meurtre. Mme Cosson revenait de Candé. En passant devant le moulin de Bouillon, elle souhaita le bonjour aux propriétaires de ce moulin, qui venaient justement de faire l'aumône à un individu de mauvaise mine. Le sieur Nau, qui passait sur la route, rencontra peu de temps après Mme Cosson que suivait un homme dont le signalement répond à celui de l'indigent secouru par les meuniers de Bouillon.
C'est presque aussitôt après que cet individu, le coupable évidemment, la rejoignit et se jeta sur elle. Il lui a, d'abord, porté plusieurs coups de couteau sur la nuque. Mme Cosson jeta des cris qui furent alors entendus par quelques personnes des environs, mais celles-ci n'y attachèrent aucune importance.
La malheureuse ne put se défendre longtemps. Son agresseur, avec une fureur sauvage, la déchiqueta en quelque sorte à coups de couteau portés avec une extrême violence. Lorsque Mme Cosson ne donna plus signe de vie, le misérable la traîna sur un parcours de trente mètres environ et la jeta enfin dans le Beuvron, où le corps a été retrouvé.

D'après l'enquête trois individus étrangers à la localité avaient été vus, rôdant dans les environs de Candé. L'homme qui suivait la malheureuse femme quelque temps avant le crime a été arrêté : ses effets avaient été lavés et n'étaient pas même encore secs. Il est au nombre des trois étrangers que nous signalons plus haut. Les deux autres ont été arrêtés également, non loin de là, à Faverolles.
L'enquête, cependant, a établi que le vol pourrait n'être pas le mobile du crime. La victime avait encore sur elle sa montre et son porte-monnaie. Il est vrai que ce porte-monnaie était vide, mais on ne sait si Mme cosson portait de l’argent au moment du crime.

Le corps de la victime de ce meurtre mystérieux a été retrouvé par son mari. Le sieur Henri Cosson, ne voyant pas, la veille au soir, rentrer sa femme et sachant qu'elle était allée voir sa mère, ne s'en occupa point ; ce n’est que le lendemain matin que, pris d'inquiétude, il se transporta chez, sa belle-mère. Celle-ci n'ayant pas vu sa fille, Cosson fit aussitôt des démarches qui aboutirent à la découverte du cadavre, dans une petite anse du Beuvron, vers laquelle il avait été dirigé par des traces de sang relevées aux alentours sur le sol.

Le Petit parisien, n° 4 319 du 25 août 1888




Candé-sur-Beuvron – Les rives du Beuvron
C'est dans la rivière le Beuvron que l'on a retrouvé le corps de Mme Cosson

+++++++



Le 19 août, Lyautey se présente au Moulin de Rouillon
où on lui offre un verre de piquette et un morceau de pain.

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MessageSujet: Claude LIAUTEY   Sam 18 Juin 2016 - 18:22

En cet ultime et tragique instant précédant sa mort,la mémoire de Liautey l'a sans doute quelque peu trahit lorsqu'il évoque une exécution à laquelle il aurait assisté à Besançon en 1860 ou 1861.En effet,il n'y a pas eu d'exécution dans cette ville durant ces deux années mais une mise à mort a bien eu lieue dans cette cité le 24 février 1862.Date à laquelle fut guillotiné le dénommé Eugène Theophile Fournier.C'est,je crois, à cette exécution que Liautey pensait avant même qu'il ne subisse la sienne.
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MessageSujet: Liautey(suite)   Sam 18 Juin 2016 - 18:29

Eugène Théophile Fournier a été guillotiné à Besançon le 24 février 1863 et non en 1862 comme je l'ai écrit par erreur précédemment.
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MessageSujet: Re: Claude-Antoine Lyautey - Quand la Justice trahit - 1888   Sam 18 Juin 2016 - 20:21

Merci pour ces précisions, mitchou34.          queen

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MessageSujet: Re: Claude-Antoine Lyautey - Quand la Justice trahit - 1888   Lun 20 Juin 2016 - 14:30



Le Petit Journal, n° 9 495 du 24 décembre 1888


+++++++


EXÉCUTION CAPITALE À BLOIS
- - - - - - -

À l'heure où on lira ces lignes, une exécution capitale aura eu lieu à Blois. Le supplicié était un nommé Lyautey, âgé de quarante-deux ans, condamné à mort par la Cour d'assises de Loir-et-Cher, pour assassinat.
Lyautey était accusé d'avoir, le 19 août dernier, assailli sur la route des Montils à Candé la dame Cosson, femme du meunier du Moulin-des-Bois, de l'avoir frappée à coups de couteau, de l'avoir ensuite volée, puis de l'avoir précipitée dans la rivière du Beuvron.
Au moment du crime, l'assassin venait d'être libéré de la Maison centrale d'Eysse, où il avait subi une condamnation à cinq ans de prison pour vols. Sa victime, la femme Cosson, était âgée de trente ans.
Devant la Cour d'assises, Lyautey avait opposé à l'accusation portée contre lui les dénégations les plus énergiques.

- - - - - -

Nous recevons de notre correspondant spécial les dépêches suivantes :

Blois, 23 décembre, 10 h. soir.
L'exécution de Lyautey aura lieu sur la place de la République.
M. Deibler, le bourreau, est arrivé aujourd'hui avec ses aides.
La nouvelle de sa venue s'est répandue en ville, et une foule de curieux s'apprête à se rendre sur le lieu de l'exécution.

- - - - - -

Blois, 23 décembre, 11 h. 55.
L'émotion est grande dans la ville. Les habitants de Moutils, où le crime a eu lieu arrivent à Blois en grand nombre pour assister à l'exécution.
Lyautey dort dans sa prison. Il est persuadé qu'un délai de quarante jours doit s'écouler entre la condamnation et le châtiment.
Je suis tranquille Jusqu'au 1er janvier, disait-il souvent a ses gardiens.
Il passait son temps, dans la prison, à dessiner et à jouer aux cartes.
La foule commence à se diriger vers la place de la République. Il y aura beaucoup de curieux.
On doit commencer à monter la guillotine à trois heures.

Le Petit Parisien, n° 4 441 du 25 décembre 1888

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MessageSujet: Re: Claude-Antoine Lyautey - Quand la Justice trahit - 1888   Mar 21 Juin 2016 - 12:59

l'exécution du nommé Lyautey

« J'ai toujours été poursuivi par la fatalité ; oui, messieurs, je suis coupable, mais si l'on savait combien j'ai souffert, ce qui m'a conduit au crime, peut-être on aurait eu pitié. »

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MessageSujet: Re: Claude-Antoine Lyautey - Quand la Justice trahit - 1888   Mar 21 Juin 2016 - 14:37

Ravail a écrit:
l'exécution du nommé Lyautey
« J'ai toujours été poursuivi par la fatalité ; oui, messieurs, je suis coupable, mais si l'on savait combien j'ai souffert, ce qui m'a conduit au crime, peut-être on aurait eu pitié. »
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Triste à en mourir... Neutral

Bonjour et bienvenue, Ravail.       queen

Ce genre de propos me révolte au-delà de tout :
Lyautey assassine une jeune femme qui ne faisait que passer son chemin, qui ne lui a rien demandé, qui ne lui a rien fait. Et il estime que c’est lui (le tueur) et non Mme Cosson (la victime) qui est « poursuivi par la fatalité. »

Son narcissisme, son absence d’empathie et de remord sont les traits caractéristiques d’un psychopathe.

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MessageSujet: Re: Claude-Antoine Lyautey - Quand la Justice trahit - 1888   Mar 21 Juin 2016 - 14:53

C'est lui l'assassin et c'est lui que nous devrions plaindre...
Il n'a pas eu le moindre regret apparemment..

La vie est faite ainsi. Crying or Very sad
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MessageSujet: "Un bel effet oratoire"   Dim 3 Juil 2016 - 14:11

"Un bel effet oratoire" (extrait)

Pierre Bellemare & Jean-François Nahmias : "Crimes de sang", tome 1, p. 106 à 117.

Le nom de Germain Loiseau a été substitué à celui de Claude-Antoine Lyautey.







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