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 Théodore Félix Ménétrier, le "Toqué" du village

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Adelayde
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MessageSujet: Théodore Félix Ménétrier, le "Toqué" du village   Mar 19 Avr 2016 - 14:26

THÉODORE FÉLIX MÉNÉTRIER

FAUVERNAY MIS À FEU ET À SANG PAR LE "TOQUÉ" DU VILLAGE

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Théodore Félix Ménétrier, qui vient d'être condamné à mort par la cour d'assises de la Côte-d'Or en ce samedi 11 décembre 1886, n'est décidément pas un condamné comme les autres. En quittant la salle après l'annonce du terrible verdict, il se tourne du côté des jurés et leur lance : "Adieu, les amis, si vous êtes contents, moi aussi !". Et il s'est mis à fredonner La Marseillaise.

À première vue, Ménétrier, à qui la justice reproche plusieurs vols, deux assassinats de vieilles dames, divers incendies dont le mobile était toujours le vol, semble content de son sort. Et pourtant, que n'a-t-il pas fait pour passer pour fou. Mais n'anticipons point. Venons-en d'abord aux faits.

ASSASSINAT SUIVI D'INCENDIE

Dans la nuit du 14 au 15 janvier 1886, vers 1 heure du matin, M. Drouhaut qui est garde-barrière du chemin de fer à Neuilly, aperçoit une lueur très vive dans la direction de la maison de Mme Jeanne Clerc, veuve Garot, 82 ans, située à 150 m du village, à une vingtaine de mètres en retrait de la RN 5. Le garde-barrière se lève aussitôt pour constater que la maison était la proie des flammes. Malgré quelques secours apportés immédiatement, le bâtiment fut totalement détruit. Lorsque, vers 8 heures on put fouiller les décombres, on découvrit, dans ce qui avait été la cuisine, le cadavre presque entièrement carbonisé de Mme Garot, étendu sur le dos. D'après les toutes premières constatations, il y avait une grande quantité de sang sous la tête. Le cou, relativement épargné par le feu, présentait un aspect sanguinolent. L'autopsie va démontrer qu'il avait été tranché d'avant en arrière jusqu'à la colonne vertébrale.

On trouva près du cadavre d'abord une lame de rasoir, puis une lame de couteau, les manches de ces deux instruments ayant été consumés par le feu. Pour les enquêteurs, le mobile du crime n'offre aucun doute, c'est le vol : Mme Garot vivait seule et la maison, à l'écart du village, s'y prêtait. Pourtant, le criminel a dû être frustré. On a su qu'il n'y avait pas d'argent à la maison le 14 janvier, la vieille dame devant aller à Dijon, au cour des jours suivants, pour en retirer un peu de ses économies à la Caisse d'épargne.

Les gendarmes ont reconstitué ses dernières heures : Mme Garot était rentrée chez elle entre 16 et 17 heures, après avoir fait quelques petits achats dans un commerce de Neuilly. Elle avait l'habitude de se coucher vers 18 heures après avoir soupé. Mais l'autopsie a montré que son estomac était vide. Par ailleurs, elle avait ses vêtements de jour dont on voyait encore les vestiges préservés par son dos. La victime avait donc succombé entre 17 et 18 heures. Mais pourquoi l'incendie ne s'est manifesté que bien plus tard ? Sans doute que le criminel s'est servi d'une bougie qui a pu communiquer le feu un peu à retardement. Pour l'heure, il s'agit de chercher le coupable, ou tout au moins un suspect.

ON LE CROYAIT CAPABLE DE TOUT...

Il est tout trouvé ce suspect. Le nommé Menétrier Théodore Félix, né le 19 octobre 1861 à Fauvernay, cordonnier de son état depuis qu'il est rentré du service militaire effectué en Algérie. Il travaille rarement et est présenté comme un débauché, paresseux, sans autre ressource que le produit de son travail. Il habite un deux pièces au rez-de-chaussée, rue de l'Église. On le voyait fréquemment dans les auberges, ce qui veut dire que son train de vie n'avait aucun rapport avec ses revenus connus. On le craignait pour sa violence et on le croyait capable de tout. Dans le village on l'avait surnommé "le toqué"...

Depuis quelques mois déjà, la rumeur publique l'accusait d'être l'auteur de trois incendies à Fauvernay allumés à intervalles rapprochés au cours de l'année 1885. Un jour qu'il était ivre, Ménétrier s'était accusé de ces forfaits mais personne n'osa le dénoncer. Il n'y a pas eu d'enquêtes de gendarmerie après ces incendies. Le dossier de procédure révélera que l'Armée lui avait refusé le certificat de bonne conduite. Il était soupçonné notamment d'avoir mis le feu au parc à fourrage attenant aux ateliers des tailleurs et cordonniers de l'escadron du 1er régiment de chasseurs d'Afrique à Blida.

IL PAYAIT L'HÔTEL AVEC DES LAPINS...

M
énétrier avait quitté Fauvernay depuis quelques jours. Il fut arrêté dans la soirée du 15 janvier chez M. Jean-Marie Leroux, aubergiste 100, rue Berbisey à Dijon. Il avait réglé trois nuits avec trois lapins ! En fait il n'avait pas de sou et les lapins n'ont pas été achetés... Le suspect n'avait pu changer d'habits : chemise et pantalon étaient encore tachés de sang. Ménétrier avait été vu le 14 janvier dans une auberge de Neuilly, puis à celle de Verrière à Crimolois où il se fait remettre 4 F par deux femmes. Vers 17 heures il revient en direction de Neuilly, il a été aperçu par quatre cantonniers alors qu'il quittait la RN 5, entre 17 et 17 h 30, à la hauteur de la maison de Mme Garot. Puis à 18 h 45, à 2 km de Neuilly, à la hauteur de la ferme de Morvaux, du côté de Dijon, Ménétrier est vu par un témoin à qui il demanda l'heure. Il rentré chez Leroux rue Berbisey vers 19 h 30. Il se couche aux environs de 22 heures. L'enquête a établi qu'il s'était levé la nuit pour aller mettre le feu à la maison de Mme Garot. Interrogé par les gendarmes, le suspect nie tout mais glisse au passage qu'en novembre 1885 il avait tenté de se suicider en se logeant une balle dans la tête qui ne fut jamais extraite. La décision est prise de le faire interner à la Chartreuse au mois d'avril. C'est à l'asile départemental des aliénés qu'il commence à se livrer.

IL AVOUE TOUT

Au directeur de l'établissement, M. Marendon de Montiel, puis au juge d'instruction, il avoue être l'auteur du crime du 14 janvier mais - système de défense qu'il n'abandonnera plus- il prétend avoir cédé "à une impulsion"(sic) dont il n'a pas été maître. "Parfois je sais ce que je fais, d'autres pas", confesse-t-il en énumérant les autres crimes et délits. Ainsi en octobre 1879 il a volé 80 F à un ouvrier à Dijon. Dans la nuit du 24 au 25 janvier 1885 il a mis le feu à un bâtiment d'hébergement appartenant à la ferme Deville, juste en face de chez-lui. Dégâts : 13 000 F. Il a profité du tumulte pour fouiller les tiroirs et voler quelque argent.

Le 29 mars de la même année, nouvel incendie dans une grange habitée par une veuve, Mme Garnier. Les dégâts, qui n'étaient pas couverts par une assurance, se sont élevés à 15 000 F. Pendant que les voisins aidaient Mme Garnier à sauver des meubles, Ménétrier dérobait de l'argent chez M. Rougetet. Il avoue encore avoir mis le feu le 4 juillet 1885, vers 23 heures, chez M. Gardey, à l'aide d'une allumette. Pendant qu'on éteignait l'incendie, il est allé dans la maison d'à côté pour fouiller les meubles. Cette même année 1885 il avait pris pension pendant six mois chez M. Lerat, épicier à Fauvernay. Il le vola et commit à diverses reprises des attentats à la pudeur, sans violence, sur une fillette de 7 ans habitant sous le même toit.

Il a encore avoué avoir étranglé, toujours à Fauvernay, dans la nuit du 15 au 16 août 1885 une femme de 84 ans, Mme Fournier, après avoir escaladé le mur du jardin. Lors de son décès, il n'avait pas été pratiqué d'autopsie sur elle... On exhuma donc son corps : Ménétrier avait dit juste. Il s'accuse encore du meurtre d'une jeune fille sur une route de la frontière suisse, il en donne les détails, mais il n'a pas été possible de vérifier... L'examen médical est formel :
"Ce n'est pas sous l'influence d'une maladie mentale que Ménétrier a commis les crimes dont il est accusé. Il est responsable."

Accusé de vols qualifiés, d'incendies volontaires, d'attentats à la pudeur et d'assassinats, Félix Ménétrier comparaissait devant la cour d'assises de Dijon le jeudi 9 décembre 1886. On a appris au cours des débats qu'il lisait beaucoup en prison, que son livre de chevet au moment du procès était Les mystères de Paris d'Eugène Süe. Il n'a pas changé de système de défense : toujours "les impulsions maladives" (re-sic). Le 11 décembre la peine de mort était prononcée. Aucune circonstance atténuante. Son pourvoi en cassation fut rejeté le 13 janvier 1887. Le calme et la sérénité sont revenus à Fauvernay mais, pendant longtemps, on a raconté les histoires de ce "toqué" qui avait mis le village à feu et à sang en l'an de grâce 1885.

Source : Archives départementales de la Côte-d'Or, série 2U1504

Le Bien Public - Les Dépêches. Charles MARQUES


http://www3.bienpublic.com/dossiers/decouverte/crime6.html

Gracié le 14 février 1887.

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MessageSujet: Re: Théodore Félix Ménétrier, le "Toqué" du village   Mer 20 Avr 2016 - 15:59


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