La Veuve

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 Marie Gautherot épouse Gagey empoisonneuse de ses enfant - 1854

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Adelayde
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MessageSujet: Marie Gautherot épouse Gagey empoisonneuse de ses enfant - 1854   Mar 19 Avr 2016 - 14:04

MARIE GAUTHEROT, ÉPOUSE GAGEY
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L'AUBERGISTE DE VITTEAUX AVAIT EMPOISONNÉ SES PROPRES ENFANTS

Marie Gautherot, épouse Gagey, 33 ans, native de Darcey, manie l'arsenic avec une étonnante facilité pour éliminer et voler des gens. Mais elle a aussi tué sans raison ses deux enfants Marie et Augustin, âgés respectivement de 14 et de 4 jours, en leur administrant une plus grande quantité de poison qu'aux adultes.

Le premier de ces adultes visé par l'aubergiste est un certain M. Dougerolles, ancien employé de l'imprimerie impériale, divorcé, qui avait fixé sa résidence à Semur en 1850. Mais trois ans plus tard, en septembre, il en a assez de la cité médiévale et demande conseil à l'un de ses amis d'Arnay-sous-Vitteaux, M. Durey-Comte. Or celui-ci connaît bien M. et Mme Gagey, qui tiennent justement une auberge à Vitteaux. M. Dougerolles est donc présenté aux aubergistes et décide de séjourner dans leur établissement du 9 au 13 septembre 1853. Cet essai semble convenir au futur pensionnaire qui rentre à Semur pour régler ses affaires et revient le 2 octobre s'installer pour de bon à l'auberge de Vitteaux d'où il devait ressortir hélas les pieds devant quatorze jours plus tard. Mais n'anticipons pas.

IL EST BIEN CALÉ, LE VIEUX !

En quittant Semur, la fortune de M. Dougerolles consiste en une retraite de 400 F et une rente de 200 F qui lui était réglée par une société de secours. Il opère quelques recouvrements pour réaliser un placement de 3.000 F à fonds perdu chez son ami Durey-Comte. Or la femme de l'aubergiste n'ignorait rien de tout cela et le jour de l'arrivée du retraité, elle demande au domestique qui avait apporté ses affaires si sa malle était lourde, si elle avait sonné... Sur sa réponse affirmative, Marie Gagey dit avec une pointe d'admiration et de convoitise : "Il est bien calé, le vieux !" Plus tard, elle a confié à un témoin qu'elle était tout à fait satisfaite de son nouveau pensionnaire, qu'il était "bien monté" et possédait réellement 3.000 F en argent.

MORT DANS LES PIRES SOUFFRANCES

Mais le 16 octobre, M. Dougerolles est pris subitement de violents vomissements une heure après avoir pris son petit déjeuner en compagnie de la femme de l'aubergiste, qui avait déjà songé à caler son porte-monnaie au détriment de son pensionnaire. Le médecin appelé reconnaît tout de suite les symptômes d'un empoisonnement, mais ne peut plus rien pour le pauvre M. Dougerolles qui expire au milieu des plus horribles souffrances. Le lendemain 17 octobre, le juge de paix de Vitteaux se présente à l'auberge pour poser les scellés et remarque que la serrure de la malle est brisée. Dedans il ne reste que quelques hardes de peu de valeur et point d'argent. « L'attention de la justice s'éveille alors ; l'opinion publique s'émeut, et de vagues rumeurs d'empoisonnement et de vol commencent à circuler dans la ville de Vitteaux », écrit L'Union Bourguignonne lors du procès qui aura lieu devant la cour d'assises de Dijon en août 1854 (Dans le dossier sur cette affaire que l'on peut consulter aujourd'hui aux Archives départementales de la Côte-d'Or figure une lettre anonyme de dénonciation).

ACCUSÉE DE CRIME ET DE VOL

Une perquisition ordonnée à l'auberge va être suivie de l'extérieur par une foule de curieux, chacun y allant de son commentaire. Mais les gendarmes avaient précédé les juges pour empêcher la dissimulation d'objets et surveiller l'aubergiste. On ne sait jamais... La maréchaussée avait raison car effectivement Marie Gagey va essayer de tromper sa vigilance en entrant furtivement dans sa chambre à coucher dans le but de saisir un petit paquet sur un rayon qu'elle tente de dissimuler. Mais un gendarme l'a vue... Devinez ce qu'il y avait à l'intérieur du paquet ? Plusieurs enveloppes refermées avec soin et contenant de l'arsenic. Elle dira à la justice qu'elle avait trouvé le dit paquet sous le lit de M. Fougerolles et cite un témoin de la scène, une certaine Mme Lefol qui apporte un démenti formel.

Tout cela vient confirmer les rumeurs de l'opinion publique. La femme Gagey est arrêtée et l'autopsie de son ancien pensionnaire ordonnée. Les médecins légistes constateront de très graves lésions dans l'estomac et le tube intestinal de M. Dougerolles ; les résidus des matières qu'il avait vomies dans sa chambre et ses intestins, soumis à l'analyse chimique, font découvrir une quantité importante d'arsenic. Marie Gagey l'avait empoisonné pour le voler. En effet, dès le 18 octobre, elle se met à rembourser ses créanciers : 200 F à l'un, 537 F à l'autre... Lors d'une perquisition le 29 octobre à son domicile, alors qu'elle est déjà sous les verrous, le juge d'instruction trouve encore 700 F environ.

Le linge et les vêtements de M. Dougerolles ne seront trouvés que le 19 décembre par le domestique chargé de la garde de la maison. Ils se trouvaient sur le fenil dans un sac caché sous de la paille. L'accusée avoue le vol mais refuse de reconnaître l'empoisonnement, en disant que c'est M. Dougerolles lui-même qui s'est tué. Malheureusement pour elle, un domestique l'avait vue prendre son petit déjeuner avec le pensionnaire. Alors elle recommande à sa domestique : « si on lui parle du déjeuner de Dougerolles, de bien dire qu'il l'a pris seul ».

ET LE MARI DANS TOUT CELA ?

Pierre Gagey, né à Vitteaux, alors âgé de 40 ans, avait été arrêté le 30 octobre. Sa complicité dans le crime n'a pas été prouvée. Mais il a été inculpé de vol. En prison il avait confié à l'un de ses co-détenus : « Je ne suis pas compromis pour le poison, mais ce qui va me charger, ce sont les effets qu'on trouvera dans un fenil, parce que ma femme n'aurait pas pu les monter dans l'endroit où ils vont être trouvés ». Donc c'est lui qui l'a fait...

QUATRE AUTRES EMPOISONNEMENTS

Après les deux arrestations, on se rappela à Vitteaux d'autres énigmatiques affaires d'empoisonnement restées sans solution. Et la Justice fut appelé à vérifier la mort de quatre autres personnes :

- Claudine Bertrand, épouse Commard, dont Pierre Gagey était le neveu et l'héritier, morte subitement la nuit du 8 avril 1845, sans qu'un médecin eut été appelé. C'est Marie Gagey qui l'avait assistée. Claudine Bertrand, bien qu'âgée de 75 ans, se portait à merveille. Elle avait vendu à son neveu tous ses biens, moyennant une rente viagère de 300 F et quelques prestations en nature. Cette rente était reversible en partie sur la tête du dernier survivant. Le 8 avril elle va emprunter à une voisine un cuvier pour faire la lessive ; elle était de bonne humeur et bien portante. Mais elle reçoit la visite de la femme Gagey au cours de l'après-midi. Et le soir elle meurt subitement empoisonnée. Un témoin l'avait vue auprès de Claudine Bertrand. Aucun médecin ne sera appelé au secours de la pauvre malheureuse.

- Le 10 octobre 1849, une autre tante de Pierre Gagey, Reine Commard, était morte dans d'horribles souffrances, laissant sa succession à Gagey et ses frères et sœur. Marie Gagey se trouvait à ses côtés. Elle lui avait donné à déjeuner un morceau de pain trempé dans le vin chaud, et peu après Reine Commard était prise de vomissements abondants et se plaignait d'avoir les entrailles brûlées. Elle réclamait de l'eau à grands cris disant que ce qu'elle éprouvait venait du vin chaud administré par la femme Gagey. Elle meurt dans la nuit. Aucun médecin n'avait été appelé.

- Le 6 mars 1851, Marie Gagey accouche d'une petite fille fortement constituée, que l'on prénomme Marie. Or le 20 mars, la mère dit à la sage-femme qui l'a assistée que son enfant lui paraît malade, quoiqu'il fut bien portant. Trois à quatre heures après son départ, la sage-femme est rappelée et trouve l'enfant succombant à de violents vomissements.

- Le 1er mai 1852, Marie Gagey accouche d'un nouvel enfant, un garçon prénommé Augustin. Les personnes qui l'ont vu affirment qu'il leur a paru bien constitué et bien portant. Le lendemain du baptême, la mère souhaite avoir son bébé près d'elle, sous prétexte de lui donner à boire. Mais il dormait à ce moment-là et la garde-malade se refuse à le réveiller. Elle y est contrainte sur ordre de Marie Gagey qui lui demande partir. L'enfant qui n'a que quatre jours est pris de violentes coliques et de vomissements abondants pendant la journée. Il meurt dans la nuit.

CONDAMNÉE À MORT ET EXÉCUTÉE

Les quatre cadavres sont exhumés et leurs restes soumis à des expériences chimiques faites à Dijon et vérifiées à Paris. Dans tous, on trouve de l'arsenic et Marie Gagey est accusée de ces quatre empoisonnements. Le procès en cour d'assises vient les 21, 22 et 23 août 1854. Quelle va être l'attitude de l’accusée ? Dans le compte rendu de la session, L'Union Bourguignonne écrit :
« Elle va, la tête levée, prendre place sur son banc, et, de là, ne craint pas de lancer, contre tous les témoins honorables qui déposent avec l'accent de la vérité, cette accusation mensongère qu'ils sont tous de faux témoins qui devraient prendre sa place ; pour elle, elle est innocente et elle pousse le blasphème jusqu'à dire que "si la justice des hommes la condamne, la justice de Dieu la récompensera". »

L'acte d'accusation soulignait que "cette femme était descendue aux derniers degrés de l'échelle de l'immoralité et elle commettait froidement et sans remords les crimes les plus odieux". Marie Gagey est reconnue coupable de cinq crimes d'empoisonnement et de vol qualifié et condamnée à la peine de mort le 23 août. Son mari est acquitté et immédiatement mis en liberté. Le 7 octobre 1854, Marie Gagey était extraite de la maison de justice de Dijon et conduite par les gendarmes et les exécuteurs des arrêts criminels des départements de la Côte-d'Or et du Doubs sur les lieux de l'exécution.

SOURCES :
- Archives départementales de la Côte-d'Or, série 2U1461
- Journal "L'Union Bourguignonne"

Le Bien Public - Les Dépêches. Charles MARQUES


http://www3.bienpublic.com/dossiers/decouverte/crime0.html

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Dernière édition par Adelayde le Lun 25 Avr 2016 - 17:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Marie Gautherot épouse Gagey empoisonneuse de ses enfant - 1854   Mer 20 Avr 2016 - 14:42

Cet excellent article permet de suivre le procès pratiquement en direct :

JUSTICE CRIMINELLE
-----
COUR D’ASSISES DE LA CÔTE D’OR

(Correspondance particulière de la Gazette des Tribunaux)
Présidence de M. Pillot, conseiller à la Cour
Impériale de Dijon.
Audiences des 21, 22 et 23 août

Gazette des Tribunaux, 13 septembre 1854


http://data.decalog.net/enap1/liens/Gazette/ENAP_GAZETTE_TRIBUNAUX_18540913.pdf

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