La Veuve

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 Guillaume Pradeaux - 1852

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Adelayde
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MessageSujet: Guillaume Pradeaux - 1852   Lun 7 Sep 2015 - 18:28

GUILLAUME PRADEAUX

Nous annoncions dernièrement qu'un homme avait été arrêté au milieu des préparatifs de sa noce et le jour même de son mariage, sous la prévention d'assassinat. Cet homme n'est autre, d'après les aveux qu'il a faits depuis son arrestation, que l'auteur de quatre assassinats que nous avons successivement rapportés: celui du sieur Hemery, homme de peine, dans une filature de la rue de Sèvres ; celui de la veuve Château, logeuse, rue Vanneau ; celui de la demoiselle Suan, fleuriste, dans le même quartier, et celui de la dame Vandic, marchande de vins, rue de Sèvres.

Voici, dit le journal l'Estafette, comment, d'après les propres aveux de Guillaume Pradeaux, il aurait accompli les quatre assassinats dont il se reconnaît l'auteur :

« Violemment épris d'une jeune fille de vingt ans, Aline D... orpheline élevée à l'administration des Enfans-Trouvés, et placée plus tard chez les époux Bertin, Guillaume Pradeaux, aujourd'hui âgé de trente et un ans, l'avait demandée en mariage. Les époux Berlin, ignorant qu'il avait été condamné à six mois de prison pour vol en 1841, à trois ans en 1844, et enfin à dix-huit mois en 1848, avaient agréé sa demande, et la journée du samedi 1er mai avait été fixée pour celle où s'accomplirait le mariage.

» Les choses en étaient là, lorsque, dans la nuit du 6 au 7 avril, un malfaiteur, après avoir franchi cinq murs de jardin, s'introduisit dans la fabrique du sieur Michelet, filateur, rue de Sèvres, 159, et, trouvant dans la pièce où est la caisse un charretier nommé Emery, l'assassina dans son lit.

» Je connaissais cette maison, dit Pradeaux, pour y avoir acheté du coton. J'étais sans le sou ; j'avais vu où était la caisse, et j'avais résolu de la visiter. Après avoir franchi cinq murs de jardin, je pénétrai dans la maison vers trois heures du matin, en écartant les barreaux d'une fenêtre pour me frayer passage. Une fois à l'intérieur, j'entendis le ronflement d'un individu, et je fus sur le point de me retirer.

» Cependant, après avoir hésité un moment, une mauvaise pensée me passa. Il faut que je le tue ! me dis-je ; je saisis alors un pan de bois qui se trouvait sous ma main, et, d’un coup asséné avec force, je lui fendis la tête. Il ne fut pas tué sur le coup ; il poussa des gémissements et se retourna, mouvement dans lequel il se fit les déchirures qui ont été constatées au procès-verbal. Une fois le coup fait, je forçai la caisse avec un crochet et je pris un sac de 500 ou 600 fr. Il y en avait un autre à côte, mais je ne voulus pas l'emporter par scrupule. Je me retirai ensuite en escaladant les mêmes murs que pour entrer.»

» Le lendemain de ce crime, Pradeaux dépensa 200 fr. environ pour les préparatifs de son mariage. A quinze jours de là, dans la soirée du 24 avril, la veuve Château fut assassinée dans sa chambre, rue Vanneau, tandis qu'à ses côtés dormait son petit-fils, jeune enfant de huit ans, qui ne dut qu'à son sommeil de ne pas être victime du meurtrier. « Je connaissais cette femme, dit Pradeaux, pour avoir couché plusieurs fois dans sa maison. Je savais qu'elle avait de l'argent, et, en allant chez elle, mon intention bien positive était de la tuer, sachant que je ne pourrais la voler qu'après être débarrassé d'elle. »

» Arrivé vers onze heures du soir, je l'abordai en lui demandant si elle pouvait me donner une chambre. Avant qu'elle m'eût répondu, je m'étais emparé d'une espèce de ciseau qui se trouvait sur la table. Je lui en portai un coup sur le côté de la tête. Elle fut renversée et ne poussa pas un cri. Je lui nouai alors un mouchoir autour du cou, j'y passai le ciseau, et je donnai un tour qui suffit pour l'étrangler. Elle ne bougea plus. Dans le premier tiroir que j'ouvris, je trouvai 300 fr. ; je les pris, ainsi que les bijoux, que j'emportai. »

» Le lendemain, Pradeaux se présentait chez les époux Bertin et faisait cadeau à la jeune Aline D..., sa prétendue, d'une broche montée d'un camée, une plaque de collier fermant avec un cadenas en or émaillé, et quelques autres menus cadeaux.

» Vendredi matin 30 avril, à neuf heures du matin, un troisième assassinat épouvantait encore le même quartier. La demoiselle Suan, pour laquelle Pradeaux travaillait, était trouvée dans sa chambre, étranglée à l'aide d'un mouchoir qui lui serrait encore fortement le cou.

» Pradeaux avoue cet assassinat avec un épouvantable cynisme : « Nous avons eu des difficultés, dit-il ; impatienté, je lui ai sauté dessus, je lui ai passé mon mouchoir autour du cou et je l'ai étranglée. En se défendant, elle m'a mordu et égratigné. Une fois qu'elle a été morte, je me suis dit : S'il y a de l'argent, je peux bien le prendre. »

» Le lendemain de ce crime, le 1er mai, à quatre heures du matin, la dame Naudin, marchande de vin, rue de Sèvres, 96, tombait encore dans son sang, atteinte à la tête d'un coup de bouteille que venait de lui porter un assassin, qui, se précipitant sur elle pour l'achever, avait cherché, pour étouffer ses cris, à lui arracher la langue. Dans ce drame horrible, la victime, dans un effort suprême, en mordant son agresseur à la main, avait pu se dégager un moment et faire entendre un cri d'agonie.

» À ce cri, le criminel avait pris la fuite mais, vivement poursuivi, l'assassin, qui s'était élancé dans l'avenue de Breteuil, y fut rejoint par un brigadier de sergens de ville, le sieur Sigol, qui l'arrêta avec l'aide des voisins, et le conduisit au poste de la rue Babylone, tandis que sa victime recevait les soins de M. le docteur Fodéré.

» Ce même jour, la famille Bertin et la jeune Aline D… attendaient le fiancé de celle-ci pour se rendre à l'église où devait être consacrée leur union. Après une longue attente, le fiancé ne paraissant pas, les convives de la noce furent congédiés, on renvoya les voitures, et la jeune fille alla avec ses parens adoptifs dîner à Belleville, d'où ils se rendirent à un des théâtres du boulevard.

» Tandis que ceci se passait, l'auteur de l'assassinat de la de la rue de Sèvres était mis en présence du commissaire de police, du chef de service de sûreté et du chef de la police municipale. Forcé d'avouer son dernier crime, il niait énergiquement être l'auteur des trois autres assassinats dont on l'inculpait, bien que son malheureux père, vieillard plus que septuagénaire, se joignît aux magistrats pour arracher de lui des aveux.

» Cependant, les preuves que l'on accumulait contre lui étaient de nature à ne laisser aucun doute sur sa culpabilité. L'empreinte des pas, que l'on avait constatée après le meurtre du charretier Emery, se rapportait exactement à celles que laissaient son pied et sa chaussure. Amené à la fabrique du sieur Michelez, il passa sans difficultés par l'étroite ouverture qu'il avait pratiquée vingt jours avant en tordant les barreaux de fer de la fenêtre du rez-de-chaussée ; enfin, et preuve surtout décisive, les bijoux dont il avait fait cadeau à sa fiancée étaient reconnus par le fils de la veuve Chateau, le sieur Butel, pour avoir appartenu à sa mère et avoir été volés après son assassinat.

» C'est accablé par tant de preuves que Pradeaux se détermina enfin à faire des aveux. C'était, d'après ses déclarations, pour récolter une somme suffisante à son entrée en ménage qu'il avait tenté le vol chez M. Michelez, qui détermina son premier assassinat, dont les autres, dit-il, ont été la conséquence.

» Quant à la jeune fille qu'il devait épouser, dans la déclaration qu'elle a faite, elle remercie le ciel avec effusion que ce funeste, mariage ne se soit pas accompli.

» Pradeaux, qui du reste conserve un calme extraordinaire dans sa position, avait parlé à l'avance d'une affaire qu'il devait faire avec une fleuriste de la rue des Bourguignons, laquelle, disait-il, voulait céder, son fonds, désignant ainsi sans doute la demoiselle Suan, qu'il assassinait le 30 avril.

» En rendant compte de l'emploi de son temps durant ces deux jours signalés par un double assassinat, il dit avoir employé la journée du 30 avril (après l'assassinat de la veuve Château) aux préparatifs de son mariage. « J'ai été à l'archevêché prendre des dispenses, dit-il » Quant à la nuit qui sépare le 30 avril du 1er mai, il l'a passée dans un des jardins maraîchers du quartier des Invalides, couché sous des paillassons de serre chaude. »

La Presse, 6 mai 1852

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MessageSujet: Re: Guillaume Pradeaux - 1852   Lun 7 Sep 2015 - 18:39

Nous empruntons la Gazette des Tribunaux les détails suivans sur l'exécution de Guillaume Pradeaux :

« Depuis sa condamnation, l’ordre de ses idées avait subi une modification complète, et les pieuses exhortations de M. l’aumônier de la prison de la Roquette n'avaient pas tardé à faire entrer dans son cœur des sentimens de repentir.

» Ce matin, à six heures, lorsque le greffier de la prison est entré dans sa cellule pour lui annoncer que le jour de l’exécution était venu : « C'est bien, a-t-il répondu, j'attendais chaque matin cette bonne nouvelle ; je suis tout préparé, dites-le à ceux qui vous envoient. » M. L'aumônier arriva comme il achevait ces mots : il l'embrassa et le suivit à la chapelle, où il assista à une basse messe dans un profond recueillement.

» On l'introduisit ensuite dans l'avant-greffe où se trouvaient réunis les employés supérieurs de la prison et des fonctionnaires appartenant au parquet et à l'administration de la police. C'est avec un visage souriant que Pradeaux, originaire de la Dordogne, âgé de 31 ans seulement, de petite taille et d'apparence chétive, s'avança au milieu du cercle que formaient les assistans :

« C'est le plus beau jour de ma vie, messieurs, dit-il ; mon profond repentir, mes prières ferventes m'ont réconcilié avec Dieu ; permettez-moi, messieurs, de vous embrasser pour me prouver que je suis aussi réconcilié avec les hommes. »


» Les assistans s'étant prêtés à cette demande du condamné faite de l'accent de la prière, il reprit la parole pour dire que l'expiation qu'il allait subir serait sans doute utile, et que son seul vœu était que sa mort servît d'exemple et arrêtât sur le bord de l'abîme ceux qui, comme lui, auraient commis une première faute (faisant ainsi allusion aux premières condamnations encourues par lui, six mois de prison pour vol, en janvier 1843, et trois ans pour vol, également en 1843, le 9 octobre.)

» Après avoir ainsi parlé quelque temps avec animation, il termina en demandant si l'on ne voulait pas lui servir à déjeuner, avant son départ pour le grand voyage. On satisfit à son désir en lui servant une tranche de veau froid qu'on lui fit manger, car il était toujours revêtu de la camisole de force. Il demanda ensuite à boire, et comme, en ce moment, il manifestait une sorte de gaîté, on lui fit observer que, dans un moment aussi solennel, plus de calme et de recueillement siérait mieux peut-être à sa triste position. Le respectable aumônier de la Roquette, réclamant pour lui l'indulgence, expliqua que c'était uniquement à la révolution heureuse qui s'était opérée en lui qu'il fallait attribuer l'espèce d'exaltation qu'il manifestait : « Il déteste ses crimes, dit-il ; il sait que dans quelque secondes il va les expier dans le sein de Dieu, aussi le calme et l'espérance ont-ils en lui succédé au remords. »

» En ce moment, l'exécuteur des hautes œuvres fut introduit ; il débarrassa Pradeaux de la camisole de force, lui lia les mains, et coupa par derrière le col de sa chemise. Alors seulement une émotion de terreur se manifesta en lui, mais il se remit aussitôt, et ses lèvres que l'on avait vu blêmir reprirent leur couleur et leur commissure souriante. « Adieu ! messieurs, dit- il, priez pour moi, je le mérite par mon repentir ! »
Il se dirigea alors vers la porte de la prison que l'on venait d'ouvrir comme le marteau de l'horloge frappait huit heures.

» À la vue de la foule qui encombrait la place, à l'aspect de l'échafaud dressé à quelques pas de distance, Pradeaux éprouva comme un tressaillement nerveux ; il s'avança cependant d'un pas ferme entre l'exécuteur et l'aumônier, puis il s'agenouilla au pied de l'estrade, embrassa une dernière fois son confesseur, et gravit, accompagné de celui-ci, les degrés de la plate-forme.

» Moins d'une seconde après, il avait vécu, et la foule se retirait fortement impressionnée par le spectacle du repentir fervent de ce grand coupable.

La Presse, 16 septembre 1852

N. B. : L’orthographe de l’article a été respectée.

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MessageSujet: Re: Guillaume Pradeaux - 1852   Ven 11 Sep 2015 - 15:34

GUILLAUME PRADEAUX
L’audience du 14 août 1852 retrace le parcours sanglant de cet assassin
+++++++
COUR D'ASSISES DE LA SEINE.

PRÉSIDENCE DE M. DE BOISSIEU.

Affaire Pradeaux. - Quatre assassinats et vols

On se rappelle l'émotion causée il y a quelques mois, par quatre assassinats commis coup sur coup, dans des circonstances à peu près identiques, et par l'arrestation du meurtrier, le jour même où il allait épouser une jeune fille qui ignorait tous ses crimes. Guillaume Pradeaux, qui, du reste, avait déjà subi plusieurs condamnations, avait annoncé, pour obtenir la main de cette jeune fille, des ressources qu'il n'avait pas, et il avait voulu se procurer à tout prix, au prix du plus grand crime, l'argent qui lui manquait. Tel a été l'étrange et cynique mobile de sa conduite.

Cette affaire a été jugée samedi dernier. Nous reproduisons, d'après la Gazette des Tribunaux, l'interrogatoire de l'accusé et la déposition de sa jeune fiancée :


« D. Vous deviez vous marier le mardi-gras, mais vos papiers n'étaient pas en règle. Vous vouliez de l'argent pour soutenir vos mensonges, et vous avez commencé la suite de vos crimes. (L'accusé ne répond pas.)

» D. Vous aviez été acheter du coton avec votre père dans une fabrique de la rue de Sèvres ; vous avez remarqué que le caissier avait un sac d'argent : le lendemain, vous avez escaladé cinq murs élevés pour aller examiner les lieux. Vous vous êtes caché la nuit dans le jardin, puis, arrachant un carreau de zinc pour pénétrer dans la maison, vous trouvez des barreaux d'escalier. Comment avez-vous fait pour les franchir ? - R. J'ai trouvé un tablier que j'ai tordu, et en pressant, j'ai fait un passage.

» D. Vous êtes monté au magasin et vous avez entendu un homme qui ronflait. Qu'avez-vous fait ? – R. J'ai frappé avec un morceau de bois que j'ai été chercher dans la cour.

» D. C'est ce morceau de bois taché de sang qui est là sous nos yeux ? - R. Oui, monsieur. (L'accusé pleure.)

» D. Vous avez frappé plusieurs coups : on a remarqué des coups de couteau sur la figure du malheureux Emery. - R. Non, monsieur, j'ai frappé un seul coup ; mais il a dû se blesser en tombant sur un comptoir.

» D. Vous avez donc entendu l'agonie de votre victime ? - R. Oui, monsieur. (Longue sensation.)

» D. Vous avez forcé la caisse. Il y avait deux sacs d'argent, vous n'en avez pris qu'un seul, pourquoi ? – R. Le crime que je venais de commettre m'épouvantait, j'avais trop de rancune.

» D. Cependant vous avez pris le plus pesant des deux sacs ? – R. Oui monsieur, je ne savais plus ce que je faisais.

» D. Le poids à emporter pour franchir cinq murs et fuir eût été trop lourd. N'est-ce pas la raison qui vous a empêché de prendre le second sac ? R. Non, monsieur.

» D. Vous avez fui laissant derrière vous votre victime que vous entendiez râler. Vous n'aviez pas fait une seule victime, vous en aviez fait cinq, car ce malheureux était père de trois enfans, et il laisse sa femme sans ressources.

» L'accusé garde le silence et paraît pleurer.

» D. Vous avez été cacher la somme de 400 fr. dans un trou creusé par vous à Saint-Chaumont, et vous avez montré une autre partie de la somme à votre père, en lui disant qu'elle vous avait été prêtée ? - R. C'est vrai, monsieur.

» D. Vous êtes allé avec un ami retirer cette somme, en lui disant que vous aviez emprunté cet argent et que vous vouliez laisser ignorer ce fait à votre père ? - R. Oui monsieur.

» D. Avec cet argent, produit du crime, vous avez acheté des souliers vernis, une chemise brodée, une montre ; vous avez donné à votre père un chapeau, à votre sœur un tour de tête ; des robes, une bague à votre future ; une bague d’or à votre ami ? - R. Oui, monsieur.

» D. Quinze jours après vous n'aviez plus que 5 fr. ? - 6 francs, monsieur.

» D. Vous êtes allé chez la .veuve Château, chez laquelle vous aviez logé une nuit ; vous saviez qu'elle avait de l'argent, vous l'avez déclaré ? - R. Oui monsieur, c'est très vrai, je Ie savais.

» D. Chez cette femme, à côté de sa chambre, il y avait dix-huit personnes réunies qui riaient et chantaient, vous êtes entré cependant ; que lui avez-vous dit ?– R. Je lui ai demande une chambre pour loger.

» D. Vous avez dû remarquer que dans cette pièce il y avait un enfant qui dormait ? – R. Non monsieur.

» D. Vous avez demandé de l’eau à cette femme ? – R. Oui, monsieur.

» D. Elle vous en apporta, qu'avez-vous fait ? – R. Je l'ai frappée avec un morceau de fer que j'ai trouvé sur sa table.

» D. Et puis, vous emparant d'un mouchoir qu'elle portait, vous en avez fait une corde, et serrant le tout avec une gouge de fer, vous l'avez étranglée ? – R. Oui monsieur.

» D. Cette femme n'a pas dû pousser un cri ? – R. Non monsieur.

» D. Son fils l'a trouvée baignée dans son sang, quelques instans après votre fuite. Mais, en fuyant, vous emportiez 300 fr. pris dans son armoire, et des bijoux que vous avez donnés le lendemain à la fille Dardare. Qu'avez-vous fait de l'argent ? - R. J'ai commandé mon repas de noces (sensation), et j'ai dépensé le reste.

» D. En effet, six jours après, il ne vous restait que sept ou huit francs. Vous vouliez satisfaire à de nouveaux goûts de luxe, vous vouliez du linge ; vous avez pensé à vous rendre chez la demoiselle Suan ? – R. Oui, monsieur.

À suivre…

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MessageSujet: Re: Guillaume Pradeaux - 1852   Ven 11 Sep 2015 - 15:37

Audience du 14 août 1852, suite…

» D. Le 30 avril, vous aviez donné rendez-vous à la fille Dardare pour aller à l'église. Cette jeune fille, inquiète de votre retard, va vous chercher chez votre père ; elle pleurait. Elle craignait pour vous ; vous n'étiez pas rentré la nuit chez votre père. A cette heure, vous étiez chez la demoiselle Suan qui vous montra des fleurs ; une enfant l'accompagnait. Elle déclare que vos mains tremblaient. - R. Oui, monsieur, je devais trembler en effet.

» D. Vous vouliez des fleurs et vous les marchandiez vous avez dit qu'irrité de ses prétentions, vous aviez songé à la tuer après le départ de la jeune fille ? – R. Oui, monsieur ; je lui ai donné un coup de poing qui l'a renversée.

» D. Vous l'avez étranglée ensuite comme !a veuve Château; mais la demoiselle Suan vous a mordu au pouce en se débattant ? – Oui, monsieur, au pouce.

» D. Votre crime a été commis inutilement pour vous, car la fille Suan ne possédait rien. Elle était inscrite au bureau des indigens. Vous vous êtes retiré chez vous, et vous avez trouvé votre future qui pleurait. Après lui avoir menti, en lui disant que vous vous étiez battu, vous êtes allé à l'église avec elle, et vous vous êtes approché du tribunal de la pénitence ? – R. Oui, monsieur, c'est vrai.

» D. Vous avez dit au prêtre que vous aviez quelques reproches à vous faire. (Longue rumeur.) Vous aviez, disiez-vous, maltraité votre famille. – R. Oui, monsieur.

»D. Après cette parodie sacrilège, vous avez quitte l'église où l'on vous avait donné une image de la bénédiction nuptiale. Qu'avez-vous fait ? – R. Je suis allé me coucher chez les maraîchers.

» D. Le matin, en passant rue de Sèvres, près du lieu de votre premier crime, vous avez vu la femme Naudin qui ouvrait sa boutique. Vous êtes entré, et en lui donnant la main comme à une connaissance, vous lui avez demanda un verre de liqueur ? - R. Oui, monsieur.

» D. vous lui avez dit que cette liqueur était mauvaise, et, en même temps, vous emparant d'une bouteille, vous lui avez fracassé la tête, puis vous avez voulu l'étrangler ; mais elle a crié ? - R. Oui, Monsieur.

» D. Le concierge s'est précipité sur vous et vous a saisi ; vous avez brisé son étreinte et vous avez pris la fuite. Heureusement on vous a poursuivi ; un sergent-de-ville, qui habite la rue, entendant des cris, s'est levé et vous a arrêté ? - R. Oui, monsieur, ça s'est passé comme vous dites.

» D. Vous avez dit à ce moment : « Malheureuse femme ! » De qui parliez-vous ? – R. De cette femme Naudin.

» D. Vous n'aviez plaint ni Emery, ni la veuve Château, ni la femme Suan. Vous avez ajouté « Je pouvais êtes si heureux ! » - R. Oui, monsieur.

» D. Vous pouviez être heureux par le travail, en effet ; vous n'en avez pas voulu.

» Conduit devant le commissaire de police, qui avait deviné en vous l'assassin de Emery et de la veuve Château, vous avez nié ? - R. J'ai avoué plus tard.

» D. Oui, quand la justice n'avait plus besoin de vos aveux. Vous voulez qu'on croie à vos remords ? Comment expliquez-vous cet acte détestable qui couronne tous vos crimes ? Vous avez osé dénoncer un de vos amis comme votre complice.

» M. le président donne à MM. les jurés lecture d'une lettre adressée par le prévenu à M. le juge d'instruction. Cette lettre est une dénonciation remplie de détails et qui se termine par ces mots : « C'est lui qui m'a appris à étrangler les pauvres femmes. »

» D. Qu'avez-vous à dire ? – R. C'est un mauvais conseil de prison.

» D. Voyez comme vous l'avez suivi, avec quels détails. La justice a été trompée, le malheureux dénoncé par vous a été arrêté, et ce n'est que longtemps après, en sa présence, après que la vérité était découverte, que vous avez avoué votre épouvantable mensonge.

» L'accusé ne répond pas.

» Après cet interrogatoire, les témoins sont introduits.

» Le père du prévenu est introduit. C'est un vieillard d'une figure respectable et dont l'attitude, dans un pareil moment, inspire une douloureuse pitié.

» Le défenseur s'oppose à l'audition du père et de la mère comme témoins.

» La Cour, après avoir entendu M. l'avocat-général, qui déclare se joindre à la défense pour épargner cette douleur aux parens du prévenu, fait droit à cette demande.

» On introduit ensuite la vieille mère de l'accusé. La cour lui permet de se retirer. Quelques instans-après, le père et la mère quittent l'audience. Nous remarquons que la mère jette sur son fils, qui verse quelques larmes, un douloureux et dernier regard.

» M. le président donne alors lecture de la déposition du père et de la mère.

» Nous remarquons la déposition de cette dernière. Elle déclare avoir été injuriée, maltraitée, battue par son fils, qui la menaçait de mort pour la moindre observation.

» Deux témoins entendus viennent confirmer ces faits.

» M. LE PRÉSIDENT, à l'accusé : Eh bien vous avez nié avoir frappé votre père et votre mère ?

» L’ACCUSÉ : Je le nie encore. Mon père aurait battu ma mère si elle n'avait pas répondu ce qu'il lui avait dit.

» M. LE PRÉSIDENT : Comment osez-vous dire une telle chose ! Votre père aurait voulu aggraver votre position ? D'ailleurs, votre mère a déposé en l'absence de votre père. - R. Je les ai menacés, mais je n'ai jamais frappé.

» L'attitude de l'accusé est tranquille. Il répond vivement, avec volubilité même, mais il n'élève pas la voix.

À suivre…

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MessageSujet: Re: Guillaume Pradeaux - 1852   Ven 11 Sep 2015 - 15:38

Audience du 14 août 1852, suite…

» M. LE PRÉSIDENT : Qu'on fasse entrer la demoiselle Aline Dardare. (Mouvement marqué d'intérêt et de curiosité.)

» Cette jeune personne s'avance devant la cour sous le poids d'une émotion visible et bien concevable. Sa taille est petite et bien prise ; sa toilette, simple et de bon goût, consiste en une robe de mérinos noir, un mantelet de taffetas brun et un chapeau de paille modestement orné.

» Elle déclare se nommer Aline Dardare, être âgée de vingt et un ans, et exercer chez M. Bertin l'état de fleuriste.

» D. Combien de temps avant le jour fixé pour votre mariage avez-vous connu Pradeaux ? - R. Il y avait dix-huit mois environ.

» D. Quand vous a-t-il demandée en mariage ? – R. Vers le mois de février dernier.

» D. Vous alliez chez ses parens chercher des fleurs ? – R. Oui, monsieur.

» D. Ils venaient aussi chez M. Bertin ? - R. Oui monsieur, quelquefois.

» D. Vous aviez accepté la proposition de l'épouser ? – R. Oui, monsieur.

» D. Ne vous a-t-il pas demandé si vous aviez quelque chose ? R. Il savait que je n'avais rien.

» D. Mais il savait que l'administration des hospices vous donnerait une dot ? - R. Je lui avais dit que j'aurais peut-être 150 fr.

» D. Dans !es mois de janvier, février et mars, venait-il vous voir souvent ? – R. Oui, monsieur, il venait le soir.

» D. Vous montrait-il quelquefois de l'argent ? – R. Quelquefois, mais je n'y faisais pas grande attention.

» D. Il vous en a montré avant le mois d'avril ? – R. Oui.

» D. Beaucoup ? - R. Une cinquantaine de francs peut-être.

» D. A quelle époque ? – R. En mars, je crois.

» D. A-t-il fait des dépenses pour vous avant le mois d'avril ? - R. Non monsieur.

» D. Votre mariage devait avoir lieu le jour du mardi gras, pourquoi a-t-il été retardé ? - R. parce que ses papiers n’étaient pas prêts.

» D. Vous n'avez pas voulu vous marier en carême ? - R. Je l'aurais bien voulu, mais ma sœur s'y est opposée.

» D. Et le mariage a été reporté au 1er mai ? – R. Oui.

» D. Quand il vous montrait de l'argent, disait-il d'où il lui venait ? – R. De ses économies.

» D. Ne disait-il pas qu'il avait de l'argent à la caisse d'épargne ? – Oui, monsieur.

» D. Combien ? - R. 4 ou 500 fr. Puis un jour il me dit : « Il faut vous dire la vérité, j'ai 1 000 fr. à la caisse d'épargne. »

» D. Vous travailliez comme ouvrière fleuriste chez le sieur Bertin ? – R. Comme apprentie.

» D. L'avez-vous provoqué à faire des dépenses ? – R. Oh ! Jamais, monsieur.

» D. Vous ne lui avez jamais rien demandé ? - R. Jamais.

» D. Vous n'aviez pas pris de renseignemens sur lui ? – R. Moi, je n'en ai pas pris.

» D. C'est donc M. Bertin ? – R. Il n'en a pas eu l'idée.

» D. Ainsi vous ne connaissiez pas son passé ? – R. Non, monsieur.

» D. En avril, il a beaucoup dépensé ? – R. Oui.

» D. II vous a dit qu'il avait retiré de l'argent de la caisse d'épargne ? – R. Oui.

» D. Ne lui disiez-vous rien a ce sujet ? – R. Je lui faisais des observations, et il me répondait : « Ne soyez pas inquiète, nous en gagnerons quand nous serons mariés. »

» D. Ne vous disait-il pas qu'il avait un secret pour fabriquer des fleurs ? - R. Oui.

» D. Et vous l'avez cru ? - R. Il disait qu'il pouvait gagner 12 ou 15 fr. par jour et je croyais que c'était possible en faisant la commission.

» D. N'a-t-il pas dépensé pour vous 79 fr. dans un magasin ? - R. Oui.

» D. Il vous a acheté une robe, des bottines, des bagues ? – R. Oui.

» D. Et pour lui ? II s'est acheté un pantalon, une redingote, un chapeau, des bottes vernies. ? – R. Oui.

» D. Cela devait vous paraître considérable ? - R. Je me disais « II achète ça sur ses économies. (sensation) ; je serai heureuse avec lui. ». (Mouvement prolongé.)

» D. Il a cesse de faire des dépenses vers le 20 avril ? - R. Oui, monsieur.

» D. Plus tard, ne les a-t-il pas tout à coup recommencées ? – R. Oui, monsieur.

» D. Avez-vous su qu'il avait manqué d'argent pendant quelques jours ? Oui, monsieur.

» D. Il avait fait des dépenses pour le jour de votre mariage ? – R. Il avait loué une voiture à 2 fr. l'heure et commandé le repas de noces pour 54 fr.

» D. Le 30 avril, vous deviez aller ensemble à l'église ? – R. Oui.

» D. Vous aviez rendez-vous chez lui ? – R. Oui, monsieur.

» D. Vous y êtes allée le matin à huit heures et vous ne l'avez pas trouvé ? – R. On m'a dit qu'il n'était pas rentré coucher.

» D. Qu'avez-vous pensé de cela ? – R. Je ne savais que penser je me demandais s'il avait de mauvaises habitudes.

» D. Il paraît que vous pleuriez ? – R. Oui, je suis allée le demander chez les voisins.

» D. Et leurs réponses n'ont pas calmé vos inquiétudes ? – R. Loin de là. je pensais toujours qu'il avait de mauvais défauts.

» D. Enfin, il est arrivé ?– R. Oui.

» D. Il avait la figure égratignée ? – R. Il avait du sang à la figure.

» D. Et des égratignures ? – 0ui.

» D. Que vous a-t-il dit ? – Que a veille au soir, il avait été attaqué et qu'il avait été blessé en se défendant.

» D. Vous l'avez emmené à l'église ? – R. Oui Je lui disais : « Je ne sais pas si nous pourrons nous marier demain dans l'état où vous êtes. » Il me répondit : « Bah ! demain, il n'y paraîtra plus. » Alors nous sommes allés à confesse.

» D. Et en partant de l'église ? – R. Nous sommes entrés dans un petit restaurant où nous avons pris un bouillon pour nous rafraîchir. Sourires.) Il m'a quittée à ma porte, et il est allé se reposer, m'a-t-il dit. (Mouvement.)

À suivre…

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MessageSujet: Re: Guillaume Pradeaux - 1852   Ven 11 Sep 2015 - 15:40

Audience du 14 août 1852, suite…

» D. Vous saviez qu'il avait loué un appartement ? – R. Oui, monsieur.

» D. Vous êtes allée le voir avec lui ? – R. Oui, je suis allée avec lui et le concierge de la maison.

» D. Était-il garni de meubles ? - R. Non, monsieur, pas encore.

» D. Ainsi, vous n'avez pas vu les meubles qu'il y avait fait porter. – R. Il a voulu m'emmener les voir ; je lui ai répondu que ce n'était pas encore là ma place. (Mouvement d'approbation.)

» D. A-t il montré de l'argent quand vous avez pris un bouillon ? - R. Pas beaucoup.

» D. A quelle heure devait se célébrer votre mariage ? - R. A dix heures.

» D. Vous ne l'avez pas vu arriver ? - R. Non.

» D. Cela a dû vous inquiéter ? - R. Beaucoup. Je lui avais envoyé sa cravate et son gilet, qui étaient chez moi. On avait répondu qu'il n'avait pas couché la nuit précédente dans sa chambre, et j'ai pensé qu'il s'était encore battu. Je commençais à n'être pas contente du mariage que je faisais.

» D. Vous ne saviez pas ce qu'il était devenu ? - R. Nous avons attendu jusqu'à onze heures, jusqu'à midi. Voyant qu'il ne venait pas, je me suis déshabillée.

» D. Vous étiez déjà en costume de mariée ? - R. Hélas oui, monsieur. (Mouvement).

» D. Vous avez envoyé chez ses parens ? – R. Oui.

» Qu'a-t-on répondu ? - R. Qu'il n'était pas rentré, qu'on ne savait pas où il était.

» D. On a montré ses habits de noce qui l'attendaient ? - R. Oui, monsieur.

» D. N'est-on pas allé voir à la Morgue ? - R. je ne crois pas. On a pris la voiture de la noce et on est allé chez M. Grangier savoir s'il n'y était pas ; ce monsieur a dit qu'il ne l'avait pas vu. Alors nous sommes allés passer le reste de la journée à Belleville pour nous distraire.

» D. Quand avez-vous connu son arrestation ? – R. Le soir seulement, en rentrant.

» D. Vous avez dû vous trouver heureuse que le mariage n'eût pas été célébré ? - R. Oh monsieur, bien heureuse.

»D. Ne vous avait-il pas donné des bijoux, une broche en émail ? – R. Oui, monsieur ; il m'avait dit qu'il avait eu cela en achetant des reconnaissances du mont-de-piété.

» D. Il vous avait promis une montre d'or ? – R. Oui, monsieur, quand nous serions mariés.

» D. Pendant les rapports assez longs que vous avez eus avec lui, pendant ses visites, avez-vous remarqué quelquefois qu'il y eût quelque chose d'embarrassé, de criminel dans son air ? – R. Jamais je n'ai rien remarqué de semblable.

» D. Il était toujours calme comme à son ordinaire ? - R. Toujours.

» D. Et cependant il y avait de ces journées où il avait commis un assassinat ? – R. Je n'en ai jamais rien soupçonné à son attitude. (Sensation.)

» M. LE PRESIDENT : Pradeaux, vous venez d'entendre la déposition du témoin. Qu'avez-vous à répondre ?

» PRADEAUX : Rien. Tout ce que dit mademoiselle est très vrai.

» M. LE PRÉSIDENT : Comment pouviez-vous être ainsi calme auprès d'elle ? Quel sort réserviez-vous donc à cette malheureuse jeune fille ? Supposons que votre dernier crime, que votre dernier assassinat eût été consommé ; supposons que l'ayant tenté seulement, vous eussiez, comme dans les autres crimes qui l'avaient précédé, échappé à la justice ; qu'on ne vous eût pas arrêté, vous seriez donc
devenu son mari ? Eh bien ! Alors, quel avenir, quel sort aurait été le sien !

» L'accusé essuie ses yeux et ne répond rien.

» M. LE PRESIDENT : Comment ! Vous l'auriez épousée, vous, couvert du sang de vos quatre victimes ! Rien ne vous arrêtait. (Long silence.)

» ALINE DARDARE, avec émotion : II avait l'air de m'aimer beaucoup, et… je le croyais.

» Le ton de cette réflexion du témoin, le moment dramatique où elle est faite, produisent une impression profonde sur l'auditoire.

» M. LE PRÉSIDENT : Fille Aline, vous avez de grandes obligations à la Providence, qui a évidemment veillé sur vous. C'est elle qui a élevé votre enfance ; c'est encore elle qui a veillé sur vous en empêchant que vous deveniez la femme d'un assassin. N'oubliez jamais cela.

» LE DÉFENSEUR : Je désire faire une seule question. Y a-t-il eu de la part de Pradeaux des tentatives ?... (Rumeurs.)

» M. l'avocat-général CROISSANT, vivement : Cette jeune fille se présente devant la justice avec la plus incontestable moralité son patron, M. Bertin, ne peut assez faire son éloge.

» LE DÉFENSEUR : M. l'avocat-général se méprend complètement sur la portée de ma question.

» M. LE PRESIDENT : En voilà assez là-dessus.

» M. l'avocat-général Croissant a soutenu l'accusation.

» Me Lefebvre a présenté la défense.

» A sept heures un quart le jury rentre en séance.

» Le verdict dont il est donné lecture à l'audience, au milieu d'une affluence qui n'a pas diminué depuis le commencement de ces graves débats, est affirmatif sur toutes les questions, moins la préméditation relative à l'assassinat Emery, et aux questions de coups portés à son père et à sa mère. Le verdict n'a pas admis de circonstances atténuantes.

» On lit cette déclaration à Pradeaux, qui ne paraît pas en comprendre la portée.

» La cour se retire dans la chambre du conseil pour la rédaction de l'arrêt.

» Bientôt la cour rentre en séance, et M. le président prononce l'arrêt qui condamne Pradeaux à la peine de mort, comme coupable d'assassinat suivi de vol.

Fin.

La presse, 16-17 août 1852

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