La Veuve

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 Florent-Jacques Koenig - Louis Forget le crime du Champ de Mars - 1886

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Adelayde
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MessageSujet: Florent-Jacques Koenig - Louis Forget le crime du Champ de Mars - 1886   Lun 11 Mai 2015 - 18:40

FLORENT-JACQUES KOENIG - LOUIS FORGET, LE CRIME DU CHAMP DE MARS

LES FAITS

Florent Koënig 20 ans, chaudronnier. Le 12 juillet 1885, sur le Champ-de-Mars, en compagnie de trois autres souteneurs comme lui, Forget, Huillot et Bouillon, tua le débardeur Courtin pour lui voler deux francs (!) et tente de tuer l'opticien Kuntz. Koenig et Forget furent condamnés à mort, les deux autres à la réclusion perpétuelle.

Condamnation : 10 février 1886
Exécution : 8 avril 1886.

Source - Le site de Nemo / Sylvain Larue, fondateur du Forum :
http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html

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LE CRIME DU CHAMP-DE-MARS

DEUX CONDAMNÉS A MORT : FORGET, KOENING



Barbier occupait encore sa cellule, quand la cour d'assises envoyait au Dépôt des condamnés deux nouveaux pensionnaires : Forget (Louis) et Koenig (Florent).
Dans le courant de janvier 1886, un nommé Coustix, déchargeur de bateaux, était trouvé assassiné et dévalisé au Champ-de-Mars. On l'avait vu la veille en compagnie de quatre ou cinq jeunes gens. Sur la dénonciation d'une femme qui vendait du café à la porte de la caserne de cavalerie, et d'une fille de mauvaise vie de Grenelle, on parvint à retrouver quatre des prétendus coupables. C'étaient : Louis Forget, vingt-quatre ans ; Florent Koenig, vingt ans ; Etienne Hulot, vingt ans, et Pierre Bouillon, dix-neuf ans.

Depuis six mois, les quartiers de Grenelle et du Champ-de-Mars étaient terrorisés par des attaques nocturnes et des méfaits de tous genres d'une bande de malfaiteurs, qui avaient toujours pu échapper aux recherches de la justice.
On savait le nom du chef : c'était Koenig, dit le Môme ; mais il était aussi insaisissable que ses affidés. Enfin, sur les indications précises des deux femmes, quatre jeunes bandits ne tardèrent pas à être arrêtés.

Ils comparaissaient le 10 février devant la cour d'assises, et étaient condamnés : Koenig et Forget, à la peine de mort ; Hulot et Bouillon, aux travaux forcés à perpétuité. Tous furent transportés à la Grande-Roquette.

Je ne tardai pas à faire visite aux condamnés à mort. Forget me reçut très convenablement, mais me déclara d'une façon absolue qu'il était innocent du crime qu'on lui imputait et victime des odieuses méchancetés de Koenig, Hulot et Bouillon.
Sa tenue fut toujours irréprochable pendant son séjour en cellule. Il assistait à la messe le dimanche, alternativement avec Koenig. Il fumait et jouait beaucoup, mais il lisait très peu.

Koenig (Florent-Jacques) n'avait pas encore vingt ans : il en paraissait à peine quinze, tant sa personne était rachitique et sa physionomie enfantine. Son visage était désagréable à voir, à cause de ses yeux chassieux et rouges. Son éducation avait été des plus défectueuses. Lui, enfant de Paris, ne savait pas lire à vingt ans ! Et comme je lui exprimais mon étonnement de la négligence de ses parents, il me répondit qu'il n'y avait pas de leur faute, mais qu'il préférait l'école buissonnière à toute autre, et qu'à ses yeux l'instruction obligatoire, quelque laïque et gratuite qu'elle fut, était une tyrannie dont il avait toujours su s'affranchir.
Il avait cependant été admis à la première communion à Notre-Dame de la Gare. Il recevait fréquemment la visite de sa mère et de sa sœur. Il reçut aussi une fois celle de son avocat, M° Léon. Il comptait, non seulement sur une commutation de peine mais ses prétentions allaient parfois jusqu'à l'espoir de la liberté !...

Le 4 mars, la Cour de cassation rejetait le pourvoi de Forget et de Koenig.

Je continuai à prodiguer mes soins aux deux condamnés, sans pouvoir rien préjuger de la décision qui serait prise à l'égard de chacun d'eux. J'espérais bien les préparer à leur devoir pascal. Je n'en eus pas le temps, comme on le verra bientôt. […]


EXÉCUTION DE KOENIG


Près de deux mois se sont écoulés, depuis la condamnation de Koenig et Forget, Le dénouement du drame ne pouvait plus se faire attendre. Dans la journée du mercredi 7 avril, les ordres étaient donnés par le parquet.
Un seul des deux condamnés, Forget doit bénéficier de la clémence du chef de l'État. Pour Koenig, la justice suivra son cours. Toutefois, il est bien arrêté que la grâce de Forget ne lui sera notifiée qu'après l'exécution de son complice, et que le misérable passera par les transes terribles de l'attente de l'expiation, en entendant le bruit produit dans la cellule voisine par le réveil du condamné.
Un surveillant m'apporte le mercredi, à neuf heures et demie du soir, la funèbre invitation. L'exécution est fixée au jeudi 8 avril, à cinq heures trente du matin.

Mon premier soin est de me procurer une voiture. Je ne puis plus compter à l'avenir sur le légendaire 148. Le père Marchand est mort, il y a quelques semaines ; et, du reste, son remisage de la rue du Chemin-Vert est trop éloigné de la rue Cassette, que j'habite depuis six mois. On me désigne le cocher Victor Esnault, de la voiture 3509 : c'est lui qui désormais me conduira aux exécutions.

A trois heures et demie, nous arrivons sur la place de la Roquette. Sur la déclaration de ma qualité, les agents ouvrent un passage à ma voiture, à travers la foule. Les aides sont occupés à dresser la guillotine. J'entre au greffe, où je suis bientôt rejoint par M. le directeur.

Vers quatre heures, MM. Caubel, chef de la police municipale, Taylor, de la Sûreté, Baron, commissaire de police, un juge d'instruction, un substitut, un greffier du parquet, etc., nous rejoignent dans la salle du greffe.

A cinq heures, nous entrons dans la cellule du condamné. Koenig dort profondément. On le réveille. Le directeur prononce la formule ordinaire. Le malheureux se récrie vivement, proteste de son innocence et fait entendre de grands cris. Je suis laissé seul avec lui sur sa demande, je m'efforce de le calmer ; il veut alors me dire au long les circonstances du crime : il accuse surtout un nommé Nerdelander, dont on n'a jamais parlé.

Je parvins cependant à lui faire accepter mon ministère religieux, et notre conversation devient tout à fait intime…

Après sept à huit minutes d'entretien, je lui offre un verre de liqueur, qu'il refuse ; et on part pour la toilette. Pendant le trajet assez long, il travers les ateliers de l'Ouest, ses cris redoublent. Tous les détenus ont dû l'entendre de leurs cellules. Pendant le ligotage et l’échancrure de sa chemise, toujours cris et lamentations. Quelques mots que je lui dis sur sa mère l'apaisent un peu.

Nous nous dirigeons vers le lieu du supplice, je le soutiens par le bras gauche, un aide par le bras droit. Pleurs, sanglots, cris incessants. La foule se découvre, péniblement impressionnée par ce spectacle, en pensant que le criminel a été, pendant six mois, la terreur de tout un grand quartier de Paris. Nous sommes devant la bascule. Je lui donne de tout cœur l'accolade suprême. Le malheureux semble vouloir se coller à mon corps et me supplie de le sauver ! Il baise avec transport le crucifix. « Adieu à ma mère !... » Il est violemment couché sur lu planche. Un bruit sourd ; tout est fini !...

Aussitôt, départ pour le cimetière. Deux gendarmes, la voiture de l'aumônier, le fourgon, trois gendarmes, la voiture des fonctionnaires. Boulevard Contrescarpe, un gendarme est désarçonné, il remonte péniblement à cheval jusqu'au cimetière d'Ivry. Le fourgon de l'École de médecine n'est pas arrivé. C'est avec peine qu'on trouve un cercueil. Je récite les dernières prières et, à mon retour à Saint-Sulpice, je dis la messe pour le supplicié.

Le même jour, à midi, une scène déchirante se produisait à la prison. La mère et la sœur de Kœnig venaient pour le voir : elles ignoraient l’affreux événement du matin. Avec beaucoup de ménagements, on leur apprend la terrible nouvelle.

Alors la mère entre dans une violente colère, injurie tout le personnel de la prison. L'aumônier n'est pas épargné. On est obligé de la congédier pour mettre fin à cet horrible spectacle. Cette scène pénible se renouvelle sur la place de l’échafaud !...

Le 9 avril, M. le directeur apprenait à Forget que sa peine était commuée en travaux forcés à perpétuité. Il fut étourdi par une annonce de ce genre. Il ne pouvait croire à la réalité. Il ne trouvait aucune parole pour exprimer sa joie. Dieu avait eu pitié du malheureux. Lui qui, depuis plusieurs jours, se réveillait on sursaut le matin, vers cinq heures, attendant toujours l'appel fatal, il n'a rien entendu du réveil de Koenig. Ce jour là, il a dormi jusqu'à huit heures, sans se douter du drame qui se passait à ses cotés. La nouvelle de l'exécution de son complice l'a vivement impressionné.
Il me remercie bien sincèrement des soins que je lui ai prodigués pendant sa détention, et me fait ses adieux en me promettant de racheter par sa conduite future tous les égarements de sa vie passée.

Au pied de l'échafaud - Souvenirs de la Roquette par l’abbé Faure, pages 99 à 105

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Dernière édition par Adelayde le Mer 13 Mai 2015 - 21:35, édité 2 fois (Raison : MARS (mARS))
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MessageSujet: Re: Florent-Jacques Koenig - Louis Forget le crime du Champ de Mars - 1886   Mer 13 Mai 2015 - 16:34



Le Petit Journal, n° 8 236 du 14 juillet 1885





Le Petit Journal, n° 8 448 du 11 février 1886

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MessageSujet: Re: Florent-Jacques Koenig - Louis Forget le crime du Champ de Mars - 1886   Sam 16 Mai 2015 - 15:17






Le Petit Journal, n° n° 8 449 du 12 février 1886

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MessageSujet: Re: Florent-Jacques Koenig - Louis Forget le crime du Champ de Mars - 1886   

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