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 Femme condamnées à mort et graciées

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MessageSujet: Femme condamnées à mort et graciées   Jeu 19 Mar 2015 - 16:10

Pierre Bouchardon. Préambule à son texte sur La dernière guillotinée. Voir : http://guillotine.cultureforum.net/t2212p75-les-parricides

Oui, mais on n'exécute plus les femmes. »
Cette phrase, que l'on entend souvent prononcer, correspond à une réalité déjà vieille.
L’usage, en effet, a prévalu contre la loi. Et bien que notre Code pénal n'ait jamais cessé d'édicter la peine de mort à l'égard des filles d'Eve, nul président de la République ne veut plus se résoudre à laisser la justice s'accomplir jusqu'au bout. C'est comme une consigne que se passent les hôtes successifs de l'Elysée.

Il est cependant des forfaits dont se détourne, quel qu'en puisse être l'auteur, tout sentiment de pitié. Ignore-t-on, d'autre part, que le crime lâche et odieux par excellence, l'empoisonnement, est, neuf fois sur dix, le crime des femmes ? Si celles-ci savaient que, dans les cas extrêmes, leur sexe ne suffit pas à les soustraire à la mort, peut-être y regarderaient-elles de plus près avant d'accomplir l'irréparable ! La vision du châtiment suprême en retiendrait-elle une seule sur vingt, une seule sur cent, que ce résultat justifierait, tout au moins à de rares intervalles, le montage de la guillotine.
Pourtant, chaque fois que la nécessité le commande, le jury continue à se montrer inexorable en matière de crimes féminins ; il refuse même souvent de signer tout recours en grâce, et les magistrats concluent à l'exécution capitale, à propos de mégères dont le moins qu'on puisse dire, c'est que, si la peine de mort n'existait pas, il faudrait l'inventer pour elles.

A-t-on oublié Antoinette Sierri l’empoisonneuse de Saint-Gilles, condamnée, par la Cour d'assises du Gard, le 27 avril 1926, à la peine de mort ? Dans un dessein cupide, cette diabolique créature avait fait passer six personnes de vie à trépas, en employant un violent toxique qui sert à détruire la pyrale, ce papillon dont la chenille attaque la vigne. En pleine audience, elle lança aux assistants les pires injures, et son crime parut si monstrueux que le Président de la République hésita, dit-on, à faire grâce.




Le Petit Parisien, du 28-04-1926.

Mais, pour parler d'affaires plus récentes encore, je citerai trois femmes qui, dans le cours du même trimestre des Assises de la Seine, s'entendirent infliger le châtiment capital pour des crimes qui soulevèrent l'exécration de tous : Josépha Kurès, le 13 octobre 1928 ; Anne-Marie Peuron, femme David, le 7 novembre, et Blanche-Charlotte Vergucht, femme Vabre, le 20 novembre.

Qu'avaient-elles fait ?

Deux fois condamnée pour vol et frappée d'un arrêté d'expulsion, Josépha Kurès n'en était pas moins demeurée à Paris, et même elle avait réussi à entrer, comme employée, dans un commerce d'approvisionnements. L'exercice de sa profession l'ayant mise en rapports avec un commissionnaire aux Halles, elle pénétra chez celui-ci le 2 juillet 1927 et, après lui avoir dérobé un peu plus de cinq mille francs, emmena sa fillette Carmen au bois de Boulogne. Là, elle étrangla l'enfant avec un foulard et abandonna le cadavre dans un fourré.




Le Petit Parisien, du 14-10-1928.


Horribles vengeances.

Le cas de la femme David est plus horrible encore.
Un matin, Mme Boude, demeurant à Pierrefitte, donna le sein à son bébé, la petite Simone, et, après l'avoir laissée endormie dans son berceau, s'absenta pour quelques courses urgentes. Quand elle revint, l'enfant pleurait à chaudes larmes et un mince filet de sang s'échappait de sa bouche. Une fièvre intense s'étant déclarée, on appela le médecin qui diagnostiqua une gastro-entérite. Mais, déjà agonisante, Simone expirait, après avoir souffert le martyre et sans qu'on eût soupçonné la véritable cause de son mal.

La mère se rappela alors qu'elle avait eu, tout récemment, une altercation violente avec sa propriétaire, la femme David. Elle apprit qu'aussitôt après son départ, cette dernière s'était introduite dans la chambre, donc avait pu s'approcher du berceau. Prise d'un pressentiment sinistre, elle demanda l'autopsie et obtint de la justice que cette mesure fût ordonnée. Alors... alors, on découvrit que le petit être était mort étouffé par une éponge qu'on avait enfoncée dans sa gorge avec une telle violence que le pharynx avait été déchiré et que, coincé à cette place, le corps étranger avait provoqué un abcès fatalement mortel. La tortionnaire n'était autre que la femme David, et c'était la vengeance qui lui avait soufflé cette barbarie sans nom.




Le Petit Parisien, du 08-11-1928.


Autre tueuse d'enfants, la femme Vabre.

A
cariâtre, vicieuse, violente, alcoolique, elle avait épousé, à la Courneuve, un veuf chargé de famille. Elle ne fut pas longue à dévoiler sa véritable nature et elle répandit, dans la maison, une terreur telle que le père, qu'elle avait lui-même failli tuer d'un coup de hachette, jugea indispensable d'éloigner les enfants. Le 15 mars 1928, elle s'en fut chercher, à Drancy, l'aîné, Jean-André, âgé de quatorze ans, qu'elle détestait d'une façon particulière. En l'amadouant par de douces paroles, elle réussit à le ramener à la Courneuve. Alors, se déroula une scène atroce, dont le  bouleversement des meubles portait témoignage. Un couteau à la main, elle poursuivit le petit garçon à travers la pièce et le frappa sans merci, dix fois, vingt fois, lui tailladant les mains, lui ouvrant la gorge, le tuant enfin. Devant les jurés, comme elle demandait pardon en pleurnichant, son mari lui jeta : la Grâce ! Jamais! Elle a assassiné mon petit bonhomme. Condamnez-la à mort ! »





Le Petit Parisien, du 21-11-1928.


Crimes abjects dans leurs mobiles, abominables dans leur exécution, et tous les trois commis sur des enfants sans défense ! L'opinion publique se révolta. Elle comptait que les auteurs — des monstres à face humaine — seraient livrés au bourreau, mais le temps n'était plus où les femmes jouaient leurs têtes. Josépha Kurès et les deux autres bénéficièrent de la clémence présidentielle.

Pierre Bouchardon (1934).

Source : gallica.bnf.fr

— Toutes ces grâces ont été accordées sous la présidence de Gaston Doumergue
(13-06-1924/13-06-1931).
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