La Veuve

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 Jean-Charles Scherer - 1894

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Adelayde
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MessageSujet: Jean-Charles Scherer - 1894   Mer 25 Fév 2015 - 17:16

Les faits

Charles Scherer, 19 ans, valet de ferme. Repris de justice libéré de la centrale de Poissy après 18 mois pour vol. Domestique chez les de la VilleHervé à Veneux-Nadon, près de la forêt de Fontainebleau, renvoyé le 10 septembre 1893 après à peine trois jours de service pour violence, paresse et attitude déplacée envers la petite bonne, Angèle Dumas, 15 ans. Le 12 septembre 1893, s'introduit dans l'écurie, viole et tue de 23 coups de couteau Angèle Dumas. Son patron, inquiet, se rendant à sa rencontre, il lui porte 18 coups. La lame se brise, Scherer frappe la patronne et un témoin avec le manche du couteau.

Condamnation : 15 novembre 1893,
Exécution : 17 janvier 1894.

Source – Le site de Sylvain Larue / Nemo :
http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html
-----+-----+-----

LE CRIME DE VENEUX
______
(De notre correspondant particulier)

Fontainebleau, 13 septembre.
Un assassinat a été commis, hier soir, à Veneux-Nadon, petite localité de mille habitants, située à deux kilomètres de Moret et à neuf kilomètres de Fontainebleau.
A Veneux-Nadon habite, avec sa famille, M. de La Villehervé, homme de lettres bien connu, qui fut candidat à l'Académie française.
Celui-ci avait dû, avant-hier, renvoyer un domestique, Charles Scherer, âgé de dix-neuf ans, qui n'était à son service que depuis cinq jours.
Dans la soirée, une jeune bonne de la maison, Hermance Dumas, âgée de quinze ans, venait d'entrer dans une étable pour donner quelques soins aux bestiaux, lorsque Scherer, qui s'y tenait caché, se dressa brusquement devant elle et voulut la violenter ; mais comme la jeune fille se débattait et appelait à l'aide, son agresseur l'étrangla, puis lui porta douze ou quinze coups de couteau.
M. de La Villehervé, ne voyant pas la domestique revenir, se dirigea vers l'étable et, en y arrivant, se trouva en présence de l'assassin, qui se précipita sur lui et le larda de dix-huit coups de couteau.
Au bruit de la lutte et des cris de son mari, Mme de La Villehervé et un jeune étudiant, ami de la famille, accoururent : ils furent frappés, eux aussi, par Scherer, qui se servait du manche de son couteau, la lame s'étant brisée.
L'assassin prit enfin la fuite.
L'état de M. de La Villehervé est très grave ; un des poignets est presque détaché du bras.
Le coupable a été arrêté ce matin à la ferme de Gratereau par le capitaine de gendarmerie Vincent et le maréchal-des-logis-chef Berthe, de Fontainebleau, qu'accompagnait le gendarme Panier, de Moret. Il a fait des aveux complet», ajoutant qu'il avait voulu seulement dévaliser la maison de son ancien maître et qu'il n'avait tué que pour pouvoir prendre la fuite.
L'enquête ouverte par les magistrats sembla établir que la jeune Hermance Dumas a été violée avant d'être assassinée.
L'autopsie du cadavre sera faite demain par le docteur Foucaut, de Fontainebleau.
_____
M. Robert le Minihy de la Villehervé, dont l'état est, parait-il, désespéré, jouit d'une grande réputation dans le monde des lettres.
Né en 1853, il se fit connaître en 1875 par un recueil de sonnets artistement ciselés : le Vieux Poème que suivit bientôt un autre volume de vers sous les Sapins, puis il fit paraitre les Ballades galantes, etc. ; des romans : le Gars Perrier, la Princesse Pâle, etc. ; des pièces de théâtre : Mme Angot à Constantine, Une Vieille Jeunesse, les Billets doux, etc.

Le Petit Parisien, n° 6 166 du 14 septembre 1893

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MessageSujet: Re: Jean-Charles Scherer - 1894   Jeu 26 Fév 2015 - 14:56



"Les grandes affaires criminelles de Seine-et-Marne" par Sylvain Larue
Le crime de Veneux-Nadon est parmi ces affaires passionnantes sous le titre :
"T’es pas gentil, Charles !"

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MessageSujet: Re: Jean-Charles Scherer - 1894   Ven 27 Fév 2015 - 17:18

Exécution de Schérer à Melun

Jean-Charles Schérer fut exécuté le mercredi 17 Janvier 1894, à Melun (Seine-et-Marne). Il était âgé de 19 ans.
Schérer était domestique chez M. Robert de la Villehervé, homme de lettres, à Veneux-Nadon (Seine-et-Marne). Renvoyé par son maître, il revint le soir même, se cacha dans une étable et assassina la jeune bonne, Angèle Daumas. Puis, il tenta d'assassiner M. de la Villehervé et sa femme.
M. de la Villehervé a raconté le drame, dans les Impressions de l'Assassiné. En ces pages émouvantes, M. de la Villehervé expose le plan de l'assassin.

Schérer guetta la bonne et la tua. Il était convaincu que ses maîtres se mettraient à sa recherche dès qu'ils auraient constaté son absence. C'est en effet ce qui se produisit. M. de la Villehervé arriva le premier. Schérer se jeta sur lui et lui défonça le crâne avec son couteau. Il lui fit, en outre, de nombreuses blessures aux mains et sur différentes parties du corps. Mme de la Villehervé vint à son tour. L'assassin se rua sur elle et la blessa grièvement (1). L'arrivée d'un quatrième personnage, dont Schérer ignorait la présence dans la maison, mit l'assassin en fuite.

M. de la Villehervé ne succomba pas aux suites de ses horribles blessures (le couteau s'était cassé dans le crâne ; on retira du cervelet quatre centimètres deux millimètres d'acier).
M. de la Villehervé a gardé rancune à son assassin, moins peut-être à cause de ses souffrances personnelles que pour la mort de sa bonne. Son livre est un second réquisitoire. C'est un supplément de vengeance. On a raconté que M. de la Villehervé avait fait des démarches pour assurer l'exécution de l'arrêt de mort prononcé contre Schérer. Je n'en serais pas étonné. Je ne veux pas l'en blâmer. Seulement, il me paraît que l'on peut en tirer un argument, montrer que l'exécution capitale ne sert qu'à venger les victimes.

Schérer dormait profondément lorsqu'on pénétra dans sa cellule. Le gardien-chef le réveilla. Le Procureur de la République, M. de Vallès, aujourd'hui juge d'instruction au parquet de la Seine, s'adressant au condamné, lui dit :
— Schérer, votre recours en grâce est rejeté. Il n'y a plus qu'à avoir du courage.

L'assassin se souleva, hagard. Il dit :
— Alors, c'est fini. Cette fois ça y est.

Puis il ajouta :
— Je m'y attendais ; je suis prêt.

— Ayez du courage.

— Oh ! j'en aurai ; soyez tranquille !


Le dimanche précédent, il avait assisté à la messe et communié. Il avait été élevé dans un établissement religieux et était resté très pieux. Il demanda à se confesser. On le laissa seul avec l'aumônier de la prison. Son entretien avec le prêtre dura vingt minutes.
Quand il eut pris fin, il manifesta le désir de parler en particulier au Procureur de la République, prétextant qu'il avait une grave révélation à lui faire. M. de Vallès acquiesça à sa demande.
— M. le Procureur, lui dit l'assassin, dans votre réquisitoire, vous avez dit que j'avais des vices contre nature. Ce n'est pas vrai. Avant de mourir, je tiens à vous le dire.

Les rapports fournis par la prison de Poissy, où Schérer avait purgé une condamnation pour vol, signalaient en effet ces vices chez lui.

Lorsqu'on procéda à la toilette, il demanda un cigare qu'il se mit à fumer. Puis il but un verre de cognac et mangea un biscuit. Quand il se vit les jambes et les bras pris par les entraxes, il dit :
— Vous voyez, je n'existe plus maintenant. Je n'ai plus de jambes, je n'ai plus de mains !

On le hissa clans une charrette. L'aumônier et les aides du bourreau prirent place à côté de lui. En route, il se plaignit plusieurs fois des cordes qui l'enserraient. La voiture s'arrêta à 7 heures 40 au pied de l'échafaud, ayant franchi assez rapidement les trois cents mètres qui séparent la prison du cimetière devant lequel allait avoir lieu l'exécution.
Malgré la pluie très fine qui n'avait cessé de tomber pendant toute la nuit, malgré le froid, il y avait autour de la guillotine une foule que l'on peut évaluer à deux mille personnes au moins. C'était la première fois que j'assistais à une exécution capitale hors de Paris. Le spectacle était nouveau pour moi. Je ne connaissais pas encore la charrette du supplicié, le trajet toujours trop long ; les exécutions que j'avais vues jusqu'alors étaient exemptes de publicité. J'allais voir la foule au pied de l'échafaud, j'allais pouvoir recueillir ses impressions.
Lorsque la guillotine fut dressée, je ne la reconnus pas ; je la trouvai rapetissée. En effet, ce n'est pas la même machine qui sert en province que celle que j'avais vue fonctionner à Paris. M. Deibler a une guillotine spéciale pour ses tournées ; une petite guillotine bien mignonne, un vrai bijou, ne pesant pas lourd, facile à déplacer.

Pendant la nuit, j'entendis les cris et les rires de la foule que je ne distinguais pas. Quand le jour se leva, je vis clés hommes, des femmes, des enfants,- beaucoup de femmes, beaucoup d'enfants. Des pères tenaient leurs jeunes fils par la main. Ils venaient leur montrer « où cela mène de se mal conduire. » Des enfants, il y en avait dans tous les arbres d'alentour.

Le crime de Schérer avait fait beaucoup de bruit dans la région. Et puis, à Melun les exécutions sont très rares. La dernière remontait au 5 Janvier 1878 (2). Encore n'avait-elle pas été publique. Depuis il n'y avait pas eu d'exécution. Une légende courait dans le pays ; on disait que Mme Carnot ne voulait pas que le sang fût répandu dans le département de Seine-et-Marne, tant que Fontainebleau serait résidence présidentielle. Aussi beaucoup de personnes s'attendaient-elles à la grâce de Schérer. Sans cette circonstance, la foule eût été encore plus nombreuse.

L'aumônier descendit le premier de la charrette. Schérer le suivit. Il se retourna brusquement pour voir la guillotine. Il était livide. Le Procureur de la République était aussi très pâle. L'assassin embrassa l'aumônier, lui dit quelques mots, puis baisa le crucifix. Les aides le poussèrent jusqu'à la bascule. Là, il s'arrêta, se raidit, essaya encore de parler au prêtre. Visiblement il voulait retarder l'exécution le plus possible.
Je suivais les moindres incidents du drame. Je n'avais devant moi ni gardiens de la paix, ni soldats, comme à Paris. J'étais appuyé contre un arbre à deux pas de l'échafaud. Voyant bien, voyant tout, j'éprouvais une émotion que je n'avais jamais ressentie jusqu'alors. Il me sembla que mon cœur s'arrêtait. Pour la première fois je compris toute l'horreur de la peine de mort.

Le couteau tomba. À cette seconde précise, un cri au-dessus de moi :
— Ah ! Mince, ça n'est que ça ! Ce n'est pas la peine de s'en priver !

Je levai les yeux. Dans l'arbre contre lequel je me soutenais, j'aperçus un gamin que je n'avais pas encore vu. Il avait, de son observatoire, assisté à l'exécution et voilà l'effet moralisant qu'elle lui avait produit. Si ce gamin veut, un jour, assassiner, ce n'est pas la peine de mort qui le retiendra. Il sait que « ça n'est pas grand/chose ».

Je reportai les yeux sur la guillotine. Il y avait peu de sang. J'entrai aussitôt dans le cimetière, suivant les aides qui portaient le panier contenant les restes du supplicié. Derrière le mur, tout près de la porte, une fosse était creusée ; devant se trouvait une bière ouverte. Rapidement, on y mit le corps et la tête de Schérer. De deux clous la bière fut fermée et descendue dans le trou qui fut comblé.

Entre l'exécution et l'enterrement il ne s'était pas écoulé deux minutes. De sorte que cet homme vivait, pensait, parlait même et deux minutes plus tard était enterré !
-----
(1) Mme de la Villehervé est morte il y a quelques mois, vraisemblablement des suites des blessures qu’elle avait reçues en 1893.

(2) Le supplicié, un nommé Corsinesco, était détenu à la Maison centrale. Dans un accès de jalousie, il avait tué un de ses co-détenus. Les prisonniers devaient assister à l'exécution, et celle-ci, aux termes de la loi, avoir lieu sur une place publique. Il parut dangereux d'emmener les détenus en ville, et le parquet résolut d'exécuter Corsinesco à la porte de la prison.
Le Conseil municipal de Melun prêta son appui au parquet, en cette circonstance critique. Il baptisa place publique le portail de la prison.
On laissa la porte grande ouverte, et dans la cour, à genoux, les prisonniers purent contempler la guillotine dans toute sa beauté.
L'ami de Corsinesco, objet de sa jalousie et cause du crime, se trouva mal en voyant tomber le couteau.
Le public ne put rien voir.

"Devant l’Échafaud" par A.-Henri Massonneau

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