La Veuve

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 André Vitel - 1939

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MessageSujet: André Vitel - 1939   Jeu 5 Fév 2015 - 15:35

Exécution  d’André Vitel, le mardi 2 mai 1939.

En ce jour, Henri Desfourneaux exerce officiellement pour la première fois en tant que chef exécuteur. Un mois après, il exécutera Max bloch, bd Arago, à Paris, dernière exécution publique dans la capitale. Elle précéda de 15 jours celle d’Eugène Weidmann, à Versailles, dernière exécution publique en métropole.




Une tête est tombée ce matin à Rouen, celle d'un jeune homme qui n'avait pas encore 18 ans.
S'étant présenté au domicile de son frère, embarqué à bord de « Normandie », André Vitel n'avait trouvé que sa belle-sœur, Alice Anne, une jeune femme de 29 ans, mère d'un magnifique bébé de six semaines. Le visiteur voulait de l'argent ; sa belle-sœur lui en refusa ; alors, avec une cruauté et un acharnement stupéfiant, il la tua ainsi que son bébé. Arrêté dès le lendemain, il avoua : vol lui avait rapporté 1.100 francs.

Le 17 février dernier, la Cour d'assises de la Seine-Inférieure infligeait au jeune assassin la peine capitale. La jeunesse d'André Vitel — qui était né le 22 mai 1921 — ne suffit pas à lui mériter la grâce présidentielle. Son exécution avait été fixée à ce matin.

Soyez un homme.

Peu avant l'aube, l'aspect de la place de Bonne-Nouvelle est lugubre. Il faut franchir un premier cordon de gardes, puis un second, puis un autre encore, et montrer chaque fois patte blanche. Enfin, devant nous, la « machine » se dresse. Autour d'elle, des silhouettes se déplacent silencieusement. A cent mètres, magistrats et policiers, nerveux, consultent leur montre.
Il est 3 h. 45. Le cortège franchit la porte de fer de la maison d'arrêt.

A travers les couloirs bordés de cellules et recouverts de sacs — car la pudeur officielle veut qu'on étouffe le bruit des pas — le groupe se dirige vers la cellule du condamné. Sur son lit Vittel dort calmement. On l'éveille. Il se dresse à demi : le procureur général articule difficilement la phrase rituelle.
Vitel, votre pourvoi en grâce est rejeté, ayez du courage.
Le magistrat marque un temps d'arrêt, puis il ajoute :
Soyez un homme.
Lentement, la tête basse, Vitel s'habille, mais la défaillance le guette. Il s'abat sur son lit et san- glote, la tête entre ses mains.
L'aumônier de la prison, l'abbé Farcv, le masque tourmenté et austère, prend soin de l'adolescent.
Les gardiens habillent celui-ci d'un pantalon rayé, d'une chemise bleue, mais Vitel ne peut mettre ses chaussures. Dans un geste d'humeur, il les jette à l'extrémité de la cellule.

Il est 4 h. 2 ; les gardiens entravent le condamné. Sur ses lèvres exsangues un sourire se dessine.
« N’ayez crainte, dit-il, je ne me barrerai pas. »  A pas lents, enchaîné à ses gardiens qui pleurent, Vitel se dirige vers la chapelle.
A 4 h. 24. l'office est terminé.
Quelques minutes plus tard, Vïtel arrive au greffe. On le désentrave ; on lui allume une cigarette et il accepte un verre de rhum.

Cependant, dehors, le jour se lève lentement. A 4 h. 30, le fourgon du bourreau, traîné par un cheval blanc, pénètre dans la prison. Quelques minutes auparavant, un homme à cheveux et  moustache blancs, le dos légèrement voûté, avait frappé a la grande porte verdâtre. Le judas s'était ouvert :
— Ici, l'exécuteur des hautes œuvres !
C'était M. Desfourneaux, le nouveau M. de Paris.

L'attente pourtant se poursuit ; Vitel, abattu et pleurant, fume sans plaisir. A son châtiment suprême, on a ajouté une torture inutile : on l'a réveillé trop tôt.
Je n'y vois goutte, répond M. Desfourneaux au procureur qui le presse.
A l'extérieur comme à l'intérieur, tout le monde est nerveux, sauf une petite femme en deuil, voûtée, au visage parcheminé, qui est assise à la porte de la prison.  C'est Mme Anne, la mère de la victime. Elle a voulu être le témoin de la mort de l'assassin de sa fille.
Au greffe, les minutes sont longues,pénibles, affreuses.

« Ma fille est vengée ! »

A 4 h. 40, les aides du bourreau font la toilette du condamné : on échancre la chemise, on lie ses mains et ses pieds, on le hisse dans le fourgon. La vétuste voiture s'ébranle. Les roues résonnent lugubrement sur le pavé.
A 4 h. 49, le fourgon s'arrête devant la guillotine. A moins de cinq mètres de l'échafaud, Mme Anne regarde. Vitel descend, recueilli presque par l'aumônier, dont la haute silhouette met un peu d'humanité dans cette cérémonie.

Sur le pavé froid, le condamné paraît encore plus enfant. Une seconde d'étonnement. Puis, sans un mot, sans un cri, Vitel est etraîné par les aides. Vivement, on le pousse.
D'interminables secondes s'écoulent avant que le couperet ne tombe enfin. Il est 4 h. 50.
Près de moi. nerveuse, vibrante, Mme Anne, soutenue par son avocat, s'écrie :
Tant mieux ; Tant mieux ! Ma fille est vengée !…
C'est horrible.
Le panier d'osier noir est chargé dans le fourgon et aussitôt le cheval blanc part au trot… — D.

Source : Quotidien Ce soir, du 02-05-1939 / gallica.bnf.fr

* Le Palmarès orthographie le nom du condamné avec deux t.
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pier
Monsieur de Paris
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MessageSujet: Re: André Vitel - 1939   Mar 25 Aoû 2015 - 22:01

Bonsoir,

Article du 2 août 2015 (Paris-Normandie) sur la peine de mort à Rouen : dernière exécution publique...

http://www.paris-normandie.fr/detail_communes/articles/3761321/region/les-deniers-condamnes-a-mort-a-rouen-4-7--histoire-de-la-derniere-execution-publique#.VdzHrn2QOUQ


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Pier
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