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 Le supplice de la pendaison

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Adelayde
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MessageSujet: Le supplice de la pendaison   Sam 20 Déc 2014 - 17:05

Pendu haut et court

Le choix de la méthode d’exécution est un sujet qui a soulevé autant de passions dans le passé que l’abolition de la peine de mort.
Les partisans de la pendaison à l’anglo-saxonne avançaient que la mort était instantanée par la rupture des vertèbres cervicales. Une sorte de « mort propre » à l’opposé du sanglant rituel en usage en France. Pourtant en mars 2000 le quotidien britannique The Times faisait des révélations à faire froid dans le dos sur la réalité de la pendaison.

Les secrets des méthodes d’exécution ne sortent guère des archives. Les états, à l’exception notable des États-Unis, n’aiment guère dévoiler leurs pratiques. Il arrive parfois que le voile se déchire. En mars 2000, le Times de Londres a publié un article assez étonnant où il rendait compte de pièces nouvelles rendues publiques par les archives parmi lesquelles se trouvait un long rapport du ministère britannique de l’Intérieur qui révélait, qu’en moyenne, le millier de prisonniers de guerre allemands condamnés à mort par les Alliés avaient tardé vingt-cinq minutes à trépasser au bout d’une corde et, en aucun cas, n’étaient morts sur le coup comme le prétendaient les autorités.

En plus, le quotidien britannique révélait des détails assez horribles sur des expériences menées par les Britanniques pour accélérer la mise à mort de leurs victimes. Déjà les exécutions des condamnés de Nuremberg avaient soulevé l’indignation des témoins. Le journaliste Cecil Catling du Star de Londres avait jugé, grâce à son expérience de spécialiste des assises, que la hauteur de chute des corps était insuffisante et qu’ils étaient morts à la suite d’une lente strangulation derrière les rideaux noirs occultant la base de l’échafaud.

Dans sa biographie de Ribbentrop, Michael Bloch écrit : « il semble que la pendaison ait été vilainement sabotée : les récits diffèrent mais tous conviennent que Ribbentrop mit au moins dix minutes à mourir, plusieurs disent presque vingt minutes. » Dans le document du Foreign Office 371/575552, les fonctionnaires britanniques présents ont dit que le déroulement des exécutions n’avait pas été vraiment joli à voir.

Ces premières exécutions, ainsi que les rapports des médecins qui signalaient l’épouvantable épreuve infligée aux condamnés, avaient décidé les autorités de Londres à conduire une série d’expériences afin d’améliorer le fonctionnement de l’échafaud. Il fallait tuer plus vite et mieux.

Pour abréger les souffrances des pendus, les médecins militaires avaient pris l’initiative de les achever à l’aide de bricolages de dernière minute, notamment de fortes piqûres de formol en mesure de tuer un bœuf.
Le bourreau de Hamelin

Hamelin est une petite ville allemande célèbre pour le conte du flûtiste qui, après avoir chassé les rats de la ville, emmène avec lui tous les enfants, faute d’avoir été correctement payé. Elle est maintenant connue, dans les archives britanniques, pour avoir été le lieu d’expérimentations sur les personnes des prisonniers.

Dans cette prison, les Britanniques avaient mis au point des exécutions à la chaîne. Il arrivait que treize prisonniers de guerre soient exécutés le même jour. Il se posait alors de graves difficultés techniques à Albert Pierrepoint, le bourreau de sa majesté. Comment tenir la cadence s’il fallait laisser comme d’habitude les corps suspendus une heure, ou plus, pour s’assurer de leur mort par lente strangulation ?

Il fallait trouver une astuce. Le médecin de la prison interrogea par lettre le Dr F.H. Buckland, responsable médical à l’armée britannique du Rhin, pour savoir s’il était contraire à l’éthique d’achever les mourants d’une forte injection d’une substance chimique mortelle de sorte que le corps puisse être décroché sans délai et permettre ainsi une nouvelle fournée, sans faire trop attendre Alfred Pierrepoint pressé de rentrer à Londres.

Le médecin aux armées répondit qu’il ne voyait aucune objection au concours d’un médecin pour tuer les prisonniers et qu’il conseillait une dose de 10 cm cubes de formol comme pouvant fort bien convenir à cette tâche.

La première série de mises à mort, le 13 décembre 1945, concernait trois femmes, qui furent pendues individuellement et dix hommes qui, pour aller plus vite, furent pendus deux par deux. Selon le texte du rapport macabre qui fut envoyé à Londres, le médecin militaire, dès l’ouverture de la trappe et de la chute du corps, passait sous l’échafaud et montait à une échelle pour écouter battre le cœur des suppliciés environ une minute puis leur injectait la dose prescrite de chloroforme. Le médecin essaya différentes combinaisons. Certains reçurent la piqûre mortelle directement dans le cœur et la mort fut instantanée. D’autres furent piqués dans une veine du bras et la mort par arrêt du cœur tarda quelques secondes à se produire.

Selon les dires du Dr Buckland, toutes les victimes étaient heureusement inconscientes quand le médecin est venu les achever.

Quelques mois plus tard, soucieux de vérifier la pertinence de ses hypothèses, au cours de la deuxième série d’exécutions, le 8 mars 1946, le performant Dr Buckland prit la décision de laisser la mort par étouffement se produire sans intervention médicale. Les médecins se sont assis sur une échelle le long des corps pour écouter à l’aide de leur stéthoscope battre le cœur des hommes jusqu’à arrêt complet. L’attente sous l’échafaud durait en général de 10 à 15 mn, délai au bout duquel les battements du cœur étaient devenus inaudibles.

Lors de la troisième série d’exécutions, le 15 mai 1946, le progrès technique fit irruption dans la sinistre machinerie britannique. Le Dr Buckland, toujours lui, installa un complexe appareillage d’électrocardiogramme au pied de la trappe mortelle pour enregistrer jusqu’au plus tenu signe de vie du cœur des clients d’Alfred Pierrepoint. Grâce à l’extrême sensibilité des capteurs appliqués sur les poitrines, le médecin britannique enregistra des signes de vie 25 mn après l’ouverture de la trappe.

Comble de l’épouvante, durant ces expériences, deux personnes ont recommencé à respirer, une d’entre elles 7 mn 30 après que le bourreau a fait son office. Dans les deux cas, le médecin britannique les a tuées avec des injections massives de chloroforme.

En dépit du résultat de ses observations, le Dr Buckland conclut qu’il suffisait à l’avenir de laisser les pendus au bout de leur corde durant 15 mn tant que les battements du cœur restaient audibles au stéthoscope. Le grand avantage de cette méthode est de permettre une moyenne de deux exécutions à l’heure.


Un souci déjà ancien

Dans cet article aux révélations assez fortes, le journaliste du Times rappelait que d’autres médecins s’étaient inquiétés du manque d’efficacité de la pendaison comme méthode d’exécution rapide et indolore. Selon les archives, le ministère de l’Intérieur avait déjà rejeté toute idée de changement alors même qu’en 1880, le Dr John De Zouche Marschall avait remis un rapport sur les exécutions judiciaires dans lequel il exposait des cas où les condamnés avaient péri d’asphyxie, dans d’intenses souffrances, plusieurs minutes après leur exécution. À l’instar du Dr Guillotin, ce médecin humaniste fit la proposition d’un dispositif permettant de garantir au détenu une mort instantanée par dislocation de la moelle épinière.

En 1901 et en 1943, quand des parlementaires avaient posé des questions sur ce sujet, le ministère avait rédigé des réponses écrites mensongères affirmant qu’aucune modification de la procédure n’était nécessaire dans la mesure où la mort était instantanée.

En dépit des rapports prouvant le contraire, les bureaucrates du Home Office ont persisté dans leurs déclarations que la pendaison était le moyen le plus humain de mettre un terme à la vie d’un condamné. Seule l’heureuse abrogation de la peine de mort en 1965 va mettre une fin à la polémique.


Remarque : La peine de mort a été abolie en 1969 en Grande-Bretagne et en 1973 en Irlande du Nord. En juillet 1998 pour tous les crimes, c’est-à-dire aussi pour les crimes militaires tels que la trahison et la piraterie violente. William Joyce a été la dernière personne exécutée pour haute trahison le 3 janvier 1946. Depuis 2001 la loi sur Les Forces Armées a aboli la peine de mort et les Forces Armées ne disposent plus de la possibilité de réintroduire cette peine : « Loi sur la Discipline en Service »).

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MessageSujet: Re: Le supplice de la pendaison   Sam 20 Déc 2014 - 18:10

Moi qui croyais que la rupture des vertèbres causait la mort instantanément, ou tout au moins la perte de conscience...

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MessageSujet: Re: Le supplice de la pendaison   Sam 20 Déc 2014 - 18:21

J'en étais aussi persuadée, Carnifex  Crying or Very sad

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MessageSujet: Re: Le supplice de la pendaison   Dim 21 Déc 2014 - 13:40



Le docteur De Zouche Marshall avait imaginé un moyen d’abréger les souffrances des pendus avec cet ingénieux
dispositif assurant une rupture immédiate de la colonne vertébrale et réussissant un coup du lapin instantané.





Alfred Pierrepoint partait en avion de Londres pour procéder aux exécutions de
deux cents prisonniers de guerre allemands condamnés par les Britanniques.


Source :
http://aventuresdelhistoire.com/anatole-deibler-lhomme-aux-400-tetes/

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