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 Que ressent une personne exécutée ?

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Titus_Pibrac
Monsieur de Paris


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MessageSujet: Que ressent une personne exécutée ?   Ven 21 Nov 2014 - 4:19


http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2014/11/20/que-ressent-une-personne-executee/



Ex Le Monde du 20 Novembre 2014

L'actualité est une litanie de mises à mort. La décapitation, par l'Etat islamique, d'un cinquième otage occidental, l'Américain Peter Kassig, accompagné dans son supplice et dans le trépas par 18 pilotes syriens ; la divulgation récente de macabres statistiques en Chine, où quelque 2 400 personnes ont été exécutées en 2013 ; les lapidations qui reviennent régulièrement dans les pays appliquant la charia ; les ratés des injections létales aux Etats-Unis ; etc. Il n'est pas question, ici, sur ce blog qui traite de sciences, d'évoquer les débats sur la peine de mort ni les motifs religieux, politiques, géostratégiques qui sous-tendent les exécutions menées par des groupes terroristes. Cependant, la science a tout de même un mot à dire, en répondant à la question suivante : que ressent une personne exécutée ? Les protocoles les plus modernes, censés procurer une mort digne ("humaine" disent certains...), empêchent-ils réellement une souffrance intense ?


D'aucuns qualifieront peut-être cette curiosité de morbide. Mais si j'ai bien appris une chose au cours de toutes ces années de vulgarisation scientifique, et notamment depuis que j'écris ma chronique hebdomadaire sur la science improbable, c'est qu'il n'y a pas vraiment de question stupide pour la science. Et l'interrogation que j'ai exposée plus haut a d'ailleurs reçu une réponse depuis plus de deux décennies, grâce au neurobiologiste Harold Hillman. L'étude que ce chercheur britannique a publiée dans la revue Perception en 1993 s'apparente véritablement à un petit traité de la mise à mort vue à travers le prisme de la physiologie, qui confronte chaque "mode opératoire" aux résultats des autopsies faites sur les personnes exécutées ou à ceux des expériences analogues réalisées sur des animaux ou bien à la littérature scientifique issue de la médecine urgentiste.

On ne sera pas surpris de constater que les procédés les plus archaïques sont aussi ceux qui font le plus souffrir les personnes exécutées. Ainsi, la lapidation entraîne-t-elle la mort la plus lente, d'autant qu'elle manifeste clairement une intention de torture. Harold Hillman cite dans son étude un article des lois pénales islamiques en vigueur en Iran en 1980, consacré à la taille des projectiles utilisés : "Les pierres ne doivent pas être trop grosses, pour empêcher que la personne meure après avoir été atteinte par une ou deux d'entre elles." L'idée est donc que le supplice dure. La mort est obtenue par une hémorragie massive extra et intra-crânienne puisque, dans une lapidation en règle, le ou la condamné(e) est enterré(e) jusqu'au cou et que seule sa tête dépasse du sol.

Dans le cas, spectaculairement remis au goût du jour par l'Etat islamique, de la décapitation, Harold Hillman souligne que la peau, les muscles et les vertèbres du cou sont si résistants qu'il est difficile de parvenir à les couper en une seule fois. Même si l'on utilise une guillotine, la mort n'est pas immédiate. Des expériences menées sur des moutons ont montré que l'activité du cerveau s'interrompait 14 secondes après que les artères carotides avaient été tranchées. Il a aussi été calculé que le cerveau humain pouvait fonctionner pendant encore 7 secondes en cas d'interruption subite et totale de l'apport en oxygène. Les calculs ne disent en revanche pas ce qui s'y passe pendant ces 7 secondes...

Je ne vais pas entrer dans les détails de chaque modus operandi mais ce travail d'Harold Hillman a le mérite de mettre sur la table ce qu'est, essentiellement, une peine capitale : un moyen de stopper le fonctionnement du cerveau en coupant son approvisionnement en oxygène. Passer devant un peloton d'exécution (qui vise en général à la poitrine) détruira votre cœur ou les gros vaisseaux qui lui sont connectés ; la version chinoise (une balle dans la nuque) a pour but de détruire le bulbe rachidien où sont régulés la respiration et le rythme cardiaque ; la pendaison se terminera par une asphyxie, que l'on vous rompe les vertèbres cervicales ou pas ; la chaise électrique, mise au point à la fin du XIXe siècle pour trouver un mode d'exécution plus "humain" que la pendaison, n'a pas forcément fait beaucoup "mieux", car elle tue plus en portant le cerveau à très haute température et en y détruisant le centre de la respiration qu'en arrêtant le cœur.

Harold Hillman fait remarquer que, dans tous les cas qui précèdent, il existe un temps de latence incompressible entre le début de l'exécution et la mort proprement dite et que, à moins d'obtenir une perte de conscience immédiate, ce qui n'est pas garanti, la personne exécutée est toujours soumise à une immense souffrance même si cela ne se voit pas forcément de l'extérieur. "On pense généralement que la plupart des méthodes utilisées sont virtuellement indolores et conduisent à une mort rapide et digne, écrit-il dans le résumé de son étude. On présente ici des preuves montrant que, à la possible exception de l'injection létale par intraveineuse, ceci est presque certainement faux."

Si le chercheur britannique fait une exception pour l'injection létale, qui est désormais le mode d'exécution principal aux Etats-Unis, c'est parce qu'elle est censée anesthésier le condamné avant de le tuer. Toutefois, la mise en pratique de ce protocole laisse parfois à désirer, ce qui peut transformer l'exécution en séance de torture, comme l'a montré en avril le cas de Clayton Lockett dans l'Oklahoma : la sédation ayant été ratée, l'homme a agonisé pendant 43 minutes avant que son cœur ne s'arrête. En juillet, l'exécution, dans l'Arizona, de Joseph Wood a elle aussi tourné à l'horreur, le condamné ne succombant à l'injection qu'au bout de deux heures, après avoir grogné et haleté durant 90 minutes.

Pierre Barthélémy (suivez-moi ici sur Twitter ou bien là sur Facebook)
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