La Veuve

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 Adolphe-Tiburce Gamahut – Le crime de la rue de Grenelle - 1885

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Adelayde
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MessageSujet: Adolphe-Tiburce Gamahut – Le crime de la rue de Grenelle - 1885   Mar 28 Oct 2014 - 16:26

ADOLPHE-TIBURCE GAMAHUT – LE CRIME DE LA RUE DE GRENELLE

Les faits

Adolphe Tiburce Gamahut - 25 ans, ancien moine, devenu lutteur de foire. Avec quatre complices, égorge et assomme  à coups de bouteille Mme veuve Ballerich, au 145, rue de Grenelle, le 27 novembre 1884 pour voler deux francs cinquante.

Condamnation : 11 mars 1885,

Exécution : 24 avril 1885 à Paris.

Source - le site de Sylvain Larue - Nemo :

http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html

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ADOLPHE-TIBURCE GAMAHUT


Tiburce Gamahut, né à Épernay (Marne), en 1861, avait été orphelin dès son enfance. Après avoir reçu les soins affectueux d'une tante, dont la sollicitude le suivra jusqu'à la fin, il avait quitté sa mère adoptive. Dès lors sa vie avait subi plusieurs phases, plus accidentées les unes que les autres. Il avait essayé de tous les métiers sans se fixer à aucun. Il avait tenté de se faire religieux et dans ce but il était entré à la Trappe. Mais, à deux reprises, il avait été forcé de quitter le monastère, sans que rien puisse faire supposer quoi que ce soit de répréhensible dans sa conduite. En dernier lieu, à bout de ressources, il était hercule forain dans les foires de la banlieue.

C'est alors que le trouvèrent quatre jeunes bandits, les nommés Midy, Bayon, Soulier et Carrey, qui avaient comploté l'assassinat de Mme Ballerich à Grenelle. Doutant de leurs forces pour perpétrer le crime, ils décidèrent, le matin même de l'attentat, l'hercule Gamahut à leur prêter main-forte, lui assurant la plus grosse part de l'argent qu'ils trouveraient chez la victime.
Gamahut accepta, et, le soir même, le crime était consommé. On trouva chez Mme Ballerich la misérable somme de 7 fr. 5O, dont 2 fr. 5O furent généreusement laissés à l'auteur principal du meurtre, le nommé Gamahut !...

Les cinq coupables ne tardèrent pas à tomber entre les mains de la justice, grâce aux délations de l'un d'eux, le nommé Carrey, et tous furent mis au secret à Mazas.

On se souvient des conséquences de ce meurtre. L'un des fils de la victime était commissaire de police, l'autre officier de paix. Un journal de Paris bien connu osa accuser les deux fils d'avoir essayé de spéculer sur l'assassinat de leur mère et de se faire un marche-pied de son cadavre ; de profiter au moins de la publicité donnée au crime pour se rendre intéressants et avoir de l'avancement.

Outrés d'indignation, les deux fonctionnaires, qui avaient pour leur mère une profonde affection, firent aussitôt irruption dans les bureaux de la rédaction du journal. Une collision eut lieu, une lutte acharnée s'engagea. Un des fils Ballerich trouva la mort là où il était venu chercher la vengeance. L'autre fut traduit en cour d'assises pour tentative de meurtre, et acquitté.

Cet épisode fut loin de servir les intérêts de Gamahut. Dans les premiers jours de mars, il était condamné à mort. Ses complices furent condamnés : Midy et Bayon, aux travaux forcés à perpétuité ; Soulier à dix ans de la même peine, et Carrey, le délateur, a, cinq ans de réclusion.

J'eus occasion plusieurs fois de voir les quatre complices, et, dans leur brutale équité, ils déclaraient que Gamahut était le moins coupable des cinq associés.

Je n'eus aucune appréhension sur l'accueil que me réservait Gamahut. La lettre si belle, si touchante, si empreinte de repentir qu'il avait écrite avant son procès au R. P. supérieur de la Trappe, ne me laissait aucun doute sur ses sentiments chrétiens ; et c'est avec confiance que je pénétrai pour la première fois dans sa cellule.
Je l'encourageai à ne pas perdre tout espoir ; que des chances de salut lui restaient encore ; mais je vis bien vite qu'il ne se faisait aucune illusion, et qu'il ne demandait qu'à se préparer de son mieux à tout événement.
[…]
Le pourvoi en cassation est rejeté depuis plusieurs jours. Tout fait craindre un dénouement prochain. La clémence présidentielle s'étendra-t-elle sur le coupable ?...

EXECUTION DE GAMAHUT

Il était décidé que, pour Gamahut la justice suivrait impitoyablement son cours. En conséquence, le parquet informait, dans la journée du 23, tous les fonctionnaires qui, a divers titres, devaient assister à l'exécution.
Le soir, vers neuf heures, le surveillant Chevalier portait à mon domicile une lettre ainsi conçue :

« Monsieur l'aumônier, j'ai l'honneur do vous informer que l'arrêt de la cour d'assises de la Seine, en date du 11 mars dernier, qui condamne à la peine de mort le nommé Gamahut (Tiburce), recevra son exécution le vendredi 24 avril 1885, à quatre heures quarante-cinq du matin.
Veuillez, monsieur l'aumônier, vous rendre auprès du condamné, à l'effet de lui prêter les secours de la religion dans ses derniers moments.
Veuillez agréer, monsieur l'aumônier, l'assurance de ma haute considération. »
« Le procureur général,
« BLOCH.». »

A minuit j'arrivai place de la Roquette. Je venais de faire pour la première fois ce lugubre voyage que je devais renouveler si souvent, de mon domicile à la place des exécutions. Je traversai presque entièrement la grande ville endormie. De loin en loin quelque passant attardé, ou quelque malheureux nomade à la recherche d'un asile, quelques gardiens de la paix faisant leur ronde nocturne, et c'était tout, dans ce grand silence qui rendait mon émotion plus poignante encore.

Cependant, à partir de la place de la Bastille, la solitude était moins complète. Quelques groupes se formaient. Des jeunes gens, des hommes en blouse, des femmes même en grand nombre se pressaient tous dans la même direction. Dans l'interminable rue de la Roquette, les restaurants, les cafés, les débits de vin étaient ouverts et regorgeaient de consommateurs. On savait le drame qui se préparait et on trompait les heures de l'attente.

C'est en traversant cette foule hétéroclite que j'arrivai devant la prison. Je réglai ma course, je donnai les ordres nécessaires pour la voiture, qui devait, après l'exécution, me conduire au cimetière ; et j'entrai dans la salle du greffe.

Vers trois heures, deux fourgons pénétraient sur la place de la Roquette, venant de la rue Folie-Regnault. L’un contenait les bois de justice, l'autre devait recevoir le corps du supplicié. Cinq hommes descendent de ces voitures : ce sont M. Deibler, exécuteur des hautes oeuvres, et ses quatre aides.

Ceux-ci, en vêtements de travail, dressent lentement et méthodiquement la machine de mort à l'endroit où sont encastrées dans le sol les cinq pierres que tout Paris connaît. Le montage est terminé en une heure. L'exécuteur s'assure à plusieurs reprises que le couperet glisse bien dans les rainures de cuivre de la guillotine, et, son inspection terminée, lui et ses aides, correctement vêtus de noir, entrent dans la prison.

Pendant le lugubre travail de la place, je lisais dans la salle du greffe les prières des agonisants.
Peu à peu je vois arriver un juge d'instruction, M. Kuehn, chef de la Sûreté ; M. Baron, commissaire de police du quartier ; le substitut du procureur de la République ; plusieurs secrétaires, plusieurs membres du parquet. Ces messieurs sont reçus, après constatation de leurs titres, par M. Beauquesne, directeur du Dépôt des condamnés. Bientôt un silence lugubre se fait dans la salle du greffe, chacun semble oppressé dans l'attente du drame qui se prépare.

A quatre heures, l'exécuteur vient signer la levée de l'écrou :
« L'an mil huit cent quatre-vingt-cinq, le vingt-quatre avril, le nommé Gamahut (Tiburce), inscrit ci-contre, a été remis entre les mains de l'exécuteur des hautes oeuvres, en vertu d'un réquisitoire du procureur général.
« le greffier : FONTANEAU.
« DEIBLER »


A quatre heures vingt minutes, M. le directeur me prie de le suivre, et, précédés de six surveillants, porteurs de lampes, nous traversons en silence les ateliers de l'Ouest et, par le guichet central, nous pénétrons dans le quartier des condamnés à mort. Le brigadier ouvre la cellule de droite n°3, et nous nous trouvons auprès du lit du condamné, Gamahut, qui avait souffert la veille d'une rage de dents, s'est endormi très tard, aussi son sommeil est profond.
Le directeur le réveille par ces paroles :
« Gamahut, votre pourvoi a été rejeté, votre pourvoi en grâce n'a pas été admis. Le moment de l'expiation est venu, ayez du courage. Habillez-vous. »
Gamahut répond avec un grand calme :
« Que la volonté de Dieu soit faite. »
Il passe son pantalon, ses chaussettes et ses bottines, et demande à être laissé seul avec l'aumônier. Tous sortent de la cellule. Je m'asseois près de la table, et le condamné, les mains jointes, se jette à genoux devant moi. Après sept à huit minutes d'entretien, j'ouvre la porte et j'avertis que nous sommes prêts.

Gamahut marche d'un pas ferme entre deux gardiens. A la salle de l'avant-greffe, le cortège s'arrête. Les exécuteurs sont là. Le condamné, assis sur un escabeau, écoute avec une résignation parfaite mes exhortations suprêmes, tandis que les aides lui attachent, avec des cordes minces et solides, les pieds, les mains, les bras et les jambes, et que M. Deibler lui échancre largement sa chemise, de telle sorte que la moitié de la poitrine et des reins sont complètement à nu.

A la demande du juge d'instruction s'il n'a pas de nouvelle révélation à faire, il répond qu'il a dit à M. l'aumônier tout ce qu'il avait à dire. Aussitôt commence la funèbre procession.
L'exécuteur en chef nous précède. Je prends le malheureux sous le bras gauche, un aide le soutient par le bras droit, et nous nous mettons en marche, suivis par les magistrats et les fonctionnaires requis par la loi. La grande porte s'ouvre à deux battants. Les cavaliers de la garde républicaine mettent sabre au poing, tous les assistants se découvrent.
Un silence lugubre règne dans la foule immense. En chemin le condamné me demande si Dieu lui a pardonné son crime. Pour lui en donner l'assurance, je l’embrasse deux fois avec effusion. Gamahut rend mon étreinte. Très ému, me soutenant à peine, je recule d'un pas devant la bascule.
Le malheureux est saisi, renversé sur la planche : deux secondes, et un bruit formidable annonce que l'expiation est consommée!...

Je monte rapidement dans le fiacre 148, qui a tant de fois servi à M. l'abbé Crozes, je réponds à peine à toutes les questions qui me sont faites par les journalistes qui m'assiègent. Le père Marchand lance son cheval, et, précédés de cinq gendarmes qui escortent le fourgon funèbre, nous nous dirigeons au galop vers le cimetière d'Ivry.
Après une demi-heure de course, nous arrivons au coin de terre réservé aux suppliciés. Le corps est sorti du panier sanglant, puis la tète. Le tout est placé dans un cercueil de sapin. Je récite les dernières prières. Je remonte en voiture, et tout émotionné par le terrible spectacle que je viens de voir pour la première fois, je célèbre à Saint-Pierre du Gros-Caillou la sainte messe pour le repos de l’âme du malheureux Tiburce Gamahut.

Le corps, non réclamé par la famille, a été porté à l'École de médecine pour les expériences anatomiques.

Au pied de l'échafaud - Souvenirs de la Roquette par l’abbé Faure

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MessageSujet: Argots et Français écrit par Adolphe Gamahut   Mar 28 Oct 2014 - 17:05



Argots et Français écrit par Adolphe Gamahut dit Champion
condamné à mort le 11 mars 1885 par la cour d’assise de la Seine.

Collection du Musée national des prisons

Commentaire du site Criminocorpus : « Couverture du Dictionnaire d’argot d’Adolphe Tiburce Gamahut, Dépôt des condamné à mort, 1885 (Musée national des prisons). Sur un cahier d’écolier, avec sa publicité pour les œuvres classiques couronnées par l’Académie française, Gamahut rédige – humour involontaire ? – quelques pages d’un dictionnaire d’argot, pratique courante chez les détenus. On imagine aisément que la présence de l’agent de sûreté dans sa cellule a sinon suscité cette rédaction du moins l’a grandement facilitée, les policiers étant de fins connaisseurs de la langue des voyous. (…) La dernière page de ce cahier est datée du 19 mars 1885 et le dictionnaire s’achève par la traduction en argot des expressions et mots suivants : “u vole cette nuit”, “écoute l’homme qui parle”, “j’ai mal aux yeux”, “chaude pisse”, “il a peur”, “couteau”, “mouchoir”. Résultat d’une rédaction non planifiée qui répare des oublis après une relecture ? Ou termes plus significatifs d’une pensée intérieure tourmentée par les derniers instants à venir ? »

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MessageSujet: Dessins Gamahut   Mar 28 Oct 2014 - 17:39















Dessins d’Adolphe Tiburce Gamahut, Dépôt des condamnés à mort, 1885

Collection du Musée national des prisons.

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MessageSujet: Re: Adolphe-Tiburce Gamahut – Le crime de la rue de Grenelle - 1885   Ven 21 Nov 2014 - 14:59


L'acte de naissance de Gamahut

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MessageSujet: Re: Adolphe-Tiburce Gamahut – Le crime de la rue de Grenelle - 1885   

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