La Veuve

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 Mathias Hadelt ou Harteld - 1892

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Adelayde
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MessageSujet: Mathias Hadelt ou Harteld - 1892   Mer 16 Juil 2014 - 15:19

Mathias Hadelt ou Harteld - 1892



Son visage se trouve sur l'excellent site de Boisdejustice :

http://boisdejustice.com/Anatole/Anatole.html

Les faits
Mathias Hartelt, 39 ans, aventurier allemand. Assassin du révérend père Ildefonse (né Henri Cady), trappiste trésorier à l'abbaye d'Aiguebelle (commune de Montjoyer), le 28 octobre 1891, pour lui voler 15.000 francs.

Réveillé à 3h35. Le gardien-chef Chaffoix annonce la nouvelle. "Deo gratias", répond le condamné. Il s'habille, lace ses souliers. Aucune déclaration au procureur. Le docteur Chalvet lui offre un verre d'élixir de Garus, qu'il refuse, puis qu'il prend pour se tremper les lèvres. Demande au procureur et à son avocat, Me Ollagnier, de faire procéder à son autopsie pour qu'on atteste qu'il n'était pas Mathias Hartelt, et donc victime d'une erreur judiciaire. Demande à parler au pasteur Causse, qui le fait communier. Toilette rapide : il demande calmement s'il doit s'asseoir ou rester debout, pendant que M. Causse récite une prière en silence. Quand le pasteur, au moment de partir, lui dit : "Courage, au revoir.", il répond "Je suis heureux, je pars tranquille." En voyant la guillotine à l'entrée de la prison, dit simplement : "Ah, très bien."

Condamnation : 4 mai 1892 ;
Exécution : 5 juillet 1892 à Valence.

Source – le site de Nemo / Sylvain Larue :
http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html

=====+=====+=====
LA GUILLOTINE
------------
(De notre correspondant particulier)
Valence, 5 juillet.
L'exécution de Mathias Hadelt, qui, le 29 octobre dernier assassina le père Ildefonse, économe du couvent d'Aiguebelle, a eu lieu ce matin à quatre heures sur la place qui se trouve devant l’entrée principale de la prison.
On se souvient de la farouche énergie avec laquelle Hadelt s'efforça de lutter, au cours de son procès, contre les charges accablantes qui pesaient sur lui.
Son attitude ne s'est pas démentie au cours de l'exécution.
A deux heures du matin, les bois de Justice étaient dressés en face des portes de la maison d'arrêt, avenue de Chabeuil ; les issues étaient gardées par deux escadrons de hussards et deux batteries d'artillerie à cheval. Le service d'ordre était fait par seize brigades de gendarmerie et par la police municipale.
Le Procureur de la République, le juge d'instruction, l'aumônier, l'abbé Raymond, le pasteur protestant Causse sont arrivés à trois heures et la porte de la prison leur a été ouverte.
Le Réveil du Condamné
M. Chaffois, gardien chef de la prison, pénétra le premier dans la cellule du condamné, à trois heures et demie.
Hadelt, qui était déjà réveillé, s'écria "Deo gratias" ! par un reste d'habitudes monastiques, car c'est ainsi que dans le cloître on répond au "benedicamus domino" du frère éveilleur.
Il s'habilla ensuite sans l'aide de personne, montrant un calme et une résolution remarquables, et répondit au gardien qui l'exhortait de préparer à mourir avec courage :
- Du courage ? j'en aurai !
M. Falomba, procureur de la République, lui demanda s'il avait des révélations à faire à la Justice. Hadelt répondit froidement que non, et il ajouta :
- - Je désire qu'on procède à l'autopsie de mon cadavre on verra alors que je n'ai jamais eu d'ulcère rond à l'estomac et que je ne suis pas Hadelt.
On sait que l'assassin a toujours nié l'identité que lui attribue la Justice et qu'il a refusé de dire son vrai nom.
M. Deibler a ensuite procédé à la dernière toilette du condamné. Pendant ce temps, Hadelt demeurait impassible.
Il eut ensuite une conversation en allemand avec le pasteur M. Causse.
M. Chauvet, médecin de la prison, lui offrit un verre de cognac qu'il but après avoir dit :
- - Je n'ai pas besoin de cela pour me donner du cœur.
Le cortège se mit en marche. Avant de franchir le seuil de la prison, Hadelt se retourna une dernière fois vers ses gardiens en leur disant :
- Merci ! Adieu !
A trois heures cinquante-cinq minutes, les portes ont été ouvertes.
L'Exécution
Le condamné a descendu les trois marches de la prison soutenu par les aides du bourreau; il a levé la tète et apercevant en face de lui et à trois pas de la porte principale la terrible machine, il a souri.
En arrivant au pied de l'échafaud, Hadelt, ayant toujours le sourire aux lèvres, a embrassé à plusieurs reprises le pasteur en lui disant
- Au revoir !
Puis les aides se sont emparés de lui sans qu'il fit la moindre résistance et l'ont couché sur la bascule et à quatre heures moins quelques minutes, sa tète tombait sous le couperet.
La foule, qu'on évaluait à plus de dix mille personnes, était maintenue à une centaine de mètres du lieu de l'exécution par les troupes et la gendarmerie ; les fenêtres et les toits des maisons environnantes étaient couverts de curieux.
Après un simulacre d'inhumation au cimetière des suppliciés, le cadavre a été transporté à 'hospice, où l'on procédera à son autopsie.
------------
Nous avons dit, hier, que M. Deibler devait, avant de gagner Valence, s'arrêter à Montbrison pour y exécuter Ravachol. C'est ce qui avait été du moins décidé en principe par MM. Ricard, ministre de la Justice, et Quesnay de Beaurepaire, procureur général.
Ces messieurs, craignant qu'on ne les accusât d'avoir escamoté le célèbre anarchiste, se sont ravisés et ont envoyé à M. Deibler, qui attendait à Lyon, un contre-ordre. C'est ce qui explique pourquoi le bourreau opérait, hier matin, à Valence.

D'autre part nous recevons la dépêche suivante :
Montbrison, 5 juillet.
L'exécution de Ravachol semble être définitivement fixée à demain matin. Elle aurait lieu devant la prison, cet emplacement étant plus facile à garder. D'autre part, le Sous-Préfet a demandé que l'exécution n'ait pas lieu devant la Sous-Préfecture.
Les mesures d'ordre ont redoublé. Les soldats ont tous de doubles cartouchières. Quatre brigades de gendarmerie font un service ininterrompu. Aucun anarchiste n'a été signalé à Montbrison. Toutes les gares voisines sont surveillées.

Le Petit parisien, n° 5 731 du 6 juillet 1892

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Dernière édition par Adelayde le Mer 16 Juil 2014 - 15:31, édité 1 fois (Raison : Intégration photo)
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MessageSujet: Re: Mathias Hadelt ou Harteld - 1892   Mer 8 Oct 2014 - 14:13





Le Petit journal, n° 10 723 du 5 mai 1892

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MessageSujet: Chronique judiciaire   Mar 17 Fév 2015 - 16:09






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MessageSujet: Re: Mathias Hadelt ou Harteld - 1892   Mar 17 Fév 2015 - 18:05

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MessageSujet: Re: Mathias Hadelt ou Harteld - 1892   Dim 3 Mai 2015 - 15:13

La cour d'assises de Valence vient de juger un extraordinaire aventurier, en la personne du prussien Hadelt, à la fois trappiste, voleur et assassin.

Le meurtrier du père Ildefonse opérait particulièrement au sein des monastères. C'était sa spécialité de s'introduire dans les couvents, non pas pour y jouer les Mousquetaires — mais les escrocs. Avec une robe de bure, une tonsure sur le crâne, une attitude pieusement confite en dévotion, le gaillard s'introduisait à son gré chez les trappistes, les bénédictins, les lazaristes. ou les chartreux. Toute la moinerie y a passé !

Une fois dans la place, tout en édifiant les bons pères par sa ferveur, Hadelt s'enquérait du coffre-fort et, un beau jour, levait la sandale en filant avec l'argent de la communauté —sans doute pour rappeler aux religieux que les biens temporels ne doivent pas compter pour des hommes vraiment saints.

C'est ainsi que pendant plus de vingt ans cet émule des héros imaginaires de Ponson du Terrail a exploité les couvents d'Allemagne, de Suisse, d'Autriche, de France et même de Bosnie !

La dernière incarnation de ce Rocambole en robe de moine a eu lieu au monastère d'Aiguebelle, dans la Drôme, où il était trappiste, sous le nom de frère Eugène. Très proprement, très canoniquement, le frère Eugène a étranglé le père Ildefonse, trésorier de la maison, et étouffé son magot.

Si les gendarmes et la cour d'assises n'avaient pas fâcheusement interrompu le cours de cette belle carrière, Hadelt eût continué son voyage pittoresque à travers le monde des couvents, et sans doute, sur le déclin de sa vie, las de tant d'aventures, il se fût retiré dans quelque ermitage, où sa piété lui eût valu la gloire suprême de la canonisation.

Hélas ! À quoi tiennent les destinées !

Jacques Mauprat.

Le Progrès, 8 mai 1892
-----+-----+-----+-----+-----

Nous sommes dans la période des exécutions capitales. Le prussien Hadelt, l'assassin du trappiste d'Aiguebelle, a gravi mardi matin, à Valence, les marches de l'Abbaye de Monte-à-Regret, — comme disent les forçats — et on assure que Koenigstein, dit Ravachol, cet autre Allemand, lui aussi assassin d'un moine, l'ermite de Chambles, et en plus dynamitard, va un de ces matins avoir avec M. Deibler quelques instants de conversation vive et animée sur la place de Montbrison.

Ah ! nous ne sommes plus comme sous la présidence du père Grévy !

C'était alors un temps dont les justiciables de la guillotine ne parlent sans doute qu'avec mélancolie. Car il n'y avait pas d'épouvantable assassin et d'atroce bandit qui ne trouvât grâce devant le chef de l’Etat, lequel appliquait tranquillement au pouvoir ses théories de philosophe partisan de l'abolition de la peine de mort.

Je ne sais si M. Carnot pense sur ce point comme son prédécesseur ou bien s'il estime avec Alphonse Karr « que messieurs les assassins devraient bien commencer ». Quoi qu'il en soit, il considère que la loi étant encore debout, son devoir est de la respecter. Et très impartialement, très courageusement aussi, il adopte toujours l'avis de la commission des grâces. De sorte que M. Deibler n'est plus comme jadis un bourreau honoraire, mais un véritable exécuteur ayant assez souvent de « hautes oeuvres » à accomplir.

Il paraît qu'Hadelt est mort sans peur. Pas un muscle de son visage ; n'a tressailli, rien dans son attitude n'a décelé la crainte instinctive et terrible du non-être, qui s'empare presque toujours des misérables en présence du sinistre couperet. Ce mépris de la mort est assez rare. La plupart des criminels se débattent au contraire contre l'expiation avec l'énergie du désespoir et des rages de bête affolée. Tel, Avinain, l'horrible boucher qui dépeçait le corps de ses victimes, l'auteur du fameux axiome : "N'avouez jamais !". On fut obligé de le garrotter pour l'empêcher d'étrangler l'exécuteur.

L'assassin du père Ildefonse n'a pas « planché ». Un des rédacteurs du Progrès qui assistait à l'exécution m'a dit avoir trouvé admirable le sang-froid de Hadelt. Mais lui-même a failli s'évanouir de saisissement en recevant sur la main un jet de sang, qui avait giclé sur les assistants groupés autour de la guillotine quand le couperet s'est abattu.

Heureusement que M. Deibler n'est pas aussi sensible, sans quoi le métier ne serait pas tenable. Tout de même, et si grande que soit l'impassibilité acquise dans l'exercice de sa profession, il me semble que par instants il doit regretter de n'être pas notaire !

Jacques Mauprat

Le Progrès, 10 juillet 1892

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MessageSujet: Re: Mathias Hadelt ou Harteld - 1892   Ven 17 Juil 2015 - 18:08




"L'écho de Lyon", 27 mai 1892






"L'écho de Lyon", 16 juin 1892






"L'écho de Lyon", 20 juin 1892

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