La Veuve

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 Julien et Marguerite de Ravalet – inceste et adultère – 1603

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Adelayde
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MessageSujet: Julien et Marguerite de Ravalet – inceste et adultère – 1603   Ven 23 Mai 2014 - 15:35

Julien et Marguerite de Ravalet – inceste et adultère – 1603
8 septembre 1603. Ils s'aiment, font un enfant. Ils sont frère et sœur. Arrestation. Décapitation. La tragédie vécue par Julien de Ravalet et sa sœur Marguerite fait pleurer tout Paris. Henri IV refuse pourtant de les gracier.

Le 8 septembre 1603, Julien de Ravalet et sa soeur Marguerite sont arrêtés à Paris pour inceste et adultère, jetés au Châtelet, jugés, condamnés et décapités en place de Grève. Du beau travail, vite expédié. Ah, les salauds de gosses, à fricoter ensemble ! Igor et Grichka ont, semble-t-il, intérêt à se méfier...

Julien, 21 ans, et Marguerite, 17 ans, appartiennent à une fratrie de onze enfants d'un hobereau normand de bonne renommée, le seigneur de Tourlaville. Dans leur petite enfance, ils sont déjà inséparables. Ils s'aiment, ils se cajolent. On dirait François et Jean-François devant les caméras. Cet amour enfantin amuse la famille. Première rupture : à 12 ans, Julien part au collège loin de la maison pour trois ans. Leurs retrouvailles en 1598 sont charmantes. Ils tombent dans les bras l'un de l'autre, ils se font des papouilles, ils s'isolent dans le parc, ils se retrouvent dans la chambre de Marguerite. Julien et Marguerite sont tellement beaux qu'ils font l'admiration de tous. On les appelle le Beau Garçon et la Belle Demoiselle. Du reste, ils se ressemblent étrangement.

Mais cette proximité quasi amoureuse commence à gêner leur entourage. Il faut y mettre fin. Seule façon : la marier. Elle a 12 ans ? Et alors ? À l'époque, c'est un bon âge pour marier les jeunes filles. Au moins le mari est certain de recevoir du matériel neuf... Le problème, c'est que Marguerite a du caractère et refuse tous ses prétendants. Pas question d'abandonner le seul homme qu'elle aime, son petit Juju d'amour. "Tiens bon, chérie !" lui hurle Laeticia H. Les parents n'ont plus qu'une solution : éloigner ce dernier. Sur le conseil d'un oncle membre du clergé, il est envoyé au collège de Navarre, à Paris, pour poursuivre des études de théologie. En faire un curé ! À Paris, Julien entame une correspondance enfiévrée avec sa sœur, sûr qu'elle lui restera fidèle.


Mariage forcé

Mais comment résister à des parents qui, à l'époque, ont tous les droits sur leurs enfants ? La voilà contrainte d'épouser Jean Lefebvre, sieur de Hautpitois, riche receveur des tailles. C'est un "vieillard" de 45 ans, aussi souriant et aimable que Balladur un jour de cafard. Elle n'a que 13 ans le jour de ses noces en juin 1600. Aussitôt après, son époux l'emmène chez lui, à Valognes. Il consomme sans modération. Julien, qui est revenu de Paris pour assister au mariage, est mort de jalousie. Quelques semaines plus tard, n'y tenant plus, il rend visite aux nouveaux mariés. Son beau-frère l'accueille d'abord aimablement, mais, au fur et à mesure des semaines, constatant la très forte proximité du frère et de la sœur, il chasse Julien de chez lui.

En août 1601, Marguerite accouche d'une fillette née avant terme. Dès lors, les rapports entre les deux époux ne cessent de se dégrader. Jean se met à maltraiter Marguerite, l'insultant, la battant et la séquestrant. Celle-ci finit par s'enfuir pour trouver refuge chez ses parents à Tourlaville où Julien l'attend. Le frère et la soeur peuvent alors reprendre leur marivaudage. Un valet les surprend même au lit en train de se faire des mignardises. Madeleine, leur mère, appelle un soir Brigitte Lahaie sur RMC pour lui demander conseil. Mais l'ex-star du porno reste, pour une fois, sans voix.

Le mari cocu, qui ne s'est pas manifesté jusque-là, envoie une lettre aux parents qui accuse leurs enfants de double crime d'adultère et d'inceste. Ceux-ci nient formellement les faits, mais le 27 décembre 1602, Marguerite s'enfuit à Fougères où Julien la rejoint bientôt. Ils vivent comme un petit couple. Ils ne se cachent même pas, même si elle se déguise souvent en homme pour chevaucher avec Julien dans les campagnes voisines. Durant six mois, ils filent le parfait amour. Marguerite tombe de nouveau enceinte. Par peur que le mari ne finisse par enlever sa femme, ils partent se cacher à Paris à la fin du mois d'août 1603. Ils arrivent dans la capitale le mardi 7 septembre, faisant hôtel à part à titre de précaution. Marguerite s'installe à l'hôtel Saint-Leu, rue Saint-Denis, pas loin de l'église du même nom où ils comptent demander asile en cas de danger. Quant à Julien, il prend une chambre au Petit Panier, rue Tirechape. Peine perdue, le cocu, qui est déjà dans la capitale depuis quelques jours, repère Julien sortant de son hôtel, il se précipite alors au Châtelet pour déposer une plainte. Nous sommes le 8 septembre 1603. Le commissaire Cassebras suit le mari jusqu'à l'auberge avec son clerc, un huissier, un sergent et quatre archers. Ils surprennent Marguerite au lit, seule. Elle est conduite au Châtelet où, en raison de son rang, elle est enfermée non pas dans une basse-fosse, mais dans un appartement à l'étage. Julien est à son tour arrêté dans son auberge.
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À suivre…   Wink

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MessageSujet: Re: Julien et Marguerite de Ravalet – inceste et adultère – 1603   Ven 23 Mai 2014 - 15:36

Question ordinaire et extraordinaire

L'instruction commence le 11 septembre. Le juge demande à Marguerite le nom du père de l'enfant qu'elle porte depuis huit mois, car, lors de sa conception, elle avait déjà quitté le domicile conjugal. La malheureuse, ne pouvant nommer son frère, donne le premier nom qui lui passe par la tête : Johnny Depp. Comme personne ne la croit, elle cite Robert Agnès, un tailleur ambulant de sa personne. Il aurait abusé d'elle plusieurs fois dans la chênaie de Tourlaville. Aussitôt, le tribunal lance un mandat d'amener à son nom. Maintenant, qu'est-elle venue faire à Paris ? Elle prétend avoir obéi à une vocation religieuse, ignorant que son frère était également dans la capitale. Quant à Julien, il affirme être venu à Paris pour son plaisir et ses affaires, ignorant la présence de sa soeur. À l'accusation d'inceste de son beau-frère Lefebvre, il invoque la haine pour motif et n'avoue que quelques caresses légitimées par l'amour fraternel.

Le 19 septembre, l'instruction est close. Tous deux sont déclarés coupables. Entre le 20 et le 25 septembre, Marguerite accouche d'un petit garçon, aussitôt confié aux soins des catherinettes de Sainte-Opportune. L'opinion publique se met alors à plaindre les deux amants. Elle est attendrie par ces deux mignons tourtereaux et souhaite qu'ils échappent au bourreau. Enfin, le 5 novembre, les juges rendent leur sentence : Julien et Marguerite seront soumis à la question tant ordinaire qu'extraordinaire pour qu'ils avouent le crime d'inceste. La question ordinaire consiste à faire avaler de force dix pintes d'eau au patient, et l'extraordinaire double la dose. Aussitôt, les deux jeunes gens sont remis entre les mains du bourreau Jean-Guillaume, mais ils sont sauvés à la dernière seconde grâce au mari qui craint de les voir résister à la torture, car, dans ce cas-là, l'accusation d'inceste devra être abandonnée. Il fait appel de la sentence. Le lendemain, VSD publie des photos de l'accouchement de Marguerite.

Le procès en appel s'ouvre le 10 novembre, sous la présidence d'Édouard Molé. De nouveau, les deux jeunes gens sont interrogés, ainsi que le supposé tailleur violeur ramené de Normandie. Ce dernier explique qu'il ne peut pas être le père de l'enfant de Marguerite dans la mesure où, à l'époque de la conception, il était employé dans un château loin de Tourlaville. L'étau se resserre sur le frère et la soeur. Après maintes réflexions, le tribunal adopte l'arrêté suivant : "Supposant l'appel a minima du procureur général, au procès de Tourlaville frère et soeur, les condamner à estre decapitez en la Grève, priver la femme de ses conventions matrimoniales, les condamner tous deux en VIIIe livres parisis envers le Roy, pour Agnès l'absouldre avec despens dommages et interestz." Le père de Marguerite et de Julien se précipite au Louvre pour implorer leur grâce à Henri IV. Le roi de France compatit mais la refuse, prétextant que l'inceste et les autres crimes sont devenus trop fréquents et qu'il ne serait pas de bon exemple d'absoudre les deux jeunes gens. Alors le père tente de sauver au moins sa fille. Peine perdue. Henri IV consent uniquement à lui faire remettre les corps de ses enfants sans qu'ils soient exhibés au gibet de Montfaucon comme il est de coutume.


Les larmes du bourreau

À l'époque, la justice est expéditive. Dès le mardi 2 décembre, vers 11 heures, Julien et Marguerite sont amenés dans la chapelle de la Conciergerie pour y entendre le verdict délivré par le greffier. Ils protestent une dernière fois de leur innocence. Puis ils se confessent, sont absous. Marguerite déclare alors qu'elle seule est coupable, car ce sont ses baisers, ses assiduités, sa tyrannique tendresse qui ont envoûté, ensorcelé son frère. Elle promet de subir mille morts à condition que Julien soit sauvé. Mais rien à faire. Le bourreau leur lie les mains en s'excusant. Il les fait monter dans le tombereau entouré d'archers. Sur le chemin, le peuple parisien pleure leur martyre. Les femmes gémissent. Ils sont si jeunes, si beaux. Et, après tout, quelle famille n'a pas connu l'inceste ?

En pleurant, le bourreau fait monter Marguerite sur l'estrade où il lui délie les mains. Courageusement, elle s'agenouille, écarte le col de sa robe, enlève son collier. Mais quand Jean-Guillaume empoigne ses ciseaux pour lui couper les cheveux, elle le repousse fermement. Il s'éloigne, saisit sans qu'elle le voie la longue et lourde épée à un seul tranchant. Elle se bande les yeux avant de baisser la tête en prononçant les mots "in manus tuas, Domine". La lame s'élève et retombe à la vitesse de l'éclair. La tête tombe lentement sur le plateau. Maïté approuve le geste. Le sang gicle. La foule nombreuse pousse un long cri. Un valet qui découvre les jambes de Marguerite en repoussant son corps sans ménagement se fait souffleter par le bourreau. C'est au tour de Julien, qui refuse d'avoir les yeux bandés, mais laisse couper ses longues mèches de cheveux. Il s'agenouille et perd la tête à son tour. C'est fini. Les deux amants incestueux et adultères sont de nouveau ensemble, au paradis ou en enfer.

Leurs corps sont effectivement remis à leur père, qui les fait enterrer dans le cimetière de l'église Saint-Jean-en-Grève, toute proche. Leur pierre tombale reçoit l'épitaphe suivante : Ci-gisent le frère et la soeur. Passant ne t'informe point de la cause de leur mort, passe et prie Dieu pour leur âme...
Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos – Le Point

   

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