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 Désiré-Pierre Momble dit "Collignon la grenouille" - 1869

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MessageSujet: Désiré-Pierre Momble dit "Collignon la grenouille" - 1869   Sam 17 Mai 2014 - 0:47

Le double crime de Pierre Momble.

Mercredi, 14 juillet 1869. Première audience.

Quotidien Le Gaulois, du 16-07-1869.
(source : gallica.bnf.fr)

LE PALAIS
La vengeance de l’amant


Y aurait-il des noms prédestinés au crime ?
En vérité, on le croirait..
Jugez plutôt.

La Cour d'assises de la Seine jugeait aujourd'hui l'auteur présumé du double assassinat commis dernièrement à Saint-Denis.
Savez-vous comment s'appelle l'accusé ?
Collignon, nom célèbre dans les fastes judiciaires.
Les détails des faits qui lui étaient reprochés sont horribles. Ils sont ainsi résumés par l'acte d'accusation :

Dans la soirée du 7 mai dernier, le commissaire de police de Saint-Denis fut averti qu'un double assassinat avait été commis dans un logement dépendant de la maison du sieur Leroux, restaurateur, 6 rue Compoise. Ce logement consiste en deux pièces situées l'une au rez-de-chaussée, l'autre au premier étage et communiquant par un escalier commun à tous les locataires de la maison. Les parties des deux pièces étaient fermées.

Le commissaire de police, y ayant pénétré, découvrit, dans la pièce du rez-de-chaussée sur un lit de fer, le cadavre d'une femme âgée d'environ trente ans, revêtue d'une chemise, d’une camisole et d'un jupon. Près de ce cadavre, dans la ruelle du lit  se trouvait celui d'un enfant de onze ans, n'ayant d'autre vêtement qu'une chemise. Chacune des deux victimes avait le crâne fendu par deux coups da hache.

L'instrument du crime, taché de sang, était à la tête du lit. Des cheveux et des débris de matière cérébrale y adhéraient. Les cadavres, que recouvrait entièrement une pièce de cotonnade jaune, avaient été disposés de telle sorte que les blessures fussent aussi peu apparentes que possible. Dès le début de la procédures aucun doute n'a été possible, ni sur le nom de l'assassin, ni sur le mobile du crime.

L'accusé, Pierre Momble, dit Collignon, avait abandonné sa femme légitime pour vivre en concubinage avec une femme Gagnon qui de son côté, s'était séparée de son mari. Celle-ci gardait avec elle son fils Arthur, âgé de onze ans. Pierre a tué cette femme qu'il soupçonnait de lui être infidèle et a donné la mort à l'enfant couché près de sa mère, pour faire disparaître le seul témoin qui pût le compromettre.
Arrêté le 17 mai, il n'a pas nié sa culpabilité, qu'il avait avouée, le jour même du crime, à sa fille Marie-Louise; mais il prétend avoir cédé à un mouvement d'emportement et tous ses efforts tendent à faire disparaître la préméditation.

Pierre a habité successivement diverses communes du département de l'Aisne, la ville de Compiègne, et en dernier lieu Saint- Denis. Dans toutes ces localités, il a laissé la réputation d'un homme hypocrite, violent et dangereux. Il a subi neuf condamnations correctionnelles, dont une à une année d'emprisonnement pour rébellion. Sa moralité est déplorable.

En 1858, il a abusé de sa fille Marie-Louise qui a déclaré être accouchée en 1859 d’un enfant né des relations qu'elle avait eues avec son père. Il maltraitait fréquemment la femme Gagnon, qui le suivait dans ses diverses résidences, et c'est à la suite d'actes de brutalité commis publiquement par lui sur sa concubine, qu'il dut quitter la commune de Vally (Aisne)

Il arriva à Saint-Denis au commencement d'avril, accompagné de sa concubine, d'Arthur Gagnon et d'une nièce de la femme Gagnon, nommée Marie Lévesque. Ils s'installèrent dans le logement de la rue Compoise. La chambre du premier étage servait de chambre à coucher à Pierre, à la femme Gagnon et à son enfant. Marie-Louise couchait dans la pièce d'en bas, sur un lit de fer très étroit.

L'accusé, après avoir exercé pendant quelques jours sa profession de marinier, était entré, le 26 avril, dans l'usine de M. Coignet, fabricant de produits chimiques. Le jeudi 6 mai 1869, Pierre, la femme Gagnon et Marie Lévesque ont passé la soirée à un bal public de Saint Denis. Aucun symptôme d'irritation ne fut remarqué entra eux et, à minuit et demi, un des garçons du sieur Leroux, vit une lumière dans la chambre du rez-de-chaussée, et entendit la voix de Pierre. Son ton n'indiquait pas la colère.

Le vendredi 7, à quatre heures et demie du matin, la femme Gagnon, vêtue d'une camisole et d'un jupon, vint, suivant son habitude, réveiller, dans la chambre du rez-de-chaussée, Marie Lévesque, et, sur le conseil de cette dernière, elle se mit au lit pour se reposer. On entendait déjà Pierre marcher dans la chambre du premier étage.

Il est évident qu'après le départ de sa nièce, la femme Gagnon s'endormit. On suppose que l'enfant, qui avait couché en haut, s'étant réveillé, sera venu rejoindre sa mère et se sera également. endormi près d'elle. C'est à ce moment que l'accusé, s'introduisant près d'eux, les a frappés.

L'examen minutieux de la chambre et des cadavres n'a fait découvrir aucune trace de lutte, et les constations médicales ont démontré que les victimes avaient été frappées presque simultanément et dans leur sommeil. La mort avait dû être instantanée. Aucun bruit n'a été entendu des habitants de la maison. ·

Lorsque le crime a été consommé, Pierre a recouvert les cadavres, fermé les volets et est remonté puis il a quitté son logement en emportant les clefs. Avant de s'éloigner, il avait écrit deux déclarations qui ont été retrouvées sur la cheminée de sa chambre. L'une est sans importance, dans l'autre il prétend que la seule cause de son malheur est l'agent de police Luque, qu'il avait récemment surpris avec sa maîtresse. Ce fait n'a pu être vérifié, mais il est évident que, sous l'empire de la jalousie, Pierre, était résolu à se venger d'une femme qu'il soupçonnait de lui être infidèle.

La conduite et les propos qu'il a tenus après le crime démontrent qu'il n'a pas agi sous l'influence d'un accès de colère funeste. Son sang-froid est attesté par toutes ses démarches. Il est établi, en effet, qu'après avoir commis son double assassinat, Pierre a tranquillement réglé ses affaires et n'a songé qu'à se soustraire aux recherches de la justice.

M. l'avocat général Lepelletier est au banc du ministère public.
M° Alexandre Laya plaidera pour l'accusé.
L'audience a été remplie par l'audition des témoins.
A demain les plaidoiries.

LOUIS ARNOLD.
______________________

Jeudi, 15 juillet. Deuxième et dernière audience.

Quotidien Le Gaulois, du 17-07-1869.

Nous avons publié, hier, le résumé des faits épouvantables qui amenaient devant la Cour d'Assises l'accusé Momble, dit Collignon. Les débats de cette horrible affaire ont encore occupé toute l'audience d'aujourd'hui.

L'assassin de Saint-Denis (on ne donne plus d'autre nom au nouveau Collignon) est une sorte d'Hercule de cinquante ans, à la figure avinée et à l'expression sournoise et hypocrite. Il a été tour à tour braconnier, contrebandier, marinier, et dans ces différents états (si on peut ainsi dire) son caractère n'a cessé de se montrer vindicatif et de la dernière violence.

Plusieurs fois il a été frappé par la justice, et les renseignements  pris sur ses antécédents sont loin d'être favorables. Avant de vivre irrégulièrement avec la femme Gagnon, qu'il a si lâchement assassinée à coups de hache, ainsi que son jeune fils de onze ans, il habitait avec sa femme légitime. Dans un procès précédent, où il était poursuivi pour l'avoir frappée, cette dernière a fait de tristes révélations sur la conduite de son mari.

« Un jour, a-t-elle dit, mon mari ayant revu mes deux fils à la maison, furieux qu'ils fussent revenus après avoir été chassés par lui; il a saisi la tête de l'un et s'est mis à la frapper contre un mur. Je suis accourue pour le défendre alors il s’est jeté sur moi et m'a frappée. Nous avons été obligés de nous réfugier chez un voisin. »

Depuis lors, en effet, !a femme de Momble s'est séparée de lui. On voit que les violences qu'il exerçait dans son ménage, il ne les a que trop continuées à l'égard de sa maîtresse.
C'est après être rentré d'un bal public, où il avait été en compagnie de celle-ci qu'il a commis le double attentat qui lui est reproché.
L'accusé prétend qu'une discussion s'est élevée entre lui et la malheureuse victime qu'il lui aurait reproché son infidélité et que, transporté par un-accès de jalousie, il a saisi une hache, qui se trouvait dans la chambre, et a frappé d'abord la mère, puis l'enfant, qui dormait à ses cotés. Mais, il faut bien le dire, rien ne semble confirmer ce système.

Pour permettre de bien se rendre compte de la position des deux cadavres, il a été présente aux jurés un petit lit spécimen avec un matelas, dans lequel se trouvaient deux poupées à articulations et M. le docteur Bergeron, puis M. le commissaire de police de Saint-Denis, sont venus expliquer dans quelle attitude avait été trouvées les deux victimes.
Or il paraît à peu près certain qu'elles ont été frappées pendant leur sommeil. La hache, instrument du crime, figurait parmi les pièces à conviction elle est encore toute teinte de sang.
Une réponse de l'accusé a excité un frisson d'horreur.
Le président. — Après les coups portés, le crime accompli, qu'avez-vous fait ?
 
L'accusé. — J'ai retourné les cadavres, je les ai embrassés, j'ai fermé la porte et je suis parti.

N'est-il pas horrible, ce baiser de l'assassin, approchant ses lèvres des deux corps qu'il vient de rendre inanimés ! Comprend-on qu'une semblable idée puisse naître dans un cerveau sensé ? Au premier abord on est, en effet, tenté de se demander si le coupable jouit bien de la plénitude de ses facultés. A cet égard, le doute n'est malheureusement pas possible. Momble a tout discuté avec un calme extraordinaire; et si parfois il a eu l'air de verser des larmes, ces pleurs contrastaient singulièrement avec la froideur qu'il n'a cessé de manifester depuis son arrestation.

En voyant reparaître devant le jury le surnom de l'accusé, nous nous demandions, hier, s'il n'y avait pas des noms prédestinés au crime ? En présence de l'absence de sens moral, que les explications du coupable ont révélée à l'audience, nous sommes tenté, aujourd'hui, de nous demander s'il serait vrai qu'il y eût des natures fatalement prédestinées à l'assassinat ?

Les anciens le croyaient. Selon eux, certains hommes étaient, dès leur naissance, voués au mal. Les dieux infernaux soufflaient dans leur cœur les plus détestables pensées; leur inspiraient les plus ministres desseins et les précipitaient vers le meurtre quelques efforts qu'ils fissent, pour repousser cette mystérieuse et terrible étreinte.

J'avoue qu'il serait consolant de pouvoir le penser encore, quand on voit des monstres qui semblent n'avoir rien d'humain et qui ont tué sans paraître avoir conscience de l'énormité de leur faute !
M. l'avocat général Bergognié a demandé, au nom de la société, un grand exemple.
Me Laya, au nom de l'humanité, a sollicité des circonstances atténuantes.
Reconnu coupable, sans circonstances atténuantes, Momble a été condamné à la peine de mort.

LOUIS ARNOLD.

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MessageSujet: Re: Désiré-Pierre Momble dit "Collignon la grenouille" - 1869   Sam 17 Mai 2014 - 7:38

Les faits
Désiré-Pierre "Collignon la Grenouille" Momble 49 ans, ancien marinier. Ivre, tue le 7 mai 1869 rue Compoise à Saint-Denis Mme Padieux, épouse Gagnon, couturière, 32 ans, sa maîtresse et son fils Arthur, onze ans, à coups de hache.

Condamnation : 15 juillet 1869 ;

Exécution : Jeudi 5 août 1869, 4h59, Paris.

Réveillé à 4h30 par le prêtre. "Ah... je m'y attendais un peu... même beaucoup !" Remercie un gardien : "Tous vos collègues n'ont pas été pour moi aussi bons que vous. C'est égal, je vais mourir. C'est le sergent de ville qui en est cause, il a détourné ma femme, jusqu'alors fidèle à ses devoirs. C'est un coquin. Je lui en voudrai toujours ! Il a fait mon malheur." Conduit dans une cellule voisine, s'entretient avec l'abbé Croze pendant cinq minutes. Dans le vestibule, subit la toilette, se plaint que les liens de la camisole lui font mal. "Rendez-moi un dernier service, coupez-moi une longue mèche de mes cheveux et envoyez-la à mon frère." L'abbé obéit. Puis Momble demande à boire, et le prêtre sort de sa poche un flacon de vin, en remplit un verre qu'il tend à Momble, qui l'avale vite. "Ah, je regrette mon crime ! Oh ! L'agent de police ! Quel grand malheur !" Va à l'échafaud d'un bon pas, le visage légèrement penché vers le sol. Sur la plate-forme, s'adresse aux gens : "Adieu tout le monde !"

Source - Le site de Sylvain Larue / Nemo :
http://guillotine.voila.net/Palmares1832_1870.html

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MessageSujet: Exécution de Collignon 5 août 1869, Paris   Sam 17 Mai 2014 - 7:45







Le Petit Journal, n° 2 409 du 6 août 1869

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MessageSujet: Re: Désiré-Pierre Momble dit "Collignon la grenouille" - 1869   Sam 17 Mai 2014 - 11:03

COUR D'ASSISES DE LA SEINE

Présidence de M. le conseiller Camusat-Busserolles
__________________________________________

LE DRAME DE SAINT-DENIS
Audience du 14 juillet 1869

DOUBLE ASSASSINAT — AMANT JALOUX — DÉTAILS
HORRIBLES ET CURIEUX.


L'accusé Pierre Momble, dit Collignon, est introduit à dix heures et demie.

C'est un homme gros et gras, vêtu comme un ouvrier. Sa physionomie est assez curieuse et mérite d'être crayonnée.
Cheveux noirs, longs et frisés, régulièrement peignés et partagés sur le côté droit par une raie, front bas, sourcils relevés et mouvants, yeux clairs, noyés dans des paupières épaisses, nez pointu et bouche mince, encadrés dans des joues larges et grosses, visage complètement rasé, teint coloré, tête ronde, en somme une véritable tête féminine, une tête de femme vieille; tel est le portrait de l'accusé. Il est âgé de quarante-neuf ans.

Pierre Momble porte un surnom bien singulier, c'est le troisième Collignon qui comparait devant la Cour d'assises. On se souvient que Collignon, le second de ce nom, fut condamné à mort.
Les jurés et la cour entrent en séance. M. le greffier Blondeau donne lecture de l'acte d'accusation.
M. l'avocat général Bergognié prend place au siège du ministère public. Me Alexandre Laya s'asseoit au banc de la défense.

INTERROGATOIRE

M. le président commence par rappeler ce qu'a été Pierre Momble dans le passé. Ce passé est passablement chargé et Pierre possède une longue page au casier judiciaire.

D. — Vous avez été condamné souvent, dit M. le président une première fois en 1852 pour braconnage, c'est le braconnage qui souvent sert d'apprentissage pour le crime.
La condamnation de 1852 se répète en 1853 et 54. En 1855, nous trouvons une condamnation plus grave : vous subissez un an de prison pour rébellion. Vous faisiez la contrebande du tabac, vous êtes surpris par un douanier, une lutte s'engage entre vous et lui et ce n'était pas lui qui était l'agresseur. Vous êtes détenu à Laon et pendant votre détention vous subissez une nouvelle condamnation de huit mois de prison pour vol de vin.

R. — Non, ce n'est pas moi qui avais volé du vin.

Le président. — Ce n'était pas vous ! bien…« vous étiez complice et vous deviez profiter du vol — Enfin, vous avez encore subi deux condamnations pour coups et sévices envers votre femme. La façon dont vous avez vécu avec votre femme accuse votre férocité et fait déjà pressentir les extrémités auxquelles vous avez fini par arriver.

L’accusé. — Je n'ai jamais fait preuve de férocité envers ma femme.

Le président. — Vous rentrez chez vous un soir et vous trouvez couchés dans la chambre de votre femme vos deux fils, l'un était âgé de quinze ans, l'autre de treize. Ils avaient été chassés de la maison par vous. Furieux de voir leur mère les accueillir, vous saisissez un de vos enfants, le plus jeune, et le jetiez, contre le mur la tête la première. puis une lutte s'engage avec votre femme. Elle fuit, vous courez après elle, et la ramenez en la traînant par les cheveux. Enfin, dit votre femme, mes enfants et moi nous nous réfugions cher un voisin.

Trois mois avant cette scène, vous aviez pris des mains de sa mère votre plus jeune enfant, âgé de trois mois, et vous menaciez de jeter l'innocent par la fenêtre. Votre femme était rangée, laborieuse et ce ne sont que vos mauvais traitements, votre abandon, qui l'ont forcée à chercher ailleurs le calme. La famille est restée à sa charge.                                            
M. le président. — Enfin, et c'est horrible dire, votre femme vous quitte non seulement à cause des mauvais traitements qu'elle subit, mais encore poussée par le dégoût que lui inspire votre conduite. Vous avez été père incestueux.

Momble. — C'est faux.

M. le président. — Vous avez été aussi violent avec la femme Gagnon qu'avec votre épouse. Une première fois vous vous séparez. Vous quittez la femme Gagnon pour une fille Oriot. Cette dernière ne peut se faire à vos mauvais traitements et vous quitte. C'est alors que vous allez vous établir à Vailly.
La femme Gagnon revient à vous et vous venez vous établir à Saint-Denis. Vous avez laissé à Vailly la plus déplorable réputation. M le juge de paix a informé le parquet et dit qu'il proteste énergiquement contre une certaine version, qui vous prêtait un caractère doux et inoffensif. La population de Vailly ne craint pas de vous accuser comme étant l'auteur présumable de certains crimes dont les auteurs sont restés inconnus. Enfin et pour se résumer, M. le juge de paix ajoute « On le croit capable de tout. »
L'accusé proteste contre toutes ces accusations.

D. A quelle époque êtes-vous venu à Saint- Denis ?

R. Dans les premiers jours d'avril.

D. Vous ameniez avec vous la femme Gagnon, sa nièce, la fille Lévesque, âgée de 19 ans, et son fils, de 9 à 10 ans.

M. le président ajoute que pendant les six semaines que Pierre Momble a demeuré à Saint-Denis avec la femme Gagnon, personne n'a été témoin de scènes de violences et qu'on n'a pu supposer qu'il eût des motifs d'animosité.
La-dessus, l'accusé s'engage dans un interminable récit, dans lequel sonne souvent le nom d'un sieur Luque, agent de police, et où scintillent, comme sur un comptoir de marchand de vin, des verres de bière et toutes sortes de liqueurs.

Le président laisse l’accusé parler, puis il résume :
Quand nous aurons fait abstraction de tous les gros verres de bière et de tous les petits verres de liqueurs que vous avez absorbés, il restera ceci que vous auriez surpris Luque appuyant son pied sur celui de la femme Gagnon, et qu’une autre fois vous les auriez vus, l'un et l'autre, échangeant une caresse dans un corridor.
D. — Vous n'aviez pas d'autres raisons de les croire coupables ?

R. Le mardi, après le dimanche où je les avais surpris s'embrassant ; j'ai fait comme si je me rendais au travail et je suis revenu dans la journée à la maison. Toutes les portes étaient fermées. J'ai enlevé mes souliers je suis monté, j'ai regardé par le trou de la serrure. Je n'ai rien vu, rien entendu : seulement, le soir quand je suis revenu, elle m'a dit quelle n'était pas sortie de la journée. Comment se fait-il alors que tout fût fermé ?
Elle m’a dit aussi que M. Luque était venu pour lui prêter un livre. Tout cela n'était pas clair.
Je me suis fâché, j'ai interrogé et elle a fini par avouer.


D. Et la veille du 7 mai, vous êtes allé au bal ?

R — Je ne voulais pas y aller, mais elle et sa nièce s'étaient préparées pour s'y rendre, et elle tint bon Je ne voulais pas absolument. Elle répondit : qu'elle n'était pas mariée et qu'elle était libre d'agir a sa guise. Enfin, elle et sa nièce allèrent au bal ; moi, je les suivis. Je n'avais pas d’argent et j'empruntai 50 centimes pour payer mon entrée. Au bal, je vis Luque qui causait  avec elle.

J’allais à elle et elle répondit à mes observations : qu'elle était libre de faire ce qu'elle voulait… Elle est sortie du bal avec sa nièce et je suis revenu seul à la maison. Ce soir-là je suis monté seul au premier, et la femme Gagnon a couché au rez-de-chaussée avec sa nièce et son fils. Le matin je me suis levé tout contrarié et je suis descendu…Là, j'ai dit à la femme Gagnon qu'elle n'avait qu'à chercher un logement et quitter le mien au plus vite. Nous nous sommes querellés, et c'est alors que… malheureusement, cette petite hache…
(l'accusé se cache le visage dans son mouchoir).

M. le président. — Vous vous êtes querellés, mais la malheureuse a été retrouvée dans une position à ne pas faire douter qu'elle avait frappée pendant son sommeil.

R. — C’est faux. Elle était levée et mettait son jupon. Je lui ai dit  : Voilà comme tu me traites, tu vas avec Luque, tu me trompes, moi qui t'ai reprise alors que tu avais tout vendu. Tu te traînais à mes genoux, et si tu as eu quelques beaux jours, tu ne le dois qu'à mon bon cœur.
                                                                                                                                 
D. Vous vous disputiez !… Un témoin qui a passé par là après minuit, vous a entendu !  vous n'aviez pas la voix d'un homme en colère.

Si on a entendu quelqu'un, ce n'était pas moi, c’était Luque.

D. A six heures et demie, vous êtes allé chez Mérot et avez porté des jupes à votre fille; à sept heures, vous avez touché chez M. Cogniet 23 fr. qui vous étaient dus ; à neuf heures, vous avez pris chez Merot un verre de vin et un potage que vous avez mangé de bon appétit ; de là, vous vous êtes rendu chez la femme Laurence La Rue, là encore vous avez pris un verre d'eau-de-vie. Vous avez dit « Ma femme me donne des sujet de mécontentement, il me faudra la quitter encore Je finirai par la tuer. » Pourquoi avez vous dit cela ?

— R. — Je n'en sais rien.
                                                           
D. — Vous avez aussi porté à dîner à la fille Lévesque. La femme Gagnon lui portait chaque jour à manger. Comme la fille Lévesque serai revenue si on ne lui eût porté son dîner, vous avez pris la précaution de faire la course vous-même. Puis vous avez vu votre fille à la fabrique où elle travaille… Vous lui avez remis votre montre et vous lui avez avoué votre crime.
Vers midi, vous vous êtes rencontré avec Chevillard, qui vit maritalement avec votre fille…vous a accompagné au chemin de fer, et chemin faisant vous vous êtes arrêtés chez le marchand de vin : Paye chopine, avez-vous dit, et je payerai chopine à mon tour. » Voilà les graves préoccupations qui vous assiègent… Paye chopine et je payerai chopine à mon tour !  Vous prenez le chemin de fer et vous allez ?

R. — Dans mon pays.

D. — Là, on vous a arrêté ?

R. — Je ne voulais pas y demeurer et je me disposais à revenir.
                                                                                                                               
D. — Pourquoi faire ?

R. —Je voulais me jeter à l'eau.
                                                                                                                                 
D. — Pas n'était besoin de revenir à Saint-Denis pour cela !

R. —Je voulais mourir là, pour reposer dans la même terre que l'infortunée.
                                                                                                                             
M. le président. — J'admire cette sensibilité.
Me Lava demande à ce qu'on représente les deux écrits laissés par Pierre avant son départ et retrouvés par le commissaire de police. L'un de ces écrits dénonce Luque comme sujet de ses malheurs; l’autre est un testament par lequel Pierre Momble laisse tout et qu'il possède à ses filles.

L’interrogatoire est terminé. On passe à l'audition des témoins.

AUDITION DES TÉMOINS

Le premier témoin entendu est M. Berlioz, commissaire de police à Saint-Denis, qui redit les faits relatés dans l'acte d'accusation et l'interrogatoire.
L'audition des témoins n'apporte aucun fait nouveau au procès. Ils répètent ce que nous savons déjà. Les uns font connaître les précédents de l'accusé qui sont ceux relevés par M. le président, les autres racontent ce qui s'est dit ou fait avant et après le crime, comme M. le président encore l'a relevé.

Un incident se produit pendant l'audition de M. le docteur Bergeron qui, en collaboration avec M. le docteur Tardieu, a fait un rapport qui conclut à dire que la femme Gagnon a été frappée, non pas en étant debout, mais en étant couchée.
Me Laya cherche à démontrer le contraire ; mais il ne parvient pas à faire changer d'avis M. Bergeron.

La fille Lévesque — arrêtée ces jours passés sous prévention de vol et actuellement consignée au dépôt de la Préfecture — est le type accompli de la fille de barrières. Elle donne un échantillon de ce qu'est le monde auquel appartiennent l'accusé et sa victime.
Une déposition navrante (mais impossible à reproduire) est celle de la fille de Pierre Momble. Nous sommes ici en pleine débauche, en pleine misère.
Quel monde !…mon Dieu ! quel monde…

L'accusé, lui, donne la véritable note de ce monde particulier. Quand Chevillard, l'homme qui vit maritalement avec Marie-Louise, dépose, Pierre Momble l'interrompt, pour dire :
Tout ça… c'est canaille et compagnie… Ils se donnent tous la main… et ne viennent ici que pour gagnez les 40 sous qu'on leur donne.

L'entrée de l'agent Luque excite la curiosité de l'auditoire. C'est un grand gaillard, à l'allure décidée, et qui porte le costume civil avec cette crânerie et cette raideur qui dénoncent l'ancien militaire. — On nous assure que cet agent est la terreur des malfaiteurs et qu'il est ici à à Saint-Denis pour ses hauts faits de policier émérite.

Une vive dispute s'élève entre ce témoin et l'accusé. Le témoin se défend contre les insinuations de Pierre Momble, qui aurait assassiné la femme Gagnon poussé par le démon de la jalousie et pour se venger des préférences à lui accordées.
Nos relations, dit-il, sont nées par suite des services qu'il a eu à me demander et que j'ai eu l’occasion de lui rendre. Il prétend avoir tué sa femme par jalousie de moi, et le 7 mai, après le crime, vers onze heures, il m'a rencontré et, comme d'habitude, il m'a donné une poignée de main.

Pierre Momble  — C’est faux.
On rappelle Chevillard, qui s’est trouvé dans la rue au moment de cette rencontre et celui-ci atteste ce que dit l'agent Luque.

L'audition des témoins à charge terminée, on renvoie à demain l'audition des témoins à décharge.

L'audience est levée à 4 heures. — SAINT-YVES

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MessageSujet: Re: Désiré-Pierre Momble dit "Collignon la grenouille" - 1869   Sam 17 Mai 2014 - 11:15

C'est drôle ! J'avais commencé l'affaire Momble et vous vous dépêchez d'intercaler vos posts Madame l'administratrice.
Chacun jugera.
mercattore.
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MessageSujet: Re: Désiré-Pierre Momble dit "Collignon la grenouille" - 1869   Sam 17 Mai 2014 - 14:17

Je ne souhaite perdre ni mon temps, ni mon énergie à répondre à vos attaques mais le rappel de deux principes de base s’impose :

1- Au cas où, malgré votre ancienneté sur le forum (1) vous l’ignoreriez, LE FORUM EST UN ESPACE DE D’ÉCHANGES ET DE DISCUSSION ET NON UNE TRIBUNE RÉSERVÉE A VOTRE SEUL USAGE.

2- Dès lors qu’un sujet est ouvert, chacun peut en débattre. Cela vous indispose, mais c’est ainsi.

(1) entrecoupée il est vrai par vos inscriptions / désinscriptions.

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MessageSujet: Re: Désiré-Pierre Momble dit "Collignon la grenouille" - 1869   Sam 17 Mai 2014 - 15:02

Pierre Momble, condamné à mort avant-hier par la Cour d'assises de la Seine, pour crime d'assassinat, s'est pourvu en cassation hier matin contre cet arrêt.
Momble a été transféré au dépôt des condamnés à mort à la Roquette.


Journal des débats politiques et littéraires, 19 juillet 1869



La Cour de cassation a, dans son audience de ce jour, rejeté le pourvoi formé par Pierre Momble, condamné à la peine de mort par la Cour d'assises de la Seine pour avoir commis à Saint-Denis un double assassinat.

Journal des débats politiques et littéraires, 30 juillet 1869



Nous trouvons dans Le Peuple Français à propos de l'exécution de Pierre Momble, les détails suivans sur le cimetière d'Ivry, où sont déposes les suppliciés :
« Au fond du cimetière parisien d'Ivry, on aperçoit un vaste enclos un peu moins étendu que le premier. Dans celui-là, pas un monument funèbre, pas un arbre, pas un cyprès.
Sur un des côtés seulement, quelques rangées de tombes surmontées de croix en bois noir. Cela s'appelle le Champ-de-navets.
» C'est là, dans ce second cimetière, que sont inhumés les criminels dont le couteau de la guillotine a tranché la tête.
» Une partie de cette nécropole, celle ou se remarquent les croix de bois, est réservée aux fous qui meurent à l'hôpital de Bicêtre. Au fond, tout à fait au fond, sont ensevelis les suppliciés.
» Les assassins à côté des fous !
» Le sol est inculte, raboteux, bossué, couvert de hautes herbes, et rien n'indique que là reposent les grands révoltés de la société ; les fosses dans lesquelles on les a jetés n'ont laissé à la surface du terrain qu'une sorte de bourrelet sur lequel les plantes sauvages poussent.
» Voici comment on procède à l'inhumation du supplicié :
» On commence, ce qui est de tradition, par déposer la tête sur le bord de la fosse puis on enlève au cadavre les entraves qu'il avait aux jambes, les cordes dont ses poignets étaient ; serrés on le place tout habillé dans la bière.
» Et la tête ? Oh ! la tête ; eh bien ! on la met entre les jambes du mort. - Ceci est encore une tradition.
» Mais pourquoi les décapités dorment-ils dans leur fosse du Champ-de-navets avec leur tête coupée entre les jambes ? Demandez à la tradition. »


Journal des débats politiques et littéraires, 11 août 1869

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MessageSujet: Pour Momble de malheur   Ven 4 Juil 2014 - 14:54

Les habitués des carrières d'Amérique ont ajouté à leur argot une nouvelle locution depuis l'exécution dernière, ils ne disent plus que « pour Momble de malheur. »

Le Gaulois, n° 414 du 23 août 1869

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MessageSujet: Re: Désiré-Pierre Momble dit "Collignon la grenouille" - 1869   Jeu 21 Aoû 2014 - 15:59

On a découvert également, après l'autopsie, que Momble avait la dure-mère adhérente à la boîte osseuse, ce qui est un signe d'aliénation caractérisée.

Le Gaulois, n° 3 056 du 3 mars 1877

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MessageSujet: Re: Désiré-Pierre Momble dit "Collignon la grenouille" - 1869   Mer 8 Oct 2014 - 14:18



Article du 27 mai 1869

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MessageSujet: Re: Désiré-Pierre Momble dit "Collignon la grenouille" - 1869   Sam 29 Aoû 2015 - 17:26



G. Macé - "Mon musée criminel", p. 235

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MessageSujet: Re: Désiré-Pierre Momble dit "Collignon la grenouille" - 1869   Sam 29 Aoû 2015 - 19:00

Drôle de "cadeau" non ?
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MessageSujet: Re: Désiré-Pierre Momble dit "Collignon la grenouille" - 1869   

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