La Veuve

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 Paul Gaspard – Henri Mayer / Meyer- 1885

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Adelayde
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MessageSujet: Paul Gaspard – Henri Mayer / Meyer- 1885   Mer 15 Jan 2014 - 18:12


Paul Gaspard – Henri Mayer




Paul Gaspard - une photo de Testou





Henri Mayer - une photo de Testou


Les faits
Gaspard, 22 ans. Dans la nuit du 21 au 22 février 1885, assassine de 42 coups de ciseaux le père Delaunay, 74 ans, menuisier, 70, rue d'Angoulême, pour le voler. Son complice Mayer, 21 ans, condamné à mort lui aussi, est gracié.

Condamnations : 20 juin 1885 ;
Exécution : 10 août 1885.


Source – le site de Nemo – Sylvain Larue :
http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html








Le Petit Journal, n° 8 264 du 11 août 1885

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Dernière édition par Adelayde le Ven 7 Fév 2014 - 15:16, édité 1 fois (Raison : Mayer / Meyer)
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MessageSujet: Re: Paul Gaspard – Henri Mayer / Meyer- 1885   Mer 15 Jan 2014 - 22:51

Le Petit Journal, dans son numéro 8 265 du 12 août 1885, a publié un long article à l’occasion de la double exécution de Paul Gaspard et Charles Marchandon :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k608759q/f2.image.langFR
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k608759q/f3.image.langFR

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MessageSujet: Le récit de l'exécution par l'abbé faure   Mer 29 Jan 2014 - 14:25

UNE DOUBLE EXÉCUTION — GASPARD ET MARCHANDON
Dans la journée du dimanche 9 août, les ordres étaient envoyés du parquet criminel pour la double exécution du lendemain. Depuis l'exécution des assassins Barré et Lebiez, le 7 septembre 1878, c'était la première fois que deux condamnés devaient subir la peine capitale à Paris le même jour. Aussi les mesures avaient été prises en conséquence pour la double expiation.

Je m'attendais depuis quelque temps à cette éventualité. Aussi avais-je prié mon collègue de la Petite-Roquette de me prêter son concours pour assister un des deux condamnés. M. l'abbé Scalla ne m'avait pas refusé son ministère, et nous attendions le moment avec anxiété.




Vers six heures du soir, le surveillant Chevalier m'apportait deux lettres de M. le procureur général. L'une m'était personnelle : je devais assister Gaspard ; l'autre était destinée à mon confrère : il aurait à accompagner Marchandon.
M. le directeur me faisait prier en même temps de venir m'entendre avec lui pour les détails de la triste cérémonie.

A neuf heures, j'étais à la prison. M. Beauquesne me dit alors ce qui avait été décidé par M. le procureur général. Comme les deux condamnés n'étaient pas des complices, et qu'ils avaient commis deux crimes complètement distincts, les deux exécutions seraient distinctes aussi : de telle sorte que Marchandon ne serait réveillé que lorsque Gaspard aurait payé sa dette à la justice.

Je me rendis alors chez M. l'abbé Scalla, je lui donnai des instructions relatives à sa pénible mission, et nous passâmes ensemble la veillée des morts. De temps en temps nous regardions sur la place les préparatifs du drame. Nous vîmes arriver successivement les gardes de Paris à pied et à cheval, les gendarmes qui faisaient face au lieu du supplice, et la foule qui grossissait de plus en plus.

Vers deux heures et demie, deux fourgons partis de la rue Folie-Regnault, arrivaient sur la place de la Roquette. Ils se rangent à gauche de la porte de la prison. L'exécuteur et ses aides sortent une à une les pièces de la guillotine ; et le funèbre travail commence aussitôt.
Une heure plus tard, la sinistre besogne était terminée. M. Deibler s'assure que le terrible couperet glisse bien dans ses rainures, et bientôt lui et ses quatre aides pénètrent dans la prison. Ils y avaient été précédés par tous les fonctionnaires civils et judiciaires requis par la loi.
Les deux aumôniers entrent à leur tour, et nous attendons l'heure voulue pour le réveil du premier condamné.

A quatre heures vingt minutes, M. le directeur donne le signal ; et nous nous dirigeons, non pas vers le quartier des condamnés à mort, mais vers le premier étage de la deuxième division. Pour éviter une terrible émotion à Marchandon par le réveil de Gaspard, on avait transféré celui-ci la veille, ce qui lui avait laissé un instant une illusion sur le sort qui lui était réservé.

Aussi quelle épouvante ! Quel effarement, quand, d'une voix émue, le fonctionnaire lui apprend la terrible nouvelle ! La première pensée du misérable est de s'enquérir si Mayer, son complice, doit subir le môme sort. Devant le silence du directeur, il s'adresse à moi : « — Et Mayer va-t-il y passer aussi ? Monsieur l'aumônier. — Mon ami, les minutes sont trop précieuses pour penser à d'autres qu'à vous-même. — Mais c'est une infamie ! Mayer est plus coupable que moi !... » Une scène horrible se produit alors : le malheureux s'agite désespérément sur sa couche, rejette violemment ses couvertures, pousse des cris inarticulés. Je demande alors à être seul avec lui. M. le directeur s'y oppose d'abord, craignant des violences ; on parle même d'employer la camisole de force. Mais j'insiste. Je fais asseoir Gaspard sur son lit, je l'aide à passer ses chaussettes, son pantalon, ses bottines ; et le prenant entre les bras, j'évoque la pensée de sa mère et de sa sœur, qui trouveront dans sa résignation chrétienne un immense soulagement à leur douleur.

L'infortuné se calme. Je lui donne un cordial. Il écoute avec respect mes exhortations, me fait ses suprêmes recommandations pour ceux qu'il aime, et me fait enfin ses confidences intimes. . . . . . . . . .

Après quelques minutes d'entretien, j'ouvre la porte, et j'avertis qu'on peut se mettre en marche. Nous arrivons à la salle de la toilette. Les aides font leur triste office sans que le patient oppose la moindre résistance Quand ses mains sont liées, il demande la permission d'écrire à sa mère. On lui répond que c'est impossible, qu'il est trop tard.
Voyant son chagrin de se voir refuser cette dernière faveur, je lui dis doucement que je me charge de porter à sa mère ses dernières paroles et sa suprême pensée. Il me remercie et ne dit plus rien.

On part pour le supplice : je soutiens le malheureux. Nous sommes devant la guillotine. J'embrasse Gaspard au nom de sa mère. Il baise ardemment le crucifix. Il est poussé sous la lunette. Le couteau s'abat... Le corps roule dans le panier, la tête va l'y rejoindre. La bascule ruisselle de sang.

Les fonctionnaires rentrent dans la prison pour le réveil du second condamné. Ma tâche est remplie. Je reste sur place. Les exécuteurs essuient et lavent à grande eau la machine ensanglantée, en remontent le couperet. J'attends l'apparition du second cortège, pour embrasser Marchandon au moment suprême. Tout est prêt pour un nouveau drame. Tout à coup, un surveillant vient à moi, et, devant la foule haletante et terrifiée, il s'écrie : « Monsieur l'aumônier ! Venez vite, Marchandon vous réclame ! »
Je me rends tout ému à cet appel, je refais le lugubre voyage à travers les ateliers silencieux. Je trouve le condamné écoutant les exhortations du prêtre ; mais, à ma vue, il se détourne de mon collègue et, malgré les insistances de celui-ci, il demande à rester seul avec moi.
Pendant quarante jours, je lui avais prodigué mes soins et donné les preuves du plus entier dévouement, j'étais le confident de tous ses secrets, de toutes ses affections. Il ne paraîtra étrange à personne qu'il désirât ma présence, quelque grande que put être la charité de mon suppléant au moment suprême.
Avec un sang-froid remarquable, mon pauvre Charles me remet quatre lettres écrites dans la nuit précédente (il avait eu le pressentiment de la triste vérité), il me remet les lettres reçues pendant son séjour à la Roquette, en me priant de les faire parvenir à leurs signataires, me parle d'une photographie que M. le directeur voudra bien me rendre. Je lui donne l'assurance que ses intentions seront scrupuleusement remplies. Il me fait alors certaines communications intimes, et nous nous rendons à l'avant-greffe. Il subit avec résignation, et sans prononcer une parole, les apprêts du supplice. Son beau visage s éclaire parfois d'un air de soumission parfaite à la volonté divine. Les deux prêtres le soutiennent à droite et à gauche, il les embrasse tous deux ; il presse ses lèvres sur Je crucifix et s'abandonne aux exécuteurs...

Le cadavre va rejoindre dans le sinistre panier rouge celui de son compagnon do supplice. Nous remontons en voiture ; et, une demi-heure plus tard, nous arrivons au cimetière d’Ivry. Un incident lugubre se produit alors. Les deux cercueils sont de dimensions insuffisantes pour les corps de ces deux jeunes hommes de vingt-deux ans. Les fossoyeurs sont obligés de couper les cordes qui attachent les bras et les mains et de tasser les cadavres avant de clouer les bières.

J'avais revêtu en route le surplis et l'étole noire, je récite à haute voix les dernières prières ; et, pendant que la Faculté de médecine s'empare des corps, je pars avec M. l'abbé Scalla ; et, à sept heures, je célébrais à Saint-Pierre du Gros-Caillou la sainte messe pour les deux infortunés. . . . . . . . . .

Le lendemain, j'allais remplir auprès des familles Gaspard et Marchandon l'émouvante mission qui m'avait été confiée.
Le portrait de Melle Jane B... m'a été rendu par M. le directeur. La destinataire étant partie pour Varsovie l'avant-veille de l'exécution, je me réserve de le lui remettre à son retour, ainsi que les lettres qui m'ont été remises.


Souvenirs de la Roquette : au pied de l'échafaud par l'abbé Faure, 1896

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MessageSujet: Re: Paul Gaspard – Henri Mayer / Meyer- 1885   Ven 7 Fév 2014 - 15:14




Une cellule à la Roquette - dessin d’Henry Mayer

Source : Collection du Musée national des prisons

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MessageSujet: Re: Paul Gaspard – Henri Mayer / Meyer- 1885   

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