La Veuve

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 Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844

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Bardamu
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MessageSujet: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   Ven 6 Déc 2013 - 10:49

Voilà le texte que j'ai reçu de Nemo, à peine 8 heures après l'envoie de ma demande de renseignements...Chapeau!
je n'ai pas pu mettre la photo du crane de Druon, atterri chez moi par je ne sais plus quel hasard (mes études, peut-etre où je devais apprendre les os du crane..!) Il y a donc un lien qui va suivre. Amitiés à tous et encore merci à Nemo
" Il s'appelait Louis Joseph Druon, avait 22 ans à sa mort. Il était journalier, et avait passé toute sa vie dans le Nord, son département natal. Voleur, sans doute : avant ses 20 ans, il s'était retrouvé enfermé derrière les barreaux de l'abbaye-prison de Loos. Pour son plus grand malheur.

Le 25 novembre 1843, un incendie prend dans le quartier disciplinaire de la prison de Loos : le sinistre est sans gravité, et rapidement circonscrit. On accuse trois hommes, alors enfermés dans ce même quartier, d'en avoir été les auteurs : Druon, mais aussi deux Parisiens, Adolphe Friedlander, 26 ans, ébéniste, et Jean Prosper Colin, 28 ans, couvreur.
Colin semble être le responsable, tout simplement car il est déjà en prison pour des faits similaires : attardé mental, c'est un pyromane-né. S'il est à l'isolement, c'est qu'il est allé jusqu'à mettre le feu à l'atelier de la prison !
Mais dans le cas des deux autres, ce n'est pas pareil.
Friedlander et Druon ont contre eux le fait d'être des détenus rebelles. Ils ont déjà comparu devant les assises du Nord en août-septembre 1842 pour avoir, lors d'une révolte, tenté d'assassiner deux co-détenus qui jouaient les indicateurs auprès des gardiens, et blessé le docteur. Accusation grave, certes, mais le procès fut l'occasion d'évoquer le cas des châtiments corporels en prison : de là partait toute la révolte, tant ces punitions s'apparentant à de la torture (les prisonniers étaient parfois crucifiés trois jours durant - avec des cordes, pas des clous, mais quand même). Druon ne le cachait pas : c'est parce qu'il savait qu'il devait subir une fois encore cette géhenne qu'il avait lancé la révolte.
Mais la justice ne fut pas de son côté, et le verdict sévère. Perpétuité pour Friedlander, dix ans de travaux forcés pour Druon.
Comble de tout, une loi, votée quelques semaines auparavant en juin 1842, précisait que les détenus rétifs devaient subir leur peine sur le théâtre-même de leurs exploits, à charge pour l'administration pénitentiaire de faire de leur séjour un enfer en leur infligeant les plus lourds travaux. Evidemment, les gardiens dénoncés se firent une joie de suivre le règlement. Friedlander et Druon se trouvaient donc au quartier disciplinaire de Loos pour cette raison.

Or, et c'est bien là le hic, c'est qu'il semble donc très net que seul Colin, en proie à ses démons, ait mis le feu à la prison... On s'est arrangé juste pour impliquer Druon et Friedlander, détenus "ingérables", c'est-à-dire pas assez dociles pour laisser continuer les comportements indignes de leurs gardiens sans faire de scandale.

Le 6 février 1844, les trois hommes sont condamnés à mort par la cour d'assises du Nord - un incendie volontaire d'un lieu habité étant jusqu'au début du XXe siècle un crime capital -, et enfermés à Douai jusqu'au 19 février, date à laquelle ils sont ramenés à Loos, toujours au quartier disciplinaire, afin d'y attendre la décision royale.

Le 8 mars, leur pourvoi est rejeté par la Cour de cassation.

Le samedi 20 avril, les trois hommes sont réveillés à l'aube. Friedlander était seul à avoir deviné, la veille, l'imminence de leur fin, suite à deux visites trop rapprochées de l'aumônier de Lille. Il avait même houspillé Colin qui chantait insouciant dans sa cellule voisine : "Tu ne chanteras plus, demain !" Deferrés, leur toilette a lieu dans la cour de la prison. Druon demande à embrasser les exécuteurs, et les trois hommes franchissent l'un derrière l'autre la porte monumentale pour arriver sur l'esplanade de l'abbaye, accompagnés des prêtres. Après une brève génuflexion devant l'échafaud, Friedlander grimpe les marches le premier, et sur la plate-forme, regardant la foule - environ 2000 spectateurs -, dit : "Priez pour moi !" Il est 8h20. Druon embrasse une fois encore les bourreaux, puis clame quelques phrases de repentir, espérant que sa mort sera un exemple, avant d'âtre basculé. Colin passe le dernier, aussi ferme que ses complices. Il hurle "Marie !" quand on le pousse sur la machine et n'a pas le temps de recommencer que déjà le couperet s'abat. En moins de dix minutes, tout est fini."Il s'appelait Louis Joseph Druon, avait 22 ans à sa mort. Il était journalier, et avait passé toute sa vie dans le Nord, son département natal. Voleur, sans doute : avant ses 20 ans, il s'était retrouvé enfermé derrière les barreaux de l'abbaye-prison de Loos. Pour son plus grand malheur.

Le 25 novembre 1843, un incendie prend dans le quartier disciplinaire de la prison de Loos : le sinistre est sans gravité, et rapidement circonscrit. On accuse trois hommes, alors enfermés dans ce même quartier, d'en avoir été les auteurs : Druon, mais aussi deux Parisiens, Adolphe Friedlander, 26 ans, ébéniste, et Jean Prosper Colin, 28 ans, couvreur.
Colin semble être le responsable, tout simplement car il est déjà en prison pour des faits similaires : attardé mental, c'est un pyromane-né. S'il est à l'isolement, c'est qu'il est allé jusqu'à mettre le feu à l'atelier de la prison !
Mais dans le cas des deux autres, ce n'est pas pareil.
Friedlander et Druon ont contre eux le fait d'être des détenus rebelles. Ils ont déjà comparu devant les assises du Nord en août-septembre 1842 pour avoir, lors d'une révolte, tenté d'assassiner deux co-détenus qui jouaient les indicateurs auprès des gardiens, et blessé le docteur. Accusation grave, certes, mais le procès fut l'occasion d'évoquer le cas des châtiments corporels en prison : de là partait toute la révolte, tant ces punitions s'apparentant à de la torture (les prisonniers étaient parfois crucifiés trois jours durant - avec des cordes, pas des clous, mais quand même). Druon ne le cachait pas : c'est parce qu'il savait qu'il devait subir une fois encore cette géhenne qu'il avait lancé la révolte.
Mais la justice ne fut pas de son côté, et le verdict sévère. Perpétuité pour Friedlander, dix ans de travaux forcés pour Druon.
Comble de tout, une loi, votée quelques semaines auparavant en juin 1842, précisait que les détenus rétifs devaient subir leur peine sur le théâtre-même de leurs exploits, à charge pour l'administration pénitentiaire de faire de leur séjour un enfer en leur infligeant les plus lourds travaux. Evidemment, les gardiens dénoncés se firent une joie de suivre le règlement. Friedlander et Druon se trouvaient donc au quartier disciplinaire de Loos pour cette raison.

Or, et c'est bien là le hic, c'est qu'il semble donc très net que seul Colin, en proie à ses démons, ait mis le feu à la prison... On s'est arrangé juste pour impliquer Druon et Friedlander, détenus "ingérables", c'est-à-dire pas assez dociles pour laisser continuer les comportements indignes de leurs gardiens sans faire de scandale.

Le 6 février 1844, les trois hommes sont condamnés à mort par la cour d'assises du Nord - un incendie volontaire d'un lieu habité étant jusqu'au début du XXe siècle un crime capital -, et enfermés à Douai jusqu'au 19 février, date à laquelle ils sont ramenés à Loos, toujours au quartier disciplinaire, afin d'y attendre la décision royale.

Le 8 mars, leur pourvoi est rejeté par la Cour de cassation.

Le samedi 20 avril, les trois hommes sont réveillés à l'aube. Friedlander était seul à avoir deviné, la veille, l'imminence de leur fin, suite à deux visites trop rapprochées de l'aumônier de Lille. Il avait même houspillé Colin qui chantait insouciant dans sa cellule voisine : "Tu ne chanteras plus, demain !" Deferrés, leur toilette a lieu dans la cour de la prison. Druon demande à embrasser les exécuteurs, et les trois hommes franchissent l'un derrière l'autre la porte monumentale pour arriver sur l'esplanade de l'abbaye, accompagnés des prêtres. Après une brève génuflexion devant l'échafaud, Friedlander grimpe les marches le premier, et sur la plate-forme, regardant la foule - environ 2000 spectateurs -, dit : "Priez pour moi !" Il est 8h20. Druon embrasse une fois encore les bourreaux, puis clame quelques phrases de repentir, espérant que sa mort sera un exemple, avant d'âtre basculé. Colin passe le dernier, aussi ferme que ses complices. Il hurle "Marie !" quand on le pousse sur la machine et n'a pas le temps de recommencer que déjà le couperet s'abat. En moins de dix minutes, tout est fini.
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Bardamu
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MessageSujet: Re: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   Ven 6 Déc 2013 - 11:58

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MessageSujet: Re: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   Ven 6 Déc 2013 - 12:13

On a du mal à déchiffrer le texte sur le crâne...

Pouvez vous nous éclairer?
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Nemo
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MessageSujet: Re: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   Ven 6 Déc 2013 - 13:23

"Crâne de Druon, exécuté ainsi que ses complices Collin et Friedlander dans la cour de l'abbaye de Loos, près Lille (Nord) en février 1844."

Erreurs du rédacteur : le lieu (devant la prison, et non dans la cour) et la date (avril et pas février).

Sinon, un artefact historique des plus intéressants.

Smile

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MessageSujet: Re: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   Ven 6 Déc 2013 - 17:11




13 février 1844

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Bardamu
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MessageSujet: Re: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   Ven 6 Déc 2013 - 17:59

Merci, Adelayde...Je suis scotché par ce site...!
Mais il n'y a que des érudits...!
C'est incroyable...!
Toutes ces réponses, après 20 ans de questionnement....!!!!!!!
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MessageSujet: Re: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   Ven 6 Déc 2013 - 18:18


Le crâne de Druon est une pièce d'exception, Bardamu.
queen 
Sylvain Larue, alias Nemo, a créé le forum en 2006. Chacun l'enrichit par ses connaissances, ses découvertes. Le résultat est en effet extraordinaire.

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MessageSujet: Re: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   Sam 7 Déc 2013 - 7:17




22 février 1844

Quel lyrisme !

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MessageSujet: Re: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   Sam 7 Déc 2013 - 10:24

Ah la prose journalistique...Très lyrique en effet...! Mais pourquoi le Dr Guilmot? Avait-il certains comportements vis à vis de prisonniers qui pourraient expliquer ce geste? Quand on lit ce qu'il subissaient au mitard, on peut se poser la question. Ce crane, enfin os frontal, malaires et maxillaire supérieur, m'a été donné lorque je commençais mes études dentaires..!Plus facile d'apprendre l'ostéologie ainsi plutot qu'avec le Rouvière...Certains étudiants allaient meme dans les ossuaires afin d'y récupérer quelque crane...
merci à vous pour ces découvertes passionnantes...Druon me semble plus sympathique depuis.....François
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Bardamu
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MessageSujet: Re: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   Sam 7 Déc 2013 - 10:31

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MessageSujet: Re: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   Sam 7 Déc 2013 - 16:02

Bardamu a écrit:
Merci, Adelayde...Je suis scotché par ce site...!
Mais il n'y a que des érudits...!
C'est incroyable...!
Toutes ces réponses, après 20 ans de questionnement....!!!!!!!
Nous ne sommes que des passionnés...

Le développement d'Internet contribue à la curiosité de chacun et la mise en ligne de documents via "Gallica" ou les "archives départementales"de chaque département aide à une meilleure compréhension de notre Histoire commune!!
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Bardamu
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MessageSujet: Re: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   Dim 8 Déc 2013 - 8:48

Des passionnés qui partagent leur savoir...! C'est déja pas mal...!Je prends note de Gallica. Merci à vous
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MessageSujet: Re: Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844   

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Adolphe Friedlander - Louis-Joseph Druon - Jean-Prosper Colin - 1844
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