La Veuve

Forum consacré à l'étude historique et culturelle de la guillotine et des sujets connexes
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 Joseph-Marie Lanio dit "le fauve"

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
benjamin
Exécuteur régional
avatar

Nombre de messages : 370
Age : 66
Localisation : meaux / Belém (Brésil)
Emploi : libre comme l'air!
Date d'inscription : 03/01/2010

MessageSujet: Joseph-Marie Lanio dit "le fauve"   Jeu 29 Aoû 2013 - 16:05

Recherches concernant Joseph Marie Lanio dit "le fauve"

J'ai déjà l'Humanité de  la 29e ANNEE. N° 12217 JEUDI 26 MAI 1932 (début du procès)

Qui relate le début du procès. Lanio fut condamné à mort, gracié, et envoyé au bagne.
Lors d'une révolte il tua des gardiens et fut abattu par le célèbre surveillant Roger Flottat.

Une controverse s'éleva sur le fait que "s'il n'avait pas été gracié, il n'aurait pas recommencé"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bagnedeguyane.fr
Adelayde
Admin
Admin
avatar

Nombre de messages : 5709
Localisation : Pays d'Arles
Date d'inscription : 02/03/2009

MessageSujet: Re: Joseph-Marie Lanio dit "le fauve"   Jeu 29 Aoû 2013 - 16:32


_________________
"L’art est le cordon ombilical qui nous rattache au divin" - Nikolaus Harnoncourt
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
benjamin
Exécuteur régional
avatar

Nombre de messages : 370
Age : 66
Localisation : meaux / Belém (Brésil)
Emploi : libre comme l'air!
Date d'inscription : 03/01/2010

MessageSujet: Joseph Marie Lanio dit "le fauve"   Jeu 29 Aoû 2013 - 16:33

Impeccable.

Il n'y a pas à dire, le travail d'équipe, ça paye!  
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bagnedeguyane.fr
Invité
Invité



MessageSujet: Paris. 1931. Cité des Artistes. Joseph Lanio égorge le policier Verjus   Mer 13 Nov 2013 - 17:47

Il y a quelques années, j'avais consacré un post à une triple exécution capitale en Guyane, à Joseph Lanio et à M. Flotat, membre de l'administration pénitentiaire. Ce post n'existe plus. Il contenait des propos critiques sur la mentalité et le comportement de M. Flotat qui s'était spécialisé dans la poursuite des évadés du bagne. Suite à un courrier d'un membre de la famille de Roger Flotat, le webmaster, Sylvain Larue, en retira une partie, jugeant avec raison que le site pourrait connaitre quelques ennuis. La partie restante fut maintenue quelque jours puis retirée. On peut encore lire un extrait de ce post disparu sur le blog de Philippe Poisson : http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-au-plus-chaud-de-l-enfer-du-bagne-54424552.html. Il concerne la triple exécution capitale relatée par Roger Flotat dans son livre.

                                                                                                           
______________________________________________


Dans la nuit du 23 septembre 1931, vers 2h du matin, trois hirondelles — agents de police à vélo — effectuent une ronde aux alentours de la place d'Italie (Paris XIIIème). Soudain, leur attention est attirée par les silhouettes de deux d'hommes frappant un homme à terre. Interpellés, ils déclinent leur identité : Joseph Lanio, 27ans et Marcel Bougo, 25 ans. La victime les aurait insulté et menacé d'une arme blanche. Un couteau est trouvé sur le sol.

L'homme, un Algérien, Si Saïd, affirme que Lanio et Bougo l'ont attaqué en premier et qu'il n'a sorti ce couteau que pour se défendre. Deux femmes interviennent alors. Elles déclarent aux agents avoir été malmenées elles aussi par les deux hommes.     Les policiers décident d'emmener tout le monde au commissariat. Soudain, pendant la marche de la petite troupe, Bougo porte un coup à l'agent Gelot et prend la fuite. Lanio profite de cette diversion pour s'enfuir à son tour.  A vélo, les agents Verjus et Rudelin se lancent à la poursuite de Lanio, l'agent Gelot à celle de Bougo. Et c'est la cavalcade pédestre et vélocipédique à travers les rues du quartier. Au bout de quelques minutes, l'agent Verjus se rapproche de Lanio. Ce dernier s'engage dans la passage des Artistes. Il se trouve bientôt acculé dans le cul-de-sac de la Cité des Artistes (aujourd'hui disparue, secteur de la Butte aux Cailles, Paris XIIIème. Elle surplombait le bd Auguste Blanqui).  

Verjus se dirige vers Lanio qui lui fait face. Ils s'empoignent. Après un court instant, Lanio sort un couteau et en porte un coup à la gorge de l'agent Verjus qui s'écroule net. Il décèdera peu après.
L'agent Rudelin, qui suivait à quelque distance, rejoint les deux hommes et assomme Lanio avec la crosse de son révolver. Il tire ensuite en l'air pour alerter du renfort de police. L'agent Gellot, lui, a rejoint Bougo qu'il appréhende. Lanio est transporté à l'hôpital pour les premiers soins. Il sera ensuite incarcéré ainsi que Bougo.        



L'agent Henri Verjus.

Le 23 novembre, Lanio et Bougo passent en correctionnelle, pour voix de faits sur agents. Ils sont condamnés chacun à six mois de prison et 100 francs d'amende (environ 60€).

Le mercredi 25 mai 1932, le procès de Lanio s'ouvre aux assises de la Seine. Il est poursuivi pour coups ayant entrainé la mort d'un agent dans l'exercice de ses fonctions. M. Devise préside. Le siège du ministère public est occupé par l'avocat général Louis Gaudel, déjà représentant de ce ministère, l'année précédente, au procès de Georges Gauchet, condamné à mort et exécuté bd Arago. La défense de Lanio est assurée par Maître Dutheillet de Lamotte.  



Joseph Lanio et son avocat Maître Dutheillet de Lamotte. Document Agence Mondial (Paris). 1932 (source : gallica.bnf.fr)
                                                                                         
                                                                                                                   
Lanio est décrit dans le quotidien Le Figaro : maigriot, pâle, avec de petits yeux ronds enfouis dans les orbites et le visage orné d'une mince moustache brune. Il est vêtu d'un complet noir et d'une cravate noire roulée autour du cou. Le journaliste mentionne son air effroyablement timide.
Le parcours de Lanio est retracé. Il est né en 1905, à Lorient, dans le Morbihan. Enfant naturel, il est recueilli par sa grand-mère — sa mère étant décédée peu de temps après sa naissance. A l'âge de dix ans, il perd sa grand-mère et entre l'Assistance publique. Placé à la campagne, dans plusieurs familles successives, il se sauve à chaque fois.
On me maltraitait, dit Lanio.

Arrêté à Paris pour vagabondage, il est incarcéré à la colonie pénitentiaire de Mettray, (Indre-et-Loire). Il s'en évade plusieurs fois. Un rapport émanant de la colonie sur son comportement à Mettray indique :
« Hors de son instabilité due à ses instincts de vagabondage, on n'a aucun reproche sérieux à lui adresser. »Il entre dans la marine, mais il doit la quitter pour « dégénérescence mentale ».
Il se marie — Le couple aura quatre enfants. Il effectue plusieurs métiers, puis quitte sa famille. Sa femme, venue à la barre, déclare qu'elle avait pris un amant, raison pour laquelle Lanio est parti.
Il a bien fallut que je trouve quelqu'un, le malheureux ne gagnait rien.                                                                                                                                                                                 
L'accusé a fait un séjour à l'hôpital de Lorient pour troubles psychiatriques. Son casier judiciaire porte diverses diverses condamnations, vagabondage, vol, port d'arme prohibée. Un rapport de police de Lorient indique que Lanio était « un des plus dangereux apaches la ville ».
Je ne suis pas un apache. Je n'ai jamais fait de mal à personne, déclare Lanio. Je demande pardon à la veuve. 
Un rapport de police de Lorient indique que Lanio était « un des plus dangereux apaches la ville ».
Je ne suis pas un apache. Je n'ai jamais fait de mal à personne, déclare Lanio. Je demande pardon à la veuve. 

Pendant son incarcération à la prison de la Santé, Lanio a eu des gestes de violence qui ont fait douter de son équilibre mental. Trois aliénistes l'ont examiné. Ils le qualifient de pervers, d'anti-social, de déséquilibré, d'instable et dégénéré, mais responsable. A maître Dutheillet de Lamotte qui demande au professeur Claude s'il n'y a pas de degrés dans la responsabilité, ce dernier répond : « le dosage est difficile — cela concerne le juge et non le médecin. Je ne peux dire qu'une chose, c'est que l'accusé est responsable. »

Qu'avez-vous à dire ? demande le président à Lanio.
Ce que j'ai toujours dit à l'instruction. Je ne sais pas, j'ai oublié.
Oui, j'ai tué, comment, pourquoi ? Je ne sais plus. Avec Bougo, dans la journée, on avait été à un enterrement. Après, on avait bu. J'étais ivre.


Lanio est contredit par les agents de police. Ils déclarent que Lanio courait « comme un lapin » lors de sa fuite. L'agent Rudelin précise : « en vélo, je ne pouvais pas le suivre. »
Le médecin légiste, M. Paul expose son rapport. La carotide a été tranchée ainsi que tous les vaisseaux du coté gauche.

Un incident survient entre Maître Duthillet de Lamotte et l'avocat général Gaudel. L'avocat de Lanio demande à la cour de poser plusieurs questions qui permettraient une large graduation de la peine applicable à l'accusé. Un refus lui est opposé. Maitre Duthillet s'écrie :
L'accusation est un jeu où manqueraient des cartes.
L'avocat général Gaudel proteste et demande des excuses. Il est rejoint par le président Devise. L'audience est suspendue. Pour calmer les esprits, appel est fait au bâtonnier de Paris. Il calme le jeu :
Mon confrère a employé une métaphore une peu vive.  Je suis sûr — il me l'a dit d'ailleurs, — qu'elle a trahi sa pensée. Je le connais. Je connais son respect pour le parquet, pour la Cour.

L'avocat général Gaudel demande la peine de mort pour Lanio.
Il faut défendre les agents. Il faut que les hommes sur la brèche sachent que la société se tient derrière eux. Il faut protéger ceux qui nous protègent. Faites savoir aux criminels et aux gredins que le destin impitoyable les attend lorsqu'ils attentent aux gardiens de l'ordre…




L'avocat général Louis Gaudel.
Il demanda la peine de mort
pour les accusés Mohamed ben Driss, Georges Gauchet, Paul Gorguloff,
guillotinés en 1931-1932, bd Arago.

C'est à Maître Dutheillet de Lamotte d'intervenir. Il évoque l'enfance difficile de Lanio et demande la clémence pour son client : « il ne s'agit pas d'un crime prémédité, ni même ni voulu, mais simplement d'un drame de l'alcool. »

Le jury se retire. Il répond oui aux questions posées et n'accorde pas de circonstance atténuantes. Et, pour la première fois à Paris, il se réunit ensuite avec les magistrats pour délibérer sur l'application de la peine, en vertu de la loi du 5 mars 1932 .
Le verdict est rendu après une vingtaine de minutes : Lanio est condamné à la peine de mort.

________________________________________

Le point de vue du journal socialiste l'Humanité. 26 et 27-05-1932.
(Source gallica.bnf.fr).

JOSEPH LANIO
QUI TUA L'AGENT VERJUS
A COMPARU HIER

L'accusé, avant d'accomplir
son geste tragique
avait connu une misère profonde

H
ier ont commencé, devant la cour d'assises de la Seine, les débats de l'affaire du meurtre de l'agent de police Verjus.
C'est le 23 septembre dernier qu'eut lieu ce meurtre imputable à l'alcool. Le meurtrier, Joseph-Marie Lanio, accompagné de son camarade Bougo, avait passé la soirée dans de nombreux débits. Ils avaient entraînés dans leurs beuveries Yvonne Benech et Yvonne Lagrange qu'ils avaient rencontrées.

Vers les 2 heures du matin, Lanio et Bougo frappèrent Si Saïd rencontrés par eux. Les agents cyclistes Verjus, Rudelin et Gelot, survenant alors, invitèrent le groupe à les suivre au commissariat. Les deux femmes se joignirent à Si Saïd pour porter plainte contre les deux hommes.

En cours de route, Bougo asséna un coup de poing à Verjus et s'enfuit, suivi de Lanio. Les agents se lancèrent à leur poursuite. Bête traquée, Lanio, sur le point d'être pris, asséna un coup de couteau à l'agent qui, la carotide tranchée, tomba en s'écriant : « Je suis tué ! »

L'accusé

Joseph Lanio, âgé de vingt neuf ans, n'est pas le malfaiteur redoutable que l'on pourrait imaginer. Petit, brun, pâle, visage anguleux, courtes moustaches,visage tourmenté, il répond d'une voix douce, avec effort, aux questions du président.
Son passé est tout entier de souffrances et de misère. Comme son camarade Bougo, il fut un enfant de l'Assistance publique.



(source : gallica.bnf.fr)
                                                                                         
AUX ASSISES DE LA SEINE

L'existence douloureuse
de Joseph Lanio
qui tua l'agent Verjus
.

On apprend qu'il naquit, enfant naturel, à Lorient. Lorsque sa mère mourut il n'avait que quelque mois. Sa grand-mère l'éleva. Mais elle mourut à son tour : il n'avait que neuf ans.L'infortuné gamin est mis à l'Assistance publique. Celle-ci le place chez des fermiers. Dur travail. Durs patrons. Le petit Lanio, seul au monde, sans soutien, sans affection, connait la vie douloureuse de tous ses parents.
Ses patrons le rudoient. Ils le battent, parfois. Quelquefois ce sont les autres domestiques  — inconscients ou cruels —qui le maltraitent, le traitant de « bâtard ». Quelle raisonnance, cette hostilité peut rencontrer dans une âme d'enfant !

Le président lui ayant reproché de n'être pas allé à l'école, Lanio répond :
J'aurais bien voulu apprendre. Mais jamais mes patrons ne me permettaient de fréquenter l'école ; il y avait toujours des vaches à garder.

Un peu de bonheur

Hormis ses fugues, bien explicables, Lanio fut irréprochable. Il se marie. Un peu de joie, la première qu'il ait connue, entre dans sa vie. Il est matelot-infirmier. Mais tant de tribulation, tant de souffrances et de privations ont eu raison de sa résistance. Frêle, débile, il est deux ans plus tard réformé pour dégénérescence mentale.
Les aliénistes qui l'ont examiné récemment prétendent qu'il est simplement « socialement anormal », qu'il a trompé les médecins de Lorient. Vivant parmi des fous, il a appris d'eux, disent-ils, l'art de la simulation.
L'accusé proteste contre les dires des médecins :
Pourquoi aurai-je trompé les médecins ? D'abord, à l'hôpital de Lorient, il n'y a pas de dément. Ensuite, j'étais marié, j'étais heureux. C'était la première fois que cela m'arrivait. J'allais être père. Je n'avais aucune raison de quitter cette situation.

Et beaucoup de malheur

C'est trop évident. Le malheureux est réformé. Il vit à Lorient, difficilement, péniblement. Comme beaucoup qui ont trop souffert il cherche l'oubli dans la boisson, ce qui n'est pas fait pour arranger les choses. Il éprouve bientôt des crises de violence. On le met à l'hôpital. Il s'en va. Sa femme l'a quitté. Elle a pris un amant. Il est seul, désormais, seul et triste et pauvre. Il va sur le trimard.

« Dangereux repris de justice », affirme l'accusation. Ah, oui, parlons-en de ce dangereux malfaiteur qui est frappé d'une première condamnation à huit jours de prison ! Quel méfait avait bien pu lui valoir cette peine ? Peut-être avait-il ramassé une pomme de terre sur son chemin, ou cueilli des cerises dans un verger.
Quoi qu'il en soit à cette première condamnation  s'en ajouta une autre, de quinze jours de prison, puis une troisième de trois mois (pour vol à la Samaritaine). C'est l'engrenage.

Enfin pour la rixe après boire de la rue Bobillot avec Si Saïd, le tribunal correctionnel le condamne à dix-huit mois de prison.
Mais ce n'était là qu'une préface à la cour d'assises. On voulait orner son casier d'une condamnation pour tout de bon avant sa comparution devant le jury.
Tel est l'homme, avec son passé douloureux. Et la société qui le juge se croit-elle innocente ? S'imagine-t-elle qu'elle n'a pas de  comptes à rendre à la société ?

Les témoins

Après l'audition des médecins experts, les agents cyclistes viennent déposer sur la matérialité des faits. Ils reçoivent les félicitations de l'avocat général et du défenseur.
Les deux femmes qui accompagnaient Bougo et Lanio déclarent qu'ils étaient en état d'ivresse.
Mme Lanio s'avance  à la barre.
— Quel homme était-il, lui demande le président.
Assez sérieux. Très gentil avec moi.
Au sujet du meurtre de l'agent Verjus Lanio déclare avoir perdu tout souvenir.
Je me vois, dit-il, entrer au débit « Le Clair de Lune ». Je ne m'en vois pas sortir. Je n'ai jamais eu envie de tuer personne.

L'avocat général Gaudet prononça un réquisitoire impitoyable contre Joseph Lanio.
— J'estime que l'assassin mérite la mort, car il a donné des coups à des agents dans l'exercice de leurs fonctions. Il avait l'intention de donner la mort. Vous répondrez donc  « oui » à toutes les questions.
Le défenseur de Lanio répliqua à ce réquisitoire implacable en demandant, par conclusions, qu'une question subsidiaire soit soumise au jury. L'avocat général s'y opposa. La cour  suspend l'audience et se retire pour délibérer.
Elle revient et, les débats repris, déclare que les conclusions du défenseur sont rejetées.
A ce moment éclate un incident extrêmement grave. Le défenseur de Lanio déclare :
Vous avez posé les questions de telle sorte que la réponse doive entraîner la mort ou 3 ans de prison. Vous avez donné à MM. les jurés un jeu dans lequel il manque des cartes…
L'avocat général bondit :
C'est donc que j'ai triché ?
C'est l'incident décrit plus haut où appel sera fait au bâtonnier Fernand Payen.

L'avocat de Lanio peut poursuivre sa défense. Le geste de son client ne fut pas prémédité. Ce fut un geste de peur et de défense.
Son arme n'était pas particulièrement dangereuse si le coup fut malheureux.
Il n'avait certainement pas l'intention de tuer.
C'est évident. Si la victime n'était pas un agent de police , la société ne serait pas assoiffée de vengeance et de sang. Mais un coup de canif à un agent doit entraîner la mort. C'est une règle absolue, dans la société des mouchards.
Le jury a suivi l'avocat général. C'est un verdict de sang qu'il rapporte. Lanio est condamné à la peine de mort.

Maitre Dutheillet de la Motte dépose rapidement un pourvoi en cassation. Selon l'avocat, deux cas de cassation entachent le jugement :
1°— Deux questions seulement ont été posées aux jurés, ce qui ne leur permettait pas une assez grande latitude d'appréciation.
2° — Vice de forme possible pour oubli possible dans l'établissement de la minute de jugement.
Le pourvoi est rejeté.

A suivre Arrow


Dernière édition par mercattore le Jeu 14 Nov 2013 - 11:00, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Joseph-Marie Lanio dit "le fauve"   Mer 13 Nov 2013 - 18:31

Le 17 septembre 1932, Maître Dutheillet de Lamotte est reçu au palais de l'Élysée par le président Albert Lebrun. Il va plaider pour la grâce de Lanio (le président Lebrun a succédé, en mai, au président Doumer assassiné par Gorguloff ce même mois). L'entretien dure 30 minutes.
Le 20 septembre, l'avocat est informé de la grâce de Lanio. La peine capitale est transformée en travaux forcés à perpétuité.

Note: Après sa condamnation à mort, Joseph Lanio est placé dans le quartier des condamnés à mort où se trouve également Paul Gorguloff. Dans la nuit du 14 septembre 1932, les officiels s'acheminent vers la cellule de ce dernier pour son exécution. Marcel Montaron, dans son article sur le Carré des suppliciés, paru dans le magazine DETECTIVE, relate :
,
Gorguloff dormait profondément lorsque le verrou de sa cellule fut tiré de sa gaine. Trois gardiens entourèrent le lit. Le gardien-chef se pencha sur l'homme et lui toucha l'épaule :
Gorguloff, réveillez-vous, nous avons quelque chose à vous dire.
Le condamné ouvrit tout grand ses yeux, s'assit sur son lit et compris. L'avocat général Gaudel était là et lui faisait connaître que l'heure du châtiment était arrivée
Tout s'était passé dans un calme impressionnant. Et pourtant, si feutrés que fussent les pas dans le long couloir de la septième division de la haute surveillance, des coups de poing retentirent derrière l'une des portes verrouillées. Une voix s'éleva. Celle d'un autre condamné à mort. Lanio, l'assassin de l'agent Verjus. Peu d'hommes, comme ceux qui sont promis au couperet du bourreau, savent épier les bruits de la prison et les déchiffrer un par un…
Qu'est-ce qu'il y a ? cria Lanio, la sueur au front.
Un gardien courut  à son judas :
— Couche toi. Ce n'est rien. Quelqu'un de malade.
Je parie que c'est Gorguloff, répliqua Lanio ».

__________________________________

Après la grâce présidentielle, Lanio est transféré à la centrale de Fontevraud (Maine-et-Loire). C'est alors l'attente du départ pour l'île de Ré, à destination de la citadelle de Saint-Martin-de-Ré.
Mais le 24 octobre 1933, à la suite de quatre autres détenus, Lanio s'évade de Fontevraud. La région est en effervescence. De nombreux barrages sont établis, tenus par les gendarmes de Chatellerault, Loudun, Chinon, des  départements du Maine et Loire, des Deux-Sèvres... Le 25 au soir, Lanio est repris à Chinon, ainsi qu'un deuxième évadé. Les autres sont arrêtés le lendemain.

Le 20 novembre 1933, Lanio quitte la centrale de Fontevraud  à destination du port de la Palice, à La Rochelle, où il embarque sur le vapeur Coligny pour la citadelle de Saint-Martin-de-Ré, avec plus de 200 détenus. Vient l'attente du départ pour la Guyane.

 

Départ pour la Guyane. Le convoi de transportés et de relégués vient de sortir de la citadelle de Saint-Martin-de-Ré. Il traverse le petit bois de la Barbette, par l'allée des Soupirs, pour se rendre au port.

1er décembre 1933. Les condamnés quittent la citadelle pour le port de Saint-Martin-de-Ré. Là, les chaloupes les embarquent à destination de La Palice où mouille le La Martinière, navire-prison qui va les conduire en Guyane, via Alger.
Après plus de trois semaines de traversée, le 24 décembre, le La Martinière arrive en vue de la Guyane.  Lanio est transporté sur l'ile Royale.

En avril 1934, sur dénonciation d'un forçat, un projet d'évasion collective est mis à jour à Royale. Lanio et Houttin, considérés comme les instigateurs du projet, sont transférés sur l'ile Saint-Joseph. Après leur transfert, ils sont mis quelque temps au cachot puis affectés à la corvée d'eau journalière par le surveillant-chef Roger Flotat. (M. Flotat a témoigné sur la mort de Lanio dans son ouvrage Au plus chaud de l'enfer du bagne. A l'époque, M. Flotat était surveillant-chef sur l'île Saint-Joseph).
                                                                                                           
Tous les jours, Lanio et Houttin passent devant la maison de M. Flotat. Le gardien-chef l'occupe avec sa femme et leurs deux enfants.
Le 25 avril, au début de la corvée d'eau, Lanio parvient à s'emparer d'une barre de fer et Houttin d'un marteau. Le surveillant de corvée leur tourne le dos. Les deux hommes l'attaquent. Il reçoit un coup de marteau sur la tête et tombe. Houttin le frappe à nouveau et le surveillant ne bouge plus. Houttin lâche le marteau et prend le révolver de l'agent. Lanio se tourne alors vers la corvée et dit :
Silence ! que personne ne bouge, l'heure a sonné.
Lanio et Houttin investissent ensuite la maison de M. Flotat où se tient sa famille. Houttin tirent plusieurs fois coups de feu sur la femme du gardien-chef mais la rate.
Prévenu des évènements, M. Flotat se précipite vers sa maison. Le porte-clef Larbi, qui se trouvait à l'intérieur, avait réussi à mettre en fuite Lanio et Houttin. M. Flotat se muni d'une carabine, en donne une à son adjoint et lui dit :
Pas de quartiers, tirez sans sommation, Lanio et Houttin ne doivent plus recommencer.
M. Flotat et son adjoint se lancent à la poursuite des fuyards.
Au bout d'une centaine de mètres, ils aperçoivent Houttin réfugié derrière une roche  de la baignade et tirent sur lui. Il  s'écroule dans l'eau, atteint mortellement.
La présence de Lanio est désigné à M. Flotat par un porte-clef. Le gardien-chef voit Lanio, tout nu, qui se tient entre deux roches, une barre de fer à la main :
Récit de M. Flotat :
Lanio.
Oui, chef.
— Regarde, il est trop tard, tu vas la gagner ta belle et je fais feu… il tombe foudroyé, la balle lui avait traversé la tête.


M. Flotat précise que le corps de Lanio fut ensuite jeté à la mer, comme tout forçat qui décède dans les îles.                                                
        .
* Au plus chaud de l'enfer du bagne, éditions du Scorpion, collection Alternance, Jean d'Halluin, éditeur, Paris, 1959. 186p.


Dernière édition par mercattore le Jeu 14 Nov 2013 - 10:55, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Joseph-Marie Lanio dit "le fauve"   Jeu 14 Nov 2013 - 10:53

De Criminocorpus : « Il est vrai que, en deçà du discours officiel des autorités coloniales et militaires, les prises de paroles de surveillant furent très rares. Le livre de Roger Flotat ( Au plus fort chaud de l'enfer du bagne, éd. du Scorpion, 1957) est probablement le seul ouvrage imprimé témoignant d'une expérience de personnel militaire de surveillance. »

* Il existe un document manuscrit rédigé par Henri-Marie-Pierre Berryer, surveillant militaire en Guyane pendant sept mois (1931). Criminocorpus souligne que ce manuscrit constitue à ce jour le seul témoignage de personnel pénitentiaire rédigé entre les deux guerres. Il est antérieur de 25 ans au récit publié par M. Flotat.

Henri-Marie-Pierre Berryer Sept mois au bagne . Manuscrit de 160 pages, divisé en dix chapitres. Collection Philippe Zoummeroff. Transcrit par Philippe Poisson.
Présentation : http://criminocorpus.hypotheses.org/5834

* Lire le manuscrit de Berryer  : http://criminocorpus.org/sources/12968/
Pour chaque chapitre, cliquez tout en bas de chaque page, à l'extrême droite.
Revenir en haut Aller en bas
benjamin
Exécuteur régional
avatar

Nombre de messages : 370
Age : 66
Localisation : meaux / Belém (Brésil)
Emploi : libre comme l'air!
Date d'inscription : 03/01/2010

MessageSujet: Re: Joseph-Marie Lanio dit "le fauve"   Jeu 14 Nov 2013 - 11:49

Il y a aussi des témoignages de membres de familles de gardien (Simola, Mme Lamontagne)

N'oublions pas que les surveillants avaient le statut militaire à partir de la fin des années vingt, et qu'ils étaient de ce fait astreints au devoir de réserve (la Grande Muette)
Flottat, en partie à cause de son livre et surtout, je pens,e du malaise qui en résulta, n'obtint jamais le droit de revenir en Guyane, des motifs sanitaires ayant été invoqués (comme beaucoup il était rentré assez sérieusement malade, mais s'estimait guéri)

J'ai lu le manuscrit de Berryer, qui est intéressant à plus d'un titre. On comprend aisément en l'analysant que quelqu'un qui n'est pas "bien dans sa tête" voit tout en noir: ses perpétuelles récriminations sur l'état déplorable des logements de surveillants, par exemple, vont à l'encontre des observations unanimes: que ce soit à St Laurent ou aux îles, le "personnel" disponible était tel qu'à condition sociale identique, les membres de l'AP étaient des privilégiés.
Cela dit, il Beyrrier porte un jugement très sévère et ma foi fort juste sur les aberrations d'un système qui échouait dans toutes ses missions: punir, protéger les populations, régénérer les individus, contribuer à la mise en valeur de la colonie. C'est sans doute ce désabusement qui était à l'origine de son mal être.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bagnedeguyane.fr
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Joseph-Marie Lanio dit "le fauve"   

Revenir en haut Aller en bas
 
Joseph-Marie Lanio dit "le fauve"
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Joseph-Marie Lanio dit "le fauve"
» Joseph Souberbielle.
» Réponse à Marie emeric
» Marie Poitevin - 1830
» Antoine-Joseph Albert - 1877

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
La Veuve :: LES CONDAMNÉS À MORT-
Sauter vers: