La Veuve

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 La bande à Bonnot - 1912-1913

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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Ven 26 Avr 2013 - 22:41

C'est bien.
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MessageSujet: Il y a 101 ans aujourd'hui !   Dim 28 Avr 2013 - 11:30

28/04/1912 : Jules Bonnot est abattu à Choisy le Roi.

Une évocation de ce dénouement dans la rubrique "C'est arrivé aujourd'hui" de Frédéric Léwino & Gwendoline Dos Santos sur Le Point.fr (28/04/2013) avec une vidéo (durée 6:26) retraçant "l’héroïque défense de Jules Bonnot" :

Bonne lecture, bon visionnage,

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/28-avril-1912-mais-que-fait-le-raid-jules-bonnot-tient-tete-a-20-000-flics-et-assaillants-video-28-04-2012-1456138_494.php
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Dim 28 Avr 2013 - 14:16


Je ne savais pas que l'assaut final avait été filmé : un document rare !

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MessageSujet: Une confrontation mouvementée   Lun 29 Avr 2013 - 15:57





Le Petit Journal Illustré, n° 1 122 du 19 mai 1912




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MessageSujet: Le Petit Journal Illustré, n° 1 123 du 26 mai 1912   Lun 29 Avr 2013 - 16:06





Le Petit Journal Illustré, n° 1 123 du 26 mai 1912



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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Jeu 2 Mai 2013 - 18:13

Ils ont tué Bonnot.
William Caruchet, passionné par les sciences criminelles, était entré en possession d'archives policières relatives à la bande à Bonnot. En 1990, parait son ouvrage Ils ont tué Bonnot.
Voici l'avant-propos qui débute ce livre.
(on remarquera l'extraordinaire rapprochement de deux femmes qui ont été très proches de deux hommes mondialement célèbres dans un registre très noir).

___________________

POURQUOI J'AI ÉCRIT CE LIVRE
L'épopée de la bande à Bonnot n'aura duré que quelques mois, le tourbillon fut sanglant et la légende immense. De décembre 1911 à avril 1912, quelques anarchistes — des illégalistes — par le vol et le crime, assènent des coups mortels à une société ronronnante, figée dans ses contradictions et ses injustices sociales.
Si la mort change la vie en destin, celui de Bonnot mérite d'être conté. Ce livre se veut un éclairage neuf et inédit sur ces anarchistes qui, les premiers dans l'histoire du grand banditisme, mirent au service du crime ces monstres naissants qu'étaient les automobiles alors que les gendarmes les poursuivaient encore à cheval !

Ma documentation à plusieurs sources.
Les plus importantes sont, bien entendu, les archives écrites, indispensables pour toute enquête digne de ce nom. J'ai réussi à obtenir tous les rapports confidentiels, les notes de synthèse de l'Intérieur, les dénonciations des indicateurs qui jalonnent toute l'histoire de Bonnot. Ces documents irremplaçables, je les dois à mes amis, Charles et Joseph Fontana.
Au cours d'une visite à une salle de vente de Nice, ils furent en présence de la totalité des archives policières sur la bande à Bonnot ; elles avaient été mises à l'encan par les héritiers de l'ex-directeur de la police judiciaire, Tanguy, qui avait suivi toute l'affaire et qui les conserva ensuite. Ils me les confièrent sans difficulté.
Ces documents m'apprirent que Bonnot et ses lieutenants, tous agonisants, avaient été achevés par la police, sur ordre, alors que l'on pouvait les prendre vivants. Pour tuer les idées, il fait tuer les hommes qui les incarnent. J'ai appris aussi que des témoins avaient été soudoyés pour faire condamner à mort Dieudonné, innocent des crimes dont ont le chargeait.

J'ai dû ensuite interroger de nombreux témoins jusqu'à me lier d'amitié avec celle qui fut, très jeune, la maitresse de Bonnot, octogénaire, lucide, retirée à Romainville, près de Paris, dans un modeste studio, tout au souvenir de celui qu'elle appelle encore « ce cher Jules ». Elle militera jusqu'à son dernier souffle de vie pour les idées anarchistes, rédigeant des textes libertaires, qu'elle ronéotypait elle-même pour les distribuer dans la rue. Portant un nom connu, elle a tenu à conserver l'anonymat.
Une amie, plus jeune, partageait avec elle cet attachement à l'illégalisme, tout en gardant la souvenance affectueuse de son mari, le docteur Petiot, autre personnage extraordinaire et effrayant de ce siècle. Quelle rencontre incroyable que celle de ces deux veuves !

Autre contribution capitale : celle de Kilbatchiche, plus connu sous le nom de Victor Serge, l'un des fondateurs avec Lénine de la Révolution d'octobre, et qui fut le secrétaire de Trotski, le fondateur de l'Armée rouge. compagnon de Bonnot, il était plus porté à la méditation qu'à l'action.
Ce personnage fascinant, qui est mort pauvre, je l'ai rencontré plusieurs fois dans les années 46-47 : cultivant un esthétisme distingué et hautain, il m'entretint longuement de la quinzaine d'anarchistes qui formèrent la bande à Bonnot.
Sait-on aussi que Bonnot fut le chauffeur attitré de Conan Doyle ? (1) C'est à Londres qu'il perfectionna la conduite des nouveaux bolides qui effrayèrent tant nos ancêtres !

Bonnot et sa bande d'illégalités sont des hommes jeunes, démunis, rejetés pour leurs opinions extrémistes ; ils ont la haine d'une société faite d'injustices et d'inégalités. Dans la lignée de Ravachol, Vaillant et des nihilistes russes, ils provoquent l'ordre établi par une violence inouïe et parfois gratuite. Tous sont des doctrinaires désespérés dont la vie privée est exemplaire.
Austères, ils ignorent le tabac, le jeu, les femmes. Courageux, ils méprisent la mort. S'ils inspirent la terreur, ils suscitent également dans l'immense camps des pauvres une admiration non dissimulée.
J'ai connu un vieil ouvrier très fier d'avoir, par hasard, serré la main de Jules Bonnot ».


° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °
(1) Est-ce une légende ? S'il est certain que Bonnot a été le chauffeur de Aschton Wolfe, un ami de Conan Doyle, il n'y a pas de preuve formelle qu'il ait été celui du romancier.
En 2002, la Société Sherlock Holmes de France a fait paraitre sous la signature de Jean-Pierre Crauser une petite étude sur ce sujet. L'auteur laisse la réponse en suspens.
Se pourrait-il aussi que Bonnot ait été non seulement le chauffeur de Aschton Wolfe mais aussi celui de Conan Doyle ?

Lire l'article de Jean-Pierre Crauser : http://www.sshf.com/articles.php?id=7

° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °

William Caruchet est décédé en 2008. Il était avocat international. Selon le Journal l'Humanité, il fut communiste dès son adolescence et jusqu'à son dernier souffle et travailla dans les services de renseignements soviétiques, membre du fameux réseau l'Orchestre rouge, crée par l'agent Léopold Trepper durant de la dernière guerre. L'Humanité mentionne qu'il est décédé à l'âge de quatre fois vingt ans. Ce qui le fait naitre en 1928, date un peu tardive pour avoir été officier de renseignements durant la dernière guerre ? A moins que le journal ait fait une erreur sur son âge ?
Il a été l'un des avocats de Maurice Agnelet,* un avocat accusé de la disparitiond'Agnès Leroux survenue en octobre 1977 — héritière du casino le Palais de la Méditérannée — et dont le corps ne fut jamais retrouvé.

* Acquitté en 2006, Maurice Agnelet a été condamné à vingt ans de réclusion en 2007. Mais le 1er février 2013, les portes de la prison de Mauzac (Dordogne) se sont ouvertes devant lui, suite à un arrêt de la Commission de réexamen de la Cour de cassation. Cet arrêt succédait à une condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'Homme jugeant que Maurice Agnelet n'avait pas bénéficié d'un procès équitable (le verdict aurait dû être motivé).
Cet arrêt ne cassait pas la condamnation de Maurice Agnelet mais ouvrait une voie possible pour un nouveau procès. Il devrait se dérouler dans quelques mois à Rennes (Ile-et-Villaine).

Lire une courte biograhie de William Caruchet, parue dans le journal l'Humanité : http://www.humanite.fr/node/45825




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MessageSujet: L’agence de la Société Générale de Chantilly peu après l’attaque   Mer 8 Mai 2013 - 17:23




L’agence de la Société Générale de Chantilly peu après l’attaque



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MessageSujet: Édouard Carouy arrêté en gare de Lozère   Jeu 9 Mai 2013 - 16:03


3 avril 1912 - Édouard Carouy est arrêté en gare de Lozère
-----=-----



L’équipée tragique de la « Bande à Bonnot », qui a défrayé la chronique de décembre 1911 à mai 1912, a donné lieu depuis à une abondante littérature. L’épisode qui nous intéresse ici se situe à la fin de cette série de faits divers, alors qu’après des semaines de traque infructueuse, les inspecteurs de la Sûreté nationale réalisent coup sur coup plusieurs arrestations.

Depuis la fin de l’année 1911, « les bandits en auto », comme les a très vite surnommés la presse, ont multiplié les attaques à main armée : la première, commise le 21 décembre 1911, a frappé les esprits. Un encaisseur de la Société Générale a été froidement abattu puis dévalisé rue Ordener, avant que les bandits ne prennent la fuite dans une puissante automobile, une superbe limousine de maître Delaunay-Belleville. Ce premier hold-up motorisé de l’histoire du crime constituait une « première » à l’époque. En effet, l’automobile était encore alors un objet de luxe, réservé à quelques privilégiés, et n’avait jamais été utilisée par des criminels. Les forces de l’ordre n’ont rien pu faire : il faut dire qu’à cette époque, les policiers, armés de sabres datant de la guerre de 1870, se déplacent encore à pied - au mieux à bicyclette - et les gendarmes, à cheval.

Ces bandits d’un genre nouveau se réclament de théories anarchistes, plus précisément du courant « illégaliste », qui prône la « reprise individuelle » considérée comme un acte révolutionnaire, face à l’exploitation des possédants. Après une série de méfaits relatés quasi quotidiennement par la presse, les « bandits en auto » sont signalés partout…

Ce matin du 3 avril, le commissaire Jouin, sous-chef de la Sûreté, et ses inspecteurs ont entrepris la filature du belge Édouard Carouy, dont ils ont appris qu’il se rendait souvent en banlieue sud. L’ayant repéré sur sa bicyclette, puis perdu de vue à hauteur de Choisy-le-Roi, ils décident d’aller se mettre en faction en vue de la gare de Lozère, où ils arrivent à la mi-journée.




C’est M. Lachaux, le garçon du Café-Restaurant de la Gare, tenu par M. et Mme Dugne, et situé à proximité immédiate, qui raconte la suite dans les colonnes du « Petit Journal » :




« Vers deux heures et demie environ, une grande automobile grise, montée par plusieurs hommes, s’arrêtait devant la maison. Les voyageurs, au nombre de cinq, descendirent et me demandèrent où ils pourraient garer leur voiture, car ils avaient "du travail à faire". Mme Dugne, ma patronne, leur indiqua alors la ruelle voisine.
» Mais l’arrivée de cette voiture n’était pas passée inaperçue, et les voyageurs qui en étaient descendus étaient si mal habillés, avec des casquettes et des vêtements si crasseux, que plusieurs habitants du pays les prirent pour des malfaiteurs, et furent sur le point d’aller prévenir les gendarmes…
» Mais déjà les cinq hommes s’étaient dispersés. Quatre étaient allés se coucher dans les champs pour surveiller toutes les routes, et le cinquième s’était dissimulé dans les water-closets de la gare, non sans l’avoir longuement inspectée.
» Enfin, vers cinq heures, j’aperçus un homme ayant une petite moustache brune, taillée à l’américaine, la mouche, vêtu d’un complet bleu, et coiffé d’une casquette verte, qui arrivait par la route de Palaiseau.
» Aussitôt, tous les voyageurs de l’auto arrivèrent dans l’établissement, et tandis que certains se faisaient servir des consommations, d’autres faisaient semblant d’écrire. L’homme au complet bleu se rendit à la gare et se mit à faire les cent pas sur le quai. Pendant ce temps, les inspecteurs de la Sûreté le surveillaient. Cette surveillance devait durer encore près d’une heure.
» Enfin, à six heures dix exactement, Carouy - car l’homme au complet bleu, c’était lui – quittait le banc sur lequel il s’était assis et, faisant le tour de la gare, pénétrait dans la salle d’attente pour y prendre son billet. A peine avait-il fait trois pas que le brigadier Colmar, qui le suivait, bondissait sur lui et le saisissait par le bras, l’immobilisant. Presque en même temps, les autres inspecteurs s’emparaient du bandit auquel on passa le cabriolet
(*). »

Les inspecteurs devront protéger Carouy des curieux, qui veulent le frapper, avant de pouvoir l’emmener en voiture à Paris, où il sera interrogé par M. Guichard, le chef de la Sûreté. Peu de temps après son arrivée, Carouy demande à ce qu’on desserre ses liens, et en profite pour pencher la tête vers ses mains entravées, et porter à sa bouche le contenu d’une pochette tirée de la doublure de son pantalon. Croyant avoir avalé du cyanure de potassium, il dit adieu aux policiers... En réalité, le pharmacien ne lui avait vendu que du ferrocyanure, et l’épisode se terminera piteusement aux toilettes de la Sûreté…

Mais le 28 février 1913, au lendemain de sa condamnation aux travaux forcés à perpétuité, Carouy parviendra à ses fins dans sa cellule, en avalant cette fois une capsule de cyanure, dissimulée dans la semelle de sa chaussure. Ainsi disparaîtra ce bandit singulier, qui ne supportait pas l’idée de la prison, et achetait des oiseaux en cage sur le quai aux Fleurs à Paris pour leur rendre la liberté, mais qui avec son complice Marius Metge, assassina sauvagement un vieillard de 91 ans et sa gouvernante âgée à Thiais pour les cambrioler...

Lui qui avait l’habitude de s’enfuir avec ses compagnons dans une puissante Delaunay-Belleville ne pouvait pas savoir que, quatre ans seulement après son arrestation en gare de Lozère, le manoir situé en contrebas de celle-ci serait acquis par… Emile Delaunay-Belleville.

(*) ancêtre des menottes

http://memoiredelozere.free.fr/carouy.html

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MessageSujet: Édouard Carouy   Jeu 9 Mai 2013 - 16:11


Édouard Carouy



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MessageSujet: La fiche de Jules Bonnot [/b]   Jeu 16 Mai 2013 - 13:45


Jules Bonnot - fiche de "police générale" extraite du fichier central de la Sureté nationale




Source : Archives nationales

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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Jeu 16 Mai 2013 - 20:33

Dossier détruit ?
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Jeu 16 Mai 2013 - 21:07

Oui, dossier détruit.

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MessageSujet: La mort de Garnier et Valet   Mer 29 Mai 2013 - 13:59


La mort de Garnier et Valet





Le Petit Journal Illustré, n° 1 123 du 26 mai 1912



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MessageSujet: La sacoche de Bonnot - grand format   Ven 31 Mai 2013 - 11:43




Une autre photo - grand format - de la sacoche de Bonnot

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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Lun 3 Juin 2013 - 15:20

14 Juin 1910. Précurseurs de la bande à Bonnot. Les bandits en auto de la rue de Laborde.




(source : gallica.bnf.fr)
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Nemo
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Lun 3 Juin 2013 - 15:32

Comparaissant devant les assises de la Seine le 08 décembre 1910, Legris fut condamné à six ans de réclusion. Le chauffeur fut acquitté.

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"C'est par ma seule volonté que mon esprit se meut. C'est par l'élixir de Sapho que ma pensée s'accélère. Les lèvres se tachent, les taches deviennent mise en garde. C'est par ma seule volonté que mon esprit se meut."
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Sam 15 Juin 2013 - 17:48

                                                                                                                                                                                              
"HUMEURS DE QUOTIDIENS"  


Quotidien LE RAPPEL, du 20-05-1912.   
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       
L'anarchie policière

Des sanctions 

I
l est inadmissible, il est impossible que l'anarchie policière qui stupéfie et qui écœure l'opinion publique et la presse unanimes bénéficie plus longtemps d'une impunité scandaleuse. 
Préfecture de police et Parquet se dressent l'une contre l'autre, suivant l'usage, rejetant l'une sur l'autre l'abominable responsabilité. 

Le ministre de l'Intérieur et le Garde des sceaux se regardent en chiens de faïence, laissant aux « tarots » le soin de décider si le Préfet de police, auteur de la mise en scène ignominieuse, agissait en qualité de fonctionnaire de l'ordre administratif ou d'officier de police judiciaire.

Le dégoût et l'inquiétude gagnent les honnêtes gens de tous les partis. De M. Guy de Cassagnac à M. Compère-Morel la huée monte et déferle contre l'incapacité sénile et l'impéritie effroyable du préfet de police, et la veulerie d'un Gouvernement prisonnier de ses fonctionnaires. Ce spectacle d'anarchie, autrement plus redoutable que les méfaits de la bande Bonnot, nous couvre à l'étranger d'opprobre et de ridicule. 

On lira plus loin le récit de cette nuit immonde, où les plus bas instincts de sauvagerie poussèrent une foule abjecte à une curée innommable qui rend presque pitoyables les plus odieux des malfaiteurs.
On lira le récit de ces soldats courageux qui s'emparent des bandits vivants, qui les désarment et qui sont — le péril passé — violemment expulsés par des argousins qui leur arrachent des prisonniers réduits à l'impuissance auxquels ils brûlent ensuite la cervelle. 

Après l'exécution sommaire, c'est l'enfouissement clandestin de corps qu'on ne veut pas laisser reconnaître, ou qu'on ne peut pas reconnaître, tellement on les a défigurés, hachés, déchiquetés. Une telle ruée de sauvagerie, un tel oubli des garanties légales, une telle violation de toutes les règles sacrées de la justice criminelle ne peuvent demeurer sans sanction. De toute celte anarchie policière, de tout ce cabotinage sanglant couronnant tant de fautes accumulées, un homme est assurément responsable. Il appartient au Gouvernement d'établir ses responsabilités et d'ordonner les châtiments encourue. 

Si d'aventure l'anarchie policière a gagné — par contagion ou par crainte — le Gouvernement tout entier, il appartiendra au Parlement de faire connaître si, lui aussi, se désintéresse du Bien public et de la Sécurité de la Nation, et s'il entend se rendre complice des laits déshonorants pour lesquels la Presse française toute entière et l'opinion réclament des sanctions exemplaires.

Les protestations de la presse 
 
De l'AUTORITE (M. Guy de Cassagnac) 

Plusieurs journaux, où le cliché est toujours en honneur, ont intitulé leurs articles sur la prise de Garnier et de Valet : Force reste à la Loi !
Ce serait drôle, s'il ne s'agissait d'une « affaire aussi tragique, car si la force a eu le dernier mot, la Loi, elle, a été bel et bien traitée à coups de fusil, de bombe et de revolver, comme si, au lieu d'être du côté des justiciers, elle était devenue l'alliée des criminels. 
Avez-vous remarqué, en effet, que le siège de Nogent s'est déroulé pendant toute la nuit, c'est-à-dire après et avant les délais légaux prescrits pour les violations de domicile ? 
Cela a peu d'importance, diront les gens passionnés et irréfléchis, cela a peu d'importance, car l'essentiel était que le repaire fût forcé et les criminels arrêtés. 

Eh bien si ! cela a une énorme importance : nous ne sommes, en aucune façon, formalistes, mais lorsque la police, c'est-à-dire l'organisation instituée en vue de faire respecter la Loi, donne elle-même l'exemple de l'anarchie et de l'outrage à la Loi, cela marque une époque, et il importe qu'on souligne cet attentat, non pas seulement parce qu'il a créé un précédent terrible, mais parce qu'il est un signe des temps. 

C'est, en effet, le plus formel aveu d'impuissance que l'anarchie régnante puisse arracher à la police, et nous espérons qu'un députée portera la question à la tribune. Celui-là fera, pour l'histoire, le récit de cette misérable aventure où deux hommes tinrent tête, de cinq heures du soir à deux heures du matin, à toutes les force policières réunies. Des croix de la Légion d'honneur vont marquer, sur la poitrine des agents, les blessures occasionnées par des balles ; ceux-là ont, en effet, mérité une récompense, qui rachetèrent par leur courage l'incapacité et la magnifique lâcheté de leurs chefs. 
Et M. Jouin ? me répondra-t-on. 
On sait ce que nous pensons de M. Jouin, mort par imprudence et nullement par héroïsme. 

Il y a eu, dans cette affaire, des bravoures incontestables : celle de l'officier qui posa la cartouche de dynamite et celle, plus obscure, mais non moins belle, du charretier qui sollicita l'honneur de conduire lui-même sa voiture sous le feu — et n'a obtenu pour récompense qu'une simple médaille d'agent. Pendant ce temps-là, Guichard, qui a appuyé glorieusement son revolver sur la tempe de Bonnot agonisant et qui l'a achevé par frayeur, comme le piqueur achève la bête à l'hallali où les chiens s'accrochent de tous leurs crocs aux chairs saignantes du cerf, Guichard, que l'on appelle déjà par ironie Guichard Cœur-de-Lion, Guichard fait la roue et secoue sur les appareils photographiques sa chevelure de poète romantique.

De l'HUMANITE (M. Compère-Morel) 

Enfin ! la France est sauvée : Garnier, et Valet sont morts. Tout comme Bonnot, ils ont payé leur dette à la société en passant de vie à trépas avec un nombre plus que respectable de balles dans le corps et Nogent-sur-Marne, qui les a vus périr, devient, tout comme Choisy-le-Roi, une ville des plus célèbres dont on parlera encore longtemps ! Et il est incontestable qu'au point de vue militaire et stratégique, le 14 mai 1912, fera époque dans notre histoire ; l'armée française a pris sa revanche de nos défaites passées : Sedan ne compte plus, puisque nous nous sommes emparés du Moulin-Rouge et avons réduit Garnier et Valet à l'impuissance ! 
Décidément, nous n'avons même plus la notion du ridicule et le crétinisme de nos dirigeants devient assurément très inquiétant pour notre bonne renommée dan le monde ! 

Avoir mis tout un pays en état de siège, mobilisé l'infanterie, la cavalerie, le génie, l'artillerie, les agents, la police secrète, les brigades centrales, la gendarmerie, les pompiers, les gardiens d'octroi, les gardes- champêtres — sans compter tous les citoyens valides capables de porter une arme qu'on réquisitionna — pour trois gredins, cela dépasse un peu la mesure ! Aussi, allons-nous devenir la risée des 'étrangers qui ne vont certainement pas hésiter à se payer copieusement notre tête. 
Oh ! ce n'est pas que j'éprouve la moindre sympathie pour les opérateurs de Thiais, de la rue Ordener, de Chantilly et de la place du Havre. 

Pourquoi cette mise en scène théâtrale, ces projecteurs, ces torches, ces boucliers, ces fusillades ? 
Pourquoi cette mobilisation générale, cet investissement militaire, ces conseils de guerre, ces sonneries de clairon, ces bombes, ces bidons d'essence ? 
Ne pouvait-on pas cerner, filer et arrêter les Bonnot, les Garnier et les Valet comme on l'avait fait pour les Carouy et Raymond la Science ? 
Ne pouvait-on pas agir silencieusement, discrètement, sans ce bluff impudent et ce débordement de sauvagerie inutile qui bientôt va transformer les assassins en victimes, et les bandits en héros ?

De la LIBRE PAROLE (M. Albert Monniot) : 

Je demandais avant-hier quel intérêt pouvait bien avoir la police à la mort immédiate et théâtrale de Garnier et Vallet : on pourrait demander en outre, aujourd'hui, quel intérêt elle avait à ce que leurs cadavres fussent méconnaissables. 
Il est bien certain qu'on n'eût pas agi autrement si on avait assiégé et exécuté deux chenapans quelconques aux lieu et place des deux bandits traqués, et n'était le témoignage de la femme Vuillemin, je ne vois pas ce qui autoriserait à penser que Garnier et Valet sont morts à Nogent. 

Garnier, désarmé, a la figure broyée d'un coup de revolver tiré à bout portant par un policier. Vallet a de même la tête mise en bouillie. Aussitôt les policiers font sortir en hâte les militaires et ils mettent tant de zèle dans l'expulsion des soldats qu'un officier a ses galons arrachés. 
Cela ne suffit pas : certains récits nous apprennent que les visages des deux bandits ont été écrasés à coups de talon, et que les corps, saisis par les pieds, ont été traînés à travers les ronces du jardin et les pierres des chemins où ils se sont déchiquetés. 
Non seulement, tout cela n'est pas très reluisant, mais c'est étrange. 

Il ne manquait plus qu'à refuser à la mère de Garnier, au père de Valet, l'autorisation de voir une dernière fois et de reconnaître leur enfant : c'est ce qu'on a fait. 
Nous savions déjà qu'à Choisy-le-Roi, Bonnot avait été abattu alors qu'on pouvait le prendre vivant, comme on aurait pu prendre vivants Garnier et Valet, qui allaient chaque jour prendre tranquillement leur apéritif dans un café voisin, qui avaient été surpris par M. Guichard en train de jardiner, et qu'on a laissés rentrer dans la maison pour organiser la défense. II est possible, quoique rien ne permette de l'affirmer, que ce soient Garnier et Valet qui ont été tués à Nogent : il est certain, pour eux comme pour Bonnot, qu'on n'a pas voulu qu'ils fussent jugés. C'est la seule explication qu'on trouve de la transformation de deux faits divers en drames à grand spectacle. 
Et ce n'est pas une explication satisfaisante. 
Quand on exécute un assassin, je pense toujours aux victimes, et c'est à elles que je réserve ma pitié : je n'en suis que plus à mon aise pour demander quel mystère recèlent, ces burlesques batailles rangées et cet atroce jeu de massacre ?

De l'ACTION

Maintenant que les esprits se calment, qu'on se prend à réfléchir de sang-froid, et que les témoignages se font entendre, on doit constater que cette nuit du 14 mai n'est pas à l'honneur de la police. Les auxiliaires de M. Guichard, au bout de six heures de siège, avaient perdu toute raison. Et c'est sans beauté ni bravoure, on peut le dire, qu'ils ont vengé leurs mort.

Garnier aurait pu être pris vivant ; un sergent de zouaves l'avait courageusement  désarmé et le tenait à sa merci : ce sont des inspecteurs de la Sûreté qui le tuèrent à bout portant. Regrettable aventure : elle clôt brutalement la tragédie, mais ainsi nous ignorons — et nous risquons de l' ignorer toujours — comment se forma la terrible association, sa discipline secrète, ses modes d'organisation. Les chefs ne sont plus mais leurs plans demeurent, et leurs idées ne sont pas, tout entières couchées dans la fosse commune du cimetière de Bagneux. 
La vengeance, la primitive et barbare, d'où qu'elle vienne, ne fut jamais preuve de courage. 

Parmi ceux qui, à deux heures vingt du matin, s'élancèrent, des plus hardis et des premiers, à l'assaut de la sinistre citadelle, figure le sergent Piette, du 1er régiment de zouaves. Son témoignage est irrécusable : il put désarmer Garnier et le tenait à sa merci : mais les policiers survenant écartèrent le brave soldat, et, à bout portant criblèrent le bandit. Voici le récit qu'il nous fait de ce tragique épisode : 
— Je suis très ennuyé, nous dit-il, du bruit fait autour de mon nom, car je n'ai fait que mon devoir en service commandé. Mais tout ce que vous me racontez est exact. 
« Avec mes hommes, nous nous trouvions dans le jardin avec la section de mon camarade Momille, je suis entré le premier dans la maison. Je vis tout de suite le bandit, debout contre le mur, je me précipitais sur lui et je parvins à lui arracher le browning qu'il tenait à la main. Je le maintenais solidement, lorsque les agents entrèrent, nous fûmes bousculés, presque mis à la' porte et plusieurs coups de feu partirent simultanément. Garnier tomba mort.
 
Ce témoignage est confirmé par les zouaves qui, sous les ordres du sergent, s'étaient précipités dans le repaire. 
L'exaspération, l'affolement des policiers sont encore démontrés par ce fait que le capitaine Blanchard de Lhéry, qui était en costume d'officier, pénétrant à la tête de la section de zouaves, fut bousculé et sorti si violemment qu'il en eut ses galons arrachés. 
De tels laits font l'objet d'un minutieux rapport, qui vient d'être envoyé à la place de Paris. 
La loi est la même pour tous, même pour le plus méprisable des assassins. Les policiers surtout, qui l'appliquent, la doivent d'abord respecter. 

Un autre incident se greffe, qui, cette fois, parait surtout imputable à l'anarchie des bureaux et à cette peur des responsabilités qui marque l'administration : c'est l'incident Valet père. 
La préfecture de police ayant répondu, hier matin, au communiqué envoyé à tous les journaux par M. Valet, nous sommes allé aussitôt demander au malheureux père du jeune bandit s'il maintenait ses déclarations. 

— Je viens de lire, nous dit M. Valet, la réponse de la préfecture de police. C'est un mensonge, et je suis heureux de pouvoir vous préciser les faits. 
« Le 15 au matin, quand j'appris la mort de mon fils, je me décidai immédiatement à aller trouver M. Guichard pour lui demander à voir le corps de mon enfant. 
« En route, avec ma fille, je décidai qu'il serait enterré à nos frais, malgré tout le chagrin qu'il venait de nous causer. 
« J'étais chez M. Guichard. à sept heures et demie. Mme Guichard vint m'ouvrir, elle me dit que son mari venait seulement de rentrer et qu'il se disposait à se coucher. La conversation avait lieu dans l'entrebâillement de la porte. Mme Guichard me conseilla d'aller à la Morgue. 

« A huit heures, nous étions, ma fille et moi, quai de l'Archevêché. Les portes de la Morgue étaient fermées, un gardien nous déclara que les bureaux n'ouvraient qu'à neuf heures. 
« A neuf heures dix, je me présentai à nouveau aux portes de la Morgue ; le greffier me reçut, et comme j'insistais pour voir le corps de mon enfant, il me répondit textuellement : 
« Je ne puis vous y autoriser, M. le juge d'instruction Gilbert peut seul le faire. 
Et — nous dit M. Valet — le greffier ajouta ? « Soyez tranquille, nous allons lui en parler, on vous préviendra. »
« Comme je manifestai ensuite l'intention de faire enterrer mon fils, le greffier ajouta qu'on ne pouvait pas me le refuser. Tranquillisé, je me décidai cependant à aller au palais de justice voir M. Gilbert. Toujours avec ma fille, nous nous présentons à son bureau. Un gardien nous déclare que le juge d'instruction n'est visible que de une heure à cinq heures. Lorsqu'à deux heures nous revînmes pour le voir, plus de quarante personnes attendent déjà. 

— Nous allons perdre un temps infini dis-je à ma fille. Il faut, pour voir le juge, faire, une demande d'audience. Le plus sage est de lui envoyer un télégramme pour lui demander l'autorisation d'entrer à la Morgue. A la poste, qui se trouve en face le Palais de justice, je demandai combien de temps mettrai un pneumatique pour, arriver à M. Gilbert. On me répondit un quart d'heure. 
« J'envoyai donc un pneu à deux heures et demie demandant, une réponse. 

A quatre heures, ma fille et moi retournions à la Morgue, espérant que des ordres avaient été donnés. Le greffier nous dit qu'il n'en avait aucun, que nous verrions le cadavre certainement, qu'on nous préviendrait. Désespéré de l'insuccès de toutes ces démarches, je rentrai chez moi, où ma femme, en pleurs, nous attendait. 
Hier matin jeudi, à huit heures et demie, le même greffier qui m'avait répondu la veille arrivait essoufflé chez moi et me déclarait que si je voulais réclamer mon fils, il fallait être au cimetière à neuf heures. 'Mais, demandai-je, pourrons-nous voir le cadavre, avant d'en prendre possession ? 
— Non, vous ne le verrez pas, répondit le greffier. 
« Un doute affreux s'empara de ma fille et de moi. 
« Si ce n'était pas mon fils, pourquoi ne pas me le laisser voir ? Il y a donc quelque chose que la police veut cacher ? 
« Il était neuf heures moins le quart lorsque le greffier sortit de chez moi, c'était trop tard pour aller à Bagneux. 

« Je ne nie pas, monsieur, que ce soit bien mon malheureux fils qui ait été tué à Nogent, mais encore ai-je le droit de m'en assurer. 
« Un supplicié est rendu à sa famille sur sa demande. Pourquoi a-t- on refusé de me rendre' mon fils autrement qu'enterré déjà et sans que j'aie pu m'assurer que c'est bien lui ? »

De l'ACTION FRANÇAISE (M. Léon Daudet) : 

On lit dans la feuille de Jean Dupuy…Le Petit Parisien 
« Des militaires auraient été « passés à tabac ».— Notre interlocuteur — un gradé d'entre les zouaves qui menèrent l'attaque à la fin — nous révèle ensuite que le sergent Piette se ressent douloureusement des coups qu'il reçut, dit-il, dans le pavillon. 
Comme nous nous étonnons, il nous explique :
— C'est la vérité. Au moment où Piette venait de désarmer Garnier  un haut fonctionnaire de la préfecture de police cria aux gardiens de la paix qui s'étaient élancés après les zouaves dans la maisonnette : « Dehors, les « pékins ». 
Par « pékins » certains agents trop zélés comprirent qu'il fallait expulser tous ceux qui n'étaient pas des leurs. Et ce fut sur le malheureux Piette qu'ils tombèrent tout d'abord. A coups de poing, à coups de pied, ils eurent tôt fait de le chasser du local. Le capitaine Blanchard de Lhéry ne fut pas épargné non plus, les galons d'une de ses manches, arrachés par une poigne brutale, pendaient lamentablement quand il se retrouva dans le jardinet. 

Le juge lassé ne fut pas épargné lui-même. Il ne put — malgré qu'il eût crié sa qualité plus de trente fois — esquiver les bourrades que, de tous côtés à la fois, on lui décochait. » 
D'autre part, le sergent Piette en personne a déclaré à un de nos confrères de La Liberté :
« Avec mes hommes, car nous nous trouvions dans le jardin avec la section de mon camarde Momille je suis entré le premier dans la maison. Je vis tout de suite le bandit, debout contre le mur, je me jetais sur lui et je parvins à lui arracher le browning qu'il tenait à la main. Je le maintenais solidement, lorsque les agents entrèrent, nous fûmes bousculés, presque mis à la porte, et plusieurs coups de feu partirent simultanément. Garnier tomba mort ».

C'est bien clair. Les policiers avaient l'ordre de massacrer les assiégés, afin que le nom de l'agent indicateur devenu bandit, et qui avait trempé dans l'affaire Steinheil, ne fût pas prononcé par eux. Ils ont fermé la bouche à Garnier et à Valet, comme ils l'avaient fermée à Bonnot, à coups de revolver. Dans leur rage, dans leur peur, dans leur dédire, les policiers allèrent jusqu'à frapper et maltraiter les vaillants militaires qui avaient fait toute leur besogne, cependant qu'eux tremblotaient derrière leurs boucliers ou s'empiffraient sous les arches du viaduc. Ils les auraient plutôt tués eux aussi, que de prendre Garnier et Valet vivants. 

En dépit de Hennion, terré sous son rond de cuir, en dépit de Lépine, tapi entre ses dossiers, en dépit de Guichard, il faudra cependant que la vérité soit connue. 
Quand ces messieurs font annoncer à son de trompe que l'affaire des bandits est terminée, ils mentent effrontément, ils prennent leur désir et leur frousse pour la réalité. Certains sont encore vivants et savent le fond des choses qui, tôt ou tard, parleront.

De l'OPINION 

P
as plus que Bonnot, Garnier et Valet n'ont été pris vivants. Nous n'objecterions rien à ce résultat s'il n'avait fallu pour l'obtenir sacrifier tant de braves gens. Et qu'on nous entende bien. Nous ne marchandons pas à M. Lépine le tribut légitime que nous devons à son courage. Mais nous avons peine à croire que de telles opérations de police, sans doute anormales et difficiles, ne puissent être conduites avec des moyens plus rationnels. Si non, la répétition de ces spectacles que le cinéma enregistre pour l'éducation des apaches constitue un très grave danger. 

Du MATIN 
 
N
ous avons revu hier soir M. Valet et ses filles : 
— Plus que jamais nous sommes disposés, nous ont-ils confirmé, à demander qu'on nous rende le corps de notre fils et de notre frère, et surtout qu'on nous le montre. 
« Qui est responsable de l'inhumation si rapide, faite sans que nous fussions avertis à temps ? Nous l'ignorons. Nous nous sommes présentés à la Morgue mercredi matin à neuf heures, comme vous le savez. L'employé qui nous reçut nous ayant déclaré qu'il avertirait de notre démarche le parquet, nous avons été très étonnés de n'être pas encore fixés, à deux heures de l'après-midi, sur la possibilité de voir le corps. 
C'est alors que nous avons adressé un pneumatique à M. Gilbert, juge d'instruction. Ce dernier le reçut à quatre heures. 

Ayant signé le permis d'inhumer, il n'avait pas à s'occuper des détails de l'inhumation. C'était à la Morgue ou à la préfecture de police qu'incombait ce soin. 
« Notre cause est maintenant entre les mains d'un avocat. Demain, il fera des démarches et à la Morgue et à la préfecture de police, afin que nous obtenions satisfaction, puisque ce sont ces deux administrations qui, après entente, ont fait inhumer le corps ». 

De l'INTRANSIGEANT 
 
P
ourquoi n'a-t-on pas pris Garnier vivant ? Voilà la question qu'on a posée maintes fois depuis hier, aussi bien à M. Guichard qu'à M. Lépine. 
En réalité, le désordre qui a régné pendant toute la durée du siège n'a pas cessé au moment décisif. Les uns qui croyaient avoir le droit de commander ont été chassés par d'autres qui croyaient avoir ce droit à leur tour ; ce fut l'antagonisme entre l'armée et la police qui a créé cet extraordinaire état de choses.

(Source : gallica.bnf.fr]
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MessageSujet: Eugène Dieudonné.    Dim 16 Juin 2013 - 19:03

Un grand écrivain, même si ce ne fut que l'auteur d'un livre, de son livre... qu'il mit sept ans à écrire

La vie des forçats.

Édition originale préfacée par Albert Londres (qui ne se révèle pas sous son meilleur jour). Je n'aurais pas pu acheter la réédition chez Libertalia, à cause de la préface de Rouillan que je ne veux en aucune manière cautionner.
Des site du genre de Price Minister permettent d'acquérir une édition originale.

Pourquoi grand écrivain?

Parce que le style est d'une sobriété rare, d'une grande économie de mots, les phrases sont dépouillées à l'extrême, le refus du pathos est systématique.
Parce que Dieudonné synthétise à merveille la problématique de la politique carcérale qu'il subit, et je ne parle pas du premier chapitre, éblouissant: le condamné à mort qui attend des semaines durant de savoir s'il sera, ou non, grâcié. 

Parce que quand on est arrivé au bout, on se rend compte que les "spécialistes" (M. Pierre, Godfroy, etc.) ont tiré 95% des informations de ces deux cents pages (souvent en oubliant les guillemets)

Vous permettrez à un ancien enseignant de souligner qu'il y a un peu moins de cent ans, un ouvrier, fût-il très qualifié, s'exprimait dans un français impeccable, lisait Mercure de France dans son cachot, analysait les individus et la société avec une acuité rare. Les temps ont changé.

Question: comment savoir si le livre est libre de droits? parce que dans l'affirmative, je compte le mettre en ligne.
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mer 19 Juin 2013 - 15:05

Les droits du livre doivent tomber en 2014. Normalement, le 22 août, 70 ans après le décès d'Eugène Dieudonné. Mais peut-être seulement au 1er janvier 2015. A vérifier.
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mer 19 Juin 2013 - 15:08



CCIP-Gobelins, 2012, Paris. 35 pages. Couverture souple. Certains documents sont peu connus (le livre était vendu exclusivement à librairie du Monde libertaire, 147 rue Amelot, Paris XIème, au prix de 8€. Il est proposé à 40 euros sur eBay ! )

La conception graphique de cet ouvrage a été réalisée par des élèves préparant un BTS de Communication et Industries Graphiques à l'école GOBELINS, à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis).

Petite animation sur les pages du livre : http://www.gobelins.fr/galerie/DES-ASSIETTES-AUX-DURS-...

* Franck Sénateur est enseignant en histoire sociale. Fondateur, en 1999, de l'association FATALITAS Association pour l'histoire et l'étude  des établissements pénitentiaires de métropole et d'Outre-mer.
Auteur de plusieurs ouvrages dont Mémoires du bagne



Éditeur Manufacture de livres, 2011. 320p, 31 x 26cm, 300 documents.

Excellent petit blog : http://www.bagne-guyane.com/infos.htm
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mer 19 Juin 2013 - 15:08

Il n'y a pas le cas d'un descendant qui pourrait faire perdurer les droits?

Quel organisme pourrait me renseigner avec précision?
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mer 19 Juin 2013 - 15:13

Les descendants n'ont qu'un droit moral (respect de l'œuvre), pas sur la reproduction après 70ans. 
Au pire ce sera au 1er janvier 2015. Je vais chercher la date exacte.
Ce sera au 1er janvier 2015. Mais voyez l'ADAMI ou la SACEM si vous le souhaitez.

* Ces deux organismes sont au courant des droits mais le mieux pour les livres est de contacter la Société des gens de lettres, 38 rue du Faubourg Saint-Jacques, Paris XIVème (établi dans l'hôtel de Massa).


Dernière édition par mercattore le Mer 19 Juin 2013 - 22:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mer 19 Juin 2013 - 19:03

l'inconvénient c'est que Dieudonné n'a jamais rien dit , ni écrit sur ses complices ....

d'ailleurs il faudra bien mettre le sujet sur sa culpabilité ...
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mer 19 Juin 2013 - 19:25

Ah si, Dieudonné s'est parfaitement expliqué sur sa "culpabilité". Effectivement, on le croit ou non, mais dans le livre de Londres il a tout expliqué. 

Il connaissait Bonnot and Co, dans le milieu anar, on ne "donnait pas" à la maison poulaga (ce en quoi il était bien naïf: lui, on l'a donné!) donc tout en désapprouvant et la "récupération individuelle" (il gagnait sa vie comme ébéniste) et surtout le meurtre, il ne s'est pas érigé en juge. 
Ça a murmuré sec autour de Lorulot, accusé d'avoir été la balance qui a permis de serrer la bande.

En tout cas Dieudonné, au bagne, a toujours respecté sa ligne de vie, sa philosophie. Hygiène de vie parfaite, solidarité avce ses camarades  et avec des libérés miséreux, aucune violence, devoir d'évasion pour récupérer sa liberté mais sans aucune violence ni même vol (il a payé les deux passurs qui l'ont emmené au Brésil, pour lui et en partie pour ses camarades).

On comparera avec Metge, l'anar "pur et dur" qui s'est fait garçon de famille (c'est à dire larbin de surveillant, chapeau pour un libertaire! ) et qui a monté un sale petit trafic. Comme ses fonctions lui donnaient une certaine liberté en ville, il se faisait envoyer de l'argent par les familles de ses codétenus pour le leur repasser - mais en en gardant une bonne partie. Il a été trop gourmand et une de ses victimes l'a dénoncé, quitte à faire elle aussi de la prison (recevoir des fonds était interdit) et Metge a été envoyé en camp.

Je chercherai le libellé exact de la réponse de Dieudonné à la question nette d'Albert Londres: "que faisiez vous, au juste, dans la bande à Bonnot?"

Je ne pense pas, depuis des années que j'étudie la question, qu'il y ait eu beaucoup d'innocents au bagne contrairement à la légende (s'il y eut beaucoup de pauvres types trop sévèrement condamnés) mais mon "intime conviction" est que Dieudonné en était un.

Tout au plus et en chargeant au maximum la barque aurait-on pu l'inculper pour association de malfaiteurs (pour les avoir hébergés) avec un maximum de circonstances atténuantes. En gros, la même peine que Kilbachiche.

Dieudonné ne fut condamné que sur le témoignage de Caby, qui après tout n'a changé que cinq fois d'avis et qui l'a formellement reconnu alors qu'il était droitier et que dans un précédent PV il était catégorique: celui qui lui avait tiré dessus était gaucher. 

Incrédule, le Président lui a posé trois fois la question. "faites attention, Mr Caby, cet homme joue sa tête!" dans un procès où pourtant on ne badinait pas avec ceux qui avaient terrorisé la France.
Et que dire de Poincaré qui graciait si peu... et qui gracia Dieudonné? Il fallait bien qu'il ait été incrédule parce que convaincu qu'il aurait tiré pour tuer un encaisseur, il n'aurait certainement pas gracié!
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mer 19 Juin 2013 - 20:03

Je suis de votre avis, Benjamin, je ne crois pas à la culpabilité de Dieudonné. Caby s'est décrédibilisé en changeant d'avis plusieurs fois.
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   

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