La Veuve

Forum consacré à l'étude historique et culturelle de la guillotine et des sujets connexes
 
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 La bande à Bonnot - 1912-1913

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CHANTAL
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mar 18 Mar 2008 - 17:57

Bienvenue au forum, Nadyne (et bienvenue à une Belge ! :cheers: ). Ce que vous dites est super intéressant ! Merci pour les précisions ! bounce
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CHANTAL
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mar 18 Mar 2008 - 18:07




En essayant, en vain, de trouver des photos de Marie la Belge, je suis tombée sur ces deux belles photos du petit Jules... sunny
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Lun 28 Juil 2008 - 15:43

CARNIFEX a écrit:



Au sujet des bourreaux de Guyane, il y a plusieurs mois Piotr (je crois) nous avait donné le lien vers un article à ce sujet, lequel m'avait fortement impressionné.

En effet, il était question d'un bourreau (bagnard, donc) qui, ayant du ressentiment à l'égard du condamné l'avait placé sur la planche la tête vers le haut! affraid

L'assistance n'avait pas réagi tout de suite, eu égard à la brume matinale qui faisait que l'on ne voyait pas bien.

Cependant, lorsque le malheureux poussa des râles d'horreur en contemplant la lame qui allait lui tomber dessus, les officiels se rendant compte de ce qui était en train de se passer crièrent à l'adresse du bourreau, lequel laissa s'écouler plusieurs (longues) secondes avant d'actionner la manette.

Malheureusement, je ne retrouve plus le lien sur le forum, mais cette histoire m'avait marqué. Quelle horreur!



Il s'agit de l'exécution de Fritz Krautmann par le bourreau Jugaret, en Nouvelle-Calédonie.

Jugaret avait une "dent" contre le condamné, suite à un differend non réglé entre eux. Mais le condamné fut ensuite remis dans la position classique avant d'être exécuté.
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Titus_Pibrac
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Lun 28 Juil 2008 - 21:27

Cette histoire du guillotiné renversé en a inspiré d'autres comme l'exécution d'un chauffeur de l'Aveyron dans "Dieu et Nous seuls pouvons".

Mais comme disait le 7ème, ça ne dure qu'une demi-seconde... tongue tongue tongue tongue tongue tongue tongue
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CARNIFEX
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mar 29 Juil 2008 - 13:08

A propos: merci Titus-Pibrac pour m'avoir indiqué qu'il y avait une suite à "Dieu et nous seuls...".

J'ai dévoré "Un loup est un loup" et "En avant comme avant".

je me suis réservé "Même le mal se fait bien" pour mes (toutes prochaines) vacances. Il parait qu'on y parle d'Heindenreich.

A propos, dans l'un des romans de Folco on y parle d'une anecdote d'exécution par pendaison: à la demande de la foule, l'exécuteur (Pibrac le 3ème) avait délié les mains d'un condamné à la pendaison, ce qui avait bien sûr augmenté son agonie pour la plus grande joie du public (en essayant de s'aggriper à la corde, il réussissait ainsi à respirer plus longtemps).
J'ai du mal à croire qu'une pareille chose aurait pu se produire ailleurs que dans le cerveau (fertile) de Folco. Les "bourreaux" n'étaient pas des faiseurs de spectacles et ne devaient pas s'écarter de la "procédure" prévue, non?
scratch
Qu'en pensez-vous?

_________________
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bernard weis
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MessageSujet: "testament" du petit Jules   Sam 11 Oct 2008 - 21:44

Bonsoir les amis....

-Voici le texte integral des derniers écrits de Jules peu avant sa mise hors de combat a CHOISY....

-" Je suis un homme celebre. La renomée claironne mon nom aux quatre coins du globe et la publicité faite par la presse autour de mon humble personne doit rendre jaloux tous ceux qui se donnent tant de peine afin de faire parler d'eux et n'y parviennent point. Pour ma part, je m'en serais bien passé.

- Ce que j'ai fait, dois-je le regretter? Oui... peut-être! Mais s'il me faut continuer, malgré mes regrets, je continuerai. Du reste ce n'est pas m. Guichard qui m'en empechera. En bon policier qu'il est, il m'a rencontré plusieurs fois et notamment quai de l'Archeveché, et ne m'a point reconnu. Jouin était peut-etre plus fort, mais il s'occupait d'autre chose.

- Il me faut vivre ma vie, j'ai le droit de vivre: Tout homme a le droit de vivre et puisque votre société imbecile et criminelle prétend me l'interdire, eh bien tant pis pour elle, tant pis pour vous tous...

-Je suis un incompris de la société.

- Je suis résolu a prendre une compagne.

- Je crois utile de soumettre ces quelques lignes. Depuis six mois que l'on detient Petitdemange, M. et Mme Thollon, qu'y a-t-il contre eux? Rien de sérieux. Petitdemange fut mon assossié pour l'atelier, route de Vienne et rien de plus. Tous mes cambriolages sont antérieurs a son apparition a Lyon. Les outils de l'atelier furent apportés sans son concours.

- A Montgeron, je n'avais pas l'intention de tuer le chauffeur Mathillet, mais simplement de prendre son auto. Malheureusement lorsque nous lui eumes fait signe d'arrêter, Mathillet braqua sur nous un révolver et cela le perdit.

- J'ai regretté la mort de Mathillet car c'était un prolo comme nous, un esclave de la sociéte bourgeoise.

-C'est son geste qui lui a été fatal.

Jules Bonnot."


--Puis rajouté au crayon sur ce même document.....

"- Je meurs. Cependant je tiens a reconnaitre que Jouin était brave et intelligent."

-puis sur un morceau de papier a part, se sachant irrémediablement perdu...

"- Madame Thollon est innocente. Gauzy aussi.... Dieudonné aussi... Petitdemange aussi, M.Thollon aussi.

Jules Bonnot


--On voit que le petit Jules sut prendre ses responsabilités au moment de sa mort et montra uns certaine grandeur d'âme.....

-
A bientot, mes amis!.....

-Bernard.
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CHANTAL
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Sam 11 Oct 2008 - 21:56

A-t-il donc eu le temps d'écrire tout ça, avant la fin de l'assaut final et sa mort ?? Shocked No confused
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bernard weis
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Sam 11 Oct 2008 - 22:21

Bonsoir....

- Merveilleuse Chantal, il s'agit en effet des document qui ont étés trouves a côté de jules agonisant a l'etage du garage fromentin juste après l'assaut.....

Voici une photo du petit Jules prise par le sureté de LYON lors de ses premiers ennuis....
https://servimg.com/image_preview.php?i=314&u=11395437

- Voici Giuseppe PLATANO, compagnon et complice du petit Jules lors de sa "periode Lyonnaise".... Tué par Jules en "montant a Paris"....
https://servimg.com/image_preview.php?i=315&u=11395437

Edouard CARROUY en 1909 et en 1912...
https://servimg.com/image_preview.php?i=316&u=11395437

- Marius METGE "le cuisinier de Mistral"·
https://servimg.com/image_preview.php?i=317&u=11395437

--A bientôt...
-Bernard.
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Lun 20 Oct 2008 - 15:45

Albert Dieudonné, rescapé de la guillotine, a brossé quelques portraits de la bande à Bonnot, dans «Souvenirs». Voici celui de Jules :
« BONNOT- D'aspect, Bonnot passe inaperçu. Sa figure est quelconque. Il faut l'étudier, lui parler en face, le connaître enfin à fond, pour remarquer la vivacité de ses yeux gris, petits et perçants, l'énergie de ses traits, la brièveté et la netteté de sa parole. Il parle assez bas. Il a un poumon malade. Au premier abord, il semble plutôt un « petit vieux bien propre » qu'un illégal. Il a du reste, toujours avec lui, une petite sacoche en cuir qu'il tient à la main, jamais gantée : dans cette sacoche, il enferme, brosses, diverses et nécessaire de toilette; il ne parait jamais sale en public, même après un travail salissant. Brosses, savon, serviettes cols et manchettes de rechange lui donnent un air paisible. En un mot : un artiste ès crimes comme on a dit.

Intellectuellement, peu de connaissances. Primaire, il ne s'est jamais perfectionné. Manque absolu de culture. Peu enclin aux idées, réfractaire à tout travail cérébral. Moralement correct avec ses pairs qu'il traite en égaux. Il n'a pas d'amis. Il n'a que des camarades d'occasion, surtout parmi les anarchistes assez enclins à la camaraderie. Techniquement, un mécanicien hors-pair, chauffeur d'auto exceptionnel, voleur adroit, expérimenté. Il a cependant une supériorité sur Garnier. Il est adversaire de l'assassinat.

Cela semblera étrange. C'est pourtant ainsi. Il ne consent au meurtre qu'en dernier ressort. Il aime les travaux faits en artiste, sans traces, sans effusion de sang, sans effraction ou; alors, avec le minimum. On verra que ce portrait est juste en étudiant ses affaires dans les journaux de l'époque. »


Dernière édition par mercattore le Lun 20 Oct 2008 - 22:33, édité 2 fois
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Monsieur Bill
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MessageSujet: BONNOT /DASSIN   Lun 20 Oct 2008 - 15:54

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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Lun 20 Oct 2008 - 17:36

La chanson est bien "troussée" et assez curieuse car elle ne situe ni dans le mélo, ni dans le genre à connotation humoristique (comme les Dalton par exemple, pourtant tragique aussi comme affaire).

Trenet avait fait une chanson sur Landru qui est loin d'avoir atteint le succès de Bonnot.
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Lun 20 Oct 2008 - 20:22

Portraits, par Dieudonné (suite).



« GARNIER - Fort et très beau. il a la figure franche et rieuse. Sûr de lui. N'a pa la notion de la peur. Ignore le mot et la chose. Ambidextre très adroit. De l'avis de tous ceux qui l'ont connu, il était seul capable, entre tous les illégaux d'attaquer le garçon de recettes Caby Il a vingt-deux ans. Mais depuisl' âge de quatorze ans, il travaille comme terrassier, boulanger ou métallurgiste, toutes corporations révolutionnaires comme on sait.

Intellectuellement, pas de culture. Mais, à l'encontre de Bonnot, il aime discuter les idées; il en parle peu, mais sensément. Il a une règle de vie absolument saine, penche pour le végétarisme, boit de l'eau. Il lit peu et seulement les journaux. Comme Bonnot, il aime le théâtre, mais alors que le premier aime aussi le music-hall, le café, le concert, le casino, Garnier les ignore. Il préfère les sports, où il se montre fort adroit, supérieur comme tous les ambidextres. Moralement supérieur à Bonnot dans ses relations avec ses pairs, où il compte des amis. il donne facilement aux pauvres, aux femmes, adore les enfants, secourt les vieillards, les faibles.

Par contre, inférieur à Bonnot dans le respect de la vie humaine. Il compte pour rien les hommes qui ne sont pas de ses idées ou même d'idées assez proches. C'est lui, toujours lui, qui tuera le premier, avec un manque absolu de sensibilité. Il se diputera même avec Bonnot parce que celui-ci lui reprochera ses crimes en termes vifs et l'appellera « terrassier, machine à bosseler, chaussettes à clous, bête à tuer ». « Pas de témoin » répondit-il. Ce qui fera hausser les épaules à Bonnot.

Garnier a l'oeil grand ouvert, le regard aigu, mais non pas perçant comme Bonnot. Ce portrait de Garnier est connu dans les milieux anarchistes où il vécut au moins quatre ans. »


Dernière édition par mercattore le Mar 21 Oct 2008 - 11:29, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Lun 20 Oct 2008 - 21:57

Portraits, par Dieudonné (suite).



« CALLEMIN - Callemin, dit Raymond la science, est d'une espèce très différente. Il n'est lié avec les deux premiers que pour les résultats. De même que Bonnot, il traitera souvent Garnier de « brute épaisse ». Celui-ci y sera sensible, rompra, puis reviendra.

Callemin est petit, fort et trapu. Il fait du sport. Mais il est myope. Glabre et rose, un témoin l'appellera aux assises «bébé rose», ce dont on rira, lui le premier. Car il a de l'esprit jusqu'au bout des ongles. On l'a vu au travail de l'Anarchie, à l'étude. Il est particulièrement fort sur l'intelligence et l'instinct. Le Dantec est son auteur favori.

On ne lui sait pas de profession. Il fut scribe dans plusieurs bureaux avant de venir à l'anarchie. Moralement supérieur aux deux premiers. Il lui faut dompter ses sentiments pour tuer. Il aime passionnément la musique, le théâtre. Il manifestera souvent le désir d'arrêter une vie de rapines, et n'y reviendra que pour tâcher de se procurer la forte somme, afin d'en finir une fois pour toutes.

Très charitable, il se rapproche par là de Ravachol, alors que Bonnot s'avère égoïste et âpre au gain.


Dernière édition par mercattore le Mar 21 Oct 2008 - 11:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mar 21 Oct 2008 - 11:24

Portraits, par Dieudonné (suite).



« CAROUY - Carouy, lui, vient de Bruxelles, de même que Callemin, de même que Kibaltchiche, et, comme eux, a débuté dans le socialisme, alors que Garnier vient du syndicalisme. Carouy est de taille moyenne, mais de première force. Il fait du sport. Il est végétarien, buveur d'eau. Il n'a aucune culture, mais il lit livres et journaux, discute les idées, suit attentivement le mouvement social, s'intéresse à tout. En un mot, il cherche à se perfectionner. »

Son idéal, c'est une petite maison de campagne, avec jardin et basse-cour et...une jolie compagne. Il espère une réussite pour mettre ses projets a exécution. En attendant, il vole. On le voit revenir chargé, mais on ignore d'où il vient et ce qu'il porte. Puis il repart à nouveau, toujours sans mot dire. Sa compagne, elle-même ne sait rien de ses affaires. Elle s'en moque du reste. Elle est belle, cultivée, aimée, çà lui suffit.

La réputation de Carouy est formidable. On le donne comme illégal des plus habiles. Carouy est un bon camarade pour tous. Quand il peut, il rend service volontiers. Il se rapproche de Bonnot pour la manière de son travail : c'est un maître dans son art. C'est pourquoi il peut vivre pendant des années du vol sans attirer l'attention.
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mar 21 Oct 2008 - 16:33

Récit de Dieudonné lors de la nuit de l'exécution de Callemin, Soudy, Monnier.

« Le 22 avril*, je crois, vers quatre heures du matin, ce sont des bruits inaccoutumés.
Le bruit se rapproche. Je murmure : C'est pour aujourd'hui. »

On m'avait déja appris confidentiellement que j'étais gracié. Mais je demeurais dans le doute. Cruelles heures d'anxiété. Des pas nombreux sur les dalles de mon couloir. On vient de s'arrêter devant ma porte. J'entends une voix.
- On commence par celui-ci , demande quelqu'un.
Celui-ci, c'est moi.

On ouvre ma porte. Alors s'avance un homme que je ne connais pas.
- Je vous annonce une bonne nouvelle, dit-il lentement. Vous êtes gracié...
Je le remercie sans trop savoir ce que je dis. Et je me lève. Je me trouve en présence de M. Gilbert, qui m'adresse de bonnes paroles. Puis, c'est le directeur de la Santé :
- Couchez-vous, me conseille-t-il, ce n'est pas pour vous.
Me coucher ! Toujours la note comique dans les pires tragédies. Après çà, le directeur s'informe auprès de M. Gilbert si je suis bien l'unique gracié.
Je suis le seul qui échappe. Je tremble.
Puis, tous deux s'en vont.

On ferme la porte.
J'entends les pas qui s'éloignent. Callemin, Soudy et Monnier sont logés dans les cellules qui précèdent la mienne. ils figurent certainement dans le cortège macabre, car on est entré dans les quatre cellules, à peu près en même temps.
Je tourne comme un fauve dans mon cachot. je ne vois plus mes deux inspecteurs qui semblent vouloir respecter ma douleur.

Mais je vois, oh oui ! Je vois mes malheureux coaccusés en route vers l'échafaud. Je les vois, comme si j'y étais. Je vois leurs têtes qui tombent, surtout la tête de Callemin, qui fait une grimace dans la sciure. Je vois le sang qui gicle. Je vois tout... Terrible lucidité de l'imagination. Une faiblesse me prend. Je m'appuie au mur et j'aperçois les deux inspercteurs, très pâles, et qui me regardent.

L'orgueil est alors plus fort que la faiblesse.
Je bois un grand bol d'eau pour provoquer une réaction.
Je veux manger aussi, dans la même intention, et ne trouve qu'une croûte de pain dur oubliée sur ma planche. Je la dévore. Cela me permet de me tenir debout quand on ouvre ma porte.
Ce sont les inspecteurs, gardiens, médecins qui ont accompagnés Callemin, Monnier et Soudy jusqu'à l'échafaud. Ils me confient, les larmes dans les yeux, l'impression que leur a faite l'exécution.

Ils sont allés à la mort, dignement, simplement, sans injures, sans pose non plus.
Alors, le médecin :
- Que pensez-vous, Dieudonné ?
- Ils ont fini de souffrir, docteur, et pour moi, çà commence.
- Mais, vous avez la vie, dieudonné, vous êtes jeune. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.
On ferme ma porte. Je m'efforce d'oublier. Je deviens d'une loquacité intarissable. Un des inspecteurs est justement un fervent de Jean-Jacques Rousseau duquel nous avons souvent causé.. Je l'entreprends sur le droit de punir.

La pluie tombe au dehors.
- C'est pour laver la place Arago, dis-je.
Mon disciple de Rousseau proteste contre ces mots :
- Ils l'ont mérité, fait-il. Mais la décapitation est de trop. L'incarcération suffisait : ils ne pouvaient plus nuire. Le sang appelle le sang. La haine appelle la haine. C'est aux plus forts à se montrer les plus sages.
Je ne parviens pas à me taire. Les inspecteurs m'écoutent.. Et ils me répondent intéressés tous deux.

Puis la promenade. Je passe devant les cellules de mes trois décapités. elles sont grandes ouvertes. Je revois Callemin. Je le reverrai souvent. Je l'entendrai même. J'ai en mémoire un passage de « Cavalleria Rusticana » qu'il fredonnait volontiers.
Il faut que je fasse un effort terrible pour avancer. Les inspecteurs s'en aperçoivent et l'un d'eux me soutient par le bras.


Albert Dieudonné (Souvenirs).

* C'était le 21 avril.
______________________

Albert Dieudonné (1884-1944).

* Condamné à mort le 28 février 1913, avec Callemin, Soudy, Monnier.
* Gracié par le président Raymond Poincaré.
* Peine commuée en travaux forcés à perpétuité au bagne de Guyanne.
* Réussit à s'en évader pour le Brésil, en décembre 1926.
* Le journaliste Albert Londres parvient à obtenir sa libérération et il rentre en France.
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mer 22 Oct 2008 - 11:04

mercattore a écrit:
Récit de Dieudonné lors de la nuit de l'exécution de Callemin, Soudy, Monnier.

« Le 22 avril*, je crois, vers quatre heures du matin, ce sont des bruits inaccoutumés.
Le bruit se rapproche. Je murmure : C'est pour aujourd'hui. »

On m'avait déja appris confidentiellement que j'étais gracié. Mais je demeurais dans le doute. Cruelles heures d'anxiété. Des pas nombreux sur les dalles de mon couloir. On vient de s'arrêter devant ma porte. J'entends une voix.
- On commence par celui-ci , demande quelqu'un.
Celui-ci, c'est moi.

On ouvre ma porte. Alors s'avance un homme que je ne connais pas.
- Je vous annonce une bonne nouvelle, dit-il lentement. Vous êtes gracié...
Je le remercie sans trop savoir ce que je dis. Et je me lève. Je me trouve en présence de M. Gilbert, qui m'adresse de bonnes paroles. Puis, c'est le directeur de la Santé :
- Couchez-vous, me conseille-t-il, ce n'est pas pour vous.
Me coucher ! Toujours la note comique dans les pires tragédies. Après çà, le directeur s'informe auprès de M. Gilbert si je suis bien l'unique gracié.
Je suis le seul qui échappe. Je tremble.
Puis, tous deux s'en vont.

On ferme la porte.
J'entends les pas qui s'éloignent. Callemin, Soudy et Monnier sont logés dans les cellules qui précèdent la mienne. ils figurent certainement dans le cortège macabre, car on est entré dans les quatre cellules, à peu près en même temps.
Je tourne comme un fauve dans mon cachot. je ne vois plus mes deux inspecteurs qui semblent vouloir respecter ma douleur.

Mais je vois, oh oui ! Je vois mes malheureux coaccusés en route vers l'échafaud. Je les vois, comme si j'y étais. Je vois leurs têtes qui tombent, surtout la tête de Callemin, qui fait une grimace dans la sciure. Je vois le sang qui gicle. Je vois tout... Terrible lucidité de l'imagination. Une faiblesse me prend. Je m'appuie au mur et j'aperçois les deux inspercteurs, très pâles, et qui me regardent.

L'orgueil est alors plus fort que la faiblesse.
Je bois un grand bol d'eau pour provoquer une réaction.
Je veux manger aussi, dans la même intention, et ne trouve qu'une croûte de pain dur oubliée sur ma planche. Je la dévore. Cela me permet de me tenir debout quand on ouvre ma porte.
Ce sont les inspecteurs, gardiens, médecins qui ont accompagnés Callemin, Monnier et Soudy jusqu'à l'échafaud. Ils me confient, les larmes dans les yeux, l'impression que leur a faite l'exécution.

Ils sont allés à la mort, dignement, simplement, sans injures, sans pose non plus.
Alors, le médecin :
- Que pensez-vous, Dieudonné ?
- Ils ont fini de souffrir, docteur, et pour moi, çà commence.
- Mais, vous avez la vie, dieudonné, vous êtes jeune. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.
On ferme ma porte. Je m'efforce d'oublier. Je deviens d'une loquacité intarissable. Un des inspecteurs est justement un fervent de Jean-Jacques Rousseau duquel nous avons souvent causé.. Je l'entreprends sur le droit de punir.

La pluie tombe au dehors.
- C'est pour laver la place Arago, dis-je.
Mon disciple de Rousseau proteste contre ces mots :
- Ils l'ont mérité, fait-il. Mais la décapitation est de trop. L'incarcération suffisait : ils ne pouvaient plus nuire. Le sang appelle le sang. La haine appelle la haine. C'est aux plus forts à se montrer les plus sages.
Je ne parviens pas à me taire. Les inspecteurs m'écoutent.. Et ils me répondent intéressés tous deux.

Puis la promenade. Je passe devant les cellules de mes trois décapités. elles sont grandes ouvertes. Je revois Callemin. Je le reverrai souvent. Je l'entendrai même. J'ai en mémoire un passage de « Cavalleria Rusticana » qu'il fredonnait volontiers.
Il faut que je fasse un effort terrible pour avancer. Les inspecteurs s'en aperçoivent et l'un d'eux me soutient par le bras.


Albert Dieudonné (Souvenirs).

* C'était le 21 avril.
______________________

Albert Dieudonné (1884-1944).

* Condamné à mort le 28 février 1913, avec Callemin, Soudy, Monnier.
* Gracié par le président Raymond Poincaré.
* Peine commuée en travaux forcés à perpétuité au bagne de Guyanne.
* Réussit à s'en évader pour le Brésil, en décembre 1926.
* Le journaliste Albert Londres parvient à obtenir sa libérération et il rentre en France.

Récit émouvant que je n'avais encore jamais rencontré nulle part. Merci de le partager avec nous... pale
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MessageSujet: Dieudonné   Dim 26 Oct 2008 - 14:35

J'avais lu le très remarquable "la Vie des forçats" de Dieudonné , hélas préfacé par ROUILLAN , dans un reprint des éditions Libertalia.

http://www.editions-libertalia.com/La-Vie-des-forcats.html

Deux questions ! Quel était son prénom Albert ou Eugène? Est-ce que les Souvenirs cités par l'excellent Mercattore ont fait l'objet d'une réédition récente?


J'attends avec impatience le 1000 ème post de Mercattore lol!
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Dim 26 Oct 2008 - 15:33

Bonjour, Bill,

Les textes de Dieudonné sont extraits de Les bandits tragiques, par Victor MÉRIC.
Plusieurs éditions ont paru.

Les SOUVENIRS de Dieudonné avaient été tirés à compte d'auteur et sont quasiment devenus introuvables.

Victor Méric était proche du milieu libertaire et avait donc eu connaissance de ces derniers.

Quant au prénom, il se peut que vous ayez lu des posts ou j'écrivais Albert à la place d'Eugène, mais cela doit être une réminiscence de l'acteur Albert Dieudonné que j'avais vu au cinoche, quand j'étais petit parigot.

Il ne semble pas que les SOUVENIRS d'Eugène aient été réedités, La boutique Libertaire, rue Amelot, Paris XIème, doit avoir la réponse.
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bernard weis
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Mer 10 Déc 2008 - 22:06

-Bonjour les amis!!
- Pisque vous zavez zétés sages, voici quelques images de l'epoque des "Bandits tragiques"
- 1º episode........
..................Rue Ordener.

-Plan des lieux de l'agression... en rouge le siège "Ordener" de la Sociéte Generale....
https://servimg.com/image_preview.php?i=345&u=11395437
-"L'audacieuse agression de la rue ordener (Le petit Parisien illustré du dimanche 7 janvier 1912):
https://servimg.com/image_preview.php?i=347&u=11395437
-Trajet de l'auto tragique juste après l'agression...
https://servimg.com/image_preview.php?i=348&u=11395437


- Monsieur Ernest CABY
https://servimg.com/image_preview.php?i=342&u=11395437
- une autre plus a son avantage!...
https://servimg.com/image_preview.php?i=343&u=11395437
- Sur son lit de l'hôpital Bichat...
https://servimg.com/image_preview.php?i=349&u=11395437
- Le même avec sa femme au moment ou on croyait que les agresseurs étaient une bande d'Italiens!!, d'ou le titre de la gazette!.....
https://servimg.com/image_preview.php?i=350&u=11395437


-Monsieur PEEMANS, le garde du corps (Les Gardes du corps ne sont pas armés !), on peut dire que le fric de la S.G. était bien gardé!!
https://servimg.com/image_preview.php?i=344&u=11395437

--L'auto tragique (Derobée a Mr NORMAND et entreposée jusqu'a l'agression chez Mr et Mme Georges DETTWEILLER à BOBIGNY), débarquee du plateau l'ayant ramenee de DIEPPE. ou elle avait été abandonnée par les bandits tragiques...
https://servimg.com/image_preview.php?i=351&u=11395437
- Le garage de BOBIGNY.... Seuls les "initiés" pouvaient savoir que on pouvait entreposer un vehicule (Croix rouge)...
https://servimg.com/image_preview.php?i=352&u=11395437
-Georges DETTWEILLER
https://servimg.com/image_preview.php?i=354&u=11395437
-Mr et mme DETTWEILLER
https://servimg.com/image_preview.php?i=355&u=11395437

- A SUIVRE!.....
Prochain épisode: Le Crime de THIAIS (nuit du 2 au 3 janvier 1912 perpetré par Edouard CAROUY et Marius METGE).....

-A bientôt!...
-Bernard.
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Ven 12 Déc 2008 - 15:01

Un autre aperçu des derniers moments de Callemin, Monnier et Soudy.

Enfin, le dimanche 20 avril, le bruit courut que l'exécution devait avoir lieu. Et l'on apprenait, en même temps, que M. Poincaré, président de la République, venait d'user de son droit de grâce en faveur de Dieudonné. Il ne restait donc plus que trois hommes à mettre à mort, Callemin, Soudy, Monnier dit Simentoff. La chose devait se faire le lundi matin. De multiples comptes rendus, plus ou moins exacts, plus ou moins pittoresques, plus ou moins romantiques ont été consacré à cette triple fin. Nous n'en retiendrons que l'essentiel. Mais nous tenons à suivre plus particulièrement M. Michon, qui a vécu les dernières minutes des condamnés.

« Le matin de ce sinistre lundi, 21 avril avant l'aube, des détachements des gardes de Paris, tenant leurs chevaux par la bride, se rangent sur le boulevard Arago, les uns adossés au mur de la prison, les autres devant leurs faisceaux. On semble craindre une alerte. Sous les arbres, se dresse la guillotine, haute et maigre, qu'éclaire une lampe de veilleur. Autour, des ombres qui parlent à voix basse, des soldats silencieux.

Un homme, soudain, traverse le boulevard, une longue perche à la main il éteint, l'un après l'autre, les becs de gaz. Des perles de rosée tombent des arbres. La guillotine dans l'aube qui pointe parait glaciale.

Pénétrons dans les cellules. Tous les avocats sont déjà dans le vestibule de la prison. MM. Hennion, préfet de police, Guichard, chef de la Sûreté, une nuée d'inspecteurs de service, les magistrats, le docteur Paul, l'abbé Gespitz. Les autres, les condamnés, se doutent-ils de quelque chose ?

Brusquement, un individu entre dans le bureau du directeur, l'air d'un paisible fonctionnaire. C'est le bourreau. L' homme qui tue. Il prévient que l'heure est venue de réveiller les condamnés. Le cortège s'ébranle dans les couloirs et les galeries. On va, doucement, à petits pas, de crainte d'éveiller les autres prisonniers. Arrêt à un carrefour. Chuchotements. Il s'agit de diviser la besogne. Le directeur préviendra l'un des condamnés, le juge d'instruction se chargera du deuxième, le substitut du procureur du troisième. Une porte roule sur ses gonds.

Les gardiens se précipitent dans la cellule en criant « Allons, debout levez-vous ». Le prisonnier ne bouge pas. On le secoue. Alors, il se lève, ahuri, les yeux mi-clos, empoussiérés de sommeil. C'est Monnier dit Simentoff. Tout de suite, il se rend compte de la situation.
— Votre pourvoi est rejeté, lui dit-on.
Il commence à s'habiller.
— Je m'en doutais, fait-il.

Il se retourne vers son avocat, Me Bruno Dubron, et lui demande la permission de l'embrasser. On lui offre un petit verre de rhum. Il l'absorbe d'un trait. Puis, il tend la main à l'aumônier.
— Ce n'est pas au prêtre, explique-t-il, que je serre la main, c'est à l'ami.

Il a aussi quelques paroles de gratitude pour les inspecteurs et les gardiens. Tout cela avec bonne humeur, d'une voix qui ne tremble point. Il s'en va d'un pas sûr, dans les couloirs, entraîné par deux gardiens. Au greffe, il trouve le juge d'instruction Gilbert. Il lui dit :
— Monsieur le juge, on ne vous a pas encore fait la barbe. Mais ça peut venir un jour. Adieu. Je ne vous en veux point.

Il subit l'opération de la toilette, sans un mot. Quand tout est terminé, il déclare :
— Vous allez voir comment meurt un Méridional, avec le sourire.

Callemin, lui, observe.
— C'est curieux, je croyais qu'on nous couperait les cheveux.
Il ajoute :
— On nous les coupera tout de même avec autre chose.

Soudy parle à peine. Puis les trois hommes se font leurs adieux. Ils se plaignent du froid. Monnier tient à ce qu'on donne ses vêtements à des pauvres. Mais, avant de rejoindre Monnier au greffe, Callemin, réveillé, avait dit en souriant à ses gardiens
— Enfin, me voilà libre.

Soudy, simplement, murmura :
— Je suis prêt.
Puis, comme on se répandait en exhortations :
— Rassurez-vous, je serai courageux.
Après quoi il questionna son avocat, Maître Doublet, après l'avoir embrassé.
— Et les autres ? Que disent-ils ? Si encore, j'étais le seul à mourir. Moi, ça n'a pas grande importance. J'étais déjà fichu. Ce n'est qu'une loque qui s'en va.
Et il demanda un verre de café.
— Je tremble, fit-il encore, mais c'est comme Bailly sous la Révolution. C'est de froid et non de peur.

Il eut aussi cette réflexion :
— Quelle boucherie çà va être.
Dans le couloir, alors qu'il se dirigeait vers le greffe, il se mit à chantonner « Salut ! ô mon demier matin. »


Le jour blême. La guillotine, impassible, attend la proie promise.
C'est Soudy qui, le premier, descend du fourgon. Il constate :
— Il fait froid. Pas la moindre bravade. Il va à l'échafaud, avec simplicité. Il crie seulement :
— Au revoir.

On le pousse le corps bascule... du sang. La tête est tombée.

Au deuxième. Callemin se penche, du fourgon, pour voir. Et il rit, d'un rire sardonique, méprisant. Il s'adresse à ceux qui l'entourent :
— C'est beau, demande-t-il, l'agonie d'un homme ?
Il s'avance, trapu, décidé, la tête un peu basse.
L'exécution s'accomplit rapidement.

Monnier est déjà au bord de la voiture. Sa voix forte s'élève : — Adieu, à vous tous, messieurs, et à la société aussi.
Mais on l'a jeté brutalement sur la bascule. Pour la troisième fois, le couperet glisse. La dermère tête tombe. Cela a duré exactement quatre minutes et demie. C'est fini. La société a fait justice.


Suite post suivant.


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MessageSujet: SUITE EXÉCUTION   Ven 12 Déc 2008 - 15:23

SUITE DE L'ÉXÉCUTION.

Justice, ce triple meurtre, préparé dans tous ses détails, réglé, ordonné avec précision, parmi tous ces soldats, ces pelotons de gendarmes et de gardes ? Justice, cette méthode sournoise de suppression ?
Mais à quoi bon philosopher ? Les hommes n'ont encore découvert d'autres moyens que de punir le meurtre par le meurtre.
Cependant, on ne peut s'empêcher de penser et cela ne paraitra point si subversif qu'un peu d'équité dans les rapports des hommes, un peu moins de sauvage inégalité, plus de certitude dans la vie précaire des humbles et des laborieux, et de telles tragédies deviendraient impossibles. Le spectacle lamentable qu'offre l'humanité de notre époque, le contraste dangereux qu'établissent, à tous les regards, l'arrogance fastueuse des uns et la misère sordide des autres, voilà qui détermine et explique les bandits tragiques. Ces hommes, en d'autres temps, transportés dans d'autres milieux, auraient pu se réaliser en « beauté », pour emprunter à leur vocabulaire.

Ce n'étaient pas, encore une fois, des bandits dans le sens ordinaire du mot, dégénérés alcooliques, affligés de tares héréditaires, dévoyés. Leurs âmes étaient lucides, leur volonté aiguisée. C'étaient des êtres farouches qui crurent devoir se ruer, arme au poing, contre une société dont ils se considéraient les bâtards. Ils se sont lancés dans une randonnée de folie et de sang. Ils ont prétendu piétiner, implacablement, les morales, les préjugés et les hommes. Sur la route de la révolte, ils ont roulé jusqu'aux fossés rouges du crime. Ils ont tué. Ils ont payé aussi. Payé, Bonnot, luttant seul, toute une matinée, contre les forces policières, contre les soldats, contre la foule, contre la mitraille et la dynamite. Payé, Garnier et Valet, soutenant un siège homèrique contre une véritable armée. Payé, Soudy, gringalet exangue, chantant à deux pas de l'échafaud. Payé, Callemin ricanant jusqu'à la dernière seconde. Payé, Monnier avec son sourire de Méridional. Payé, Carouy préférant la porte de la mort à celle du bagne. Maintenant, le rideau de fer est tombé sur le crime et sur l'expiation.
Les bandits tragiques ne sont plus que poussière.
Songeons aux survivants .


Les cadavres transportés au cimetière d'Ivry donnèrent lieu à une atroce scène. Il n'y eut qu'un simulacre d'inhumation. Deux des corps étaient réservés à l'Académie de médecine. Jusqu'à la fin, les anarchistes « scientifiques » servirent ainsi la science. Le corps de Callemin fut utilisé pour des recherches de chimie biologique, celui de Monnier pour l'anatomie chirurgicale.

* La dépouille de Soudy avait été réclamée par sa famille.


Testament de Monnier.

« Je lègue à la Société mon ardent désir qu'un jour, peu lointain, règne dans les institutions sociales un maximum de bien-être et d'indépendance, afin que l'individu, dans ses loisirs, puisse mieux se consacrer à ce qui fait la beauté de la vie, à l'instruction et à tout ce qui est science.
« Je lègue le revolver qui a été saisi dans ma chambre, lors de mon arrestation, à un musée de Paris, comme souvenir d'une innocente victime d'une affaire qui a jeté dans le pays un frisson d'épouvante, et, s'il est fait exécution du présent testament, je désire qu'il soit inscrit lisiblement sur la crosse du revolver, la parole du grand martyr : « Tu ne tueras point.».



* Extrait de Les bandits tragiques par Victor Méric, Paris, Éditions Kra, 1926.


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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Dim 14 Déc 2008 - 20:00

-Bonjour mes petits zamis en esperant que vous zavez zété bien sages!....

Voici quelques photos du "double crime de THIAIS" perpetré dans la nuit du mardi 2 au mercredi 3 janvier 1912...
Les traces relevées ont permis d'en identifier les auteurs.... Il s'agit de Edouard CAROUY et de Marius METGE....

- Il s'agit du double assassinat (premeditation) sur les personnes:
Du sieur MOREAU, Louis Hypolite, 91 ans, rentier....
- et de sa domestique, La femme ARFEUX Louise, 72 ans, femme de menage....
-A leur domicile sis 19 Rue de l'Eglise a THIAIS....
"La maison du Drame" (La seconde dans la rue en partant de la droite)
https://servimg.com/image_preview.php?i=356&u=11395437
-La facade de la "maison tragique"
https://servimg.com/image_preview.php?i=357&u=11395437
-La chambre du sieur MOREAU...
https://servimg.com/image_preview.php?i=358&u=11395437
-La chambre et le corps de la femme ARFEUX
https://servimg.com/image_preview.php?i=360&u=11395437
-La chambre d'amis avec le secretaire du rentier fracturé
https://servimg.com/image_preview.php?i=361&u=11395437
-Le plaignant, Mr Louis ARFEUX, fils de la Victime Louise ARFEUX
https://servimg.com/image_preview.php?i=362&u=11395437

--A suivre.....
-Mes amitiés a tous!!...
-Bernard.
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Dim 14 Déc 2008 - 20:24

-Cou-Cou!!
-Trois illustrations relatives au meurtre de L'agent Francois GARNIER, par le Bandit Octave GARNIER juste en face du restaurant GARNIER!!!.... au coin de la Rue du Havre... le mardi 27 fevrier 1912.....

Le pointillé et les fleches indiquent le trajet de la voiture tragique et la croix montre l'endroit exact ou l'agent fut tué...
https://servimg.com/image_preview.php?i=365&u=11395437
Le trajet de l'auto des bandits
https://servimg.com/image_preview.php?i=366&u=11395437

-L'automobile volée a Mr BUISSON à St MANDE, qui fut utilisée pour tuer l'agent GARNIER de la "Brigade des voitures"...
https://servimg.com/image_preview.php?i=367&u=11395437

-A suivre!......
Prochain épisode: MONTGERON et CHANTILLY!!....
Amitiés,
Bernard.
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Lun 15 Déc 2008 - 19:03

Et oui !
Tonton Bernard est le spécialiste sur l'Affaire de la bande à Bonnot !
En tout cas, je profite de ce petit post pour féliciter la plupart des membres de ce forum qui continuent à être des fins limiers en matière de documents (textes, photos, liens) passionnant à lire ou à voir !
Moi j'avoue avoir épuisé mes ressources, si vous avez quelques pistes...
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   Dim 18 Jan 2009 - 12:26

Bonjour !
Mes amies et moi nous avons choisi La Bande à Bonnot comme sujet de TPE (Travaux Personnels Encadrés noté pour le bac cette année). Nous sommes donc en train de réaliser un dossier et un petit film sur le sujet.

La rédaction de notre dossier avance plutôt bien, notre problématique est : La violence, un moyen de contester la société ?
Et nous y avons répondu en trois parties :
I. Idéologie anarchiste
II. La Bande à Bonnot passe à l'acte (crimes, moyens utilisés)
III. La réaction de la société (condamnations, Brigade du tigre, fascination de la société)

Cependant, nous bloquons un peu sur le film... Nous pensions peut être mettre en scène la rencontre des membres (où nous les verrions en train de discuter sur leur vision de l'anarchisme ou sur leurs futurs plans...). Nous avons pensé à la rue Ordener aussi (qui serait surement plus difficile à réaliser : pas de voiture, simulations de coups de feu... xD) Ou encore a un procès...


Bref, si vous avez des idées, des conseils...
Si vous pouvez aussi nous décrire où et comment les membres se sont rencontrés...
Ca nous aiderait beaucoup ! Surout que je crois que je m'adresse à de vrais spécialistes ^^

Je vous remercie d'avance =)
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MessageSujet: Re: La bande à Bonnot - 1912-1913   

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