La Veuve

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 Jean Terry (Téry-Théry) - le Soleilland de l'Aveyron - 1910

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Adelayde
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MessageSujet: Jean Terry (Téry-Théry) - le Soleilland de l'Aveyron - 1910   Ven 23 Nov 2012 - 17:44


Jean Terry, le Soleilland de l'Aveyron - 1910



Les faits

Jean Terry - 28 ans, mineur à Gages. Satyre assassin d'Adrienne Pons, 16 ans, élève à l'Ecole Normale, qu'il étrangla dans les bois de Canabols le 18 avril 1910.

Condamnation : 22 juin 1910 ;
Exécution : 29 septembre 1910.

Source : Le site de Nemo - Sylvain Larue :

http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html

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Avril 1910 – A Gages, s’est déroulé le dramatique meurtre d’Adrienne Pons étudiante à Rodez. Revenant de l’école par le train du soir en compagnie d’une amie, elle ne rentra jamais plus chez elle. A 21 heures son père inquiet de ne pas la voir de retour à cette heure tardive décida d’aller à sa recherche. Ne trouvant rien sur le trajet qu’elle empruntait et très inquiet il décida, avec l’aide d’un voisin, de fouiller le bois des Plalanges. Ce n’est qu’à l’aube que le père découvrit le corps de sa fille. Jean Terry fut vite soupçonné, grâce au témoignage de l’amie d’Adrienne qui avait prit le train avec elle. Condamné à mort Jean Terry fit un recourt en grâce, celui ci lui fut refusé. Il fut exécuté le 29 septembre 1910 à Rodez.

http://genealogie.en-aveyron.com/les-histoires-chantal-souvenirs-des-crimes-.aveyronnais.html?Itemid=42

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Le satyre Jean Téry est condamné à mort
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Rodez, 22 juin.

Aujourd'hui a comparu devant la cour d'assises de l'Aveyron Jean Téry, âgé de vingt-neuf ans, qui, dernièrement, se rendit coupable d'un crime abominable.
Le 19 avril dernier on découvrait, aux environs de Rodez, sur la route de Canabols à Pessens, le cadavre d'une jeune fille de seize ans, Adrienne Pons. La malheureuse avait été étranglée, après avoir subi d'odieux outrages.

La justice informée se rendit immédiatement sur les lieux du crime et l'enquête, rapidement menée par M. Rouilleault, juge d'instruction, fit découvrir le coupable qui était arrêté quelques heures après. C'était un nommé Jean Téry, originaire d'Aurillac (Cantal), âgé de vingt-neuf ans, qui avait été employé quelques jours auparavant dans une usine des environs de Rodez.
Le misérable ne tarda pas à avouer son crime, déclarant qu'il avait violenté la fillette après l'avoir étranglée. Et c'est pour répondre de cet horrible forfait qu'il comparaissait aujourd'hui devant les assises de l'Aveyron.

L'audience s'est ouverte à huit heures sous la présidence de M. le conseiller Brocard.
L'accusé est un homme d'assez grande taille, au regard fuyant; une légère moustache orne sa lèvre supérieure.
Dès les premières questions que lui pose le président, Téry s'emporte et ses protestations sont appuyées par des gestes violents. Il nie de nombreux détails, mais il renouvelle les aveux qu'il a faits à l'instruction et reconnaît, en outre, avoir dépouillé sa victime après l'avoir tuée et souillée.
Le récit du crime, que Téry fait sans que la moindre trace d'émotion se manifeste sur son visage, cause parmi l'auditoire une impression très pénible.

Il est près de neuf heures et demie quand le premier témoin est entendu. C'est M. le docteur Bousquet, qui fut chargé de pratiquer l'autopsie de la victime. Le témoin provoque une émotion vraiment intense en rappelant l'état dans lequel il trouva le cadavre d'Adrienne Pons. La jeune fille était couchée nue sur le sol ; sa face était tuméfiée et couverte de sang. D'après le docteur Bousquet l'assassin, pour tuer sa victime, s'était mis genoux derrière elle et il l'avait étranglée.

On entend ensuite le docteur Bonnefons, qui fut chargé de l'examen mental de l'accusé. Le témoin déclare que la lucidité de Téry est parfaite, et que sa responsabilité est entière.

M. Seilhan, procureur de la République, prononce alors un réquisitoire énergique et demande pour le satyre le châtiment suprême.

Une émouvante plaidoirie de M° Colomb, qui plaide la responsabilité atténuée de son client, ne réussit pas à influencer favorablement les jurés qui, après une courte délibération, rapportent un verdict affirmatif, muet sur les circonstances atténuantes.

Jean Téry est condamné à mort.

Le Petit Parisien, n° 12 290 du 23 juin 1910

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MessageSujet: Re: Jean Terry (Téry-Théry) - le Soleilland de l'Aveyron - 1910   Ven 23 Nov 2012 - 17:45




La Presse, n° 6 674 du 29 septembre 1910

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LA GUILLOTINE A RODEZ

Ce qu'est le criminel dont la tête tombera aujourd'hui à l'aube
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(DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL)

Rodez, 28 septembre.

Jamais peut-être individu ne fit montre, dans l'accomplissement d'un crime, de plus de raffinements, de plus de cruauté froidement voulue, de plus de perversion que Jean Téry, l'assassin de la petite Adrienne Pons. Il semble que toutes les tares, tous les vices que peut engendrer le cerveau d'un être primitif, élevé comme une bête à l'état sauvage, se soient développés chez ce monstre de vingt-sept ans.
Des faits ont été recueillis au cours de l'instruction qui démontrent que chez Jean Téry encore enfant se manifestaient déjà les symptômes des instincts les plus vils et les plus bas. Parvenu à l'âge d'homme, vivant solitaire, du rude labeur des champs et de la mine, il glissa tout naturellement sur la pente fatale qui devait le conduire à la guillotine.

La petite Pons allait avoir seize ans. C'était une écolière joliette et studieuse qui, chaque jour, quittait son village de la Loubière, perché dans la montagne, pour suivre un cours à Rodez. Jean Téry la convoitait. Sourd à ses supplications, insensible à ses larmes, il la traîna, comme une proie qu'un fauve a happée au passage, jusqu'au plus épais de la foret de Canabols. Là, l'enfant se mit à genoux, joignit ses mains tremblantes et de toute son âme supplia.
- Monsieur, oh ! monsieur, laissez-moi aller retrouver maman.
Téry ricanait, puis, brusquement, il ordonna : « Déshabille-toi. »
Sous la menace, la fillette dut obéir et tout doucement, à petits coups, à mesure que les vêtements tombaient à terre, il la piquait de la pointe de son couteau, pour qu'elle se hâtât et aussi parce que ses cris de douleur lui étaient une volupté violente.
La petite martyre eut le courage de menacer, d'appeler le châtiment sur la tête de son bourreau. Alors, Téry prit la chaîne de cuir qui retenait sa montre, la passa au cou de la fillette- et serra. Penché sur elle; il sentit la mort effleurer ses lèvres et souilla ce cadavre encore chaud.

Par ce récit on s'explique l'indignation, la fureur de la population contre ce monstre qui vit son dernier jour dans son insouciance de brute et qui, aux assises, n'a trouvé que cette phrase pour son avocat :
- Il y a qu'une chose qui m' « épate » c'est que vous ayez pu parler si longtemps sans boire.

Aussi M. Deibler et ses aides, qui sont arrivés à dix heures ce matin, ont-ils été reçus avec une sympathie marquée.
La guillotine sera dressée à l'extrémité du Boulevard Galli, derrière le palais de justice. L'endroit est écarté, un peu désert, comme on le souhaitait. Des dispositions particulièrement rigoureuses sont prises d ores et déjà pour que les curieux, dont le nombre augmente sans cesse et dont on craint des tentatives toujours regrettables, soient mis dans l'impossibilité d'outrager par leurs cris le misérable qui, demain, à l'aube, subira le châtiment qu'il a mérité.

Le Petit Parisien, n° 12 388 du 29 septembre 2010


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La guillotine a été dressée à l'extrémité du Boulevard Galli, derrière le palais de justice, non loin de la grille d’enceinte.




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L’arrivée d’Anatole-le-Grand à Rodez



Une belle image que Piotr a postée le 13 novembre dernier :


http://guillotine.cultureforum.net/t960-guillotine-a-rodez-jean-terry-1910#29497


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MessageSujet: Re: Jean Terry (Téry-Théry) - le Soleilland de l'Aveyron - 1910   Ven 23 Nov 2012 - 17:49




La Presse, n° 6 675 du 30 septembre 1910


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La guillotine à Rodez - Le satyre Téry est mort crânement
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« Celui-là est vraiment épatant ! » n'a pu s'empêcher de dire M. Deibler

(de notre envoyé spécial)
Rodez, 29 septembre.


Dans le calme d'une belle nuit d'automne, rafraîchissante et douce, une nuit de rêve, constellée d'étoiles, toute baignée de lune, la guillotine a dressé ses bras jamais assouvis de l'étreinte de mort, sous l'ombrage des ormes, boulevard Galy.
C'est à peine si le bourdonnement lointain d'une foule houleuse et compacte, maintenue à une grande distance par de solides barrages, est parvenu jusqu'à elle.

L'assassin, cet odieux Jean Téry, a été brave, d'une bravoure déconcertante qui n'est peut-être pas exempte de quelque fanfaronnade. Il ne se faisait, je crois, aucune illusion sur le sort qui l'attendait, et dernièrement encore, ayant le vague pressentiment que l'heure de l'expiation était proche, il répétait, à ses gardiens :
- Bah ! je n'ai pas peur du couteau, et s'il faut y aller, on ira.
Il a tenu parole, et la réalité a prouvé que ces paroles n'étaient pas la boutade d’un vantard qui veut affirmer un courage qu'il ne ressent pas. Par son attitude indifférente et ferme, son langage insouciant émaillé de mots ironique et gouailleurs, Jean Téry a surpris ; il a créé autour de lui une atmosphère de gêne et de malaise qu'ont profondément ressentie les fonctionnaires et les magistrats qui l'ont assisté dans ses derniers moments.
- Celui-là est vraiment épatant, n'a pu s'empêcher de dire M. Deibler, répondant à M. Seilhan, procureur de la République, qui lui demandait son opinion.
Épatant, en effet : le mot est juste.


Le réveil

Téry dormait quand, après avoir longé les corridors humides et noirs du vieux cloître des capucins, depuis de longues années transformé en prison, préfet, procureur, juge, officiers s'arrêtèrent devant sa cellule. Le claquement du verrou tiré, le grincement aigu de la porte tournant sur ses gonds, le réveillèrent. Ses yeux mi-clos, entrevirent d'abord la figure bien connue de l'aumônier qui se penchait sur sa couche, éclairée par le rayon d'une lanterne. Puis la cellule s'emplit de la lumière des flambeaux haut portés par les gardiens. Il vit son jeune avocat, M° Colomb, il reconnut les autres.

Alors il comprit. Sa bouche se crispa dans un rictus nerveux, ce fut la seule marque de défaillance qu'il donna ; parmi ceux qui le regardaient, quelques-uns seulement la saisirent au passage, une seconde elle effleura ses lèvres et s'évanouit aussitôt.

Tout de suite Téry se ressaisit, fut sur pieds, solide, nerveux, à peine pâlot. Il ditau procureur :
- Soyez tranquille, je suis courageux, vous le voyez, je le serai jusqu'au bout.
Et le condamné prit la main de son défenseur.
- Il faut, au moins, que je vous remercie de ce que vous avez fait pour moi et que je vous serre la cuillère » avant de partir.

Dégagé de la camisole de force qui, depuis cent jours entravait ses mouvements, il s'ébroua comme s'il sortait d'un bain ; puis, seul, il passa son pantalon, chaussa ses souliers. Mais voici qu'il s'inquiète :
- Est-ce qu’il fait froid ? Si je prenais mon tricot. Il me semble que ce serait plus raisonnable. Je me porte bien, je ne veux pas partir en voyage avec un rhume.

On le laissa faire à sa guise. Il endossa son tricot et, d'un pas résolu, bien assuré, se dirigea vers la chapelle. Pendant vingt minutes, avec une attention soutenue, assis entre ses gardiens, il suivit l'office et reçut la communion.

Au greffe Téry philosopha :
- Voyez-vous, il faut mourir un jour ; que ce soit un peu plus tôt ou un peu plus tard, nous y passerons tous. Aujourd'hui c'est mon tour, demain ce sera celui d'un autre. Au fond c'est la même chose : la forme importe peu.

Le dernier adieu

Au seuil de la mort, ce misérable eut une pensée émue pour sa vieille mère.
- Vous lui écrirez, maître, demanda-t-il à son avocat, vous lui direz que je ne l'ai pas oubliée, que je lui demande pardon et que je l'embrasse bien fort comme quand j'étais petit.

La tète inclinée sous les ciseaux qui, largement, entaillaient sa chemise, il murmura :
- Pauvre bonne femme, elle doit avoir bien de la peine.
Et s'adressant une fois encore à son défenseur, il ajouta :
- Dites-lui d'embrasser aussi Louise Moujot et mon gosse, qui est à. Aurillac.
Cette révélation in extremis fut une surprise. Téry avait donc eu une maîtresse, un enfant : jusqu'à ce jour, tout le monde l'avait ignoré. D'aucuns affirment qu'il a menti. Pourquoi ? Dans quel but ? On ne le saura jamais : d'ailleurs, qu'importe, ce n'était pas le moment d'interroger, l'heure de l'expiation approchait.

Là-haut, du côté de l'est, au-dessus de la tour dentelée de la cathédrale, les étoiles pâlissaient, les unes après les autres ; par groupes, elles s'évanouissaient sous la marche rapide d'une petite tache blanche et rose qui, maintenant, s'élargissait à vue d’œil.

Sous le couperet

De la prison, deux cents mètres restaient à franchir pour arriver devant la façade du Palais de justice. Le fourgon, qui menait Téry au supplice, longea une ruelle étroite et déserte, déboucha sur le boulevard Galy sous une bordée d'injures, de vociférations et de coups de sifflets. Ce fut violent, spontané et sans suite.

Téry se courba sous la toiture du fourgon, trop basse pour sa haute taille ; sur les marches de l'escabeau de bois, il se redressa et d'une voix claironnante, cria :
- « Salut ! » Le condamné allait continuer quand l'aumônier le prit aux épaules et lui donna l'accolade.

Alors, seulement dans une volte-face brusque, il vit la guillotine que lui masquait le fourgon. Il alla droit vers elle, s'élança sur la bascule qui plia et, sans un geste de révolte, sans ce soubresaut de résistance instinctive qu'ont tous les suppliciés, il offrit son cou au couteau.

Le Petit Parisien, n° 12 389 du 30 septembre 1910

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