La Veuve

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 Le souteneur Henri-Lucien Pajot égorge sa maîtresse - 1911

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Adelayde
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MessageSujet: Le souteneur Henri-Lucien Pajot égorge sa maîtresse - 1911    Sam 10 Nov 2012 - 17:05


Le souteneur Henri-Lucien Pajot égorge sa maîtresse - 1911




Lucien Pajot

Source : ‘’Anatole Deibler’s 400 customers’’, le site de Boisdejustice :


http://boisdejustice.com/Anatole/Anatole.html

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Les faits


Lucien Pajot, 25 ans, souteneur. Blessa sa maîtresse et ancienne gagneuse Marie Ambroise, 17 ans, le 22 mars 1911 à Melun. Mobile : vengeance. Marie refusait de se prostituer pour lui, et l'avait dénoncé pour un vol qui lui avait valu de passer près de trois mois en prison. Il avait été libéré le matin-même du crime. Elle mourut après 13 jours d'agonie.

Condamnation : 19 juillet 1911,
Exécution : 6 septembre 1911.

Source : le site de Sylvain Larue :

http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html

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UN CRIME A MELUN
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Par vengeance, un souteneur égorge sa maîtresse

(DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL)
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Melun, 23 mars.

Quand, samedi dernier, Lucien Pajot sortit de la prison de Melun, où, depuis le 29 décembre dernier, il était préventivement détenu, l'idée du meurtre hantait son cerveau.
Ainsi, c'était vrai, bien vrai : Marie Ambroise, sa maitresse, l'avait trahi... Une gamine de dix-sept ans qui, toujours, s'était montrée si aimante, si docile qui tremblait quand il élevait la voix, qu'il aurait fait aller au bout du monde sur un simple geste de menace !... Pajot n'en revenait pas ! Elle l'avait dénoncé à la police comme l'auteur d'un entôlage commis vers la fin du mois de janvier, à Épernay. Elle-même, d'ailleurs, avait été sa complice. Un ivrogne qui s'était attardé dans un cabaret et qu'elle avait réussi à entraîner dans un endroit désert : elle lui avait volé cent sous, et lui, Pajot, les avait empochés.
Et, méchamment, elle était allée raconter cette histoire dont on ne lui parlait pas. Elle avait agi ainsi pour se débarrasser de lui, pour qu'on le gardât plus longtemps en prison, pour qu'il fût condamné et expulsé de France, car il était reléguable. Elle ne l'ignorait pas !...

CONDAMNEE
Devant cette trahison calculée, voulue, Pajot sentait une colère sourde bouillonner en lui. Il allait se venger, et tout de suite ! Marie Ambroise était condamnée sans appel. L'acte dont elle s'était rendue coupable était sans excuse, de ceux que, dans la tourbe des souteneurs et des escarpes, on ne pardonne jamais !

Pajot prit, dans la poche de son veston, le rasoir qu'il avait réussi à soustraire à la fouille soupçonneuse de son gardien et appuya légèrement le fil du tranchant sur son doigt. Cet examen lui donna entièrement satisfaction. La lame coupait à souhait et n'avait nul besoin d'être repassée.
Midi allait sonner. Il avait le temps. Attaquer Marie en plein jour eût été une faute. Faire le guet devant l'hôtel Moreau, dans cette sorte de boyau qu'est la rue du Four où les femmes passent des heures entières à bavarder sur le pas de leurs portes ou à regarder derrière leurs rideaux, autant aller se dénoncer tout de suite. Et puis, on le connaissait. Marie, prévenue, ne sortirait pas ou demanderait assistance à la police qui la protégerait.

L'heure de la vengeance n’avait pas encore sonné, il lui fallut patienter. Il déjeuna rapidement, gagna les rives de la Marne, s'allongea sur l’herbe, et, sûr qu'elle ne lui échapperait pas, attendit que le moment de frapper fût venu.

LA RENCONTRE

Alors il revit Marie, telle qu'il l'avait connue, une nuit de novembre pluvieuse et froide, grelottante dans une jaquette beige d'été, sous l'auvent d'une porte cochère, dans l'un des quartiers mal famés de Troyes.
C'est là qu'il l'avait rencontrée ! Elle était l'aînée de plusieurs sœurs. Son père s'épuisait dans une tâche au-dessus de ses forces. Sa mère, malade, laissait les choses à l'abandon. Elle avait compris qu'elle était une charge et elle était partie. Elle avait eu un amant, puis deux, puis plusieurs à la fois. Depuis longtemps, elle ne les comptait plus. Arrêtée, sans moyen d'existence avouable, elle avait été enrôlée dans le troupeau des femmes sur lesquelles la police exerce un droit de contrôle.

Elle avait honte de cette vie, honte d'elle-même. Elle n'était pas faite pour cela. Son désir était de quitter Troyes, de s'installer quelque part, n'importe où, pourvu qu'on ne la connut pas, et de travailler.
Pajot avait bien ri en lui entendant formuler une telle résolution. En vérité, si elle avait cru trouver en lui quelqu'un qui la réhabiliterait, elle était mal tombée. Repris de justice, cambrioleur de profession, ce garçon de vingt-six ans colportait, de temps en temps, de la marchandise volée, un métier pas méchant, comme il en faut quand on ne peut pas prouver que l'on vit de ses rentes. Marie Ambroise était née, comme lui, à Romilly-sur-Seine, dans l'Aube, circonstance favorable qui vint s'ajouter fort à propos au hasard de leur rencontre.

Pajot se demandait à quels conseils Marie avait pu obéir pour avoir osé ce qu'elle avait fait. A Melun, où ils étaient venus se fixer, comme à Troyes, elle était demeurée la même et quand tous deux avaient été arrêtés, sur les indications d'un certain. Kramer, dit « Panard », comme complices d'un vol chez M. Degaillaix, artiste peintre, avenue de Chailly, comment aurait-il pu soupçonner qu'il la reverrait dans un cabinet d'instruction, se dressant en accusatrice !

EGORGEE
Comme le soir approchant, Pajot revint vers la ville. Neuf heures étaient sonnées quand il s'engagea dans la petite rue du Four. Déjà, elle était silencieuse et déserte. Presque en face de la porte de l'hôtel Moreau, le mur en saillie fait un renfoncement profond, une sorte de trou d'ombre, un retrait sur le trottoir.
Le misérable s'y dissimula et attendit. Pas longtemps. Presque aussitôt, Marie apparut.
Eut-elle, à cette minute, le pressentiment de ce qui t'attendait ? Peut-être! Avant de s'engager sur la chaussée, elle hésita, fouilla des yeux la rue sombre, ne vit rien.
Elle fit deux pas en avant, jeta un grand cri et tomba. D'un bond, Pajot s'était lancé sur elle et lui avait enfoncé son rasoir dans la gorge. Coup terrible : la lame en fut émoussée ! Sanglante, Marie Ambroise fut portée à l'hôpital où les docteurs Malvy et Masbrunier lui prodiguèrent des soins. Ce soir, elle respirait encore, mais il est probable qu'elle ne passera pas la nuit.

Pajot avait fui, mais il ne pouvait échapper, car son signalement avait été transmis presque aussitôt à toutes les brigades de gendarmerie du département.
Ce matin, des gendarmes de Ponthierry l'ont arrêté au moment où, harassé de fatigue, il entrait dans une boulangerie, à l'entrée du village de Seine-Port.
Toute la nuit il avait marché, avec l'espoir qu'il pourrait gagner Paris et s'y cacher. Dans la soirée, il a été ramené à Melun et mis à la disposition de M. Doigneau, juge d'instruction, qui, quarante-huit heures auparavant, l'avait fait relaxer.

Pajot ne regrette rien. S'il lui fallait recommencer, il n'hésiterait pas. Il s'est vengé comme il le souhaitait. Il est satisfait et il s’enorgueillit.

Le Petit Parisien, n° 12 564 du 24 mars 1911

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LE CRIME DE MELUN

L'assassin Pajot condamné à mort

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Melun, 19 juillet.

L'auteur du crime commis le 22 mars dernier, rue du Four, à Melun, le souteneur Henri-Lucien Pajot, âgé de trente ans, a comparu aujourd'hui devant tes assises de Seine-et-Marne. Cette affaire avait attiré, malgré la chaleur étouffante, une foule énorme, qui se pressait dans la salle, tant la population s'était intéressée à cette tragédie.

Rappelons les faits : dans l’après-midi du 22 mars, Pajot qui, sur les dénonciations de sa maitresse, Marie Ambroise, jeune personne de dix-sept ans, avait été arrêté à Reims, sous l'inculpation d'entôlage, venait de quitter la maison d'arrêt.
Il se mit aussitôt à la recherche de sa maîtresse, avec des projets de vengeance bien arrêtés. Il en voulait à Marie, non seulement parce qu'elle l'avait dénoncé, mais aussi et surtout parce que, journellement battue, menacée de mort et contrainte par lui à se livrer à la prostitution, la jeune femme avait affirmé l'intention de rompre avec lui.

Marie Ambroise entendait se soustraire à son autorité et conserver son indépendance. Sur ces mots, la jeune femme rentra à l'atelier des lits militaires, où elle travaillait. Elle y revint encore l'après-midi et après avoir, le soir, fait part de ses craintes au commissaire de police - car elle redoutait fort son ancien amant - rentra dans la chambre qu'elle occupait chez M. Moreau, rue du Four.

Pajot, vers neuf heures et demie du soir, vint la relancer à cette adresse et renouvela ses demandes d'argent. Voyant qu'il insistait, l'ouvrière quitta la place et partit sans lui donner satisfaction. Mais Pajot s'élança sur ses traces, la rejoignit dans cette même rue du Four, et, s'armant d'un rasoir qu'il avait à dessein placé dans sa poche, la prit aux cheveux, la renversa brusquement en arrière et lui trancha la gorge si violemment que la lame s'ébrécha en heurtant les os. La tête, quand on releva la malheureuse victime, ne tenait plus que par les nerfs et les carotides. La malheureuse vécut cependant encore quinze jours en cet état lamentable.

Pajot, arrêté, avoua son crime.

Un verdict impitoyable

A l'audience, au cours de son interrogatoire, Pajot a adopté une attitude humble et repentante. Tenant constamment la tête baissée, affalé sur son banc, il voulait avoir l'air de regretter son crime et de pleurer.
Quoique renouvelant ses aveux, il prétend n'avoir pas voulu donner la mort à sa maîtresse et, contre toute vraisemblance, nie l'avoir frappée à la gorge. Je ne l'ai blessée qu'à la main, affirme-t-il. Il reconnaît toutefois - ne pouvant faire autrement - que le rasoir trouvé dans la plaie lui appartenait.
Après le défilé des témoins, M. Sevestre, avocat général, a montré, dans un énergique réquisitoire, que l'accusé, criminel endurci, était un danger permanent pour la société et a réclamé un verdict impitoyable.

En dépit de la brillante plaidoirie prononcée par le défenseur, qui s'était efforcé de sauver la tête de son client, le jury, après une heure de délibération, est rentré en séance rapportant un verdict affirmatif sur toutes les questions et muet sur les circonstances atténuantes.

En conséquence, Pajot a été condamné à la peine de mort

Le Petit Parisien, n° 12 682 du 20 juillet 1911

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Rejet de pourvoi. La chambre criminelle de la cour de cassation a rejeté hier le pourvoi de Lucien Pajot, condamné à mort le 19 juillet dernier par la cour d'assises de Seine-et-Marne pour l’assassinat de sa compagne, Marie Ambroise.

Le Temps, n° 18 307 du 16 août 1911


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Dernière édition par Adelayde le Sam 10 Nov 2012 - 21:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le souteneur Henri-Lucien Pajot égorge sa maîtresse - 1911    Sam 10 Nov 2012 - 17:17


La guillotine à Melun
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L’exécution- de Lucien Pajot


La guillotine a été extraite à midi du nouveau hangar qu'elle occupe à la Santé et conduite à la gare de Lyon. Elle sera expédiée cet après-midi à Melun, où aura lieu demain matin l'exécution de Lucien Pajot, condamné à mort le 19 juillet dernier, par la Cour d'assises de Seine-et-Marne pour l’assassinat de son amie Marie Ambroise.

Le 22 mars, vers neuf heures du soir, Lucien Pajot, qui avait été libéré le matin même de la maison d'arrêt de Melun, sortait de l’auberge Moreau, à Melun, en compagnie de son amie, Marie Ambroise. Quelques instants plus tard, l'aubergiste entendant un grand cri sortait précipitamment et trouvait la jeune femme étendue au milieu de la rue ; elle avait à la gorge une horrible blessure par où elle perdait son sang en abondance. La malheureuse survécut treize jours. Le meurtrier fut arrêté le lendemain à Seine-Port. L'instruction établit que Pajot avait tué Marie Ambroise par vengeance, car celle-ci avait dévoilé au Parquet qu’il avait commis des délits dans les pays où ils avaient habité ensemble.

Le Temps, n°18 328 du 6 septembre 1911

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Le Petit Parisien, n0 12 730 du 6 septembre 1911

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La guillotine à Melun
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L'Exécution Capitale d'aujourd'hui

Melun, 6 septembre.

Jamais exécution capitale ne fut plus sinistre, plus dissimulée que celle de Pajot, qui a eu lieu ce matin, à Melun.

Pajot, voleur, souteneur, quittait la maison centrale de cette ville, le 22 mars dernier. Furieux d'avoir été « donné » par sa maîtresse, Marie Ambroise, il la « buta » le soir même. D'un coup de couteau, il lui ouvrit la gorge. La malheureuse ne succomba qu'après treize jours de souffrances.

Le 19 juillet, la Cour d'assises de Seine-et-Marne condamnait le meurtrier à la peine de mort. L'expiation a eu lieu ce matin, à 4 h. 33.


M. Deibler arrive

Les bois de justice qui avaient quitté Paris hier à quatre heures de l’après-midi, arrivaient vers cinq heures à Melun, ne précédant que de peu, M. Deibler et ses aides. La nouvelle que Pajot allait être exécuté, était déjà connue dans la ville et les curieux attendaient avec impatience la venue du bourreau.

Comme, dès sa descente du train, il se dirigeait à pied vers le Palais de Justice, il fut immédiatement suivi des badauds, qui le dévisagèrent.
Sans s'émouvoir, M. Deibler, continua sa route d'un pas tranquille et peu après, pénétrait dans les bureaux du Parquet.

Il eut une courte conférence avec le substitut du procureur de la République, M. Thorp, à la suite de laquelle il alla visiter divers emplacements propres à dresser sa sinistre machine.
En raison du peu de garnison, occupant actuellement la ville, le bourreau décida que La guillotine fonctionnerait devant la porte de la maison d'arrêt, dans une impasse étroite et entourée seulement de hautes murailles.

Les dernières dispositions prises d'accord avec M. Thorp et le commandant de gendarmerie, M. Deibler, en brave bourgeois, dont la journée est bien remplie, s'en alla retrouver ses aides, à l'hôtel de Meaux, et dîna d'un fort bon appétit.

Quand la nuit fut venue, les soldats du 31e régiment d'infanterie, les gendarmes barrèrent l'entrée de l'impasse de la maison d'arrêt et la rue du Président-Despatys.
Le service d'ordre n'eût pas à user de rigueur. Les « Melunois » comprenant qu'il ne leur serait pas possible d'assister à l'exécution capitale, s'abstinrent en grande partie, de passer- une nuit blanche.

Vers trois heures, M. Deibler et ses -aides se rendaient à la gare et en ramenaient le fourgon contenant les bois, de justice.
Et sous un ciel immuablement bleu, sous le scintillement des étoiles, la machine fut rapidement prête à accomplir son œuvre de mort.


La dernière Heure

A trois heures et demie, M. Thorp, substitut du procureur de la République, accompagné de MM. Villers, conseiller de préfecture, remplaçant le préfet absent ; le docteur Simeray, premier adjoint au maire ; Robillard, défenseur de Pajot ; du commandant de gendarmerie Lanty ; du capitaine Fouchet et du greffier en chef M. Traverse, pénétrait dans la prison, où déjà se trouvaient prêts à les recevoir le gardien chef de la maison d'arrêt, M. Lerecouvreux, et M. l'abbé Pratel, aumônier de la prison.

Le cortège se dirigea vers la cellule de Pajot, que le gardien chef ouvrit.
Ce dernier dormait profondément il ne s'était endormi qu'à minuit, après avoir passé, insouciant de son sort, sa journée à jouer aux cartes et à chanter. Vers onze heures et demie, il avait bien entendu un bruit inusité, et comme il s'inquiétait ses gardiens l'avaient rassuré en lui disant que le mouvement qu'il percevait était dû au passage de troupes se rendant aux manœuvres. Pajot s'endormit alors.

M. Thorp s'approcha du condamné et lui- frappa sur l'épaule, à deux reprises différentes.
L'assassin se réveilla enfin et, ne se rendant pas compte de la mission du magistrat, se disposa à s'endormir de nouveau.
Le substitut lui fit alors connaître non sans émotion, que l'heure de l'expiation allait sonner.


Un Réveil pénible

Hébété, Pajot qui écoutait, la tête appuyée au mur et soutenue par les mains, ne répondit « oui» que d'une voix faible, imperceptible même, au magistrat qui lui recommandait d'avoir du courage.

A deux reprises encore, M. Thorp dut lui demander s'il voulait accepter les secours de la religion. Le condamné fit un signe affirmatif. Il se leva seul, s'habilla et, après s'être confessé, tandis que s'éloignaient discrètement les assistants, il écouta la messe qui fut dite dans la chapelle voisine de sa cellule.

Son avocat s'approcha alors de lui, échangea quelques paroles, auxquelles Pajot répondit par un bref remerciement.
Un de ses gardiens lui présenta un verre de rhum qu’il accepta.
- Merci, dit-il à ce dernier, en lui remettant le verre vide.
Il refusa alors une cigarette qu’on lui offrit encore.

M. Deibler, qui venait de signer le registre d’écrou et de prendre possession de son client, procéda -rapidement a la toilette, tandis que les aides le ligotaient.
A quatre heures et demie, Pajot était prêt, à subir le châtiment fatal.


Le Couperet tombe


La porte de la prison tourna sur ses gonds et sous l’aube blanchissante le condamné parut, blême, presque exsangue, marchant péniblement.
Devant lui, l’abbé Pratel, lui faisant embrasser le crucifix, lui masquant jusqu’à la minute suprême la vue de la guillotine, séparée d'un mètre a peine de la maison d’arrêt.

Pajot devant la bascule eut un léger mouvement d'hésitation.
Mais les aides, vivement, le poussaient sur la bascule. La tête fut engagée dans la lunette et, dans un éclair d’acier, avec un bruit mat, le couperet tomba. Pajot avait expié son crime : il était 4 h 33 m. Aucun cri, aucun incident.
Il faisait alors grand jour le soleil radieux montait au ciel, illuminant tout l'horizon.

Sur la route qui conduit au cimetière, dans un tourbillon de poussière, un peloton de gendarmes à cheval escortait les restes du supplicié.
Sous les yeux de M Deibler, tandis que l'aumônier priait au pied dune tombe encore vide, les aides du bourreau mettaient le corps de Pajot en bière.
L'inhumation suivit, rapide : le prêtre prononça de nouveau une dernière prière, jeta l'eau bénite et s'éloigna.

La Presse - n° 6 971 du 07/09/1911.

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MessageSujet: Re: Le souteneur Henri-Lucien Pajot égorge sa maîtresse - 1911    Jeu 21 Fév 2013 - 20:41

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5640856.r=guillotine.langFR
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MessageSujet: Re: Le souteneur Henri-Lucien Pajot égorge sa maîtresse - 1911    

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