La Veuve

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 Dominique Lemarchand – Pierre Anceaume – Jacques Châtel - 1848

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Adelayde
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MessageSujet: Dominique Lemarchand – Pierre Anceaume – Jacques Châtel - 1848   Ven 12 Oct 2012 - 15:48


Dominique Lemarchand, Pierre Anceaume, Jacques Châtel - L’affaire des époux Verdier

Jean François Joseph Verdier et sa femme Marie Anne Desmarais vivent dans une maison quelque peu isolée dans un agréable petit village de Seine-Maritime, à Bailleul-Neuville. Mariés le 28 juillet 1812 à Fréauville, ils ont deux filles dont une décéda à l'âge de deux ans, en 1814. La seconde est mariée à un cultivateur de la commune voisine. Le couple vit dans une certaine aisance acquise par leur ferme et est très estimé par son entourage. Leur défaut, sans doute, se vanter de ne pas vivre dans le besoin.

Le 29 novembre 1845, le marché de Neufchâtel en Bray attire les habitants des communes environnantes. On ne s'inquiète donc pas de voir les volets de la maison des Verdier encore fermés. Ils ont dû aller au marché comme tous les samedis. En fin d'après-midi, des voisines, alertées par les bêtes affamées, vont voir ce qui se passe et découvrent avec stupéfaction que la maison du couple a été forcée.

Elles laissent leurs maris pénétrer dans la demeure et ils découvrent l’épouvantable désordre qu'il règne dans la chambre. Les autorités sont aussitôt prévenues et font une effroyable découverte.

À la vue des crânes fracassés, on se doute que les époux sont passés de sommeil à trépas. Leurs corps ont été jetés au sol comme de vulgaires chiffons. Le vol était manifestement la motivation des meurtriers. En effet des objets et de l'argent ont disparu et vu l'état de la maison, ils devaient chercher une cachette… qu'ils n'ont pas trouvée puisqu'on découvrira le trésor des Verdier caché sous de la cendre au grenier : 2 018 francs répartis dans de vieux pots.

On compare aussitôt cet odieux crime avec l'assassinat de Marguerite Lecointhe à Avesnes, femme âgée retrouvée sans vie chez elle, la boite crânienne aussi défoncée et le mode opératoire d'effraction similaire. Ces affaires ramènent la consternation dans le canton de Londinières, où vit encore le souvenir des crimes de la famille Fournier quelques années auparavant.

Déjà, on soupçonne certaines personnes peu fréquentables. En effet, les filles Boudier et Toupain, Châtel, Anceaume et sa femme, Mention et sa concubine venaient mendier toutes les semaines chez la fille Lecointhe ou établissaient une boutique de fortune devant sa porte. Dès son assassinat, on ne les vit plus jamais faire la manche dans le village.



Après le crime - le partage des dépouilles


Le 8 janvier 1846, un vol de lard chez Pierre Carpentier avec effraction similaire aux autres affaires, fait porter les soupçons à nouveau sur Mention et Anceaume. Ce dernier, de peur d'être confondu, dénonce Châtel qui prend la fuite. Pierre Châtel a deux enfants, Arthur et Benoni, qui seront deux témoins à charge contre leur père et ses acolytes. Le plus jeune raconte ce qu'il a vu et entendu au sujet du crime des époux Verdier. Il affirme qu'André Carpentier, Alexandre Lerat, Anceaume, Mention, Châtel son père et d'autres personnes qu'il ne peut nommer, étaient réunies en conciliabule le 28 novembre 1845 à la ferme de Parfondeval, repaire de mendiants. Puis partirent ensemble et se séparèrent. Ne rentrèrent qu’au petit jour, avec une hachette tachée de sang ; que Châtel, Anceaume, Lerat, Caquelard et Mention se partagèrent les biens et l'argent volés. Il put décrire avec précision les objets volés qui s'avérèrent bien être ceux des époux Verdier.

Le procès, qui se déroule du 31 juillet au 17 août 1845 à la Cour d'Assises de la Seine Inférieure à Rouen, tient en haleine l'auditoire. Treize personnes sont accusées. Ceux qui ne peuvent pas suivre cette affaire au tribunal, la lisent au jour le jour dans « le Journal de Rouen » à la rubrique « Revue judiciaire ».
Huit hommes et cinq femmes sont inculpés pour l'assassinat des époux Verdier.

Les chefs d'accusation, du 7 juin 1848, sont les suivants :
• Double homicide volontaire sur les personnes de Verdier Jean François Joseph et de sa femme Desmarais Marie Anne ;
• Vol d'argent, de linge, divers effets et objets mobiliers au préjudice du couple Verdier, à l'aide d'effractions, en recourant aux armes ;
• Recel des objets volés ;
• Divers autres chefs d'accusations tels des vols de volailles, de lard, de joncs marins pour certains des treize inculpés.
Pour les courageux, j'ai transcrit l'arrêt de la cour d'Appel (1) de Rouen, Chambre des mises en Accusation du 7.06.1848.

Le 17 août, au terme de 18 jours d'audience des témoins et accusés et après de vifs débats, le jury délibère de quinze heures à une heure trente. On imagine la difficile tâche des jurés d'établir la culpabilité ou non des individus formant la bande à Châtel suite aux innombrables auditions des témoins et accusés. Durant ce temps, la vaste salle des assises est envahie par une foule de curieux, désireuse d'entendre un verdict sévère.

« Les accusés Lerat, Caquelard, Durand, femme Aublé, fille Toupain et fille Carpentier, ont été déclarés non coupables sur tous les chefs d'accusation. En conséquence de ce verdict, M. le président a ordonné leur immédiate remise en liberté.
Les accusés Châtel, Lemarchand, Anceaume et Aublé, ont été déclarés coupables du crime d'assassinat sur la personne des époux Verdier. La femme Demitty a été déclarée leur complice, par recélé des objets volés à la suite de cet assassinat. Coco, dit Mention et la fille Boudier, ont été déclarés coupables sur divers autres chefs d'accusation.
Le jury a établi des circonstances atténuantes en faveur d'Aublé. »

Maintenant la cour se retire et trente minutes plus tard prononce sa délibération tant attendue. Voici un bref portrait des treize accusés, leur condamnation et leur devenir pour certains d'entre eux grâce aux informations que j'ai pu glaner dans diverses archives.

1/ DURAND Michel, 34 ans, rémouleur et marchand d'allumettes chimiques :
• acquitté

2/ LERAT Alexandre, 38 ans, marchands de jouets d'enfants :
• acquitté

3/ CARPENTIER Marie Angélique, fille de Boudier Marie Rose, femme de Mention Jean Louis Michel, 36 ans, marchande de rubans :
• acquittée

4/ CAQUELARD Pierre, 41 ans, poissonnier et marchand de pains d'épices :
• acquitté

5/ RIMBERT Rosalie, femme de Aublé Jean Guillaume, 32 ans, blanchisseuse :
• acquittée

6/ TOUPAIN Marie Angélique, 30 ans, Bimbelotière :
• acquittée

7/ BOUDIER Marie Rose, 75 ans, dite veuve Châtel, dite Pelletier, dite Vilain, dite Levilain, dite Carpentier, ayant eu des relations suivies avec Nicolas Fournier père (exécuté en 1838 suite aux meurtres de Saint martin le Gaillard) :
• 5 ans de réclusion pour association de malfaiteurs.
• Elle fera sa peine à la maison centrale de Clermont (60), et en sortira théoriquement le 21.09.1853.

8/ MENTION Jean Louis Michel, dit Coco ou Coquereau, 38 ans, se dit marchand :
• 7 ans de réclusion pour association de malfaiteurs et par corps aux frais du procès.
• Il fera ses 7 ans à la maison centrale de Gaillon (27) et sera libéré le 22.09.1855.

9/ MORGAND Mélanie, 36 ans, propriétaire :
• 15 ans de travaux forcés pour vols qualifiés et associations de malfaiteurs.
• Elle fera sa peine au bagne des femmes à Clermont (60) et en sortira théoriquement le 21.09.1863.

10/ AUBLE Jean Guillaume, 37 ans, Garde-moulin, mari de Rosalie Rimbert :
• 20 ans de travaux forcés pour assassinat, vols et association de malfaiteurs. A bénéficié de circonstances atténuantes.
• Il sera transféré au bagne de Brest en attendant d'être embarqué le 24.04.1852 sur La Forte pour le bagne de Cayenne.
• Il repartira pour la métropole le 19 février 1866, 6 ans avant la fin de sa peine théorique.

11/ CHATEL Jacques, 44ans, fils de Marie Rose Boudier, marchand de jouets d'enfants :
• Condamné à mort pour assassinats et vols, la nuit, à plusieurs, avec effraction extérieure et intérieure dans des maisons habitées ou dépendances dans les arrondissements de Dieppe et Neufchâtel pendant les années 1845 et 1846 et association de malfaiteurs.
• Sa peine sera commuée en celle de travaux à perpétuité.
• Probablement déjà malade, il ne sera pas transféré au bagne et décédera 5 mois plus tard, le 15.02.1849, à l'infirmerie des hommes de phtisie pulmonaire.

12/ ANCEAUME Pierre, dit Grand Pierre, 53 ans, journalier :
• Condamné à mort d'avoir commis volontairement plusieurs assassinats et vols, la nuit, à plusieurs, avec effraction extérieure et intérieure et association de malfaiteurs.
• Sa peine sera commuée en celle de travaux forcés à perpétuité.
• Il sera transféré au bagne de Brest le 17.04.1849 où il décédera le 5.09.1856. Pourquoi n'a-t-il pas été transféré au bagne de Cayenne ?

13/ LEMARCHAND Dominique, 36 ans, boucher :
• Condamné à mort d'avoir commis volontairement plusieurs assassinats et vols, la nuit, à plusieurs, avec effraction extérieure et intérieure et association de malfaiteurs.
• Il sera exécuté le 21.11.1848 à 9h sur la place Bonne Nouvelle (où se situe l'actuelle maison d'arrêt de Rouen).
Sept personnes seront donc inculpées avec trois condamnations à mort dont deux seront commuées en peine de travaux forcés à perpétuité le mois suivant.

(1)
https://docs.google.com/document/d/1TC2_rmCAxFqZYlb9qI9lFt91WLedCMMEF7jeujSasZg/edit?hl=en_US&authkey=CP--ltcD+&pli=1


Source : Le blog remarquable de Valérie Letellier : « Oh mes aïeux ! » :

http://ohmesaieux.blogspot.fr/search/label/Assassinat

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MessageSujet: Re: Dominique Lemarchand – Pierre Anceaume – Jacques Châtel - 1848   Jeu 25 Oct 2012 - 14:37


Le verdict






L'exécution


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