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 La Morgue en folie

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MessageSujet: La Morgue en folie   Dim 26 Aoû 2012 - 23:43

On lira avec de l'étonnement ce qui se passait à la Morgue de Paris.

« Que d'abus, que de profanations se commettaient autrefois dans l'enceinte de la Morgue.
L'unique garçon morgueur tirait profit de tout ce qu'il pouvait enlever à « ses pensionnaires ».
Les coiffeurs, les dentistes venaient se rassortir dans la boîte dite « Coffret des Macchabées ». Les arracheurs de dents autorisés à débiter leurs boniments sur la place du Marché-Neuf s'y approvisionnaient à bas prix. Du haut de leurs voitures, ces ancêtres de Mangin faisaient alors aux yeux des badauds stupéfaits sauter et retomber en pluie dans les plates corbeilles, dites « vans », une énorme quantité de molaires, de canines et d'incisives, extraites sans douleur. En effet, on les avait arrachées aux cadavres.

Les vendeurs de pommades, spécialement fabriquées pour arrêter la chute des cheveux et précipiter celle des cors, durillons, œils-de-perdrix rebelles, achetaient aussi leurs précieux échantillons à la Morgue.
Les longs et beaux cheveux de diverses nuances, pendus à leurs tréteaux, que les curieux pouvaient au besoin caresser, provenaient des cadavres de femmes ; quant aux cors, durillons, œils-de-perdrix, ils étaient facilement enlevés sur des personnes non reconnues et mortes par submersion.

Le public crédule examinait, à l'aide d'une puissante loupe, ces horribles cors munis de leurs racines que le charlatan avait eu la précaution de réunir au fond d'une large coupe de cristal « Vous pouvez voir, toucher, criait-il, je vous assure qu'ils sont tombés sans douleur. » Ce saltimbanque ne mentait point : grâce à ces exhibitions il débitait ses pots de pommade. Livré à lui-même, le garçon morgueur donnait asile la. nuit, à des prostituées, dans la chambre de garde. Les cadavres étaient les témoins des plus viles débauches.

Moyennant une rétribution, variant de deux à trois francs, certains individus, aux passions étranges, doués d'appétits malsains, toujours à la recherche d'émotions dépravées, pouvaient assister à la mise à nu et au nettoyage des cadavres. Aucune précaution n'était prise pour ces opérations, et c'est à grands coups d'un balai de bouleau que l'on débarbouillait les corps.

Le morgueur donnait aussi des soirées à spectacle. On remplaçait le thé par un saladier de vin chaud sucré (demi-bouteilles) flanqué de deux petites filles remplie d'eau-de-vie baptisée « eau des morts », le tout fourni par le cabaretier voisin, ami intéressé du morgueur.
Lorsque chacun avait bu sa rasade, on se dirigeait vers la salle des morts où le garçon, expert en cette matière, faisait choix d'un cadavre fortement ballonné et avec la précision d'un chirurgien pratiquant les autopsies judiciaires, il enfonçait une grosse épingle dans l'abdomen.

Par le trou de la piqûre s'échappait un jet de gaz auquel on mettait le feu, et l'extinction des autres lumières faisait ressortir l'éclairage par le gaz méphytique. On ne possédait pas toujours le sujet propre à cette exhibition, on restait souvent quinze jours avant d'avoir une semblable occasion. Les cadavres masculins étaient choisis de préférence. Le corps d'un homme ayant séjourné six semaines sous l'eau se trouvait dans les meilleures conditions pour la séance ; au lieu de placer comme aux femmes la piqûre sur le ventre, c'est sur les parties sexuelles qu'on opérait et l'effet n'en était que plus drôle pour les habitués. Des paris s'engagaient sur le plus ou moins de durée de ces feux d'un genre particulier ; ainsi les morts amusaient les vivants.
La Préfecture de police mit fin à l'odieux trafic des cheveux, des dents, et pour ne plus exposer les cadavres aux profanations interdit l'entrée spéciale de la Morgue aux personnes étrangères à son fonctionnement.

Poussant plus loin les réformes elle défendit aux garçons de la Morgue de fabriquer eux-mêmes les cercueils qu'ils vendaient aux indigents, et comme l'Etat ne leur allouait que la somme de deux francs pour l'inhumation des inconnus, les cadavres avaient pour enveloppe une toile d'emballage que l'on ficelait, puis on les jetait pêle-mêle dans une voiture bras requise au hasard et, la nuit, le morgueur, d'après son mot, les « roulait » au cimetière. On recouvrait la voiture de paille comme s'il s'agissait d'un cheval mort sur la voie publique et enlevé par l'équarrisseur.
Maintenant un service gratuit a lieu pour les cadavres reconnus ou non et le corbillard des pompes funèbres les transporte au cimetière de Bagneux.
Les employés de la Morgue vendaient indûment les effets, les objets trouvés sur les cadavres, et ces dépouilles allaient chez les brocanteurs sans être complètement désinfectées. Les microbes étaient alors inconnus, mais le choléra faisait des ravages.
Ce commerce dangereux n'existe plus. Les vêtements sont brûlés. »


Extrait de Mon musée criminel, par G. Macé, G. Charpentier et Cie, éditeurs, Paris, 1890.
(Gustave Macé, ancien Chef de la sûreté).

Source : gallica. bnf.fr



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Gaëtane
Monsieur de Paris
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MessageSujet: Re: La Morgue en folie   Lun 27 Aoû 2012 - 21:35



Une étude très instructive, merci mercattore
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