La Veuve

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 Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913

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MessageSujet: Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913   Lun 20 Aoû 2012 - 12:52

Au matin du 1er octobre 191, dans le village de Bas-Briacé, commune du Landreau (Loire-Inférieure, devenue Loire Atlantique - 44), situé à une vingtaine de km de Nantes, des villageois, découvrent une scène terrifiante dans la ferme de la famille Mabit. Sept corps ensanglantés gisent sans vie. Sont identifiés :

1. Mabit Jean-Marie, trente-neuf ans, cultivateur

2. Mme Mabit, trente ans, cultivatrice  (enceinte de plusieurs mois), épouse de Jean-Marie

3. Mme veuve Mabit, soixante-dix-neuf ans, mère de Jean-Marie

4. Mabit Marie, huit ans, leur enfant (le Petit Parisien mentionne « enfant illicite » ! )

5. Mabit Henriette, sept ans, leur enfant

6. Mabit Joseph, deux ans, leur enfant 

7. Dugast Marie, seize ans, domestique.

Seul un enfant de quatre ans de la famille Mabit, le petit Pierre, a échappé à la tuerie.

Quelques heures après le drame, le petit valet de ferme, Marcel Redureau, 15 ans et  4 mois, avoue les assassinats. Le 4 mars 1914, la cour d'assises de Nantes le condamne à  vingt ans de détention , peine maximum pour un inculpé de son âge. Le 23 mars, il quitte la prison de Nantes pour être mis en subsistance au fort du Hâ, à Bordeaux (Gironde - 33), en attente de son placement dans une colonie correctionnelle. Le 11 avril , il est transféré à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Gronne - 47), à la colonie correctionnelle, dans la section pénitentiaire.
 
Deux articles hors-presse quotidienne, relatifs à ce crime exceptionnel, sont à consulter dans les Archives d'anthropologie criminelle de médecine légale et de psychologie normale et pathologique, de 1914 :
                                                                                             
L'affaire REDUREAU, par le professeur Ollive. Page 625, suivi de :
EXAMEN MENTAL PAR LES DOCTEURS  :
- A. CULLERRE, Ancien Interne des Hôpitaux. Médecin honoraire des Asile d'aliénés
- L. DESCLAUX  Ancien Interne des Hôpitaux, Médecin des prisons de Nantes                    (Le Dr Biaute, médecin en chef de l'Asile d'aliénés de Saint-Jacques, décédé en décembre 1913, avait également participé a cet examen).

https://criminocorpus.org/fr/bibliotheque/page/23209/#page

L'écrivain André Gide, qui a traité de quelques affaires criminelles, a évoqué ce terrible drame. Plusieurs éditions :

— Gide André L'affaire Redureau, suivie de FAITS DIVERS. Documents réunis par André Gide. Collection Ne Jugez Pas, dirigée par André Gide. NRF - Librairie Gallimard, Paris, 1930.

— Ne jugez pas. Souvenirs de la cour d'assises. L'Affaire Redureau - La séquestrée de Poitiers, Gallimard, Paris, 1969. 272 pages.

— Édition renouvelée en 1957 pour L'Affaire Redureau et La séquestrée de Poitiers.

La séquestrée de Poitiers / L'affaire Redureau, Gallimard (collection Folio, n° 977), 1977.

Note de l'éditeur : Guitteny, l'empoisonneur de Machecoul ; Sarrebourse d'Audeville, l'assassin de la rue Bonne-Louise ; Jules Grand, le « Satyre du Pouliguen » ; Marcel Redureau, l'auteur de l'un des plus abominables massacres de l'histoire; Georges Courtois, l'homme qui prit en otage le palais de justice de Nantes ; sans oublier les meurtriers de la Tour du Commerce et les tristes exploits des « apaches », les trahisons des agents de la Gestapo ou encore la guerre qui décima le Milieu dans les années 1980 etc.

— Il existe une (ou plusieurs ?) complainte sur la tuerie de Bas-Briacé. Des fragments chantés en ont été recueillis sur bande magnétique, en 1992, à Saint-Julien-de-Vouvante (Loire-Atlantique). L'interprète est Marie-Louise Guihard. Cette complainte est chantée sur l'air de La Pimpolaise (d'Eugène Feautrier), popularisée par Théodore Botrel (paroles). L'enregistrement est répertorié aux « Archives du patrimoine oral de Bretagne » sous le titre « C'est bien le plus affreux des crimes ». Un autre enregistrement : Fragments, recueillis en 1977, à Saint-Mesmin, canton de Pouzauges, en Vendée. Durée 1mn 47. Chantés par Mme Barret. Fonds : Animation Rurale et Culture Populaire en Bocage (ARCUP), Cerizay. Titre : A propos d'une complainte sur Marcel Redureau. Est-ce la même complainte que celle recueillie à Saint-Julien-de-Vouvantes ?
                                                                            
Commentaire du journal Le Matin :
« La ferme, assez importante, est située au milieu d'un groupe de maisons plus modestes. L'aisance y régnait. L'aspect extérieur l'indique d'ailleurs suffisamment, et l'état des pièces confirme cette première impression.
La ferme, est un haut bâtiment — non pas une de ces constructions comme on en voit beaucoup dans la région et dans laquelle il faut, pour entrer, se courber presque jusqu'à terre et que, de loin, on distingue malaisément du sol — c'est un grand bâtiment avec ses fenêtres entourées d'un cadre de briques rouges qui donne une impression de confortable.
Au-dessus du rez-de-chaussée, un haut grenier avec des mansardes qui parfois servent de chambres. C'est dans ce logis aisé et jusqu'à ce jour tranquille qu'habitait une très honorable famille presque riche, qui possédait de nombreuses vignes, ressource principale du pays. »

Images : liens morts


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Sylvain44
Condamné à mort


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MessageSujet: Re: Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913   Mar 23 Oct 2012 - 1:26

Bonjour,

D'ou tenez vous vos sources qui paraissent très complètes ?
Peut etre avez vous la possibilité d'avoir d'autres infos ? (éventuelement les minutes du procès ?)

Pour ma part je m'interesse pas mal à cette histoire car j'ai passé les 20 première années de ma vie à 500 mètre de cette maison et a 250m de la maison des redureau. Mon arrière grand père était par ailleurs voisin et bon copain de ces 2 familles (Les Redureau et les Mabits). Après la condannation, la famille redureau c'est d'ailleurs exilée dans le sud de la France. Pour la petite histoire, mon arrière grand père continuait a correspondre avec les parents redureau après leur exil, il avait aussi convenu d'une rencontre sous couvert d'anonimat a lourde dans les années 1919, ils ne sont pas venu.

Le petit Pierre Mabit de l'époque est aujourd'hui décédé (je crois) et a en tous les cas toujours vécu dans la maison voisine.

la maison ou c'est passé ce crime est toujours debout et n'a d'ailleurs pas beaucoup changée, je vous mets le lien pour la voir :
EDIT : je suis nouveau, pas de lien pendant 7 jours Sleep

Pour finir, la légende populaire dit aussi que le père Mabit n'était pas facile, loin s'en faut. Ceci n'excusant bien entendu en rien ce qui a pu se produire. Les tombes de la famille Mabit sont toujours visible dans le cimetière communal
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MessageSujet: Re: Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913   Mar 23 Oct 2012 - 10:49

Salut Sylvain    Bievenue parmi nous !
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pilayrou
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MessageSujet: Re: Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913   Mar 23 Oct 2012 - 11:20

Ce petit criminel aura sans doute échappé à la boucherie de 1914 ! Rolling Eyes
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CARNIFEX
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MessageSujet: Re: Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913   Mar 23 Oct 2012 - 19:37

Bonjour Sylvain44 et bienvenue.

Envoyez-moi votre lien par MP, je le mettrai dans votre post.

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MessageSujet: Re: Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913   Jeu 25 Oct 2012 - 22:58

Sylvain44 a écrit:
Bonjour,

D'ou tenez vous vos sources qui paraissent très complètes ?
Peut etre avez vous la possibilité d'avoir d'autres infos ? (éventuelement les minutes du procès ?)

Bonsoir,

Les sources ont été trouvées sur le web, il n'y en a pas de personnelles.
J'avais relevé le nom de Redureau mentionné, brièvement, sur un site (oublié) depuis plus d'un an et commencé un collectage d'infos sur ce cas très exceptionnel — 15ans et 4 mois et avoir tué sept personnes ! — puis arrêté pour des raisons de santé et autres.

Marcel Redureau avait aussi été cité par le fondateur de ce site Sylvain Larue (Némo) quelque part sur ce forum, donc il connait cette affaire.

Le site http://everything.explained.at/List_of_mass_murderers_and_spree_killers_by_number_of_victims/
mentionne Redureau dans sa liste mondiale des crimes de masse (List of mass murderers) dans la catégorie des tueries au travail (workplace killings). C'est le 26ème sur une liste de 52 tueurs. Ce site n'indique rien de particuier sur Redureau sinon un lien qui mène sur une page malheureusement Not Found (Journal New-York Times).
Bizarrement, je crois que Petiot, Landru, Vacher etc. ne sont pas cités sur ce site, par contres d'autres français moins connus le sont.

Si je trouve d'autres infos sur cette affaire je les posterai, et je pense que vous vous en trouverez aussi, ce qui aidera à développer cette affaire sur ce forum.

L'éditeur de Sylvain Larue, les éditions DE BORÉE ont publiées un grand nombre de livres traitant des affaires criminelles par région, départements ...L'affaire de Bas-Briacé est certainement traitée dans l'un de ses livres.





Dernière édition par mercattore le Sam 27 Oct 2012 - 11:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913   Sam 27 Oct 2012 - 11:01



Le quotidien grand public La Presse titre en gros sur ce terrible fait-divers.

Extrait d'un article du quotidien (conservateur) Le Gaulois du 3 octobre 1913.
Source : gallica.bnf.fr

Le maire du Landreau a déclaré qu'il connaissait beaucoup Redureau et qu'il a été fort surpris en apprenant son crime. Rien n'indiquait chez ce jeune homme une telle prédisposition. Il n'était pas sournois, ni solitaire, comme on se plaît maintenant à le prétendre. Il avait même des amis. Il ne buvait pas.

Depuis quelque temps cependant, Redureau s'était attiré quelques observations de la part de son patron. Peut-être ces observations l'ont- elles irrité au point de lui faire perdre la tête.
D'autre part, l'ancien maître d'école de Redureau déclare que celui-ci, quoique d'intelligence moyenne, était un bon élève, qui lui donnait toute satisfaction. Il a passé avec succès son certificat d'études. L'instituteur, lui aussi, a été très surpris par la nouvelle du crime.

On se préoccupe beaucoup de savoir quel châtiment attend l'assassin. Sa famille même, qui est très honorable et très estimée, s'inquiète de cette question. Son grand-père demandait hier à quelqu'un :
— Est-ce qu'on lui coupera le cou, monsieur ?
J'en ai vu, des tribunaux, autrefois! Je sais bien ce qui arrive. ne me cachez rien. On lui coupera le cou, n'est-ce pas ?

Et sa mère, qui gémit et qui ne cesse. de répéter qu'elle préférerait avoir un fils mort qu'assassin, disait cependant   « Il n'est sans doute pas responsable. Un moment de folie Et puis, il est trop jeune pour être condamné à la peine capitale. »
Evidemment, malgré l'horreur du forfait, il est peu probable que Marcel Redureau soit exécuté. La peine encourue par lui est pourtant la peine capitale.

Toutefois, âgé de moins de seize ans, mais reconnu comme ayant agi avec discernement, la sentence capitale se change pour lui en une peine de dix à vingt ans d'emprisonnement. Si l'on appliquait la peine des travaux forcés à temps, Redureau ne pourrait être condamné qu'au tiers ou à la moitié de cette peine.
Reconnu comme ayant agi sans discernement, il peut être envoyé dans une maison de correction jusqu'à sa majorité.
Mais quoi que décide le jury, on s'accorde à dire ici qu'il n'y a point de châtiment assez grand pour punir pareil crime.

Le petit Pierre, âgé de quatre ans, qui, seul, a échappé à la tuerie, a été recueilli par son oncle, M. Pierre Mabit, qui habite aux environs.

Georges Drouilly

                  ________________________________

Quotidien Le Gaulois, du 5 mars 1914.
Source : gallica.bnf.fr

COUR D'ASSISES DE NANTES

L'Enfance qui tue

La boucherie d'un Tropmann de quinze ans

PAR DÉPÊCHE DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

M. Félix Belle

Nantes, 3 mars.

La conscience de l'homme est un abîme où, seul, peut lire Dieu. Jamais, autant qu'auprès ces six heures d'audience, n'apparut plus vraie, plus redoutablement vraie, pour ceux surtout qui ont mission de juger, la vieille et grave parole chrétienne.
Et si ces mots « Conscience d'homme, crime d'homme », il faut substituer ceux-ci « Conscience d'enfant, crime d'enfant », alors, l'énigme s'élève à une angoisse tragique.
Crime d'enfant Quelle plume n'hésiterait pas à associer ces deux mots ? N'est-il pas, l'enfant, par les luttes et les rancœurs de la vie, par les tristesses des foyers, où souffle si souvent le vent noir des amertumes et des ruptures, par les solitudes qui pleurent tant de deuils, n'est-il pas la suprême petite fleur bleue qui, comme l'amour, purifie, fortifie et console ?
Alors, quand brusquement, dans la majesté tragique d'une cour d'assises, entre les silhouettes sombres des gendarmes si grands à côté de lui si petit, apparaît au banc des accusés quel-que frêle figure d'enfant, quel cœur pourrait croire à ce mot sinistre le crime ?

Ecoutez ce que fut celui-ci le 1er octobre 1913, vers sept heures du matin, venant comme d'habitude chercher son lait à la ferme du Bas-Briace, Mme Durand trouvait sur le seuil de la maison silencieuse et fermée, un pauvre petit être, vêtu d'une simple chemise, et qui sanglotait éperdument. C'était l'enfant des fermiers Mabit, âgé de quatre ans.
Inquiets, les voisins pénétrèrent, et ce qu'ils virent alors dépasse en horreur l'horreur des pires crimes. Ce n'était pas un cadavre qui gisait là, c'étaient sept pauvres corps si atrocement hachés que, dans cet amas de chairs sanglantes, il ne fut même plus possible de relever le nombre de coups reçus. Homme, femmes, vieillards, enfants même, rien n'avait trouvé grâce devant la fureur sauvage et sadique du meurtrier.

L'homme, le fermier Mabit, avait évidemment succombé en plein travail, la tête écrasée sous les coups la cervelle avait jailli, la gorge avait été tranchée jusqu'à la quatrième vertèbre cervicale.
Devant le foyer de la cuisine, sa femme gisait sur le dos d'un coup effroyable, la hache, le couteau ou la serpe qui avait frappé, avait tranché toute la figure, découvrant et brisant les deux maxillaires au cou, deux plaies, énormes et béantes, montraient les deux carotides tranchées, ainsi que la trachée, sectionnée, jusqu'à la colonne vertébrale. Détail odieux sur cette malheureuse qui allait être mère, le misérable s'était acharné, ne faisant plus du ventre qu'une hideuse bouillie sanglante.

A ses pieds gisait sa petite servante, Marie Dugast, âgée de seize ans, la tête, le cou, les épaules à ce point hachées que les médecins durent renoncer à compter le nombre des blessures.
Tout à côté couchait la vieille grand'mère, âgée de soixante-dix-neuf ans. Sans doute épouvantée, elle avait voulu se lever, s'enfuir elle n'en eut pas le temps. Sa tête était tranchée avec une telle sauvagerie que la plaie ouverte laissait voir le sommet des poumons.

Et c'étaient enfin trois cadavres d'enfants l'une des fillettes était presque guillotinée, à peine un lambeau de peau existait-il encore à la région gauche de ce qui avait été le cou. La seconde petite fille était plus horrible à voir encore un coup avait mis à nu la cervelle, un autre tranché la mâchoire, un troisième sectionné presque entièrement la colonne vertébrale. La pauvre petite avait sans doute esquissé un geste de défense, le poignet gauche pendait, presque entièrement séparé du bras.
Enfin, le dernier, un bébé de deux ans, n'était plus, lui aussi, qu'une pauvre chose sanglante et trouée d'énormes plaies. Et, partout, partout, sur les lits, sur les murs, sur les planchers, du sang avait jailli, du sang avait coulé, du sang se coagulait en larges mares profondes.

Tel est le crime. Quant au meurtrier, oh l'énigmatique, l'angoissante, la terrifiante figure.
Quand il entra, ce fut dans la salle une irrésistible explosion de stupeur. Le monstre était à peine un enfant, un tout petit enfant, à la face roses et blanche, au front lisse, à la bouche creusée de fossettes rieuses, si pure qu'on l'eût crue humide encore des baisers maternels, aux maigres épaules étriquées dans un pauvre veston aux manches trop courtes, un veston de tout petit qui grandit trop vite.

Mais à l'étude, tandis que se déroule l'interrogatoire, que s'évoquent les scènes atroces, combien, peu à peu, elle apparaît inquiétante cette face de douceur De chaque côté du nez, un nez long et mince, les narines retroussées et mobiles sentent, la ruse et la cruauté les pommettes étrangement saillantes, les maxillaires et le menton fortement osseux décèlent la volonté froide et têtue. Les oreilles énormes et largement écartées disent la dégénérescence mais surtout, sous les orbites profondément creusées, entre les paupières volontairement clignotantes et plissées, jaillit comme un éclair d'acier, un regard inoubliable, un regard mo, fuyant, mais d'une acuité et d'une expression telles qu'à le rencontrer on se sent, malgré soi, monter un froid au cœur.

Et, dès qu'il parle, ne serait-ce que deux mots, cela devient effrayant. Les yeux prennent une mobilité prodigieuse, la bouche se crispe d'une sorte de rictus indéfinissable, cependant que ides manches trop courtes, au bout des bras trop longs, les deux mains, deux mains énormes et rouges, fébrilement, inlassablement, pétrissent sa casquette, se crispent devant le corps un peu replié en avant, comme la bête traquée faisant face à la mort.

Oh ces mains ces mains et ce regard ! Eux seuls ont parlé, mais quelle parole eût ajouté leur langue et que pouvait importer, à qui les a vus, les mensonges de la bouche ? Au reste, a-t-elle menti cette bouche ? Pas même. Simplement, au cours de l'interrogatoire qui ne fut qu'un long monologue du président, Marcel Redureau répond quelques mots brefs, avouant tout, reconnaissant tout. En vain, M. le conseiller Tissandier, dont le bon goût évite toute exagération mélodramatique, retrace les scènes sauvages le fermier tué le premier pour lui avoir reproché d'être paresseux, puis la famille tout entière égorgée peu à peu, membre par membre, il ne veut pas que l'un puisse parler, et les a tués l'un après l'autre, sans une hésitation, sans un sursaut.

Devant les mares de sang où il pataugeait, les cadavres qu'il fallait enjamber, les hurlements d'épouvante des enfants, pas une seconde d'émotion ne fera trembler la voix de l'accusé, pas un mot de regret ne sortira de ses lèvres, pas une larme entre les paupières, toujours plissées, ne mouillera les yeux, au regard mauvais. Il demeurera impassible, même quand, aux exclamations terrifiées de la salle, le président fera passer aux jurés les armes du crime, la massue qui assomma le fermier et, surtout, la serpe à pressoir, sorte d'arme moyenâgeuse et effroyable à lame énorme, pesant plusieurs kilos, emmanchée d'un manche long d'un mètre, gros comme un manche de. fourche. Telle était pourtant la fureur du meurtrier que ce manche, il se brisa en frappant la dernière victime, le petit bébé de deux ans.

Au reste, cette impassibilité, dès la première heure, il la montra, passant la nuit dans sa chambre, à quelques pas des cadavres, prétendant, lors de son arrestation, avoir voulu se noyer, alors que ses habits de dessus, seuls mouillés, prouvaient qu'il avait simplement voulu laver les taches de sang. Et qu'on ne parle pas de débilité mentale non seulement tous les médecins experts le déclarent normal et responsable, mais l'instituteur qui l'éleva vient témoigner qu'il était d'une intelligence au-dessus de la moyenne, pourvu non seulement de son certificat d'études primaires, mais même d'un prix dac certificat primaire. Le monstre est complet.

A un moment seulement, une émotion semblera éclairer la face c'est lorsque le président exposera que, si implacable que puisse être le verdict du jury, le maximum que la loi permette d'appliquer à l'assassin âgé de moins de seize ans n'est que de dix à vingt ans de colonie correctionnelle. Et dire que, dans quelques jours, la loi nouvelle eût évité même à Marcel Redureau le désagrément de comparaître en cour d'assises, tout mineur ne relevant plus que des tribunaux d'enfants, tout crime, fût-il atroce comme ceux-ci, ne pouvant plus être frappé que de quelques années de séjour dans un patronage, séjour supprimé, d'ailleurs, par tout engagement militaire à dix-huit ans. Que n'étaient-ils ici, nos législateurs au cœur sensible.


Félix Belle

__________________________________

Quotidien Le Gaulois, du 5 mars 1914
Source : gallica.bnf.fr

COUR D'ASSISES DE NANTES
                                                                                                                               
L'Enfance qui tue !

La boucherie d'un Tropmann de quinze ans

LA CONDAMNATION


PAR DÉPÊCHE DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Nantes, 4 mars.

Mauvaise journée pour le lauréat du certificat d'instruction primaire.
Devant l'atrocité sauvage du crime, c'eût été presque un soulagement de se dire que ce ne pouvait être l'oeuvre que d'un malade, d'un fou, d'un irresponsable. La question est tranchée les médecins aliénistes ont été entendus la conclusion de leur longue étude est implacable.

Dans les ascendants de Marcel Redureau, ni bizarres, ni originaux, ni alcooliques, ni aliénés. Parmi ses parents, ses dix frères et sœurs, ni maladies, ni anomalies, ni tares en lui-même, enfin, au physique comme au moral, rien d'anormal, rien que l'équilibre parfait d'un corps bien constitué, d'une intelligence plutôt au-dessus de, la moyenne, ayant la parfaite conscience du bien et du mal, le sentiment absolu de sa responsabilité.

Et après l'avis des hommes de science, il en fut un autre, plus simple, plus terre à terre, mais qui, sur le misérable, jette le jour définitif d'une observation quotidienne : celui du gardien-chef de la prison.
— Intelligent ? Oh certes dit-il mais quant au fond de son caractère, il est impossible de le connaître c'est un dissimulé, un sournois, un méfiant, toujours sur ses gardes, ne répondant que par oui ou par non.

Et le gardien-chef ajoute ceci, qui est sinistre :
Il mange bien, boit bien, dort bien, n'a pas l'air effrayé du tout de son affaire. Parbleu ! Et comme il le serait moins encore si fonctionnait déjà pour lui la loi sur les tribunaux d'enfants, l'ineffable loi grâce à laquelle même les monstres comme lui ne connaîtront plus ni correctionnelle, ni cour d'assises, ni autres peines que l'hospitalité paternelle des bons patronages.

Et pourtant, il fut une minute inattendue et poignante. Ce fut lorsque, dans son sobre et émouvant réquisitoire, le procureur Martin raconta que, dans leur désespoir, les parents du misérable s'exilaient, abandonnaient le modeste bien. La terre où dorment les anciens, même leur nom à jamais déshonoré maintenant. Alors Marcel Redureau baisse la tête et, lentement, silencieusement, une à une, quelques larmes se mettent à couler le long de ses joues.

Le monstre pleurait, enfin et tout à l'heure, il pleurera encore, lorsque, dans sa vibrante plaidoirie, son défenseur, Me Abel Durand, fera à nouveau passer l'image de sa mère. Mais alors ? Nous savons que l'école communale fit  de lui un de ses lauréats. Peut-être eût-on pu lui demander également si parfois aussi il entendit parler de Dieu.
La lutte oratoire, on la devine. Le procureur Martin, au nom de la société, demande au jury un verdict impitoyable, regrettant que la sanction ne puisse être la seule qui est méritée par ce misérable la mort.

Me Abel Durand, évoquant l'enfance, la crise de l'âge si redoutable chez tous, supplie le jury, d'avoir pitié.
Et c'est la fin.
Redureau, avez-vous quelque chose à ajouter ? demande le président.
Non, répond la voix sourde.
Lentement, les jurés se retirent. C'est la cohue au dehors.
Après deux heures de délibération, le jury rentre en séance.                                                
La réponse est oui, sur toutes les questions, préméditation, discernement, etc. Les circonstances atténuantes sont refusées. C'est le maximum.  
Une dernière fois, Redureau a la parole sur l'application de la  peine.
Avez-vous quelque chose à dire ? demande le président.
Rien.

Et debout, impassible, les mains pétrissant sa casquette d'un menu geste, fébrile et nerveux, il écoute la condamnation vingt ans d'emprisonnement dans une colonie correctionnelle.
C'est fini !

Félix Belle.

________________________________

Quotidien Le Gaulois, du 6 mars 1914
Source : gallica.bnf.fr

Les Quotidiennes
______________

DEUX VICTIMES

Le Troppmann de quinze ans, Marcel Redureau, est condamné au maximum de la peine qui peut atteindre un mineur. Mais son forfait a un autre épilogue, il fait d'autres victimes encore, et je songe au père qui a donné son nom à une bête si féroce, à cette mère qui peut se dire qu'elle a pourtant porté cela dans ses flancs. Ce sont de braves gens. Dix enfants encore leur restent.
Dieu, quels regards maintenant ils doivent jeter sur ceux-là ! Quelles questions ils doivent se poser, quelle épouvante, quelle horrible angoisse doit les étreindre tout d'un coup devant le mystère effroyable qu'à leur tour peut-être cachent ces petites figures et ces gestes enfantins On devine la rouge hantise qui peut à cette heure peser sur ces infortunés, les torturer à jamais dans leur vie sans tache, dans leurs tendresses, dans leur sang. Et c'est là un supplice dont en vérité on ose à peine s'imaginer la fatalité, l'horreur et l'injustice.

Aussitôt après le verdict, on a vu, paraît-il, une famille en deuil qui quittait le pays pour toujours. Lentement, le front courbé, sur une petite route de Bretagne, le père et la mère conduisaient les enfants. Ils venaient de vendre leur maisonnette, leur étable, le petit champ hérité des vieux.
Déja même ils avaient changé de nom. C'étéient les Redureau. Où allaient-ils ? On ne sait. Ils allaient seulement ailleurs, ailleurs, aussi loin que possible, pour que personne ne les reconnaisse, pour fuir l'opprobre qui dans la pitié même les eût sûrement frappés, pour
trouver l'oubli. Et cela aussi, cette vision de total écroulement, d'exode éperdu, de cruauté sociale, est d'une navrance que je ne saurais exprimer.

Pauvres gens, pauvres innocents, qui ainsi expient le crime plus que le criminel lui-même Et je pense que lorsqu'on parle des pères et des mères, la gratitude ne suffit pas, ni l'ordinaire respect, et qu'il faudrait les aimer et les vénérer plus puissamment encore, pour tous les maux aussi auxquels peut-être ils sont aveuglément exposés par le fait seul, par la seule faute de ces enfants qui parfois malgré tout sont un si formidable inconnu. Hélas si les enfants se libèrent, les parents ne sont libérés jamais, et il est des heures où la Course du Flambeau fait frémir. — ALEXANDRE HEPP.

______________________________


Quotidien Le Gaulois, du 8 mars 1914
Source : gallica.bnf.fr

Bloc-Notes Parisien

Jeunes vauriens
Criminels précoces


A propos des verdicts de Manies et d'Alençon.

L'enfance moderne est redoutable. Elle encombre les cours d'assises et les tribunaux correctionnels. Ses exploits sinistres tiennent une place trop considérable dans les colonnes des journaux. Son état mental inquiète les moralistes que préoccupent les causes profondes de toutes ces choses.
L'opinion publique juge tous ces enfants qui tuent, qui volent, qui incendient, qui sabotent, qui semblent prendre plaisir à faire le mal, d'un seul mot « Ce sont des monstres. »
Le mot peint vigoureusement ces êtres; il n explique pas leur âme.

Sans doute c'est un monstre abominable que ce jeune Marcel Redureau, garçon de quinze ans, condamné hier à vingt ans de détention dans une colonie pénitentiaire pour avoir massacré sept personnes. Monstre encore cet André Martin, âgé de seize ans, qui, à Cumières, l'autre jour, tuait son père et sa mère parce qu'ils ne lui laissaient point la liberté de courir le soir à sa guise.

Monstres encore ce Debove et ce Martin, âgés de quinze ans et de dix-sept ans, que le jury de l'Orne condamnait, le premier à la détention dans une colonie pénitentiaire, comme Marcel Redureau, et l'autre à mort, pour avoir tenté d'assassiner M. et Mme Jolivet, à Notre-Dame-du-Thil, en janvier dernier.
Monstres, ce Vienny et ce Jacquier, valets de ferme de quatorze à seize ans, qui tuèrent cinq personnes, voici deux ans, à Jully (Yonne).
Monstres, ces deux pupilles de l'Assistance publique qui, en juin dernier, tuèrent deux vieillards près de Châteaudun, monstres, ces deux autres gamins qui, à la fin de l'année dernière, tentèrent de tuer une vieille rentière, à Paris, rue de Clignancourt, et blessèrent grièvement sa bonne.

Monstre, ce pupille de l'Assistance publique qui, pour s'amuser, alluma dix-sept incendies dans la Somme.  On en pourrait citer bien d'autres, car ils sont légion, qui, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest, ont depuis vingt ans commis les pires crimes.
Le « gosse » criminel moderne laisse bien loin derrière lui le « titi et le « gavroche » dont l'allure dégingandée inquiétait déjà la société du milieu du siècle dernier. Ceux-là se contentaient d'être irrévérencieux. Ils faisaient la nique au commissaire; ils cultivaient la boutade; une sorte d'insouciance gaie et parfois spirituelle accompagnait leurs espiègleries. Car ils n'étaient qu'espiègles au fond et leurs actes les plus graves provoquaient tout au plus l'agacement. Nos « gosses d'aujourd'hui évoquent l'idée de la terreur armée du couteau rouge.

La lecture des romans policiers, disent les uns; la publicité considérable donnée par la presse aux moindres affaires criminelles, affirment les autres, sont les causes principales de cette déplorable transformation.
L'explication, sans être totalement négligeable, apparaît cependant comme incomplète. Il n'est point besoin d'être grand philosophe pour savoir que les moindres faits peuvent avoir des conséquences infinies. Aussi, les moralistes chrétiens, sans repousser entièrement ces facteurs du relâchement des mœurs, n'hésitent point à y ajouter les méthodes d'éducation moderne.

On s'aperçoit vite qu'ils ont raison quand on compare entre elles les classes pitoyables d'autrefois et celles d'aujourd'hui, et l'on ne tarde guère à regretter le « gavroche » du temps de M. Prudhomme. En voilà encore un qui appartient à une espèce disparue. Certes, il était braillard et débauché. Certes, il affectait de tout blaguer, il il narguait la police à la manière de Guignol. Son souci principal était de chercher le refuge occasionnel dans les bas-fonds des boulevards extérieurs et des carrières d'Amérique.

Mais ce gavroche-là avait conservé quelque chose d'une éducation moins sèche et parfois une parole entendue au catéchisme surgissait du fond de sa mémoire et transformait soudain le geste canaille commencé en un geste de respect.
Dans l'effondrement progressif de tous ses sentiments d'honnête petit garçon, certaines traditions étaient demeurées à son insu. Un banal incident de la rue suffisait souvent à les réveiller. Ainsi, il ne manquait jamais de se découvrir au passage d'un corbillard ce corbillard fût-il celui d'un bourgeois. Il oubliait sa fonction de déclassé quand il voyait un régiment, et saluait le drapeau tout comme un autre.
Le « titi » de jadis n'était au fond qu'un pauvre gamin fainéant et voleur. Il ne descendait pas plus bas. A vingt ans, quelquefois, la honte lui montait au front. Il s'engageait alors. On le retrouvait à l'armée d'Afrique, où l'héroïsme ambiant le retrempait.

En fait d'héroïsme, le « gosse » d'aujourd'hui admire celui de Bonnot et de Garnier. Liabeuf est volontiers son professeur d'énergie. Qu'il s'appelle Marcel Redureau ou André Martin, il subit confusément l'influence des idées officielles du siècle on lui a appris que la parole du curé était inutile et naïve; l'instituteur, dispensateur unique de la morale nouvelle, lui enseigne que, n'ayant rien à craindre ni à espérer après cette terre, il n'a qu'à se composer sa propre formule de bonheur, à vivre sa vie », comme on dit couramment.

Et c'est ainsi que le gavroche, à qui les écrivains avaient fait une certaine réputation d'esprit blagueur, est devenu le sinistre bandit qui joue la vie du passant à la manille et qui assassine par fanfaronnade.
Qu'on lise attentivement le compte rendu des tribunaux et l'on sera frappé de ces assassins, voleurs, cambrioleurs, incendiaires et autres menus bandits ont généralement de quatorze à vingt-cinq ans. Passé cet âge, leur carrière est finie, ils sont au bagne, dans les maisons centrales ou aux compagnies de discipline.
Dans la rue, il est le maître. Tanguant des épaules, la lèvre plissée par un mauvais sourire, il passe sans se déranger jamais, bousculant les femmes et les faibles, toujours prêt à jouer du couteau. Faut-il s'en étonner ?
Hélas non !

Jamais il n'a su qu'il y avait autour de lui des gens à aimer; mais, par contre, il a une haine farouche pour le riche, pour le soldat, pour l'agent, pour le prêtre et naturellement pour la patrie. Il s'est nourri de formules entendues dans les réunions révolutionnaires des quartiers excentriques ou dans les parlottes anarchistes.
Aussi exécute-t-il n'importe quel acte criminel, sans griserie, avec un cynisme effrayant. Nul frein ne fonctionne jamais dans sa conscience.

Mais allez donc parler à nos législateurs de rétablir le frein religieux et moral qui arrêtait encore le « titi » et le « gavroche au bord de l'infamie! A la méthode de prévention, qui commençait jadis au catéchisme, on vient de substituer, pour tenter d'enrayer un mal qui n'est plus niable, la méthode curative on vient de créer les tribunaux pour enfants. Les jeunes vauriens seront mis au régime de la « liberté surveillée ».
Hélas! le frein de jadis était plus rassurant.


Tout Paris.
                         
______________________________


Extrait du rapport des deux médecins commis par la justice :
Conclusion : « Au moment du crime, il jouissait d'un discernement normal et d'une entière conscience de ses actes. »
                                       
Copie d'une lettre écrite par Marcel Redureau à ses parents le lendemain de la fin de son procès. Transmise par le défenseur du meurtrier, Me Abel Durand et dont les médecins chargés de l'expertise mentale ont eu connaissance.

Chers parents,

Je vous écrit pour vous dire que le grand jour est passé mais malhreusement sans bon résultat et comme vous devez l'avoir déjà appris, je suis condamné à vingt longues années d'emprisonnement dans une colonie pénitentiaire et comme vous le voyez chers parents la mort viendra nous prendre avant de nous revoir c'est pour cela qu'il faut que vous veniez chercher mes effets car ils seraient perdus et quand vous viendrez venez le samedi et le mardi parce que les autres jours c'est défendu de voir les condamnés autrement que le mardi et le samedi.
Vous ne manquerez de me donner votre adresse quand vous aurez quittez le pays où nous étions si bien avant ce maudit jour du 30 septembre où j'ai commis cet horrible forfait qui me tient à jamais éloigner d'un si bon père et d'une si bonne mère et de si bons frères et sœurs que je ne reverrai plus jamais et mon pauvre grand père qui m'aimais tant je ne le reverrai jamais et Clémentine et Berthe que j'aimais tant et Jean qui est à Alger lui qui m'était si bon quelle honte pour vous tous qui n'en êtes pour rien : Vous me direz si Marie est toujours à T... parce que ses compagnes doivent lui parler de moi si elle y est encore et elles ne doivent plus la regarder et n'en est pourtant pas la cause.

Je viens d'apprendre par mon avocat que papa est bien malade d'avoir à quitter le pays j'espère qu'il va bientôt être guéri pour fuir ce pays de malheur qui était si beau avant ce crime d'un si jeune misérable que je suis.
Je ne pense pas que je vais rester longtemps à Nantes quand je serez dans un autre endroit je vous donnerez l'adresse afin que je puisse recevoir de vos nouvelles car cela me serait trop dur de ne pas en recevoir. Vous me rendrez réponse en me disant des nouvelles de mon cher père qui pleure son enfant qui est condamné à ne jamais le revoir, je pense qu'il sera vite guéri et qu'il prenne courage et vous me direz des nouvelles de grand père qui doit être vieilli.
Votre fils qui songe à ce qu'il a commis et qui pleure en pensant à un si horrible crime qui vous a mis dans la douleur et !a honte pour le restant de votre vie ainsi que celle de mes bons frères et sœurs qui pleureront toujours un si grand crime fait par leur jeune frère prisonnier pour toujours.
Votre fils qui embrasse en pleurant ses bons parents qui sont à jamais et pour toujours éloignés de lui.

Marcel Redureau.


* Il est précisé que l'orthographe et la ponctuation de la lettre écrite par Marcel Redureau ont été respectées.

Commentaires des deux médecins commis à l'expertise :

« Par son mélange de préoccupations naïves et de regrets d'accent sincère, cette lettre constitue un document psychologique qui nous semble confirmer entièrement notre manière d'apprécier la mentalité de son auteur et qui nous dispense de plus amples commentaires. »
                                                             



C'est avec un outil comme celui-ci que Marcel Redureau a décimé la famille Mabit.
                             
- Marcel REDUREAU est décédé en février 1916 de la tuberculose.


Dernière édition par mercattore le Jeu 23 Avr 2015 - 22:45, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913   Mer 14 Mai 2014 - 0:06

Courte vidéo sur l'affaire Redureau — avec un extrait d'une complainte :
http://pays-de-la-loire.france3.fr/2013/06/04/le-landreau-laffaire-redureau-meurtrier-15-ans-263047.html
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MessageSujet: Obsèques de la famille Mabit   Sam 3 Jan 2015 - 15:57

Obsèques de la famille Mabit : photos tirées de la même série que celles précédemment publiées.

Source : www.delcampe.net


















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MessageSujet: Re: Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913   Jeu 23 Avr 2015 - 23:28

Quel puissant ressort cérébral s’est déclenché dans le cerveau de Marcel Redureau, le poussant à décimer subitement une famille de sept personnes ! Crime très exceptionnel, perpétré par un adolescent qui a atteint depuis peu ses quinze ans et qui tue pour une simple réprimande ?
Mais la question de la préméditation a été posée : deux jours après le drame un témoin, M.Chiron, rapporta que Marcel Redureau lui aurait tenus deux mois et demi avant le drame. Propos favorables à la préméditation : « Moi, je ne les aime pas, ils seraient bons à tuer ; si c’était moi, je les tuerai tous, je n’en laisserai pas un. » Marcel Redureau a toujours énergiquement contesté le témoignage de M. Chiron.

André Gide fait remarquer : « Au procès seuls les témoins de moralité, favorables à M. Chiron, ont été assignés devant le jury par le Ministère public (ce qui était son strict droit). » Les témoins de moralité défavorables au témoin n’ont pas comparu. Si, un, Pierre Bertin. Mais par erreur. Il était l’homonyme d’un témoin favorable à M. Chiron, Pierre Bertin. Ces deux témoins figuraient à l’instruction et c’est seulement ce dernier que le procureur désirait voir comparaitre. « Quand parut inopinément Pierre Bertin, témoin défavorable, M. Chiron manifesta la contrariété la plus vive et la hâte de s’esquiver. » (André Gide)

Les témoins favorables à M.Chiron était : le charcutier, à qui M. Chiron vendait ses porcs - le boucher, à qui M. Chiron vendait ses animaux de boucherie - un autre commerçant qui faisait des affaires avec M. Chiron depuis longtemps.
Les témoignages des témoins défavorables montraient un M. Chiron «vantard» et « imaginatif » . Très peu de temps après le drame, à ses yeux, seul un étranger pouvait être l’auteur de la tuerie. Aucune référence alors à Marcel Redureau.
André Gide, à propos des témoins défavorables :
« M. Chiron, dit l’un, possède une mentalité spéciale qui le porte à raconter des choses imaginaires. Il aime à s’attribuer un rôle dans les événements importants du pays. »
Dans leur rapport d’expertise, les médecins légistes mentionnent à propos de M. Chiron : « Il est à noter qu’à l’audience l’avocat articula contre ce témoin des faits qui tendraient à le faire considérer comme une variété de mythomane. »

Marcel Redureau a-il vraiment tenté de se suicider après ses actes ?

Il l’a affirmé pendant l’instruction. A ce sujet, l’acte d’accusation mentionne :
« Il affirme avoir eu des remords et la pensée de se noyer dans une pièce d’eau voisine ; mais en tous cas, cette velléité fut passagère et il est permis de se demander s’il n’avait pas simplement imaginé de mouiller ses chaussures et l’extrémité inférieure de son pantalon, pour donner quelque vraisemblance à son simulacre de suicide. »
Le Procureur de la République, lui, ne laisse aucune place au doute :
« Redureau est un monstre, un bandit, qui chercha à se jouer de la justice et des médecins quand il a dit qu'il aurait voulu se suicider. La préméditation est certaine. »
Dans leur rapport d’expertise les médecins légistes expriment un avis différent :
« La tentative de suicide parait plausible ; elle est en harmonie avec les remords éprouvés par l’inculpé, elle semble établie par le fait qu’on a trouvé dans sa chambre un pantalon mouillé. Pour tout dire,  sa version nous parait sincère ; tout s’y tient d’une façon logique et il ne cherche pas à atténuer sa culpabilité.

Extrait du rapport d’expertise des médecins légistes :

« Ce qui caractérise cet horrible drame, c’est que sa genèse n’emprunte en rien aux conditions étiologiques habituelles de la criminalité juvénile. Ce n’est ni l’hérédité, ni l’influence du milieu : son auteur n’a pas d’antécédents héréditaires de mauvais aloi ; il a été élevé dans un milieu irréprochable et n’a reçu que de bons principes et de bons exemples. Ce n’est pas davantage la conséquence d’une de ces tares régressives si fréquentes chez les jeunes criminels, la malfaisance instinctive, l’anesthésie psychique, l’absence de sens moral :  rien, en effet, dans les anamnestiques du jeune assassin n’autorise cette hypothèse.
Il est remarquable qu’aucune des personnes au milieu ou sous les yeux desquelles il a été élevé n’est venue le présenter à l’audience comme un enfant taré au point de vue mental. Tous ceux qui le connaissent ou l’ont pratiqué se sont accordés à dire qu’il est très intelligent, bon travailleur et qu’il ne donnait aucun vice. Un point dépendant qui a, certes, son importance doit être signalé : il y a presque unanimité parmi les témoins pour lui reconnaitre un caractère renfermé, un peu difficile et sournois
(1).

(1) Ce que n’a pas remarqué son instituteur pendant toute sa scolarité - Les  parents  de Marcel ne lui attribuent pas cette sournoiserie. Le maire du Landreau non plus. Son oncle lui trouve ce défaut.

Extrait du rapport des médecins légistes sur le travail des vendanges effectué par Marcel Redureau :

« Nous avons recherché dans quelles conditions physiques se trouvait l’inculpé au moment du crime. N’était-il pas surmené, fatigué, en état de moindre résistance organique et nerveuse ? Le travail des vendanges est assez rude et nous savons, par une enquête faite sur notre demande, qu’il commençait chez Mabit à cinq heures du matin, pour ne finir qu’à dix heures du soir, sans autre repos que les moments consacrés aux repas.»
Le rapport indique alors les dates de vendanges et en conclusion :
« Il en résulte que ce travail, bien que pénible pour un adolescent de quinze ans, a été interrompu à plusieurs reprises et ne s’est pas poursuivi dans des conditions qui eussent pu produire du surmenage et un véritable épuisement nerveux. »

Cependant, sur le travail de Marcel Redureau lors de ces vendanges et sur la conclusion des médecins légistes, maître Albert Durand, défenseur de Marcel Redureau, fait les observations suivantes :

« Les vendanges ont été faites en plusieurs périodes séparées par des intervalles de repos, disent les experts. C’est exact. Mais quels intervalles ? Si nous prenons les dates relevées par les experts et fournies par M. Mabit, le frère de la victime, voici ce que nous constatons :
Les vendanges ont commencé le mercredi de la 3ème semaine de septembre. On leur a consacré 3 jours de cette semaine : les mercredi, jeudi et vendredi, soit les 17,18, et 19 septembre. Alors se produit une interruption de quelque jours, mais la semaine suivante, le travail reprend le mardi et dure jusqu’au samedi inclus.
Le repos dominical est respecté, puis le lundi après-midi on revient aux vendanges. Le mardi 30 dès 5 heures du matin le domestique était à l’œuvre avec son maître, il y était encore à 10 h 1/2 du soir.
Car quelle était la durée de la journée du travail ?
Le travail chez les Mabit commençait à 5h du matin. Il n’était interrompu que par les repas.
Il se terminait au plus tôt à 10 heures du soir.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  
La loi limite à dix heures la durée de travail des enfants de son âge dans les établissements industriels. Ses journées à lui étaient de quatorze à quinze heures.
Je n’accuse pas Mabit d’avoir été un maître inhumain, il se conformait chez lui aux habitudes du pays qu’il habitait. Il se les imposait à lui-même. Mais il faut tout dire : il pouvait les imposer à des journaliers de 25 à 30ans ; il commettait  une erreur lorsqu’il imposait le même régime au valet de quinze ans.
Je ne contredis donc pas les experts lorsqu’ils viennent déclarer avec l’autorité qui leur est propre que le travail des vendanges n’avait pas produit chez l’accusé un état d’épuisement nerveux. Mais quand ensuite, je lis dans leur rapport que l’explication des actes commis par Redureau doit être recherché dans une disposition particulière d’irritabilité, le surmenage m’apparait justement comme une des causes qui avaient porté à l’état aigu cette irritabilité. »

Extrait du rapport d’expertise des médecins légistes sur la puberté :

« En définitive, ce n’est pas dans dans la psychopathologie, mais bien dans la psychologie normale de l’adolescent qu’il faut rechercher le véritable déterminisme des actes commis par l’inculpé. C’est une notion classique que l’époque du développement de la puberté se signale par de profondes modifications, non seulement des fonctions organiques, mais encore des fonctions psychiques : sensibilité, intelligence et activité volontaire.
En même temps que la résistance physique diminue, et que le corps présente moins d’immunités contre les influences morbifiques, il se produit une sorte de rupture momentanée de l’équilibre mental avec le sentiment excessif du sentiment de la personnalité, susceptibilité exagérée, hyperesthésie psychique. On voit se manifester une véritable tendance à la combativité  et une exagération remarquable  de l’impulsivité  et des tendances à la violence.
L’adolescent ressent plus vivement les blessures d’amour-propre, les impressions qui arrivent au cerveau se transforment plus irrésistiblement en incitations motrices, c’est à dire en actes impulsifs.

Maître Durand :

« J’accepte la première partie de l’avis ainsi exprimé par les experts. L’examen psychiatrique et biologique n’a révélé aucune anomalie mentale ou psychique. Mais je conteste la conséquence qu’ils en tirent. Elle est en contradiction avec la thèse qu’ils ont développé sur la psychologie de la puberté. Si je rapproche cette thèse des principes généraux du droit pénal, je suis amené nécessairement  à conclure que Redureau ne peut être considéré comme pleinement responsable de ses actes. »

Le déroulement de la tuerie dans la maison des Mabit :  

Après avoir tué M. Mabit, Marcel Redureau aurait pu épargner les autres membres de la famille Mabit et Marie Dugast. Il ne l’a pas fait. Pour quelle raison ?
Selon l’acte d’accusation :

« Après la mort de M. Mabit, il a d’abord l’intention de fuir. Il se dirige vers la cuisine pour reporter la lanterne du pressoir. Mme Mabit l’interpelle alors en lui demandant ce que devient son mari. Il a peur qu’elle n’aille au pressoir et ne découvre le cadavre de son mari. Une idée lui vient à l’esprit : supprimer tous les témoins du crime et s’assurer ainsi l’impunité. Sans répondre à Mme Mabit, mettant à exécution son idée, il retourne au pressoir, prend le couteau à raisin, retourne à la cuisine, tue Mme Mabit et Marie Dugast, qui étaient ensemble.
Restaient trois enfants, dont les cris d’épouvante étaient susceptibles d’alerter les voisins. Ils furent tous immolés. Le petit Pierre Mabit, qui couchait dans la cuisine et qui, peut-être terrorisé, peut-être endormi, n’avait pas crié, dut à cette circonstance de n’être pas compris dans cette tuerie monstrueuse.
Redureau prit soin de rapporter dans le pressoir, où il fut retrouvé le lendemain, l’instrument homicide dont il s’était servi, et, après avoir déposé sur la margelle du puits la lanterne couverte de taches de sang, il regagna sa chambre, où il passa le reste de la nuit. Le matin, il se dirigea vers le domicile de ses parents. »
Il fut découvert par les gendarmes dans un pavillon inhabité, à 500m environ du lieu du crime, près du domicile de ses parents. »

Selon le rapport d’expertise des médecins légistes :

Il prit la lanterne et se dirigea vers la maison où il croyait trouvé tout le monde couché. Mais en arrivant dans la cuisine, il vit Mme Mabit et la domestique qui étaient à travailler auprès de la table. Il eut d’abord l’intention de fuir, mais la patronne lui ayant demandé où était son mari, il sortit sans répondre, alla s’emparer du couteau à raisins resté dans le cellier, rentra et en frappa la domestique d’abord, ensuite Mme Mabit ; elles lui tournaient le dos ; elles n’ont pas eu le temps de parler ; elles n’ont crié qu’au moment où elles ont été frappées.
« J’ai, dit-il, frappé la domestique au cou ; elle est tombée, ensuite j’ai frappée la patronne également au cou et elle est tombée. Lorsqu’elle a été à terre je lui ai donné un coup de couteau dans le ventre. »

Dans les deux chambres voisines, la grand-mère couchée dans l’une et trois  des enfants couchés  dans l’autre, réveillés par le bruit, se mirent à crier. Alors il prit sa lanterne, alla d’abord dans celle de la grand-mère qu’il frappa à la gorge : « Elle n’a rien dit ; elle n’a pas eu le temps. » Il passa dans l’autre chambre :
« J’ai porté un coup à la gorge de l’une des fillettes qui criait, et sa sœur, qui était couchée auprès d’elle s’étant réveillée à ce moment, je lui ai également porté un coup de couteau. L’enfant qui était couché dans son berceau a été réveillé  par le bruit se mit à crier aussi ; alors je l’ai tué. »
Le manche  de l’outil,  au dernier coup, se cassa. Redureau reporta les morceaux dans le cellier, prés du pressoir, où ils furent retrouvés. Un petit garçon, qui était couché dans la cuisine, échappa seul à la boucherie.

L’explication que l’inculpé donne de cet horrible drame a toujours été la même : pour le patron il a cédé à une violente colère. Une fois le meurtre accompli, quand il revint à la maison, il était très ému, ne sachant ce qu’il faisait. Quand la patronne lui demanda où était son mari, il perdit la tête. L’idée lui vint qu’elle allait allait aller dans le cellier et découvrir son crime, alors il voulut en faire disparaître tous les témoins. Voici ses réponses textuelles :
« J’avais peur que la patronne vienne voir son mari dans le cellier…, j’ai frappé la domestique parce qu’elle était avec la patronne…, j’ai frappé les autres parce qu’ils criaient. »
La véracité de ses réponses semble corroborée par la suivante, qui en atteste la sincérité :
« Je n’ai pas touché au petit Pierre parce qu’il n’a rien dit et qu’il dormait.

Au sujet de la violence des coups portés  aux victimes (crânes fracassés, faces et coups hachés, colonnes vertébrales sectionnées) il ne peut fournir aucune explication ; il ne peut dire non plus  pourquoi il a ouvert le ventre de Mme Mabit qui était près d’accoucher. Il proteste seulement qu’il n’a obéi à aucune pensée obscène ou sadique. Cet acte est de même nature que les autres et ne relève que de la colère.
Lorsqu’il eut déposé le couteau et son manche brisé dans le cellier, il monta à sa chambre et s’assit. Peu à peu il reprit son sang-froid et comprit la gravité de ce qu’il venait de faire. Alors il en eut regret. « j’ai eu des remords, dit-il, et j’ai voulu me suicider. » Il y avait une heure qu’il était dans sa chambre quand il descendit pour aller se noyer dans un étang, à cinquante mètres de la maison. Il entra dans l’eau, fit quelques pas, mais le courage lui manqua et il revint dans sa chambre ; il y resta jusqu’au petit jour. C’est alors qu’il se rendit chez ses parents où on l’arrêta. »

La Presse

André Gide s’insurge contre contre les écrits de plusieurs quotidiens présentant Marcel Redureau sous un aspect physique défavorable, qu’il n’avait pas. On peut s’en faire une idée en lisant plus haut les comptes-rendus du quotidien Le Gaulois, sous la plume de Felix Belle, l’un des journalistes les plus outranciers.
Dans leur rapport d’expertise les médecins légistes relèvent également les fausses descriptions de Marcel Redureau, faites dans certains quotidiens :
« Ce n’est pas d’avantage un dégénéré au sens somatique du mot, en dépit des descriptions fantaisistes de certains journaux qui ont rendu compte du procès. « Ce gamin, dit l’un d’eux, est presque un enfant dont le développent physique ne serait pas complet, debout il est haut comme une botte. » Or, la taille de Redureau est de 1m. 584, dépassant de 5cm la moyenne de Quételet pour les garçons de seize ans.

Le même journal continue ainsi : « La tête est grosse avec des cheveux blonds dont les mèches tombent sut un front bas et bombé. Le profil, avec un nez droit sur une bouche largement fendue, est fuyant. Pas un de ces détails n’est exact et le front n’est ni bas, ni particulièrement bombé, encore moins fuyant. La tête et la face, dans leur ensemble, sont d’un conformation très régulière, on n’y découvre pas le moindre stigmate de Morel.
Même erreur à propos des oreilles que l’article déclare « énormes ». Elles ont, d’après la fiche anthropométrique, une hauteur de 6cm.8, elles sont absolument  bien proportionnées, bien ourlées, ne se détachant pas du crâne.

Après la condamnation de Marcel Redureau, ses relations avec son avocat ne cessèrent pas, écrit un correspondant d’André Gide à ce dernier. « Maître Durand demeurait angoissé par le mystère psychologique, dont une étude approfondie du dossier ne lui avait sans doute pas livré la clé. » (André Gide)
« Marcel Redureau témoigna jusqu’à sa mort de sentiments édifiants, et son défenseur ne put se garder à son égard, jusqu’à la fin, d’une sympathie un peu analogue celle que Mauriac éprouve pour ses héros « criminels. » (André Gide)

La famille Redureau. M. et Mme Redureau avaient dix enfants (un onzième était décédé), six garçons et quatre filles. Marcel était le cinquième dans l’ordre des naissances.

* En 2009 est paru un ouvrage d’Antoine Cléry Les dossiers du crime - 7 affaires qui ont marqué l’histoire. L’affaire Redureau en fait partie. L’auteur mentionne un fait qui aurait contribué à déclencher la violence de Marcel Redureau le soir du crime. Selon une rumeur, nous dit M. Cléry, Marcel Redureau était secrètement amoureux de la domestique, Marie Dugast.
Antoine Cléry : « O, pas de quoi scandaliser un village ! Juste quelques manifestations qui ne trompent personne, comme de régulières tapes amicales dans le dos de la servante que celle-ci apprécie moyennement. Elle ira jusqu’à ce plaindre à sa maîtresse de ce manque d’attention manifeste de la part du valet de ferme bourru. Le matin du crime, Mme Mabit en présence de son mari réprimande Marcel de ces privautés inadmissibles et le gamin s’en va, penaud, confus, et passablement  énervé. » ……………………………………………………………………....................................................................................................................
« Est-ce à dire  que cet évènement concourt à l’abomination qui va suivre ? C’est une évidence, cette sensation de rejet manifeste a, pour le moins, atteint la fierté de Marcel et provoqué un état d’excitation et d’indignation qui doit hanter son esprit lors de l’altercation fatale du soir même. »


Question : On peut se demander d’où provient l’information de la réprimande de Mme Mabit à Marcel Redureau le jour du crime ?  Elle ne figue pas dans le rapport des experts, ni dans l’acte d’accusation, et il ne peux y avoir de témoin de cette scène les protagonistes ayant disparus ?

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Tueurs en nombre - tueurs de masse, tueurs à la chaîne (hors tueurs en série, hors crimes crapuleux) en France, dans les trente dernières années. Non exhaustif (les âges indiqués sont ceux au moment des faits)

* Andy F. (16ans) — Nuit du 11 au 12 août 2009. Tue quatre personnes à  Albitreccia (Corse du sud - 20) : sa mère, son père, ses deux petits frères. Déclaré irresponsable en 2012 par la Cour d’assises des mineurs d’Ajaccio, qui siège à huis-clos. Le parquet fait appel. Placé dans une Unité de malades difficiles (UMD). De nouveau jugé en 2013 par la Cour d’assises des mineurs d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). De nouveau déclaré irresponsable. Placé en UMD. Les experts-psychiatres se sont divisés sur sa responsabilité. La majorité d’entre eux le jugeait irresponsable (discernement aboli), d’autres ne relevaient aucune pathologie mentale, un se prononçait pour une altération du jugement.    

* Jean-Claude Vaquier (55ans) — 10 juillet 2008. Tue cinq personnes à la Magdelaine-sur-Tarn (Haute Garonne) : deux de ses frères, ses deux fils, une belle-fille. Par arme à feu. Le 12 juillet, cerné par les gendarmes, il se tire une balle dans la tête. Meurt à l’hôpital Purpan (Toulouse), le 15 juillet.

* David Hotyat (30ans) — 11 avril 2003. Tue cinq personnes au Grand-Bornand (Haute-Savoie) : M. Xavier Flactif, sa compagne, Grazilla Ortolano, leurs trois enfants. Par objet contendant, et arme à feu (pour Mme Ortolano). Corps incinérés et enterrés. 30 juin 2006. Condamné par la Cour d’assises de Haute-Savoie à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sureté de 22ans.

* Richard Durn (33ans) — 27 mars 2002. Tue huit personnes (conseillers municipaux) à l’hôtel de ville de Nanterre (Hauts-de Seine) lors d’une séance du Conseil municipal. Par armes à feu. Se suicide le lendemain par défenestration, au 36 quai des Orfèvres.

* Jean-Pierre Roux-Durraffourt (44ans) — 29 octobre 2001. Tue quatre personnes dans les rues de Tours (Indre-et-Loire). Par arme à feu (carabine). 2005. Condamné par la Cour d’assises d’Indre-et-Loire à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sureté de 22ans.

* Albert Foulcher (50ans) — 8 janvier 2001. En cavale depuis mars 2000, tue trois personnes : deux policiers (du CSP Narbonne) et un agent d’assurances, à Narbonne (Aude), au domaine de Saint-Marcellin. Par arme à feu. Il tue ensuite un assureur, sur la route de Coursan et s’enfuit. Malgré d’importantes recherche, il reste introuvable.
17 janvier 2001. Le RAID intervient à Béziers (Hérault) et cerne l’appartement de sa compagne. Foulcher est retrouvé mort à l’intérieur. Il s’est suicidé depuis plusieurs heures.
Le 8 mars1993, il avait été arrêté et incarcéré pour l’assassinat d’un assureur, André Meffray, abattu le 21 janvier 1993 à Pailhès (Aude). Foulcher nia constamment cet assassinat et après trois années d’incarcération bénéficia d’une libération sous contrôle judiciaire. Peu avant son procès il disparait. 23 mars 2000. Il est condamné par la Cour d’assises de l’Hérault à la réclusion criminelle à perpétuité (par contumace).  

* Christian Dornier (31ans) —12 juillet 1998. A Luxiol (Doubs), tue quatorze personnes : sa mère et sa sœur, les autres au hasard de sa virée, après son double meurtre familial. Par arme à feu (carabine). Ordonnance de non-lieu pour irresponsabilité. Placé dans une UMD.

* Eric Borel 16ans et demi) — 23 septembre 1995. Tue trois personnes : sa mère son beau-père, son demi-frère, à Solliès-Pont (Var). Par arme à feu et objet contendant. Le lendemain matin, tue dix personnes dans la commune de Cuers, le plus souvent au hasard. Par arme à feu. Acculé par les gendarmes, se suicide avec sa carabine (rumeur : il aurait été abattu par la police). Deux blessés décèderont en octobre 1995 et mars 1996.

* Franck Zoritch (26ans) — 1er juillet 1992. Tue sept employés de l’usine où il avait été licencié, à Besancon (Doubs). Par armes à feu. Avec son révolver, se suicide dans l’usine.

* Jean-Claude Romand (38ans) — 9 Janvier 1993. Tue cinq personnes à Préssevin-Moêns (Ain) : sa femme, ses deux enfants, sa mère, son père. Par arme à feu, et rouleau à pâtisserie (pour sa femme). 1996. Condamné par la Cour d’assises de l’Ain à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sureté de 22ans (libérable à partir de 2015).

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MessageSujet: Re: Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913   Lun 13 Fév 2017 - 18:49



Marcel Redureau, 15 ans


Hondelatte revient sur la tuerie de Bas-Briacé :

http://www.europe1.fr/emissions/hondelatte-raconte/hondelatte-raconte-marcel-redureau-2976794

Bonne écoute.
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MessageSujet: Re: Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913   Lun 20 Fév 2017 - 17:13



Coupe-marc, serpe à cep, couteau à vendanges, couteau à raisin, hache à raisin, gouet... Plusieurs noms pour le même outil... On s'imagine bien les dégâts qu'il pouvait provoquer sur un être humain.

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MessageSujet: Re: Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913   

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Les terribles assassinats de Bas-Briacé - Marcel Redureau - 1913
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