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 Jean-Théophile Lajoie - le triple assassinat de Mézos

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Adelayde
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MessageSujet: Jean-Théophile Lajoie - le triple assassinat de Mézos   Sam 18 Aoû 2012 - 17:18


Jean-Théophile Lajoie - le triple assassinat de Mézos 1/2



Les faits

Jean-Théophile Lajoie, vingt ans, garçon de salle. Égorge à coups de pince tranchante, le 24 janvier 1903 à Mézos, les époux Dubrana, 70 et 63 ans, propriétaires, ainsi que leur domestique, Gracieuse Biregay, 67 ans, afin de les voler.

Condamnation : 14 janvier 1904 ;
Grâce : 12 mars 1904.

Source : le site de Sylvain Larue – Nemo :

http://guillotine.voila.net/Condamnations.html

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TRIPLE ASSASSINAT
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La Série rouge dans les Landes. - Trois Vieillards
assassinés. - La Fuite des Coupables. L'Enquête.

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(De nos correspondants particuliers)
Mont-de-Marsan, 26 janvier.

À peine l'émotion intense provoquée par le double assassinat de Philondenx commençait-elle à se calmer qu'un nouveau drame dans lequel trois personnes ont trouvé la mort se déroulait sur un autre point de notre département.

La petite commune de Mézos, située dans le canton de Mimizan, se préparait à célébrer hier sa fête annuelle lorsque le bruit se répandit, dès la première heure, que les époux Dubrana, riches propriétaires, très aimés dans la localité, âgés de soixante ans environ, et leur vieille femme de service, connue sous le nom de Gracieuse, âgée de soixante-quatorze ans, avaient été trouvés assassinés, la veille, dans leur demeure.

Le parquet de Mont-de-Marsan fut immédiatement avisé. Les magistrats, accompagnés du médecin légiste, prenaient, hier, dans l'après-midi, le train de trois heures et arrivaient sur les lieux à sept heures. Malgré l'heure tardive, une enquête fut aussitôt commencée.

On acquit bien vite la certitude que les auteurs présumés du triple meurtre (car ils sont deux) étaient l'un un nommé Théophile Lajoie, âgé de vingt ans, dont le père, tailleur à Mézos, est honorablement connu, et le second un jeune homme, âgé de dix-neuf ans, installé à Mézos depuis quinze jours environ. Ce dernier, originaire de Versailles est domicilié à Paris où Lajoie, qui y travaillait depuis quatre ans, avait fait sa connaissance.

Ce bandit, qui serait seul l'auteur du crime, tandis que Lajoie aurait fait le guet, s'était fait inscrire sur les registres de l'hôtel de Mézos où il était descendu sous le nom de Georges Leres.

Le vol est le mobile du crime. Les assassins, leur forfait accompli, ont tenté de pénétrer, pour lui faire subir le même sort sans doute, chez un autre propriétaire, M. Gestas, mais les aboiements du chien de la maison les mirent en fuite.

Ils ont pris place, alors, dans la voiture du courrier qui fait le service de Mézos à Morcenx, et ont pris à cette station le train venant de Bordeaux à 2 heures du matin et se dirigeant sur Tarbes. Les criminels étaient à ce moment porteurs d'une valise qui devait renfermer les vêtements qu'ils portaient au moment du meurtre.

Leur signalement a été télégraphié dans toutes les directions. Lajoie a 1 m. 60 ; il est imberbe, maigre, vêtu d'un costume sombre et coiffé d'un chapeau melon. Son complice, un peu plus grand, est également coiffé d'un chapeau melon.

Il est probable que les assassins ont dû passer en Espagne car on a signalé leur présence à Hendaye, dernière station française sur la frontière espagnole.

M. Dubrana, l'une des victimes, était dans son lit, malade, lorsqu'il a été assailli par les sinistres bandits.

Il résulte des premières constatations que ce drame sanglant s'est déroulé avant-hier soir entre huit heures et demie et neuf heures. Le petit-fils des époux Dubrana, élève au lycée Victor-Duruy, dans notre ville, a été mis avec tous les ménagements possibles au courant de l'affreux malheur qui venait de le frapper.

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Mézos, 26 janvier, soir.

Parti de Mont-de-Marsan à trois heures, j'arrive à l'instant à Mézos, où je me suis transporté pour recueillir des détails complémentaires concernant le crime qui vient de s'y commettre.

Il est dès à présent établi que ce sont bien le fils Lajoie et son ami Leres qui ont commis le triple meurtre. L'arme qui a servi aux meurtriers est une forte pince pointue et tranchante à l'une de ses extrémités.

M. Dubrana a été frappé d'un seul coup de cette arme, terrible entre des mains exercées. Le cou de la victime a été traversé de part en part. La mort a été foudroyante. Les deux femmes ont eu la gorge affreusement sectionnée. La tête ne tient plus que par les ligaments de la colonne vertébrale.

L'instrument tranchant, couteau ou rasoir, n'a pu être découvert. La pince a été trouvée dans le lit de M. Dubrana, à côté du cadavre.

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Tarbes, 26 janvier.

Les assassins de Mézos sont arrivés à Tarbes hier matin à quatre heures quinze, venant de Morcenx.

À leur descente du train tous deux se sont rendus au restaurant Roux, installé en face de la gare à l'angle du boulevard Bertrand-Barrère, où ils ont déjeuné de fort bon appétit. Le restaurateur n'a rien remarqué d'anormal dans leur allure.

Les deux assassins n'ont pas pris, ainsi qu'on l'avait dit tout d'abord, la direction de Bayonne, car aucun billet n'a été délivré hier matin pour cette ville, mais bien vraisemblablement la direction de Luchon, car la préposée à la distribution des tickets a délivré deux billets à destination de cette gare à un jeune homme dont elle n'a malheureusement pas pu donner le signalement.

Tous deux seraient donc partis de Tarbes à 7 heures 50 et arrivés à Luchon à 10 heures 53, avec l'intention de gagner la frontière d'Espagne.

M. Thévenin, procureur de la République, a reçu la déposition de l'employé chargé de la réception des billets en gare de Tarbes qui avait remarqué les deux individus. Des télégrammes ont été aussitôt adressés à Montréjeau et Luchon, mais seront-ils arrivés assez tôt pour permettre de capturer les deux bandits ? C'est ce que nous ne tarderons pas à savoir.

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Bagnères-de-Luchon, 26 janvier, soir.

Les juges de paix de Luchon et de Saint-Béat, avisés par le parquet de Tarbes, ont mis aussitôt la gendarmerie et les gardes-forestiers à la recherche des assassins.
On suppose qu'ils seront descendus à quelque halte et auront cherché à gagner les forêts pour franchir la frontière.

Le Petit Parisien, n° 9 587 du 27 janvier 1903

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LE TRIPLE ASSASSINAT DE MEZOS
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(De nos correspondants particuliers)
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Mont-de-Marsan, 28 janvier.

Une intéressante découverte a été faite sur la voie ferrée entre les stations d'Arengosse et d'Ygos.

Un cantonnier a, en effet, trouvé, dans un des fossés de la ligne, une chemise dont le plastron est maculé de larges plaques de sang et dont les manches avaient été coupées à la hauteur du coude au moyen d'un instrument tranchant.

L'auteur de cette découverte, ignorant l'importance de la trouvaille qu'il venait de faire, n'en parla qu'hier dans la journée. Cette chemise a dû être jetée dans la nuit de samedi à dimanche par l'un des auteurs du crime, qui avaient pris à Morcenx un billet pour Tarbes. Elle a été saisie et envoyée au parquet


À LA RECHERCHE DES ASSASSINS
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Luchon, 28 janvier.

Les recherches opérées dans les massifs montagneux des cantons de Saint-Béat et de Luchon, dans le but de retrouver les traces des auteurs du triple assassinat de Mézos, sont demeurées sans résultat.

D'après les derniers renseignements que j'ai pu recueillir, les deux assassins auraient été vus à la gare de Montréjeau, où ils seraient descendus et se seraient séparés pour gagner isolément la frontière.

D'autre part, M. Thévenin, procureur de la République de Mont-de-Marsan, a reçu, hier, dans la soirée, les premiers résultats de l'enquête à laquelle procède, en ce moment, à Paris, M. Hamard, chef de la sûreté.

Il résulte des renseignements recueillis que le complice de Lajoie ne se nomme pas Vez, comme on l'avait cru tout d'abord, mais en réalité Mercier.

L'un et l'autre, ainsi que je vous l'avais dit tout d'abord, sont des individus très connus dans le monde des rôdeurs et ayant habité dans certains garnis équivoques de la rue Simon-le-Franc et de la rue Maître-Albert, tout proche de la place Maubert. On y a retrouvé la trace de leur passage.

Lajoie est un repris de justice dangereux, souteneur de profession, ayant déjà subi plusieurs condamnations pour vol, rébellion et outrages envers les agents.

Enfin, d’après plusieurs indications parvenues au service de la sûreté, M. Hamard laisse entendre, dans la dépêche qu'il a envoyée au procureur de la République, que les deux assassins présumés auraient fait route pour Monte-Carlo où il se trouveraient actuellement.

Dès qu'il a eu connaissance de ce dernier renseignement, M. Thévenin a télégraphié sur le champ au commissaire spécial de la gare et au chef de la police monégasque, leur donnant les signalements détaillés des deux individus en fuite et leur faisant connaitre l'inculpation qui pèse sur eux.

Le procureur de la République parait avoir pleine confiance dans cette piste et espère que l'arrestation des criminels ne saurait tarder à présent.

Le Petit Parisien, n° 9 589 du 29 janvier 1903

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Dernière édition par Adelayde le Dim 19 Aoû 2012 - 16:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Jean-Théophile Lajoie - le triple assassinat de Mézos   Sam 18 Aoû 2012 - 17:20


Jean-Théophile Lajoie - le triple assassinat de Mézos 2/2

LE PROCÈS

Le procès d’assises est retracé dans deux articles du Petit Parisien en date des 14 et 15 janvier 1904. C’est ici :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k561302d/f2.image.r=Lajoie.langFR

et là :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k561303s/f2.image.r=Lajoie.langFR





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REJET DE POURVOI

La chambre criminelle de la cour de cassation vient de rejeter le pourvoi formé par Lajoie contre l'arrêt de la cour d'assises des Landes qui, au mois de janvier dernier, l'a condamné à la peine de mort.
Lajoie est l'auteur du triple assassinat commis à Mézos sur les époux Dubrana et leur domestique, tragédie dont nous avons, lors du procès, rappelé les tristes circonstances. Lajoie n'a donc plus à compter que sur la clémence du chef de l'État.

Le Petit Parisien, n° 9 975 du 19 février 1904

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