La Veuve

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 Umberto Piccinelli - Joseph Kistetter -1914-Vesoul

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MessageSujet: Umberto Piccinelli - Joseph Kistetter -1914-Vesoul   Ven 17 Aoû 2012 - 18:52

Journal Le Matin, du 14 février 1914

DEUX CONDAMNATIONS À MORT

Vesoul, 13 février. Du correspondant particulier du « Matin » (par téléphone).

La cour d'assises de la Haute-Saône et du territoire de Belfort a prononcé dans ses audiences de cette nuit et d'aujourd'hui deux condamnations à mort. L'une concerne un sujet allemand, nommé Kirstetter, qui, pour se venger de ses patrons, les époux Kœnig, qui l'avaient renvoyé, s'introduisit le 4 novembre dernier, pendant l'absence de ceux-ci, à leur domicile et tua d'un coup de couteau de boucher leur fille, âgée de dix-neuf ans.

L'autre a été prononcée contre un individu né en Alsace, d'une mère italienne, Piccinelli, qui, le 28 septembre dernier, à Lure, tua d'un coup de hache, pendant son sommeil, M. Copatey, boulanger, et tenta d'assommer la femme de celui-ci. Le mobile du crime était le vol.

Le jury, à l'issue de cette audience, a remis au président de la cour d'assises, une pétition à l'adresse du ministre de la justice, demandant une application plus sévère des lois régissant le séjour des étrangers en France.
_______________________

Journal Le Matin, du 7 avril 1914.

DOUBLE EXÉCUTION CAPITALE

Vesoul, 6 avril. Dépêche particulière du « Matin »

Ce matin ont été exécutés, à Vesoul, deux étrangers. L'un, Piccinelli, sujet italien, âgé de vingt-quatre ans, avait tué, au mois de septembre dernier, à Lure, son patron, le boulanger Copatey, et tenté d'assassiner la femme de celui-ci. L'autre, sujet allemand, Kirstetter, âgé de trente-neuf ans, s'était introduit, au mois de novembre dernier, à Belfort, au domicile de ses anciens patrons, les époux Kœnig, et avait tué leur fille, âgée de dix-neuf ans. Pour le premier, le mobile du crime était le vol pour le second, la vengeance.

Des mesures d'ordre exceptionnelle avaient été prises. M. Deibler, qui était arrivé hier après-midi avec ses aides, avait choisi comme lieu d'exécution une place latérale au palais de justice.

A 4 h.10, on procède au réveil des condamnés. M. Blondeau, procureur de la République, suivi du juge d'instruction, M Lhotele, et du greffier en chef, M. Lehmann, pénètre dans la cellule de Kirstetter. Celui- ci, qui s'était couché habillé, sommeille. Le procureur lui adresse les paroles d'usage que M. Salzgeber, commissaire spécial, lui traduit. Interrogé, il répond qu'il n'a aucune déclaration à faire. Il refuse l'assistance d'un prêtre. Quant à Piccinelli, il dormait à poings fermés lorsque M. Neuville, substitut du procureur de la République, lui annonça que sa dernière heure était venue Piccinelli demande à entendre la messe, mais refuse de prendre aucun aliment. Quant à Kirstetter, il mange gloutonnement du jambon et s'entretient avec son avocat.

A 5 h. 11, la petite porte de la prison s'ouvre et Piccinelli apparaît défaillant. Couché sur la bascule, il laisse échapper un cri rauque. Le couteau tombe et justice est faite.
On va ensuite chercher Kirstetter. Quelques minutes s'écoulent. Il apparait et comme son regard farouche fixe le couperet, il a un mouvement de recul. Il est aussitôt couché sur la bascule, et à 5 h. 15 sa tête tombe. La foule applaudit, tandis que le père Kœnig exprime sa satisfaction d'avoir vu exécuter le meurtrier de sa fille. Les corps sont transportés au cimetière de Vesoul, où l'inhumation a lieu aussitôt dans l'endroit réservé aux suppliciés.

Source : gallica.bnf.fr
_____________________
Double exécution capitale. — Le garçon boulanger Piccinelli qui, le 26 septembre, avait assassiné son patron M. Copatey, boulanger à Lure, et tenté d'assommer sa femme ; le nommé Kirstetter qui, à Belfort, avait assassiné la fille de son patron Marthe Kœnig, ont été exécutés ce matin à Vesoul.

A 4 h. 15, les autorités pénètrent dans la cellule de Kirstetter. Le Procureur le réveille. Kirstetter refuse les secours de la religion qui lui sont offerts par le prêtre. Le Juge d'instruction lui demande s'il a quelque déclaration à faire.
« Je ne dirai rien, répond le condamné. Ce sont les innocents qui sont décapités pendant que les malfaiteurs courent les rues. » Il mange du jambon qu'on lui apporte, puis il allume une pipe.

Pendant ce temps, d'autres autorités pénètrent dans la cellule de Piccinelli. Celui-ci dort profondément, lorsque le Substitut l'éveille :
« — Votre pourvoi est rejeté, Piccinelli, ayez du courage.
« — C'est justice, murmure Piccinelli d'une voix étranglée. Je demande pardon à Dieu et aux hommes. »
Le condamné manifeste hautement son repentir. Il avait, il y a quelques jours, écrit à la veuve de sa victime : « J'offrirai ma vie pour racheter ma faute. »
Piccinelli se confesse et assiste à la messe célébrée dans la chapelle. Au sortir de la messe, les deux condamnés sont livrés au bourreau.
A ce moment Piccinelli interroge Kirstetter en allemand : « Pourquoi n'as-tu pas voulu recevoir l'aumônier? — C'est mon affaire », répond l'autre.
Lorsque l'exécuteur a signé la levée d'écrou, on procède à la toilette des condamnés.

A 5 h. 9, les portes de la prison s'ouvrent. Le premier condamné paraît, c'est Piccinelli. Piccinelli descend les marches de la prison ; il frissonne sous la pluie fine qui tombe, mais il a conservé son courage et baise le crucifix. On le jette sur la bascule ; le couteau se déclenche. Le corps tombe dans le panier et le couperet, lavé d'un coup d'éponge, est remonté.

Une seconde fois la porte s'ouvre. Kirstetter paraît. C'est un colosse. Il chancelle en descendant les trois marches. Il consent à baiser le crucifix et, pendant qu'il jette sur les spectateurs un regard de bête égarée, on le pousse sur la bascule. Le couteau tombe; il est 5 h. 12.
Mais aussitôt une chose horrible se produit. Le corps du supplicié, entraîné par un dernier soubresaut, tombe à côté du panier et les aides doivent ramasser le corps sans tête et le replacer dans le panier.

Le père de Marthe Kœnig, la victime, assistait à l'exécution au pied même de l'échafaud.
A noter que, durant les derniers jours qui précédèrent l'exécution, Kirstetter, qui comptait fermement obtenir sa grâce, avait déclaré : « Si je suis gracié, dans dix ans je me serai évadé du bagne et je tuerai le père et la mère Kœnig, parents de la victime, ainsi que ma sœur qui a refusé de venir me voir. »

Source : CRIMINO CORPUS. Archives d'anthropologie criminelle de médecine légale et de psychologie normale et pathologique, tome vingt-neuvième, 1914.

Voir également : Sylvain Larue : 06 avril 1914 - Vesoul. http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html



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MessageSujet: Re: Umberto Piccinelli - Joseph Kistetter -1914-Vesoul   Sam 18 Aoû 2012 - 12:20

Réflexion acide : ils ont échappé à la Boucherie !
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MessageSujet: Re: Umberto Piccinelli - Joseph Kistetter -1914-Vesoul   Dim 27 Avr 2014 - 16:22

Quoidien Le Petit Parisien, du 05-04-1914.

Vesoul, 4 avril,

Deux exécutions capitales auront lieu lundi à Vesoul, celles des nommés Humbert Piccinelli et Joseph Kirstetter.

Renvoyé par les époux, demeurant route de Dessert, à Belfort, parce qu'il maltraitait les animaux confiés à ses soins, le valet de ferme Kirstetter tua, on s'en souvvient, à coups de couteau, la fille de ses patrons.
La cour d'assises de la Haute-Saône le condamna à mort le 12 février dernier.

Piccinelli, lui, assassina, à Lure, son patron, M. Copatey, boulanger, et blessa la femme de celui-ci. C'est le 13 février que la même cour d'assises prononça contre lui la peine capitale.

Les bois de justice ont été extraits hier soir, à cinq heures, de leur hangar, rue de la Folie-Regnault, et dirigés sur la gare de l’Est, où ils ont été embarqués pour Vesoul.

_________________________

Archives nationales - Ministère de la Justice
Grâces des condamnés à mort (1900-1916)

_______________________________________

PICCINELLI
Humbert
Né : le 9 février 1891
Profession : ouvrier boulanger à Lure
Date de la condamnation : 13/02/1914
Motifs de la condamnation : crimes concomitants et de tentative d’assassinat commis le 28 septembre 1913 sur les époux COPATEY, boulangers à Lure.
Juridiction : Besancon
Date de rejet : 03/04/1914
Remarques : le condamné a été exécuté le 6 avril 1914 à Vesoul (compte-rendu d’exécution dans le dossier KIRSTETTER Joseph).
BB/24/ 2113 dossier n° : 2159 S14

_________________________
KIRSTETTER
Joseph
Né : 19 septembre 1874
Profession : domestique à Belfort
Date de la condamnation : 12/04/1914
Motif de la condamnation : assassinat commis le 4 septembre 1913 sur la personne de la fille KOENING âgée de 19 ans.
Juridiction : Besancon
Date de rejet : 03/04/1914
Remarques : le condamné a été exécuté le 6 avril 1914 à Vesoul.
BB/24 2113 dossier n° : 2097 S14
_________________________
Quotidien Le Petit Parisien, du 07-04-1914.
(source : gallica.bnf.fr)

LA DOUBLE EXÉCUTION DE VESOUL



Piccinelli - Kirstetter.
Vesoul, 6 avril.

Une foule extrêmement nombreuse se pressait, cette nuit, aux abords du palais de justice et de la prison, pour assister à la double exécution, annoncée depuis deux jours, de Piccinelli et Kirstetter.
Dès onze heures et demie, les agents font évacuer les curieux déjà nombreux, et un sévère service d'ordre est installé dans les rues aboutissant à la prison A deux heures, trois cents chasseurs à cheval, commandés par le lieutenant-colonel Félix, viennent prendre position autour de l’emplacement où, dans quelques instants, se dressera la guillotine.
Une pluie fine et pénétrante tombe, rendant plus lugubres encore les préparatifs de l’exécution.
Il est quatre heures, le petit jour commence à poindre : la « veuve » est prête.
M. Blondeau, procureur de la République, les magistrats et les avocats pénètrent dans  la prison. Deibler et ses aides suivent. La lourde porte se referme. On attend toujours sous la pluie.

Je m'approche de M. Kœnig, père de l'infortunée victime de Kirstetter, qui a obtenu du parquet l’autorisation d’assister à l’exécution de l’assassin de sa fille. M. Kœnig, très calme, se tient près de l'un des montants de la guillotine.
J’aimerai mieux ne pas les voir guillotiner nous dit-il, j'aurais encore ma pauvre fille !

Le réveil

Entre temps, dans l'intérieur de la prison, deux groupes se sont formes pour procéder au réveil des condamnés.
MM. Blondeau, procureur ; Lhote, juge d’instruction ; Lehman, greffier ; Maître Bergeret et l'aumônier de la prison pénètrent dans la cellule occupée par Kirstetter. Le condamné dort tout habillé sur son lit.
— Kirstetter, dit le procureur de la République,votre pourvoi est rejeté, ayez du courage.
Le condamné s'éveilla hébété, il regarde les magistrats. tandis que M. Salzgeber, commissaire spécial, traduit en allemand les paroles du magistrat. Kirstetter est atterré. Cet homme, de qui on redoutait quelque violence, en raison de sa force musculaire, est complètement abattu.

Le prêtre s'avance alors et offre son ministère au condamné, qui le refuse. On laisse alors Kirstetter seul avec son avocat. Pendant ce temps, MM. Neuville, substitut ; Hisches, juge ; Torrente, commis-greffier ; Me Marvillet et l'abbé Mellot étaient entrés dans la cellule de Piccinelli, qui dormait également.
M. Neuville réveille le condamné et lui annonce que, son pourvoi ayant été rejeté, l'heure du châtiment a sonné.

Le condamné, sans dire un mot, se lève et s'habille, puis il demande à entendre la messe.
Quelques minutes plus tard, Piccinelli, qui doit être exécuté le premier, est remis aux aides, qui procèdent a sa toilette, tandis que dans une autre pièce, Kirstetter achève de manger goulûment une tranche de jambon. Après 'avoir bu un verre de rhum et allumé une pipe, Kirstetter fait la réflexion suivante :
C’est malheureux les innocents sont décapités et les coupables courent les champs.
La toilette achevée, les condamnés restent seuls Piccinelli avec l'abbé Bellot, Kirstetter avec son avocat. Ce dernier demande qu'on lui bande les yeux afin de lui cacher la vue de la guillotine. On ne peut accéder à son désir.

L’exécution

Il est 5 heures  lorsque la lourde porte de la prison roule sur ses gonds.
Précédé de l'abbé Bellot, Piccinelli paralt, soutenu par deux aides. Le condamné est très pâle, ses jambes fléchissent sous lui : il est porté sur la planche fatale, qui bascule, un cri rauque se tait entendre immédiatement suivi du bruit sourd que fait le couperet en tombant. Le corps du supplicié roule dans le panier tandis que les aides jettent des sceaux d’eau sur la guillotine et, à l’aide d’éponges, nettoient rapidement la lunette et les montants rouges de sang.
M. Deibler remonte le couperet : la sinistre machine est prête accueillir sa nouvelle proie.
Deux minutes s'écoulent et Kirstetter parait entre deux aides : son regard fixe le couperet ; le condamné descend péniblement les quelques marches qui le séparent de la guillotine.
Il est à son tour couché sur la planche et le couperet s'abat pour la seconde fois.
Des applaudissements éclatent dans la foule, qui lentement s'écoule, tandis que le fourgon transportant au cimetière les restes des suppliciés s'éloigne, escorté de gendarmes.

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MessageSujet: Re: Umberto Piccinelli - Joseph Kistetter -1914-Vesoul   Mer 24 Fév 2016 - 21:53

http://paperspast.natlib.govt.nz/cgi-bin/paperspast?a=d&d=FS19140522.2.64
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