La Veuve

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 Adrien Pierrel, le parricide de Taintrux - 1910

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Gaëtane
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MessageSujet: Adrien Pierrel, le parricide de Taintrux - 1910   Sam 21 Avr 2012 - 15:04

Adrien PIERREL, le parricide de Taintrux


Adrien Pierrel est cultivateur au lieu-dit Chevry, situé à l’écart de la commune de Taintrux, où il habite avec sa femme Marie Pauline Jacquel dont il n’a pas d’enfants. Il s’adonne à son passe-temps favori, la boisson, ce qui lui vaut d’être devenu une brute alcoolique.

Dans le courant du mois de juillet 1909, la Veuve Marie-Anne Pierrel, 82 ans, infirme, vient habiter chez son fils. Elle possède 27 pièces d’or de 20 Francs, produit de ses économies, un pécule auquel elle tient beaucoup pour assurer ses vieux jours. Pierrel songe depuis un certain temps à s’approprier la fortune de sa mère pour satisfaire sa passion pour l’ivrognerie.

Le 31 janvier 1910, il se rend dans la chambre de sa mère et profite de son sommeil pour s’emparer de la somme qu’elle conserve dans une boîte placée sous son lit. Il sort et part fréquenter les auberges du hameau.
La Veuve Pierrel avertie par sa belle-fille, se montre très alarmée des mauvais agissements de son fils. Invalide et alitée, la pauvre femme supplie Marie Pauline d’obtenir de son mari, la restitution des 540 Francs. A son retour, celui-ci refuse.

Le lendemain 1er février, Marie-Anne Pierrel appelle elle-même son fils. Il s’approche du lit. Elle le supplie de lui remettre tout son argent. Il persiste dans son refus. Les reproches de sa mère l’irritent vivement. Déjà surexcité par l’alcool, Pierrel devient fou furieux. Il frappe sa mère au visage avec une telle brutalité que le sang jaillit. Il la serre violemment au cou.

En entendant les cris de sa belle-mère, la femme Pierrel accourt jusqu’à la porte de la chambre. Complètement terrorisée et craignant elle-même pour sa vie, elle n’ose pas intervenir et s’enfuit pour chercher de l’aide.

Pierrel de plus en plus exaspéré, court chercher à la cuisine, un lourd pilon de bois servant à écraser la nourriture des bestiaux. Muni de cette arme terrible, il revient et porte plusieurs coups à sa victime, d’une violence telle, que la malheureuse a la partie antérieure du crâne et la plus grande partie de la face complètement broyées.

Pierrel est arrêté peu après par le garde-champêtre, et remis à la gendarmerie. Il nie les faits et raconte que sa mère s’est tuée en tombant du lit. Les enquêteurs se rendent sur les lieux. L’enquête est rapide tant les faits sont évidents.

A l’audience du 8 juin 1910, Pierrel a une attitude plutôt déplorable et la déposition de Marie Pauline Pierrel évoquant son long martyr d’épouse a profondément ému l’assistance. Par le passé, l’accusé a déjà fait l’objet de deux condamnations pour coups et blessures, dont l’une à 3 mois de prison.

Adrien Pierrel, 52 ans, cultivateur à Chevry, est condamné à la peine de mort. L’arrêté dit qu’il sera conduit sur le lieu de l’exécution, sur une place publique de Saint-Dié, ainsi que l’exige la loi pour les parricides, en chemise, nu-pieds, la tête couverte d’un voile noir.

Maître Rogé, défenseur d’Adrien Pierrel, a fait signer par plusieurs jurés, un recours en grâce en faveur du parricide.
Son pourvoi en cassation est rejeté le 16 juin, de même que la grâce a été refusée par le Président de la République Armand Fallières. L’exécution aura lieu le 24 septembre 1910 à Saint-Dié.

L’exécution


M. Anatole Deibler et son fourgon sont arrivés à trois heures et quart ce vendredi 23 septembre. Le matin même avait eu lieu l’exécution de Séraphin Vançon à Remiremont.

Il avait été décidé que la guillotine serait dressée près de la porte de la prison, mais M. Wiriate, Procureur de la République pense que les photographes peuvent opérer facilement du haut des murs voisins. Après un court conciliabule entre M. Deibler et le magistrat, il en résulte que l’exécution va avoir lieu en face de la prison, dans le Parc même, près du kiosque à musique.

Pendant toute la soirée, une foule énorme circule dans le centre de la ville et surtout dans le Parc. Les cafés ayant obtenu l’autorisation de la nuit sont envahis jusqu’au matin. Vers 2 heures, l’animation est extraordinaire, car les trains ont encore amené dans la soirée des centaines d’habitants des environs.

A 2 heures et quart, la situation change avec l’arrivée des troupes. Trois cent hommes des 3ème et 10ème BCP viennent prendre position tout autour de la prison et du Parc. Un détachement de 28 artilleurs et diverses brigades de l’arrondissement rejettent la foule à plusieurs centaines de mètres de la prison.

L’emplacement choisi pour le montage de la sinistre machine est situé le long du Parc, juste en face de la façade principale de la prison. Les aides de M. Deibler, éclairés seulement par les becs de gaz du kiosque à musique procèdent au montage. Ensuite, l’exécuteur des hautes œuvres essaie par deux fois le fonctionnement du déclic.

A 4 heures, arrivent M. Wiriate, Procureur de la République et son substitut ; Maître Rogé, avocat du condamné ; le médecin des prisons ; l’archiprêtre de la cathédrale et quelques officiers qui en avaient reçu l’autorisation. Le cortège pénètre dans la prison et se dirige aussitôt vers la cellule du condamné à mort.

On ouvre la porte. Eveillé depuis une heure du matin, Pierrel entendant la rumeur qui s’élève de la foule, manifeste de l’inquiétude et dit "On remonte l’horloge pour moi ". Les gardiens réussissent à le rassurer un peu. Il fume alors une pipe.

Très ému, le Procureur annonce au condamné que son pourvoi est rejeté et ajoute "Ayez du courage !".

En apprenant que sa dernière heure est venue, Pierrel se laisse tomber sur son lit, disant " Je suis innocent ! " et à partir de ce moment, il plonge dans un état d’inconscience absolue. Comme halluciné, il ne prononce plus que des paroles incohérentes, parmi lesquelles reviennent sans cesse les mots : "Innocent, pas coupable ! ". On lui fait deux piqûres de cocaïne.

Le prêtre lui ayant proposé d’entendre la messe et de se confesser, il n’en peut obtenir la réponse. Les aides doivent le soutenir pendant la toilette. A chaque instant, il s’effondre. Par une faveur spéciale, on ne placera pas sur sa tête le voile noir des parricides.

Pierrel n’existe pour ainsi dire plus. C’est une loque humaine. Il ne peut pas se tenir debout. Il ne peut pas marcher. Et cependant pour aller de la prison à la guillotine, il y a un parcours d’environ 50 mètres à faire.

On décide alors de placer le condamné dans le fourgon. Les aides le hissent comme un paquet, l’un tenant la tête et l’autre, les jambes. Puis la voiture roule lentement vers la guillotine. Là, on descend le condamné, on le porte et on le dépose, masse inerte, sur la bascule. Le bourreau fait jouer le déclic, le couteau tombe. Un jet de sang atteint un gendarme au visage. La justice est faite. Il est exactement 4 heures 50.

Le corps du supplicié est transporté au cimetière escorté par les gendarmes à cheval. Alors que le fourgon franchit les rangs de la foule, les curieux poussent des cris et se ruent derrière le convoi funèbre, mais ils ne peuvent pas pénétrer dans le cimetière qui est gardé par la troupe.



Sources :

Mémoire des Vosges N° 7 de la Société Philomatique de Saint-Dié (pages 43 à 47)

« La Volonté Nationale » journal du 12 juin 1910 (Archives municipales de Remiremont)

« Les Hautes Vosges » journaux des 12 juin 1910 et 29 septembre 1910 (Archives municipales de Remiremont)

Site de Sylvain/nemo
http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html







Dernière édition par Gaëtane le Sam 21 Avr 2012 - 15:13, édité 1 fois
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Gaëtane
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MessageSujet: Re: Adrien Pierrel, le parricide de Taintrux - 1910   Sam 21 Avr 2012 - 15:10



Taintrux avant 1914




Le Parc à Saint-Dié








Source Delcampe.net



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MessageSujet: Re: Adrien Pierrel, le parricide de Taintrux - 1910   Sam 21 Avr 2012 - 15:26

Plan du Parc






L'emplacement de la guillotine est représenté par le cercle, et à proximité, le kiosque à musique

La prison a été détruite lors des premiers combats de 1914



Le Quai du Parc





Au dos de la carte postale, est écrit :

Saint-Dié, le 24 septembre 1910.

Chère Madame,

Nous sommes à Saint-Dié depuis jeudi et repartons ce soir pour Saint-Michel. Ce matin, grand émoi ici, pour l'exécution d'un parricide de Taintrux. Nous avons pu faire connaissance , à la gare, avec Monsieur Deibler et sa sinistre voiture. Beaucoup de monde, paraît-il, pour assister à ce macabre spectacle, mais peu de pitié car le supplicié n'en méritait pas. Nos meilleurs compliments pour vous même et Mr benoît (sic)
G et A. Marchal



Source : cartes postales anciennes de la Société Philomatique de Saint-Dié





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MessageSujet: Re: Adrien Pierrel, le parricide de Taintrux - 1910   Ven 5 Juil 2013 - 14:50

Gaëtane a écrit:


Par une faveur spéciale, on ne placera pas sur sa tête le voile noir des parricides.

Une précision sur ce point : la faveur — probablement unique — est due au président de la République Armand Fallières qui l'a expressément demandée. Le Directeur des affaires criminelles et des grâces écrit alors au procureur de la République : « pour répondre au désir exprimé par M. le Président de la République il conviendra de ne pas recourir à l'appareil et aux aggravations du supplice prévus par l'article 13 du Code Pénal ».
Le PALMARÈS présente une autre version sur la raison de cette faveur. Voir le lien de Gaëtane.

* Sous la présidence d'Armand Fallières, élu en 1906, Adrien Pierrel  est le deuxième parricide exécuté, après Georges Duchemin (05-08-1909, à Paris). Un autre parricide, Jean Fradon, exécuté le 02-08-1875, à Bordeaux, ne portait pas la tenue de parricide — par omission ! — à son entrée au greffe. Après l'intervention de l'exécuteur Nicolas Roch, il en est revêtu, voile noir, chemise, et mis nu-pieds.    

Dans le quotidien Le Petit Journal, du 25-05-1910, on lit dans l'article consacré à l'exécution de Pierrel  :

« Le défenseur de Pierrel a de nouveau protesté contre l'exécution en disant que le parricide n'était qu'un alcoolique inconscient, et que depuis son emprisonnement il ne se rappelait même plus de son crime.
On pourrait répondre, d'ailleurs,  à l'avocat que le fait d'avoir oublié le crime horrible qu'il a commis ne rend pas le criminel irresponsable et ne diminue en rien l'atrocité de son acte. Il est peu probable qu'un courant de sympathie puisse être soulevé en faveur du parricide, alcoolique ou non, qui vient de payer sa dette à la société.
Un détail à noter : à la demande de M. Fallières lui-même, on a épargné à Pierrel le cérémonial édicté par la loi pour l'exécution des parricides : la marche à l'échafaud en chemise, pieds nus la face couverte d'un voile noir et la lecture de l'arrêt par l'huissier.
Une vingtaine de spectateurs au plus ont pu assister à l'exécution : cette mesure rigoureuse résulte d'instructions formelles  envoyées au parquet par le ministère de la Justice. Il faut évidemment voir dans cette mesure un acheminement vers la suppression de la publicité des exécutions
».

(Source : gallica.bnf.fr)


Dernière édition par mercattore le Ven 5 Juil 2013 - 19:43, édité 1 fois
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Gaëtane
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MessageSujet: Re: Adrien Pierrel, le parricide de Taintrux - 1910   Ven 5 Juil 2013 - 16:27



Merci mercattore pour ces précisions   sunny   

Une vingtaine de spectateurs, seulement, ont pu assister à l'exécution d'Adrien Pierrel Twisted Evil et dire que la veille, la foule était venue nombreuse à Remiremont pour voir celle de Séraphin Vançon  
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MessageSujet: Re: Adrien Pierrel, le parricide de Taintrux - 1910   

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