La Veuve

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 Georges Laage - Henri Vervalcke - 1913

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Adelayde
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MessageSujet: Georges Laage - Henri Vervalcke - 1913   Sam 17 Mar 2012 - 16:29

Le crime de Georges Laage et Henri Vervalcke



Georges Laage, 28 ans, marchand forain. Étrangle Mme Lacke, 76 ans, dans la nuit du 10 au 11 juin 1912, hôtelière au 9 passage de la Ferme-Saint-Lazare, pour la voler. Son complice Henri Vervalcke, 26 ans, est condamné à mort et gracié. L'autre acolyte, Truffard, écope de vingt ans de bagne.
Condamnation : 21 mai 1913 ;
Exécution : 11 juillet 1913.

Source : Le site de Nemo-Sylvain Larue :
http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html

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Une tête va tomber à Paris - L'assassin Laage sera exécuté ce matin. Son complice, Hector Vervalcke, comme lui condamné à mort, bénéficie de la clémence présidentielle.

On exécutera ce matin Georges Laage qui, dans la nuit du 10 au 11 juin de l'an dernier, en compagnie de deux individus, Hector Vervalcke et, Émile Toufflard, étrangla Mme Lack, une hôtelière du passage de la Ferme-Saint-Lazare, derrière la prison de ce nom.



Georges Laage, Hector Vervalcke et Émile Toufflard, tous trois âgés de vingt-sept ans, s'étaient connus au régiment. Ils avaient fait leur service au 6e bataillon d'artillerie, à Pont-Saint-Vincent.

Dès lors, ils ne devaient plus se perdre de vue. À peine avaient-ils été libérés du service militaire qu'ils se retrouvaient à Paris où ils restèrent en relations. Georges Laage était camelot. Il vendait des fixe-cravates sur les boulevards. Hector Vervalcke travaillait comme garçon boucher. Quant à Toufflard, il était employé de commerce.
Fréquemment, tous trois se réunissaient dans un café de la rue des Messageries, non loin de l'endroit où un peu plus tard ils devaient commettre, leur crime.

C'était l'an dernier, et l'on ne s'entretenait que des exploits de la bande tragique. Les crimes audacieux commis par Ies Bonnot, Garnier et Cie, l'impunité dont ces malfaiteurs avaient joui, donnèrent aux trois jeunes gens, dont les ressources étaient plutôt restreintes, l'idée de les imiter. Se procurer de l'argent en réussissant, un bon coup semblait aisé, puisque les acolytes de Bonnot y réussissaient si brillamment.
Ce fut Laage, le plus décidé des trois, qui entraîna ses camarades.
- Je connais, leur dit-il, un soir, une vieille rentière que nous n'aurons pas beaucoup de peine à dévaliser. Elle n'a plus que le souffle. Une paire de gifles suffira…
L'expédition fut décidée, et Laage alla bientôt louer une chambre chez Mme Lack. Il ne tarda pas à y amener ses complices. Les choses ne traînèrent pas en longueur.
Un soir, au moment où la pauvre vieille pénétrait dans la chambre pour apporter un bougeoir à son locataire, les trois hommes se jetèrent sur elle, la bâillonnèrent et la ligotèrent.
Laage lui saisit le cou entre ses doigts puissants et serra. Ce fut vite fait. « Elle n'offrit pas plus de résistance qu'un petit oiseau », déclara plus tard l'un des sinistres bandits.
Mme Lack une fois morte, ses assassins fouillèrent, hâtivement le bureau de l'hôtel, qu'ils visitèrent de fond en comble. Mais leur déception fut grande, car ils ne trouvèrent presque rien : une somme de vingt-et-un francs. Cet épouvantable forfait n'avait rapporté, à chacun d'eux que sept misérables francs.

Ils se hâtèrent de disparaître. Mais les inspecteurs de la sûreté ne furent pas longs à relever leur piste. Tous trois furent arrêtés quelques jours plus tard, et Toufflard entra tout de suite dans la voie des aveux. Il lui en fut tenu compte lorsque, le 21 mai dernier, ses acolytes et lui comparurent devant les assises de la Seine, puisqu'il échappa à la peine capitale et ne fut condamné qu'à vingt ans de travaux forcés et dix ans d'interdiction de séjour.
Quant à Vervalcke et à Laage, le jury se montra impitoyable à leur égard, rendant un verdict affirmatif sur toutes les questions et muet en ce qui concernait les circonstances atténuantes. La cour prononça une double condamnation à mort.
- Vous n'aurez pas ma tête, cria Laage aux jurés, alors que ses gardes l'entraînaient.

Depuis, cinquante et un jours se sont écoulés. La cour suprême a rejeté leur pourvoi en cassation et les deux misérables n'avaient plus d'espoir qu'en la clémence du chef de l'État.
Mais en prison leur attitude était bien différente. Vervalcke qui occupait la cellule numéro 7 de la 15e division, sous la surveillance incessante de deux gardiens, se montrait plein d'espoir, tout en faisant avec ces derniers d'interminables parties de cartes.
Il n'est pas possible que le Président de la République me laisse exécuter, répétait-il à tout instant.
- Je suis moins coupable que Laage, disait-il, car c'est lui qui a conçu le crime et lui seul oui l'a exécuté Toufflard et moi n'avons fait que l'assister.
Le misérable avait raison le Président de la République s'est rendu aux arguments que n'a pas manqué de lui faire valoir le dévoué défenseur de Vervalcke, M° Marcel Pasquier.

M° Paul Viven a été moins heureux en ce qui concerne Georges Laage. Il est vrai que la tâche était beaucoup plus ardue. Son client portait tout le poids de ce crime horrible.
D'ailleurs, en sa cellule, contrairement à son complice, Laage ne conservait que peu d'espoir et il s'en ouvrait à ses gardiens. Toujours taciturne, l'oreille aux aguets chaque matin, Laage s'attendait d'un moment à l'autre à avoir à payer sa dette.
En vain, sa mère et sa sœur qui hier sont venues le visiter à la Santé, ont-elles essayé de lui donner confiance, une confiance qu'elles ne partageaient guère. C'est inutile, leur a-t-il déclaré, je sais bien que je n'y puis échapper et que maintenant le jour est proche…
Ce jour est venu ce matin aux premières lueurs du jour, le misérable aura expié son crime.

Le Petit Parisien, n° 13 404 du 11 juillet 1913

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Une tête est tombée - Laage, l'étrangleur, a expié son crime. II est mort repentant, demandant pardon à la société et à sa mère, qui a été sa dernière pensée.

Georges Laage, ainsi que nous le disions hier, a payé sa dette à la société.
Jusqu'au dernier moment, l'ordre transmis à M. Anatole Deibler par la chancellerie avait été tenu secret. Aussi, la plus grande partie des agents destinés à assurer un ordre que personne ne songeait à troubler auraient pu, sans inconvénient aucun, rester chez eux. Quant aux curieux et aux amateurs qui étaient si nombreux autrefois, ils ont enfin compris qu'ils se dérangeaient inutilement, puisque, de la guillotine, ils ne voyaient jamais rien et du guillotiné pas davantage.

Laage attendait.
Sous le jour naissant, l'instrument de supplice est debout. L'acier mat du glaive se détache sur la masse du mur imposant et sombre de la prison de la Santé. Deux fois, les mâchoires de fer qui l'immobilisent au-dessus de la planchette où l'on se couche pour toujours, se sont ouvertes et refermées. Comme tout cela est précis et fonctionne bien !
Le, carillon d'un couvent voisin égrène dans la nuit qui décroît l'ariette de ses tintements grêles. Des hommes graves, qui sont de justice, passent, silencieux, et pénètrent dans la prison. Sous son manteau, le factionnaire sent passer en lui un léger frisson. Voici M. Kiœss, substitut du procureur général ; puis M. Sautenou, autre substitut attaché au parquet ; M. Bouchardon, juge d'instruction ; M. Xavier Guichard, chef de la sûreté et ses secrétaires ; le docteur Paul, médecin légiste et le bon graveur Desmoulins ; enfin, M° Viven, l'avocat du condamné.
Précédés du directeur de la prison; auquel s'est joint l'abbé Geispitz, aumônier de la Santé, les magistrats, arrivèrent à la cellule du condamné.
Laage était éveillé. Assis sur son lit, les yeux hagards, il dévisagea un instant les visiteurs.
M. Kiœss s'avança :
- - Le Président, dit-il, a rejeté…
- - Oui… oui... interrompit le prisonnier. Je m'y attendais. Laissez-moi m'habiller !...
En même temps, il sauta à bas de sa couchette, puis, ayant passé une chemise et un pantalon, il prit des papiers, quelques cartes postales et trois lettres qui se trouvaient sur une table.

Paroles de repentir
À M. Kiœss, il remit une volumineuse enveloppe, sur laquelle était écrit « La vérité sur l'affaire » ; à M. Desmoulins, une lettre ; à M° Viven les cartes postales et deux lettres pour sa sœur et sa mère.
Il fit cela sans prononcer une parole, calme, très maître de lui.
Alors seulement il demanda :
- Suis-je seul à mourir ?...
- Oui, votre complice a été gracié, répond M. Kiœss.
Laage ferma les yeux et deux grosses larmes roulèrent sur ses joues. Mais tout de suite il se ressaisit.
- C'est bien. -prononça-t-il. Je paie seul. C'est juste… Je suis le plus coupable !...
S'adressant à M° Desmoulins :
- Je suis un misérable assassin, c'est vrai, mais je n'ai jamais été un souteneur !
Sur le chemin du greffe, il dit à l'aumônier assez haut pour être entendu :
- Mon père, je vais mourir! Je l'ai mérité !... Je suis heureux d'expier mes fautes, car je suis un grand coupable ! Je demande pardon à Dieu et à la société. Vous direz à ma mère que je suis mort repentant et en pensant à elle !...

Devant la guillotine
Trois heures étaient sonnées quand Laage, après l'aumônier, certainement plus pâle que lui, descendit du fourgon.
Il regarda le ciel, où des nuages noirs s'accumulaient. De grosses gouttes d'eau mouillèrent son visage :
- Tiens, s’exclama-t-il, il pleut !...
Il tourna la tête et il vit la guillotine qui l'attendait. Il eut un geste de recul et blêmit. L'aumônier, par deux fois, lui donna l'accolade, balbutiant :
- Du courage, mon enfant, du courage !...
Et puis il l'abandonna aux mains puissantes des aides, qui se saisirent de son corps, le basculèrent et le rejetèrent, décapité et sanglant, dans le panier de son. Laage a été inhumé provisoirement au cimetière d'Ivry, M° Viven ayant réclamé le corps au nom de la famille.

Le gracié



Entre temps, du fond de sa cellule, Vervalcke, que la clémence présidentielle arrachait à la peine de mort, avait entendu le bruit fait par le cortège des magistrats venant éveiller le condamné.
Officieusement, il savait déjà qu'il n'irait pas à l'échafaud. Pourtant, en entendant les bruits de pas, il blêmit et, d'un bond, fut à la porte de sa cellule et regarda par le guichet.
Il tremblait tellement sur ses jambes qu'il ne put rester debout. Ses gardiens lui firent regagner sa couchette. Il se rendit compte, alors, qu'on ne venait pas vers lui. C'était Laage qu'on allait chercher
Il respira plus librement. Mais le misérable avait eu tellement peur que, par suite de l'émotion ressentie, il ne put se lever de la journée et fut incapable d'absorber le moindre aliment.

Le Petit Parisien, n° 13 405 du 12 juillet 1913

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Dernière édition par Adelayde le Mer 4 Avr 2012 - 20:08, édité 1 fois
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Elie Köpter
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MessageSujet: Re: Georges Laage - Henri Vervalcke - 1913   Dim 18 Mar 2012 - 11:46

Merci Adelayde pour ce moment de lecture.
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Boisdejustice
Monsieur de Paris
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MessageSujet: Re: Georges Laage - Henri Vervalcke - 1913   Dim 18 Mar 2012 - 21:41

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MessageSujet: Re: Georges Laage - Henri Vervalcke - 1913   

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