La Veuve

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 Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938

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MessageSujet: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Sam 1 Nov 2008 - 16:27

Assassin de son petit garçon en décembre 1935, il fut condamné à mort par les assises de la Seine et exécuté bd Arago le 30-04-1938.
La nuit de l'exécution, le cortège des personnalités se dirige vers la cellule de Moyse pour le réveiller.
Le journaliste François Foucart relate :

« Alors, dira Piguet (inspecteur de police), de toute ma carrière je n'ai entendu de tels cris, de tels hurlements de terreur. Dès le tour de clef, dès la ruée des gardiens, il avait compris que l'heure de l'expiation avait sonné.
" Vous êtes des hypocrites ! lance-il aux gardiens qui lui avaient caché la vérité. Et s'adressant à ses défenseurs : Vous aussi, vous avez menti ! "
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Le quartier des condamnés à mort (prison de la Santé) est éloigné, sottise administrative,  du greffe où a lieu « la toilette» : d'où un parcours relativement long. C'est à coté, dans le grand parloir, qu'a été dressé  un autel de fortune et le prêtre livide a déjà commencé l'office. Emmené avec vigueur, en tête du cortège muet, Moyse continue à crier : « je vous hais tous, je vous maudis ainsi que vos femmes ! Et le juge où est-il, où est-il ce mauvais juge ? »

Le juge, M. de Girard est bien là,  mais il se cache derrière les autres pour ne pas alimenter la rage du condamné. Il y a dans tout le groupe peut être une certaine pitié, peut être une vague honte, en tous cas une gène très perceptible. L'inspecteur Piguet se dissimule aussi, et se souvient :

« Moyse a deja réclamé deux fois du rhum. On le lui a refusé car devant communier il doit être à jeun. Ses lèvres remuent un instant, comme s'il priait, puis ses cris redoublent : " Vous ne m'avez pas dit la vérité, braille-t-il en regardant Maître Raymond Hubert, vous ne m'avez pas dit que ces bandits viendraient couper le cou au pauvre Frédéric ? "
Puis il se tourne vers le groupe des officiels massés devant les grilles du parloir : " Et tout ce monde, toutes ces têtes, sauvez-moi " »

Maître Raymond Hubert cherche désesprément un moyen pour faire cesser cette scène affreuse. Mais les mots sont inéfficaces devant la terreur d'un être humain; il essaie de faire appel aux sentiments religieux du condamné, puisque Moyse est catholique. Il lui demande de dire, avec lui, un Notre Père, et commence à le réciter.

« " Notre Père ", marmonne Moyse, mais soudain il explose encore : " Non, je ne veux pas y aller ! Du reste on n'avait pas le droit de me condamner à mort . Il n'y avait pas de préméditation. Bandits infâmes ! J'ai écrit il y a trois jours au procureur. Vous n'avez pas le droit, je vous maudis tous...»

« La messe dure depuis quatorze minutes. Raymond Hubert demande au prêtre d'abréger, de donner la communion. Il se rend compte qu'on ne pourra plus tenir longtemps  dans cette atmosphère de surexcitation. L'hostie est donnée aussitôt.

C'est alors qu'un gardien s'approche, bouteille et verre à la main, et il a ce mot étonnant : Maintenant, tu vois, on peut t'en donner... »

Pendant que le malheureux boit un verre, puis un second, et recommence à se lamenter, poussant des cris, Deibler s'est approché. Un aide (c'est Robert Martin) s'approche pour jauger ce client qui parait difficile et le regarde sans mot dire.
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Moyse est maintenant assis sur le tabouret . On lui passe les mains derrière le dos pour les ligoter aussitôt. Les gardiens s'éloignent, Moyse appartient désormais à l'exécuteur des hautes oeuvres.

« " Ah, c'est vous Deibler, s'écrie Moyse terrifié. Vous êtes laid et vous autres, vous avez de sales têtes ! Non je ne veux pas, donnez moi du rhum. Monsieur le gardien chef ils ne veulent pas me donner du rhum ! Faites-m'en donner, je vous bénirai. " »
On lui met une cigarette entre les lèvres mais on ne réussit pas à l'allumer. Il claque des dents. Le voici ficelé, étroitement.

Deibler est parti déjà pour rejoindre la guillotine.
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Moyse continue à pousser des cris rauques, il est empoigné et, à petits pas, puisque ses chevilles sont liées, il passe la porte d'entrée, descend les trois marches et est poussé dans la voiture à cheval où montent aussi deux aides, l'aumônier, Maître Hubert et l'un de ses collaborateurs, Maître Jacques Roselli.
La lourde porte de la Santé s'ouvre, au pas le fourgon s'ébranle.

Récit poursuivi par le journaliste Marcel Montarron :

« A peine le fourgon eut-il débouché de la rue de la Santé, au petit trot, que dans le pâle matin nous entendîmes des hurlements. Les cris redoublèrent lorsque la sombre patache s'arrêta devant l'échafaud, à trois mètres de la planche basculante.

« " Non, non, je ne veux pas ! " hurlait le condamné.

« On eût dit des cris de bête conduite à l'abbatoir. Les vieux dur à cuire, ceux qui avaient assisté à plus de vingt exécutions étaient glacés d'effroi. Les lampadaires du bd Arago venaient de s'éteindre, les portes du fourgon s'étaient ouvertes. Un aide avait placé l'escalier.

Le prêtre apparaît d'abord. Le pauvre homme n'a pas eu de chance pour ce remplacement de l'habituel aumônier et, incapable d'en supporter d'avantage, il s'enfuit.
Puis Moyse descend, tenu au bras par les aides, poussant toujours des cris lamentables. Surprise, il a les yeux bandés par un mouchoir blanc dont un bout lui tombe sur le nez. Enfin descendent les avocats. Dans la foule un immense silence s'est fait, derrière les petites barrières en bois qui isolent la guillotine.

Les gardes à cheval présentent les armes, les officiers de paix en képi saluent.
Moyse crie encore : Non, non, je ne veux pas ! Il bute, tombe à genoux, on le plaque sur la planche  qui se rabat, le couteau tombe enfin, tranchant net ces cris affreux, et c'est un soulagement.
..........................................................................................................

Alors que l'on charge  le corps décapité dans le fourgon  et qu'un aide branche un tuyau pour laver la guillotine, plusieurs journalistes demandent à Maitre  Raymond Hubert par quelle grâce Moyse a pu avoir les yeux bandés :

« C'est  lui qui le demanda. Il ne voulait pas voir la guillotine. J'ai moi-même fourni le bandeau. C'était le mouchoir de mon collaborateur Jaques Roselli. " Maitre, me fit remarquer l'un des aides, est-ce légal ? " Je lui ai répondu " Au point ou nous en sommes la loi me pardonnera ! " »  [/b]
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Extrait des carnets d'Anatole Deibler :

390-294.
Temps très clair, à 4heures.                                          

« La voiture rangée le long du trottoir, la porte du fourgon ouverte, Moyse se convulsant, courbé en deux, refusant de descendre et marcher, d'une voix étrangement haute il crie " Non ! Non! ", il pousse des hurlements et les aides sont obligés de le traîner jusqu'à la bascule où il a la tête tranchée, avec sur les yeux le mouchoir blanc mis par son avocat : fait extraordinairement rare, vu que c'est la première fois que l'on assiste à un pareil spectacle... »

Pour en savoir plus, et sur beaucoup d'autres affaires :
ÉDITIONS DE BORÉE.

___________________________________


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Monsieur Bill
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MessageSujet: MOYSE   Sam 1 Nov 2008 - 16:44

quote="mercattore"][b] Assassin de son petit garçon en décembre 1935, il fut condamné à mort par les assises de la Seine et exécuté bd Arago le 30-03-1938, par Anatole Deibler.


30 mars ou 30 avril 1938 ?
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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Jeu 12 Nov 2009 - 13:39

Cher Bill,
Votre post m'avait échappé.
Mais puisque vous êtes en train de lire « Les GAC Val-de-Marne », par Sylvain, vous allez tout savoir sur cette affaire.
En voici un extrait qui donnera envie à des visiteurs ou amis de lire le bouquin : http://books.google.com/books?id=Od_O_DIzzaAC&pg=PA179&lpg=PA179&dq=frederic+Moyse+assassin&source=bl&ots=I9zsgokqEB&sig=sPdkrRkvYPFsRBSUZEHjT5_K40s&hl=fr&ei=aP_7SqyzCsGF4QbJ4tnkAw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CAgQ6AEwAA#v=onepage&q=&f=false
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MessageSujet: 1938 Frédéric Moyse -"le matador"- bourreau de son fils de cinq ans   Dim 5 Fév 2012 - 16:56


1938 – Exécution de Frédéric Moyse - « le matador » - bourreau de son fils de cinq ans



On peut voir son visage sur les excellents sites de Bois de justice et de Nemo-Sylvain Larue :

http://boisdejustice.com/Anatole/Anatole.html
http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html

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L'heure du crime du 30 janv. 2012 - Le mystère de La Belle Épine.

Jacques Pradel revient sur l’histoire de ce prétendu matador qui massacra son enfant de 5 ans pendant les fêtes de 1936.


http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/l-heure-du-crime-lundi-30-janvier-le-mystere-de-la-belle-epine-7771231179

Bonne écoute…    Sad

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Le père et la marâtre du petit Maurice Moyse renvoyés devant la cour d'assises de la Seine

M. Pierre de Girard, juge d'instruction, vient de mettre le point final à une enquête ouverte il y a dix-huit mois lorsque, le 1er janvier 1936, on découvrit, près d'un tas de pierres, non loin du carrefour de la Belle-Épine, à deux pas d'un dépôt d'ordures, sur la route de Versailles à Choisy-le-Roi, le cadavre complètement nu d'un garçonnet.
Le docteur Charles Paul constata que le corps était couvert d'ecchymoses ; la mort était due à un traumatisme sur une hémorragie sans fracture du crâne, à l'aide d'un corps mou : la boite crânienne avait subi une compression violente et les poumons indiquaient qu'il y avait eu asphyxie ; enfin, trois côtes étaient fracturées.

L'enquête ne put faire découvrir l’identité du pauvre petit qu’au mois d'octobre C'était Maurice Moyse-Tanneau, né le 31 janvier 1931.
Son père était un nomme Frédéric Moyse, né en 1896.
Moyse vivait depuis un certain temps avec Marie-Augustine Otterman, lorsqu'il l'épousa, en 1929. Il eut ensuite pour maîtresse Marie Tanneau, et, de cette fausse union naquit le petit Maurice.
La mère reconnut son enfant, et Moyse en fit autant plus tard.
Mais il ne s'occupa pas de lui ; c'est la mère qui régla les mois de nourrice dans l'Yonne, puis en Seine-et-Oise, enfin dans la Somme.

Depuis décembre 1930. Moyse n'avait pas revu sa maîtresse, il la retrouva à différentes reprises : en 1932 et en 1933, et, le 13 juillet 1935, il reprit avec lui le petit Maurice, la maman apprenant le lendemain même cet enlèvement.
Depuis lors, Marie Tanneau chercha en vain son enfant et son ancien amant. Elle soupçonna bien que le cadavre de la Belle-Épine était celui de son petit, mais c'est seulement au mois d'octobre que la police se convainquit que la mère avait bien prévu la vérité !

Rapidement, Moyse fut retrouvé, 11 rue Albert, et M. de Girard lui fit avouer que c'était bien lui qui avait porté sur la route le cadavre de son enfant.
- II a fait une chute dans l'escalier de la cave, affirma-t-il, et se tua !
Mais l'enquête démontra que ce récit était mensonger.

Maurice était, en quittant sa nourrice, en bon état de santé ; mais, comme Moyse avait deux fillettes de son mariage avec Marie Otterman, le garçonnet était mal vu, mal soigné, mal traité. On l'enfermait dans un placard ou dans la cave et Moyse, qui était alors concierge, 2, rue Darmesteter, déclarait à ses locataires :
- Je comprends les parents qui tuent leur enfant !
Sa femme renchérissait :
- Il faudrait, disait-elle, nous débarrasser de ce sale gamin !
Et les deux fillettes, elles aussi disaient :
- Maurice, méchant ! Maurice, dans la cave ! Maurice, dans l'armoire !
Le pauvret n'avait le droit d’adresser la parole quiconque et, comme on s'étonnait de son mutisme, Moyse répondait :
- Il été élevé à Londres, il ne parle qu'anglais !
C’est le 12 décembre que se produisit le drame. D'après Moyse, l'enfant aurait roulé dans l'escalier de la, cave et se serait tué.
L'autopsie pratiquée par le docteur Paul démontra le contraire.
Aussi M. de Girard a-t-il signé une ordonnance renvoyant Frédéric Moyse devant la chambre des mises en accusation, sous l’inculpation d’homicide volontaire commis avec préméditation, ce qui le rend passible de la peine de mort. D'autre part, sa femme, Marie Moyse, née Otterman, est inculpée de violences à enfant placé sous sa garde, délit connexe entraînant sa comparution devant la cour d'assises de la Seine à côté de son mari.

Le Petit Parisien, n° 22 086 du 19 août 1937

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LA MORT POUR MOYSE BOURREAU ET ASSASSIN DE SON ENFANT - SA FEMME EST CONDAMNÉE À CINQ ANS DE PRISON

À l'issue d'une audience lourdement chargée, le chef du jury de la Seine rapportant le verdict prononça seize fois d’une voix ferme : « Oui, à la majorité. » C'était le maximum de la peine !
Frédéric Moyse, bourreau et assassin de son fils, était peu après condamné à mort.
Sa femme, née Augustine Ottermann, reconnue coupable de mauvais traitements à enfant et de recel de cadavre, subira cinq années de prison et versera 2.000 francs d'amende.
Tel est l'épilogue du drame de la Belle-Épine.
Le misérable, ainsi voué à l'échafaud, a accueilli la terrible sentence sans émotion apparente. Il a voulu rester dur jusqu'au bout.




Au début de l'audience, on avait entendu M. Levillain, conseiller municipal, déclarer qu'il avait simplement accueilli Frédéric Moyse en sa permanence en qualité de solliciteur et l'avait fait inscrire au chômage.
Le conseil de la partie civile, M° Thérèse Traizet, prononça une plaidoirie émouvante et devait obtenir le franc de dommages et intérêts réclamé par la mère de la petite victime, Mme Tanneau.
L'avocat général Falco réclama avec force le châtiment suprême.
Désespérée était la tâche de la défense, M° Wilhem se dépensa cependant avec adresse en faveur d'Augustine Ottermann, puis M° Raymond Hubert plaida pour Moyse, en ce qui concerne l'assassinat, l'absence de preuve et l'absence de préméditation, et il exposa le déséquilibre du coupable.
Le bel effort du défenseur n'a pu faire fléchir la sévérité des jurés.

Le Petit Parisien, n° 22 198 du 9 décembre 1937


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Frédéric Moyse sera exécuté ce matin à l’aube Boulevard Arago

Depuis le procès on a appris de quelle façon exacte il tua son jeune fils avant d’aller « perdre » le cadavre à la « Belle-Épine ».
Revenus de Lille, les bois de justice seront dressés ce matin à l’aube boulevard Arago, à Paris. Une tête doit tomber, celle de Frédéric Moyse, assassin de son propre enfant, Maurice, et que le jury condamna le 8 décembre dernier à la peine de mort.

Moyse ? C'est l'auteur du crime dit de la Belle-Épine. Le cadavre fut découvert le matin du 1er janvier 1936 et resta, longtemps anonyme. On crut tout d'abord qu'il s’agissait d'un enfant de romanichels. Ce n'est que beaucoup plus tard que Marie Tanneau, la mère du petit Maurice, parvint à se faire écouter et put reconnaître son fils né, d'une ancienne liaison avec Moyse lequel, depuis, s'était remarié…

Le mobile de ce crime compte parmi les plus odieux. Moyse, en effet, de plein droit, puisqu'il avait légalement reconnu cet enfant, l'avait enlevé et conduit chez lui, dans une loge de concierge, mais sans révéler son adresse à Marie Tanneau. Il tentait ainsi un « kidnapping », une façon de chantage, espérant détenir des subsides de la mère affolée. Mais elle s'était refusée à payer et Moyse tua l'enfant.

Comment s'y est-il pris ? Sur cette scène horrible, le doute a subsisté jusqu'après la condamnation. Au cours des débats, le docteur Paul avait déclaré :
- La mort, avait-il dit, est consécutive à l'asphyxie. Le petit cadavre a eu la tête compressée, comprimée par un objet mou… Je pense à un oreiller ou à un matelas. Les différentes parois de la boite crânienne, disjointes, mais non brisées, avaient glissé les unes sur les autres. Il s'agit donc non pas d'une chute, ainsi que le prétend l'accusé, mais d'une pression attentive et robuste. L'hypothèse d'un homme qui aurait cherché à étouffer sous un oreiller cet enfant pour l’empêcher de crier me paraît la plus plausible.
C'est sur ce témoignage, comme aussi sur le réquisitoire de l'avocat général Falco que jury, résistant à l'émouvant appel de M° Raymond Hubert, prononça peine capitale.
Or on sait maintenant, très exactement, ce qui s’est passé. Il me semble d'ailleurs inutile de révéler plus avant comment on l'a appris, parce qu’il faudrait écrire le nom d’autres enfants, déjà assez grands pour comprendre, et qui ont assisté par hasard à cette tragédie.

La vérité, la voici. Moyse n'a pas étouffé son fils sous un matelas ou sous un oreiller. Il s'y est pris de façon Infiniment plus atroce. Un soir, vers le 12 décembre, déçu de n'avoir pas reçu de Marie Tanneau l'argent qu'il attendait, il fit descendre avec lui le bambin à la cave. Là, Il quitta son veston et, d'un geste rapide, il le jeta sur la tête du petit Maurice, et serra de toutes ses forces, afin de l'asphyxier. Il n'y parvint longtemps pas et alors recourut aux fameuses compressions constatées  par le docteur Paul… C'est-à-dire qu'il plaça la tête de la victime entre le chambranle et la porte et qu'il appuya de tout son poids contre le battant !

C'est effroyable !

Eugène Quinche - Le Petit Parisien, n° 22 340 du 30 avril 1938

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Exécution capitale. - Ce matin, a été exécuté, boulevard Arago, Frédéric Moyse, assassin de son fils, Maurice, dont le cadavre fut trouvé, le 1er janvier 1936, au carrefour de la Belle-Épine. Le condamné a demandé à entendre la messe et au cours de l'office n'a cessé de se lamenter.
Pendant que l'on procédait à sa toilette, il injuria le bourreau ainsi que les autres personnes présentes, sans oublier son avocat qu'il accusa de l'avoir trahi. Ayant refusé la cigarette rituelle, Moyse réclama plusieurs verres de rhum. Ce n'est pas sans peine qu'on réussit à le faire monter dans le fourgon et, pendant le court trajet, il ne cessa de crier : « Non, je ne veux pas. » Lorsque le funèbre véhicule s'arrêta, il déclara qu'il ne descendrait pas si on ne lui bandait les yeux. Donnant une entorse à la loi, mais pris de pitié, M° Raymond Hubert arracha un morceau de la chemise de Moyse et le lui enroula autour de la tête. C'est une loque hurlant de terreur que les aides jetèrent sur la guillotine.

Le Temps, n° 27 992 du 1er mai 1938

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Frédéric Moyse, assassin de son enfant, a été exécuté samedi

Frédéric Moyse est mort, samedi matin à l'aube, avec autant de lâcheté qu'il avait mis de cruauté à étouffer son fils de six ans, dont le cadavre avait - on s'en souvient - été retrouvé le 1er janvier 1936 au carrefour de la Belle-Épine, sur la route de Choisy à Versailles, et identifié seulement dix mois plus tard.

Dès son réveil, le condamné dont la grâce avait été rejetée par le président de la République se mit à insulter ses gardiens :
Vous m'avez trahi ! lança-t-il à l'avocat général Falco ; à M. de Girard, juge d'instruction ; au docteur Paul, médecin-légiste, ainsi qu'à M. Roches, commissaire divisionnaire à la police judiciaire, et même à son défenseur, M° Raymond Hubert, dont le visage trahissait t'émotion.

Il fallut plus d'un quart d'heure pour l'habiller, et lorsque le fourgon sortit de la Santé, il ne contenait qu'une loque humaine, qui, malgré force rasades de rhum, exigeait qu'on lui bandât les yeux.
Il fallut le traîner jusqu'à l'échafaud. À 5 h. 15, le couperet interrompit ses vociférations.

Le Matin, n° 19 763 du 2 mai 1938

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MessageSujet: La mise à mort du "matador" - Frédéric Moyse   Lun 6 Fév 2012 - 10:43





1er janvier 1936. Le corps d'un petit garçon au crâne fracassé est retrouvé en région parisienne, au carrefour de la Belle-Épine. Qui est-il ? Que lui est-il arrivé ? L'enquête s'amorce et hystérise la France entière. Il faudra attendre plus de huit mois pour qu'un indice sérieux apparaisse au milieu des délations, des soupçons, des fausses pistes : Marie-Louise Tanneau n'a pas vu son fils depuis plus de deux ans. Il a été confié à son ancien amant, le père de l'enfant, Frédéric Moyse, un ancien matador devenu concierge. Le personnage est fantasque et fier. Mais est-il coupable ? Si oui, l'homme sera condamné à mort.

J'ai toujours aimé les thrillers et les romans policiers et, j'ai été curieuse de lire ce livre. Le fait qu'il soit inspiré de faits réels m'a donné envie de le découvrir et surtout de savoir comment l'auteur raconterait son histoire. Le titre me paraissait farfelu, et la couverture ne m'inspirait pas spécialement et pourtant... Je ressors de ce livre à la fois bouleversée par son histoire et séduite par la manière dont l'auteure l'a racontée.

L'intrigue repose ici sur la découverte du corps d'un enfant dont personne ne connaît l'identité, ni ce qui a bien pu lui arriver. L'originalité repose dans les faits qui sont réels et qui confèrent au récit une atmosphère encore plus sombre, plus macabre qu'elle ne l'est déjà. Les personnages principaux sont Frédéric Moyse et sa femme Marie-Augustine. Là où l'un possède un physique avantageux, l'autre au contraire, est très laide. Au-delà de cette disparité dans leurs apparences, ils sont aussi détestables l'un que l'autre.

Ils m'ont tour à tour horrifiée, révoltée et dégoûtée. En plus d'être un coureur de jupons invétéré, Moyse est aussi un prétentieux mythomane, violent et alcoolique. Sa femme, quant à elle, est une bougonne tout aussi alcoolique que son mari et qui lui est soumise. Je ne sais pas quels adjectifs utiliser pour vous dire à quel point je les ai haïs de toutes mes forces. D'autres personnages gravitent autour d'eux, tels que les agents de police, les avocats et autres membres de la justice française, mais aussi la mère biologique de l'enfant retrouvé mort. Cette femme m'a beaucoup touchée par sa combativité et son courage.

J'ai vraiment été émue par tout ce qui lui est arrivé. L'histoire se déroule en région parisienne entre 1936 et 1938. Le narrateur est l'auteur et j'ai apprécié sa façon de nous raconter l'histoire. Il a su trouver les mots justes et simples pour nous raconter cette histoire absolument horrible et le destin insoutenable de l'enfant de la Belle-Épine. Son vocabulaire est riche tout en restant compréhensible par tout type de lecteurs. Sa plume est fluide et le livre se dévore d'une seule traite. L'auteur ne se perd pas en descriptions inutiles, il nous livre les faits, les rebondissements de cette histoire et le tout avec une grande qualité.

Malgré le tragique de cette histoire inspirée de fait réels qui m'a beaucoup touchée, j'ai passé un très bon moment de lecture et je recommande ce livre à tous les fans de thrillers ou autres romans policiers. L'auteur s'est spécialisé dans l'étude des faits divers et a écrit d'autres livres sur lesquels je vais certainement me pencher.

Éditeur : Max Milo - Prix : 18 € - Date de parution : 26 janvier 2012

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MessageSujet: Le matador tortionnaire   Jeu 9 Fév 2012 - 14:38

Merci Adelayde .J 'ai trouvé les commentaires radiophoniques de l'auteur extrêmement pertinents et avisés notamment sur le contexte social et politique de l'affaire MOYSE.

Le journaliste Marcel Montarron dans "Tout ce joli monde "rapporte son témoignage sur l'exécution du bourreau d'enfant à laquelle il assista.
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MessageSujet: A propos du livre "La mise à mort du matador"   Mer 29 Fév 2012 - 14:23

Bonjour à tous. J'ai lu le livre de Bernard Hautecloque, après avoir écouté l'émission sur RTL.
Vraiment formidable. Je le recommande à tous, en particulier aux amateurs de faits divers. Même chose pour sa Violette Nozière, parue il y a un peu plus d'un an.
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Mar 10 Sep 2013 - 15:41





Pauvre, pauvre petit !   Sad

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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Mer 11 Sep 2013 - 12:08

Quelqu'un sait il pourquoi il était surnommé "le matador" ?
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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Mer 11 Sep 2013 - 12:42

Panoramix a écrit:
Quelqu'un sait il pourquoi il était surnommé "le matador" ?
Adelayde a écrit:

L'heure du crime du 30 janv. 2012 - Le mystère de La Belle Épine.

Jacques Pradel revient sur l’histoire de ce prétendu matador qui massacra son enfant de 5 ans pendant les fêtes de 1936.


http://www.rtl.fr/emission/l-heure-du-crime/ecouter/l-heure-du-crime-du-30-janv-2012-le-mystere-de-la-belle-epine-7742900816

Bonne écoute…    Sad
Jacques Pradel donne la réponse dans son émission (7’ 15 environ)

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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Dim 19 Oct 2014 - 16:13



N°497. 5 mai 1938.
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MessageSujet: LE RETOUR DE MERCATTORE...   Dim 19 Oct 2014 - 18:03

Salut et Fraternité, mon cher Mercattore... flower
Dire que suis heureux de vous revoir est en dessous de la vérité
A bientôt pour de nouvelles aventures !
Bonne soirée, et toutes mes amitiés
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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Dim 19 Oct 2014 - 20:33

Salutas Pierrepoint ,

Fait-t-y bien beau dans cette Manche que j'ai aimée ?
Doucement sur le Calva... quand même !
sunny
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Gaëtane
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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Lun 20 Oct 2014 - 8:18


Heureuse de vous lire à nouveau Cher mercattore

Bonne journée à vous

Image d'automne. Photo de la base de loisirs située près de chez moi sunny Wink


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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Lun 20 Oct 2014 - 12:24

mercattore a écrit:
Salutas Pierrepoint ,

Fait-t-y bien beau dans cette Manche que j'ai aimée ?
Doucement sur le Calva... quand même !
sunny
Un grand bonjour du 5-0, mon cher Mercattore !
Côté météo, c'est bizarrement chaud...on aurait même vu des mères de famille plus que dévêtues sur la plage de Jullouvile, c'est dire... pig
Côté calva, je suis des plus raisonnables, par contre, côté champs de courses, il y a des progrès à faire !
Si vous voulez un tuyau pour ce soir à Cabourg, ne pas hésiter à me contacter
Bien à vous, et, encore une fois, bravo pour vos nouveaux posts !
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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Mer 22 Oct 2014 - 20:34

Bonjour Gaëtane, sunny

De même pour moi. Toujours de superbes paysages. Cela me rappelle le temps où je crapahutais par tous les temps... C'était chouette.
A bientôt.
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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Mer 22 Oct 2014 - 20:44

pierrepoint a écrit:
mercattore a écrit:
Salutas Pierrepoint ,

Fait-t-y bien beau dans cette Manche que j'ai aimée ?
Doucement sur le Calva... quand même !
sunny
Un grand bonjour du 5-0, mon cher Mercattore !
Côté météo, c'est bizarrement chaud...on aurait même vu des mères de famille plus que dévêtues sur la plage de Jullouvile, c'est dire... pig
Côté calva, je suis des plus raisonnables, par contre, côté champs de courses, il y a des progrès à faire !
Si vous voulez un tuyau pour ce soir à Cabourg, ne pas hésiter à me contacter
Bien à vous, et, encore une fois, bravo pour vos nouveaux posts !


Je ne joue plus aux courses, Pierrepoint. En 67, j'ai raté le tiercé parce que je ne m'étais pas réveillé pour valider le ticket. Je me souviens des bourins : Le Royal II, Silanus, Rapporteur. Le rapport était de 100 000 francs. Ma mère (joueuse) avait partagé la mise avec moi. Pas très contente, la mother.
Connaissez-vous le poiré ? Si oui, votre avis, please ?
A bientôt.
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Mer 22 Oct 2014 - 21:45

Une excellente critique de "La mise à mort du matador" (Bernard Hautecloque)

Si vous vous piquez d'écrire ou êtes simplement un lecteur averti, il vous faut vous précipiter sur ce petit livre (185 pages) publié aux Editions Max Milo. La mise à mort du matador n'est pas un roman, mais c'est tout comme tant il est bien écrit et composé. L'auteur, Bernard Hautecloque, qu'on avait déjà croisé (sans le remarquer) en tant que « biographe », il y a deux ans, de la célèbre empoisonneuse Violette Nozière, y présente la formidable aventure du concierge mythomane et assassin Frédéric Moyse.

Si vous êtes normalement constitué, pas trop érudit et pas un spécialiste de l'histoire des années 30, ce nom ne vous dit rien. Frédéric Moyse est un type assez détestable qui a été exécuté (tout condamné aura la tête tranchée) pour avoir tué son fils, chez lui, puis l'avoir lâché un jour de Noël, tout nu et mutilé, au bord de la nationale. Fait divers assez banal, me direz-vous, et surtout pour l'époque : une correction qui tourne mal et lâcheté aidant.... Pas seulement, le travail de Hautecloque sur l'époque est passionnant, remarquable dans sa concision et sa précision. Et puis le personnage de Moyse, de sa folie et de son érotomanie est si bien mené qu'on en a encore des frissons dans le dos.

L'auteur part de la découverte du corps et de la longue quête qui mène à son identification, quasiment un an plus tard. On suit alors les pas de sa mère, une pauvre fille séduite par ce concierge qui prétend avoir eu en Espagne et en Amérique du Sud une brillante carrière de torrero alors qu'il a vécu comme petit gigolo sur la Côte d'Azur. Avec le destin de la mère, on se croit chez Zola, au coeur de la misère sociale et affective. Les enfants sont des poids qu'on met en nourrice. Il y a des bonnes et des servantes, des patrons plus ou moins sympas, la morale du temps qui pèse sur les épaules mais déploie également sa géométrie variable. Et irrémédiablement, lorsqu'il débarque pour son premier interrogatoire avec femme et enfants, la figure invraisemblable de Moyse, l'homme haï mais qui multiplie les conquêtes, l'homme qui joue l'effondrement mais n'aura jamais un remords, celui qui feint de savoir et ne comprend rien à rien. Derrière le fait divers qui reste l'un des plus forts de la période 1936-1938, Hautecloque propose une vraie leçon de narration pour ce whodunnit (kilafé ?) changé par la suite en portrait d'assassin. L'exercice n'est pas simple. On a vu que Régis Jauffret, avec une matière autrement plus originale, s'y perdait un peu. Ceux qui ont fait l'affaire Fofana n'ont pas eu le talent et le positionnement aussi strict et sévère qu'Hautecloque qui choisit le traitement idéal : celui de l'historien, un brin expansif, pas lyrique, mais expressif, pour emballer l'affaire.

La mise à mort du matador se termine avec brio par l'évocation des derniers instants du meurtrier. On y est aussi, dans la petite carriole à cheval qui le mène au billot. On entend ses cris, ses pleurs, ses menaces. Les manières de l'historien parviennent à nous rendre l'intensité et la détresse du moment avec une acuité rare. On peut aimer les écrivains qui en jettent un peu plus ou pratiquent la broderie. Ceux qui y connaissent quelque chose savent que les Hautecloque ont plus de mérite que les autres. Il faut lire la mise à mort du matador ou ne plus lire du tout.
 

http://fluctuat.premiere.fr/Livres/News/La-mise-a-mort-du-matador-j-adore-3247424

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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Dim 9 Nov 2014 - 23:44

Joseph-René Piguet.

Brigadier à la P-J (brigade spéciale), il assista au cours de sa carrière à plus de 15 exécutions capitales. Dans le magazine DÉTECTIVE (*), du 5 mai 1938, n° 497, il écrivit un article sur l’exécution de Moyse, à laquelle il assista. En  voici la transcription intégrale.
A remarquer : la réflexion sur la guillotine « c’est la plus petite, celle du voyage ».

* Il en était devenu le collaborateur.

_________________________

Mon dernier Criminel
par Joseph-René PIGUET

Dès que la porte de sa cellule
fut ouverte,  Moyse avait compris…
Dans toute ma carrière, je n’ai entendu
un condamné à mort pousser
de tels hurlements !…


Il était sans doute écrit  que mon dernier « client », Moyse, l’assassin de la Belle Épine serait exécuté le matin même de ma dernière journée de présence à la police judiciaire, et que ma présence  à cette exécution constituerait, après vingt-six années de service, le dernier acte de ma fonction.

« Comme cela, tu ne laisseras rien derrière toi », m’a dit mon camarade Massu, le chef actuel de la brigade volante, auquel nous devons avoir obtenu, M. Guillaume et moi, les aveux de la femme de Moyse, dans la nuit qui suivit l’arrestation de son mari… Nuit d’interrogatoire tragique… On procédait, cette nuit-là, dans Paris, à des exercices de défense passive. La femme de Moyse avoua qu’elle reconnaissait la photo du petit cadavre de la Belle Épine au moment même où les sirènes s’étant mises à mugir, toutes les lumière s’étaient éteintes…
Cela se passait en octobre 1936. Dix-huit mois après, j’allais assister à l’épilogue  de cette affreuse histoire.

La guillotine va dresser ses bras…

J’arrivais bd Arago vers 2 h.30. Les inspecteurs Savary, Richard et Lesigne, qui m’avaient secondé avec tant de dévouement dans cette affaire, étaient déjà là. Ils allaient, eux aussi, suivant la coutume en usage à la Brigade du Chef, assister à l’exécution de « leur client »…
Aussi surprenant que cela puisse paraitre,  je dois avouer que je n’avais jamais assisté au montage de ce qu’il est convenu d’appeler « la sinistre machine », car je me rendais d’habitude directement à la prison à l’heure du réveil, en compagnie du chef de la brigade spéciale et des magistrats. Les « décors étaient alors déjà plantés.

C’est donc avec une curiosité toute fraîche que je me mis à observer cette nuit-là, le montage de la guillotine. Il était 3 h.15, le bd Arago  était déjà occupé par le service d’ordre. Des gardes mobiles avaient pris position le long du mur de la Santé. Il faisait assez froid.
Vers 3h.30, un camion de la préfecture de police vint se ranger le long du trottoir. Il apportait les barrières de bois que l’on dispose de chaque coté de l’échafaud pour maintenir l’assistance. Un employé prit même la précaution de les épousseter avant de regagner son camion. Les agents se placèrent alors derrière chacune de ces barrières, doublés par une section de garde mobiles. C’est ce service d’ordre qui limite l’enclos long de douze mètres où aura lieu le supplice.
A 4 heures, un fourgon noir, traîné par un cheval blanc, s’arrête à son tour devant cet enclos. On apportait les bois de justice. Quatre hommes descendirent  et déchargèrent des madriers, des poutres, une caisse paraissant contenir de la ferraille et disposèrent le tout le long des barrières. Le montage allait commencer.

Un silence pesant

Chaque aide connait exactement son travail. Tout s’exécute sans heurt et dans un silence impressionnant. Personne ne parle. Voici d’abord les deux grosses traverses en bois disposées en croix sur le sol et calées minutieusement au niveau. Il semble qu’on va monter là-dessus un petit manège. Ce n’est que lorsque sont dressés les deux bras à glissières garnies de cuivre, et surmontés d’un lourd fronton contenant le déclic du couperet, que l’on commence à voir se dessiner  la silhouette de la sinistre Machine.

Du reste, à partir de ce mode cet instant, la fin de l’assemblage s’opère rapidement. Les deux parties de la lunette sont jointes, la lourde lame est boulonnée au bélier, la corde est placée, ainsi que le panier dont on relève le couvercle. Derrière la machine on dispose le récipient en tôle, semblable à une baignoire d’enfant, qui recevra la tête du supplicié. Les aides rangent les objets ayant servi au montage ainsi que les cales inutilisées. L’ouvrage est prêt.
C’est alors qu’un petit vieillard à barbiche qui se trouvait dissimulé derrière le service d’ordre, fait une entrée dans l’enclos. C’est M. Deibler.

Il s’approche de la machine. Le couperet est alors hissé en haut des bras, prêt à retomber. M. Deibler regarde sa montre et suivi de trois aides se dirige vers la prison afin de prendre livraison  du condamné, à l’heure légale. Le service d’ordre se détend quelques minutes. Les officiels, les gardes, les correspondants de journaux échangent des réflexions. A ceux qui, pour la première fois, assistent à une exécution capitale, les vétérans indiquent la meilleure place pour observer tel et tel détail. Certains déclarent d’un air entendu :
Tiens, ce n’est pas la même machine, c’est la plus petite, celle du voyage.

Mais tous ceux qui sont là et qui tout à l’heure écarquilleront les yeux pour ne perdre aucun détail, n’emporteront le souvenir que d’images confuses. Tout est trop rapide… La partie vraiment tragique ne se joue pas devant la guillotine, mais à l’intérieur de la prison, et, aujourd’hui plus que jamais, je m’en suis rendu compte… Ceux qui, comme moi, ont vécu les minutes qui ont précédé l’exécution de Moyse, n’en perdront pas de sitôt le souvenir. Je vais vous les retracer l’un après l’autre.

Une hantise : l’heure

Il est 3 h.30. La porte de la prison s’ouvre pour laisser passer Me Raymond Hubert. L’avocat de Moyse, malgré tout son talent et son dévouement, n’a pu obtenir la grâce du président. C’est la première fois de sa carrière qu’il accompagnera un condamné à mort jusqu’à l’échafaud. Son collaborateur, Me Jacques Rosselli est à ses cotés.
— C’est mon premier, Piguet, me dit-il, très pâle.
Je n’ose pas lui dire que, moi, c’est « mon dernier » et que je ne suis pas mécontent, et je pressens trop ce qui l’attend avec un client tel que Moyse. Il est capable au dernier moment d’accuser du crime sa femme, afin de retarder même de quelques instants le châtiment. En tout cas, j’ai l’impression que ça n’ira pas tout seul.

Voici, à leur tour, MM. Laurent et Falco, représentant le procureur de la République, M. de Girard, juge d’instruction qui instruisit cette affaire. Lui aussi va être à rude épreuve. Son greffier Combaluzat, porte le volumineux dossier de l’affaire en prévision de révélations in extremis. Et voici M. Meyer, directeur de la police judiciaire, M. Roches, chef de la brigade spéciale et M. Massu.
Dès notre arrivée dans la première cour on aperçoit le fourgon qui emmènera le condamné au supplice. L’arrière de la voiture est placée contre l’entrée du bâtiment de détention, la petite échelle qui permet d’accéder à l’intérieur du fourgon est déjà accrochée, les portes déjà ouvertes. On aperçoit à l’intérieur de la voiture sombre, la lueur d’un lumignon.

Dans le grand bureau dictatorial les officiels attendent le moment du réveil. C’est un calcul où interviennent les secondes. Le docteur Paul cite une anecdote : L’avocat général Gaudel, s’étant aperçu un jour qu’un condamné avait été réveillé trop tôt, avait voulu donner l’ordre d’avancer l’exécution, mais Deibler refusa d’opérer avant le lever du jour, conformément à la loi.

Moyse dormait sa dernière nuit

On apprend par le gardien-chef que Moyse dort profondément. J’ai, du reste, toujours remarqué que les condamnés à mort dormaient profondément au moment du réveil, je ne pense pas que cette torpeur soit le fait d’un narcotique, mais si cela était, je trouverais cela très humain et presque nécessaire.
L’attente se prolonge. On évoque le nom de ceux qui ont expié dignement et courageusement.
On rappelle Gaucher (Georges Gauchet) qui refusa dédaigneusement le verre de rhum et les cigarettes, et je pense en moi-même, connaissant bien Moyse : on va voir dans quelques minutes si tout se passe dans la même atmosphère de résignation, d’autant plus que j’avais observé dans le petit parloir de droite un petit autel dressé devant un tabouret… Le condamné allait probablement entendre la messe, ce qui, à mon avis, allait prolonger d’un quart d’heure pour le moins la scène des préparatifs.
Et ce que représentent quinze minutes pour l’homme promis au bourreau !…
Je crois que l’église devrait remplacer la messe des condamnés à mort par une bénédiction plus rapide.

4 h.15. C’est l’instant prévu. Le directeur de la prison fais signe que le moment est venu d’aller le réveiller. Précédé du gardien-chef et de deux autres gardiens dont l’un est porteur du petit ballot d’effets dont on va revêtir Moyse, notre petite troupe se met en marche, silencieusement.
— Faites attention, ne marchez pas sur les tôles qui se trouvent à terre du coté gauche des galeries. Le bruit pourrait le réveiller, dit un secrétaire.
Le quartier des condamnés à mort est éloigné de l’entrée de la prison, mais le chemin est parcouru rapidement. Tout le monde marche vite, surtout les gardiens chaussés spécialement pour éviter le bruit. Un de leurs collègues, celui qui est de garde cette nuit-là, est déjà devant la porte de la cellule, la clé à la main. D’un coup de main rapide, mais forcément bruyant, il ouvre la porte… Les deux autres gardiens se précipitent… Ils se jettent sur Moyse à l’instant même où  Me Raymond Hubert apparait sur le seuil…

Quand la bête humaine hurle

Alors, ah ! alors dans toute ma carrière je n’ai entendu de tels cris et de tels hurlements. Cris de haine et de terreur… Hurlements de bête traquée… Me Raymond Hubert ou le procureur ont-ils prononcé la phrase traditionnelle : « Votre pourvoi est rejeté ? Moyse l’a-t-il entendue ? J’en doute, car dès le tour de clé, dès la ruée des gardiens, il avait compris… Il avait compris que l’heure de l’expiation avait sonné. La veille encore, il écoutait ses gardiens lui dire que tout espoir n’était pas perdu. Pieux mensonges ! Tout le monde, déjà, savait que sa grâce avait été rejetée, que la pitié avait été refusée au monstre qui avait tué son enfant en pressant la tête du malheureux gosse entre le chambranle et la porte et en appuyant de tout son poids contre le battant. Car cet effroyable détail m’a été révélé tout à l’heure.

Moyse m’apparait maintenant entre ses gardiens qui l’habillent, tel qu’il m’était apparu lors de la reconstitution dans la scène du drame, dans la cave de l’immeuble, lorsqu’il gesticulait en imitant la prétendue chute de l’enfant ; tel que je l’avais vu, la nuit de son arrestation, alors qu’il nous accusait d’avoir maltraité sa femme pour lui faire reconnaitre que l’enfant nu de la Belle Épine était son fils, tel que je l’avais vu aux assises, tandis qu’il accusait faussement l’une de ses maîtresses déposant à la barre, et, malgré ses hurlements de détresse, je ne me sens saisi d’aucune pitié.
Vous êtes des hypocrites, dit-il aux gardiens qui lui avaient caché la vérité.
Je ne veux pas ! Je ne veux pas ! clame-t-il, s’adressant à ses défenseurs. Vous aussi, vous m’avez menti.

Un prêtre, remplaçant l’aumônier de la prison, n’a pas plus d’influence pour le calmer. On a cependant réussi à le revêtir de ses effets. Les gardes ont lacé ses souliers. Le prêtre a quitté la cellule pour se rendre rapidement vers son autel improvisé. Cette scène a duré six minutes. Six minutes que laissent prévoir que les minutes qui vont suivre seront encore plus tragiques.
Le moment du départ de la cellule est arrivé. Deux gardiens saisissent Moyse sous l’épaule et à l’avant-bras. Solidement maintenu, presque traîné, presque porté, Moyse traverse les deux longues galeries conduisant au greffe et au grand parloir, où est disposé l’autel. On l’emmène presque au pas de course. Et les sinistres hurlements, alternant à des invectives à l’adresse des personnes présentes, continuent et vont jusqu’à troubler jusqu’au fond de leur cellule les condamnés.
 Quels hommes vous êtes, infâmes, je vous hais, je vous maudis, vous et vos femmes ! vocifère-t-il. Ou est le juge d’instruction, c’est un mauvais juge. Où est-il celui-là ?

On ne s’attendait pas à un tel vacarme. Les gardiens placés dans les postes de vigie se tiennent en alerte pour parer à toute éventualité. D’autres observent par les judas les réactions de leurs prisonniers.

Dieu… L’éternité…

Le bâtiment de « détention » est enfin traversé. Moyse, toujours maintenu par ses gardiens, arrive devant l’autel improvisé où va être célébré la messe. Le prêtre, sans assistant, a déjà commencé l’office, revêtu de ses ornements sacerdotaux. Moyse est placé devant un petit escabeau. Il se tient debout prés de ses défenseurs. Sur la demande de M. Raymond Hubert, ses gardiens l’on lâché, mais se tiennent à proximité. On entend, dans le silence, marmonner l’officiant. Nous, nous sommes massés prés des grandes grilles du parloir.
Moyse a déjà réclamé par deux fois du rhum. Il lui a été refusé, car, puisqu’il entend la messe, il doit communier à jeun. Il ne cesse de d’agiter sur son escabeau. Ses lèvres remuent un instant, comme s’il priait, puis ses cris redoublent :
Vous ne m’avez pas dit la vérité, , s’écrie-t-il en regardant Raymond Hubert.  Vous ne m’avez pas dit qu’ils viendraient, les bandits, couper la tête au petit Frédéric. Je veux voir le juge et ce Piguet, et ces témoins, ah ! ces témoins.
Puis, se retournant brusquement vers notre groupe
Et tous ces hommes, toutes ces têtes ! Sauvez-moi !

Nous nous regardons tous, assez pâles. J’aperçois M. de Girard, le juge, qui cherche à se dissimuler pour que Moyse ne l’aperçoive pas.  Et moi-même,  je m’efforce, pour ne pas trop exalter la fureur du condamné, de ne pas trop me montrer. Il ne s’agissait ni de pitié, ni d’angoisse, mais de gène… une gène pesante qui pesait sur nous.
Moyse, soyez courageux, vous êtres chrétien,  priez, priez ; tenez, priez avec moi,[/b] l’exhorte Raymond Hubert qui l’invite à s’agenouiller. J’entends la voix du défenseur : « Notre père qui êtes aux cieux. »  Il me semble bien aussi entendre cette même phrase sur les lèvres de Moyse, mais soudain il explose encore :
Non je ne veux pas y aller, du reste on n’avait pas le droit de me condamner à mort, il n’y avait pas de préméditation… Bandits infâmes ! J’ai écris au procureur il y a trois jours, vous n’avez pas le droit, je vous maudis tous !…
Oh Moyse ! Quelle phrase terrible vous venez de prononcer. Pas de préméditation et vous qui vous proclamiez innocent !
Et puis, continue-t-il, ma femme est également innocente.
Voila un point acquis. On avait craint un moment  que, dans sa lâcheté, il ne dénonçât sa femme pour faire retarder l’exécution..; Et ses cris continuent. La messe dure quatorze minutes…Raymond Hubert demande au prêtre d’abréger la messe et de donner la communion à Moyse.
Il se rend compte qu’il ne pourra pas tenir plus longtemps dans cette atmosphère de surexcitation.
L’hostie est donnée aussitôt. Au cliquètement des burettes sur son calice, on comprend l’émotion qui étreint le prêtre.
Maintenant, on peut te donner du rhum, fit le gardien à Moyse, qui avale d’un trait le contenu du verre pour en redemander de suite un autre, avant de reprendre ses cris de fureur et ses imprécations.

La funèbre toilette

Toutefois, avant la fin de l’office, Deibler et ses aides sont arrivés devant le greffe, à droite. Un tabouret a été préparé pour le toilette du condamné. La salle où se trouve Moyse est située à environ quatre mètres. On entend toujours ses cris rauques, mais ils ne semblent pas troubler l’exécuteur qui, impassible, ne tourne même pas la tête, et va prendre sa place derrière le tabouret. Un de ses aides, plus curieux, se détache et va observer une seconde le futur supplicié qu’il n’aperçoit que de dos. Peut-être est-il venu simplement se rendre compte de la corpulence et de la chevelure du condamné.
Qu’il se rassure, Moyse n’est pas comme Gorguloff un géant, au cou enfoncé dans les épaules.
Il est de petite taille. Sa barbe de plusieurs semaines forme autour de son visage blême un sombre collier. Il n’a pas dû se faire raser depuis sa condamnation, il y a cinq mois…

Comme tous les condamnés à mort, il a beaucoup écrit dans sa cellule : son défenseur me montrera tout à l’heure de naïfs poèmes, qu’il lui dédicaçait, et où il célébrait sous forme d’acrostiches, les vedettes du barreau parisien.
Mais la livraison du condamné est consommée.
Moyse est maintenant sorti du parloir, il est amené près du tabouret, où on le fait asseoir, en lui ramenant les deux mains derrière le dos. Les aides de Deibler l’entourent, se saisissent de ses mains qui sont aussitôt ligotées. Les gardiens s’éloignent, Moyse appartient au bourreau.
Oh ! c’est vous, le bourreau ! s’écrie Moyse terrifié, [vous êtes laid, et vous autres, vous avez des sales têtes… Non, je ne veux pas, je vous dis, je ne veux pas. Donnez-moi du rhum… Monsieur le gardien-chef, ils ne veulent pas me donner du rhum, faites m’en donner, je vous bénirai, du reste y en a encore… Oh ! là, vous le faites mal. Vous savez, les gardiens ont été bons pour moi, donnez-moi encore du rhum !…

Il crache la cigarette qu’il a demandée mais qu’il n’a pu allumer. On lui donne à nouveau du rhum, il a vidé la bouteille. La peur lui fait claquer les dents.
Maître Raymond Hubert, venez, venez, on me donne des coups de ciseaux dans le dos.
C’est l’aide de Deibler qui, avec des ciseaux, échancre le col de sa chemise. C’est la dernière opération de la toilette. Dès l’arrivée du condamné, et en somme au moment où il en prend possession, Deibler a déja signé la levée d’écrou dans le bureau voisin. Placé près du tabouret, le bourreau ligature les poignets derrière le dos. Cette opération n’est pas douloureuse, mais on attache ensuite les deux coudes que l’on serre fortement pour les réunir ensemble le plus près possible, ce qui dégage le cou. Pendant ce temps, l’autre aide entrave les deux chevilles, en laissant un intervalle de 60cm pour permettre au condamné de marcher à petits pas. La toilette terminée, Deibler se rend seul près de la guillotine et attend l’arrivée du fourgon amenant le condamné.

Les aides ont maintenant saisi Moyse. Le prêtre est déjà monté dans le fourgon. Moyse, toujours criant et hurlant, est hissée dans la funèbre voiture, où Mes Raymond Hubert et Jacques Rosselli prennent place à leur tour. On glisse la petite échelle à l’intérieur, les portes se referment. Les officiels sortent les premiers pour se rendre à pied boulevard Arago. Le fourgon va démarrer.
Dans le fourgon, les cris redoublent. Moyse n’est plus qu’une loque. En vain, ses défenseurs et le prêtre s’efforce de l’exhorter au calme… Mais il continue à hurler :
— Je ne veux pas voir votre guillotine, non, je ne veux pas. Bandez-moi les yeux, je veux qu’on me bande les yeux. Je ne veux pas mourir.
Il s’adresse même à l’un des aides :
Est-ce que cela fera mal, dites, qu’on me bande les yeux, sinon je ne marcherais pas.[/. Par pitié, Me Raymond Hubert attache en bandeau sur les yeux de Moyse le mouchoir de son collaborateur Jacques Rosselli… Le conducteur du fourgon fait trotter les chevaux. Il faut en finir.
Maître, dit un aide en montrant le bandeau, peut-on le faire ? Et la loi ?
— La loi me pardonnera
, répond l’avocat.
La voiture vient de s’arrêter. Moyse s’écrie :
Oh ! on s’arrête, non ! Je ne veux pas.

Un jet de sang, un homme est mort

L’arrière de la voiture se trouve à trois mètres de la planche basculante. Un aide vient aussitôt près des portes, et ordonne à celui qui se trouve à l’intérieur d’ouvrir. Mais on entend toujours les cris de Moyse : « Non ! Non ! ». On dirait des cris de bête conduite à l’abattoir. Oh ! quelle scène atroce ! J’ai beau être un vieux dur à cuire, j’ai eu beau assister à plus de quinze exécutions, je n’ai jamais rein vu, je n’ai jamais rien entendu de si dramatique. Les assistants, glacés d’effroi par ces cris sinistres, paraissent verdâtres dans l’aube blême. Les lampadaires du boulevard Arago s’éteignent, les portes du fourgon sont ouvertes. Un aide place l’escalier.
On voit descendre le prêtre qui, bouleversé, s’éloigne à grand pas.

Et voici qu’apparait, cassé en deux, porté par les aides, Moyse les yeux bandés par le mouchoir dont une pointe lui tombe sur le nez. Il hurle encore :
« Non, je ne veux pas ! je ne veux pas !
C’est à genoux qu’il tombe devant la guillotine. On le relève. Il faut encore le maintenir sur la planche où il a été basculé. Il y a comme un temps d’arrêt. Enfin, le couperet tombe.
En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, la tête a été rejoindre, dans le panier, le corps du supplicié.
Il s’est écoulé neuf minutes de la toilette à l’exécution.
Déjà, la prise d’eau est branchée. Un jet puissant balaye l’emplacement où le sang a giclé. Les aides revêtent leurs cottes bleues pour procéder au démontage. La voiture de M. Roches, chef de la brigade spéciale, vient de prendre place devant le fourgon pour accompagner le corps au cimetière.

Le jour s’est levé maintenant.
Le vie renait de toutes parts. Dans l’alignement grisâtre des façades, les devantures de bistrots qui s’ouvrent forment des taches lumineuses. Les arroseuses municipales se croisent avec la voiture du bourreau.
Au carrefour de la place d’Italie, un consommateur qui est en train de prendre un petit jus matinal, sur le zinc, se retourne au moment où passe le cortège, regarde, intrigué, et soudain comprenant de quoi il s’agit, lance dans notre direction :
— Bande de vaches !
Ce qui ne trouble en rien l’allure tranquille de la sombre voiture qui s’éloigne en grinçant sur les pavés.
Les morts aujourd’hui vont vite. Mais les suppliciés vont encore mourir au trot d’un vieux cheval poussif. Et c’est au trot de ce même cheval qu’ils vont au champ de l’éternel repos.
Le fourgon et son escorte suivent la populeuse route de Fontainebleau, puis, bientôt tournent à gauche, pour atteindre la porte sud du cimetière d’Ivry, où se tiennent, pour le recevoir, le commissaire de police de la circonscription et le conservateur dudit cimetière.

Le carré des suppliciés n’est pas très éloigné de la porte sud. C’est un petit espace nu et recouvert de sable, bordé au fond par le mur de clôture du cimetière. Rien, en temps ordinaire, ne le distingue à l’attention du public. Et pourtant, c’est qu’ici qu’a lieu, depuis des années, l’inhumation provisoire de tous ceux a qui l’on a tranché la tête.
Le fourgon est venu se ranger le long du trottoir, face au petit carré. Les gardes à cheval sont déjà repartis. On a préparé, pour prendre livraison du corps mutilé de Moyse, un frêle cercueil sans poignées, sans ornements, sans plaque d’identité, et fait ouvrir dans l’espace sablé une fosse réglementaire.
Le bourreau est venu lui-même livré le cadavre du supplicié. Il a fait le trajet du boulevard Arago au cimetière d’Ivry, assis à l’intérieur du fourgon, à coté du panier, posé là, comme une malle dans une voiture de déménagement.
Les portes de la vieille guimbarde s’entrouvrent. M. Deibler apparait. Les fossoyeurs s’approchent et descendent la malle en osier sur le bord du trottoir. Les aides en soulèvent le couvercle.

De Moyse, on ne voit d’abord que les bras ligotés derrière le dos. C’est d’abord ce corps sans tête que l’on soulève du panier pour le coucher dans le cercueil. Les pieds, eux aussi, sont encore ligotés. Mais, d’un coup de canif, les fossoyeurs ont coupé les liens du supplicié. Moyse repose maintenant dans l’étroite bière, si étroite qu’il ne semble pas y avoir de place pour la tête, cette tête hirsute, cette tête de cire, zébrée de traits de sang, et qu’un fossoyeur soulève par les cheveux et pose, debout, tout à coté du cou tranché.
On entend maintenant les coups de marteau. On clou le couvercle. tout est-il fini ?
Non, les fossoyeurs vont chercher la malle en osier et vident la sciure coagulée du sang dans la fosse. Il n’y aura que cette sciure dans la fosse que, déjà, on l’a rebouche.
Le corps de Moyse n’ayant pas été réclamé par sa famille, le cercueil qui contient sa dépouille  est porté vers un fourgon automobile : celui de la Faculté de médecine. Cette fois, c’est le dernier acte. Le dernier acte de la mise à mort de l’assassin de son enfant.
Il ne reste plus, de l’affaire de la Belle Épine, que l’atroce souvenir d’un petit enfant battu jusqu’à la mort. De Moyse, le père assassin, il ne reste plus au fond d’une tombe dérisoire, qu’un peu de sciure et un peu de sang.[/i]

_________________________

Joseph-René Piguet.

Suite à un concours de police qu’il passe avec succès, à Paris, en 1912, il fait ses premières classes dans la brigade du Centre, qui le préparera à une entré dans la brigade spéciale, aujourd’hui la Crim’ “ du quai des Orfèvres. En 1913, il est affecté à la garde de Raymond Callemin (*) dans sa cellule de condamné à mort, à la prison de  la Santé. A cette époque, et après la grande guerre, il se “frottera“ plusieurs fois à Serge de Lenz, multi cambrioleur, escroc… largement médiatisé pour ses “coups“, glorifié même par certains, et surnommé abusivement « l’Arsène Lupin de l’entre deux guerres » — Sous l’occupation allemande de 40, Lenz travaillera avec la “Gestapo de Neuilly “ formée par les collabos Van Houten et Rudy de Mérode. Henri Lafont, de la Carlingue, le fera déporter en Allemagne pour avoir voulu “jouer solo“.

Joseph Piguet participe à beaucoup d’enquêtes criminelles, son nom est souvent cité dans les divers quotidiens rendant compte de meurtres, d’assassinats, d’affaires délicates et importantes, particulièrement dans les années 30.
En décembre 1930, la brigade spéciale, avec ses équipes très bien rodées, identifie très rapidement plusieurs auteurs de crimes de sang perpétrés en novembre, et procède à leur arrestation : Robert Jacquemin, étrangleur d’Augustine Mauger, brocanteuse à Maisons-Alfort (condamné en 1932 à 20 ans de travaux forcés et à la relégation), Georges Gauchet, meurtrier du bijoutier Dennenhoffer, avenue Mozart (exécuté fin décembre 1931, bd Arago), Mohamed ben Driss, meurtrier de Juliette Delaure, tenancière d’un bar-restaurant, rue de Ponthieu (exécuté en octobre 1931, bd Arago).
La Brigade comptera parmi ses chefs, le Commissaire Guillaume, le Commissaire Massu, qui furent mêlés à des affaires passées à la postérité, Landru (sans oublier Belin), Stavisky, Petiot etc.

(*) Voir en bas de la page 3  : http://guillotine.cultureforum.net/t310p30-soudy-callemin-monnier-bande-a-bonnot-1913#35984

Article paru sur Détective, n° 497 du 5 mai 1938
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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Ven 8 Juil 2016 - 16:14



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Ces photos illustrent l’article ci-avant, paru dans Détective, n° 497 du 5 mai 1938.

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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Dim 27 Nov 2016 - 18:37



Au cours d’un interrogatoire tragique, les nerfs de la femme
Moyse se brisèrent et soudain elle avoua.







Une photographie adressée par la nourrice à la mère
permit enfin d’identifier le pauvre gosse.

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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    Ven 20 Jan 2017 - 17:56

Des photos qui permettent poser un visage sur les acteurs de ce crime épouvantable

-------=-------














Le Dr Paul examinant le petit cadavre

Sad   Sad   Sad  






La perquisition chez Moyse






Moyse au cours d’une reconstitution






La marâtre et ses deux autres enfants







Me Raymond Hubert, avocat de Moyse

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MessageSujet: Re: Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938    

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Frédéric Moyse -"le matador" bourreau de son fils de cinq ans - 1938
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