La Veuve

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 Joseph Quatresous - Un triple parricide - 1906

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Adelayde
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MessageSujet: Joseph Quatresous - Un triple parricide - 1906   Dim 22 Jan 2012 - 16:58


Un triple parricide : Joseph Quatresous - 1906





Je n’ai pas trouvé grand-chose sur cette affaire. Joseph Quatresous est passé aux Assises mais quid du verdict ?
Est-ce qu’il a été :
- condamné à mort ? si oui, exécuté ? Je ne pense pas : le président Armand Fallières était farouchement opposé à la peine de mort.
- reconnu irresponsable de ses actes ?
- ? ? ?

Rien sur le site de Nemo-Sylvain Larue :
http://guillotine.voila.net/Guillotinesite.html





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DU SANG... DU SANG... ! LE TRIPLE ASSASSINAT DE VARAGNAT

Une Nuit tragique dans un Hameau du Puy-de-Dôme. - Par Cupidité, un Cultivateur tue son Beau-Père, sa Belle-Mère et sa Belle-Sœur. - Il est déféré au Jury.

(DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL)

Riom, 27 novembre.
Quelle sombre et effroyable scène ce dut être, en la nuit du 22 juin dernier, dans cet humble hameau de Varagnat, perché sur les montagnes rocheuses du Puy-de-Dôme.
On se sent passer un frisson au souvenir de ce drame épouvantable, dont les paysans du Forez et de la Limagne garderont longtemps la mémoire.
Dans cette localité, composée seulement de six feux, vivait depuis de longues années avec sa femme un brave cultivateur, le père Chelle, un homme dur au travail, économe autant que laborieux.
Sans être fortunés, on ne l'est guère dans ces régions peu favorisées, les époux passaient pour posséder une petite aisance.
Au mois d'avril, ils avaient marié l'aînée de leurs deux filles avec un journalier d'un village voisin, Jean-Marie-Joseph Quatresous. Leur plus jeune enfant, Marguerite, demeurait près d’eux.

Pourquoi Quatresous s'était marié
Quatresous, bien que jouissant d'une bonne réputation, était, on le verra par la suite, un sinistre coquin, âpre, intéressé, cupide, dissimulant sous une apparente bonhomie les plus criminels desseins.
On se demandera si son union n'avait pas été un moyen, plus rapide, d'aboutir à l'horrible tuerie que nous allons rappeler.
Le 22 juin, lorsque la campagne eut été plongée dans une morne obscurité, Quatresous - ce nom renferme comme une menace - quitta son logis sans donner d'explication à sa femme. Il était environ dix heures du soir.
Sa résolution était, dès ce moment, arrêtée ; il avait formé le projet d'exterminer ses beaux-parents dans le but de s'emparer de leur héritage.
Le misérable s'entoura dès le début de cette expédition des plus minutieuses précautions, afin de détourner de lui les soupçons de la justice.
Il se rendit tout d'abord dans son écurie où il troqua contre d'autres ses vêtements, puis, s'armant d'une hache de bûcheron, il prit la route de Varagnat, évitant avec soin d'être vu.
Durant cet assez long trajet, il marcha d'un pas résolu. L'horreur du forfait prémédité ne l'arrêta pas en chemin.
Lorsqu'il eut atteint la demeure de ses beaux-parents, Quatresous, après s'être assuré que personne ne viendrait le déranger, s'approcha de la fenêtre de la cuisine, enleva sans bruit un des carreaux maintenu par quelques pointes seulement, puis il fit jouer le battant de la croisée.
Bientôt, tel un cambrioleur, il était dans la place.
Marchant sur la pointe des pieds, Quatresous se dirigea vers la chambre à coucher dont il ouvrit doucement la porte.

Effroyable scène de Carnage
Les époux Chelle dormaient paisiblement. Non loin d'eux, leur fille Marguerite reposait. La lune éclairait faiblement la pièce. Si quelque sentiment de pitié eût pu, en cet instant suprême, pénétrer dans le cœur de ce misérable, il eût reculé en présence de ces pauvres gens livrés sans défense à ses coups. Il n’en fut pas ainsi.
Quatresous alla droit à son beau-père et, d'un coup de son arme redoutable, il lui trancha la gorge. Un jet de sang jaillit et inonda la femme Chelle.
Éveillée par la sensation, la malheureuse n'eut pas le temps de se dresser sur son séant, la hache s'abattait lourdement sur sa nuque et la jetait expirante au côté de son mari.
L'assassin ne borna pas là son œuvre funeste. Une autre victime s'imposait. Marguerite Chelle, que le cri de détresse jeté par sa mère avait arrachée au sommeil, était sortie de sa couche. Peut-être allait-elle, sinon opposer au meurtrier une opiniâtre résistance, du moins appeler à l'aide ? Quatresous ne lui en laissa pas le temps. Il se lança vers elle et alors eut lieu, à tâtons, une scène affreuse de cruauté. Pendant qu'affolée, la malheureuse jeune fille, en chemise, les pieds nus et souillés du sang de son père et de sa mère, courait dans cette pièce exiguë, cherchant une issue pour fuir, son beau-frère la poursuivait, la frappant avec une violence inouïe, tantôt du tranchant, tantôt du revers de sa hache.
Marguerite Chelle succomba dans cette lutte inégale et son corps mutilé vint rouler près des deux autres. Quatresous, sa besogne de mort terminée, fouilla divers meubles où il pensait trouver de l'argent, laissa intactes les armoires puis quitta sans émotion le théâtre de son odieux forfait.

Arrêté, l'Accusé simule la Folie
Il était environ une heure du matin lorsqu'il rentra à son domicile. Il avait pris soin de laver sa hache et de se défaire de ses vêtements ensanglantés.
À sa femme nui lui demandait les motifs de son retard, il conta une invraisemblable histoire :
Figure-toi, lui dit-il, que je me suis endormi dans notre champ où j'étais allé examiner l'état d'une clôture et je ne me suis éveillé que deux heures plus tard.
Quand, le lendemain, les trois cadavres furent découverts, on n'osa nommer le véritable coupable. Rien dans ses paroles, rien dans son attitude passée ne pouvait permettre une telle suspicion. Mais lorsque le parquet d'Ambert procéda à une information, le témoignage de la femme Quatresous constitua une charge si écrasante que Quatresous, mis en face de l'évidence, après avoir protesté et nié, se décida à faire des aveux complets.
Plus tard il simulait la folie, répétant à chaque instant « C'est Dieu qui l'a voulu ! »
Soumis à un examen mental, il a été reconnu entièrement responsable par les médecins aliénistes et c'est pourquoi il va rendre compte aujourd'hui de son triple assassinat aux jurés du Puy-de-Dôme. Il a choisi M° Massé comme avocat.
Le procureur général, M. Caron, occupera lui-même le siège du ministère public.

Le Petit Parisien, n° 10 988 du 28 novembre 1906


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Dernière édition par Adelayde le Mer 11 Avr 2012 - 16:24, édité 1 fois
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Benny
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MessageSujet: Re: Joseph Quatresous - Un triple parricide - 1906   Dim 22 Jan 2012 - 20:01

Il mérite les circonstances atténuantes : la belle-famille devait être casse-pieds !!!

Le Petit Parisien, n° 10 989 du 29 novembre 1906
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k562346k/f1.image
Circonstances atténuantes, travaux forcés à perpétuité.

LE TRIPLE ASSASSINAT DE VARAGNAT
QUATRESOUS, BRUTE SANGUINAIRE, COMPARAIT DEVANT LE JURY


Singulier système de Défense.
Un Interrogatoire difficile.
La cupidité d'un Terrien.
Un Incident d'Audience.
Le Verdict.

(DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL)
Riom, 28 novembre.

A neuf heures précises, la cour fait son entrée. M. le conseiller Clément préside. M. Caron, procureur général, occupe en personne le siège du ministère public. Me Masse, un jeune avocat du barreau de Riom, est au banc de la défense.

L’inculpé

Joseph Quatresous est introduit On a pu, par la photographie que nous en avons donné, se faire une idée de ce triste personnage.
C'est le type accompli de la brute, d'autant plus dangereuse qu'elle est plus sournoise.
Il prend, dès qu'il s'est assis, l'attitude d'un martyr. Il tient ses bras tombants, les mains croisées, la tête penchée, les yeux baissés.
C'est un garçon de vingt-neuf ans, plutôt petit, de constitution peu robuste. Il fut d'ailleurs réformé comme tuberculeux. Son visage, bien que la fausseté y soit peinte, n'est pas désagréable.
Il a le nez fin, les yeux noirs, une fine moustache ombrage sa bouche.
Quatresous porte le stigmate de son mal.
Il a les joues creuses, les pommettes saillantes et plaquées de taches rouges.

LA MAISON DU CRIME

L'accusé est vêtu comme les paysans de cette contrée pantalon de drap, longue blouse noire.
On procède rapidement aux formalités d'usage, constitution du jury, appel des témoins, etc. La lecture de l'acte d'accusation soulève des marques d'horreur. Quatresous l'écoute sans qu'un muscle de son visage bouge.

L'interrogatoire

Son interrogatoire commence aussitôt.
L'attitude de l'accusé, qui le 22 juin dernier fit preuve de tant d'énergique cruauté, va être piteuse, déplorable.
Le président le fait quitter son banc et s'avancer sur l'estrade de façon que les jurés puissent entendre ses explications.
Aux premières questions qui lui sont adressées, Quatresous se met à pleurnicher comme un enfant en pénitence. Ses larmes sont-elles sincères ou bien n'est-ce là qu'une comédie ?
M. le conseiller Clément rappelle opportunément que l'accusé a simulé fa folie en prison et, ne pouvant rien lui arracher, il expose les faits.
Le meurtrier fit de bonnes études. Sa probité était à l'abri de tout reproche. Ce que, par contre, tout le monde a constaté chez lui, c'est un caractère dissimulé, taciturne» sournois.

Un Mariage d'intérêt

Au mois de janvier dernier, ses sœurs, qui habitent Varagnat, songèrent à le marier. Elles le mirent en rapport avec une très honorable famille de cultivateurs, les époux Chelle et leurs deux filles. Le projet d épouser l'aînée lui plut, et, bien qu il ne se sentit aucun penchant, aucune affection pour cette jeune fille, il consentit à s'unir à elle et voici pourquoi.
Les futurs beaux-parents possédaient, en effet, quelques immeubles importants, des prés, des bois, des terres, du bétail, de l'argent et des titres. Or, Quatresous avait un désir intense, celui de devenir gros propriétaire, et il voyait là une occasion unique de réaliser son rêve.
Telles furent les circonstances dans lesquelles il entra en ménage. Est-il besoin de dire que, dès le début, sa femme fut quelque peu désillusionné sur son compte et qu'elle ne put dissimuler à son père sa déception.

M, le Président. - Malgré cela, vous étiez très bien accueilli par les époux Chelle. Ils vous considéraient comme leur fils et vous comblaient d'attentions.
L'accusé. - Je n'ai rien à dire d'eux, puisqu'ils ce sont pas là.

Cette réponse provoque quelques murmures.

M. le Président. - Vous leur avez témoigné d'une étrange façon vote» reconnaissance. Expliquez à messieurs les jurés pourquoi vous les avez tués.
Quatresous, peu disposé à parler, marmonne sur un ton rauque quelques paroles entrecoupées par des sanglots et des toussements.
M. le conseiller Clément retrace alors luimême l'effroyable scène que nous avons rapportée hier. La fin lamentable des époux Chelle et celle, si tragique, de la jeune Marguerite à peine âgée de quinze ans. En cette nuit funeste, il n'octroya pas moins de cinquante-neuf coups de hache ses victimes.
A ces souvenirs, l'accusé redouble ses sanglots, mais, fait que nous ne pouvons taire, son œil demeure sec comme son cœur.
M. le président dit que lorsque le crime fut découvert, nul ne songea à en accuser le vrai coupable, tant celui-ci avait su cacher habilement à tous son abominable dessein.
Ce fut un propos de sa femme qui mit la justice sur la piste.
Insistant, M. le conseiller Clément invite, pour la troisième fois, Quatresous à s'expliquer.
- Enfin, parlez à messieurs les jurés.
L'accusé se frottant les mains en manière de contenance, la tête toujours baissée, déclare :
- Mais, je n'ai rien à leur dire, je suis désespéré.
Et sa toux sèche redouble d'intensité. Puis il ajoute :
- Mon beau-père voulait emmener ma femme la veille!, J'ai perdu la tête. Je ne sais pas comment j'ai été capable de commettre un si grand crime :
- M. le Président. Ce n'est pas. là le véritable mobile qui vous a fait agir.
- L'accusé. Si. Mes beaux-parents voulaient reprendre leur fille. Et voilà la cause de mon desespoir.

Le Mobile du Crime

M. le conseiller Clément fait observer qu'il n'existait pas en réalité entre les deux époux de dissentiment assez grave pour entraîneur une pareille mesure. Certes, quelques scènes légères s'étaient élevées dans cet intérieur, mais sans justifier pour cela une rupture.

C'est dans un reproche adressé un jour à sa jeune femme par l'accusé, qu'il faut voir la véritable mobile de son crime.
"Tu n'es pas assez riche » lui avait-il dit sur un ton de réel reproche.
M. le Président. - Vous aviez l'impérieux désir de le devenir, vous trouviez que votre situation n'était pas en rapport avec vos études vous vouliez avoir, vous aussi, une propriété. Vous vouliez acquérir un terrain sur lequel vous feriez édifier une belle et spacieuse maison. Vous avez précipité, par un horrible forfait, les événements, espérant arriver plus vite à vos fins.
Vous pensiez, par une véritable aberration d'esprit, acquérir l'impunité, alors qu'il était impossible à la justice de se méprendre sur le vrai coupable.
Et M. Clément rappelle les minutieuses précautions dont s'entoura Quatresous pour dérouter les magistrats instructeurs.
Avant de terminer cet interrogatoire, le président tient à faire préciser un point par l'accusé lui-même.

D. Vous n'êtes pas fou?
R. Oh non s'exclame Quatresous.
D. Vous n'avez pas un aliéné dans votre famille
R. Je n'en connais pas.
D. Avez-vous, avant le forfait qui vous est reproché, commis quelque acte de folie?
R. Jamais.

On traite ensuite quelques questions d'argent, et, comme par enchantement, le langage de l'accusé devient clair. Ses sanglotss cessent L'interrogatoire prend fin.

Les Témoins

Voici les témoins :
C'est d'abord le maréchal des logis de gendarmerie de Meyderolles. Celui-ci, dans un langage très ému, donne une description saisissante de l'état dans lequel se trouvaient les malheureuses victimes au moment de la découverte des cadavres.

Un Incident

Vient ensuite M. le docteur Duchassaing, dont la déposition va provoquer un incident. C'est lui qui fut chargé de procéder à l'examen, puis à t'autopsie des corps. Il a relevé sur celui du père Chelle quinze blessures, sur celui de son épouse dix-neuf, et vingt-cinq sur le cadavre de la jeune Marguerite.

L'assassin a frappé, estime-t-il, avec un fébrile acharnement, Il est certain, ajoute-t-il, que Quatresous s'est lavé les mains après son forfait, car c'était la seule partie de son corps qui ne fût pas recouverte de crasse.

Me Massé, avocat, demande s'il n'a pas constaté une asymétrie du visage de Quatresous. Sur la réponse affirmative du médecin, le défenseur s'empresse de déposer des conclusions, préparées à l'avance et tendant à un nouvel examen mental de l'accusé. Il invoque, pour justifier cette prétention, l'hystérie à forme impulsive de son client, son mysticisme religieux, l'insensibilité dont il a fait preuve devant les cadavres de ses victimes, son insouciance du châtiment.

M. le procureur général Caron combat les conclusions.
Il est avéré, déclare- t-il, que l'accusé n'est pas un dégénéré, et on ne trouve aucune tare dans sa famille. Lui-même n'a donné, à aucun moment et à qui que ce soit, impression qu'il
fût un déséquilibré.
Quant à son mysticisme religieux, il n'est, estime-t-il, qu'apparent. C'est un masque d'hypocrisie, derrière lequel Quatresous essaie de se dérober. Il n'a jamais aussi. pieux que depuis
son incarcération.

La cour décida qu'elle statuera auprès audition des témoins.

Le Frère de l'Accusé

On entend alors M. et Mme Quatresous, frère et belle-sœur de» l'accusé. Ce sont eux qui eurent l'idée de marier leur frère. Ils déclarent qu'ils n'ont pas de fous dans leur famille.

Quelques voisins viennent ensuite dire que Quatresous n'était pas aussi dévot qu'il le prétend.
M. la Président. - Allait-il à la messe?
R. - Comme tout le monde. (Rires.)
D. - N'a-t-il pas porté fréquemment le dais dans les processions ?
R. - Je ne saurais le dire.

Mme Quatresous

Nous arrivons à une déposition sensationnelle. Celle de la femme Quatresous qui mariée depuis trois mois à peine, perdit dans cette même nuit du 22 juin son père, sa mère, sa sœur et son époux.
Timide, en vêtements de deuil, elle s'approche de la barre. L'émotion est grande parmi l'auditoire.
Par un sentiment bien humain, quelle que soit l'horreur du forfait, elle s'efforce de ne pas trop charger celui qui fut pendant si peu de temps le compagnon de sa vie.
Elle rappelle ce qui se passa avant et après le drame. Jamais elle n'eût pu croire à la culpabilité de Quatresous tant celui-ci était calme. Quand il rentra à une heure du matin au logis, il lui fournit, avec le plus grand calme, l'explication que l'an connaît de son absence. Quelque tristes que soient les événements auxquels il est fait allusion, certaines de ses réponses font sourire :
D. - Est-il vrai que votre mari avait le corps glacé quand il se coucha, près de vous?
R. - Non il était bien chaud.
D. - Avez-vous remarqué que votre mari n'avait pas l'esprit bien équilibré ?
R. - Oh il n'était pas « bredin ». (cette expression locale correspond au mot d'argot parisien loufoque)
Le témoin déclare que si elle a écrit une lettre dans laquelle elle déclarait croire à l'innocence ce Quatresous elle l'avait formulée à la sollicitation de ce dernier.
A ce moment l'accusé se lève et demande pardon.
Le président ne poursuit pas plus loin ce douloureux questionnaire,

Après avoir entendu les derniers témoins, la cour rend son arrêt sur les conclusions déposées au cours de l'audience par M» Masset, avocat de Quatresous. Ses conclusions, qui tendaient à un nouvel examen mental de l'accusé, sont rejetées.

Le Réquisitoire

La parole est alors donnée à M. le procureur général Carron.

L'organe du ministère publie fait un récit saisissant de cette nuit du 22- juin à Varagnat, cet humble hameau dont le sol n'avait jamais été, jusqu'à cette époque, ensangtanté par la main d"un criminel.

Durant de longues années, dit-il, le souvenir de cette lamentable hécatombe demeurera parmi ces paisibles populations d'Auvergne. Puisse-t-elle ne pas créer d'exemptes. Celui qui n'a pas craint de supprimer une famille. qui l'avait accueilli, les bras ouverts, et cela dans le but infâme de s'emparer de ses biens, n'a droit à aucune considération.
On aura beau invoquer en sa faveur un état de démence qui n'existe pas, son crime est sans exemple; il la accompli avec une froide préméditation, avec une froide cruauté qui ne peut que soulever l'indignation générale.
Le châtiment doit donc être à la hauteur du forfait. Les jurés ne peuvent se laisser prendre à cette manœuvre de la dernière heure, à cette évocation de la folie mystique. La peine de mort est la seule sanction qui convienne à un crime aussi épouvantable.

Plaidoirie et Verdict

Dans sa plaidoirie, Me Masse s'est ensuite efforcé de démontrer que, bien qu'il n'existe aucune tare dans, la famille de Quatresous, celui-ci n'en est pas moins un impulsif. Tuberculeux, il fut réformé.
Son crime est horrible mats il ne se comprend pas, il ne s'explique pas ai l'on n'admet pas la folie passagère due à un organisme défectueux et le défenseur invoque la haute compétence du médecin aliéniste.
Il termine en implorant la pitié des jurés.
La peine de mort est indigne de notre époque elle va,. d'ailleurs, être prochainement biffée de notre code. « Accordez, dit-il, crédit à mon client, et vous ferez œuvre de pitié."

Le jury, après délibération, accorde les circonstances atténuantes, et Quatresous s'en tire avec les travaux forcés à perpétuité. Que les victimes reposent en paix !
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MessageSujet: Re: Joseph Quatresous - Un triple parricide - 1906   Dim 22 Jan 2012 - 20:47

Merci Benny ! sunny

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