La Veuve

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 Maurice Elcy - guillotiné suisse - 1862

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tof1
Monsieur de Paris
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MessageSujet: Maurice Elcy - guillotiné suisse - 1862   Jeu 19 Jan 2012 - 18:00

24 avril 1862

QUAND GENEVE FAISAIT ENCORE ROULER LES TETES

Le Matin Dimanche du 4 janvier 2004, p. 21

GUILLOTINE Le 24 avril 1862, 10 000 personnes assistent sur la place Neuve à l'exécution du dernier condamné à mort de la République. Victor Hugo proteste …


21 octobre 1861 à l'aube. Genève se réveille. Le terrassier Ducret traverse une allée de la promenade des Bastions. Tout à coup, il remarque des traces bizarres sur le sol. Il se penche. C'est du sang. Ducret suit le fil rouge jusqu'au fossé, à l'angle de la courtine et de l'ancien bastion de Hesse. L'eau croupit au pied du rempart. Horrifié, Ducret voit une forme dans le fossé. C'est un cadavre. En état de choc, il crie à l'assassin et ameute le quartier. La police arrive. Une grappe humaine s'est formée autour du cadavre. On l'identifie rapidement. C'est Jean-Jacques Favre-Chantre, un ouvrier horloger de 43 ans. Le malheureux a reçu treize coups de couteau. Pendant toute la matinée, la ville entière défile sur les lieux du crime. En début d'après-midi, parmi les curieux, la police remarque un suspect et l'arrête. C'est un dandy de 21 ans, Maurice Elcy.

Deux témoins, Jean Baratte, 16 ans, et Charles Bovay, 18 ans, affirment avoir vu Elcy, la veille, frappant sauvagement la victime. Ils sont formels: c'est lui ! Arrêté, Elcy est amené à son domicile. On fouille l'appartement. En quelques minutes, la police met la main sur une canne-épée. Elcy ne se décontenance pas pour autant et nie tout. Le lendemain, il est conduit à la morgue. Devant le cadavre, il déclare ne pas le connaître et clame son innocence. Habilement, un des enquêteurs lui glisse à l'oreille que, s'il avoue son crime, les juges pourraient adoucir sa peine ... Cette mise en garde fait son effet: Elcy avoue.

Un accusé gonflé

Son procès s'ouvre le 25 mars 1862. Le Palais de Justice est plein. Elcy est gonflé à bloc. Son avocat est un ténor du barreau genevois, Me Jean-Jacques Castoldi. Devant les douze jurés et le président Jean-Elie Masse, le greffier lit l'acte d'accusation. Elcy est bien sûr accusé d'avoir tué le malheureux Favre-Chantre, mais aussi du vol des deux montres et du médaillon en or que la victime portait sur elle. Alors qu'il avoue avoir tué, Elcy maintient contre vents et marées qu'il n'est pas l'auteur du vol.

Ce chef d'inculpation d'apparence mineure est pourtant d'importance ... capitale. Un meurtrier encourt les travaux forcés à perpétuité. Si le meurtre est accompagné d'une autre infraction, l'article 304 du Code pénal genevois prévoit la peine de mort. Si Elcy est convaincu du crime mais acquitté du vol des montres, il échappe à la guillotine. Dans le cas contraire, il sera condamné à mort.

Les premiers témoins sont invités à comparaître. Il s'agit de Baratte et Bovay. Ils répètent ce qu'ils ont dit à l'instruction: le 20 octobre, assistant à une pièce de théâtre, ils profitent de l'entracte pour faire quelques pas aux Bastions. Là, ils aperçoivent dans la pénombre deux silhouettes qui s'affrontent à coups de canne. L'un des hommes est Elcy. Il n'y a aucun doute pour eux: ils le connaissent. Dans la bagarre, Favre-Chantre trébuche sur la petite clôture du gazon et tombe. Elcy tire de sa canne une longue lame et se jette sur sa victime. Frappant d'abord à la tempe, il transperce l'ouvrier de part en part. L'artère est tranchée. Le sang coule à flots. Favre-Chantre parvient à se relever. Il titube en direction de l'allée centrale, puis il s'effondre sur le ventre, exsangue. Elcy soulève alors l'agonisant pour mieux le rejeter à terre. Il le roue de coups de pied. Il saute à pieds joints sur son abdomen. Il traîne le corps meurtri mais encore vivant de l'horloger sur quelques mètres. Hissé sur le bord du fossé, le malheureux tombe à l'eau, où il expire quelques minutes plus tard.

Voleur puis tueur

Baratte et Bovay sont catégoriques sur les circonstances du meurtre, mais leur témoignage ne dit rien du mobile de l'assassin. Ils n'ont pas vu trace de montres ou de bijoux. Ils ignorent si Elcy a d'abord volé puis tué, ou tué pour voler.

Elcy affirme que Favre-Chantre lui a fait des propositions indécentes, qu'il a repoussées. La bagarre se serait déclenchée à cause du baiser que le quadragénaire tentait de lui donner. Elcy l'aurait alors frappé avec sa canne, perdant son extrémité et découvrant la lame. L'horloger blessé se serait ensuite dirigé seul vers le fossé. Elcy avoue avoir tué, mais clame qu'il n'a rien volé !

Cette déclaration de l'accusé laisse l'assistance perplexe. Elcy n'aurait donc pas agi dans le dessein de dépouiller sa victime ? Il l'aurait fait pour se libérer des étreintes d'un agresseur ? Voilà qui pourrait bien lui éviter l'échafaud.

Le doute envahit les esprits. Soudain, coup de théâtre: Franchette Rendu comparaît. Ancienne (?) prostituée, alcoolique, elle se trouvait dans les Bastions au moment des faits. Elle a tout vu. Mais elle est muette ! C'est par gestes qu'elle décrit la scène. Un habitué des cabarets, qui la connaît bien, traduit à la Cour le compte rendu de la clocharde ...

Franchette confirme les dires des deux jeunes gens. Elle ajoute que, deux ou trois heures plus tard, Elcy est revenu sur les lieux du crime. Il aurait alors délesté la victime de ses objets précieux avant de précipiter le corps dans le fossé.

Pour l'accusation, ni le passé de « la Muette » ni son ivrognerie ne mettent en cause son témoignage. Il y a eu vol et le procureur général requiert la peine de mort ! A l'époque, Genève passe pour laxiste. Il y a peu, un journal parisien accusait encore la ville d'être un coupegorge. Et la France du Second Empire serait prête à user de n'importe quel prétexte – par exemple, celui de rétablir l'ordre – pour justifier ses visées impérialistes. Autant de raisons politiques qui exigent une peine exemplaire !

C'est sur cette note finale que les jurés se retirent. Deux heures plus tard, ils prononcent leur verdict: coupable, sans circonstances atténuantes, de meurtre et de vol. Elcy est condamné à mort.

24 avril 1862, 6 heures du matin. Il y a 10 000 personnes sur la place Neuve pour assister au spectacle. Maurice Elcy marche assez courageusement au supplice. En quelques instants, tout est joué: attaché sur la planche, le condamné bascule. Un bruit sec retentit: la tête a été tranchée net. Justice est faite.

Indigné, Victor Hugo écrit à l'intention de Genève des mots sévères: « Une Constitution qui, au XIXe siècle, contient une quantité quelconque de peine de mort n'est pas digne d'une république ; qui dit république dit expressément civilisation. »*

L'écrivain remportera sa bataille. Neuf ans après la mort d'Elcy, le canton de Genève abolit définitivement la peine de mort. Il sera le premier en Suisse. La peine de mort disparaîtra définitivement du droit suisse en 1945 avec le Code pénal, puis du droit militaire en 1992.

* « Genève et la peine de mort », lettre publiée, datée du 29 novembre 1862

http://www.praetor.ch/who-s-who/charles-poncet/articles-de-presse/genevetete/


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Benny
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MessageSujet: Re: Maurice Elcy - guillotiné suisse - 1862   Jeu 19 Jan 2012 - 19:38

Tiens ? Tombé sur le même article que moi en cherchant Ducruet !!!

C'est la fin qui m'a épaté et je comptait le présenter sous une autre forme : Victor Hugo est l'un des instigateur de l'abolition de la PdM en Suisse.

Citation :
Indigné, Victor Hugo écrit à l'intention de Genève des mots sévères: « Une Constitution qui, au XIXe siècle, contient une quantité quelconque de peine de mort n'est pas digne d'une république ; qui dit république dit expressément civilisation. »*

L'écrivain remportera sa bataille. Neuf ans après la mort d'Elcy, le canton de Genève abolit définitivement la peine de mort. Il sera le premier en Suisse. La peine de mort disparaîtra définitivement du droit suisse en 1945 avec le Code pénal, puis du droit militaire en 1992.
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